DICTIONNAIRE i
DES
SCIENCES NATURELLES,
DA?<s Lequel
ON ihMTr. Ml',TKODIQUEMKNT DES niFFKREX.S ÈTP.ES DELA NATURE,
CON.-<IDÉnÉS SOIT EN EUX - .MÈ AIES j^d'aPRÈS J.'kTAÏ ACTUEI, DE NOS
CONNOI6:;.\NCE3 , SOIT RELATIVEMENT A h'vnUTÉ Qu'eN PEUVENT
RETIUEd lA JIJ^DECINE, L'AGaiCLaTUKE , I.E COMMEaCE ET LES ARTS.
SUIVI D'UiN'E BIOGRAPHIE DES PLUS CÉLÈBRES
NATURALISTES.
PAR
Plusieurs Professeurs du Jardin du Roi et des principales | j?
Écoles de Paris.
TOME QUARANTE-SEPTIÈME.
SAG-SAY.
F. G. LEvrauLT, Editeur, à STRASBOURG,
et rue de la Harpe, N." 81, à PARIS.
Le Noumaxt, rue de Seine, N." 8, à PARIS.
1827.
LIBRARY OF
1685- IQSe
DICTIONNAIRE
DES
SCIENCES NATURELLES.
TOME XL F IL
SAG = SAY.
Le nombre d'exemplaires prescrit par la loi a été dé-
posé. Tous les exemplaires sont rei^êtus de la signature
de l'éditeur.
^' y' ^C^^1^€s:j^4^^^^^
DICTIONNAIRE
DES
SCIENCES NATURELLES,
DANS LEQUEL
ON TRAITE MÉTHODIQUEMENT DES DIFFÉRENS ÊTRES DE LA NATURE,
CONSIDI^RÉS SOIT EN EUX-MÊMES, d'aPRÈs l'ÉTAT ACTUEL DE
>'OS CONNOISSANCES, SOIT RELATIVEMENT A l'uTILITÉ Qu'eN
PEUVENT RETIRER LA MEDECINE, l'aGRICULTURE , LE COMMERCE
ET LES ARTS.
SUIVI D'UNE BIOGRAPHIE DES PLUS CÉLÈBRES
NATURALISTES.
Ouvrage destiné aux médecins, aux agriculteurs, aux commerçans,
aux artiste^s, aux manufacturiers, et à tous ceux qui ont intérêt
à connoître les productions de la nature, leurs caractèresgénériques
et spécifiques , leur lieu natal , leurs propriétés et leurs usages.
PAR
Plusieurs Professeurs du Jardin du Roi, et des principales
Ecoles de Paris.
TOME QUARANTE-SEPTIÈME.
F. G. LEvr.AULT, Editeur, à STRASBOURG,
et rue de la Harpe, N." 81, à PARIS.
Le Normakx, rue de Seine, N.'' 8 , à PARIS.
1 82 7.
Liste des Auteurs par ordre de Matières.
Physique générale.
M. LACROIX , membre de l'Académie des
Sciences et professeur au Coll(!ge de
Fraace. (L.)
Chimie.
M. CIIEVREUL, professeur au Collège royal
de Ctarlemagne. (Ce.)
Minéralogie et Géologie.
M. BRONGNIART, membre de l'Académie
des Sciences, professeur à la Facullé des
Sciences. (B.)
M. BROCHANT DE VILLIERS , membre
de l'Académie des Sciences. (B. de V.)
M. DEFRANCE, membre de plusieurs
Sociétés savantes. (D. F.)
Botanique.
M. DESFONTAINES, membre de l'Académie
des Sciences. (Desf.)
M. DE JUSSIEU, membre de l'Académie des
Sciences, professeur au Jardin du Roi. (J.)
"yi. MIRBEL , membre de l'Académie des
Sciences , professeur à la Faculté des
Sciences. (B. M.)
M. HENRI CASSINI , membre de la Société
pbllomatique de Paris. (U. C*ss.)
M. LEMAN, membre de la Société pbiloma-
tique de Paris. (Lem.)
M. LOISELEUR DESLONGCHAMPS ,
Docteur en médecine, membre de plusieurs
Sociétés savantes. (L. D.)
M. MASSEY. (Mass.)
M. POIRET, membre de plusieurs Sociétés
savantes et littéraires , continuateur de
l'Encyclopédie botanique. (Poir.)
M. DE TUSSAC, membre de plusieurs
Sociétés savantes, auteur de la Flore de»
Antilles. (De T.)
Zoologie générale , Anatoniîe et
Physiologie.
M. G. CUVIER, membre et secrétaire per-
pétuel de l'Académie des Sciences, prcf. au
Jardin du Roi, etc. t,G. C. ou CV. ou C.)
M. FLOURENS. (F.)
Mammifères.
M. GEOFFROY SAINT-HILAIRE , membre
de l'Académie des Sciences, prof, au Jardin
du Roi. (G.)
Oiseaux.
M. DUMONT DE s." CROIX, membre 'de
plusieurs Sociétés savantes. (Ce, D.)
Reptiles et Poissons.
M. DE LACÉPÈDE, membre de l'Académie
des Sciences, prof au Jardin du Roi. (L. L.)
M. DUMERIL, membre de l'Académie des
Sciences, prof, k l'Écolede médecine. (C. D.)
M, CLOQUET, Docteur en médecine. (H. C.)
Insectes.
M. DUMERIL, membre de l'Académie des
Sciences , professeur à l'École de médecine.
(C. D.)
Crustacés.
M. W. E. LEACH, membre de la Société roy.
de Londres, Correspond, du Muséum d'his-
toire naturelle de France. ( W. E. L.)
M. A. G. DESMAREST, membre titulaire de
l'Académie royale de médecine, professeur
à l'école royale vétérinaire d'.^Ifort, etc.
Mollusques, Vers et Zoophytes.
M. DE BLAINVILLE, professeur à la Faculté
des Sciences. (De B.)
M. TURPIN, naturaliste, est chargé de
l'exécution des dessins et de la direction de
gravure.
MM. DE HUMROLDT et RAMOND donneront quelques articles sur les objets nouveaux
qu'ils ont observés dans leurs voyages, ou sur les sujets dont ils se sont plus particuliè-
rement occupés. M. DE CANDOLLE nous a fait la même promesse.
M. PREVOT a donné l'article Océan; M, VALENCIENNES plusieurs articles d'Orni-
thologie; M. DESPORTES lartirle Piseon domestique, et M. LESSON l'article P/uvier.
M. F. CUVIER est chargé de la direction générale de l'ouvr.-ige, et il coopérera aux
articles généraux de it)olog\e et à l'histoire des mammifères. (F. C. )
DICTIONNAIRE
DES
SCIENCES NATURELLES.
SAG
OAGA, SIAGA. (Bot.) Noms japonois d'un iris, iris squa-^
lens^ suivant Thunberg. On lit aussi dans C. Bauhin que les
Javanois donnent le même nom au Conduri (voyez ce met)*
Nous lisons encore dans Kaempfer, p. 268, que le nom malais
saga est celui d'un arbrisseau croissant sur le bord de la mei*
des Indes, qui est le horau ou amandier marin du golfe per-
sique. ( J. )
SAGAN. (Mamm,) Nom donné par les Burates au cerf
renne. (Desm. )
SAGAN. {Orniili,) L'oiseau ainsi nommé, en Laponie,
est l'huitrier, hœmatopus ostralegus , Linn. (Ch. D.)
SAGAPENUM. (Bot.) C'est le suc d'une herbe qui croît
dans la Médie, suivant Dioscoride, qui la nomme sagapenion;
c'est encore le serapinum des pharmaciens, le sacopodium^de
Pline, cité par Adanson. On pense que ce suc' est extrait
d'une plante ombellifére , parce que souvent il renferme
des graines plates, arrondies, bordées et striées, comparées
par Murray à celles de la berce, heracleum. Geoffroy, dans
sa Matière médicale, les assimile à celles d'une férule.
Adanson fait de cette plante un laserpitium. Ces trois genres
sont très- voisins dans la même famille. Cette origine paroît
confirmée par les rapports de la nature de ce suc avec
Vassa-fatida, autre produit d'une ombellifére. Le sagapenurn.
est concret, gommo- résineux, ramassé en grappes ou en gros
morceaux, de coulfurroussàtreen dehors, cornée en dedans,
47' ' 1
SAG
suivant Geoffro}'. II plie et blanchit sous la dent; sa saveur
est acre et mordante; son odeur, forte et désagréable, ap-
proche de celle du poireau ou de l'ail , tenant le milieu entre
celles de ïassa-fcetida et celle du galhanum. On le retire de
l'Egypte et de la Perse. Il jouit d'une réputation très- an-
cienne comme purgatif , et plus encore comme apéritif et in-
cisif, dans les maladies occasionées par l'épaississement des
humeurs. Il csi employé rarement seul et presque toujours
mêlé à d'autres substances. Son usage n'est pas très- habituel ,
soit parce qu'on se le procure moins facilement, soit parce
qu'on le remplace plus facilement par d'autres médicamens. (J.)
SAGARET-EL-AGUZ. {Bol.) Nom arabe d'une patience,
rumex glaucus de Forskal. Le sagaret-el-ghasal, qui signitie
herbe de la gazelle, est son melissa perennis, que Vahl reporte
au sahia œgyptiaca de lànnœus. Le sagaret-cl-arneb est le
genre Arnebia de Forskal, réuni par nous au gremil, litho-
spermiim. Delile le nomme chagaret-el-arneb. (J.)
SAGEDIA. {Bot.) Genre de la famille des lichens, établi
par Acharius sur des espèces qui n'^avoient pas encore été
décrites: ce sont des plantes dont le thallus est crustacé, uni-
forme, plan, étendu et adhérent par sa surface inférieure
aux rochers humides ; les conceptacles ou scutelles sont des
verrues formées par le thallus même, couvertes en dessus
d'une membrane colorée, cartilagineuse, imitant un péri-
thécium supérieur et dimidié , et marquée d'une dépression
discoïde qui imite un petit bouclier. Dans l'intérieur de la
substance de chaque verrue est un noyau privé d'enveloppe
propre ou périthécium, convexe en dessous, homogène in-
térieurement et d'une apparence de cire. Suivant Tries les
sporidies sont disposées en séries.
C(? genre, voisin de Wrceolaria dans Acharius, du Porina
dans Pries, du Thecaria et Ascidiuni de M. Fée, n'est pas admis
par Meyer, qui réunit au Parmelialu plupart de ses espèces.
Ce genre, que la plupart des botanistes n'ont pas voulu
admettre, doit sa défaveur, selon Fries , à ce que l'on ren-
contre dans les herbiers, comme espèce de ce genre, des
plantes différentes, telles que des espèces de lecidea , mais
qu'il s'est assuré de l'exactitude des caractères lixés par
Acharius.
SAG 5
On connoîtsept espèces de ce genre, figurées dans la Liché-
nographie d'x\chariiis; cinq d'entre elles ont été découvertes
en Suisse sur les rochers par M. Schleicher ; une croît en
Suisse et en Suède, une en Angleterre, et une dernière eu
Diilécarlie.
Nous ferons remarquer ici :
1.° Le Sagedia Ai'LATi; S. depressa, Ach., Lich. umV. , p.
527, pi. 6, fig. 3. Thallus crustacé, étendu, blanc, grisâtre,
à surface réticulée et fendillée; scutelles d'un noir brun,
planes et déprimées sur le bord ; impression ou léger enfon-
cement du disque irrégulier, à bord à peine saillant. Il croit
en Suisse sur les rochers et les pierres les plus dures.
2." Le Sagedia roussatre; S. rufescens , Ach., l. c, p. 029,
pi. 6, fig. 4. Croûte brune ou rousse, marquée de plis ou
sillons réticulés; conceptacles en forme de verrues déprimées ;
leur bord devient proéminent, d'un brun noir; l'impression
du disque est un peu plane, mais enfoncée dans le thallus.
Cette espèce a été trouvée par M. Turner sur les pierres dans
les endroits sablonneux en Angleterre : elle ressemble beau-
coup à un iirceolaria. ( Lem. )
SAGÉNITE. {Min.) De Saussure a donné ce nom à la va-
riété réticulée du titane ruthile, parce que ses aiguilles dé-
liées sont croisées comme les fils d'un réseau. Voyez Titane.
(B.)
SAGER. {Ornith.) Nom allemand des harles. (Ch. D.)
SAGER CORPOO. {Bot.) Voyez Corpoo. (J.)
SAGESSE DES CHIRURGIENS. {Bot.) Ancien nom vulgaire
du sisymbre à petites fleurs. ( L. D.)
SAGETTE. {Bot.) Nom françois ancien de la fléchière ou
flèche d'eau, sagittaria. (J. )
SAGGAOUY. {Ornith.) Nom égyptien de la cresserelle,
falco tinnunculus, Linn., qu'on appelle aussi saraquh. (Ch. D.)
SAGGIS. {Ornith.) Nom générique des hérons au Japon.
(Ch. D.)
SAGIF. {Mamm.) Nom turc et arménien de la loutre d'Eu-
rope. (Desm.)
SAGINE; Sagina, Linn. {Bot.) Genre de plantes dicotylé-
dones, polypétales, de la famille des carjophyllées , Juss. , et
de la létrandrie trétragjnie de Linnaeus, dont les principaux
SAG
caractères sont les suivans : Calice de quatre folioles ovales-
très-ouvertes; corolle de quatre pétales plus courts que le
calice; quatre étamines à filamens capillaires portant des an-
thères arrondies; un ovaire supère, surmonté de quatre styles
à stigmates simples; une capsule ovale, uniloculaire, à quatre
valves, renfermant des graines nombreuses, attachées à un
placenta central.
Lessagines sont de petites plantes herbacées, à feuilles sim-
ples et opposées, à fleurs axillaires ou terminales. On n'en
connoîtque six espèces, pour la plupart naturelles à l'Europe.
Sagine couchke : Sapna procumhens , Linn., Sp., i85; Lam.,
lUust., tab. go. Sa racine est fibreuse, annuelle; elle produit
une tige divisée dès sa base en rameaux nombreux, grêles,
couchés, longs de deux à trois pouces, garnis de feuilles li-
néaires, glabres. Ses fleurs sont blanches, très-petites, por-
tées au sommet des rameaux sur des pédoncules plus longs
nue les feuilles et glabres. Cette plante se trouve dans les bois
et les champs sablonneux en Europe et dans les trois autres
parties du monde.
Sagine apétale; Sagina apelala , Linn., Mant. , 55(). Cette
espèce a le port de la précédente et n'en est peut-être qu'une
variété; elle n'en diÉFère que par ses tiges plus droites, par
ses pédicelles pubescens et par ses fleurs le plus souvent dé-
pourvues de pétales; ces derniers, quand ils existent, sont, dit-
on, très-petits, échancrés à leur sommet. Cette plante a été
trouvée en France, en Angleterre, en Italie et dans plusieurs
autres parties de l'Europe. (L. D.)
SAGISER. {Ornith,) L'oiseau, désigné par ce nom dans
Gesner, est le courlis vert, tantalus falcinellus , Lath. , ou ibis
vert, ibis falcinellus , Vieil). (Ch. D.)
SAGITTA. (Bot.) Ce nom , donné par les anciens à une
plante aquatique dont les feuilles sont conformées en fer de
flèche, a été heureusement changé, par Gérard et Lobel ,
pour éviter toute équivoque, en celui de sagittaria, que Lin-
nœus a adopté. C'est celle dont le nom françois est flèche
d'eau ou fléchière. Des pontederia ont aussi été nommées
sagittaria, à cause de quelques rapports extérieurs avec la flé-
chière. (J.)
SAGITTA; FticHE. (Malacoz,) MM. Quoy et Caimard vien-
SAG 5
«ent (l'établir sous cette dénomination un petit genre de ma-
lacozoaires, qui semble être extrêmement rapproché des sa-
gittelles de M. Lesueur. Voici les caractères qu'ils lui assi-
gnent : Corps libre, gélatineux, transparent, cylindrique,
très-alongé, ayant une tête, probablement des mâchoires,
peut-être des yeux; queue horizontale, comme dans les céta-
cés : deux nageoires de chaque côté de la longueur du corps.
Ce genre ne contient qu'une espèce nommée la Flèche a
DEUX POINTS, 5. lipunctata , sans doute à cause de deux petites
taches, placées entre les deux paires de nageoires du corps.
(De B.)
SAGITTA. {Conchjl.) Nom anciennement employé, comme
équivalent en langue latine du mot Bélemnite, qui- signifie
également flèche. (DeB.)
SAGITÏA MARINA, FLÈCHE MARINE. (Zoophyt.) On
a quelquefois donné ce nom aux pennatulcs, à cause de leur
ressemblance grossière, surtout quand elles sont desséchées,
avec une flèche empennée. Aussi Rumph nomme sagitta ma-
rina nigra la grande espèce de pennatulc , que Pallas appelle
pennatula grandis, et sagitta marina alba , la pennatula jiincea ,
type du genre Virguline de M. de Lamarck. (De B.)
SAGITTAIRE. {Ornilh.) Vosmaè'r a décrit sous ce nom le
messager ou secrétaire , /a/co serpentarius , Gmel. , et gypo-
geranus, lIHg. (Ch, D.)
SAGITTARIA. {Bot.) Nom latin du genre Fléchière. (L. D.)
SAGITTATI. (Foss.) Luid a donné ce nom aux dents de
poissons fossiles, pointues et aplaties, avec des bords tran»
chans. (D. F. )
SAGITTE. (Bot.) Figuré en fer de flèche, c'est-à-dire
triangulaire, avec un sinus à la base, et les angles postérieurs
aigus. Les feuilles du sagiltaria sagittifolia , les stipules du
galega officinalis , le stigmate du thalictrum elatum , les anthères
du nerium oleander , par exemple, sont sagittés. (Mass.)
SAGITTELLE, 5agi7fe//a. (Malacoz.) Genre de malacozoaires,
établi par M. Lesueur pour quelques petits animaux de la
famille des firoles et dont la forme générale a quelque res-
semblance avec une flèche, ou mieux, peut-être, avec cer-
tains petits poissons, et entre autres, avec les lo-^hes. Les ca-
rai:tères qu'on peut lui assigner sont les suivans : Corps
6 SAG
alongé, subcylindrique, subgélatineux, transparent, arrondi
et comme tronqué en avant, s'atténuant en arrière et pourvu
de trois paires de nageoires latérales , deux le long du corps
et une terminale; bouche terminale, pourvue de mâchoires
comme dans les firoles; mais point de nucléus sur le dos.
Je n'ai jamais vu d'animaux de ce genre ; mais leur res-
scmblapce presque complète avec les firoles, et surtout avec
les firoloïdes de M. Lesueur, ne permet guère de douter
que les organes de la respiration ne doivent aussi se trouver
sur le dos. En efTet , dans les figures de M. Lesueur on
remarque à la fin de l'estomac quelques traces d'crganes,
peut-être incomplets, que je serois tenté de regarder comme
indiquant la place des branchies. Je dois cependant avouer
que M. Lesueur dit positivement qu'il n'y en a pas. Il ajoute
qu'il n'a pas vu davantage les points noirs ou yeux analo.^ues
à ceux des firoles, mais que les mâchoires sont comme dans
ce genre, et que le canal intestinal est également flottant dans
vne cavité cylindrique du corps. Il avoue, du resfe, que
leur grande transparence et surtout leur petitesse (7 '/, lignes),
zic lui ont pas ptrmis d'examiner suflisamment ces aniniiiux.
Il ne parle, en effet, ni de l'anus, ni de la terminaison des
organes de la génération , se bornant à dire qu'ils sont in-
térieurs, comme ceux de la respiration, à moins, ajoute-t-il,
que les nageoires ne servent de ceux-ci ; ce qui n'est pas pro-
bable.
Les sagittelles sont assez nombreuses dans les mers de la
Martinique : elles sont tellement transparentes, qu'il est fort
difficile de les observer, à moins de les mettre, comme le
faisoit M. Lesueur, dans un filet qui avoit pour fond de la
serge bleue. D'abord immobiles, ces petits animaux, mis
dans de l'eau de mer, s'agitèrent dans tous les sens avec des.
mouvemens vifs et répétés, tantôt en montant, tantôt en
descendant. Il semble que leur mode de locomotion habi-
tuelle , dans la direction horizontale, est produit par une sorte
de mouvement vibratoire, que M. Lesueur compare à celui
que les habitans de la terre de Van-Diémen impriment à leurs
sagaies avant de les lancer; aussi leur corps paroît être pres-
que inflexible, ou du moins n'a jamais offert de courbure,
et les mouvemens soat entièrement exécutés par les nageoires,
SAG 7
dans la composidon (lesquelles M. Lesueur admet des petits
rayons gélatineux , probablement des faisceaux musculaires.
M. Lesueur définit et figure trois espèces de sagittelles.
La Sagittelie équipennf. ; S. equipennis , Lesueur, Mém. mss. ,
fig. 1 " — .3. Corps de dix lignes , ayant la tête élargie en
forme de spatule ; une sorte de cou ou de rétrécissement entre
elle et la première paire de nageoires, qui est très-avancée ;
les deux paires longues, étroites, semblables ; celles de la queue
formant une nageoire terminale , arrondie ; une paire de
tubercules latéraux, mousses, arrondis un peu avant celle-ci.
Dans cette espèce, qui paroît avoir dix lignes de long, la
tête est terminée par une ouverture horizontale , bordée de
chaque côté par une lèvre épaisse. Cette lèvre , en se ren-
versant sur les côtés, lorsque la bouche se dilate , laisse aper-
cevoir deux mâchoires subcornées, analogues à celles des
firoles, et chacune armée de huit dents ou pointes inégales,
crochues, mobiles et de couleur jaunâtre, dont les mouve-
mens rapides servent à introduire les alimens et même à les
déchirer, suivant M. Lesueur. L'ouverture de Fcesophage est
à la base des dents inférieures. Le canal intestinal, qu'on
peut voir à travers les parois transparentes du corps, est
étroit et tout droit. 11 traverse d'abord un rétrécissement du
corps ou cou , qui est strié en travers , moins transparent
que le reste, et sur un des côtés duquel est une petite pro-
tubérance échancrée , que je supposerois volontiers être la
terminaison de l'appareil générateur. Au-delà l'intestin reste
visible jusqu'à une section intérieure, située entre la seconde
paire de nageoires. De chaque côté on voit deux espèces de
canaux cylindriques, contenant de petits corps globuleux,
que M. Lesueur croit pouvoir être considérés comme des
ovaires : c'est peut-être aussi bien le foie; enfin, au-delà le
corps, plus opaque et comme guilloché, oiTre un sillon lon-
gitudinal jusqu'à la queue.
La S. TUBERCULÉE ; S. tubevculata, Lesueur , Mém. mss. , fig. 2.
Corps plus atténué en arrière; la tête plus courte; les deux
premières paires de nageoires presque égales, mais plus rap-
prochées entre elles; une paire de longs appendices, d'un
blanc mat, à la racine de la nageoire caud^ile, qui est tron-
quée en arrière.
8 SAG
Cette espèce, qui a un pouce de long à peu près, a son
corps un peu plus épais et moins élancé que la précédente;
et un peu plus rétréci en avant. L'espace compris entre l'ex-
frémité antérieure el la première paire de nageoires est beau-
coup plus grand, au contraire de celui qui sépare la première
de la seconde ; on remarque également deux séries de glo»^
bules de chaque côté de la fin de l'estomac : du reste les
mâchoires et les dents sont comme dans la S. équipenne.
La Sagittelle iNÉyuiPENNE, S.inœquipennis , id., ibid., fig. 3.
Corps s"atténuaîit presque également de la tête à la queue. La
paire de nageoires antérieures très -petite , arrondie et reculée
jitsqu'au milieu du corps ; la seconde paire et la troisième à peu
près comme dans l'espèce précédente, mais sans appendices
ni tubercules entre elles.
Cette espèce, plus transparente encore que les autres,
vient, comme la précédente, de la rade de la Martinique.
(De B.)
SAGllTULE, SagiUula. {Enloz.) Genre établi par M. de
Lamarck dans sa classe des vers intestinaux, tome 3 , p. 194,
de la nouvelle édition de ses Animaux sans vertèbres , pour
un animal décrit et figuré par Bastiani dans les Actes de
Sienne, tome G. page 2Zfi , pi. 12, fig. 3 et 4, sous le titre
pompeux d'Historia medica illustrala, con re/lessioni sopra un
animale, btpede evacuato , per seceiso in cardialgia verminosa,
M. de Blainville, dans les nqtes ajoutées à la traduction
françoise du Traité de Bremser sur les vers intestinaux de
l'homme, a montré que cet animal, dont Bastiani décrit
presque les mouveraens,et que tous les médecins et natura-
listes de son Académie, après un examen attentif, extérieur
et intérieur, déclarèrent à l'unanimité un vers intestinal
nouveau , n'étoit rien autre chose que l'appareil hyo-laryn-
gien très-mutilé- d'un oiseau, La description de l'auteur sien-
nois et surtout sa figure ne peuvent laisser de doutes à cç
sujet. La trompe n'est sans doute qu'un reste de la langue ,
la bouche, l'ouverture de la trachée ou la glotte, dont Bas-
tiani décrit même les cartilages aryténoïdes ; les ailes ou
nageoires cartilagineuses sont les dentelures de la base de la
langue; le fémur, le genou, le tibia, car on y trouve tout
cela j suivant cet auteur, ne sont que les cornes de l'h^oidei
SAG 9
Enfin, la prétendue queue n'étoit probablement qu'un reste
de la trachée- artère . et si l'anirnal étoif , comme on le fait
observ'Cr, percé d'outre en outre par un canal qui ne con-
tenoit aucun viscère , cela se conçoit aisément, puisque ce
n'étoit, en effet, que le cornu en^ement du canal aérien.
Ce fameux animal, qui exerça la sagacité de toute une aca-
démie, avoit été rendu, dit -on, avec les matières sterco-
rales, par un ecclésiastique de cinquante ans, qui étoit réel-
lement tourmenté par la présence d'ascarides lombricoïdes.
Au reste , voici comment M. de Lamarck a caractérisé
son genre Sagittule : Corps mou, oblong , un peu déprimé,
terminé antérieurement par un renflement pyramidal, hé-
rissé en dessus de pointes dirigées en arrière ; deux appen-
dices opposés et cruriformes à la partie postérieure du corps,
un suçoir en trompe rétractile , inséré en dessous sous le
sommet du renflement pyramidal : caractéristique dans la-
quelle le savant zoologiste François, séduit par la confiance
qu'il avoit dans l'observateur italien , a, pour ainsi dire, ré-
gularisé ce que la description de celui-ci avoit d'extraordi-
naire; en sorte que ce genre, que l'on regardoit comme
ayant quelques rapports avec les échinorhynques, a déjà été
adopté par plusieurs naturalistes.
Il ne contient, comme on le pense bien, qu'une seule
espèce, qui a reçu le nom de sagittule de l'homme, ^S. ho-
ininii,\ (De B. )
SAGITTILINGUES. (Ornith.) Nom d'une famille d'oiseaux
dans Illiger. Cette famille comprend les pics et le torcol.
(Ch. D.)
SAGOIN, CalliÛirix. {Mamm.) Genre de petits singes amé-
ricains, très-voisin de celui des Sapajous, fondé, sous le nom
de Callithrix ' , par MM. Geoffroy et Cuvier, et renfermant
plusieurs espèces du grand genre Simia de Linné.
Ces singes ont d'abord les caractères propres aux singes du
nouveau contint-nt, consistant dans le grand écartement des
narines, le nombre des molaires, qui est de six pour chaque
côté des deux mâchoires, l'absence de callosités et d'abajoues,
J Le genre nommé plus anciennement Callithrix par Erxlehcn , se
fomposojt des Sakis et des Ouj^titis,
SAG
la grande longueur de la queue, qui est couverte de poils
courts. Comparés aux autres genres , qui renferment les singes
de la même division, ils diffèrent des alouates, en ce qu'ils
n'ont point, comme ceux-ci, la tête pyramidale, dont l'angle
facial est de 5o degrés, la mâchoire inférieure très -haute, et
comprenant, entre ses branches, un renflement volumineux
du corps de l'hyoide; et en ce que leur queue n'est point du
tout prenante , ni dégarnie de poils à la face inférieure de
son extrémité. Ils s'éloignent des atèles par ce dernier carac-
tère, et aussi parce que leurs mains antérieures ne sont
jamais, comme celles de ces animaux, dépourvues de pouce
ou seulement munies d'un rudiment de ce doigf. Ils ont plus
de ressemblance avec les sapajous et les sakis par la forme
arrondie, et en même temps oblongue d'avant en arrière de
leur tête, dont l'angle facial est également ouvert, mais oa
ne sauroit les confondre, néanmoins, avec les premiers de
ces singes, dont la queue, quoique partout garnie de poils
courts, est éminemment prenante , ni avec les derniers, qui,
ayant la queue lâche, comme la leur, l'ont revêtue de fort
longs poils, qui la rendent très-touffue. Les ouistitis et les
tamarins, dont les molaires sont gjrriies de pointes aiguës
à leur couronne, et dont les doigts sont terminés par des
griffes plutôt que par des ongles plats, forment un groupe
qui en est encore bien séparé.
Par leurs formes générales , ces animaux sont plus sem-
blables aux sapajous qu'a aucun des autres singes dont
nous venons d'énumérer les genres. Ils sont, pour la taille,
intermédiaires aux mêmes sapajous et aux ouistitis. Les cou-
leurs de leur pelage sont remarquablement plus belles que
celles des sapajous, et c'est ce qui leur a fait appliquer le
nom de callithrix , qui signifie beau poil.
Ils ont trente-six dents en totalité, savoir: quatre inci-
sives, dont les deux intermédiaires sont les plus larges à la
mâchoire d'en haut, et les plus étroites à la mâchoire d'en
bas; quatre canines, qui sont médiocrement fortes; six mo-
laires de chaque côté des mâchoires, à couronne garnie de
tubercules mousses, les trois premières ou fausses molaires ne
présentant qu'une saillie anguleuse extérieurement, et une
autre plus obtuse en dedans; les autres, offrant sur leur
SAG II
surface quatre tubercules. Leur tête est petite, arrondie;
leur museau court ; leur angle facial de soixante dogrés
environ.
Ces animaux vivent absolument comme les sapajous, et
habitent, comme eux, les immenses forêts du Brésil.
Le Sagoin saimiri ou çaimiri , Callithrix sciurea , est le plus
anciennement connu, non -seulement sous ce nom, mais
encore sous ceux de sapajou jaune , sapajou orangé, singe-écu-
reuil, sapajou de Cayenne, etc. Buffon l'a décrit tome i5, et
figuré pi. 67 de son Histoire naturelle. M. de Humboldt l'a
indiqué sous la désignation de titi de l'Orénoque. Ce joli petit
animal n'a guère plus de dix pouces de longueur, mesurée
depuis le sommet de la tê(e jusqu'à l'origine de la queue,
qui a treize ou quatorze pouces : lorsqu'il marche à quatre
pattes, sa hauteur est d'environ six pouces. Sa tête est ovale
et alongée depuis le front jusqu'à l'occiput; sa face est assez
plate et son museau peu saillant; son sinciput et son ver-
tex sont couverts de poils courts non divergens ; ses oreilles
sont nues, plates, appliquées contre les tempes, anguleuses
supérieurement et postérieurement; ses yeux sont gros, en-
tourés d'un cercle couleur de chair, et leur iris est châtain.
Il a le poil doux. Sa face est nue, blanche au pourtour,
mais marquée dans son milieu d'une large tache noirâtre, qui
comprend le bout du nez, la lèvre supérieure et la lèvre in-
férieure, et l'on voit une petite tache verdâtre dans le blanc
de chaque joue. Toutes les parties supérieures de son pelage
sont d'un jaune verdâtre, qui prend une teinte grise sur les
Jjras et sur les cuisses, et se change en un bel orangé sur les
avant -bras et les jambes; sa queue est d'un gris verdâtre,
plus foncé en dessus qu'en dessous, et son extrémité est noire
dans une longueur de deux pouces environ. Toutes les par-
ties inférieures, c'est-à-dire , le ventre, la poitrine, le cou ,
le bas des joues et le tour des oreilles sont d'un blanc sale,
légèrement teint de jaunâtre; les organes génitaux du mâle
6ont couleur de chair; ses testicules sont volumineux, et su
verge est terminée par un gland très -semblable à celui de
Thomme. Les ongles des pouces sont plats, et les autres com-
primés latéralement, longs et étroits.
Le plus souvent le dos a la couleur d'un jaune verdâtre
" SAG
uniforme , que nous venons d'indiquer; mais cette couleur
est d'autant plus verdàtre que les individus sont plus âgés.
RI. Geoffroy a remarqué une variété de ce singe, plus
grande du double, et dont le dos offre un mélange de roux
vif et de noir.
Ces petits singes sont assez rarement amenés en Europe,
dont la température ne leur convient pas; aussi est- il rare
qu'on les y conserve long-temps. Leurs manières sont pleines
de gentillesse et de vivacité. Ils sont craintifs et manifestent
leur inquiétude par un petit cri plai-.tif. Dans leur état
de nature ils ont l'habitude de se réunir et de se coucher
plusieurs ensemble, afin de se tenir chaud. Ils aiment de
passion les insectes et les araignées, et lorsqu'on leur montre
des figures coloriées de ces animaux , ils les reconnoissent
parfaiteuienr et cherchent à les enlever de dessus le papier
avec leurs petites mains.
M. de Humboidt dit que les titis sont très-communs au
sud des cafaraftes «le TOrénoque et qu'on en trouve une va-
riété de plus g.aiicle taille et plus sauvage sur les bords du
Rio Guaviaré. tandis qu'une autre, au contraire , plus petite
et [dus gentille, habiîe ceux du Cassiquiiire.
Le Sagoin a masque {Callilhrix personams, Ge»iff. , Desm.;
Simia pcrsonata , Huuib., Rec. d'observ. zoolog. , esp. :^i),
est plus grand que le précédent et" se rapproche même un
peu par sa taille du sapajou sai, bien que sa tête suit com-
parativement plus petite que celle de ce sirge. l^-on pelage
est composé de poils longs, généralement d'un grîs fauve. Sa
face, le sommet de sa tète , ses joues et le dtrrière de ses
oreilles sont d'une couleur brune foncée dans la femelle et
Tiodre dans le mâle; les poils de son dos, de ses bras et de
ses cuisses sont gris et anuelés de blanc sale vers la pointe»
ce qui donne à cette partie du pelage une apparence grive-
lée;ceux du ventre sont d'un gris uniforme, légèrement teint
de brunâtre; Ifs poignets et les mains, ainsi que les pieds de
derrière (les talons exceptés) , sont noirs dans le mâle et bruns
dans la femelle; la queue, médiocrement touffue et longue
à peu près comme le corps, est d'un fauve rnussàtre.
M. de Humboidt a trouvé ce singe entre le 18/ degré et
demi et le 21.*^ et demi de latitude méridionale sur les bords
SAG i3
des rîvîères Itabapuana, Itapemioiin , Espirita-Saato, Rio-
Doce, jusqu'à Saint- Matthieu.
Le Sagoin veua'e : Callithrix lugens, Geoff., Desm.; la Vi«
DuixA, Humb. , Rpc. d'obs. , esp, 3. Ce singe peut avoir un
pied de longueur; son poil est fort doux et lustré, d'un beau
noir uniforme, à l'exception du cou et des mains antérieures,
^ qui sont de couleur blanche ; la face est d'un blanchâtre
tirant sur le bleu, avec deux lignes blanches, qui se ren-
dent des yeux aux tempes ; les poils noirs du sommet de
la tête ont des reflels pourprés j les pieds de derrière et là
queue sont noirs.
Selon M. de Humboldt, ce singe est très-doux, très-timide
et d'un caractère mélancolique. Il reste souvent immobile des
heures entières et fuit la société des animaux vifs et turbn-
lens, comme le sont par exemple les saimiris. Les forêts du
Brésil qui bordent le Cassiquiare et le Rio Guiaviaré près de
San Fernando de Atapabo, sont sa résidence ordinaire, et on
le rencontre aussi dans les montagnes granitiques peu éle-
vées de la rive droite de l'Orénoque, derrière la mission de
Santa Barbata.
Le Sagoin a fraise : Callithrix amiclus, Geoff., Desm.; Si~
mia amicta, Humb. , Rec. d'obs. zool.,esp. 24. 11 est presque
double en taille du sagoin saimiri : son pelage est en entiti'
d'un noir teint de brun , si ce n'est sous le cou et sur le haut
de la gorge, où se voit du blanc, et sur les mains antérieures
(depuis le poignet), qui sont d'uri gris jaunâtre sale. Les
joues sont brunes et sa queue, toute noire et peu touffue,
est d'un quart plus longue que le corps. Sa patrie n'est pas
positivement connue et l'on manque de renseignemens sur
ses habitudes naturelles.
Le Sagoin a coluer ; Callithrix torquatus , Geoff.; Cehiis for-
quatus , Hoffmans. , Geoff. , Desm. Celui-ci, qui a été décrit
par M. de Hoffmansegg , dans le 10.'' volume des Mémoires
des curieux delà nature, de Berlin , ne nous est connu que
par la phrase caractéristique suivante, que M. Geoffroy en
a donnée d'après ce naturaliste prussien : Pelage brun châ-
tain, jaune en dessous; un demi-collier blanc ; queue un pei^
plus longue que le corps. Il est du Brésil.
Le SAGOfcN MOLocH : CalUthrix moloch, Geoff., Desm. 3 Cshu3
14 SAG
moloch, Hoffmans. , Mém. des cur. de la nat., de Berlin , tom. i o.
Nous avons vu au Muséum ce singe, dont la taille est double
decelledusagoinsaimiri, et dont la queue est presque-de moitié
plus longue que le corps. Toutes les parties supérieures de
son corps et de sa tête , ainsi que la face externe de ses
quatre extrémités, sont revêtus de poils marqués alternative-
ment d'anneaux d'un gris clair et d'anneaux d'un brun pâle,
donnant à l'ensemble de cette partie du pelage un aspect gri-
velé. Sa queue , touffue à la base et plus mince dans le reste
de son étendue, a ses poils largement annelés de gris-brua
noirâtre et de blanc sale; le dessus des mains, surtout de
celles de devant et le bout de la queue, sont d'un gris clair
presque blanc; la face est nue, obscure, avec quelques poils
roides, parsemés sur les joues et le menton; les poils du
sommet de la tête sont courts et non couchés; ceux des côtés
des joues, du dessous du cou, de la poitrine, du ventre et
de la face interne des quatre membres sont d'un fauve rous-
sàtre, tirant sur le roux, principalement auprès de la cou-
leur grise des côtés du corps, qui en est nettement séparée.
Ce sagoin est originaire du Para : ses habitudes naturelles
sont inconnues.
Le Sagoin mitre: Callilhrix infulatus, Lichtenstein et Kuhl;
Desm., Mamm. , pag. 88, esp. 82. Ce sagoin, qui est rare au
Brésil, a le pelage gris en dessus, d'un roux jaunâtre en
dessous, avec une grande tache blanche, entourée de noir
au-dessus des yeux; sa queue, d'un jaune roussàtre à son
origine, est noire à l'extrémité.
Le nom de sagoin n'a pas été donné seulement aux animaux
que nous venons de décrire, mais on en a fait d'abord la dé-
signation générale de toutes les plus petites espèces de singes
de l'Amérique méridionale. C'est à ce titre que les ouistitis
et les tamarins ont aussi reçus cette dénomination , et comme
on la leur a appliquée indiiféremment , c'est ainsi qu'il est
arrivé que l'article Ooisrrn a été l'objet d'un simple renvoi
à celui qui traite des sagoins.
Les sagoins, dont nous avons donné ci-avant les descrip-
tions, forment un petit groupe très-rapproché de celui des
sapajous et en ont même le système dentaire, mais ils en diffè-
rent par une queue non prenante, une taille plus petite, et
SAG i5
des couleurs plus vives et plus variées dans les différenles
parties du pelage.
Les animaux que nous allons faire connoître, composent
les deux genres Ouistiti et Tamarin de M. Geoffroy. Pour
nous, ils composeront le seul genre OUISTITI, Jacchus, di-
visé en deux sections: i.° celle des ouistitis proprement dits,
et 2° celle des tamarins. . - '
Ce sont des singes américains, c'est-à-dire, sans càllosiféi*
aux fesses, sans abajoues, et à narines écartées, comme les
sagoins ci- avant décrits, et ayant comme eux une longue
queue non prenante et couverte partout d'un poil fourni,
mais pas fort long. Ils en différent en ce qu'ils sont encore
plus petits, que leurs ongles sont transformés en véritables
griffes ( ce qui les a fait nommer singes écureuils ) , que leurs
pouces ont presque entièrement perdu la propriété d'être
opposés à tous les autres doigts ensemble ou séparément, et
surtout en ce que leurs molaires, moins nombreuses, puis-
qu'il n'y en a que cinq au lieu de six à cliaque côté des
mâchoires, comme dans les singes de Tancien continent, ont
une forme qu'on ne retrouve dans celles d'aucun singe quel-
conque ; c'est-à-dire, qu'elles ont leur couronne garnie de
tubercules pointus, analogues à ceux des molaires des mam-
mifères insectivores.
Les ouistitis ont la tùte petite , assez ronde et avec l'occiput
moins saillant en arrière que dans les sapajous et sagoins.
Leur face est perpendiculaire : ce qui pourroit faire croire
que leur angle facial est très -ouvert ; mais cette apparence
est due à l'existence d'une crête osseuse placée au-dessus des
orbites et qui fait un angle fort marqué avec le crâne, qui
fuit beaucoup en arrière sur la région du front ; les yeux sont
médiocrement grands, c'est-à-dire, plus petits que dans les
sakis et surtout que dans le nocthore douroucouli de M. Fréd.
Cuvier (voyez Saki). Ils sont très-rapprochés l'un de l'autre
et dirigés en avant; le museau est court et le nez un peu sail-
lant : la bouche a les proportions ordinaires à celle des singes;
les quatre incisives supérieures sont semblables à celles des
sakis ; mais, au lieu d'être parallèles, comme elles le sont
dans les autres singes, elles sont disposées en arc de cercle
assez petit; les canines sont longues, arquées et tranchantes
î6 SAG
postérieurement : les trois fausses molaires qui les sisivenî
ont une pointe à leur bord externe, avec un talon à Tin*
terne, et leur grandeur croit successivement delà première
à la troisième ; la quatrième dent , qui est une vraie mo-'
laire, est très-grande et ne diffère des premières que parce
qu'elle présente deux tubercules pointus a son bord externe,
avec un rudiment de tubercule intermédiaire; la dernière
mâchelière, ou la cinquième, ressemble à la précédente, mais
elle est de moitié plus petite. A la mâchoire inférieure les
deux incisives latérales sont un peu plus fortes que les deux
mitoyennes, et toutes sont disposées en arc de cercle; les ca-
nines ressemblent toul-a-fait aux incisives latérales; les trois
premières dents qui suivent, sont des fausses molaires à une
pointe sur leur bord externe, et sont pourvues d'un rebord
interne en forme de talon; la quatrième molaire, qui est la
plus grosse, a quatre tubercules pointus; enfin la cinquième,
qui est beaucoup plus petite que celle-ci, présente à peu près
les niéme.s formes. Le corps est long et les membres sont grêles;
la queue est très longue et velue. La taille de ces animaux ne
surpasse généralement pas celle de notre écureuil d'Europe.
Ces singes en miniature n'ont encore été trouvés qu'au
Brésil, au Para et à la Guiane. Leurs espèces sont variées,
mais le nombre des individus dans chacune n'est pas fort
considérable. Leur manière de vivre est, en général, sem-
blable à celle des autres quadrumanes du même pays. On
observe cependant qu'ils recherchent les insectes avec un
^oût si marqué, qu'ils doivent en faire le fond de leur
iiourriture. Ils aiment aussi beaucoup les œufs. Leur naturel
est doux et craintif, et on les apprivoise facilement; lors-
qu'on les chagrine ou qu'on les inquiète, ils font entendre
rin petit cri, semblable à celui d'un oiseau. Quoique peu fa-
vorisés, sous le rapport de l'intelligence, ils ont une perspi-
cacité assez développée pour reconnoître parfaitement un in-
secte sur sa figure et pour essayer de s'en saisir: action dont
seroit totalement incapable la plupart des quadrupèdes et
particulièrement les écureuils, auxquels on a surtout voulu
comparer ces singes, probablement plutôt sous le rapport
de la taille et de la gentillesse des mouvemens, que sous
toute autre considération.
SAG 17
Ces petits animaux produisent assez souvent en Europe,
lorsqu'on a le soin de les tenir dans un lieu chaud ; mais ils
vivent assez peu de temps dans notre climat.
Nous exposerons brièvement les caractères de quatorze
espèces, distinguées par les auteurs dans le genre qui nous
occupe, bien que nous ne prétendions pas que ces distinc-
tions soient à l'abri de tout reproche; car il convient de
dire que plusieurs d'entre elles ne sont fondées que sur la
description d'un individu unique. Nous adopterons pour leur
division les sections qui ont été proposées par M. Geoffroy ;
seulement nous ne leur attribuerons pas la valeur de coupes
génériques.
§. 1." Ouistiti; Jacchus ^ Geoffr. Incisives supéi-ieures
non contiguës ; les inférieures presque verticales é,
les latérales étant les plus longues; oreilles mé-
diocres.
L'Odistiti proprement dit (Jacchus vulgaris , Geoff. , Desm.,
Mamm.jCsp.gS ;Simia jacchus , Linn. ; Ouistiti, Buff. , tom. 1 5,
pi. 14, • Audeb., Hist. des sing. , fam. 6, sect. 2 , pi. 4 ; Fréd*
Cuv. , Hist. nat. des Mamm., 8." livr. ) est le singe de ce
genre le plus anciennement et le plus généralement connu,
et celui qu'on voit à peu près seul, mais quoique rarement ,
en Europe. Le contour de sa tête sur la ligne moyenne, de-
puis le bout du museau jusqu'à l'occiput , est de deux pouces
six lignes , et la longueur de son corps, depuis l'occiput jusqu'à
la base de la queue , est de six pouces ; sa queue en a onze.
Il a le pelage gris, tiqueté, composé de poils bruns dans la
plus grande partie de leur longueur et terminés de gris-clair,
et la partie postérieure du dos ou la croupe, ainsi que la
queue, sont marqués de bandes transversales ou d'anneaux
alternativement bruns et cendrés, la queue ayant quinze à
dix-huit de ces anneaux. La face est à peu près nue, avec une
grande tache d'un blanc sale au milieu du front , et les tempes
portent chacune une touffe très-marquée de poils blanchâtres
très -fins; les côtés inférieurs des joues, le dessous du cou,
le haut de la poitrine et les épaules, sont d'un brun rous-
sàtre non mêlé de gris, qui passe sous le ventre au gris-clair j
47. 2
i8 SAG
les mains et les pieds sont bruns. Une variété a le pelage
roux, avec la croupe marquée transversalement de bande»
alternatives rousses et cendrées. Les jeunes (âgés de quarante
à cinquante jours ) sont d'un fuligineux brunâtre aux endroits
où le brun se montre dans les individus adultes, et ils n'ont
point de touffes de poils blancs sur les tempes.
L'ouistiti est originaire du Brésil et de la Guiane ; ses
mœurs sont celles que nous avons attribuées au genre entier,
car son espèce est la seule sur laquelle on ait pu faire quel-
ques observations. C'est par une inadvertance bien singu-
lière que le Guide a représenté ce singe dans le tableau de
la collection de Chantilly (maintenant au Muséum), q-ui re-
présente Hélène au moment de son embarquement.
L'Ouistiti pinceau : Jacchus penicillatus , Geoff. , Desm. ,
Mamm. , esp. 94 ; Humb. , Rec. d'observ. zool. , esp. 58 bis. Un
peu plus petit que l'ouistiti proprement dit et n'en étant
peut-être qu'une variété, ce singe a comme lui le pelage
d'un brun-roux cendré, la queue et la croupe annelées de
cette couleur et de cendré clair (douze ou treize bandes sur
la croupe et quatorze ou quinze sur la queue) , et une tache
blanchâtre triangulaire sur le front; mais ce qui le caracté-
rise , c'est que les touffes blanches des oreilles de l'ouistiti sont
remplacées chez lui par un pinceau de poils longs et noirs. Les
autres pa^-ties de la tête sont d'un brun noir ; le devant du cou
est d'un brun un peu moins foncé, et les pieds sont d'un gris
brun. Les jeunes individus de cette espèce ont les pinceaux
des oreilles fuligineux, avec leur base roussàtre. Le Brésil est
la patrie de ce singe , et il n'habite qu'au-delà du iS.*^ degré
So minutes de latitu^de sud.
L'Ouistiti a tête blanche [Jacchus leucoceplialus , Geofl". ,
Desm., Mamm., esp. yS ; Simia Geojfroji, Humb., Rec. d'obs.
zooL, esp. 07) est une autre espèce, dont l'existence n'est pas
encore suffisamment établie, et qui diffère des précédentes
par la couleur de chair uniforme des parties nues de sa face,
sans tache blanchâtre au front , et parce que les poils qui
garnissent le sommet de sa tête, le dessous de son cou et
sa gorge sont blancs : il a en outre deux touffes de poils
noirs, longs et droits, l'une au-devant et l'autre derrière
chaque oreille» Une tache brune foncée se voit sur le haut
s A. G 19
du dos, se prolongje sur chaque bras, et se confond avec
la couleur qui est propre à toutes les parties inférieures du
corps; le bas du dos est fauve; les flancs sont couverts de
poils bruns et teriniués de blanc sale; les mains et les pieds
sont bruns ; la queue est annelée. Ce singe est du Brésil.
L'Ouistiti oreillard -.Jacchus aiiritus, GeofF., Desrn., Mamm.,
esp. 96 ; Sirnia aurita, ^umb., Rec. d'obs. zool., esp. 56. Autre
espèce douteuse, en tout semblable , parles proportions et
les dimensions de son corps, à l'ouistiti proprement dit. Ce
singe a tout le haut de la face, y compris la bouche, recou-
vert de petits poils blancs. Son pelage se compose de poils
noirs dans lesquels s'en trouvent une petite quantité de bruns,
lesquels sont plus abondans dans plusieurs endroits que dans
d'autres; les lombes n'ont point de bandes transversales, mais
la queue est marquée d'une quinzaine d'anneaux d'un gris
cendré, qui alternent avec autant d'anneaux d'un brun noi-
râtre; sur le sinciput est une toutfe de poils jaunâtres; les
oreilles ont à leur partie interne seulement une toufle de
poils blancs; les extrémités des membres ou les quatre mains
sont d'un gris brun. Les jeunes sont d'un gris-brun uniforme
et ont chaque poil seulement plus clair à la pointe qu'à la
hase; leur nez a en dessous un peu de jaunâtre, et leur queue
est foiblement annelée; le dessus de leur tête est ou d'un
irun foncé, ou d'un brun doré entremêlé de poils noirs. La
patrie de cette espèce n'est pas positivement connue , mais il
est vraisemblable que c'est le Brésil.
L'Ouistiti a camail : Jacchus humeralifer , GeoiT. , Desm.,
Mamm. , esp. 97 ; Simia humeralifer, Humb. , Rec. d'obs. zool.,
esp. 38. Dernière espèce voisine de l'ouistiti proprement dit,
dont la distinction n'est pas plus certaine que celle des trois
précédentes. Elle a la face généralement blanchâtre au centre
et brune autour, avec le front seulement couvert de très-petits
poils fins et serrés; le sinciput d'un brun foncé; les tempes
garnies chacune de deux touffes de poils droits et blancs, l'une
devant et l'autre derrière l'oreille ; toutes les parties supé-
rieures du corps couvertes de poils d'un brun foncé dans la
plus grande partie de leur longueur et teruiinés de blanc-
gris ; cette dernière couleur indiquant quelques bandes trans-
verses à peine marquées sur le bas du dos; la queue noire ,
^o SAG
avec des anneaux fort distans entre eux et de couleur cen-
drée. Espèce du Brésil.
Tous les ouistitis décrits ei- dessus , ont exactement la
Blême taille, sont pourvus de touffes de poils aux deux côtés
de la tête, et ont plus ou moins la croupe et la queue rayées
ou annelées de couleurs différentes. Ces caractères existant
dans toute leur intégrité dans la preuyère espèce, qui a été
souvent observée, on sera peu étonné de nous voir conserver
quelques doutes sur la distinction de celles qui la suivent,
puisqu'elles n'ont été établies que d'après l'observation d'un
petit nombre d'individus, et qu'elles ne sont fondées que sur
des caractères extérieurs seulement.
Les deux espèces qui suivent n'ont point la queue anne-
lée , ni la croupe marquée de bandes transversales diverse-
ment colorées.
L'Ouistiti mélanure { Jacchus melamirus , Geoff. , Desm.,
Mamm., esp. 98) est de la taille de l'ouistiti ordinaire, mais
il a la queue d'un quart plus longue que lui : il fait le
passage des ouistitis aux tamarins. Toutes les parties supé-
rieures de son corps sont d'un brun fauve qui s'obscurcit sur
les régions postérieures; le dessous du cou, la poitrine et le
rentre sont d'un gris fauve; les pattes sont d'un brun assez
foncé, mais la bordure des cuisses en devant est jaunâtre j
la queue est d'un brun- noir uniforme. M. de Humboldt ,
qui fait mention de ce singe dans son Recueil d'observations
zoologiques, le donne comme propre au Brésil.
L'Ouistiti mico : Jacchus argentatus^ Geoff., Desm., Mamm.,
esp. 99; le Mico , Buff. , tom. i5 , pi. 18 ; Humb. , esp. 40; Si-
mia argentata, Linn. La queue de celui-ci est encore plus
grande que celle du précédent, puisqu'elle n'a guère moins
du double de la longueur du corps. Tout son pelage est d'un
blanc lustré assez pur; sa queue est noire en entier; le milipu
de sa face , qui est nue , ses oreilles, les tubercules palmaires
et plantaires sont d'un rouge de vermillon; on voit seulement
quelques poils noirs au-dessus des yeux et dans la ligne des
sourcils, ainsi que sur la lèvre supérieure.
Une variété du mico , dont la queue est blanche comme
le corps, a été indiquée par feu M. Ku'al. L'espèce n'a été
trouvée que dans le Para,
SAG 21
§. 2. Tamarin; Midas^ GeofF. Incisives supérieures con-
ligues ; les inférieures proclives , contiguës et con-
vergentes en hec de Jlûte ; oreilles très - grandes ,
membraneuses et plates sur les côtés de la tète ;
front grand et très-relevé par la saillie des crêtes
sus-orbitaires.
Ouistiti tamarin: Jacchus rujimanus, Desm. , Mamm. , esp.
loo ; Miias rufimanus, Geoff. ; Simia midas , Linn. , Huinb.
Comme les autres singes de ce genre, celui-ci n'est pas plus
grand qu'un écureuil. Son corps est fort alongé; se* grandes
oreilles plates sont de forme anguleuse et nues; son poil est
généralement noir, mais varié de gris sur la région des lom-
bes : Il face supérieure des mains et des pieds est couverte de
poils d'un jaune roux, c'est-à-dire couleur de feu. Sa queue
est très -longue , fort mince et toute noire.
Ce petit singe, d'un naturel vif et qui s'apprivoise très-fa-
cilement, habite, dans l'état de nature, en grandes troupes,
sur les sommités des arbres, dans les endroits de la Guiane et
du Maragnon qui sont à la fois montueux et distans des habita-
tions de l'homme. On ne l'a pas encore trouvé au Brésil.
L'Ouistiti nègre: Jacchus ursulus , Desm. , Mamm., esp. ici;
Midas ursulus, Geolï. ; Saguinus ursulus, Hoffman. , et décrit
aussi par M. F. Cuvier, Hist. nat. des Mamm. , liv. 9. Absolument
semblable au précédent, dont il pourroit bien n'être qu'une
variété , par sa taille et les proportions de son corps et de ses
membres , il est comme lui entièrement noir , avec son dos in-
férieurement varié de gris ; mais les poils qui couvrent ses
pieds, tant en dessus qu'en dessous, sont du même noir que
le reste du pelage, et nullement teints de jaune ou de roux.
L'iris de ses yeux, comme celui de l'ouistili tamarin, est d'un
jaune brun ou châtain. On le dit commun au Para. Ses habi-
tudes naturelles ne diffèrent pas de celles de l'espèce qui
précède.
Ouistiti labié : Jacchus lahiatus , Desm., Mamm., esp. 102 ;
Midas labialus , Geoff.; Simia labiata , Humb., Rec. d'observ.
zool. , esp. 44. De la taille des tamarins proprement dit et
pègre, il a toutes les parties supérieures de son corps et la
22 SAG
face extérieure des membres d'un brun noirâtre; toutes les
parties inférieures d'un roux ferrugineux; la tête, la queue
et les extrémités des pattes noires. Mais ce qui distingue ce
singe, c'est que son nez et le bord de ses lèvres sont recou-
verts de poils blancs très-fins et très-courts. Il est du Brésil.
Ouistiti a front jaune -.Jacclius chrj'somelas ,'Dcsm. , Mamm.,
esp. io3; Midas cliTjsomelas , Kuhl, Prod. sim. Cette espèce ,
que nous n'avons pas vue, habite les grandes forêts du Para
et du Brésil , et n'est pas commune entre les 14.'' et i5.* de-
grés de latitude australe. Son pelage est noir; son front et la
face supérieure de sa queue sont d'un jaune doré; ses avant-
bras, ses genoux, sa poitrine et ses côtés sont d'un roux
marron.
Ouistitt marikin a : Jûcchus rosfl/w, Desm., Mamm., esp. 104 ;
Midas rosalia, Geoff. ; Simia rosalia, Linn.; Marikina, Buff. ,
tom. 1 5 , pi. 1 6. Le singe-lion (c'est ainsi qu'on l'a aussi nommé)
a été décrit avec soin par M. F. Cuvier, dans la première li-
vraison de son Histoire naturelle des mammifères. Sa longueur
totale, mesurée depuis le bout du museau jusqu'à l'origine
de la queue, est de neuf pouces et demi, et sa queue a dix
pouces. Il a la face nue et livide depuis les sourcils, ainsi que
la plante des pieds et la paume des mains ; ses oreilles sont
plates et rondes, avec un rebord seulement à la partie supé-
rieure; toutes les parties de sa peau qui sont nues, ont la
couleur de chair; le pelage est d'un jaune clair, et présente,
sur la tête et les épaules, une sorte de crinière très-marquée
par l'alongement du poil , qui , dans ces parties , est doré à la
pointe ; la poitrine et la croupe ont aussi des reflets dorés,
tandis que le dos, la base de la queue, les cuisses et le bas-
ventre, sont d'un jaune plus clair; la queue, aussi jaune,
est terminée par un flocon de poils plus longs que ceux qui
îa couvrent dans toute son étendue, depuis l'origine ; le potice
des mains est très-court, et celui des pieds est, au contraire ,
très-distinct et seul , parmi les doigts , pourvu d'un ongle
plat. Les molaires sont à tubercules médiocrement aigus ou
à peu près mousses.
Une variété de la Guiane a le pelage varié de roux et de
noirâtre; et une autre, du Brésil , est d'un roux assez écla-
tant. L'espèce s'étend entre les Guianes et le Brésil.
SAG 25
Ouistiti i.^o?.*cito^: Jacchus leoninus , Desm., Mamm., esp.
îo5; Midas leoninus, Geoff. ; Léoncito , Simia leonina, Humb. ,
Rcc. d'obs. zool. , pag. 14, pi. 5. Très-voisin du précédent
parla crinière qu'il porte, celui-ci est un peu pins petit,
puisque son corps et sa queue, mesurés séparément, ont cha-
cun sept à huit pouces seulement. Son pelage est générale-
ment d'un brun olivâtre, tant sur le corps.que sur la grande
crinière qui recouvre le derrière de la tête , le cou et la
région des épaules; la face est noire, avec une tache d'un
blanc bleuâtre qui comprend tout le tour de la bouche et les
narines; les oreilles sont grandes, triangulaires , avec le re-
bord supérieur replié ; le dos est marqué de petites taches
et de lignes légères d'un blanc jaunâtre; la queue est termi-
née par un flocon; ses mains et ses pieds sont noirs; les
.ongles des pieds de derrière sont plus aplatis que ceux des
mains.
M. deHumboldt, qui a seul fait connoître ce singe, fort
voisin du marikina, dit qu'il habite les plaines qui bordent,
à l'est , la chaîne des Cordillères, et parliculièrement les
rives du Putu-Mayo et du Caqueta. Rare dans son pays natal,
il ne s'élève jamais jusqu'à la région tempérée des montagnes;
son caractère est très-vif et très-irascible; il fait entendre sou-
vent un son de voix semblable au chant des petits oiseaux.
Ouistiti pinche : Jacchus adipus , Desm. , Mamm. , esp. 106 ;
PiNCHE, Buff. , tom. i5, pi. 17; Simia adipus , Linn. ; Titi de
Carthagène, Humb., Rec. d'obs. zool., pag. ôoj. Ce dernier
petit singe américain n'a pas plus de neuf pouces de longueur ,
et sa queue est presque double. Il a , comme les deux précé-
dens, une chevelure fort longue, mais elle ne prend pas les
dimensions d'une crinière. Tout son pelage est lustré, d'un
brun fauve, quelquefois moucheté de taches fauves en dessus,
et toujours blanc en dessous; les deux premiers tiers de sa
queue sont d'un roux vif et le dernier est noir; le sommet
et les côtés de la tête sont garnis d'un toupet de poils lisses
et blancs contrastant avec la couleur noirâtre et tannée
de la face, qui est à peine couverte d'un duvet gris; quel-
ques poils blancs et roides sont implantes sur les lèvres, le
menton et auprès des oreilles , qui sont fort grandes et ar-
rondies.
24 SAG
Ce petit animal, dont on n'a encore observé vivans que
peu d'individus , s'est montré doué d'un caractère méchant et
irascible. Sa voix, lorsqu'il est en colère, ressemble à celle
de nos chauve-souris.
M. de Humboldt l'a observé aux environs de Carthagcne et
vers l'embouchure du Rio-Sinù. H le dit rare à la Guiaiic.(DESM.)
SAGONE , Sagonea. ( Bot. ) Genre de plantes dicotylédones,
à fleurs complètes, monopétalées, de la famille des convol-
vulacées, de la pentandrie trigjnie de Linnaeus, offrant pour
caractère essentiel: Un calice à cinq divisions; une corolle
campanulée , à cinq lobes: cinq étamines;un ovaire supérieur
surmonté de trois styles; les stigmates en tête ; une capsule à
trois loges, s'oavrant transversalement; des semences nom-
breuses, fort petites, attachées à un réceptacle central, trian-
gulaire.
Sagone aquatique : Sagonea aquatica , Aubl. , Guian. , i ,
pag. 285 , tab. 1 1 1 ; Lamk. , îll. gen., tab. 2 12 ; Reichelia palus-
tris , Willd., Spec. Plante herbacée qui , de la même racine,
produit plusieurs tiges droites, simples, cylindriques, hautes
de deux ou trois pieds, garnies de feuilles alternes , lisses ,
vertes, étroites, lancéolées, acuminées, presque sessiles , ré-
trécies en pétiole à leur base, longues d'environ trois pouces,
larges d'un pouce au plus. Les fleurs naissent dans l'aisselle
des feuilles, disposées en frès-petiies grappes, au nombre de
trois ou cinq. Le calice est glabre, profondément divisé ea
cinq folioles vertes, lancéolées, aiguës. La corolle est bleue,
d'une seule pièce, campaniforme , partagée à son limbe en
cinq lobes arrondis , courts-, égaux , un peu aigus. Les éta-
mines sont insérées à la base de la corolle; les anthères oblon-
gues, courbées en demi-cercle, vacillantes, sillonnées à leurs
deux faces, bifides à leurs deux extrémités; l'ovaire presque
globuleux: il se convertit en une capsule marquée de trois
sillons, s'ouvrant transversalement en deux valves, divisée en
trois loges séparées par des cloisons membraneuses. Les ser
menées sont fort petites, attachées sur Un placenta dans l'an-
gle interne de chaque loge. Cette plante croit à la Guiane,
sur le bord d'un ruisseau, entre la crique des Galibis et la
rivière de Sinamary. Les Galibis la nomment sagoun-sagou^
(PoiR.)
SAG 25
SAGORTS. (Mamm.) Voyez Sagoin. ( Desm.)
SAGOU. {Bot.) Voyez ci -après Sagouier. (Lem.)
SAGOUiER et SAGOUTIER , Sagus. ( Bot. ) Genre de
plantes monocotylédones, à fleurs incomplètes, de la famille
des palmiers, de la rnonoéciç liexandrie de Linnœus, offrant
pour caractère essentiel: Des fleurs monoïques dans le même
spadice ; dans les fleurs mâles, un calice monophylle , cam-
panule, à trois petites dents; une corolle à trois pétales: six
ou douze éfamines ; les anthères droites, linéaires; dans les
fleurs femelles, un calice comme dans les mâles; une corolle
monopétale, campanulée, trifide; trois stigmates aigus, cou-
nivens ; une baie monosperme, couverte d'une écorce en
treillage; un périsperme morcelé; l'embryon latéral , au-desr
sus d'un enfoncement, placé sur le côté.
Sagouier raphia: Sagus raphia, Lamk., III. gen., tab. 771 ,
fig. 1 ; Palma pinus , Lobel, 2 , tab. 255 ; dus., Cur. post. ,
pag. 43 , 44; Ftaphia tinifera, Pal. Beauv. , Flor. d'Oware et
lienin, tab. 44, fig. 1 ; tab. 46 , 46, fîg. 1 ; Sagus raffia ,VJ illd.,
Spec, 4, pag. 4<>3 5 var. ^. Arbre d'une moyenne grandeur,
dont la tige est di'oite, cylindrique, très-simple, couronnée
par une belle touffe de feuilles grandes, nombreuses, très-
amples, pendantes, ailées, fort amples, longues de quatre
ou six pieds et plus, chargées, ainsi que les pétioles , de pe-
tites épines très-nombreuses. Delà base de ces feuilles sortent
et pendent de très-grands régimes ou spadiccs très-ramifiés,
sous-divisés en un grand nombre d'autres rameaux serrés ,
rapprochés, inégaux, chacun d'eux environné de deux ou
trois spathes partielles, courtes, cunéiformes, tronquées,
comprimées, fendues longitudinalement à un de leurs côtés-
Les fleurs sont sessiles, disposées alternativement sur chacune
des divisions du spadice, enveloppées à leur base par une
sorte d'écaillé circulaire, dure, coriace, un peu jaunâtre,
lisse, presque luisante. Ces écailles sont imbriquées, et re-
couvrent les rameaux dans toute leur longueur. Les fleurs
mâles, réunies sur les mêmes rameaux que les fleurs femelles,
en occupent la partie supérieure ; elles sont très-nombreuses ,
persistent pendant quelque temps , et tombent enfin à la mar-
turitédes fi-uits, qui forment, parleur ensemble, par leur rap-
prochement et leur nombre, une grosse touffe ovale, serrée 5
composée de baies sèches, ovales, oblongues, luisantes, écaîl-
leuses; les écailles très-serrées , fortement imbriquées du som-
met vers la base , ovales, obtuses; chaque baie est à une
seule loge; elles renferment une semence ovale, oblongue ,
ridée, tuberculée, lacuneuse d'une manière très-irrcgulière.
Cette plante croit dans différentes contrées de l'Inde, au Ma-
labar, en Afrique, dans les royaumes d'Oware et de Bénin ,
sur le bord des rivières.
« Ce palmier, dit Beauvois , est une des productions les
« plus communes et en même temps une des plus utiles pour
« lés habitans du pays où il croit : on en fait un très-grand
« usage. La côte des feuilles, ou le support des folioles, est
(( employée à faire des sagayes, instrument dont les Nègres
« se servent pour aller à la pêche: il est terminé par un fer
<sc fait en forme d'arête de poisson ou par une arête naturelle
<< de poisson, fixée par une longue ficelle, dont l'autre ex-
«( trémilé est attachée autour du corps du pêcheur. Ainsi
« armé , il se promène sur le bord des rivières ou de la mer:
« lorsqu'il aperçoit un poisson entre deux eaux, il lance sa
n sagaye , et rarement manque à percer et à saisir sa proie.
« Lorsque le poisson , ayant perdu son sang, n'a plus assez de
« force pour se dégager et se détacher du fer qui l'a percé ,
« c'est alors que le pêcheur l'attire à lui à l'aide de la ficelle
« attachée à la sagaye et à son corps.
« Les feuilles servent à former des palissades, des entou-
« rages, les murs et les couvertures des maisons. Lorsqu'il
« s'agit de construire des habitations, les Nègres coupent des
<ç amas de feuilles qu'ils amènent dans des pirogues. Lors-
<ç qu'une suffisante quantité se trouve rassemblée, des fem-
« mes tournent les folioles d'un même côté , ouvrage pénible
« et désagréable, à causeries épines, mais rarementsuivi d'ac-
« cidens, par l'habitude qu'elles ont de ce travail. A mesure
« que cet ouvi'age confié aux femmes s'avance, d'autres Nègres
«- réunissent ordinairement trois ou quatre feuilles ensemble,
„ attachent les côtes avec des lianes, et en forment autant
« de faisceaux ou paquets. Ces faisceaux sont placés trans-
« versalement et liés avec des lianes entre chaque poteau,
« et servent à boucher les ouvertures latérales. Les feuilles
« étant ainsi disposées, chaque faisceau présente une épais-
SAG 27
« seur de six ou huit couches de folioles, qui s'augmentent
« encore par les faisceaux posés successivement, et à peu
« près comme nos couvreurs de chaume et autres placent
« les bottes de paille et les tuiles. Les couvertures sont faites
« de même, et des lianes sont interposées, de distance en
f< distance , pour empêcher que les folioles ne soient soule-
« vées par le vent.
« Ces sortes d'habitations , dont les côtés et les couvertures
« sont très-épais, lorsqu'on ne pratique pas d'ouverture au
« centre, n'ont d'autres ouvertures qu'une porte très-basse
« et de petites lucarnes pratiquées sur les quatre côtés: elles
« ont l'avantage d'empêcher la chaleur d'y pénétrer, et les
,< lucarnes établissent un courant d'air suffisant pour le re-
<£ nouveler; mais elles présentent quelques inconvéniens,
« ceux surtout d'être les repaires de gros rats, qui abondent
« dans ces contrées, et de vipères, couleuvres, etc., qui s'y
« glissent et s'y établissent pour faire la chasse aux rats. »
« Les naturels d'Oware , ajoute Beauvois, retirent de cet
« arbre une liqueur assez semblable au vin de palme, mais
,< plus forte, plus colorée: ils la nomment bourdon. Ils préfè-
« rent le bourdon au vin de palme, d'abord à raison de sa
« force, et surtout depuis que plusieurs d'entre eux, soit par
,(, des accidens qu'ils ne pouvoient prévoir, soit par négli-
« gence, et faute d'avoir donné assez de solidité à la ceinture
<^ des branches d'arbres et de lianes dont ils se servoient pour
« s'élever, ont péri dans leur chute. Ils ont deux manières
« d'extraire cette liqueur. La première, connue et usitée
<? depuis long-temps chez tous les peuples qui boivent du vin
« de palme, consiste à recueillir, pendant plusieurs jours,
« au haut de l'arbre, dans des calebasses, la sève qui en dé-
« coule abondamment, après avoir fracturé ou coupé la nou-
« velle pousse du centre. La seconde , particulière aux ha-
« bitans d'Oware, est de ramasser une quantité de fruits, de
« les dégager de leur enveloppe, et de faire fermenter les
0; amandes dans le premier vin étendu d'eau. Cette seconde
« sorte de vin est plus colorée, plus spiritueuse ; elle pétille
« comme le vin de Champagne , et se conserve beaucoup plus
« long-temps. La valeur d'un demi-litre suffit pour griser les
« hommes qui ne sont pas habitués à cette boisson. *
28 SAG
Ce même arbre fournit encore cette substance connue
sous le nom de sagou ; mais il n'est pas le seul : un grand
nombre de palmiers en donnent également en plus ou en
moins grande quantité. On retire le sagou particulièrement
de la moelle du tronc, qui est plus ou moins transparente,
blanche ou fonguease, suivant Tàge de l'arbre. Les habitans
l'enlèvent après avoir fendu Tarbre dans sa longueur; ils
écrasent cette moelle, la mettent dans une espèce de cône
eu d'entonnoir fait d'écorce d'arbre , assujetti sur un tamis
de crin; ils la délaient avec beaucoup d'eau. Ce fluide en-
traine, par les ouvertures du tamis, la portion la plus line
et la plus blanche de la moelle; la partie fibreuse reste sur
le tamis.
L'eau chargée de la partie la plus atténuée de cette moelle
est reçue dans des pots, et elle y dépose peu à peu la fécule
qui en troubloit la transparence. On décante l'eau éclaircie,
et on passe le dépôt à travers des platines perforées, qui
lui donnent la forme de petits grains sous laquelle le sagou
nous parvient. La couleur rousse qu'ils offrent à leur surface
est due à l'action du feu sur lequel on les a fait sécher. Ces
grains se ramollissent et deviennent transparens dans l'eau
bouillante. On en forme , avec le lait ou le bouillon , une
sorte de potage léger , assez agréable , qu'on a fort recom-
mandé dans la phthisie. Le sagou est donc un véritable amidon,
auquel on peut très-bien substituer celui des pommes de terre :
ses qualités sont très-indépendantes de sa forme. Quand on
veut faire cuire ce sagou, on en met environ une cuillerée à
bouche dans un poêlon, pour le délayer peu à peu dans une
chopine d'eau chaude ou de lait; on place ce poêlon sur un
feu doux, et on remue sans discontinuer pendant une demi-
heure ou environ; on y ajoute du sucre, des aromates, de
Teau de fleur d'orange , etc.
Dans les iles Moluques, aux Manilles, aux Philippines, on
forme aussi avec la pâte molle du sagou des pains mollets d'un
demi-pied en carré et d'un doigt d'épaisseur. On en attache ,
en forme de chapelets, dix ou vingt ensemble, et on les vend
ainsi dans les rues des villes et fauboisrgs d'Amboine. Les ha-
bitans de cette contrée font encore une espèce de poudingue
^ssçz agréable pour les convalescens , avec cette pâte encore
SAG 29
molle, mélangëe de jus de poissons et du suc de limon, avec
quelques autres aromates.
Sagouier pédoncule : Sagus pedunculata ; Raphia peduncu-
lata, Beauv. , FI. d'Oware et Bénin, tab. 44, fig. 2, et tab.
46 , fig. 2 ; Sagusfarinifera, Lamk., III. gen., tab. 771 , fig. 2;
GsertD., Dejruct., tab. 120; Kajia, Bory-S.-Vinc. , Itin., 1,
pag. 178; Sagus raffia, Willd. , Spec, 4 , pag, 4o3 , var. a;
Jacq., Fragm. bot. , 7 , tab. 4 , fig. 2; Sagus longispina, Rumph.,
Amh., 1, pag. 75. Nous ne connoissons encore de ce beau
palmier que le fruit tel qu'il a été figuré par Lamarck , Gaert-
ner , Palisot-Bcauvois. Il paroît avoir été d'abord confondu
avec l'espèce précédente; mais la forme et le caractère de ses
fruits, les fleurs mâles pédicellées , d'après Beauvois, suffisent
pour en faire une espèce distincte. Les fruits sont réunis en
un très-beau régime , tel qu'il a été figuré par M. de Lamarck ,
d'après un individu de sa collection. C'est une baie sèche,
ovale, presque globuleuse, à une seule loge, surmontée par
Je style persistant, durci, subulé , cartilagineux; couverte
d'écaillés imbriquées, sèches, ovales, luisantes, d'un brun
foncé; elle ne renferme qu'une seule semence très- grosse,
ovale-arrondie , un peu aiguë à sa base ; l'enveloppe exté-
rieure est membraneuse et spongieuse , jaunâtre , plus épaisse à
la base de la semence : l'intérieure un peu crustacée, mince,
couleur de châtaigne; le périsperme cartilagineux, d'un blanc
ferrugineux; l'embryon latéral, horizontal. Ce palmier est un
très-grand arbre de l'ile de Madagascar.
Sagouier de Rumph : Sagus Rumphii , Willd., Spec, 4 , pag.
404 ; Sagus farinifera , Encycl. [excl. sfn. Gœrtn. et Rumphii) ;
Sagus sîVe palmafar inaria sagu , Rumph. , Amh., 1 , pag. 72 ,
tau. 17, 18; MetroTjlon, Rottb, , JVo^'. act. Dan. , 2, p. 62 5.
Ce palmier , d'après Beauvois, doit seul constituer le genre
Sagus. Il a rangé les deux espèces précédentes dans un genre
particulier, qu'il a nommé Raphia. Toutes les parties de la
fructification de ces plantes nous sont encore si peu connues,
qu'on ne peut se décider qu'avec beaucoup de réserve. La
plante dont il est ici question est un arbre peu élevé, dont
le tronc est presque lisse, couronné à son sommet par une
touffe de feuilles très-amples, ailées, composées de longues
folioles très-étroites, vertes et glabres à leurs deux faces, ai-
3o SAG
guës, très-lisses, armées sur les pétioles de longues épines rares,
caduques. La spathe qui enveloppe les régimes est grande,
chargée d'épines caduques; le régime très-ample, très-rameux
dès sa base; les rameaux sont fort longs, divergens, longs de dix
à douze pieds, leurs divisions longues d'un pied et demi, tous
comprimés, couverts d'écaillés simples, tronquées, longues
de deux pouces, opposées sur deux rangs; de chacune d'elles
sort un chaton divariqué, cylindrique, sessile, tomenteux ,
long de six à huit pouces, imbriqué d'écaillés coriaces, nom-
breuses, sous lesquelles sont entièrement recouvertes des
fleurs fort petites, très-nombreuses, dont plusieurs avortent.
Les fleurs, d'après Rottboll , sont hermaphrodites; leur ca-
lice est divisé en six découpures, dont les trois intérieures (la
corolle) plus longues; les étaminessont au nombre de six, non
saillantes; les filamens concaves, élargis à leur base; les an-
thères sagittées et conniventes. L'ovaire est surmonté d'ua
style droit, d'un stigmate épais. Le fruit est une baie sèche,
assez grosse , de la forme d'un œuf de poule , couverte d'écailles
luisantes, imbriquées du sommet vers la base, coriaces, d'uu
jaune clair, souvent blanchâtres et membraneuses à leurs
bords, presque triangulaires, marquées d'un sillon dans leur
milieu; elle renferme une semence dure, ovale. Cette plante
croît dans les Indes; son tronc contient une moelle farineuse ,
aliment très-sain. On en retire aussi du sagou , comme de la
plupart des autres palmiers.
Le palmier-bache , que, d'après l'inspection de son fruit,
j'avois soupçonné devoir appartenir à ce genre , a été réuni
au genre Mauritia par MM. de Humboldt et Bonpland. (Voyez
ce mot. ) A ce qui en a été dit à l'article Mauritia, nous ajoute-
rons ici quelques observations d'Aublet. Le bâche, dit cet
auteur, a un tronc fort et très-dur; ses fibres sont longitudi-
nales, noires et solides : il s'élève à trente pieds, sur deux
pieds et plus de diamètre. Ses feuilles sont en éventail, d'une
grandeur et d'une largeur considérables, ayant environ cinq
pieds de 'diamètre. Les fruits sont portés sur un régime fort
grand , très-rameux : ils sont d'un brun rougeàtre , de la gros-
seur d'une petite pomme, lisses, comme vernissés, couverts
d'écailles qui imitent à peu près celles de la pomme de pia
dans sa jeunesse.
SAG 3i
Ce fruit renferme une grosse amande, dont la nation de»
Maiès fait du pain qui sert à leur nourriture. Le tronc de ce
palmier résiste à la hache par sa dureté: il est employé par
ces mêmes peuples pour la construction de leurs carbets ,
qu'ils recouvrent avec les feuilles. Le pétiole, qui est fort long
et large , aplati et ligneux , leur sert pour border les canots,
afin de les agrandir. Ces Maiès tirent des feuilles tendres un
fil très-fin, avec lequel ils fabriquent des hamacs et des pa-
gnes. La rencontre de cet arbre dans les déserts met le voya-
geur égaré à l'abri de la famine. Les perroquets sont très-
friands de son fruit ; ils se rendent tous les matins sur ces
palmiers : c'est aussi les lieux où les Caraïbes leur tendent
des pièges. Cet arbre croit particulièrement sur le bord des
rivières, des ruisseaux, dans les cantons marécageux de la
Guiane. ( Poir.)
SAGOUIN. (Mamm.) Voyez Sagoin. (Desm. )
SAGOUTIER. (Bot.) Voyez Sagouier. (Lem.)
SAGOUY. (Mamm.) L'ouistiti, petit singe d'Amérique, a
été quelquefois ainsi nommé. Voyez Sagoin. (Desm.)
SAGOVIN. (Mamm.) Synonyme de sagouin ou sagoin. (Desm.)
SAGR. (Ornith.) Nom arabe et générique des faucons,
suivant Forskal, lequel s'écrit aussi sakr. (Ch. D.)
SAGRE, Sagra. (Entom.) Fabricius a désigné sous ce nom
un genre d'insectes coléoptères tétramérés, de la famille des
phytophages ou herbivores, pour y ranger quelques espèces
étrangères à l'Europe qu'il a distraites du genre Alurnus, dont
elles diffèrent en effet par le port; ayant pour la plupart les
cuisses des pattes postérieures fort grosses, comprimées et
cannelées pour recevoir les jambes, qui sont arquées.
Tous ces insectes sont d'Asie ou d'Afrique. On suppose par
analogie qu'ils sont phytophages comme les donacies et les
criocères. (C. D.)
SAGRE. ( Ichtliyol. ) Nom d'une espèce d'Aicun.LAT que
nous avons décrite à la page gS du Supplément du tome I."
de ce Dictionnaire. ( H. C. )
SACRÉE. (Ichthjol.) Voyez Sagre. (H. C.)
SAGREL GERAD. ( Ornith. ) M. Vieillot rapporte que ce
nom est donné à l'émérillon , espèce de faucon , par les Égyp-
tiens. (Desm.)
52 SAG
SAGRIDES. (Entom.) M. Latreille a établi sous ce nom une
trii)u dans la familif des coléoptères tétramérés qu'il nomme
eupodes : il y range les sagres , les mégalopes et les Iridacnes,
parmi lesquels se trouve placé le criocère du cerisier. (C. D.)
SAGRY. (Ichthjol.) Nom oriental du Chagrin. Voyez ce
mot. (H. C.)
SAGUASTER. {Bot.) Rumph décrit sous ce nom le caryota
de Liinœus, genre de Palmier nommé aussi Schunda pana,
sur la côte malabare, suivant Rhéede. (J.)
SAGUEERDRINRER. {IckthyoL) Le prétendu poisson vo-
lant dont Ruysch [Collect. pisc. amhoin. , tom. i, pag. i5,
n.° 20) a parlé sous ce nom, me paroit être I'Anabas que
nous avons décrit dans le Supplément du tome II de ce Dic-
tionnaire. ( H. C. )
SAGUERUS. ( Bof. ) C'est sous ce nom que Rumph désigne
l'areng, arenga , genre de Palmier. (J.)
SAGUIN. {Mamm.) Voyez Sagoin. (Desm.)
SAGUINUS. {Mamm. ) Ce nom , latinisé par M. Hofimanns-
egg, a été appliqué par lui à un genre de singes américains
qui se rapporte à la fois au groupe des ouistitis et à celui des
tamarins de M. Geoffroy. (Desm.)
Sx\HATER. (Bot.) Voyez Sathar. (J.)
S AHER. {Bot.) Nom arabe duc/Rosurus ternatus de Forskal. (J.)
SAHERADE. {Bot.) Nom arabe du souchet, cjperus, cité
par Daléchamps. (J. )
SAHLBERGIA. {Bot.) Necker , attribuant à tort au gar-
dénia le caractère de fruit uniloculaire , forme des espèces à
fruit biloculaire son genre Sahlbergia. (J. )
SAHLITE. {Min.) Espèce du genre Pyroxène. Voyez ce
mot. (B.)
SAHOLI. {Ornith.) Nom générique des faucons en Russie.
(Ch. D.)
SAHOUES- QUANTA. (Mamm.) Le petit polalouche de
l'Amérique du Nord, porte ce nom au Canada. (Desm.)
SAl. {Bot.) Nom brame du jasminum grandijlorum , cité par
Rhéede. Le mogorium multijhrumde M. deLamarckestnommé
saw. (J. )
S AI ou ÇAI. {Matnm.) C'est une espèce de singe améri-
cain du genre des sapajous. (Desm.)
SAI 33
SAIBAK. (Mamm.) Nom lapon du loup. (Desm.)
SAIBLING. (Ichthjol.) Les habitans du pays de Salzbourg
donnent ce nom à l'ombre qu'on pêche dans leurs lacs. Voyez
Ombre. ( H. C. )
SAÏDA ; Gadus saida, Linn. {Ichthjol.) Nom d'un poisson
découvert par Lépéchin dans la mer Blanche , au nord de
l'Europe. De la taille de sept à onze pouces, il a les deux
mâchoires armées de dents aiguës et crochues; le palais garni
de deux rangées, et les os pharyngiens hérissés d'une multi-
tude des mêmes ostéides; la mâchoire inférieure plus avancée
que la supérieure ; les nageoires dorsales et anales triangu-
laires; le quatrième rayon de la troisième dorsale, le cin-
quième de la première anale et le second des catopes termi-
nés par un long filament ; la partie supérieure d'une teinte
obscure et parsemée de points noirâtres; les côtés bleuâtres ;
les opercules argentées; le ventre blanc et le sommet de la
tête très-noir. Sa nageoire caudale est fourchue.
On mange sa chair, quoiqu'elle soit peu succulente. Il est
généralement rapporté au grand genre des Gades. (H. C.}
SAIFF. [IchthyoL) Voyez Vandoise. (H. C.)
saïga ou SAIGI. (Mamm.) C'est le nom d'une espèce de
ruminant du genre des Antilopes, et aussi, dit-on, la dési-
gnation du musc ou porte -musc aux environs d'Irkutzk.
Voyez Antilope. (Desm.)
SAIGNO. {Bot.) Garidel cite ce nom provençal de la masse
d'eau ou massette, tjpha. (J.)
SAIHOBI. {Ornith.) Cet oiseau est décrit par d'Azara sous
le n.°92. C'est la première espèce de ses lindos , qui appar-
tiennent, à ce qu'il paroit , à la famille des tangaras. Ce
nom, qui signifie habit - bleu , n'est pas connu au Paraguay et
vient du Brésil. Cet oiseau a paru à Sonnini être le même
que le hanana ou fringilla jamaica, Linn. et Lath.; mais sa
petite taille a empêché M. Vieillot d'adopter ce rapproche-,
ment, et il soupçonne, que la saihobi est plutôt de l'espèce
de son Habia a épaulettes bleues , Saltaior cyanopterus , qui
est décrit dans ce Dictionnaire, tom. XX, p. 194. (Ch. D. )
SAIKATJE, SAIKATSI. (Bot.) Noms japonois du cœsalpi-
niacrista, suivant Thunberg. Il rapporte aussi sous ce dern-ier
nom un petit arbre qu'il croît être un fa gara. (J.)
47- 3
54 SAI
SAIKILISS. {Bot.) Nom arabe de la berce, heraelevm, cité
par Mentzel. (J. )
SAIKILO. {Bot.) Nom brame du nepeta amboinica de Lin-
nseus fils. (J.)
SAILO. {Bot.) Nom brame de l'arbre de tek, theha, cité
par Rhéede. (J.)
SAILLANT. {Bot.) La radicule est saillante, lorsque, se
prolongeant au-dessous du point d'attache des cotylédons,
elle les déborde; exemples : cheiranthus, genista, etc. Le style
est saillant, lorsqu'il dépasse l'orifice du périanthe; exemples:
fuchsia, valeriana rubia, etc. (Mass.)
SAILOR. {Malacoz.) Nom sous lequel les Anglois désignent
les argonautes et qui signifie navigateur. (De B.)
SAIMIRI. {Mamm.) Petit singe américain du genre Sagoin.
Voyez ce mot. (Desm.)
SAINBOIS. {Bot.) Nom vulgaire du daphné garou. (L. D.)
SAINFOIN; Hedysarum, Linn. {Bot.) Genre de plantes dico-
tylédones polypétales, de la famille des légumineuses, Juss.,
et de la diadelphie décandrie de Linnaeus, dont les principaux
caractères sont d'avoir : Un calice monophylle , quinquéfide , à
divisions linéaires-subulées, presque égales; une corolle papi-
lîonacée, à étendard grand , à carène obliquement tronquée
et beaucoup plus longue que les ailes; dix étamines diadel-
phes; un ovaire supère, surmonté d'un style subulé, à stig-
mate simple; un légume composé d'articulations orbiculaires,
comprimées et monospermes.
Les sainfoins sont des herbes ou des sous-arbrisseaux à feuilles
ailées avec impaire , et à fleurs disposées en épi sur des pédon-
cules axillaires. Ce genre seroit aujourd'hui très- nombreux
et renfermeroit plus de deux cents espèces, s'il fût resté tel
que Linné l'avoit établi sous le nom d'Hedysarum ; mais les
botanistes modernes en ont d'abord séparé ÏOnobrjchis , à
l'exemple deTournefort ; et depuis, M. De Candolle, M. Des-
vaux et autres ont encore formé à ses dépens les genres Alhagi,
Alysicarpus , Dicerma, Desmodium, Eleiotis, Lespedeza , Taver-
niera, Vraria , etc. Après avoir éprouvé tous ces démembre-
mens, le genre Hedjsarum proprement dit ne comprend plus,
dans le Prodromus de M. De Candolle, que trente et quelques
espèces.
SAI 35
Sainfoin grandiflore; Hedysarum grandijlorum , Pall., Itin.,
2, pag. 743, t; g. Les feuilles, dans cette espèce, sont toutes
radicales, pétiolées, longues de sept à huit pouces, composées
de onze à dix-sept folioles ovales, glabres en dessus, chargées
en dessous d'un duvet cotonneux. Du milieu des feuilles s'é-
lève une hampe nue , légèrement cotonneuse, à peu près égale
à leur propre longueur, terminée par un épi oblong, com-
posé de fleurs grandes, de couleur jaunâtre. Les légumes sont
formés de deux à trois articulations ridées , lanugineuses.
Cette plante croît naturellement en Sibérie.
Sainfoin obscur : Hedysarum obscurum , Linn., 5p., loSy.
Jacq., FI. AusL, tab. 168. Sa tige est droite, peu rameuse,
glabre , haute d'un pied et demi ou environ, garnie de feuilles
ailées, composées de neuf à quinze folioles ovales-oblongues,
glabres. Ses fleurs sont d'un bleu pourpre ou d'un blanc jau*
nâtre, pédicellées, pendantes, disposées en longues grappes
axillaires et redressées. Les gousses sont lisses, glabres, sépa-
rées en deux à trois articulations. Cette espèce croît natu-
rellement dans les Alpes, en France, en Suisse, en Savoie,
en Autriche.
Sainfoin humble; Hedjsarum humile, Linn., Sp., io58. Sa
racine produit plusieurs tiges droites ou un peu étalées, lé-
gèrement pubescentes ou presque glabres, hautes de six à huit
pouces, garnies de feuilles ailées, composées de treize à dix-
sept folioles oblongues, glabres en dessus, légèrement pubes-
centes en dessous. Ses fleurs sont purpurines, disposées en
épis ovales, portés sur des pédoncules axillaires ou terminaux;
leur calice est hérissé de poils blanchâtres. Cette plante croît
dans les lieux pierreux des montagnes, dans le Midi de la
France et en Espagne.
Sainfoin a bouquets, vulgairement Sainfoin d'Espagne; He-
dysarum coronarium, Linn., 5p., io58. Ses tiges sont droites,
cannelées, rameuses, hautes d'un pied et demi à deux pieds,
garnies de feuilles ailées, composées de sept à neuf folioles
ovales, très-légèrement velues. Ses fleurs sont assez grandes,
d'jin beau rouge, rarement blanches , disposées en un épi court ,
sur des pédoncules axillaires plus longs que les feuilles. Les
gousses sont composées de quatre à cinq articulations glabres,
garnies Sur leur deux faces de tubercules sailJans et presq^ue
36 SAI
épineux. Cette espèce croît naturellement en Italie, en Bar-
barie et dans quelques-uns de nos départemens méridionaux.
On la plante dans les jardins à cause de la beauté de ses
fleurs. Dans quelques cantons du Midi de la France, et surtout
en Italie, on la cultive en grand comme fourrage. Tous les
bestiaux l'aiment beaucoup, soit en vert, soit en sec.
Sainfoin épineux; Hedjysarum s'pinosissimum , Linn., Spec,
io58. Ses tiges sont diffuses, presque couchées, rameuses, pu-
bescentes, hautes de six à huit pouces, garnies de feuilles ai-
lées, composées de quinze à dix-neuf folioles petites, ovales,
souvent échancrées à leur sommet . glabres. Ses fleurs sont mé-
langées de pourpre et de blanc, disposées en un épi court et
presque en tête, sur un pédoncule axillaire, pubescent, plus
long que les feuilles. Les gousses sont formées de deux à trois
articulations velues, réticulées et armées de pointes courtes.
Cette espèce croît en Espagne et en Italie : elle est annuelle.
Sainfoin FRUXiQOEux ; Hedysarum fruticosum, Linn. fils, Sup.y
333. Ses tiges sont un peu ligneuses, divisées en rameaux cy-
lindriques, légèrement pubescens, garnis de feuilles ailées,
composées de neuf à treize folioles linéaires, obtuses, pubes-
centes en dessous. Ses fleurs sont d'une belle couleur purpu-
rine, peu nombreuses, distantes entre elles, pédicellées, dis-
posées en grappes axillaires. La gousse est formée de trois à
quatre articulations renflées, ridées et réticulées. Cette plante
croît en Sibérie. C'est un très-bon fourrage pour les chevaux.
(L.D.)
SAINO ou ZAINO. (Mamm.) Nom du pécari dans quelques
contrées de l'Amérique méridionale, selon d'Acosta. (Desm.)
SAINT-GERMAIN. (jBo^) Nom d'une variété de poire. (L. DO
SAINT- GERMER. {Mamm.) L'oiseau ainsi nommé dans le
département de la Somme, est l'œdicnème ou courlis- de-
terre, clîaradrz us adicnemus. (Ch. D.)
SAINT-PIERRE ou POISSON SAINT-PIERRE. (IchthyoL)
Voyez Dorée. (H. C.)
SAINTE-NEIGE. (Bot.) Nom vulgaire du chiendent dans
quelques cantons. (L. D.)
SAISONS. {Phjs.) Divisions de l'année , réglées sur le mou-
vement apparent du soleil. 11 y a quatre saisons, le Printemps,
I'Étb, l'AuTOMNE et THiVER. (Voyez ces mots.)
SAK 37
Considérées sons le rapport météorologique, les termes des
saisons n'ont pas la même précision que sous le rapport astro-
nomique; leurs époques, leur durée, le nombre même, va-
rient suivant les régions. Dans les régions polaires on ne
connoit guère le printemps ; on pourroit même dire qu'il n'y
a que deux saisons : un hiver très- long et un été fort court.
Dans plusieurs régions équatoriales on ne distingue que la
saison des pluies et la saison sèche. Voyez Température et
Vent. (LC.)
SAIOU. (Afflmm.) Ce nom correspond à celui de sajou,
(Desm.)
SAJOR. (Bot.) Nom indien, cité par Rumph et Burmann ,
eu plukenetia. Ce dernier cite celui de sajor-babi pour son
spermacoce ocjmoides. (J. )
SAJOR -CALAFPA-UTAN. {Bot.) Nom malais, cité par
Rumph, du cycas circonalis, (J. )
SAJOR- CODOCK. (Bot.) Un des noms donnés dans l'ile
de Java , suivant Burmann , à son ulva javanica. Une arroche,
qu'il croit être Valriplex littoralis, y est nommée sajorcoddak,
(J.)
SAJOR -CORPO^LAKI-LyVKI. (Bol.) Voyez Corpoo. (J.)
SAJOU. (Mamm.) Nom souvent employé pour désigner Içs
Sapajous (voyez ce mot). Les noms de sajous barba, blanc, gris,
brun, cornu , fauve , à gorge blanche, à toupet, trembleur et va-
rié, correspondent exactement à ceux des espèces de sapajous,
auxquelles sont attribuées de pareilles épithètes. Le sajou de Pe-
tiver, désigné par Linné sous le nom simia sjrichta, doit être
rayé des catalogues méthodiques; sa description ne présen-
tant aucun caractère qui puisse le faire distinguer des autres,
et sa figure étant très- mauvaise. Enfin, il en est de même du
sajou à tête de mort, simia morta , Linn, , qui n'a été décrit
que sur un fœtus , conservé dans la collection de Séba , qui
lui attribuoit une queue longue, nue et écailleuse. (Desm.)
SAK EL GHORAB. {Bot,) Nom arabe du itapelia. aoulan-
gula de Forskal, (J.)
SAK-SOK. {Bot.) A Java on nomme ainsi le verbesina lave-
nia, suivant Burmann. (J.)
SAKA, SAKA-WINKÉEpu SAKÉE-WINKÉE. {Mamm.)
Voyez Saki. (Des«m.)
55 SAK
SAK AICK - ALFAR. ( Bot. ) Nom arabe , cité par Rauwolf ,
d'une espèce d'anémone à fleurs jaunes. (J.)
SAKAIF. (Bot.) Le pavot rouge est ainsi nommé par les
Arabes, suivant Mentzel. (J. )
SAKAKI. (Bot.) L'arbrisseau du Japon, cité sous ce nom
par Kaempfer , paroit être , d'après la figure publiée par Banks ,
une espèce de ternslrcemia , genre qui donne son nom à la nou-
velle famille des ternstromiécs , établie par M. Mirbel. (J.)
SAKALICK. {Bot.) Nom arabe, cité par Rauwolf, d'un
pavot, papaver argemone , qui est le schagelc des environs
d'Alep. (J.)
SAKEM. (Conchjl.) Nom donné par Adanson (Sénégal,
page ICO, pi. 7) à un coquillage de la côte occidentale d'A-
frique, que Bruguière rapporte au buccinum hœmastomum de
Gmelin , pourpre hasmastome de M. de Lamarck , et que
GmeJin croit à tort être le murex mancinella, Linn. ; opinion
adoptée par M. Bosc. (De B.)
SAKERAN. (Bot.) Nom arabe de l'héliotrope ordinaire ou
herbe aux verrues, heliotropium europœum , suivant Delile,
Forskal la nomme herir et akrir. Voyez aussi S.ekaran. (J.)
SAKHULTON. ( Ormth. ) Dans Ja Mongolie ce nom est
donné au mâle de l'outarde, à cause des sortes de barbes qui
garnissent les côtés du bec de cet oiseau. ( Desm.)
SAKl ; Pithecia, Desm. ( A/amm, ) Nom d'un genre de singes
que nous avons établi, en 1804, dans les tables méthodiques
qui terminent la première édition du Nouveau Dictionnaire
d'histoire naturelle , pour y placer les singes d'Amérique à
queue de renard.
Les sakis ont plusieurs analogies avec les sapajous, et sur-«
tout avec les sagoins : néanmoins ils diffèrent des premiers
en ce que leur queue n'est nullement prenante, et des se-
conds en ce que cette queue est couverte de très-grands poils,
au lieu de l'être de poils médiocrement longs; et, de plus,
leur système dentaire offre des particularités que M. Frédéric
Cuvicr a appréciées et que nous ferons bientôt connoître. Ils
ont aussi beaucoup de ressemblance , et surtout dans leurs
habitudes natureHes , avec le singe décrit par M. de Hum-
j 'loldt sous le nom de douroucouli, dont Illiger avoit fait un
g enre sous le nom d'ao/us, que M. F. Cuvier a fort judicieux
SAK 39
«em«nt changé en celui denocthore qui indique un caractère
réel, tandis que le premier exprime une manière d'être (le
manque absolu d'oreilles externes) qui n'existe pas. En effet,
ce douroucouli a les yeux très-grands et éminemment con-
formés pour la vie nocturne, tandis que ceux des sakis ne
sont pas sensiblement plus volumineux que les yeux des
sapajous , bien que ces singes soient, comme les dourou-
coulis, éveillés pendant la nuit '. Leur tête ronde, comme celle
des sapajous, ne permet pas de les rapprocher des alouates,
dont l'os hyoïde offre, d'ailleurs, un caractère particulier
très-apparent ; et ces mêmes alouates , ainsi que les atèles ,
ne pourroient leur être comparés sous le rapport de la forme
et de la fonction de leur queue, qui est éminemment prenante
et dépourvue de poils à la face inférieure de son extrémité.
Enfin leurs ongles plats et leurs molaires à tubercules mousses,
au nombre de six partout, les éloignent beaucoup des singes
plus petits qu'eux, pourvus de griffes plutôt que d'ongles , et
de cinq molaires à tubercules aigus, qu'on a distingués géné-
riquement sous les noms d'ouistitis et de tamarins.
Dans les sakis le crâne est arrondi, le museau court , l'angle
facial de 60 degrés environ; les oreilles qui sont de grandeur
médiocre, se rapprochent, pour la forme, de ceilesde l'homme,
et sont rebordées ; la cloison des narines est plus large que
la rangée des dents incisives supérieures. A la mâchoire su-
périeure les deux incisives moyennes sont arrondies par leur
bord inférieur , échancrées à leur bord externe et très-forte-
ment excavées à leur face interne ; les incisives latérales sont
en tout semblables aux intermédiaires, mais de moitié plus
petites; les canines présentent une pointe aiguë et dépassent
de peu la première màchelière; celle-ci, qui est la première
et la plus petite des fausses molaires, a une pointe à son bord
1 Le NocTHOBE rouRoucotLi, Nocthorus trivii gains , a le corps long
de 9 pouces, et la queue longue de 1 pied 2 pouces et très-toufiue. La
tête est ronde; ses grands yeus sont presque coutigus. Le ptlage est
cendré en dessus, jaune roux en dessous; trois lignes brunes et parai'
lèles s'étendent du front à l'occiput; la queue est grise et terminée de
noirâtre. Ce singe nocturne vit de fruits, d'insectes, et mange même de
petits oiseaux. 11 habite les forêts des bords du Cassiquiare et du haut
Oréuoque.
4" SAK
externe et un talon à son bord interne; les deux fausses mo-
laires qui la suivent sont d'égale grandeur, et ont les formes
de la première , avec une crête qui borde leur face interne ;
les deux vraies molaires suivantes, d'égale grandeur , sont à
quatre tubercules, dont les extérieurs plus gros, et sont
bordées d'une crête osseuse à leur face interne; la dernière,
plus petite que les deux précédentes, a une forme particu-
lière: elle présente deux crêtes en arc de cercle à son bord
interne, circonscrites l'une dans l'autre, et une qui la borde
extérieurement. A la mâcboire inférieure les incisives sont
étroites, longues, proclives, convergentes par leurs pointes,
et écartées des canines; la première fausse molaire n'a qu'une
pointe à son bord externe; les deux suivantes, une pointeau
bord externe, et une seconde, mais un peu moins forte, au
bord interne; les trois dernières molaires ont quatre tuber-
cules. Telle est du moins la composition du système dentaire
du saki aux mains noires , que M. F. Cuvier a décrit commç
type du genre, et qui se retrouve presque identique dans les
autres espèces,
La queue des sakis est à peu près de la longueur du corps,
lâche et abondamment fournie de longs poils ; les pieds sont
pentadactyles, et leurs doigts terminés par des ongles courts et
recourbés.
On sait peu de chose sur les habitudes naturelles de ces
singes, qui tous -habitent la Guiane ou le Brésil. On les dit
nocturnes, et c'est ce qui les a fait nommer par quelques au-
teurs, singes de nuit. On en compte maintenant dix à onze
espèces.
Saki couxio: Pithecia salanas , GeofF. ,Desm.; Cebus satanas ,
Hoffmans., ou Couxio de Humboldt, Rec. d'obs. zool. , p.3]4,
pi. 27. Il a le corps et la tête longs , ensemble, d'un pied
quatre pouces, et sa queue a un pouce de plus. Sa face est
brune; sa bouche grande, et pourvue de canines fortes et
anguleuses, ainsi que d'insicives inférieures très-étroites et
procliyes ; les poils du sommet de sa tête sont divergens , assez
longs et couvrent le front ; son menton est garni d'une barbç
très-épaisse et d'unç forme arrondie, plus forte dans le màlç
que dans la femelle. Le premier a son pelage généralement
d'up brun noir, ainsi que sa queue touffue, et la secpnde 2^
SAK 41
îe sien d'un brun roux. Les jeunes mâles sont d'un gris brun.
Ce singe habite les bords de l'Orénoque, dans le grand Para.
Le Saki capucin {Pithecia chiropotes , Geoff. , Desin. : le Ca-
ruciN DE l'Orénoque, Simia cliiropotes, Humb. , Recueil d'obs.
zool. , pag. 3 1 1) a reçu cette dénomination spécifique tirée du
grec , parce que , suivant l'observation de M. de Humboldt,
ce singe , lorsqu'il veut boire , puise l'eau avec le creux de sa
main , dont il forme une sorte de godet ou de vase. Il ressemble
au précédent par sa taille et sa figure ; mais son pelage est d'un
roux marron , et les poils du sommet de sa tête , qui sont alon-
gés, forment deux masses ou deux toupets, un de chaque
côté , et séparés entre eux par un intervalle ; sa barbe est
touffue et assez alongée pour couvrir une partie de la poi-
trine ; sa queue, un peu plus courte que le corps , est d'un
brun noirâtre ; les canines sont fortes et les yeux très-grands
et enfoncés. Les testicules du mâle sont de couleur pourpre.
11 a été découvert, par M. de Humboldt, dans les déserts
du Haut-Orénoque , au sud et à l'est des cataractes de ce fleuve.
Ce célèbre voyageur le représente comme un animal d'un
naturel triste et farouche, doué d'une grande agilité, et
qu'il est difïicile d'apprivoiser. Il vit par paire et non en
troupe, comme la plupart des autres; sa voix est un gro-
gnement sourd et rauque. On le rencontre aussi , mais rare-
ment, dans les parties delà Guiane plus rapprochées de la
mer que celles que nous venons d'indiquer.
Le Saki a ventre roux; Pilhecia rufivenler , GeofF. , Desm.
Celui-ci a été décrit par Buffon sous le nom de singe de nuit,
Suppl. , tom. 7 , pag. 114, pi. 3i : c'est le simia pithecia de
Linné. Sa taille égale celle des deux espèces précédentes; sa
face est ronde , rousse-obscure ou tannée , et couverte de poils
très-courts et lins ; son museau est court ; ses yeux sont grands ;
les poils qui couvrent son corps et sa queue sont très-longs,
et ont, sur les côtés, jusqu'à trois pouces; ils composent un
pelage brun, lavé de roussàtre en dessus, chacun de ceux qui
couvrent les parties supérieures étant d'un brun noirâtre
dans la plus grande partie de sa longueur et marqué d'un an-
neau d'un blanc roussâtre vers son extrémité; ceux du des-
sous du corps, à commencer de la gorge , sont d'un roux
clair, Les poils delà tète sont divergens. h partir du verlex,
4* SAK
et forment une sorte de calotte, qui se termine sur le haut
du front : il n'a point de barbe. C'est l'espèce du genre la
plus anciennement connue ; elle habite la Guiane.
Le Saki MiRiyuouiNA (Pithecia miriquouina, Geoff., Desm.)
est une espèce du Paraguay , d'abord décrite par d'Azara,
Essai sur l'histoire naturelle des quadrupèdes du Paraguay,
tom. 2 , pag. 243. Son corps et sa tête, ensemble, ont un
pied deux pouces de longueur, et la queue, en y compre-
nant les poils qui la dépassent, a un pied six pouces. Sa tcte
est petite et presque ronde, sans barbe, mais nue seulement
sur les paupières et sur le nez ; on remarque deux taches
blanches au-dessus des yeux ; les poils de son front sont courts
et dirigés à droite et à gauche, avec une ligne de séparation
dans le milieu. Les poils qui couvrent le corps sont trèsr
doux , touffus et perpendiculaires à la peau , excepté ceux de la
queue, qui sont obliques; sur les parties inférieures ils sont de
couleur fauve ou cannelle, et ceux du dessus, dontPensemble
présente une teinte d'un gris brun, sont annelés d'abord de
blanc , puis de noir au milieu , et enfin terminés de blanc.
Le scrotum du mâle est presque nu. Les femelles et les jeunes
mâles ne diffèrent pas sensiblement des mâles adultes, dont
nous venons de donner la description. D'Azara n'ajoute rien
sur les mœurs de cette espèce, qu'il dit habiter les bois de la
province de Chaco et ceux du bord occidental de la rivière
du Paraguay.
Le Saki a moustaches rousses: Pithecia r ujibarh a , Kuhl ;
Desm., Mamm., esp. 88. Dans ce saki toutes les parties infé-
rieures du corps , la face interne des bras et des cuisses ,
ainsi que le dessous des yeux , sont d'une couleur rousse
pâle ; il n'y a point d e tache blanche sur les paupières , comme
dans le saki à ventre roux. Toutes les parties supérieures et
latérales sont couvertes de très -longs poils d'un noir fuligi-
neux, ayant chacun un anneau pâle vers la pointe; la queue
est pointue, parce que les poils qui la revêtent vont succes-
sivement en diminuant de longueur depuis sa base jusqu'à
son extrémité.
M. Kuhl a décrit ce singe dans la cabinet de M. Temminck,
où il est noté comme venant de Surinam.
Le Saki a tête jaune: Pithecia ochrocephala , Kuhl; Desm.,
SAK /.S
Mamm., esp. 89. Ce saki est de la taille du sakl yarqué. Une
couleur marron-clair se remarque sur la partie supérieure du
corps et de la queue, ainsi que sur la face externe des mem-
bres , et, dans ces parties, chacun des plus grands poils est
terminé de blanc jaunâtre; ces poils ainsi terminés sont néan-
moins rares sur le dos, et il n'y en a point du tout à l'extré-
mité de la quelle. Les parties inférieures du corps et la face
interne des membres sont d'un roux cendré jaunâtre. Les
mains antérieures et postérieures sont couvertes de poils d'un
brun noir; ceux du tour de la face, et principalement du
front, sont courts et d'un jaune d'ocre; le dessous des yeux
est de la même couleur : une ligne moyenne longitudinale
divise les poils du front.
Cette espèce a encore été décrite par M. Kuhl, d'après un
singe de Cayenne qu'il a vu dans la collection de M. Temminck.
Le Saki moine ; Pithecia monachus , Geoff. , Desm. Cette es-
pèce, présentée avec doute comme nouvelle par M. GtofFroy,
qui lui a imposé le nom qu'elle porte, pourroit, ainsi que ce
naturaliste le fait remarquer , avoir été représentée par Buf-
fon, sous le nom iVj arqué , Suppl. 7 , pi. 3o. Elle est plus pe-
tite que celle du saki à ventre roux ; son pelage est très-
touffu, varié par grandes taches de brun et de blanc-jaunâtre
doré: chaque poil étant de cette dernière couleur vers son
extrémité, et d'un brun obscur à la base; il n'y a point de
barbe; la face est brune; les poils de la tête sont disposés en
rayonnant de l'occiput et aboutissant au vertex , ce qui rend
le front large et découvert; le toupet, le haut du dos, les
épaules et la face externe des bras , sont teints de jaunâtre ,
ainsi que la queue, dans ses deux premiers tiers ; la face in-
terne des bras et des cuisses est noire ; la queue est à peu
près de la longueur du corps. M. Geoffroy assigne le Brésil
pour patrie à cet animal.
Le Saki yarqué: Pithecia leucocephala , Geoff., Desm. j
i'Yarqué (la description, d'après Delaborde , mais non la
figure), Buff. , Suppl. 7. Ce singe, qui habite la Guiane , a
dix pouces et demi de longueur, depuis le bout du nez jus-
qu'à l'origine de la queue, et cette partie n'a pas moins de
onze pouces un quart, sans les poils qui la dépassent de
quinze lignes à, son extrémité. Son pelage C5t d'un brun nnïc
^4 SAK
et assez fourni de poils sur les parties supérieures du corps ^
mais peu sous le ventre. Toute sa tête est couverte de poils
très-courts, comme s'ils avoient été tondus; ceux de l'occiput
sont bruns, tandis que ceux du sommet de la tête sont d'un
blanc sale légèrement teint de jaunâtre ; enfin ceux du front
sont dirigés ta droite et à gauche, avec une ligne moyenne
qui les sépare. Le tour des yeux, le nez et les lèvres seule-
ment, sont nus et bruns.
Les yarqués, selon Detaborde , composent de petites trou-
pes de six à douze individus, qui fréquentent plutôt les ar-
bustes bas et les broussailles que les arbres élevés, et qui sont
presque constamment à la recherche des ruches d'abeilles sau-
vages, pour en prendre le miel. Du reste, ces animaux ont
des habitudes très-semblables à celles des sapajous et des sagoins.
Le Saki cacajao : Pithecia melanocephala , Geoff., Desm. ; le
Cacajao , Simj'a nielanocephala, Humboldt, Rec. d'obs. zool. ,
pag. 3 16, pi. 29. Cette nouvelle espèce, qui habite les rives
du Cassiquiare et du Rio-Negro de la Guiane , est désignée,
dans ces contrées, par les différens noms de carniri, cliucuzo
et mono-rabon. La longueur totale de son corps, mesurée depuis
la tête jusqu'à l'extrémité des pieds de derrière , est d'un pied
six pouces. Son pelage est d'un brun jaunâtre; cette même
couleur se voit aussi sur la plus grande partie de la queue,
qui est très- touffu e , d'un sixième plus courte que le corps,
et d'un brun presque noir à son extrémité; toutes les parties
inférieures du corps et la face interne des quatre membres
sont d'une couleur plus claire que les supérieures; les mains
et les pieds sont noirs ; mais ce qui a valu à cette espèce le
nom qu'elle porte , c'est que sa tête est couverte de poils
courts, touffus, noirs et dirigés en avant; son menton n'a pas
de barbe.
M. de Humboldt rapporte que les cacajaos vont par petites
troupes, qu'ils ont peu d'agilité et que leur nourriture con-
siste en fruits, tels que goyaves, bananes, etc.
Le Saki aux mains noires ou gigo , Pithecia melanochir.
Nous l'avions d'abord placé , dans notre ouvrage intitulé Mam-
malogie, et, sur l'autorité de M. Kuhl, dans le genre Sagoin ,
Callithrix ; mais récemment M. F. Cuvier , d'après l'examen des
dents de cet animal , l'a rapporté au genre Saki. Ce singe > quç
SAL 45
M. de Lichtenslein a nommé calliihrix incanescens , est le Sa-
GOiN AUX MAINS NOIRES [CalUthrix melanochir , prince Maxim.,
Kuhl ; Desm. , Mamm. , p. 88 , esp. 81 ; CalUthrix incanescens ,
Lichtenstein). Il a la taille et la stature du sagoin à masque.
Son pelage est cendré; la partie postérieure de son dos et ses
lombes , ainsi que l'extrémité de sa queue , sont d'un brun rous-
sàtre ; ses mains antérieures sont fuligineuses. Il est du Brésil.
Enfin, le Saki a gilet , Pithecia sagulata, est un animal
nouveau , dont M. Steward Traill a inséré une description
abrégée et donné une figure dans les Mém. de la Soc. werné-
rienne , tom. 3 , p. 167. Il ne diffère guère du saki capucin,
P. chiropotes, que parce que le dessus de son corps est couvert
de poils de couleur ochracée, au lieu de l'être de poils d'un
roux marron , et que sa barbe et sa queue sont d'un noir foncé ,
au lieu d'être d'un brun noirâtre. Il a aussi beaucoup de
rapports avec le saki couxio , P. satanas; mais sa description
est trop incomplète pour qu'il soit possible de le comparer
avec ce singe.
Selon M. Traill, ce singe est commun à Demerary. (Desm.)
SAKI-TEKI, SOKUSA-SO. {Bot.) Thunberg cite ces noms
japonois du sambucus canadensis, (J. )
SAKIRA. (Bot.) Nom Japonois du spirœa crenata, cité par
Kaempfer. (J.)
SAKKA. ( Ornith. ) Voyez Chameau de rivière. ( Ch. D. )
SAKOKÉ. {Ornith.) C'est le nom garipon du cassique ya-
pou, cassicus persicus , Linn. (Ch. D. )
SAKSOK. {Bot.) Voyez Matra -marelo. ( J.)
SAKU-JAKU. {Bot.) Nom japonois de la pivoine ordi-
dinaire, suivant Kœinpfer. (J.)
SAKU-NANGE, SEKI-NAN. {Bot.) Kœmpfer cite ces
noms japonois du grand rosage , rhododendrum maximum. (J.)
SAKURA. {Bot.) Un des noms japonois du cerisier ordi-
naire, suivant Kœmpfer. (J.)
SAKURO. {Bot.) Le grenadier , punica, est ainsi nommé
au Japon, suivant Kœmpfer. (J. )
SALA. {Bot.) Le rotang, calamus, est ainsi nommé à Suma-
tra , suivant Marsden. (J.)
SALABA. ( Ornith. ) Nom que porte à Waigiou le martin-
chasseur, nommé dacelo Gaudichaud par MM. Quoy et Gai-
46 SAL
marcl. Ce( oiseau paroit se nommer salha a l'ile Guébé, Tune
des Moluques. (Ch. D. )
SALABERTIA. {Bot.) Necker a voulu substituer ce nom
à celui de Tapiria, un des genres d'Aublet dans la famille
des térébintacées. (J.)
SALABIDO ou MELETO. ( Ichthjol. ) Voyez Mélette.
(H. C.)
SALACE, Salacia. (Bot.) Genre de plantes dicotylédones,
à fleurs complètes, polypétalées , de la famille des hippocraticées ,
de Inpentandrie monosjnie de Linnaeus, offrant pour caractère
essenîiel: Un calice fort petit, persistant, à cinq divisions; une
corolle à cinq pétales; cinq anthères sessiles, placées au som-
met de l'ovaire ; un ovaire supérieur; un style très-court ; un
stigmate. Le fruit n'est pas connu.
Salace DE Chine: 5aZacia c/imensis, Linn., Manf., 2 gS ; Juss.,
Cen., 424. Arbrisseau dont la tige se divise en rameaux lisses ,
anguleux, très-élalés, plus épais à leur base, garnis de feuilles
pétiolées, alternes, distantes les unes des autres, ovales, très-
enlières, aiguës au sommet, lisses à leurs deux faces, assez
semblables à celles du prunier. Les fleurs sont produites par
des bourgeons axillaires; il en sort plusieurs pédoncules sim-
ples, uniflores, plus courts que les pétioles. Leur calice est
Irès-petit, à cinq divisions ouvertes, ovales, aiguës; la corolle
à cinq pétales un peu arrondis, sans onglets ; les anthères sont
sessiles, situées au sommet de l'ovaire, divisées en deux lobes
écartées à leur base. L'ovaire est arrondi, plus grand que le
calice, surmonté d'un style court. Linné croit que le fruit
pourroit bien être à trois coques : M. de Jussieu pense que ce
genre n'est peut-être pas hermaphrodite, mais dioïque ; que
les étamines ne sont point situées sur le pistil, mais sur uu
corps glanduleux qui occupe le centre des fleurs mâles. Quoi
qu'il en soit, on ne pourra placer cette plante convenable-
ment que lorsque le fruit sera connu. Elle croît à la Chine.
(POIR.)
SALACIA. {Bot.) Ce genre de Linnœus, appartenant évi-
demment à la famille des hippocraticées, tient le milieu entre
Vhippocratea , dont le fruit est capsulaire, et le tontelea d'Au-
blet , qui a son fruit en baie. Mais Linnaeus , n'ayant pas donné
le caractère du fruit de son genre , on a dû être embarrassé
SAL 47
pour savoir auquel il devoit être réuni. Banks dît que c'est
la même plante que le salacia cocliinchinensis de Loureiro,
dont le fruit est une baie, suivant ce dernier. Ce genre doit
donc être réuni au tontelea, dont l'auteur a le premier donné
un caractère plus complet. Voyez Salace. (J.)
SALACIA. {Malacoz.) Linné, dans les premières éditions
du Systema naturœ , a employé ce nom pour désigner les ani-
maux que l'on nomme aujourd'hui physalis , et qui dans les
dernières éditions ont été dispersés dans les genres Holothurie
et Méduse. Voyez Salacie. (De B.)
SALACIE, Salacia. {Poljp.) Genre établi par Lamouroux
(Polyp. flexibles, page 21a) dans l'ordre des sertulariées ,
pour une seule espèce dans laquelle les cellules cylindriques,
longues, verticillées , sont accolées quatre à quatre sur un
polypier phytoïde, articulé, de substance cornée, et dont les
ovaires sont ovoïdes, tronqués et fermés à certaines époques
par un opercule à zones concentriques. Cette espèce, nommée
Salacie a quatre cellules, S. tetracjlhara , est figurée pi. 6,
fig. 3, a, B, C, de l'ouvrage cité, et paroît provenir des
mers de la Nouvelle- Hollande. (De B.)
SALACKAL , SALACKAR. ( Bot. ) Nom du Culilawan ,
laurus culilawan , dans l'île d'Amboine , cité par Rumph. Voyez
CULILAVAN. ( J. )
SALACZAC. {Ornith.) Le petit oiseau des Philippines,
ainsi appelé par Camel, Transact. philosoph., nomh. 286, est
rapporté aux martins-pêcheurs, (Ch. D.)
SALADE ou LAITUE DE CHOUETTE. (Bot.) Nom vulgaire
de la véronique beccabunga. ([,. D.)
SALADE DE CHANOINE. (Bot.) C'est la mâche potagère,
(L.D.)
SALADE DE GRENOUILLE. [Bot.) C'est une espèce de re-
noncule aquatique. ( L. D.)
SALADE DE PORC. {Bot.) Nom vulgaire de Vhyoseris ra-
dicata , Linn. Voyez Porcelle. (Lem.)
SALADE DE TAUPE. {Bot.) C'est le pissenlit, leontodon
taraxacum. (Lem.)
SALADELLE. {Bot.) La statice maritime porte ce nom en
J'rovence. ( L. D. )
SALAHIÉ. {Ichthjol.) Voyez Salheyeh, (H. C.)
48 SAL
SALAÏT. (Min.) La même chose que Sahlite dansHausmann,.
Voyez Pyroxène. ( B. )
SALALEANACONDRATO. ( Ornith. ) Ce nom , ainsi que
ceux de salalesoamosson , salalebelocha , salalesaramentavaza ,
sont compris dans la liste des oiseaux de Madagascar, donnée
par Flacourt, page i65 de son Histoire de cette ile , mais
avec trop peu de renseignemens pour les faire reconnoitre.
(Ch. D.)
SALAK. {Bot.) Voyez Negil. (J.)
SALAM RUBIN ou RUBIS DE SALAM. iMin.) C'est, à ce
qu'il paroit, un nom de lieu indien du corindon rubis. ( B. )
SALAMANDRA. (Erpét.) Les anciens Grecs et Romains
nommoient ainsi la Salamandre. Voyez ce mot ci- après.
(H. C.)
SALAMANDRE , Salamandra. (Erpét.) C'est sur le sol for-
tuné de l'ancienne Grèce, au sein d'une nation savante et
guerrière, dont l'imagination, favorisée par les bienfaits d'un
heureux climat, ajoutoit encore aux merveilles déjà si grandes
de la Puissance créatrice , que la réputation delà Salamandre
a pris naissance , et qu'un nom éternel et généralement
adopté est devenu l'attribut d'un obscur reptile, qui a usurpé
la célébrité la plus universelle, et est encore un des objets
de la curiosité de l'homme.
Cet animal, que les grossiers habitans de contrées moins
bien traitées de la Nature redoutent, sous les noms ignobles
de sourd et de mouron, comme un être malfaisant, abhorrent
et proscrivent comme non moins dégoûtant que dangereux,
a passé autrefois et passe encore aujourd'hui , aux yeux de
bien des gens, pour posséder le pouvoir de braver la vio-
lence du feu, le plus actif des élémens, d'échapper à la force
de son action, et non-seulement de sortir sain et sauf des
flammes, mais encore de les éteindre. Cependant, après avoir
fourni, même à l'Amour, des emblèmes souvent plus brillans
que fidèles, ce petit quadrupède ovipare, si privilégié, si su-
périeur en apparence à ceux de sa classe , est tombé dans
l'oubli et dans le mépris, et, dépouillé des qualités distin-
guées dont on s'étoit plu à le revêtir gratuitement, il est
tellement avili qu'on lui refuse même l'intérêt qu'il mérite
réellement sous plus d'un rapport : preuve évidente de i'im-
SAL 49
tnense influence de la lumière de la Vérité, lorsqu'elle se di-
rige sur les objets d'une croyance arbitraire ou de concep-
tions absurdes. On n'accueille plus la Salamandre , on ne la
cite plus au nombre des emblèmes gracieux de la Galanterie,
des devises ingénieuses de la Valeur.
Ainsi donc, cette Salamandre, cette fille du Feu , au corps
de glace , dont l'origine n'étoit pas moins surprenante que la
puissance , qui devoit son existence au plus pur des élémens,
qui ne pouvoit êfcre consumé par lui, que des charlatans ont
vantée comme propre à arrêter les progrès des plus violens
incendies, que les littérateurs ont prise pour la base de tant
d'intéressantes allégories : ce fruit séduisant d'une imagina-
tion vive et exaltée , n'est plus , aux yeux des naturalistes
de nos jours, ennemis nés de toute espèce de fiction, qu'un
reptile batracien, qui appartient à la seconde famille de son
ordre, à celle que M. Duméril a nommée famille des Uro'
dèles et dans laquelle il constitue le type d'un genre distinct»
Mais si le Temps a dissipé les prestiges de la fausse gloire de
la salamandre , s'il lui fait refuser par la Réalité ce que
des prétentions chimériques lui avoient accordé , il a ac-
cumulé, d'autre part, des faits importans dans son histoire,
et un roman futile s'est trouvé ainsi remplacé avec un
avantage marqué par une série d'assertion» fondées sur la
vérité.
Le genre des Salamandres proprement dites est caractérisé
ainsi par les erpétologistes modernes.
Corps alongé et terminé par une queue arrondie; quatre pattes
d'égale longueur, non palmées; branchies nulles à Vétat adulte;
tympan nul aussi; mâchoires armées de dents nombreuses et pe~
tites; palais muni de deux rangées longitudinales de dents pa-
reilles; point de troisième paupière; point d'ongles aux doigts;
cœur à une seule oreillette.
On distinguera donc facilement ces reptiles des Lézards , qui
ont des ongles et un cœur à deux oreillettes; des Tritons,
qui ont la queue comprimée; des Protées , qui ont des bran-
chies pendant toute leur vie, et des Sirènes, qui n'ont que
deux pattes. (Voyez ces divers noms de genres, Batraciens
et Urodèles.)
Parmi les espèces de ce genre , qui ne se tiennent dans
47, 4
5o SAL
Teau que pendant leur état de tctard , qui dure peu, on
quand elles veulent mettre bas; dont les œufs éclosent dans
l'oviductus ; que Linnasus avoit confondues avec les lézards,
dans son grand genre Lacerta, et que l'on ne confond même
plus avec les salamandres aquatiques ou les tritons , nous
citerons les suivantes.
'La Salamandre commune: Salamandra vulgaris; Lacerta sala-
mandra , Linriaeus; Salamandra maculosa , Laurenti. Queue
presque cylindrique, égalant la moitié de la longueur totale
de l'animal et terminée en pointe obtuse; flancs parsemés de
tubercules verruqueux, desquels suinte dans certains cas une
liqueur laiteuse, aniére et d'une odeur forte; quatre doigts
aux pieds de devant et cinq à ceux de derrière; tous ces
doigts aplatis, courts, séparés et sans ongles; tête élargie,
déprimée, obtuse, arrondie en dessus; bouche très-ample.
Taille de six à huit pouces au plus.
Cette salamandre est entièrement d'un noir sombre, plus
livide en dessous, et irrégulièrement parsemée dans toutes
ses parties de grandes taches d'un jaune vif, inégales, arron-
dies. Elle offre au-dessus de chaque bras une de ces taches,
qui se prolonge sur les côtés du dos, et qui est criblée de
pores, comme les parotides des crapauds et de la rainette bi-
colore.
L'anatomie de ce reptile a été faite plusieurs fois avec
succès , et tout récemment le docteur Funk a publié à cette
occasion le fruit de ses recherches et de ses observations ,
dans un ouvrage enrichi de planches fort bien exécutées.
Les faits principaux de cette anatomie sont les suivans.
Nous ne saurions les passer sous silence; ils sont trop impor-
tans dans l'étude de la philosophie de la nature.
La composition de la tête osseuse ressembler celle des gre-
nouilles pour l'arrière et le dessous du crâne; mais elle en
diffère singulièrement sous d'autres rapports , et , par exemple ,
le crâne n'offre point d'os en ceinture à sa partie antérieure.
11 n'y a d'ailleurs, comme dans les autres batraciens, que
les deux occipitaux latéraux, mais chacun d'eux s'unit inti-
mement avec la partie analogue au rocher.
I,e crâne, presque cylindrique , est élargi en avant vers
la face, qui représente un demi -cercle, et en arrière par
SAL 5i
deux branches disposées en croix et conlenant les oreilles
internes.
Ainsi que dans les grenouilles, les vomers sont au nom-
bre de deux. Ils donnent chacun une apophyse gréle , qui
porte comme eux des dents palatines , malgré l'assertion
contraire de M. Rusconi, dans ses Amours des salamandres.
On remarque, d'ailleurs, à la paroi antérieure et interne de
l'orbite, un grand espace membraneux.
Il existe aussi, chez la salamandre terrestre, deux fron-
taux , qui s'articulent en avant avec les os propres du nez et
latéralement avec les frontaux antérieurs.
Les pariétaux, aplatis et plus larges en arrière, sont éga-
lement au nombre de deux, et l'aile d'Ingrassias est rem-
placée par un os à part.
Les deux condyles occipitaux sont très -séparés l'un de
l'autre et placés de chaque côté du trou occipital.
Le rocher et l'occipital latéral sont représentés par un seul
os, auquel sont attachés le ptérygoïdien, le jugal et le tym-
panique.
Les ouvertures extérieures des narines sont très- écartées,
ce qui tient à la largeur des apophyses montantes des inter-
maxillaires. Le canal des fosses nasales est fort court, et aucun
plancher ne concourt à séparer la cavité orbitaire de la fosse
palatine.
La partie dentaire des os maxillaires se porte en arrière,
mais ne se joint ni au ptérygoïdien, ni au jugal.
Le jugal, placé transversalement sur le ptérygoïdien, n'est
uni que par un ligament à la pointe postérieure du maxil-
laire, et offre une facette pour l'articulation de la mâchoire.
L'os lacrymal est très -petit et placé à l'angle externe du
frontal antérieur.
Les os du nez forment une voûte au - dessus de chacune
des fosses nasales, qui sont privées de cornets inférieurs.
La mâchoire inférieure, de figure parabolique, offre un
véritable dentaire, formant la symphyse avec son congénèrç
et portant les dents à peu près comme dans la plupart des
lézards. Le reste est composé, dans les salamandres adultes,
d'une seule pièce, qui double la précédente à la moitié pos-
térieure de la face interne, donne une crête coronoïde, une
52 s AL
proéminence en arrière , et porte le tubercule articulaire ^
qui s'y soude intimement.
Les deux mâchoires sont armées de dents nombreuses et
petites.
On compte quatorze vertèbres de la tête au sacrum et
vingt- six à la queue, selon M. Cuvier, et quarante- deux
suivant MM. Carus et Funk, ce que nos propres observations
nous ont démontré pareillement. L'atlas est articulé avec la
tête par deux facettes concaves , et avec l'axis par la face
postérieure de son corps , concave aussi. Toutes les vertè-
bres suivantes ont la face postérieure de leur corps convexe ,
au contraire.
Les apophyses articulaires des vertèbres dorsales sont hori-
zontales et réunies de chaque côté par une crête en forme
de toit rectangulaire à bords latéraux un peu rentrans, et
leurs apophyses épineuses ne sont représentées que par une
légère arête.
Les apophyses transverses offrent à leur sommet deux tu-
bercules qui portent les vestiges des côtes.
L'attache du bassin au rachis offre de nombreuses diffé-
rences individuelles. Quelquefois c'est la quinzième vertèbre,
et d'autres fois c'est la seizième qui porte celte partie du
squelette.
En avant de la symphyse du pubis est un cartilage en forme
d'Y, qui est plongé dans les muscles et qui représente assez
bien les os marsupiaux des didelphes.
Sous le corps des vertèbres caudales, à compter de la troi-
sième , on observe une petite lame transverse , dirigée obli-
quement en arrière et percée d'un trou à sa base : elle pa-
roît remplacer les os en chevron des sauriens.
Il n'existe qu'un vestige de sternum; encore est -il plutôt
membraneux que cartilagineux.
Les côtes sont si courtes qu'elles semblent n'être que des
apophyses transverses de vertèbres ; n'ayant qu'un seul point
d'articulation , sur lequel ils sont peu mobiles. Ces os rudi-
mentaires sont au nombre de douze de chaque côté.
L'épaule est fort curieuse par la prompte soudure de ses
trois os en un seul, qui porte la fossette glénoïde à son bord
postérieur, qui envoie vers l'épine un lobe quadrilatère élargi
SAL 53
paren.haut, lequel est l'omoplate , et qui fournit à la poitrine
un disque arrondi et composé de la clavicule et de l'os co-
Tacoïdien , séparés assez long -temps par une suture.
Ce disque est constamment percé d'un petit trou et en-
touré d'une grande lame cartilagineuse en forme de crois-
sant, laquelle, sous la poitrine, se croise avec sa congénère.
Le bord spinal de l'omoplate est surmonté d'un appendice
cartilagineux.
La tête scapulaire de l'humérus est arrondie. On observe
au-dessous d'elle une tubérosité comprimée et obtuse, et une
grosse apophyse pointue, la première tournée en avant et
la seconde en arrière.
Les deux os de l'avant-bras sont situés l'un au-dessus de
l'autre.
Le carpe est composé de cinq os et de deux cartilages,
tout plats, anguleux et disposes un peu à la manière des
pavés.
Le métacarpe offre quatre os courts, plats et rétrécis dans
leur milieu.
Les doigts sont au nombre de quatre seulement : le pre-
mier n'offre qu'une phalange ossifiée, le troisième en a trois,
et les deuxième et quatrième en présentent chacun deux.
La tête du fémur est ovale. On observe à la face interne
du col de cet os une apophyse pointue, tenant lieu de tro-
chanter; son extrémité tibiale est élargie et aplatie. Il diffère
en somme fort peu de l'humérus.
Le tibia, fort gros par le haut, porte une tige grêle, asse^
longue, et descend moins bas que le péroné, qui est aussi
gros que lui.
Le tarse a neuf os, tous plats et disposés en pavé.
Le métatarse est composé de cinq pièces.
Les muscles de la salamandre ont été décrits avec soin par
le docteur Funk; mais il deviendroit étranger à la nature
du Dictionnaire auquel nous coopérons , de donner une myo-
logie détaillée de ce reptile, sur lequel il existe déjà plus
d'une Monographie importante , que le lecteur pourra con-
sulter au besoin.
Son cerveau est si petit qu'il n'égale point la moelle épiniérc
en diamètre, ce qui a été démontré par MM, Carus et Funk.
H SAL
Sa moelle vertébrale est composée de deux cordons nerv
veux, enveloppés d'une membrane ténue, et d'où sortent
les nerfs spinaux par des racines un peu plus volumineuses,
• Le système nerveux ganglionnaire n'est point encore bien
connu , quoiqu'il semble avoir été entrevu par M, Carus.
Le globe de l'œil est pisiforme. Le nerf optique et un muscle
trijumeau le fixent dans l'orbite. La peau le recouvre telle-
ment que la cornée seule est à découvert, ce qui, suivant
l'expression de P. Wurffbain , donne à l'animal miruin , tor-
i>um et oblusum vultum.
Jl n'y a ni glande, ni voies lacrymales.
L'épaisseur de la sclérotique est irrégulière , inégale.
La cornée est très- transparente.
La chorioïde est noire.
Le ligament ciliaire , ou plutôt le ganglion ciliaire , est
petit et étroit.
L'iris et la pupille n'offrent rien de particulier.
Le crystallin , grand et comprimé, a pour centre un noyau
dur et sphérique, comme chez les poissons.
L'organe de la taction paroît peu délicat. Celui de l'odo-
rat, au contraire, est très -développé. Les nerfs olfactifs se
répandent dans une membrane muqueuse grise, vasculaire,
iqui tapisse des narines coniques.
La langue de la salamandre est courte et épaisse. Elle est
fixée sur un os spécial, ce qui ne lui permet que peu de
mobilité. Des cryptes muqueuses l'enduisent continuellement
d'une viscosité abondante.
L'appareil de l'audition , décrit avec exactitude par Zinn,
Scarpa et M. Funk , semble peu différent de ce qu'il est dans
les poissons chondroptérygiens et branchiostèges. Au-dessous
de la peau et des muscles, on trouve dans la région tempo-
rale une opercule cartilagineuse, non point arrondie, comme
l'a figurée Scarpa, mais rhomboïdale et encadrée dans une
pièce osseuse à part. Plus profondément est une cavité re-
vêtue d'une pulpe grisâtre, dans laquelle est pratiquée une
loge- pour un osselet rudimentaire du tympan, blanc, mou,
crayeux et faisant effervescence avec les acides. Plus profon-
dément encore est la première cavité du vestibule qui comr.
munique avec la cellule mastoidiennç, puis les trois canaujç
SAL 65
demi -circulaires, dilatés de distance en distance, et enfin
deux cavités labyrintliiques, dont l'une est interne et ellip-
tique.
Le cœur du même reptile est renfermé dans un péricarde
spécial. Plus ou moins globuleux , il n'oft're qu'une seule oreil-
lette et un seul ventricule. Sa couleur est rouge. Une grande-
veine cave, qui reçoit le sang des veines pulmonaires, s'ouvre
dans l'oreillette , dont les parois sont beaucoup moins épaisses
que celles du ventricule qui donne naissance à l'aorte.
Le système lymphatique n'est point encore assez bien connu
pour que nous puissions nous hasarder à en parler ici.
JNous remarquerons encore, pour terminer ce qui a rap-
port au système circulatoire dans la salamandre , que les glo-
bules du sang de ce reptile sont ovales-oblongs , et d'un vo-
lume en rapport avec celui des globules du sang de l'homme
comme 12 f : 1.
Ses poumons, convergens antérieurement, divergens pos-
térieurement, ont été fort bien représentés par Oligerus Ja-
cobaeus, par WurfFlDain et par le docteur Funk. Formés de pe-
tits sacs membraneux, celluleux , souvent partagés secondaire-
ment par des cloisons incomplètes , communiquant tous les
uns avec les autres, ils sont parcourus par des bronches fibro-
cartilagineuses, ce qui infirme l'opinion de M. Nitzsch, qui
regarde les conduits aériens de ces viscères comme à peine
visibles, et qui assure qu'ils ne sont point cartilagineux. Ils
reçoivent l'air par une trachée-artère étroite et courte.
Le foie est situé vers le milieu du corps , aux environs de
la pointe du cœur; il recouvre presque les poumons, et dans
une salamandre de la taille de quatre pouces quatre lignes .
il avoit dix lignes de longueur sur cinq lignes et demie de
largeur, et se trouvoit au poids total du corps dans le rap-
port de un à quinze. Convexe en dehors, concave en dedans,
il offre une figure irrégulièrement trapézoïdale et est suspendu
dans la cavité thoraco -abdominale par un double repli du
péritoine.
La bile est d'un vert de pré, cicre et amère.
Les reins, situés de chaque côté de la colonne vertébrale j
sont étroits en devant et plus volumineux en arrière. Leur
couleur est rouge foncé, et leur tissu est glandulo-parenchy-
56 SAL
mateux et évidemment composé de deux systèmes dîfférens-
Xes uretères paroissent ne point exister ; car, ainsi que l'a
remarqué le docteur Funk, les conduits fins et blanchâtres
qui naissent de la substance tubuleuse, vont s'ouvrir dans la
vessie par un orifice cartilagineux, et paroissent en tenir lieu.
L'absence de ces organes n'avoit point échappé au savant
Rathke; mais M. Rusconi, le premier, remarqua le rapport
établi entre eux et les tubes déférens.
La prétendue vessie urinaire , que M. Carus a cru qu'on
pouvoit regarder comme l'allantoïde , est un sac membraneux,
tricuspidaire , recouvert par le péritoine et par les muscles
de l'abdomen , attaché au foie par le ligament large de la
veine hépatique abdominale antérieure. Elle s'ouvre dans le
cloaque par un orifice cartilagineux, et tient aux parois du
bassin et au canal intestinal par du tissu cellulaire. Sa surface
est parcourue par un grand nombre de vaisseaux sanguins ra-
mifiés. Peut-être n'est-elle qu'un réservoir analogue à celui
que nous avons signalé dans les Crapauds et les Grenouilles , et
en général dans les batraciens anoures.
La peau de la salamandre terrestre est coriace, ferme , et
cependant fine, lisse et recouverte par un épithélium demi-
transparent. Elle est parsemée d'une multitude de granula-
tions noires et jaunes, et, surtout le long du rachis et aux
environs des oreilles, de quelques cryptes lenticulaires, qui
versent à sa surface une humeur laiteuse , amère et acre , qui
paroît avoir donné lieu à la fable qui veut que la salamandre
résiste au feu , et que l'on a regardée pomme vénéneuse, mal-
gré les observations exactes de Maupertujs , de Laurenti et
de Lacépède.
Cette humeur, en tout cas, a une saveur tellement caus-
tique, que , lorsque, au dire de Lacépède, on en a mis une
goutte en contact avec la langue , on éprouve la sensation
d'une sorte de brûlure à l'endroit touché.
Après avoir étudié ainsi, d'une manière générale, les ap-
pareils de la locomotion, des sensations, de la circulation, de
la respiration et des sécrétions dans la salamandre, il ne pous
reste plus qu'à présenter quelques détails sur celui de la di-
gestion , dans lequel se trouvent comprises les diverses par»
lies de la bouche, que nous connoissons déjà.
SAL 57
L'œsophage ne paroît point exister, à proprement parler ;
le pharynx dégénère insensiblement en un estomac fusiforme,
dont la cavité est lisse et semée de cryptes mucipares, ce que
Zinn et Funk ont parfaitement observé.
Cet estomac se courbe pour aboutir à un intestin de même
structure en dedans, muni dès l'origine d'un mésentère par-
couru par des vaisseaux divisés dichotomiquement, et rétréci,
non loin du cloaque, par un anneau cartilagineux, au-delà
duquel il se dilate de nouveau et prend , comme l'estomac,
une figure fusiforme.
Il n'existe point de cœcum ni d'appendices cœcales.
Vers le commencement du cloaque on observe une mul-
titude de follicules muqueux , disposés en manière de réseau.
La rate, placée du côté gauche, a une forme elliptique
oblongue ; elle touche antérieurement au poumon et posté-
rieurement au testicule du côté correspondant. Elle est rouge
et éminemment vasculaire.
Le pancréas, irrégulier, blanchâtre, ne diffère en rien de
ce qu'il est dans les autres animaux.
Chez le mâle , les testicules sont placés le long de la colonne
vertébrale, et se trouvent cachés parles poumons, la rate ,1e
foie, le canal intestinal et l'estomac. Le plus souvent ils sont
au nombre de six et quelquefois seulement de quatre. Légè-
rement comprimés et d'un tissu granuleux, ils sont unis entre
eux par un conduit vasculaire, bien connu de Gravenhorst
et suivi dans toute son étendue par Rathke.
Les vaisseaux déférens , tortueux et flexueux , blancs et
nacrés, sont accompagnés par des appendices glandulo-mem-
braneuses.
A l'orifice du cloaque on voit deux prolongemens triangu-
laires , que M, Carus regarde comme les branches du pénis.
On trouve, en outre, dans le corps du reptile dont nous
écrivons l'histoire, des masses d'un tissu adipeux, comme
huileux, d'une couleur jaune, et qui ont été connues de
Wurfbain et d'Oligerus Jacobaeus. MM. Carus et Rathke les
ont regardées comme devant servir à la nutrition de l'animal
durant le sommeil d'hiver ; mais rien n'est encore moins
prouvé. (Voyez Sang.)
J^es ovaires apnt situés dans la femelle comme les testicules
58 SAL
dans le mâle , et sont composés d'une multitude d'ovules
jaunes, inégaux en volume, et recouverts d'un beau réseau
vasculaire, issu de la veine émulgente moyenne et de l'aorte.
L'oviducte est blanchâtre, et son orifice infundibuliforme
est ouvert dans le péritoine, entre le péricarde, le foie et les
poumons.
Dans la salamandre terrestre il n'y a point d'intromission
de la verge du mâle dans un vagin de la femelle , il n'y a.
point de véritable coït. Les organes mâles de l'accouplement
manquent complètement , et l'on est porté à croire que le
sperme répandu dans l'eau est porté sur les ovules par l'anus
de la femelle, comme l'ont noté, du reste, Spallanzani et les
professeurs Cavolini, Duméril et Rusconi.
C'est en France, en Allemagne , et même à de plus hautes
latitudes, comme au rivage du Pont, cité par Belon , et dans
lEurope méridionale, sur la terre humide, dans les bois touf-
fus des hautes montagnes, dans les fossés et les lieux ombra-
gés, sous les pierres et les racines d'arbres, dans les haies,
au bord des fontaines, dans les trous souterrains, dans les
vieilles masures, qu'on trouve la salamandre terrestre com-
mune, laquelle a été figurée par un grand nombre d'auteurs,
mais surtout par Latreille et par M. Funk, avec une exacti-
tude remarquable.
Généralement redoutée, elle n'est pourtant nullement dan-
gereuse, et l'humeur laiteuse, assez analogue pour la saveur
et la consistance à celle des euphorbes, qui suinte de sa peau
et qu'elle lance parfois à plusieurs pouces de distance, quoi-
que nauséabonde, acre et même, selon Gesner , dépilatoire,
n'est vénéneuse que pour les très -petits animaux.
C'est probablement cette humeur qui a fait dévouer la
salamandre à l'anathcme, quand on a cru, avec Pline, qu'en
infectant de son venin presque tous les végétaux d'une vaste
contrée, elle pouvoit donner la mort à des nations entières.
11 n'est point vrai, comme on l'a constamment répété de-
puis Aristote, qui d'ailleurs ne connoissoit presque pas ce
reptile, que sa vie résiste à Faction du feu et que celui- cî
s'éteigne sur son passage.
Si on frappe la Salamandre , elle dresse la queue et semble
atteinte de catalepsie.
SAL 5ç)
Elle s'écarte peu du trou où elle fait sa résidence habi-
tuelle, comme j'ai eu occasion de m'en convaincre sur les
individus que j'ai pu observer en Normandie , auprès de
Rouen, et dans la Bretagne, autour de Vannes. Elle passe
la vie sous terre, souvent au pied de vieilles murailles; du-
rant l'été elle craint l'ardeur du soleil. C'est seulement au
moment de la pluie, ou pendant la nuit, qu'elle se hasarde à
sortir, et qu'elle se fait remarquer par sa démarche lourde et
lente. Stupide et sans courage, elle ne brave aucun danger,
comme on l'a prétendu : seulement elle semble n'apercevoir
jamais le péril, contre lequel elle s'avance sans se détourner
de sa route.
Elle vit de mouches, de vers, de jeunes limaçons, de sca-
rabés, de lombi-ics, de maillots, de clausilies, de vitrées, etc.
Elle mange aussi de l'humus.
Fort vivace, elle succombe cependant rapidement dans les
convulsions, soit qu'on la trempe dans le vinaigre, soit qu'on
l'entoure de sel.
Elle paroît sourde et ne redoute nullement la présence de
l'homme, ni des animaux plus forts qu'elle, et qui, d'ail-
leurs, très-généralement, semblent la craindre, malgré l'in-
nocuité de sa morsure , que Matthioli a dit aussi mortelle
que celle de la vipère.
Jamais on ne l'a entendu jeter aucun cri.
Jetée dans l'eau , elle cherche à en sortir immédiatement
et vient à chaque instant respirer à la surface.
Il paroît aussi que , dans les contrées trop élevées en lati-
tude, comme le dit Gesner, les salamandres passent l'hiver
dans des espèces de terriers , où on les trouve rassemblées
et entortillées plusieurs ensemble.
Sur terre la salamandre se roule souvent en spirale, comme
l'a noté Laurenti.
Long- temps on a ignoré son mode de reproduction, qui
est, du reste, absolument analogue à celui des vipères; elle
est donc ovovii'ipare et reçoit le sperme du mâle intérieure^
ment. Maupertuis, Lacépède et un anonyme qu'il cite dans,
ses Supplémens , ont vérifié ce fait, certifié d'ailleurs par Dra-?
parnaud. Les œufs éclosent dans les oviductes, et les petits
viennent au dehors tout formés. Ceux-ci, dont la queue est
Êo . SAL
comprimée verticalement, sont repliés en deux, au nombre
de huit à vingt dans chacun des cinq oviductes, où ils se nour-
rissent d'un liquide particulier et d'où ils ne sortent qu'après
avoir subi toutes leurs métamorphoses, c'est-à-dire, perdu
leurs branchies, qui sont droites et arquées, et acquis des
pieds, qui leur manquaient d'abord. Alors ils sont déposés
auprès des mares, au nombre de quarante et même de cin-
quante à la fois. Leur couleur est d'un noir uniforme.
Chacun des sacs de l'oviductus est précédé d'oeufs en grappes.
Rien n'est pluserronné, en conséquence , que l'opinion qui
veut que la salamandre terrestre soit privée de sexe, et que
chaque individu soit en état d"engendrer seul son semblable.
Remarquons aussi que, dans les Alpes, et spécialement dans
les cavernes ou les fentes des montagnes d'Etscher , il existe
une variété de l'espèce dont nous nous occupons ici, qui est
toute noire par dessus et jaune par dessous, et que Laurenti
a décrite et figurée comme une espèce à part, sous la déno-
mination latine de Salamandra alra. C'est elle que les Autri-
chiens nomment Lattermanàl. Gmelin , Lacépède^ Schneider
et Latreille , ont, à son égard, émis l'opinion que nous pro-
fessons ici, tandis que Sonnini a partagé celle de Laurenti.
Elle est, en tous cas, de nioitié plus petite que la salamandre
ordinaire.
Gcsner a aussi parlé d'une salamandre des Alpes, qui est
d'un brun livide sans aucune tache et qui se couvre d'une
humeur laiteuse dès qu'on la frappe. Elle ne doit être qu'une
simple variété, de même que la Salamandre Manche à queue'
cylindrique , que l'on trouve dans le Padouan, selon Lau-
renti , et que la petite Salamandre Irune à queue comprimée
et qui habite aux environs de Vienne, parmi les broussailles
des A'allons humides , non loin des trous qu'elle se creuse dans
la vase, afin de s'y cacher au premier bruit.
Dans les Mémoires de l'Académie de Stockholm pour l'an-
née 1787, Thunberg a, sous l'appellation de Lézard du Japon,
décrit une variété de notre salamandre terrestre, remarqua-
ble par sa teinte noire , par les taches blanches et irrégu-
lières qu'elle offre au dessus du corps et des pattes , et par
la bande d'un blanc sale qui règne le long de son dos, de*
puis la tête jusqu'à l'extrémité de la queue. Elle habite l'île
SAL 6i
de Niphon , la plus grande de celles de Tempire du Japon,
et fréquente les montagnes et les endroits pierreux.
Les indigènes lui accordent les mêmes propriétés médicales
qu'au scinque , et regardent sa chair comme un puissant sti-
mulant, comme un remède énergique. Les boutiques, aux en-
virons de Jédo, offrent en conséquence communément des sa-
lamandres de cette espèce , séchées et suspendues aux plafonds.
La Salamandre rouge: Salamandra rubra, Daudin. Teinte
générale d'un rouge de sang luisant sur le dos, plus clair et
légèrement orangé sur les flancs; ventre marqué d'une bande
longitudinale large , noirâtre et comme brûlée ; toute la peau
parsemée d'un grand nombre de verrues noires du volume
d'une tête d'épingle. Taille de cinq à six pouces.
Ce reptile, qui a le dessus de la queue tranchant et sans
crête, a été découvert par Palisot- Beau vois sous des écorces
d'arbres, dans les forêts des Etats-Unis d'Amérique.
La Salamandre mortuaire, Bosc. Tête alongée , aplatie,
noire , variée de gris , de même que le corps, qui est presque
cylindrique; ventre brun, ponctué finement de gris; queue
un peu plus longue que le corps, presque cylindrique , noire,
variée de gris, surtout à sa base; taille de quatre pouces.-
mâle un peu plus petit que la femelle.
Cette espèce se trouve en Caroline, sous l'écorce des arbres
pourris, dans les maisons abandonnées. On en doit la con-
noissance au professeur Bosc.
La Salamandre tachée de rouge. Queue courte; dessus du
corps marbré de brun et de rouge ; dessous d'une teinte
cendrée.
La Salamandre clutineuse. Queue longue; corps noir eu
dessus et tacheté de blanc, et tout noir en dessous.
La Salamandre cendrée. Queue assez longue; corps brun,
taché de blanc en dessus; noir et taché de blanc également
en dessous.
La Salamandre brune. Queue médiocre ; corps brun en des-
sus et blanc en dessous, avec deux lignes de points noirs.
Ces ..quatre dernières espèces ont été décrites par M. J.
Green, dans le second volume du Journal de l'Académie des
Sciences naturelles de Philadelphie, Elles sont propres à TA-
mérique septentrionale. (H. C.)
C2 SAL
SALAMANDRE. (Foss.) On a cru pendant long-temps que
dans les carrières d'Œningen il avoit été trouvé des squelettes
d'hommes à l'état fossile. Scheuchzer en décrivit un dans les
Transactions philosophiques pour 1 7 26 , et d'autres naturalistes
les regardèrent comme des squelettes de silures; mais M. Cu-
vier a comparé la figure donnée par Scheuchzer avec des
squelettes de salamandres, et ayant reconnu qu'ily avoit entre
eux l'analogie la plus frappante, il a pensé que ces squelettes
avoicnt appartenu à des salamandres ou plutôt à des protées
de taille gigantesque et d'espèces inconnues. Ossem. foss. des
env. de Paris, tom. 4. (D. F.)
SALAMANDRE ABDOMINALE. (Erpét.) Voyez Tritox.
(H. C.)
SALAMANDRE BILINÉAIRE. (Erpef.) Voyez Triton. (H. C.)
SALAMANDRE BRUNATRE. {Erpét.) Voyez Triton. (H. C)
SALAMANDRE CEINTURÉE. (Erpét.) Voyez Triton. (H. C.)
SALAMANDRE CRÈTÉE. {Erpét.) Voyez Triton. (H. C.)
SALAMANDRE ÉLÉGANTE. (Erpét.) Voyez Triton. (H. C.)
SALAMANDRE FASCIÉE. (Erpét.) Voyez Triton. (H. C.)
SALAMANDRE GIGANTESQUE, SALAMANDRE DES
MONTS ALLÉGHANIS , GRANDE SALAMANDRE DE L'A-
MÉRIQUE SEPTENTRIONALE. (Erpét.) Voyez Triton. (H.C.)
SALAMANDRE LONGICAUDE. (Erpét.) Voyez Triton.
(H.C.)
SALAMANDRE DES MARAIS. (Erpét.) Voyez Triton.
(H.C.)
SALAMANDRE MARBREE. ( Erpét. ) Voyez Triton. (H. C.)
SALAMANDRE PALMIPÈDE. (Erpét.) Voyez Triton. (H. C.)
SALAMANDRE POINTILLÉE. (Erpéf.) Voyez Triton. (H. C.)
SALAMANDRE PONCTUÉE. (Erpét.) Voyez Triton. (H. C.)
SALAMANDRE A QUEUE PLATE; Triton cristatus, Laur.
(Erpét.) Voyez Triton. (H. C.)
SALAMANDRE SARROUBÉ. (Erpét.) Voyez Sarroubé.
(H. C.)
SALAMANDRE A SINCIPUT BLANC. (Erpét.) Voyez Tri-
ton. (H. C.)
SALAMANDRE TRIDACTYLE. (Erpét.) De Lacépède a
donné ce nom à un reptile que le marquis de Nesle a trouvé
sur le cratère même du Vésuve, et qui est remarquable par
SAL 65
ses doigfs au nombre de trois aux pieds de devant, par sa
queue longue, flexible et déliée, par les écailles qui recou-
vrent son corps.
Cet animal , dont on n'a jamais vu qu'un individu long de
deux pouces quatre lignes et demie , et à l'état de dessiccation ,
pourroit bien , comme le soupçonne M. Bosc , n'être qu'un
lézard altéré par son séjour sur un volcan. (H. C.)
SALAMANDRE A VENTRE ROUGE. (Erpét.) Voyez Tri-
ton. (H. C.)
SALAMANDRES AQUATIQUES. (Erpét.) Voyez Triton.
(H. C.)
SALAMANDRINO. (Ichthjol.) Voyez Salmerino. (H. C.)
SALAMANGUESA. (Erpét.) Voyez Salamantegua. (H. C.)
SALAMANTEGUA. (Erpét.) Un des noms espagnols delà
salamandre terrestre. Voyez Salamandre. (H. C.)
SALANDxAP. (Bot.) Marsden cite à Sumatra sous ce nom
une belle espèce de crinole, crinium, à belles fleurs blanches
odorantes jcroissant sans culture sur le bord de la mer parmi
les herbes qui fixent le sable du rivage. Il parle aussi d'une
autre espèce congénère, nommée pandan-congej , dont la
fleur est plus grande et de couleur purpurine mêlée de blanc.
(J.)
SALANGANE. (Omilh.) Cet oiseau, dofit on a déjà parlé
au mot Hirondelle, tom. XXI, pag. 229 et suiv., se nomme
salanga ou salangan aux Philippines. ( Ch. D.)
SALANGANES [Nids de].( Oraff/i.) On connoît sous le nom
de nids de salanganes, des nids façonnés par une petite hiron-
delle des archipels d'Asie, que les peuples orientaux estiment
singulièrement, et comme aliment aphrodisiaque , et comme
substance éminemment nutritive. Le grand nombre d'opi-
nions émises sur la matière qui sert à les former, les doutes
qui existent encore sur ce sujet, nous engagent à complé-
ter par de nouveaux renseignemens les excellens détails et
les utiles recherches que M. Dumont a présentés à l'article
Hirondelle salangane dans le tom. XXI de ce Dictionnaire.
Ces nids sont tellement estimés par les Chinois, que leur
prix ^ comme objet commercial, est excessivement élevé.
Aussi la cupidité est-elle parvenue à les sophistiquer avec la
plus grande adresse. C'est bien de cet aliment qu'on peut
64 SAL
dire, avec Martial (liv. 7 , épig. 48) : Has vobisepulas hdlelc,
lauti , nos ojfendimur.
Les nids de salanganes furent long -temps connus sous le
nom de nids d'oiseaux , nidus avis , et en pharmacie sous ce-
lui de nids d'alcyons. Les Malais leur donnent indifféremment
les noms de yen'^va,yenika ou jens, suivant M. Langlès , tandis
que l'oiseau qui les forme se nomme lajong-bejond. Les Java-
nais les nomment laa-it , et les montagnards de Sumatra les
désignent sous la dénomination de walad et de berongdage.
En Chine , on les appelle sakoi-pouKa; dans l'Inde, patong ; et
les Malais des Moluquesles nomment saroi-lourou-enno.
Rumphiusa décrit l'hirondelle salangane sous le nom d'apws
maritima, dans son Herb., 6 , p. i83 , tab. jS, fol. 4. Mauduit
en a donné une longue description dans le tom. 2 , pag. 424,
de l'histoire des oiseaux de l'Encyclopédie méthodique. M.
Duniont a réuni toutes les données des auteurs (voyez l'ar-
ticle Hirondelle salangane): aussi nous n'y reviendrons pas;
cependant nous indiquerons . comme source principale pour
l'histoire de ces singuliers nids, une notice spéciale , qu'on
trouve imprimée dans le tom. 3 des Mémoires de la société
de Batavia, et qu'ont copiée, ou reproduite, sir George
Staunton, dans sa Relation du voyage de lord Macartney en
Chine (tom. 2 , p. 122 ) , et Sonnerat (tom. 4 , p. 285 etsuiv.)
de son Voyage aux Indes orientales.
Il est reconnu aujourd'hui que plusieurs espèces d'hiron-
delles produisent ces nids gélatineux , et qu'on auroit tort de
les attribuer à une seule et unique espèce. C'est ainsi que les
auteurs qui ont décrit celle des îles de France et de Bourbon ,
sous le nom dliirundo borbonica esculenta , ont eu parfaitement
raison; car j'ai vu des nids de cette espèce commune à Mau-
rice, qui m'ont présenté la singularité d'être tissés à moitié,
et alternativement, avec de la mousse et de la matière géla-
tineuse , de sorte qu'on peut dire que cette hirondelle man-
que de la matière nécessaire pour leur entière confection.
Quelques recherches m'ont prouvé qu'on pouvoit en effet
trouver dans l'hirondelle salangane cinq espèces bien nettes,
qui seroient les Hirundo gelatinosa , borbonica , philippina , ma-
laisia et oualanensis. Ailleurs nous établirons leurs distinc-
tions.
SAL 65
Vhirundo gelatinosa, qui produit en plus grand nombre et
d'une qualité plus cslimée les nids dits de salanganes , n'est pas
cependant celle décrite par plusieurs auteurs. Les individus
que j'ai vus dans le pays m'ont permis d'en tracer la diagnose
suivante: Front marron; tour des yeux noir; occiput, dos ,
croupion, couvertures des ailes et de la queue d'un noir lus-
tré ; pennes brunes; gorge et devant du cou d'un marron,
pâle; ventre d'un blanc sale; couvertures inférieures de la
queue grises , avec des lignes grises , terminées par un œil
blanc sur chaque plume ; bec noir et uiince; envergure , huit
pouces , et longueur totale , du bout du bec à l'extrémité de
la queue, trois pouces neuf lignes.
Les salanganes vivent comme nos hirondelles, dont elles ont
les habitudes. Comme elles, elles volent par grandes troupes
dans les temps chauds, et ne sortent point de leurs nids pen-
dant la pluie. Chaque soir elles y rentrent avant quatre heures;
la femelle pond deux ou trois œufs, qu'elle couve pendant
quinze jours, et aussitôt que les petits sont envolés ou cou-
verts de plumes , commence l'époque des récoltes des nids ,
que les oiseaux font en deux mois , et qu'ils placent dans des
crevasses de rochers , à l'abri de la pluie , et non en terre ,
comme l'a prétendu Gemelli Carreri. L'ennemi le plus redou-
table de cette espèce d'hirondelle se trouve être un milan ,
qui en détruit une grande quantité.
Les salanganes n'existent que sous la ligne équinoxiale ,
entre les deux tropiques, et dans l'intervalle desgS.'^à 160/ de-
grés de longitude orientale. On en trouve la première variété
aux iles de France et de Bourbon. Elles font surtout leurs
nids à Java , à Sumatra et à Bornéo. On les observe sur la
côte orientale d'Asie que baigne la mer de Chine , en Co-
chinchine, au Tonquin et à Camboge. Les salanganes vivent
encore aux Moluques et aux Philippines, et enfin j'en ai
retrouvé une espèce égarée dans la mer du Sud , à l'île
d'Oualan, parles 160 degrés, ce qui indique, par conséquent ,
qu'elle doit exister aussi sur les Carolines, les îles Pelew et
les Mariannes.
La forme de ces nids gélatineux est généralement en demi-
sphère ou celle d'une petite coupe; si elle varie, cela tient
parfois à l'état de gêne que l'oiseau aura éprouvé, en les pla-
47. 5
6(r s AL
çant dans des fentes de rochers, pour leur donner la forme
régulière qu'ils possèdent le plus ordinciirement.
Ils sont composés d'une substance blanche, hyaline ou de-
mi-transparente , dure , consistant en filamens entrecroisés ou
aréolaires , mêlés de légères touffes de coton en dedans , ou
de quelques bribes de duvet; les filamens sont superposés et
appliqués dans le même sens. A l'extérieur , cette substance
a l'aspect d'une gélatine très- blanche et desséchée par fila-
mens soigneusement accolés. Ces nids parurent, à la première
vue, à l'intendant Poivre, ressembler en petit à des bénitiers;
on ne peut, en effet, mieux peindre leur forme générale
et la manière dont ils sont placés sur les parois des cavernes,
où ils sont abondans.
Chacun de ces nids pèse au plus dix grammes, suivant M.
Sennebier (Mémoire autographe, lu à la Société d'histoire
naturelle de Genève par M. Maunoir), et ce poids, dont je
me suis assuré, est, à quelques différences près, le même
pour tous.
Les nids parfaitement blancs sont les plus estimés, et l'on
sait que ce sont ceux de l'année, tandis que les gris ont déjà
un degré prononcé d'infériorité, et que les noirs ou les
vieux laissés par oubli sont dédaignés. ( Marsden , History of
Sumatra. )
Quelle est la composition de ces nids P Les Hollandois .
possesseurs des contrées où on les recueille, dans la sagesse de
leur esprit mercantile , éloîgnoient avec soin tous ceux qui
auroient pu, par la justesse de leurs observations ou par
leurs lumières, fournir des renseignemens utiles sur ce pro-
duit, comme sur beaucoup d'autres, aux nations européennes.
Ils étoient loin, en effet, de considérer cette branche de
commerce coaimc de peu d'importance , et pendant long-
temps la compagnie hoUandoise des Indes la fit valoir elle-
même. Ainsi , on a pensé d'abord que ces nids étoient formés .
par les salanganes , avec le stic élaboré et retiré de la sève
d'un arbre appelé calambnuc ; mais ensuite la connoissance
plus positive des habiturles littorales de ces oiseaux, le gise-
menl des nids, qu'on recueilloil sur le bord de la mer , don-
nèrent lieu de croire qu'ils éJoient le produit d'une nourri-
ture dont les holothuries ( holothuria tuhulosa, priape marin ) ,
SAL 67
quelque écume de la mer, le frai de poissons, les fucus, ce-
lui appelé edulis surtout, étoient supposés faire la base.
Thuriberg (Voyage au Japon, tom. 2 , p. ôSj) avoit appris
sur les lieux que ces nids étoient principalement formés avec
la graisse qui nage sur la mer. et que les salanganes les pré-
paroient avec un jus gommeux qui suinte de leur bec au
temps des amours. '
Sennebier, éclairé par Tanalyse chimique , affirmoit que
leur composition éîoit semblable aune gelée animale , comme
celle de veau, par exemple, mais plus solide, et qu'elle étoit
élaborée dans Testomac même de l'oiseau , qui la dégorge ,
l'attache aux rochers et la ftiçonne avec ses pattes en forme
de nid, en ayant soin de la mettre toujours bien à l'abri des
variations de l'atmosphère.
Cette opinion de Sennebier et de Thunberg a pour appui
les faits cités par Poivre. Ce profond observateur trouva sur
un îlot, près de Java, une caverne creusée sur le bord de la
mer, dont les parois en étoient tapissées. Il vit également
qu'à cette époque (Mars et Avril ) la surface de cette mer
étoit recouverte de frai de poissons , délayé et étendu comme
de la colle forte, depuis la pointe de Sumatra, à l'ouest , jus-
qu'à la Nouvelle-Guinée, et depuis Java jusqu'en Cochinchinc.
Il fit recueillir de ce frai, le fit sécher, après l'avoir isolé de
l'eau de la mer, et il lui offrit une identité parfaite avec les
nids. Seulement il présentoit une saveur fortement salée ,
que n'avoient point les nids, qui lui parurent au goût, fades,
inviscans et sans odeur sensible ; mais nous avons eu fré-
quemment, dans l'Inde, l'occasion de reconnoître, au con-
traire , cette saveur salée dans les nids frais que nous goû-
tâmes.
Poivre dut alors conclure de ses observations que cette mn-
tlère (le frai de poisson) étoit nécessairement la base des nids
de salanganes; etFourcroy vint étayer cette idée par l'analyse
chimique.
i Pourquoi ne pourroit-on pas penser que ies salanganes recueil-
lent, en rasant l'eau de la iner, une espèce d'adipocire , une vraie cé-
tine, résultat de la décompositioa des cctacés ou dti poissons nom-
breux qui habitent cet archipel ?
G8 S AL
Telles étoient les opinions doininanlcs sur la formation de
ces nids jusqu'au moment où sir Staunton et Jean Hooymann
démontrèrent que les salanganes ne font pas seulement leurs
nids sur les rivages , mais qu'on en rencontre même au centre
de Java, à une distance considérable dans les terres. De cette
circonstance . sir Staunton en conclut qu'elles ne peuvent em-
ployer , pour se nourrir, et encore moins pour former leurs
nids , et les mollusques et le frai de poisson. 11 affirme qu'elles
vivent seulemjent d'insectes, qu'elles saisissent au vol au-des-
sus des marais, et que c'est avec le résidu d'un tel genre de
nourriture qu'elles composent leurs nids ; qu'enfin il est im-
possible que cet oiseau aille, souvent contre le vent, au-des-
sus des hautes montagnes, à travers une étendue considérable
de terrain, recueillir, sur les flots, le frai en question. Mais,
pour répondre à plusieurs des faits argués par sir Staunton, il
suffit , ce me semble , d'observer qu'il n'y auroit , au reste , rien
d'étonnant qu'une espèce d'oiseau qui appartient à une fa-
mille dont la plupart des individus sont conformés pour les
migrations lointaines , franchisse l'espace d'une vingtaine de
lieues, pour aller chercher , non sa nourriture, mais bien les
élémens du berceau de sa famille. Qui niera , peut-être, que,
même sans se déplacer, elle ne ti'ouve , dans les marais , sur
lesquels on l'a vue voler par habitude, et les insectes ailés
qui font sa pâture, et la matière adipocireuse qui constitue
ses nids? On ne peut pas supposer , en effet, qu'un oiseau
insectivore puisse donner naissance, parle résidu de ce genre
de nourriture , à des produits tels que ceux des nids de sa-
langanes; car ce fait seroit suffisamment démenti par toutes
les espèces du même genre , qui vivent spécialement d'insectes,
et qui sont bien loin de donner naissance à des matières d'ap-
parence même gélatineuse. '
Voici ce qu'on doit regarder comme le plus voisin de la vérité.
i L'opinion de M. Lamouroux, qui admet que le fucus edulis ou un
gelidium, fournissent seuls la matière élémentaire des nids, ne doit
pas être adoptée en principe : car la plupart des mers, sur les côtes des-
quelles les salanganes vivent, ne possèdent point ces fucus, dont la pa-
trie est restreinte à l'archipel d'Asie , et dont on ne voit aucune trace
dans les iles Carolincs, et proche les îles de France et de Bourbon.
SAL «9
L'hirondelle salangane paroît vivre essentiellement d'in-
sectes , quelle que soit sa position par rapport au bord delà
mer; mais au temps de la ponte et successivement, chaque
paire, ordinairement sédentaire, appeléepar cette prévoyance
instinctive que nous ne pouvons définir , s'élance vers les
lieux où elle doit trouver les matériaux nécessaires à la cons-
truction de son nid , de même que , quel que soit i'éloignement
de notre hirondelle urbaine, elle parvient à trouver la terre
glaise qui doit façonner la demeure de ses petits. La salan-
gane pareillement recueille, en rasant les flols, la matière
animale qui nage sur leur surface , et , par un travail
viscéral particulier , qui dépend sans doute de l'organisa-
tion de son gésier, elle l'épure, la débarrasse des matières
hétérogènes, la pétrit à l'aide d'un mucus, dont l'analogue
est chez nous le suc pancréatique, en forme un corps géla-
tino-muqueux , visqueux comme l'ichthyocoUe , dont il par-
tage la plupart des propriétés , et le divise en filamens alors
susceptibles d'adhérer entre eux, de s'accoler avec exactitude,
et ce sont ces filamens qu'on a vus, au temps des amours,
pendre de leur bec , et que quelques voyageurs ont pris pour
un suc propre.
Mais la diversité des jugemens portés sur ces nids, ont dû
nécessairement rendre plus obscurs les détails qu'on possé-
doit sur eux, et même faire naître des doutes sur leur exis-
tence» réelle. Aussi voit-on Ksempfer (Hist. du Japon ) affir-
mer que ces nids n'existent pas réellement dans l'état naturel ,
et qu'ils sont entièrement le produit de l'art. « Ils sont , dit-
« il , composés de polypes marins , ramollis dans une disso-
« lution d'alun, et lavés jusqu'à ce qu'ils deviennent trans-
« parens. »
On sait que parmi ceux qui ont eu occasion de goûter de
ces nids, les uns leur trouvent un goût fade et insipide, les
autres une saveur aromatique ou épicée. En effet, cette
denrée, si recherchée des Chinois, a éveillé la cupidité
de ce peuple , et les moyens de sophistication sont venus
aider et permettre les grandes consommations qu'ils en
font. On ne doute plus aujourd'hui qu'on ne compose, dans
ces contrées, avec des ailerons de requin, le priapus et sur-
tout la colle de riz , des filamens assez semblables à une pâte
7* SAL
de vermicelle , qu'on aromatise et que l'on tisse avec beau-
coup d'adresse en forme de nids ordinaires. Il n'est pas dif-
iicile , dans tous les cas, de les distinguer, même au premier
examen; et leur saveur, qui doit varier et déceler le pi'incipe
qui la fournit, rendra toute méprise impossible. Ce qui peut
engager à se livrer à cette supercherie, est l'insuffisance des
nids naturels, leur consommation étant prodigieuse, parce
qu'elle est établie sur la réputation bien ou mal acquise de
leurs merveilleuses propriétés.
pire combien les nids de salanganes sont estimés des peu-
ples asiatiques, chez qui on les recueille ou consomme, ne
pourra bien se concevoir que par les sommes énormes qu'un
objet en apparence d'un si foible intérêt, rapportoit annuel-
lement à la compagnie hoUandoise des Indes, qui s'étoit em-
parée du monopole de cette denrée. Il est d'observation que
la polygamie qu'autorisent les lois du mahométisme , de
Brama, de Confucius, énerve bientôt les nations qui y sont
soumises; aussi rien n'est plus ordinaire, dans les contrées où
leur culte est établi , que de voir ces peuples se livrer, par
tous les moyens que la crédulité peut enseigner, à chercher
des recettes aphrodisiaques ou jouissant de cette réputation,
des analeptiques, dont l'efl'et est trop souvent inefficace , pour
ranimer des sens blasés par des jouissances trop répétées, par
des excès énervans et destructeurs.
Le saJep des OrientaJix n'a pas d'autre fondement pour sa
renommée. On peut lui adjoindre, sous ce rapport , le fa-
meux ginseng , le coco des Maldives, etc. Par le fait, les nids
de salanganes ne jouissent de tant de vogue que par l'assu-
rance que les peuples qui en font usage, ont de leurs mer-r
veilleuses qualités pour soutenir leurs forces physiques dans
des luttes qui les réclament sans partage. On doit avouer ce-
pendant que la faculté restaurante spermatopée , attribuée
à cette substance, n'est pas chimérique , et que l'analogie qui
existe entre elle et l'icbthyocolle, ou le mucilage animal dont
elle paroît composée , mais avec des qualités bien autrement
supérieures, doit nécessairement la maintenir dans la haute
opinion que ces peuples en ont conçue.
Employés seuls , ces nids ne pourroient offrir qu'un mets
fade et insipide; mais, relevé par un cari, ou des aromates
SAL 71
moins (énergiques, la cardamome , le curcuma , le gingembre,
ou seulement des épices fines, ce mets acquiert une saveur
exquise et des propriétés restaurantes et excitantes prononcées.
Les riches Chinois et Cochinchinois , qui les aiment avec pas-
sion, les mangent habituellement sous la forme culinaire
suivante. On les nettoie et on les met tremper : alors les fila-
mens se séparent, se ramollissent , se gonflent; puis on les
place sous une volaille rôtie, dont ils absorbent le jus, en
s'en gorgeant. Ces procédés, employés par nos cuisiniers, à
une légère difiTérence près, pour les viandes farcies de truffes,
donnent un mets avidement convoité des Européens établis
aux Indes, et des Apicius chinois.
La préparation la plus commune , cependant , consiste à
faire cuire les nids de salanganes, avec un chapon gras ou un
canard, dans un pot de terre bien fermé, pendant vingt-
quatre heures, et sur un petit feu. Cet aliment est encore
riche en principes nutritifs, et est servi obligatoirement dans
les repas d'étiquette au Tonquin.
Enfin , on en fait encore des soupes et des bouillons esti-
més , des ragoûts à la manière de nos champignons. M. Poivre
eut occasion d'en manger préparés de cette manière, et dé-
clare les avoir trouvés excellens , surtout lorsqu'on les ar-
rangeoit en potage avec le bouillon de bonne viande.
D'un autre côté, Thunberg dit que ce mets n'a pas beau-
coup de goût, que sa saveur est fade; mais qu'il est très-nour-
rissant et qu'il se digère très-aisément, et ce sentiment est
confirmé par celui du baron Milius, qui s'exprime ainsi sup
le compte des nids de salanganes : « Le nid d'oiseau est une
a pâte transparente, sans goût ni saveur quelconque, dont
« on fait des soupes que l'on m'assura être excellentes, mais
« que je n'ai pas trouvées telles. ^^ Faut-il ici accuser la dé-
licatesse d'un palais européen , ou penser que les nids n'ë-
toientpas accommodés de manière à pouvoir plaire, de premier
abord et sans une habitude notable, à des goûts familiarisés
avec d'autres alimens ?
En résumé , ce genre de nourriture vient corroborer les
faits avancés sur la diététique des climats chauds. On sait que
les fruits, les alimens végétaux, les liquides émulsifs, convien-
nent spécialement dans les régions équatoriales ; les chairs',
7^ SAL
les boissons fermentées, dans le Nord , et que la nature , en
mettant à notre disposition des moyens nombreux d'existence,
a encore voulu les varier à l'infini.
Les propriétés médicales des nids de salanganes sont loin
d'être aussi inertes que le pense le docteur Geoffroy ( Dict.
desscicn. méd.). Il est certain , en effet, que, quelle que S(iit
l'analogie qu'il y ait entre eux et l'iclilhyocolle, les propriétés
singulièrement nutritives qui les distinguent, sont dans un état
bien autrement élaboré que celles que la colle de poisson
proprement dite seroit susceptible d'offrir. En effet, l'estomac
le plus délabré et qui réclame des alimens digérés d'avance,
pour ainsi dire, n'a pas besoin d'employer de contractions
pour agir sur un mucilage éminemment réparateur , qui se
dissout sans travail et de lui-même, et qui, en entier, four-
nit aux bouches absorbantes un chyle abondant.
Les Javanais se servent des nids d'oiseaux, dans leur théra-
pie , pour une foule de cas; mais, à part leur juste réputa-
tion dans les maladies consomptives, et dont la plupart sur-
tout reconnoissent chez eux l'épuisement par excès des plaisirs
vénériens, il les emploient habituellement, comme topiques,
dans les maladies inflammatoires locales, et, sous forme de
cataplasmes, contre l'angine, quelques tumeurs, etc.
Les nids de salanganes , en dernière analyse , peuvent donc
être considérés comme une acquisition, sinon très -impor-
tante, du moins non à dédaigner dans cette longue série des
maladies chroniques qui réclament un régime sévère, un
genre de nourriture qui puisse ne pas fatiguer des organes
malades, tout en leur transmettant cependant les moyens de
réparer leurs pertes et celles de l'économie en général, sans
aggraver les accidens des systèmes lésés.
Les nids de salanganes , enfin , doivent surpasser les effets
du salep et des autres féciiles restaurantes par l'animalisation
qui les distingue , et doivent mériter, tout aussi bien que tant
d'autres produits plus insignifians et plus nuisibles, et dans
des cas que l'observation médicale fait connoître , un rang
dans la pharmacologie et une place dans nos officines.
La récolte des nids est assez curieuse pour mériter un ins-
tant de fixer nos recherches. Cette partie ne laisse rien ^
désirer dans le Mémoire de sir Staunton.
s AL 73
Bantam et Sumatra fournissent peu de ces nids. Les lieux
où la récolte est considérable , sont Calappa-Nougal et Sampia ,
près de Batavia : aussi la compagnie hollandoise les fit exploi-
ter long-temps pour son propre compte; mais, voyant qu'elle
n'en retiroit plus, dans les derniers temps, le même bénéfice,
elle en vendit la ferme et se forma un revenu plus certain.
Les cavernes des rochers de l'île Bonnet, dans le détroit de
la Sonde, sont tapissées de ces nîds ; mais Java fournit au-
jourd'hui la plus grande partie de ceux qu'on introduit dans
le commerce. On évalue à vingt-cinq quintaux le total des
récoltes, et si l'on y ajoute maintenant ceu^x formés de toute
pièce , on pourra juger, par la comparaison idéale, combien
est grande la consommation de cette production, et , se rap-
pelant que chaque nid ne pèse guère plus de dix à douze
grammes , combien cet archipel produit d'hirondelles sa-
langanes.
Trois montagnes célèbres par leurs nids d'oiseaux sont si-
tuées près deSamarang, sur l'Ile de Java ; on les connoit dans
le pays sous le nom de Goa. On y remarque desu rochers cre-
vassés, presque inabordables et la plupart très-escarpés. C'est
là que les salanganes viennent placer leurs nids, à labri de
toute atteinte des intempéries de l'atmosphère et surtout de
la pluie. On a remarqué, en effet, que leur instinct les por-
toit à éviter de les placer même sur un lieu mouillé, et que,
si par hasard l'humidité venoit à gagner l'endroit qu'elles
avoient choisi, elles l'abandonnoient aussitôt et alloient plus
loin recommencer leur ouvrage.
Ces nids sont adhérens sur la surface du rocher. Ils sont
placés très-près les uns des autres, par rangées exactement
parallèles. Il n'y a aucune différence entre ceux qu'on trouve
sur les bords delà mer et ceux de l'intérieur des terres; seu-
lement ces derniers sont en plus petit nombre.
Les Javanais, dit sir George Staunton, s'habituent à la re-
cherche des nids dès leur enfance, et ce genre de profession
n'est pas sans danger. Les cavernes qui occupent le centre des
rochers sont immenses, et offrent communément les grandes
nichées de ces oiseaux à des hauteurs variables , depuis 5o
pieds jusqu'à 5oo , par lignes symétriques , comme nous l'a-
yons dit tout-à-l'heure. Ils ne peuvent ainsi y descendre qu'au
74 SAL
moyen d'échelles de cordes ou de bambous, et jamais sans
qu'ils n'arrivent dans des lieux irréguliers et dangereux , très-
oLseurs en outre, puisqu'ils sont obligés de s'éclairer avec
des torches résineuses fiâtes de cire et de filaniens internes
d'arek , qu'ils reçoivent des mains de leurs bonzes. Les grandes
récoltes ne commencent même jamais sans faire un sacrifice à
Itur divinité, après avoir toutefois parfumé l'entrée des ca-
vernesavecdu benjoin, et s'être munis de force prières pour
le succès de leur chasse et sa terminaison à bien.
Les Cochinchinois font la récolte des nids de salanganes en
Juillet et Août; les Javanais , trois fois par an, aussitôt que
les petits sont envolés, et cette opération ne dure jamais plus
d'un mois. Aussitôt qu'elle est terminée , les nids sont net-
toyés, séchés; puis on les met dans de petits paniers, qu'on
porte à Batavia, l'entrepôt général , et d'où on les expédie
ensuite pour la Chine.
On calcule que Batavia en exporte annuellement, des iles
de l'Est, mille picles. La picle valant vingt -cinq livres, le
nid pris pour une demi-once, on a été fondé à donner ce
calcul intéressant, qu'on devoit compter quatre millions de
ces nids, lesquels, à deux ou trois petits par couvée , plus
le père et la mère, donnoicnt au total vingt millions de sa-
langanes. Long-temps les nids blancs, d'une belle transpa-
rence, furent vendus poids pour poids d'argent. Sir Stamford
Raffles, gouverneur de Java, dit, dans l'histoire qu'il a pu-
bliée de cette lie, que la livre se paie trente piastres. Mais
cette élévation de prix n'existe probablement que lorsque les
récoltes ont été peu productives.
Les nids dont la teinte est grise ont peu de valeur. Les noirs
sont entièrement rejetés. (R. P. Lesson. )
SALANGUET. (Bot.) Nom du chenopodium maritimum ,
Linn., en Provence. (Lem.)
SALANX, Salanx. (Ichtli-yol.) M. Cuvier a désigné par ce
mot un genre de poissons malacoptérygiens abdominaux, voi-
sins des Chauliodes et des Orphies, et qui appartiennent à la
famille des Siagonotes de M. Duméril.
Ce genre est reconnoissablc aux caractères suivans :
Pas de nageoire adipeuse ; hord de la mâchoire supérieure
formé par Vinter maxillaire sans pédicule: maxillaires sans dents,
SAL 75
et cachés dans ^épaisseur des lèvres ; tête déprimée } opercules se
reployant en dessous ; quatre rayons plats aux ouïes; mâchoires
pointues , garnies chacune d'une rangée de dents crochues ; l'infé-
rieure un peu alongée au-delà de la symphyse par un petit ap-
pendice qui porte des dents ; palais et fond de la bouche entière-
ment lisses; aucune saillie linguale.
Ce genre ne renferme encore qu'une seule espèce. Elle est
nouvelle. Voyez Ésoces et Siaconotes. (H. C.)
SALAO. (Bot.) Nom donné par les Portugais du Malabar
au katou -patsjolti , regardé par Burmann comme variété du
crolon caslaneifolium. Le petit arbre qu'ils nomment salua fe-
mea, et que Burmann croyoit être un calophyllum , est rapporté
au tetracera par M. De CandoUe. Le saloins des mêmes auteurs
est Vantidesma syWestris. ( J. )
SALAR. {Conchyl.) Adanson (Sénég., page 97, pi. 6) dé-
crit et figure sous ce nom une espèce de cône que Bruguière
rapporte au cône tulipe. (De B. )
SALAR. {Ichthyol.) Nom latin du Saumon. Voyez ce mot.
(H.C.)
SALARIAS , Salarias. ( Ichthyol. ) M. le baron Cuvier a
donné ce nom à un genre de poissons formé aux dépens de
celui des blennies de la plupart des ichthyologistes, apparte-
nant à sa famille des gobioides , parmi les acanthoptérygiens,
et rentrant dans celle des auchénoptères de M. Duméril.
On reconnoit ce genre aux caractères suivans :
Corps nu, alongé ; trous des branchies latéraux ; yeux latéraux
aussi; catopes très -petits, jugulaires et composés seulement de
deux rayons; une seule nageoire dorsale; dents longues, égales,
sur une seule rangée, fort serrées, comprimées latéralement , cro-
chues au bout, d'une minceur inexprimable , en nombre énorme
et mobiles, à la manière des touc}ies d'un clavecin; télé compri-
mée obliquement, très-étroite vers le haut, large transversalement
en bas; lèvres charnues et renjlées ; front vertical.
hts Salarias différent donc des Uranoscopes et des Batra-
CHoÏDKs , qui ont les yeux très-verticaux ; des Chrysostromes
et des KuRTEs, qui ont le corps ovale ; des Callionymes, qui
ont les trous des branchies ouverts sur la nuque ; des Gol-
NELLEs et des Ougopodes , dont les catopes n'ont qu'un seul
rayon; des CAtuoMOREs , des Vives et de tous les Gades, chex
76 SAL
lesquels ces nageoires en ont au moins six ; des Blenxjes,
dont les dents n'offrent ni le même mode de mobilité, ni
la même minceur; des Clinus, dont les dents sont disposées
sur plusieurs rangs ; des Opistognathes , qui les ont en râpe.
(Voyez ces divers noms de genres et Auchénoptiïres dans le
Supplément du tome III de ce Dictionnaire.)
Les poissons qu'on connoit dans ce genre, viennent de la
mer des Indes. Leurs intestins, roulés en spirale, sont plus
minces et plus longs que dans les Blennies proprement dits.
Parmi eux nous citerons :
Le Salarias quadripenne : Salarias quadripennis , Cuvier ;
Blennius gattorugine, Forskal. Un appendice palmé aiiprès de
chaque oeil et deux appendices semblables auprès de la nu-
que; dos rayé de brun, avec des taches claires et foncées;
nageoires Jaunâtres.
De la taille de six à sept pouces.
Ce salarias fréquente les eaux de la Méditerranée et de
l'océan Atlantique. Sa chair est d'une saveur agréable.
Les Vénitiens l'appellent gattorugine , et les Arabes ,
Jcoschar.
Le Salarias de Scjef : Salarias sujefianus ; Blennius simus.
Un très-petit appendice non palmé au-dessus de chaque œil ;
ligne latérale courbe; nageoire du dos réunie à celle de la
queue ; taille de trois à quatre pouces.
On doit à Sujef la connoissance de ce poisson.
Le Salarias sauteur : Salarias saliens ; Blennius saliens ,
Lacép. ; Alticus desuUor, Commerson. Nageoires pectorales
presque aussi longues que le corps, qui est d'un brun rayé
de noir; taille de deux pouces à deux pouces et demi.
Ce poisson s'élance avec agilité, glisse et semble voler à la
surface de la mer sur les côtes de la Nouvelle-Bretagne , où
il a été découvert par Commerson. (H. C. )
SALASSl-PUTl. {Bot.) Nom du basilic ordinaire à Java,
suivant Burmann. (J.)
SALAXIS. (Bot.) Genre de plantes dicotylédones, à fleurs
complètes, monopétalées , de la famille des éricinées , de l'oc-
tandrie monogynie de Linnseus, offrant pour caractère essen-
tiel: Un calice à quatre folioles irrégulières; une corolle cam-
panulée , à quatre divisions; huit étamines; un stigmate pelté;
SAL 77
une capsule presque en drupe , à trois loges; une semence
dans chaque loge.
Ce genre, établi par "W'illdenow, ne nous est connu que
par le peu qu'il en a dit ; il en présente trois espèces ,
savoir :
1." Le Salaxis arborescens , "Willd., Enum. pi. , i , pag. 41 5.
Arbrisseau qui s'élève à la hauteur d'environ neuf pieds ,
chargé de feuilles ternées, un peu cylindriques, appliquées
entre les rameaux. Les fleurs sont latérales, presque termi-
nales, portées sur des pédoncules pubescens.
2." Le Salaxis montana , très-rapproché de l'espèce précé-
denle, a des feuilles ternées, appliquées contre les rameaux,
mai*tétragones. Les fleurs sont latérales, pi-esque leîu'nales.:
leurs pédoncules glabres. Ces deux espèces ont été décou-
vertes à l'ile Bourbon par M. Bory-Saint- Vincent.
3." Le Salaxis abietina, à feuilles linéaires, étalées, réiinies
presque six par six, mais seulement au nombre de trois sur
les rameaux. Les fleurs sont latérales, presque terminales.
Cette plante croît à l'ile Maurice, où elle a été recueillie par
M. Bory-Saint-Vincent. (Poir.)
SALBANDE. {Min.) Transformation en françois du mot
allemand Saalband, qui s'applique à la ligne, surface ou tis-
sure, qui sépare un lilon de la roche attenante. Quelquefois
la salbande consiste en une simple fissure, assez plane, assez
unie et souvent même polie. Les roches de quarz, comme
polies naturellement, sont ordinairement des parties de roches
ou défilons qui forment ces salbandes. Quelquefois aussi elles
sont enduites d'une couche mince d'argile lithomarge, qui
détermine d'une manière sensible le plan de séparation du
filon et de la roche.
Il ne faut pas confondre ce mot avec Fallband, qui s'ap-
plique particulièrement au micaschiste et à Tamphibolite
pyriteux, qui, dans la mine d'argent de Kongsberg en Nor-
wége , renferment les filons argentifères les plus riches.
(B.)
SALDE, Salda. (Entom.) C'est le nom donné par Fabricius
à un genre d'insectes hémiptères delà famille des frontirostres
ou rhinostomes.
Ces espèces avoient été rapportées au genre Acanihie ou à
7» S AL
celui des Lygées. Telles sont les acanthiesdu zostère, littorale,
sylvestre, etc. (C. D.)
SALDITS. (Bot.) Nom cité par Flacourt d'une plante de
Madagascar, dont les fleurs rouges forment des panaches agréa-
bles. Sa graine, prise a l'intérieur, provoque le vomissement ,
et sa racine, prise en poudre, l'arrête, suivant le témoignage
de l'auteur. (J.)
SALDORIJA. (Bot.) Nom qu'on donne dans le royaume
de Murcie, en Espagne, au satureja ohovala, Lagasc. Cette
plante est employée à Valence pour assaisonner les olives,
et. par suite de cet usage, elle y est appelée herbe aux olives.
(Lem.) ^
SkUL. {Icht]vyol.)'Nom spécifique d'un pomacanthe, c/iœ-
toàon sordidus. Linn. Voyez Pomacanthe. (H. C. )
SALÉE. {Bol.) Nom malais de la larmille , coix lacrjma ,
Linn. , graminée dont on mange la graine dans les Indes
orientales. Le salée-outan est le coix agrestis, Lour. , dont on
ne fait point usage. ( Lem. )
SALÈGRES. {Min.) Nom qu'on donne, dit Valmont de
Bomare , à des pierres salées extraites des mines de sel, et
qu'on suspend dans les étables à bœuf et à moutons pour être
léchées par ces animaux.
C'est probablement un calcaire argileux ou un gypse sali-
fères. (B.)
SALEMANDER. {Erpét.) Nom flamand de la salamandre
terrestre. Voyez Salamandre. (H. C.)
SALENGRE. {Bot.) Voyez Olivastre. (J.)
SALEP. {Bot.) C'est la racine tubéreuse d'une espèce d"or-
chis, que plusieurs auteurs croient être Vorchis mascula, qui
est composée de deux petits tubercules unis ensemble. Elle
est indiquée comme bonne, étant prise à l'intérieur, pour
rétablir les forces épuisées, et on en fait beaucoup d'usage
dans le Levant, d'où elle nous est apportée, après avoir subi
une préparation qui en sépare la partie mucilagineuse et la
rend plus ferme. On a essayé de préparer de la même ma-
nière la racine à double tubercule de Yorchis militaris, du sa-
tyrium et de quelques autres genres, et l'essai a réussi. On
prépare également la racine à tubercule simple et palmé de
quelques autres, tel que Vorchis latifolia. (J. )
SAL 79
SALGEIRA. (Bot.) Les Portugais de la côte malabare don-
nent ce nom à différens arbres ou arbrisseaux du Malabar.
Les salgeira sativo , major et mainato sont des espèces de man-
glier, rhizophora. Le salgeira fermea paroit être un œgiceras ,
et le salgeira falzœ un lagetta. Vavicennia tomentosa est nommé
par les mêmes salgueira. (J.)
SALGUEIRA. (Bot.) Voyez Salgeira. (J.)
SALHEYEH. {Ichtliyol.) Nom spécifique d'un Mormyre.
Voyez ce mot. ( H. C )
SALI. ( Ornith.) Le martin-chasseur à tête rousse est ainsi
nommé aux îles Mariannes. (Ch. D.)
SALICAIRE; Ljthrum, Linn. (Bot.) Genre déplantes di-
cotylédones polypéfales , de la famille des Salicariées ou ly-
thraires . Juss. , et de la dodécandrie monogjnie de Liunœus,
dont le caractère essentiel est d'avoir : Un calice monophyllc,
cylindrique, découpé à son bord en douze dents alternative-
ment plus grandes et plus petites; une corolle de six pétales
insérés entre les dents du calice; douze étamines à filamens
de la longueur du calice, disposés sur deux rangs: un ovaire
supère, oblong, surmonté d'un style subulé, de la longueur
des étamines, termine par un stigmate orbiculaire; une cap-
sule oblongue, à deux loges, enveloppée par le calice per-
sistant, et renfermant des graines petites et nombreuses. Le
nombre des parties de la fleur est très-sujet à varier dans ce
genre.
Les salicaires sont des plantes le plus souvent herbacées, ra-
rement frutiqueuses, à feuilles entières, opposées ou verticil-
lées, ou quelquefois alternes; dont les fleurs sont disposées
par verticilles rapprochés en épi terminal ou parfois axillai-
res. On en connoît une quinzaine d'espèces, dont les unes
croissent naturellement en Europe ou en Asie , et dont les
autres appartiennent à l'Amérique.
Salicaire commune : Lytlirum salicaria, Linn., Sp., 640; FI.
Dan., tab. 671. Ses racines sont fît)reuses, vivaces; elles pro-
duisent une ou plusieurs tiges quadrangulaires, un peu rou-
geâtres, hautes de trois à quatre pieds, simples inférieurement,
rameuses dans leur partie supérieure, garnies de feuilles alon-
gée , lancéolées , échancrées en cœur à leur base, sessiles, oppo-
sées , quelquefois tcrnées ou même quaternées. Ses ûeurs sont
8o S AL
d'une belle couleur purpurine, disposées par verliciiles dans
les aisselles des feuilles supérieures, sessiles ou portées sur de
très-courts pédoncules , et formant dans leur ensemble un long
épi terminal. Leur corolle est à six pétales, et elles ont douze
étamines. Cette plante croît en Europe et dans l'Amérique
septentrionale, sur les bords des étangs, des rivières et des
fossés aquatiques. Elle passe pour vulnéraire et astringente,
mais à peine si aujourd'hui elle est employée en médecine.
Les agronomes la regardent comme nuisant dans les prairies
à la qualité du foin, surtout lorsqu'elle y est un peu multi-
pliée. Les habitans du Kamtchatka mangent ses feuilles cuites
comme on fait ailleurs des épinards, et ils boivent la décoc-
tion de la plante en guise de thé; ils mangent aussi la moelle
des tiges, crue ou cuite, comme un mets recherché, et, met-
tant fermenter cette moelle dans de l'eau , ils en font une sorte
de vin qu'on peut convertir en vinaigre, et qui donne de
l'eau-de-vie à la distillation.
Salicaire effilée; Lji'tlirum virgatum , Linn., 5p., 642. Ses
tiges sont lisses, quadrangulaires, droites, hautes de deux
pieds ou environ, divisées, dans leur partie supérieure, en
rameaux effilés et garnies de feuilles étroites , lancéolées, pres-
que ré'récies en pétiole à leur base, opposées dans la partie
inférieure des tiges, alternes dans le haut. Ses fleurs sont pur-
purines, pédiculées, au nombre de deux à trois dans les ais-
selles des feuilles supérieures et formant dans leur ensemble
une longue grappe terminale. La corolle a six pétales, et les
étamines sont au nombre de douze. Cette espèce est vivace;
elle croit en Autriche, en Hongrie, en Italie, sur le Caucase,
et en Caroline dans l'Amérique du Nord.
Salicaire a feuilles linéaires; Ljthi^um lineare, Linn. Sp.,
641. Ses tiges sont anguleuses, filiformes, droites, hautes de
quinze à vingt pouces, divisées en rameaux nombreux, et gar-
nies de feuilles linéaires, glabres, opposées inférieurement ,
alternes dans la partie supérieure des tiges et des rameaux.
Les fleurs sont petites, purpurines ou blanches, disposées en
un long épi à l'extrémité des rameaux. La corolle a six pé-
tales, comme dans les précédentes, mais il n'y a que six éta-
mines. Cette espèce croit dans les lieux marécageux de la Ca-
roline et de la Virginie.
SAL 8i
SALrcAiRE A FEUILLES d'hyssope; Ljthrum hyssopifolia , Linn. ,
Sp., 642. Ses tiges sont longues d'un pied à dix-huit pouces,
très-ranieuses, couchées à leur base, garnies de feuilles linéai-
res, obtuses ou à peine aiguës, le plus souvent toutes alternes.
Ses fleurs sont petites, d'un pourpre clair, solitaires dans les
aisselles des feuilles supérieures; la corolle est à six pétales,
et il n'y a que six étauiines : cette plante est annuelle. On la
trouve dans les lieux humides et inondés, en France, en
Suisse, en Italie, en Angleterre, etc., sur les côtes de Bar-
barie.
Salicaire a feuilles de thvm; Lythrum thjmifolia ^ Linn. , 5p.,
642. Cette espèce ressemble beaucoup à la précédente, mais
elle est en général moitié plus petite ; son calice n'a que quatre
dents: sa corolle que quatre pétales, et il n'y a que deux éta-
mines. Cette plante croit dans les lieux humides du Midi de
la France et de l'Europe; on la trouve aussi dans le Nord de
l'Afrique. (L. D.)
SAIJCARIA. [Bot.) Ce nom latin de la salicaire, donné
par Tournefort, et par d'autres avant lui, a été changé par
Linna-us en celui de Ijtlirum, qui a prévalu. (J. )
SALICARIA. (Oniith.) C'est la fauvette des roseaux, mo'
tacilla salicaria , Gniel. (Ch. D.)
SALICARIÉES , SALICAIRES. (Bot.) C'est sous ce nom
qu'étoit désigné primitivement la famille des plantes connue
maintenant sous celui de lythraires, provenant de son genre
principal Lythrum de Linnaeus, auparavant Sa/icar/a de Tour-
nefort et des anciens. Ce choix a été déterminé pour éviter
la confusion de nomenclature avec la nouvelle famille des
ialicinées. (J. )
SALICASTRUM. (Bot.) La plante que Pline nommoit ainsi
est, selon Anguillara et Gesner, la douce-amère , so/anum du/-
camara; selon d'autres le taminier. tamus communis. (J.)
SALICINÉES. (Bot.) Famille de plantes établie pour placer
le saule, le peuplier et quelques autres genres que M. de
Jussieu range parmi les amentacées. ( L. D.)
SALICOQUE. [Crust.) Ce nom est vulgairement employé
sur les côtes septentrionales et occidental/es de la France 5
pour désigner les crevettes qui appartiennent au genre Pa-
lémon (voyez Farticle Malacostracés, tom. XXVIIl, p. 32C,
47. 6
82 SAL
de ce Dictionnaire). M. Latreille a employé cette désigna-
tion au pluriel, pour désigner une famille particulière de
crustacés décapodes macroures, dont ce même genre Palémon
est le type. 11 la caractérise ainsi : Pattes indivises, ou n'ayant
au plus, et seulement dans un petit nombre d'espèces, qu'un
petit appendice sétiforme, inutile à la locomotion , situé près
de leur base; pédoncule des antennes latérales recouvert
d'une grande écaille , annexée à sa base ; ces antennes situées
au-dessous des mitoyennes ou insérées plus bas. Les genres
compris dans cette famille, portent les noms de Pontophile,
Crangon , Atye , Stenope, Penée , Hyménocère , Gnatho-
phylle, Nika ou Processe, Autonomée, Alphée , Pandale ,
Palémon, Lysmate , Athanas et Pasiphaé. (Desm. )
SALICOR. (Bot.) On désigne sous ce nom une espèce de
soude cultivée sur les bords de la Méditerranée , dans les envi-
rons de Narbonne. Marcorelle, correspondant de l'Académie
des sciences, a donné, dans le cinquième volume du Recueil
ancien dessavans étrangers, un long mémoire sur ses carac-
tères, sa culture, son exploitation, ses produits et ses divers
usages : suivant lui c'est le kali majus cochleato semine de C.
Bauhin, qu'il rapporte au salsola kali de Linnaeus. mais qui
est plutôt le salsola soda du même auteur. La qualité du pro-
duit de cette plante est supérieure, selon lui, à celle du
kali spinosum cochleatiim ou salsola Iragus de Linnaeus, connu
dans le pays sous le nom de sahovie. 11 dit encore qu'on la
détériore quelquefois par le mélange du produit du salicor-
nia , auquel quelques personnes donnent aussi le nom ae
salicor. On peut renvoyer au mémoire de Marcorelle ceux
qui auroient intérêt à connoitre le salicor plus en détail.
(J.)
SALICORNE; Salicornia, Linn. {Bot.) Genre de plantes di-
cotylédones apétales, de la famille des atriplicées, Juss., et de
la monandrie monogynie de Linnaeus, qui a pour caractères :
Un calice presque tétragone , ventru, entier, persistant ; point
de corolle; une ou deux étamines à filamens subulés , plus
longs que le calice; un ovaire supère, ovale, surmonté d'un
style court, terminé par un stigmate bifide; une seule graine
recouverte par le calice renllé.
Les salicornes sont des plantes herbacées ou des arbustes à
SAL 85
rameaux opposés, articulés, dépourvus de feuilles, et dont
les fleurs sont peu apparentes , sessiles et axillaires. On en
compte une douzaine d'espèces. Les suivantes croissent natu-
rellement en France.
Salicorne herhacée: Salicorniaherhacea , Linn., Sp., S ; Lam.,
lllust., tab. 4, fig. I. Sa racine est annuelle; elle produit une
tige herbacée, haute' de quatre k dix pouces, divisée en ra-
meaux charnus, articulés, dépourvus de feuilles. Ses fleurs
sont verdàtres, réunies trois ensemble à l'aisselle des articu-
lations supérieures, qui sont un peu comprimées latéralement,
presque toujours plus hautes que larges, et qui forment dans
leur ensemble une sorte d'épi court et cylindrique. Cette
plante croit dans les marécages sur les bords de l'Océan et de
la Méditerranée.
En Angleterre et dans quelques autres contrées on fait con-
fire dans le vinaigre les jeunes rameaux de la salicorne her-
bacée, et on les met, ainsi préparés, comme assaisonnement
dans les salades. Les troupeaux recherchent la plante fraîche
et paroissenf la manger avec plaisir.
Salicorne frlitioueIjSE : Salicornia fruticosa , Linn., Sp. , 5;
Lam., lllust., tab. 4, fig. 2. Cette espèce diflFère de la précé-
dente par sa tig'e ligneuse, plus élevée; par ses articulations,
dont celles qui donnent naissance aux fleurs sont très-rappro-
chées les unes des autres , ordinairement plus larges que
hautes, et par ses épis du fleurs plus alongés. Dans cette plante
et dans la salicorne herbacée le rebord des articulations laisse
les fleurs à découvert. La salicorne frutiqueuse croit sur les
côtes maritimes et méridionales de l'Océan et de la Méditer-
ranée.
Les salicornes desséchées donnent par incinération, ainsi
que les soudes proprement dites, cette substance alkaline
connue dans le commerce sous le nom de soude, qui entre
dans la fabrication du savon , et dont on fait usage dans les
verreries et les buanderies. ( [.. D.)
SALICORNIA. [Bot.) Voyez Salicorne. (L. D.)
SALICOT. (Crust.) C'est le même nom que celui de sali-
coque sur quelques points des côtes de France. (Desm. )
SALÏCOTTE. [Bot.) C'est la soude commune. (L. D.)
SALIENTIA [Sauteurs]. {Mamm.) lliiger a donné ce nom
84 SAL
à un ordre et à une famille de mammifères marsupiaux , qui
comprend les deux seuls genres Potoroo , Desm. , ou Hjpsi-
primnus , Hlig. , et Kanguroo ou Halmaturus, Illig. (Desm.)
SALIERNE. {Bot.) Nom languedocien d'une variété à fruit
rond de l'olivier ordinaire, cité par Gouan. (J.)
SALIGOÏ. {Bot.) Nom vulgaire de la mâcre flottante.
{L.D.)
SALIMORI. {Bot.) Adanson nomme ainsi le cordia sehestena
de Linnseus, dont la corolle, divisée ordinairement en six
lobes, porte autant d'étamines. C'est le nom de cet arbre dans
l'île de Ternate. (J.)
SALIN. {Ichthfol.) Nom spécifique d'un poisson du genre
Spare de Lacépède. Voyez Spaue. (H. C. )
SALIN. {Chim.) C'est le résidu de l'évaporation de la les-
sive des cendres qui contiennent de la potasse. (Ch.)
SALINDRE. {Min.) C'est, dit l'abbé Sauvage, un grès ren-
fermant des grains calcaires. Kirwan cite ce nom et cette
définition à l'occasion de son grès siliceux. C'est , comme on
le voit, un nom de localité d'une roche qui pourroit bien
être un macigno molasse. (B.)
SALIQUIER. {Bot.) Voyez Cuphea, tome XII, page 226.
(POIR.)
SALIS. {Bot.) Un des noms arabes de la livèche, ligusti-
cum, citée par Mentzel, d'après Linnaeus. (J.)
SALITE ou SALIT. (Mm.) C'est encore une autre manière
d'écrire sahlite , également et indifféremment employée par
M. Hisinger et par plusieurs autres minéralogistes. Nous avons
adopté sahlite. Voyez Pvroxène. (B. )
SALITRE ou SALUER. {Min.) C'est un des noms de la
magnésie sulfatée ou Epsomite. (B.)
SALIUNCA. ( Bot. ) Selon Daléchamps ce nom étoit donné,
du temps de Dioscoride, au nard celtique, espèce de yalé-
T'mne , valeriana celtic a. (J.)
SALIUS. {Entom.) On trouve ce nom, dans le Système des
piézates de Fabricius, comme désignant un genre d'insectes
hyménoptères, voisin des sphèges et dans lequel il n'a encore
inscrit que trois espèces: une d'Italie, qui était le pompiius
sexpunctatus de l'Entomologie systématique, et deux autres
espèces, rapportées de Barbarie. (C. D.)
SAL 85
SALIVE. {Chim.) Suivant M. Berzelius, la salive est for-
mée de
Eau 992,9
Matière animale particulière 2,9
Mucus 1,4
Chlorures de sodium et de potassium ... 1,7
Lactate de soude et matière animale. . . 0,9
Soude 0,2
1000,0.
M. Berzelius ne nomme pas l'espèce d'animal dont il a ana-
lysé la salive.
Il obtient la matière particulière en traitant la salive
desséchée par l'alcool. Les chlorures et le lactate sont dis-
sous ; la matière particulière , le mucus et la soude ne le
sont pas: il enlève la soude au résidu au moyen de l'alcool
mêlé d'acide acétique; puis, en traitant par l'eau le nou-
veau résidu, il dissout la matière particulière, à l'exclusion
du mucus.
La matière particulière est, comme on le voit, insoluble
dans l'alcool et soluble dans l'eau. Cette solution, évaporée,
laisse un résidu transparent , qui se redissout dans l'eau
froide.
Cette solution n'est pas précipitée par les alcalis, parles
acides, par le sous -acétate de plomb, le sublimé corrosif,
le tannin. Elle n'est pas coagulée par une température de
100''.
Au mot Mucus on trouvera les propriétés que M. Berzelius
assigne au mucus de la salive.
Suivant M. Berzelius, le mucus de la salive contient du
phosphore et du calcium. Lorsqu'il vient à se déposer sur
les dents, il éprouve une combustion , qui donne lieu au lartre
des dents, que M. Berzelius regarde comme formé de
Phosphates terreux 79,0
Mucus indécomposé 1,0
Matière particulière à la salive ... 1,0
Matière animale soluble dans l'acide
hydrochlorique 7,5.
86 SAL
J'avoue que je ne puis croire que le phosphate de chaux
ne soit pas tout formé dans le mucus de la salive. (Ch.)
SAl.TX. {Bol.) Nom latin du genre Saule. ( L. D.)
SALREN. (Bot.) Les HoUandois de l'Inde nomment ainsi
le fsjena-camelti-valli du Malabar, dont la description, faite
par Rhéede, a paru suffisante à Adanson pour en former un
senre de lésumineuses sous le nom de SalTcen: il lui attribue
•un calice tabulé hémisphérique, presque entier; une corolle
papilionacée; des étamines diadelphes; une gousse orbiculaire
et monosperme ; des fleurs en épis et des feuilles ternées. Ce
genre n'a pas été adopté. (J.)
SALLES. (Mamm.) On a quelquefois nommé ainsi les
poches, placées de chaque côté de la bouche , dans beaucoup
de singes de l'ancien continent et dans quelques rongeurs,
lesquelles communiquent avec l'intérieur de cette bouche,
et sont plus généralement désignées par la dénomination
d'ahajoues. (Desm. )
SALLIAN. (Ornitli.) C'est par erreur que dans l'Histoire
générale des voyages, tome 14, page 3i6, en parlant de cet
oiseau de l'ile de Maragnon , on lui applique le nom de
touyoïi ; il a été reconnu depuis que c'est le jabiru , mjcleria.
(Ch. D.)
SALMACIS. {Bot.) M. Bory de Saint- Vincent a donné ce
nom à divers êtres aquatiques qu'il considère comme végéto-
animaux et qui ont été pris pour des conferves. Le salmacis
fait partie de ses arthrodiées, et se trouve placé après le
genre Tendaridea, Bory, et le Zjgnema , dans la division des
conjuguées. Il comprend des espèces filamenteuses, caracté-
risées ainsi : Matière colorante, disposée en filets parsemés
de points hyalins et affectant les figures les plus variées, mais
toujours en spirale . jusqu'à l'instant où, par l'accouplement,
cette matière soblitère , passe des articles d'un filament dans
ceux d'un autre, et forme dans chaque article une seule
gemme. Les conferva jugalis et nitida de MuUer, qui ne font
qu'une seule espèce, peuvent être considérées comme le t3^pe
du genre. M. Bory annonce qu'un assez grand nombre d'es-
pèces élégantes rentrent dans le salmacis et se confondent
souvent dans le même amas : elles sont difficiles à distinguer.
M. Gaillon ramène à ce genre, sous le nom de salmacis qui-
SAL 87
nina , le conjugata portlcalls, Vaucher, qui est encore le con-
ferva porlicalis , Decand. . le zygnema quininum var. porticalis ,
Lyngb., qu'on trouve en été à la surface des eaux tranquilles.
On peut consulter sur la nature et l'existence de ces êtres
singuliers les articles Nkmazoaires et Psychodiaires de ce Dic-
tionnaire. (Lem. )
SALMARINE, Salmo salmarinus. (Ichth^ol.) Nom spécifique
d'un saumon voisin de la truite. Voyez Truite. (H. C. )
SALMASIA. (Bot.) Nom substitué par Necker à cejui de
lachibota, un des genres d'Aublel. (J.)
SALMBARSCH. {IchthjoL) Un des noms allemands du
loup de mer, perça labra.r, poisson que nous avons décrit dans
ce Dictionnaire, tome XXXIX , page i5o. (H. C. )
SALMÉE , Salniea. (Bot.) Ce genre de plantes , proposé en
]8i3 , par M. De Candolle , dans son Catalogue du Jardin de
Montpellier (pag. 140) , appartient à Tordre dcsSynanthérées,
à la tribu naturelle des Hélianthées , et à noire section des
Hélianthées- Prototypes , dans laquelle il est immédiatement
voisin du genre Spilanthcs , dont il diffère principalement par
la forme et la structure du péricline, et de notre genre Di-
frichum , dont il diffère par le péricline et le clinanthe.
Voici les caractères génériques que nous avons observés
sur trois espèces de Salinca.
Calathide obovoïde, incouronnée, équaliflore , multiflore,
régulariflore, androgyniflore. Péricline à peu près égal aux
fleurs, turbiné, campanule, ou subcylindracé; formé de
squames plurisériécs , régulièrement imbriquées, dressées,
appliquées, subcoriaces : les extérieures plus courtes, ovales,
obtuses, planes; les intérieures notablement plus longues,
oblongues-obovalcs , obtuses, ordinairement comme tron-
quées au sommet , concaves , embrassantes , analogues aux
jquamelles du clinanthe. Clinanthe axiforme, plus ou moins
long et grêle, cylindracé, garni de squamelles analogues aux
squames intérieures du péricline, presque égales aux fleurs,
oblongues , élargies de bas en haut, obtuses, arrondies ou
tronquées au sommet , embrassantes , concaves , carénées ,
subtrinervées , coriaces- membraneuses , persistantes. Ovaire
comprimé bilatéralement, cunéiforme-oblong, comme tron-
qué au sommet , un peu tétragone , lisse, hérissé de longs
88 SAL
poils ou cils sur ses deux arêtes, extérieure et intérieure î
aigrette composée de deux squamellulcs opposées , situées sur
les deux arêtes de l'ovaire , égales ou inégales, plus ou moins
longues et fortes, continues à l'ovaire , persistantes, filiformes,
subtriquètres, ou laminées, aiguës au sommet, plus ou moins
garnies de longues barbellules. Corolle à tube suffisamment
distinct, à limbe notablement plus long, ayant cinq divisions.
Nous avons fait cette description en ]8i6 sur trois échan-
tillons de l'herbier de M. de Jussieu , où ils étoient réunis
dans la même enveloppe et faussement étiquetés Mikania
Houstonis. Nous les rapportâmes alors au genre Spilanthes ,
parce qu'à cette époque nous ne connoissions pas encore le
genre 5û//?ica de M. De Candolle. Quoique nous ayons négligé
d'observer leurs caractères spécifiques , nous croyons qu'ils
appartiennent à trois espèces distinctes.
La première espèce, qu'on pourroit nommer grandiceps ,
est peut-être la Salmeascandens de MM. De Candolle etBrown :
ses calathides, obovoides, épaisses, hautes d'environ quatre
lignes , sont rapprochées et portées sur des pédoncules pres-
que dressés, alternes, courts, épais, velus ; le péricline est
turbiné ou obconique; l'ovaire, hérissé de longs poils sur ses
deux arêtes, est glabre sur ses deux faces; les deux squa-
mellulcs de son aigrette sont parfaitement égales et sem-
blables, subtriquètres, un peu laminées, atténuées vers la
base et vers le sommet, absolument nues et obtuses sur la
face externe ou dorsale , très-garnies de longues barbellules
sur les deux bords latéraux ; le tube de la corolle est presque
aussi 1 .ng que la partie indivise du limbe; les stigmatophores
sont larges, arrondis au sommet, sans appendice, glabres;
je nectaire est très- court.
La seconde espèce, qu'on pourroit nommer part^/ccps , a les
calathides moins rapprochées , portées sur des ramifications
plus longues, plus grêles, alternes, étalées, glabres; elles sont
obovoides et n'ont qu'environ deux lignes et demie de hau-
teur ; leur péricline est campanule; les ovaires sont longs,
étroits, hérissés de très-longs poils sur les deux avêtes , his-
pides aussi sur la partie supérieure des deux faces latérales;
les deux squamellules de l'aigrette sont inégales . tilijormes ,
point ailées ni bordées d'une membrane, mais très-barbel-
SAL 89
luises sur presque toute leur surface et notamment sur le
dos : le tube de la corolle est très-court; les stigmatnphores
sont à peu près comme dans la S. grandiceps ; le nectaire est
iong.
La troisième espèce, qu'on pou rroit nommer opposzVf'ceps, a
les calathides distancées, portées sur des pédoncules assez
longs, grêles, glabriuscules, régulièrement disposés, exacte-
ment opposés, subdic ho tomes, divergens ; elles sont obo voie! es-
oblongues, et de la même longueur que dans la ^S. parvicepi ;
le péricline est presque cylindracé, un peu pubescent; lo-
vaire, l'aigrette, la corolle, le nectaire , sont comme dans la
S. parviceps; les stigmatophores , à peu près semblables à ceux
des deux autres espèces, sont divergens, arqués en dehors,
linéaires, très-obtus au sommet, ians appendice, glabres.
Ceîte troisième espèce, très-analogue à la seconde, s"en dis-
tingue par ses calathides opposées au lieu d'être alternes.
Selon M. R. Brown , qui , dans ses Observations sur les Com-
posées, a décrit le genre Salmea , les plantes de ce genre sont
des arbrisseaux de l'Amérique équinoxiale, le plus souvent
décombens, à feuilles opposées, indivises, à inflorescence
terminale, subpaniculée ou corymbée, à corolles blancnes,
à squamelles du clinanthe persistant après la chute des fruits.
Ce botaniste indique trois espèces : la scandens , qui est peut-
être notre grandiceps; l'hirsuta , qui a les stigmatophores ai-
gus, et l'une des deux squamellules de l'aigrette ailée ou
bordée d'une membrane; la curvijlora , qui a les deux squa-
mellules ailées, et le tube de la corolle notablement courbé
en dehors.
M. Brown a bien senti les rapports qui rapprochent le
genre Salmea au Spilanthes , et que M. De CandoUe paroit avoir
méconnus : mais M. Kunth (JVok'. gen. etsp., tom.4, p. 208)
a tort de vouloir réunir ces deux genres , dont les périclines
ne se ressemblent point du tout, qui offrent encore quelques
autres distinctions génériques, et qui différent considérable-
ment par le port.
Le péricline des Salmea pourroit presque être considéré
comme double, parce que les squames du rang intérieur sont
beaucoup plus longues et d'une fout autre forme que celles
des deux ou trois rangs extérieurs : cela peut excuser jusqu'à
9° S AL
un certain point Terreur des botanistes qui avoient rapporté
les Salmea au genre Bidens. Mais ces deux genres ne se rap-
prochent qu'en apparence ; les caractères techniques et les
rapports naturels s'accordent pour les éloigner considérable-
ment.
Nous profitons de l'occasion qui se présente pour décrire
une nouvelle espèce de notre genre Blainvillea , établi dans
ce Dictionnaire ( tom. XXIX, pag. 493), et qui appartient
à la même section que le Salmea.
Blainvillea Gajana , H. Cass. Plante herbacée , annuelle ,
à Jige dressée , haute, rameuse, épaisse, striée, un peu an-
guleuse , scabre , parsemée de poils courts et roides. Les
feuilles sont irrégulièrement et variablement disposées , les
unes étant opposées, les autres alternes; leur pétiole, sou-
vent long de près d'un pouce et demi, porte un limbe sou-
vent long de quatre pouces et large de deux , ovale-lancéolé,
un peu acuminé , triplinervé , denté sur les bords, presque
indenté en sa partie inférieure, un peu scabre en dessus,
un peu pubescent en dessous, parsemé de petits globules
jaunâtres . glanduliformes. Les calathides sont solitaires au
sommet de pédoncules souvent longs de près de deux pouces,
grêles, roides, simples, droits, nus, velus; chacun de ces pédon-
cules est solitaire, tantôt dans la bifurcation de deux branches,
quand les feuilles sont opposées, tantôt à Topposite d'une
feuille, quand elles sont alternes : ainsi le pédoncule est vrai-
ment solitaire et terminal, mais immédiatement accompagné
à sa base d'une ou deux feuilles, ayant chacune un bourgeon
axillaire, qui, en se développant, fait paroître le pédoncule
latéral ou né dans une bifurcation. Chaque calathide est
longue de six lignes, cylindracéc , discoïde: son disque est
composé d'environ dix fleurs régulières, hermaphrodites; la
couronne, unisériée , oITrc environ cinq fleurs biligulées ,
femelles. Le péricline est presque égal aux fleurs, cylindracé,
irrégulier, formé de huit à dix squames subbisériées , ap-
pliquées, à peu près égales en longueur, inégales en largeur,
plus nu moins dissemblables : les extérieures ovales, oblongues,
ou lancéolées, membraneuses - foliacées , plurinervées , his-
pides; les intérieures plus analogues aux squamelles du cli-
nanthc. Le clinanlbe est plan , garni de squamelles presque
SAL 91
égales aux fleurs, embrassanfes , analogues aux squames inté-
rieures du périî line , oblongues , submembraneuses , pluri-
nervées , découpées au sommet en plusieurs dénis aiguës.
Les fruits extérieurs sont noirâtres, oblongs , triquétres,
glabres, hispidules sur les angles, tronqués au sommet, à
troncature surmontée d'un col court et très-épais, triquètre,
portant Faigrette composée de trois squamellules à peu près
égales, liliformes , épaisses, roides , très-adhérentes, persis-
tantes, hérissées de longues barbellules : entre ces trois squa-
mellules on trouve quelques rudimens informes et variables
de petites sq'iauiellules avortées, membraneuses, frangées.
Les fruits intérieurs diffèrent des extérieurs , en ce qu'ils sont
comprimés bilaléialement , au lieu d'être triquétres, et que
leur aigrette est réduite à deux squamellules sublriquètres,
correspondant aux deux arêtes du fruit, et accompagnées de
rudimens membraneux , interposés ; cependant quelques fruits
intérieurs, quoique comprimés bilatéralement, sont un peu
triquétres, et leur aigrette offre alors une troisième squa-
mellule plus petite, correspondant à l'angle latéral. Toutes
les corolles sont blanches : celles du disque ont le tube long,
grêle, et le limbe large, subcampanulé , ordinairement quin-
qiiélobé au sommet ; elles contiennent des anthères incluses,
noires, munies d'appendices apicilaires blancs; les corolles
de la couronne, longues à peu près comme celles du disque,
ont aussi le tube long et grêle ; mais leur limbe est divisé en
deux languettes, dont Textérieure est large , bi-trilobée au
sommet, et l'intérieure un peu plus courte, étroite, indivise:
ces corolles ne contiennent aucun vestige d"étamines , mais
seulement un style à deux stigmatophores. La calathide sèche ,
étant froissée, exhale une odeur à peu près semblable à celle
de l'anis.
Nous avons fait cette description sur des échantillons secs,
qui nous ont été libéralement donnés par M. Gay : ils prove-
naient de graines recueillies dans le Sénégal , envoyées à cet
habile botaniste sous le nom d\4geratum ou de Bidens , et
semées par lui dans le Jardin du Luxembourg, où ces échan-
tillons ont fleuri en Septembre 1826.
La BlainvilLca Gnyana est certainement une espèce congé-
nère . mais bien distincte, de notre Blainyillea rhomboidea ^
92 . SAL
dont elle diffère par la tige moins velue, ainsi que les feuilles,
qui sont plus régulièrement dentées , les pédoncules plus longs
et constamment solitaires , les calathides plus longues , les
fleurs du disque moins nombreuses, les corolles de la cou-
ronne biligulécs, l'aigrette pourvue de rudimens membraneux
interposés entre les vraies squamellules , etc. Il est probable
que l'ancienne espèce, dont nous ignorions la patrie , habite
le Sénégal , comme l'espèce nouvelle, ce qui confirme l'afli-
nité que nous avons indiquée entre les deux genres Blain-
villea et Lipotriche. { H. Cass. )
SALMÉLINE. {Ichlhjol.) Nom spécifique d'une Truite.
Voyez ce mot. (H. C. )
SALMERIN. (Ichthyol.) Voyez Salmarine. ( H.C. )
SALMERINO. ( Ichthjol. ) Nom italien du Salmarine.
Voyez ce mot. (H.C. )
SALMIA. {Bot.) Willdenow, dans son Hortus berolinensis ,
emploie ce nom pour désigner le genre de la famille des
Aroïdes, que les auteurs de la Flore du Pérou avoient nommé
carludovica et qui paroit mieux inscrit par Persoon , luào-
via. Un autre salmia est celui de Cavanilles , appartenant
aux asparaginées, qui est le sanseviera de Thunberg et de Will-
denow. Plus récemment MM. De Candolle et R. Brown ont
nommé salmea un genre de plantes composées , voisin du Bi-
dens. Voyez Salmée ei Sanseviera. (J.)
SALMO. ( Ichthjol. ) Nom latin du genre Truite. Voyez
ce mot. (H.C.)
SALMOÏDE. [Ichtlijol.) Nom spécifique d'un poisson, dé-
couvert par le professeur Bosc , qui l'a rapporté au genre
Persèque, et rangé par de Lacépède dans celui des Labres.
Ce poisson vient des rivières de la Caroline, où on l'ap-
pelle traut ou truite. Il atteint la taille de dix-huit à vingt
pouces, et se prend à l'hameçon.
Sa chair est ferme et d'une saveur agréable.
On donne aussi le nom de salinoïde à une espèce d'HoLO-
CENTRE. Voyez ce mot. (H. C.)
SALMONCINO. (Foss.) Ce nom a été donné par Volta à
lin poisson fossile de Monlefalco, qu'il a, sans motif, rap-
porté à l'espèce du scomber KLeinii de Bloch. (Desm.)
SALMONE. {Ichthjol.) Voyez Trute. (H. C)
s A L 0'^
SALMONEA. (Bot.) Vahl a voulu substituer ce nom à celui
de Salomonia , donné par Loureiro à un de ses genres de la
Cochinchine, appartenant aux polygalées. V. Salomone. (J. )
SALMONES. {Ichthjol.) M. Cuvier a donné ce nom à la
première famille de son cinquième ordre de la classe des
poissons, celui des malacoptérygiens abdominaux.
Cette famille, dans Linnaeus, ne formoit qu'un grand genre
nettement caractérisé par une première dorsale, à rayons
mous, suivie d'une seconde , petite et adipeuse, c'est-à-dire,
formée simplement d'une peau remplie de graisse et non
soutenue par des rayons.
Tous les poissons qui la composent, sont recouverts d'écaillés,
et ont de nombreux cœcums et une vessie natatoire.
Presque tous remontent dans les fleuves et les rivières.
Ils sont d'un naturel vorace.
Leur chair est, en général, d'une saveur agréable.
La famille des Salmones est composée des genres Saumon
ou Truite, Eperlan ou Osmère, Corégone ou Ombre, Argen-
tine, Characin, Curimate, Anostome, Serra-Salme, Piabu-
que, Tétragonoptère, Raii , Hydrocyn, Citharine, Saurus ,
ScopÈLE, AuLOPE, Serpe, Sternoptix. Voyez ces différens mots
et Dermoptères. (H. C. )
SALMONIA. [Bot.) Scopoli et Necker substituent ce nom
à celui de vochisia, sous lequel nous avions inscrit le vochy
d'Aublet. (J.)
SALOINS. (Bot.) Le mail-ombi du Malabar, antidesma
sjl^'estris, est ainsi nommé, suivant Rhéede, par les Portugais
qui habitent cette côte. (J.)
SALOMONE, Salomonia. (Bot.) Genre de plantes dicotylé-
dones, à fleurs complètes monopétalées , de la famille des
polygalées, de la monandrie monogjynie de Linnaeus, offrant
pour caractère essentiel: Un calice à cinq divisions; une co-
rolle à un seul pétale, roulé en tube à sa partie inférieure ;
la lame à trois lobes ; uneétamine; un ovaire supérieur; un
style courbé; une capsule (ou une siliquep) à deux lo<»^es
monospermes.
Salomone de Canton : Salomonea cantoniensis , Lour. , Flor.
Coch,, vol. 1, pag. 18; Salmonea cantoniensis , Vahl, Enum.
pi, , 1 , pag. 8. Cette plante a des tiges herbacées, annuelles ,
94 . S AL
droites, longues d'environ six pouces, cannelées, réunies plu-
sieurs sur la même racine, garnies de feuilles mëdtocreuient
pétiolées, éparses, en forme de cœur.^ glabres, très-entières,
acunnnécs au sommet, marquées de trois nervures. Les fleurs
sont violettes , disjiosées en un épi court, simple, droit et
teru)in^l. Leur calice est comprimé, à cinq découpures courtes,
subulées, presque égales. La corolle est composée d'un seul
pélalc en tube à sa base, fendu dans sa longueur; ses bords
coniiivcns, élargis en un limbe à trois lobes courts, arrondis;
celui du milieu plus long et courbé ea c-ipuchon; une seule
étamine; le filament court , filiforme, situé vers le milieu du
lobe le plus long, terminé par une anthère ovale, iuclinée,
cachée sous la partie letourbée du lobe. L'ovaire est un peu
arrondi, comprime, surmonté d'un style courbé, renflé dans
son milieu, plus court que rétamine, terminé par un stig-
mate épais. Le fruit est une ca|^sule ou une silique compri-
mée , à deux loges , rude au toucher ; chaque loge renfermant
une semence comprimée , un peu ovale. Cette plante croît en
Chine, aux environs de Canton. (Poir.)
SALOMONIA. {Bot.) Heister donnoit ce nom au genre
PolYgonalum de Tournefort, dont on a préféré conserver la
dénomination. Le salomonia de Loureiro est un genre diffé-
rent. Voyez Salomone. ( Le.m. )
SALONTA. [Bot.) Flacourt cite à Madagascar sous ce nom
une espèce d'euphorbe, qui se divise par le haut en trois ou
quatre rameaux, terminés chacun par un bouquet de feuilles
semblables à celles de la lauréole, du milieu desquelles sor-
tent des fleurs qui ont la couleur de chair. (J. )
SALOP. (Bot.) Voyez Salep. (L. D.)
SALOVA. (Ornith.) L'auteur du Dictionnaire universel
des animaux dit que c'est une caille de l'Arabie heureuse.
(Ch. D.)
SALOYAZIR. {Ornith.) Carael dit, dans les Transactions
philosophiques, que ce petit canard des Philippines n'est pas
plus gros que le poing, ce qui indique plutôt une sarcelle.
(Ch. d.)
SALPA. (Malacoz.) Depuis long -temps, sans doute, les
navigateurs avoient rencontré en haute mer des animaux
gélatineux, transparens, libres ou réunis en longs cordons
s AL 95
de (eu , à cause de leur faculté phosphorescente , mais dont
il leur étoit difficile de se faire une idée un peu exacte,
tant ils s'éloignent de la forme ordinaii'C; aussi, supposé qu'il
en fût tombé sous les yeux de quelque naturaliste ancien ,
ce qui est très -probable , ils avoient été relégués parmi
cei purgamenta maris , c'est-à-dire , dans cette section
extrêmement nombreuse où ils plaçoient tous les animaux
qui ne rentroient pas dans les formes ordinaires. Cependant
arriva le moment où tous les corps de la nature durent être
inscrits dans le grand Catalogue créé par Linné sous le nom
de Sjstema naturœ , et où, par conséquent , les naturalistes
voyageurs cherchèrent nécessairement le nom de tout ce
qu'ils voyoient ou leur en donnoient un, s'il leur paroissoit
évident qu'ils n'en avoient pas. Patrick Browne, auteur
de l'Histoire naturelle de la Jamaïque, fut le premier qui
désigna, par une dénomination particulière, les animaux
doiu il est question dans cet article, et il eu fit un genre
sous le nom de Thalia. Cependant Linné, dans la 10." édi-
tion du Sjstema naturœ, n'adopta ni le genre, ni le nom
et les réunit avec ceux dont le même auteur anglois et dans
le même ouvrage faisoit son genre Arethusa , sous la déno-
mination commune d'Holothuria, genre que constituoient
principalement et primitivement les Actinies , et dans sa
12." édition il y réunit des animaux tout aussi différens,
c'est-à-dire, ceux pour lesquels le nom d'holothurie avoit
été créé par Rondelet : c'étoit un amalgame véritablement
fort singulier et que Pallas , dans ses Miscellanœa zoologica,
n.° 12, et dans son Spicilegia, condamna avec juste raison;
pour y remédier , il proposa d'abord de diviser les Actinies
en A. fixes, pour les véritables Actinies , et en A. errantes,
pour les Holothuries, avec lesquelles elles ont en effet des
rapports assez nombreux, et de conserver le nom d'Holo-
thuries pour les Thalides de Browne. 11 en décrivit même
une sous le nom d'H. zonaria. Sur ces entrefaites, Forskal,
élève de Linné, ayant eu l'occasion d'observer un assez
grand nombre de salpas, établit une tout autre distribu-
tion des animaux confondus par Linné sous le nom d'Ho-
lothuries. En effet, il laissa ce nom au Vélelles et aux
Porpites. Il fit des véritables Holothuries ( les H. libres
9^ SAL
de Pallas ) , son genre Fistulaire , des H. fixes du même
auteur, ou des Actinies actuelles, le genre Priapus , et,
enfin, créa de son côté le genre Sa!pa , dont le nom , tiré du
grec, SaATse, signifie un tube, une trompette, pour dés-gner
des animaux en tout semblables aux thalides de Bro\^'ne, et,
par conséquent, pour les premières holothuries de Linné.
Cependant, en confondant avec les Salpas de véritables Asci-
dies, c'est à lui réellement qu'est dû le rapprochement de
ces deux genres, établis par les zoologistes modernes , puisqu'il
décrivit avec ses Salpas une véritable Ascidie, sous la déno-
mination de S. solitaria. Gmelin , dans la 1 3/ édition du Sys-
tema natiirœ , adopta le genre Salpa de Forskal. conservant
toutefois les espèces de thalides de Browne dans son genre
Holothurie, et doutant, cependant, qu'elles dussent appar-
tenir à ce genre, mais sans s'apercevoir le moins du monde
que ce fussent des animaux de son genre Salpa. Il fit plus,
car il adopta le genre Dagjsa, qui venoit d'être établi par
Banks et Solander pour une espèce de ce même genre, dans
le premier voyage de Cook. A la même époque, Bruguiére
imitoit Forskal en séparant les Actinies, les Vélelles et les
ïhalies des Holothuries, mais sans avoir reconnu Fidentité des
genres Thalide de Browne et Salpa de Forskal. Il n'adopta
cependant pas ce dernier nom, et lui substitua celui de Bi-
phore, parce que, dit -il, la dénomination de salpa a été
déjà employée en ichthyologie. Les zoologistes françois, d'a-
bord M. Cuvier et ensuite M. de Lamarck , confirmèrent les
distinctions de Bruguiére, et même adoptèrent pour nom
françois du genre Salpa , le mot de Biphore, sous lequel ces
animaux sont maintenant généralement connus; mais ils ne
virent pas non plus, ce que Fallas avoit aperçu, que les Tha-
lides de Browne étoient le même genre que leurs Biphores;
en sorte qu'ils firent le même double emploi que Gmelin . et
même plus évirlent, puisque, ayant séparé avec raison les
Thalides de Browne des Holothuries, ils en firent un genre,
qu'ils placèrent, l'un parmi les mollusques gastéropodes, et
l'autre parmi les zoophytes. M. Bosc suivit encore plus rigou-
reusement Bruguiére, puisqu'il plaça toutes les divisions du
genre Holothurie de Linné dans ses zoophytes, mais en aver-
tissant toutefois que l'organisation des Biphores étoit plus
SAL 97
Voisine de celle des Ascidies, et il reconnut nettement que
les Thalides de Browne n'éloient que le même genre que les
Salpas de Forskal.
M. Tilésius, dans un travail fait sur une espèce commune
des côtes du Portugal, ne connoissant probablement pas l'état
de la science, voulut en faire une espèce de théthye; mais
le rapprochement établi par M. Bosc fut confirmé par M.
Cuvier d'une manière plus complète, ainsi que l'identité des
genres Thalia, Salpa et Dagjsa, par le travail zoologique et
anatomique qu'il publia dans les Annales du Muséum ,n.° 23 ,
page 36o. Depuis ce temps ces difFérens rapprochemens ont
été généralement adoptés, et, sauf MM. de Lamarck et La-
treille, qui ont cru devoir retirer du type des malacozoaires
les ascidiens et lessalpiens, pour en former une classe à la-
quelle le premier a donné le nom de tuniciers, tous les zoo-
logistes placent ce genre dans le type des animaux mollus-
ques et dans la dernière classe ou ordre qu'ils y établissent.
Nous allons montrer en effet combien leur organisation est
rapprochée de celle des derniers genres de Malacozoaires
acéphalophores; mais avant cela nous devons noter parmi les
travaux dont ces animaux ont été l'objet, le Mémoire de M.
Everard Home sur le genre Dagysa et quelques espèces nou-
velles, et surtout la Dissertation de M. de Chamisso, natura-
liste de l'expédition russe faite autour du monde par le
capitaine Kotzebue , aux frais de l'amiral Romanzoff, ainsi
que le chapitre qui traite de ce genre d'animaux dans la
partie zoologique, par MM. Quoy etGaimard, de l'Histoire de
la circum- navigation de la corvette l'Uranie, sous le com-
mandement du capitaine L. de Freycinet.
L'organisation des biphores a été étudiée par plusieurs
personnes ; mais elle n'est pas encore bien connue, malgré les
travaux de MM. Home, Cuvier, Savigny, de Chamisso, Van
Hasselt, Kuhl, Quoy et Gaimard. Il est vrai que le peu de
solidité, la transparence de tout leur tissu, en rendent
l'anatomie fort difficile. Je vais rapporter ce que j'en ai vu
moi-même sur des animaux conservés dans l'esprit de vin;
car je n'en ai jamais observé de frais et encore moins de
vivans.
Le corps des salpas est ordinairement cylindrique , plus ou
47. 7
s8 SAL '
moins alongé, le plus souvent tronqué carrément aux deux
extrémités, mais quelquefois prolongé d'un seul côté ou aux
deux par des appendices simples ou doubles. Les faces laté-
rales sont semblables: mais il n'en egt pas de même des deux
opposées; l'une inférieure, dans la position où l'animal nage
ou flotte, est cependant le dos, et est le plus souvent con-
vexe dans toute sa longueur, et sans ouverture; tandis que
l'autre, supérieure, en présente deux très-grandes, ordinai-
rement transverses et disposées de manière à s'ouvrir et à se
fermer à la volonté de l'animal , au moyen d'espèces de
lèvres mobiles, dont nous décrirons bientôt la disposition.
On trouve encore à la surface du biphore des organes fort
singuliers, auxquels on a donné le nom de ventouses ou de
suçoirs, et qui, différemment placés dans chaque espèce,
servent à retenir les individus les uns avec les autres dans un
ordre déterminé pendant un temps plus ou moins long de
leur existence. Les auteurs qui ont écrit en latin, désignent
ces organes par la dénomination de spiracula.
La première enveloppe des salpas , quoique parfaitement
transparente, est presque cartilagineuse, gélatineuse, beau-
coup plus épaisse aux deux extrémités, surtout à celle où se
trouve l'estomac qu'à l'autre. Son mode de connexion avec
Linterne n'est pas bien connu et semble n'avoir lieu qu'aux
bords des ouvertures, et encore il faut que cette connexion
soit bien peu intime , puisque M. de Chamisso dît que cette
enveloppe paroît être dépourvue de vie, et qu'il a vu l'animal
en sortir comme une épée de son fourreau et même nager
dans tous les sens avec vitesse : ce qui porte peu à penser
qu'il ait reçu quelque blessure par cette séparation. Il pa-
roîtroit donc que cette première enveloppe seroit formée
par une matière excrétée.
La seconde enveloppe pourroit alors être regardée comme
la véritable peau : elle est mince, cependant assez résistante et
beaucoup plus aisée à apercevoir, même à l'état vivant, que
la première- On y reconnoît , surtout après l'action de l'alcool ;
un certain nombre de bandes transverses, plus brunes que le
reste, qui forment souvent des anneaux autour du corps, eî
que la plupart des observateurs ont regardées comme des es-
pèces de muscles constricteurs. MM. Quoy et Gaimard veu-
SAL gg
lent cependant que ce soient des vaisseaux, et appuient cette
opinion sur l'observation directe faite pendant la vie des
salpas qu'ils ont étudiés. Toutefois cela n'est pas probable
et M. de Chamisso lui-même les considère comme des mus-
cles. Quoi qu'il en soit , car j'avoue que la structuï*e de ces
bandes est assez différente de celle des v^éritables muscles des
angles des ouvertures, cette tunique intérieure est beaucoup
plus étroite que l'extérieure, et l'on peut aisément l'en sé-
parer. C'est à elle qu'appartiennent les deux grands orifices
que nous avons dit plus haut être à l'une des faces du biphore ,
à celle que nous avons regardée comme la face ventrale.
L'une de ces ouvertures , beaucoup plus grande , et toujours
la plus éloignée de ce qu'on nomme le nucleus, est transverse
et en forme de grande gueule semi-lunaire ; elle est pourvue
d'une sorte de lèvre operculaire , formée par une bride ou
un repli recourbé en dedans, ayant ses muscles particuliers,
un à chaque angle, et elle sert à lïntroduction de l'caû
dans l'intérieur de la cavité branchiale. C'est l'orifice incré-
mentitiel.
La seconde ouverture, plus ou moins éloignée de la pré-
cédente, est quelquefois à l'extrémité d'une espèce de tube
court, sans qu'il y ait d'appareil valvulaire à son orifice;
mais d'autres fois il y en a un comme à la première. C'est
l'ouverture excrémentitielle.
Entre ces deux orifices est la cavité viscérale, en forme de
long cylindre, étendue de l'une à l'autre, et dans laquelle se
trouvent tous les organes et les véritables orifices du canal
intestinal, c'est-à-dire la bouche et l'anus, ordinairement
fort rapprochés l'un de l'autre; tout l'appareil digestif consf
tituant une petite masse, de couleur plus ou moins foncée,
située à une extrémité du corps, et que Forskal a désignée
sous le nom de nucleus.
La bouche forme un orifice arrondi , étroit , entouré par
un petit bourrelet labial , qui m'a paru être lobé ou festonné ;
peut-être est- elle même quelquefois pourvue d'appendices
labiaux , comme dans la plupart des lamellibranches. En effet,
l'organe que M. Savigny regarde comme une seconde branchie ,
pourroît bien n'être rien autre chose. Elle conduit, après
un très-court œsophage, dans un estomac subglobuleux, en-
loo SAL
toiiré par une masse granulaire, lobée d'une manière irrë-
gulière et qui me semble être évidemment l'organe hépatique,
disposé comme dans tous les animaux mollusques acéphales.
T/intestin qui sort de cet estomac, est également fort court.
Il se tord Biir liii-mcnie et vient s'ouvrir à la face supérieure
du nucléus, opposée à ppii près à la bouche. Cet orifice se
trouve donc en rapport presque immédiat avec celui de la
cavité viscérale que nous avons nommée excrémenliticUc.
L'appareil respiratoire est formé par une longue branchie,
étendue obliquement de l'orifice extérieur incrémentitiel à
la bouche et composée de stries très-fines, très- courtes, en
forme de dents, tombant à angle droit sur le tronc vascu-
laire, qui se prolonge dans toute sa longueur. C'est une lame
triangulaire , scalène, commençant en pointe peu au-delà de
la grande ouverture du manteau , placée verticalement dans
la ligne médiane et se terminant au nucléus par la partie
élargie. Dans certaines espèces on reconnoît assez aisément
que cette espèce de faux e&t composée de stries assez fines,
sur deux plans, croisées obliquement et terminées par une
série simple de dentelures. Du côté du corps est une sorte
de bronche, par le moyen de laquelle arrivent sans doute
les vaisseaux, à la branchie. D'après M. Savigny ce seroit une
sorte de sac non distinct de l'enveloppe et ouvert à ses
deux extrémités dans la grande cavité viscérale ; l'orifice
antérieur, très-petit, n'étant entouré que par un petit cercle
vasculaire , et l'autre, beaucoup plus grand, laissant au-'
dessus de lui la cavité viscérale. Dans ce sac , suivant lui ,
sont deux branchies en forme de feuillets; l'une, beaucoup
plus étendue, celle dont il vient d'être question, n'est fixée
que par ses extrémités, et l'autre, très-courte, étendue de
la base de celle-ci au sillon dorsal, est cependant, comme
elle, complètement médiane. Aucun autre auteur n'a parlé
de cette seconde branchie , que je n'ai pas vue non plus.
L'appareil circulatoire , assez mal connu jusque dans ces
derniers temps , puisqu'on savoit seulement la position du
cœur, a été décrit d'abord par M. Van Hasselt , et ensuite,
tout dernièrement, par MM. Quoy et Gaimard , d'une ma-
nière en apparence beaucoup plus complète. Le cœur, fu-
siforme, est situé au dos de l'animal et tout contre la masse
SAL loi
viscérale. Il paroît être â nu, c'est-à-dire, non contenu
dans un péricarde. Par l'une de ses extrémités, opposée au
nucléus, il donne naissance à un gros vaisseau, qui paroît
être l'aorte. Elle est médiane et suit le sillon que nous avons
vu occuper toute la longueur du côté dorsal de Fanimal.
Ce que ce vaisseau offre de plus remarquable, suivant MM.
Quoy et Gaimard , c'est qu'il est triangulaire ou triquètrc,
et composé de deux parties adossées, constituant ses parois,
et qui peuvent être séparées l'une de l'autre par ie moindre
contact , de manière à donner lieu à une hémorrhagie.
Quoi qu'il en soit de ce fait, qui sort de toute analogie
avec ce que nous connoissons dans le reste de la série ani-
male et qui est cependant aflirmé par les observateurs cités,
l'aorte fournit, à droite et à gauche, à mesure qu'elle s'é-
loigne du nucléus, des branches paires qui remontent et se
ramifient dans le manteau de l'animal. Parvenue à l'extrémité,
elle s'y termine par trois branches, dont deux se contournent
autourdel'ouverture antinucléale du biphore ets'ouvrent dans
un canal qui accompagne la hranchie dans toute sa longueur,
tandis que la troisième se place dans la ligne médiane de
la face où sont percées les ouvertures, et fournit, comme
ie vaisseau médian opposé , des ramifications pour le man-
teau. Suivant MM. Quoy et Gaimard , ces ramifications .
qui partent du vaisseau en formant des espèces d'X, au-
roient été prises cà tort pour des muscles par M. Cuvier. Une
grande partie de ces ramifications se réunissent vers le nu-
cléus, et là forment des espèces de veines pulmonaires, qui
se rendent au cœur; en sorte que, d'après cette manière
de concevoir le système circulatoire des biphores , MM.
Quoy et Gaimard pensent que chez ces animaux une partie
du sang subit l'influence de la respiration avant que d'ar-
river au cœur , tandis qu'une autre portion aussi consi-
dérable y retourne sans avoir été modifiée par elle ; résultat
qu'ils comparent à ce qu'ils disent exister dans les reptiles,
mais, comme l'on voit, il n'est pas question des veines dans
cette description du système circulatoire des biphores ; en
sorte qu'il nous semble assez loin encore d'être complètement
connu. Les singularités qu'il paroit présenter, et que nous
avouons ne pas comprendre, molgré les figures quç MM. Q"oy
102 SAL
et Gaimard ont jointes à leur note publiée dans le Bulletin
de la société philomatique , Août 1826, méritent bien d'être
examinées avec soin. En effet, il semble s'éloigner beaucoup
de tout ce qu'on connoit dans les malacozoaires et même dans
tous les animaux sans vertèbres, où sa disposition est cepen-
dant toujours à peu près la même.
Les organes de la génération des biphores sont, peut-être,
encore moins bien connus que ceux de la circulation. M.
G. Cuvier regarde comme des ovaires, deux corps oblongs,
situés symétriquement de chaque côté du bord opposé à
celui du nucléus, ou du bord ventral, et occupant le tiers
médian de sa longueur. Vus à la loupe , ils consistent, dit-il,
chacun en un cylindre replié en zigzag, composé d'une subs-
tance grenue. M. de Chamisso, qui a observé ces organes
sur des animaux frais, dit ^qu'ils ont une couleur violette
pendant la vie; qu'ils sont 'plus longs dans les individus asso-
ciés que dans ceux qui sont solitaires. Du reste, il ajoute
qu'il ne les a observés que dans le S. pinnaia, et qu'il n'ose
conjecturer quels peuvent être leur usage. J'avoue n'en
avoir trouvé non plus de traces dans les espèces que j'ai
disséquées.
D'après MM. Quoy et Gaimard, le plus souvent un chapelet
d'ovaires entoure le nucléus; mais il est quelquefois placé
sur un des côtés d^ l'animal, et alors, ajoutent- ils, tous les
biphores sortent ensemble et se tiennent pendant long-temps.
J'ai, en effet, remarqué dans une espèce, où le nucléus est
très-gros, un organe ovale, de couleur brune, et qui m'a
paru être un ovaire.
M. de Chamisso dit que dans le salpapinnata, l'utérus, situé
dans l'épaisseur même des tégumens à la partie inférieure d\i
corps, a une forme longitudinale, pyramidale, le sommet
commençant au cœur, et qu'il est ouvert parla base en avant
et à la partie inférieure du corps. Il contient des fœtus placés
sur deux rangs. D'après cela il me semble que l'organe que
M. de Chamisso regarde comme futérus, ne seroit rien autre
que la masse même des œufs ou des fœtus.
Dans les individus solitaires , les fœtus , très-petits , également
placés à la partie inférieure du corps et enchaînés en double
série , constituent une bande hors la menibrane interne, par-
SAL io3
faitement libre et attachée seulement autour du nuclëus. Plus
les fœtus en sont éloignés, et plus ils sont avancés.
Quant au système nerveux , aucun observateur n'en parle ;
mais j'ai très -bien vu un ganglion médian, situé à l'origine
de la faux branchiale, et des angles duquel partent des fila-
mens très-fins, les uns allant au pourtour du grand orifice,
les autres se dirigeant en sens inverse. Il se pourroit que ce
ganglion ait été regardé tomme un oritice par quelques
zoologistes.
Personne n'a fait non plus d'observations sur les sensations
«lont ces animaux sont pourvus.
Les biphores flottent constamment immergés à des pro-
fondeurs variables dans l'intérieur de la mer; mais il paroît
qu'en outre, soit libres, soit agrégés, ils peuvent se mouvoir,
probablement sans direction déterminée, par le moyen de
j'eau qu'ils font entrer dans leur manteau pour la respiration
et pour leur nutrition. Cette eau pénètre par l'ouverture
pourvue de lèvres et de valvules, par suite de la contrac-
tion du manteau sur le fluide qu'il contenoit d'abord , et elle
sort par l'ouverture opposée. Dans cette action alternative ,
que les personnes qui ont observé ces animaux vivans dési-
gnent parles noms de systole et de .diastole, il en résulte
que le corps doit être porté en sens inverse de l'eau re-
jetée, c'est-à-dire, Pouverture pourvue de lèvres en avant-
comme s'en sont assurés MM. Bosc et Pérou , et, à ce qu'il
paroit, tous les observateurs qui ont vu des biphores à la mer.
Ce n'est cependant pas une ra(ison pour faire de cette extré-
mité plutôt l'antérieure que de l'autre, puisque les deux
orifices du manteau ne sont ni la bouche, ni Panus.
Nous n'avons aucune connoissance sur la digestion de ces
singuliers animaux ; mais il est probable qu'elle ne doit rien
offrir de bien différent de ce qui a lieu dans les ascidies , et
qu'elle doit se faire facilement à cause de l'état sous lequel
ils prennent leur nourriture. Il n'est pas probable que les
corps étrangers, qu'on trouve assez communément dans leur
cavité paliéale , puissent y être digérés; car, comme le
fait justement ob^rver M. Cuvier, ce n'est pas là leur es-
tomac.
La fonction de la respiration ne doit pas davantage dif-
m SAL
férer , puisqu'elle a également lieu par l'introduction de
J'eau dans la cavité palléale qui contient la branchie.
La circulation paroit être assez singulière , d'après MM.
Quoy et Gaimard. Les mouvemens du cœur se font en spirale ,
ce qui a lieu par une torsion de ses parois, et partent tou-
jours d'une des extrémités. Si c'est celle qui touche le nucléus ,
le mouvement du sang se fait dans l'aorte et dans ses princi-
pales ramifications ; si c'est l'autre , la marche du fluide a lieu
en sens inverse. On aperçoit, à ce qu'il paroît, très-aisément
]e cœur diriger ainsi ses mouvemens dans un sens, pousser
le sang dans cette direction, les cesser, se contracter, et
pousser le sang dans une direction opposée. Alors on volt ce
fluide retomber, pour ainsi dire, de son propre poids, pour
prendre une direction opposée à celle qu'il avoit eue d'abord.
Mais comme les deux systèmes de vaisseaux qui sortent du
cœur, communiquent entre eux, il arrive, après un certain
temps, que ces espèces d'oscillations envoient le sang dans
toutes les parties du corps.
Ces mouvemens du sang paroissent être d'autant plus fa-
ciles à apercevoir, que, suivant nos deux observateurs, il
est composé de petits grumeaux blanchâtres, visibles à tra-
vers les parois des vaisseaux, quelquefois d'un rouge brun et
transparens. On aide encore à cette observation, en tenant
l'animal verticalement, le nucléus en bas; alors, comme le
sang poussé dans l'aorte est obligé de remonter contre
son propre poids, sa marche est beaucoup moins rapide, et
on peut suivre très -bien le mouvement des globules.
Tout le reste de la physiologie des biphores nous est com-
plètement inconnu. Nous ne savons aussi presque rien de
leur histoire naturelle.
Les biphores sont essentiellement marins, et même n'ha-
bitent guère que la haute luer.
11 paroît qu'il s'en trouve dans toutes les mers des pays
chauds et même dans la Méditerranée, sur la côte d'Afrique.
Je n'ai cependant jamais entendu dire qu'il y en eût sur
nos côtes. S'il s'en trouve dans des mers un peu septentrio-
nales, il paroît qu'ils y ont été entraînés par les courans ou
par des tempêtes.
C'est dans la haute mer, à une grande distance des côtes,,
SAL io5
que se trouvent les biphores quelquefois en très-grande abon-
dance, soit solitaires, soit réunis suivant un mode particulier
pour chaque espèce, de manière à former de longs rubans
qui flottent en serpentant à peu de distance de la surface.
C'est surtout pendant la nuit qu'on les aperçoit le plus
aisément, à cause de la grande phosphorescence dont ils
jouissent cà un très-haut degré. Tous les navigateurs sont d'ac-
cord à ce sujet, et disent que les biphores enchaînés font
alors l'efifet singulier de longs rubans de feu entraînés par
les courans.
Quoiqu'ils Jouissent réellement de la faculté locomotive,
il est extrêmement probable qu'ils sont le jouet des vagues
et des vents, qui les entraînent dans leur direction. Cela me
paroît surtout probable pour les individus enchaînés, qui
agissent bien chacun pour respirer, mais dont l'action n'est
pas coordonnée pour produire un effet déterminé.
Leur nourriture est, sans doute , entièrement animale, et
composée d'animalcules et même de la matière amorphe,
qui se trouvent en si grande abondance dans les eaux de la
mer, et qui, traversant la cavité de leur manteau, servent
à la fois à leur locomotion, à leur nutrition et à leur respi-
ration.
Les biphores, étant hermaphrodites, se reproduisent in-
dividuellement, sans avoir de rapports nécessaires les uns avec
les autres.
Le produit de la génération, dont nous connoissons à peine
l'organe, offre de grandes singularités: d'abord il peut être
solitaire , ou bien être réuni avec un grand nombre d'indi-
vidus semblables à lui , et dont la réunion se fait d'une ma-
nière constante et à l'aide de ces organes auxquels on a donné
le nom de ventouses, de suçoirs ou de spiracules.
Les fœtus uniques ou solitaires paroissent différer considé-
rablement de l'individu dont ils proviennent, au point, di-
sent MM. Quoy et Gaimard , que, si l'on n'en étoit pas averti,
on pourroit en faire des espèces distinctes. Ils sont suspendus
dans la cavité du manteau par une espèce de cordon , que
M. de Chamisso nomme un cordon ombilical. MM. Quoy et
Gaimard parlent aussi d'un pédicule tenant à une sorte de
placenta, rempli de matière muqueuse. Au resty, comme
■îo6 SAh
je ne conçois pas trop ce que dit M. de Chamisso à ce sujet,
je vais me borner à en donner la traduction.
Les espèces de ce genre se présentent sous une double forme ,
une race entièrement dissemblable à sa mère pendant tout
le cours de sa vie, produisant cependant des petits, tous
semblables à celle-ci, en sorte que telbiphore qui diffère éga-
lement de sa mère et de ses fils, est semblable à son aieul , à
ses neveux et à ses frères. Sous les deux états le biphore est
androgyne, à la manière des mollusques acéphales, ou mieux ,
complètement femelle, et également vivipare ; mais sous l'un
le produit de la génération est un animal solitaire, multi-
pare, et sous l'autre, c'est une stirps , composée d'individus
réunis d'une manière déterminée et uniparcs.
C'est d'après cette observation, entièrement due à M. de
Chamisso, que chaque espèce présente une race solitaire et
une race agrégée , susceptible également de se reproduire.
Beaucoup d'animaux de ce genre produisent des œufs en-
chaînés, et de chaque œuf sort un animal entièrement sem-
blable à ses parens.-Mais la race solitaire, au lieud'œufs, pro-
duit des animaux enchaînés, de chacun desquels sort , comme
d'un œuf, un salpa solitaire, semblable à sa première mère :
en sorte que l'on pourroit dire que la race solitaire est un
animal et que la race enchaînée n'est seulement qu'une masse
d'œufs agrégés et vivans. Aussi M. de Chamisso voit-il quel-
que rapport entre cette singulière disposition desbiphores et
les métamorphoses des batraciens et des insectes. Dans les bi-
phores la métamorphose auroit lieu par deux générations
successives, la forme se changeant par les générations, si ce
n'est, cependant , chez les races solitaires. Ce qui sembleroit
confirmer cette opinion de M. de Chamisso , c'est qu'il y a des
idifierences extrêmement importantes entre les deux formes
Ae la même espèce de biphore, et cela, non-seulement dans
la forme extérieure , mais encore dans la disposition des mus-
cles et dans la position des viscères.
Dans les individus solitaires, et par conséquent multipa-
res, le corps n'offre aucun des appendices ou protubérances
propres à produire la jonction. Les orifices sont terminaux:
le premier bilabié , à lèvres inégales , l'une grande , infléchie ,
couverte par l'autre plus courte , et le seccMid tronqué.
SAL 107
Dans les races agrégées ou unîpares il y a en dlfféiens
endroits du corps, ce qui varie suivant les espèces des ap-
pendices, des protubérances ou des épines, à l'aide desquelles
les individus s'agrègent dans un ordre déterminé ; alors les
orifices , pour, la même raison , sont diversement situés, sou-
vent d'un seul côté, l'un étant très-souvent oblique.
Tous les individus d'une même agrégation sont parfaite-
ment semblables en grosseur et en longueur, quoiqu'ils puis-
sent être très-différens sous ces rapports dans chaque réunion.
MM. Quoy et Gaimard ont aussi fait des observations à
peu prés analogues, quoiqu'ils n'aient jamais vu, à ce qu'il
paroît, que chaque espèce puisse produire sous deux formes
si différentes. Dans une espèce, qu'ils ont nommée B. bicaudé,
il n'y a, disent-ils, qu'un seul fœtus, suspendu au côté droit
par un pédicule tenant à une sorte de placenta, rempli de
matière muqueuse. Le jeune individu est si bien développé
avant de sortir, qu'on voit tous ses organes, même ses vais-
seaux et les mouvemens de son cœur, qui ressemblent, di-
sent-ils, à ceux de la roue d'un bateau à vapeur. Sa forme
est toute différente de celle de l'individu qui le porte , et il
n'a pas même les deux longs appendices qui caractérisent son
espèce.
Péron , qui le premier a observé l'ovaire des biphores , pen-
soit que ces animaux sortent enchaînés, comme ils le sont
dans l'ovaire ; mais qu'à un certain âge ils se séparent et que
tous les individus qui ont atteint toute leur grandeur, sont
solitaires.
D'après ces diverses observations , il est aisé de voir com-
bien les espèces sont difficiles à caractériser, puisqu'il faut
avoir égard à l'âge, et surtout savoir si les individus étoienf
agrégés ou non; aussi M, de Chamisso est -il obligé, pour
chaque espèce, de décrire un individu sous chaque état.
Forskal avoit distribué les espèces de son genre Salpa d'après
la considération de l'existence ou de l'absence des appen-
dices.
MM. Quoy et Gaimard ont également eu recours à l'exis-
tence ou à l'absence de prolongemens à l'une ou à l'autre des
extrémités. J'ai moi-même adopté cette division dans mon
Manuel de malacologie; mais c'étoit évidemment à tort,
'o8 SAL
puisque la même espèce est sans ou avec des appendices,
suivant qu'elle est solitaire ou agrégée.
M. Savigny paroît avoir établi quelques divisions génériques
parmi les biphores , autant qu'on en peut juger d'après les
noms employés dans l'explication de la planche de ses Mé-
moires sur les animaux sans vertèbres qui leur est consacrée;
mais j'ignore sur quels caractères.
Je conçois que la considération du mode d'agrégation puisse
servir à l'établissement de coupes naturelles parmi les espèces
de biphores, qui semblent être assez nombreuses, surtout
s'il faut admettre toutes celles décrites par MM. Quoy et
Gaimard. Malheureusement nous sommes bien loin de le
connoitre pour toutes les espèces. C'est cependant cet ordre
que nous allons suivre, en tâchant de le faire concorder
avec quelques autres caractères.
A. Espèces tronquées aux deux extrémités , s'agré-
geant circulairement et ayant l'anus très -éloigné
de la bouche. ( Cyclosalpa. )
Le BiPHORE piNNÉ : s. pinnala, Linn. , Gmel. , p. 3 1 29 , n.° 2 ,
d'après Forskal , Descript. anim., page ]i3, n." i3; eticon.,
page 11 , tab. 55, litl. B, 6, 1,6,2, copié dans l'EncycI.
méthod. , Vers, pi. 74, lig. 7 et 8 ; Sulpa eristata , Cuv. ,
Mém., page 7 , fîg. 1 , 2 et 1 1 : Salpa pinnala, de Chamisso ,
Mém., fig. lA à il. Corps un peu alongé , à ouvertures ter-
minales, laissant apercevoir , par sa transparence, de chaque
côté du dos, une ligne longitudinale violette, quatre fois
interrompue dans les individus libres, continue dans les
agrégés, qui sont en outre pourvus d'une sorte d'appen^
dice cunéiforme ou d'une crête longitudinale au bord infé-
rieur, servant à la réunion circulaire.
Cette espèce , de trois pouces de long environ, est l'une
des plus connues du genre, et se trouve en abondance dans
lu nier qui baigne les îles Fortunées et dans la mer Médi-
terranée. C'est l'individu agrégé qui a fait le sujet des re-
cherches anatomiques de MM. Home et Cuvier, ancienne-
ment observée par Forskal et peut-être même par Bro\vne>
Elle est aisément caractérisée par l'existence de ce^ siqgulier»
SAL lof)
orgàn«s du dos , regardés par M. Cuvier comme des ovaires,
et qui ne se trouvent dans aucune autre espèce. C'est sur
elle que MM. de Chamisso et Eschscholz ont, pour la pre-
mière fois, observé les grandes différences qui existent entre
les individus libres et ceux qui sont agrégés. La masse qui
résulte de cette agrégation et qui est composée de huit à
quatorze individus, ressemble un peu à une méduse.
Le BiFHORE semblable; s. affinis , de Chamisso, /. c, p. i i ,
n,° 2 , ûg. 2 Aa 2 F. Corps à peu près de même forme, pourvu
également d'un appendice cunéiforme dans l'état agrégé,
mais constamment sans lignes violettes dorsales.
Ce biphore, très- rapproché du précédent, puisqu'il offre
la même disposition du canal intestinal, de l'utérus, dans les
individus solitaires, le même mode d'agrégation, n'en diffère
que par l'absence des organes violets et parce que dans les
individus agrégés l'intestin est plus contourné: il est d'ailleurs
plus petit (2 '/^ pouces) , et il se trouve dans la mer Pacifique
septentrionale, aux environs des îles Sandwich.
Il faut, sans doute, rapporter à cette section les espèces
de thalides de Browne , puisqu'elles se réunissent aussi en
cercle; peut-être même ne sont-ce que des biphores pinnés,
comme le pense M. de Chamisso ; mais c'est ce qu'il est im-
possible d'assurer, tant les descriptions et les figures sont in-
complètes.
B. Espèces tronquées aux deux extrémités ; l'anus
irès' voisin de la bouche et s''as'ré2eant latérale-
ment et sur deux lignes.
Le B. DE TiLÉsius ; 5. Tilesii , Cuv. , loc. cit. , fig. 3 — 6.
Corps cylindrique, médiocrement alongé, tronqué et pourvu
d'une grande ouverture en forme de gueule à une extrémité ,
nn peu atténué et prolongé en une sorte de tube à l'autre;
une gibbosité hérissée de tubercules autour du nucléus ; les
muscles de la partie tubuleuse pinnalifides.
M. Tilésius, qui a décrit cette espèce sous le nom de tc-
thys, dit qu'à l'état vivant elle est transparente, et que de
loin elle paroît d'un beau bleu de ciel, avec les reflets de
l'iris. Son nucléus est d'un rouge ardent. Il l'avoit observé
îi^ s AL
sur les côles de Portugal. J'en ai vu un très-beau dessin dans
les porte- feuilles de sir Joseph Banks, sous le nom de médusa
oblonga, d'après un individu trouvé à l'entrée de VEnglish-
Canal.
Le BifHORE infundibuliforme; s. infundibuliformis, Quoy et
Gaimard, Voyage de l'Uranie, Atlas zoolog. , pi. 74, fig. i3.
Corps très- grand, gibbeux, cartilagineux et verruqueux à
l'endroit du nucléus. L'une des ouvertures très -large, en
forme de gueule, denticulée sur les bords; l'autre prolongée
en tube et infundibuliforme-, nucléus rougeàtre ; branchie
très-visible au travers des tégumens.
De l'océan Indien, entre l'ile de Bourbon et la Nouvelle-
Hollande.
Le B. BOSSU ; S. gibba , Bosc , Vers , tome 2 , p. 178, pi. xx ,
fig. 5. Corps assez court, très -gibbeux vers le nucléus et
pourvu d'une sorte de corne au-dessus de l'ouverture en
gueule fort large; l'autre tubuleuse, un peu en entonnoir.
M. Bosc , quia observé cette espèce dans l'océan Atlantique,
dit qu'elle vit toujours solitaire; ce qui veut dire qu'il ne
l'a pas observée agrégée.
Le B. INFORME; 5. informis, Quoy et Gaimard, Voyage de
rUranie, pi. 74, fig. 8. Corps gibbeux, un peu courbé sur
lui - même ; ouverture antinucléale grande , rugueuse et
plissée.
Des îles des Papous.
Le B. scdtigère; 5. scutigera, Cuv. , loc. cit., fig. /^ et 5.-
Corps ovale, bombé et renflé par une sorte de plaque car-
tilagineuse sous le nucléus, qui est presque médian. Extré-
mité à ouverture bilabiale, un peu déclive; Pautre conique
et proportionnément assez longue; bandes musculaires peu
nombreuses; celles du ventre formant deux X.
Du voyage de MM. Pérou et Lesueur.
Le B. ferrugineux; S. ferruginea, de Chamisso , loc. cit.,
fig. 1 0. Corps subcylindrique , élargi et comme lobé de chaque
côté du nucléus, qui est subterminal et gibbeux; ouverture
antinucléale terminale et bilabiée; ouverture nucléale plus
grande, transverse et moins terminale que le nucléus; fais-
ceaux musculaires peu considérables ; quatre ventraux courbes,
rapprochés, mais non en croix; deux paires de spiracules;
SAL nt
deux assez rapprochées de chaque orifice. Couleur transpa-
rente, avec une légère teinte ferrugineuse vers les ouver-
tures; nucléus de la mé>me couleur, plus foncée.
M. de Chamisso dit avoir observé un seul individu de cette
espèce au mois de Mai dans la mer Pacifique équinoxiale.
Le BiPHORE CONFÉDÉRÉ: S. confuderala , Linn., Gmel.,p. 3i3o,
n.° 6 , d'après Forskal, loc. cit. , page ii5, n.° 35 , et Icon. ,
page 11 , tab. 36 , A,a , copié dans l'Enc. méth., Vers, lab. yS,
fig. 2 — 4. Corps d'un pouce de long et de la grosseur du
petit doigt, hyalin, mou, subtétragone, plus large à l'extré-
mité nucléale, qui est subtrigone; ouvertures terminales;
nucléus également presque terminal , protégé par une gibbo-
sité subrigide; trois paires de spiracules , une à l'extrémité
nucléale , une plus au milieu et la troisième peu en dedans
de l'extrémité antinucléale.
Agrégation sur deux lignes , par Les côtés pour tous les in-
dividus de chacune, et par les deux tiers de la face dorsale
ou ventrale pour les deux séries.
Forskal, le premier qui ait observé cette espèce, l'a ren-
contrée dans le détroit de Gibraltar et dans l'archipel Grec ,
autour de Cérigo.
Le B. social; S. socia, Bosc, Vers, 2, page 180, tab. 20,
fig. r — 3. Corps pentagonal d'un pouce de long environ.
Couleur de rouille aux deux extrémités et pourvu de huit
ventouses ou suçoirs.
Agrégation parfaitement régulière, et, à ce qu'il paroît ,
tout- à- fait semblable à celle de l'espèce précédente.
De l'océan Atlantique.
Le B. ocTOFOREjS. octofora, Cuv. , loc. cit., page 20, fig. j ,
et Savigny , Mém. , 2 , tab. 24 , fig. i . Corps oviforme , un peu
alongé, plus large à l'extrémité nucléale, qui forme une pro-
tubérance très-grande, demi-sphérique autour du nucléus^
ouvertures assez petites, l'une terminale, l'autre assez avant
l'extrémité renflée; quatre paires de suçoirs latéraux ; deux
à une extrémité et deux à l'autre; les faisceaux musculaires
ventraux formant deux X.
Cette espèce, dont la taille varie de deux à trois pouces,
paroit provenir du voyage de MM. Péron et Lesueur.
Le B. BLEUATRE; S. ccerulesc£ns , de Chamisso, loc. cit..
Î12 SAL
fig. 9. Corps alongé, subfusiforme , tronqué à chaque exfré*
mile et terminé par deux orifices presque égaux; nucléus
assez reculé et protégé par une protubérance cartilagineuse,
nasiforme; faisceaux musculaires parallèles, assez nombreux.
Couleur générale bleuâtre, surtout autour du nucléus, qui
est lui-même d'un bleu foncé.
C'est sur cette espèce, d'un pouce et demi de long et
trouvée solitaire dans l'océan Atlantique équinoxial , que
M. de Chamisso a observé pour la première fois que ces ani-
maux peuvent quitter leur enveloppe gélatineuse sans pa-
roitre en éprouver aucun préjudice dans leurs fonctions. En
effet, l'animal ainsi sorti de sa gaine, et par conséquent
beaucoup plus mou, beaucoup plus délicat, ne se mouvoit
pas avec moins de force et de vigueur qu'il ne le faisoit au-
paravant. M. de Chamisso a même trouvé des individus qui
étoient privés de leur gaîne au moment où ils furent pris.
Il faut, cependant, ajouter qu'ils le furent dans une mer
agitée et adhcrens à un câble lancé du navire, en sorte qu'il
se pourroit que cette dénudation fût artificielle.
Le BiPHORE A gaîne; s. vaginata, de Chamisso, /. c. , fig. 7.
Corps médiocrement alongé, un peu renflé au milieu, à
coupe triangulaire, à ouvertures terminales, sans gibbosité
autour du nucléus, qui est assez gros et subterminal , contenu
dans une gaîne cartilagineuse, formée de trois pièces longi-
tudinales, deux latérales et une dorsale, réunies entre elles
par trois lignes gélatineuses. Couleur générale bleuâtre. Le
nucléus ferrugineux.
Cette espèce , de deux pouces de long et prise dans le dé-
troit de la Sonde avec le B. bicorne, dont il sera parlé plus
loin, offre, comme la précédente, la singulière propriété de
se séparer de sa gaîne par la plus légère pression ou par son
proprepoids, sans que ses fonctions en soientle moins du monde
lésées. Mais, en outre, la gaîne, privée de vie et sans aucun
mouvement , se partage aisément en ses trois pièces consti-
tuantes. Du reste, dans cette espèce, toute l'organisation
paroit semblable à ce qu'elle est dans les autres.
M. de Chamisso ne l'a jamais vue agrégée, du moins à
l'extérieur; car, dans l'intérieur de la mère il a observé les
fcvtus formant, par leur disposition en double série, une
SAL ii5
chaîne ou un double chapelet libre et flottant, si ce n'est
au point d'origine au nucléus, et dont les individus éfoient
d'autant plus gros qu'ils étoient plus éloignés de cette origine.
Le BiPHORE FASCIÉ : S.fasciata, Linn., Gmel. , p. 3i3o, n.° 7
d'après Forskal , loc. cit., page ii5, n.° 56. Corps ovale-ob-
long, d'un pouce et demi de longueur, de la grosseur du
doigt, à orifices terminaux, et cerclé par cinq bandes mus-
culaires transverses. Couleur hyaline ; le nucléus ferrugineux,
marginal et entouré par une sorte de petit intestin filiforme,
strié en travers, d'abord courbe, puis fortement crochu à
son sommet.
De l'entrée de l'archipel Grec. Seroit-ce le 5. zonaria mal
décrit P
Le B. CYI-INDRIQPE ; 5. cjlindrica, Cuv. , loc. cit. , fig. 8 et g.
Corps alongé, cylindrique, coupé carrément aux deux ex-
trémités, un peu déprimé et saillant au-dessous du nucléus,
qui est assez reculé ; orifices terminaux, larges et transverses»
presque égaux ; bandes musculaires au nombre de onze, dont
six parallèles , les quatre autres courbes et rapprochées dans
leur partie moyenne.
Cette espèce a été sans doute rapportée par MM. Péron
et Lesueur.
M. Cuvier paroît la regarder comme la même que Vholo-
ihuria zonaria de Pallas ; mais je crois que c'est à tort, le
nombre des faisceaux musculaires de celle-ci ne dépassant
jamais cinq ou six.
Le B. ALONGÉ; S. elongata, Quoy et Gaimard. Corps alongé,
cylindrique, coupé carrément aux deux extrémités, relevé
d'une sorte de crête épaisse, denticulée sur ses deux bords
dans la région du nucléus, et cerclé de neuf bandes trans-
verses, dont quatre fléchies et rapprochées un peu dans le
milieu. Orifice antinucléal,. subterminal, et pourvu de deux
lèvres, dont une operculaire; orifice nucléal , terminal, su! -
tubuleux, avec un muscle flabelliforme ; nucléus assez en de-
dans de cet orifice et peu considérable.
Cette espèce, que j'ai reçue de MM. Quoy et Gaimard,
vient du détroit de Gibraltar. J'en possède trois individus
solitaires. Elle est fort rapprochée de la précédente. >
Le B. suBORBicuLAiRE ; S, suborhicularis , Quoy et Gaimard ^
47. 8
iU SAL
loe. cit., pi. 74,fîg. 5 — 7. Corps suI)orbiculaire , d'un pouce
et demi de long, sur un pouce de large, hyalin ; orifices non
tout -à- fait terminaux; l'antinucléal médiocre, mais plus
grand que Tautre et fermé par une crête mobile.
Du port Jackson.
C'est une espèce bien douteuse et qui n'appartient peut-
être pas même à ce genre; en effet elle n'en a pas la forme ,
et MM. Quoy et Gaimard disent positivement n'avoir remar-
qué aucun des organes des salpas.
Le BiPHonE ÉCHANCRÉ; S. emarginata, Quoy et Gaimard, loc.
cit., pi. 74, fig. 11 et 12. Corps subcylindrique , assez aiongé.
élargi et comme tronqué et échanoréen arrière, avec une petite
pointe à chaque angle ; ouverture antinucléale terminale.
De la Nouvelle- Guinée.
MM. Quoy et Gaimard disent que la partie postérieure se
termine par deux feuillets, dont l'adossement forme un
triangle à sommet aigu et dont la base constitue une échanr
crure qui se poursuit par une cannelure régnant sur le tiers
postérieur du corps.
Le B. TRiANGUi.AiRE ; S. triangularis, id., ibid. , pi. 74, fior,
9 et 10. Corps aiongé, élargi et comme tronqué, pourvu de
trois angles denticulés à une extrémité , rétréci et arrondi
à l'autre: orifice antinucléal terminal; l'autre latéral.
De la Nouvelle- Guinée.
MM. Quoy et Gaimard ajoutent à ce caractère , que cette
espèce offre deux parties : Tune triangulaire, coriace, den-
ticulée sur les trois bords, formant une sorte de voûte, oc-
cupant toute la longueur de l'animal, et sur laquelle se
trouve le nucléus orangé, et l'autre, molle, peu consistante
et arrondie. Sa longueur est d'environ trois pouces.
LeB. POLYMORPHE ; 5. pol/morplia , id., ibid., pi. 70 , lig. 3 et 4.
Corps prismatique, recourbé sur lui-même, de manière à ce
que les orifices, quoique terminaux, sont très -rapprochés
l'un de l'autre.
Il paroît qu'on ignore la patrie de cette singulière espèce,
dont la figure citée et la description ne peuvent guère don-
ner une idée suffisante. Ce biphore est, dit-on, comme formé
de deux parties accolées , dont une plus courte. II est coriace,
transparent, prismatique, avec des arêtes vives; les deux
SAL ii5
ouvertures sont terminales, et la cavité intërieure est courbée
comme en siphon , dont la plus longue branche serait en haut.
Le nucléus est placé dans la portion la plus courte. Sa forme
prismatique indique qu'il étoit agrégée.
Le BiPHor.F. rhomboïde; S. rhoinboidca ^ id. , ibid. , pi. y/,,
fig. 3 et 4. Corps très-petit, rhomboïdal, hyalin: le nucléus
bleu. Agrégation latérale sur deux lignes longitudinaits.
Il est malheureux que cette espèce fort singulière, et quia
été trouvée dans l'océan Indien , de l'ile Bourbon à la NouA*ellc-
HoUande, ne soit pas mieux connue. Les observateurs cités
disent qu'il faut l'examiner avec soin pour voir les deux ou-
vertures, et que les facettes varient de quatre à sept: ce
qui est bien singulier pour les salpas , chez lesquels tous les
individus d'une même espèce sont toujours parfaitement sem-
blables. Leur cohésion est, au reste, très-foible.
En général, toutes ces dernières espèces auroicnt besoin
d'être plus complètement connues; sans cela il est impossible
de leur assigner une place un peu certaine.
C. Espèces enllèretnent subcartilagineuses ^ à orijices
suh terminaux ^ souvent mucronées à une exti-émité
au moins; agrégation hilinéaire ; celle des individus
de chaque ligne par les extrémités ; celle des indi-
vidus des deux lignes , par le dos.
Le B. zoNAiRErS. zonaria , Brug. ; Holothuria zonaria, Linn.,
Gmel., page 5142, n." 18, d'après Pallas , Spiciieg. zool. ,
page 26, tab. 1 , fig. 17, A,B, C, copié dans TEnc. méth.,,
Vers, tab. 76, fig. 8 — 10; de Chamisso , loc. cit., Iî_g. 5.
Corps ovale , d'un pouce à un pouce et demi de long, mem-
braneux, assez roide , pourvu à ses deux extrémités d'un
prolongement court et obtus à l'une, vin peu plus long, plus
pointu et oblique à l'autre ; ouvertures non terminales ; toutes
deux d'un même côté; nucléus au niveau de l'orifice corres-
pondant; six larges bandes musculaires transverses. Couleur
hyaline; ie nucléus ferrugineux.
Les individus solitaires ne sont pas connus.
Ceux qui sont agrégés, le sont au moyen de trois osculesj
deux terminaux et un au milieu de la face dorsale.
ii6 SAL
Le mode d'agrégation, observé et fort bien figuré par M.
de Chamisso , est bilinéaire ; chaque ligne adhérente à l'autre
par le dos, de manière à ce que les orifices forment deux
séries externes. Cette agrégation paroît être assez solide.
Cette espèce, que l'on trouve dans la mer des Açores
assez communément, paroit offrir beaucoup de variations
dans la forme des extrémités; mais ce n'est jamais entre les
individus d'une même agrégation , qui se ressemblent toujours
complètement. MM. Quoy et Gaimard viennent de m'en en-
voyer plusieurs individus sous le nom de S. microstoma.
Le BiPHORE POLYCRATIQUE : .S. polj'cratica , Linn., Gmel.,
p. 3i 5o, n.° 1 1 , d'après Forskal , i. c. , p. 1 16, n.''4o , et Icon.,
page 1 2 , tab. 36, F , copié dans l'Enc. méth. , Vers , pi. 75,
£g. 5. Corps assez rigide, d'un pouce et demi de long, et
de la grosseur du petit doigt, tronqué obliquement aux deux
extrémités, et pourvu de deux oscules; ouvertures non ter-
minales; cinq bandes musculaires transverses; nucléus glo-
buleux et brun.
Agrégation comme dans l'espèce précédente: mais les in-
dividus de chaque ligne beaucoup moins serrés ou rap-
prochés.
Cette espèce, que Forskal a observée au-delà du détroit
de Gibraltar, paroît réellement être extrêmement rappro-
chée delà précédente. Cependant, comme le fait observer
M. de Chamisso , elle n'a pas le même nombre de bandes
musculaires, et, d'ailleurs, la position des orifices n'est pas
tout-à-fait la même. Cependant Forskal mérite-t-il une con-
fiance absolue ? Quoi qu'il en soit, cet auteur dit avoir vu
des cordons longs de plusieurs aunes, composés de cette es-
pèce et se mouvoir à la manière des serpens.
Le B. UNicusPiDÉ ; S. unicuspidata , Quoy et Gaimard. Corps
subcylindrique, un peu déprimé, contenu dans une gaine
subcartilagineuse, tronquée carrément à une extrémité, poin-
tue à l'autre; six bandes transverses, larges et droites; orifice
anlinucléal, tout-à-fait terminal , grand, transverse, à lèvres
égales; orifice nucléal assez petit, assez éloigné de l'extrémité
et fermé par une lèvre operculiforme ; une paire de spiracules
de chaque côté; nucléus pyriforme, contenu dans la pointe
de l'enveloppe cartilagineuse et dans la direction du corps.
SAL 117
Je n'ai vu qu'un seul individu de cette espèce fort singu-
lière.
D. Espèces tronquées à l'état solitaire et pourvues à
Vétat agrégé d'une longue pointe latérale, opposée
à chaque extrémité, d'où il résulte un système d'a-
grégation oblique sur un seul rang.
Le BiPHORE géant: s. maxima, Linn., Gmeî. , p. 3 12g, n.* i ,
d'après Forskal, loc. cit., page 112, n." 3o , Icon. , lab. 35,
fig. A, copié dans l'Eue, méth. , pi. 74 , fig. 2. Corps long
de sept à huit pouces sur deux de large, subquadrangulaire,
tout-à-fait droit, et pourvu à chaque extrémité d'un appen-
dice conique, subulé, l'un à droite etl'autreà gauche; celui
du côté du nucléus un peu plus long que de l'autre ; ouverture
antinucléale très-large et transverse; orifice nucléal égale-
ment très-grand , du diamètre d'un pouce. Couleur hyaline;
nucléus globuleux, de la grosseur d'une noix et de couleur
festacée obscure, enveloppé d'une écorce hyaline; faisceaux:
musculaires longitudinaux, réticulés par des transversaux.
Forskal , qui a observé cette espèce en différens endroits
de la mer Méditerranée, et entre autres dans le détroit de
Gibraltar, dit qu'elle se meut au moyen de ses appendices
et de la systole et diastole de tout le corps.
J'en ai trouvé une figure dans les Mémoires de l'expédition
angloise au Congo , ce qui prouve que cette espèce existe
aussi dans l'Atlantique, et, en effet, M. de Chamisso dit
qu'il en a rencontré un individu auprès des îles Fortunées.
Aucun auteur n'a observé cette espèce à l'état d'agréga-
tion. (Voyez plus loin le B. birostré. )
Le B. FDsiFORME : S. fusiforiTiis , Cuv. , loc. cit., page 23,
fig. 10; Salpœ ma.rimœ var. minor , Forskal, loc. cit., fig. A 1 ,
A 2 , copié dans l'Enc. méth. , pi. 74, fig. 3 — 5. Corps
ovale-alongé, prolongé à chaque extrémité par un appendice
conique, qui lui donne la forme d'une navette; orifices non
terminaux et tous deux à la même face, et, à ce qu'il
paroît , assez petits; nucléus un peu oblique; bandes mus-
culaires au nombre de sept, dont les deux premières se rap-
prochent et quelquefois se confondent dans leur milieu et
^i8 SAL
les cinq autres de même, de manière à circonscrire un espace
circulaire au milieu du corps.
D'après Forskal et en admettant que sa petite variété de la
S. géante soit bien la même que le S. fusiformis de M. Cu-
vier , cette espèce s'agrégeroit dos à dos et se trouveroit dans
la Méditerranée. Elle est toujours très-petite, du moins cinq
ou six individus que m'ont envoyés MM, Quoy et Gaimard ,
n'ont pas plus de dix-huit lignes de longueur totale.
Le B. DOUTEUX ; S. dubia, de Chamisso, loc. cit., page 18 ,
lig. 6. Corps petit, de deux pouces un tiers de long sur un
pouee et demi de large, pourvu de deux appendices termi-
naux, coniques, égalant la moitié du corps; le nucléal à
gauche; nucléus entouré d'un cartilage lisse.
M. de Chamisso a trouvé cette espèce dans la mer Pa-
cifique au Sud des îles Aléoutiennes, au mois de Septembre,
et, à ce qu'il paroît, à l'état d'agrégation, dont cependant
il ne parle pas.
Le B. APRE ; S. aspera , id. ihid. , page 1 4 , fig. 4 à 4 E. Corps
subcartilagineux, hérissé de petites épines, surtout autour du
nucléus ; subfusiforme, même à l'état solitaire, en forme de
navette à l'état agrégé; de la longueur de six à sept pouces
dans le premier état, et seulement de quatre dans le second ;
ouvertures, terminales sur les individus agrégés, et ventrales
sur les solitaires; les appendices les dépassant assez en forme
de capuchon, mais étant variables pour la longueur dans
les d-verses agrégations.
M. de Chamisso , qui a trouvé cette espèce dans la mer Pa-
cifiqirte septentrionale, aux environs des îles Kuriles, con-
vient n'avoir pas observé suffisamment les individus soli-
taires; mais il lui a semblé qu'ils ne différoient guère de
ceux de l'espèce suivante. La cavité intérieure étoit large-
ment ouverte à chaque extrémité; le nucléus étoit recou-
vert par un cartilage hérissé de petites pointes, et les fœtus
étoient enchaînés.
Les individus agrégés létoient d'une manière assez peu
solide, pour qu'il ait; été possible de bien en apercivoir le
mode. D'après l'observateur il paroitroit que la membrane,
qui constitue le corps, est solidifiée par trois parties cartilagi-
neuses : l'une plus épaisse, hérissée, qui protège le nucléus;
SAL Ï19
l'aufre, plus molle qui, née du même appendice, constitue
le côlé opposé du corps, et, enfin , une troisième tout-à-fait
molle qui forme l'appendice antinucléal.
Dans quelques individus M. de Chamisso a vu un fœtus de
deux à trois lignes, suspendu dans la cavité du corps aux
environs du nucléus et attaché par un cordon ombilical à une
verrue transparente.
Le BiPHORE raboteux; s. runcinata , id. , ihid. , fig. 5, de
A à 1. Corps gélatineux sur une face , d'un côté cartilagi-
neux et septemcariné de l'autre ; chaque carène se terminant
du côté du nucléus par une épine courte ; celle qui corres-
pond à celui-ci plus saillante, échancrée et bifurquée; ori-
fices terminaux dans les individus agrégés et longuement dé-
passés par des appendices terminaux , égalant presque le corps
dans les individus agrégés; six bandes musculaires trans-
verses.
Cette espèce, à peine d'un pouce et demi de long, a été
rencontrée dans l'océan Atlantique, auprès des iles Açores.
Le cartilage qui enveloppe une des faces des individus soli-
taires seulement , leur forme une espèce de gaîne, mais ne
peut cependant être enlevé. Le mode d'agrégation n'a pas
été observé. Dans un individu solitaire, prêt à émettre ses
petits, ceux-ci formoient une chaîne qui sembloit commencer
aux environs du cœur par deux fils, se prolonger ensuite
en une lame pellucide, extrêmement délicate, et qui, après
s'être rétrofléchie, étoit évidemment composée de deux sé-
ries de fœtus, attachés par le côté; les nucléus tournés d'un
même côté.
Le li. vivipare; S. vivipara , Péron et Lesueur, Voyage de
Baudin, pi. 3i. Cette espèce n'est que figurée dans cet ou-
vrage. La description n'a pas été donnée. Quant au nom de
vivipare, il ne lui convient pas plus qu'aux autres espèces.
Le B. BiROSTHÉ; 5. hirostratus, Quoy et Gaimard , loc, cit.,
pi. 73, fig. 9. Sous ce nom MM. Quoy et Gaimaid ont figuré
un cordon de biphores, qu'ils rapportent au S. maxirna de
Forskal; mais il me semble que c'est à tort, la proportion
ciçs appendices étant toute différente et le nucléus autrement
colore. Cependant ils l'ont également observé dans la Médi-
terranée , et ils disent que dans l'endroit où étoit cette
3 20 S AL
chaîne, il y avoit des individus solifaires qui avoient jusqu'à
sept pouces de longueur.
Le BiPHORE cordiforme; s. cordiformis , Quoy et Gaimard.
Corps vin peu alongé , cylindrique, mou, renflé et arrondi à
l'extrémité nucléale par une masse gélatineuse, enveloppant
lenucléus; orifice antinucléal, subterminal, bilabié, transversç
et dépassé par un appendice assez court ; orifice nucléal
avant le nucléus, subtubuleux, ayant aussi un appendice la-
téral encore plus court et collé contre la masse gélatineuse ;
six bandes musculaires étroites, fléchies et rapprochées deux
à deux dans le milieu. Nucléus brun fort gros.
La masse gélatineuse qui enveloppe son nucléus, est par-
semée d'un grand nombre de petits vaisseaux blancs.
Sans ses deux courts appendices, ce biphore seroit bien
voisin du B. ferrugineux.
Cette espèce, dont l'agrégation est bilinéaire , m'a été en-
voyée du détroit de Gibraltar,
E. Espèces tronquées aux deux extrémités ; à orifices
terminaux ; une paire d' appendices plus ou moins
longs à l'extrémité nucléale; agrégation sur deux
rangs, le dos de l'un opposé au ventre de Vautre ,
le nucléus s' élevant ohliquement ; souvent opposé
côté à côté et quelquefois alternativement, (Dice-
ROSALPA. )
Ce petit groupe me paroît assez naturel et extrêmement
aisé à distinguer par l'existence d'une paire d'appendices bien
symétriques, situés à l'extrémité nucléale de l'enveloppe car-
tilagineuse, et par la positron constamment terminale de ses
ouvertures. Je ne connois pas encore de figure du mode
d'agrégation de ces espèces de biphores, M. de Chamisso se
Lornant, à l'occasion du B. bicorne, à dire qu'il s'agrège
en double série , les individus de l'une remplissant les in-
tervalles de l'autre, de manière à former un double cha-
pelet.
Le B. BICORNE; S. bicornis ^ de Chamisso, loc, cit,, fig. 8 A^
Corps gélatineux , utriculiforme ou court, un peu renflé
au milieu, pourvu de deux cornes coniques assez courtes
SAL 121
à V extrémité nucléale et servant probablement d'organes
d'adhésion. Couleur hyaline ; le nucléus jaunâtre.
Cette petite espèce, de trois quarts de pouce de long au
plus, a été trouvée agrégée et formant de longs filamens, dans
le détroit de la Sonde, ainsi qu'aux environs du cap de
Bonne -Espérance. M. de Chamisso ne l'a donc vue qu'à
cet état, et encore n'a-t-il pu observer le mode d'agréga-
tion. Il suppose cependant que les appendices, en forme
de tentacules de limaçons, peuvent y servir. Du reste, les
viscères sont comme dans les espèces précédentes. Il a re-
marqué autour du nucléus un organe radié et courbé en
forme d'anneau, assez semblable à la chaîne de fœtus des in-
dividus solitaires , mais qu'il n'ose donner absolument comme
la même chose, pensant que ce pourroit être aussi bien l'ana-
logue de ce que M. Savigny a regardé comme une seconde
branchie.
Comme M. de Chamisso a constamment trouvé cette petite
espèce de biphoreavec leB. vaginé, l'une toujours agrégée en
longues chaînes, et l'autre toujours solitaire, il a soupçonné
que celle-là pourroit bien être l'individu solitaire de celui-ci.
Le BiPHORE DÉiMocRATiycE : S. dcmocratica , Linn., Gmel, ,
pag. 3i 2g , n.° 3 , d'après Forskal, loc. cit., page 1 13 , n." 3;j ,
Icon., page 12, tab. 36, litt. G, copié dans l'Enc. méth. ,
Vers, pi. 74, fig. 9. Corps ovale, long comme la largeur du
doigt, subtétragone , tronqué d'un côté, pourvu à l'autre de
deux soies, égalant la moitié de la longueur totale, et en
outre de trois paires d'aiguillons courts, servant probable-
ment de suçoirs. Couleur générale bleuâtre. Nucléus de cou-
leur bleue à sa base et entouré dans quelques individus par
un cercle multiradié d'un bleu plus pâle.
Cette espèce, qui paroît fort voisine de la précédente,
comme le fait justement observer M. de Chamisso , et qui
n'en diffère essentiellement que parle nombre des aiguillons
courts de l'extrémité nucléale, a été trouvée en quantité in-
croyable aux environs d'iviça , dans la Méditerranée. II paroît
qu'elle n'a été observée qu'à Tétat d'agrégation, qui est peu
solide et qui se fait sur deux lignes, par union latérale, sou-
vent opposées , quelquefois alternantes ; les nucléus élevés
obliçjuoment.
»22 SAL
LeBiPHORETRicusriDE ; s. triciispidata, Quoy et Gnimard, l. c,
pî. jo , fîg. 6. Corps cylindrique, assez court, d'un à deux
pouces de long; orifice antinucléal tout-à-fait terminal; Tautre
avant rextrémité nucléale qui est terminée par trois pointes
coniques, dont une médiane plus courte ; trois bandes muscu-
laires transverses.
Du port Jafkson.
Le B. DOUBLE-BOSSE ; >S. bigibbosa, Quoy et Gaimard , loc,
cit., pi. 73, fig. 1. Corps alongé , de trois pouces de long,
tronqué aux d<'ux extrémités, verruqueux en dessus comme
en dessous, avec deux bosses, l'une sous l'orifice antinucléal,
l'autre sous le nucléus, qui est d'un vert un peu jaunâtre
sur le bord ; appendices grêles, vermiformes. De couleur
verte à l'extrémifé.
Dans l'intervalle des Marianes aux îles Sandwich , par 58"
lat. N.
Le B. GiBBEUx ; s. gibbosa, id,, ibid.^ pi. yS, fig. 7. Corps
assez alongé, -We trois à quatre pouces de long, irrégulier,
couvert de gibbosités verruqueuses ; extrémité antinucléale
très-renflée; l'ouverture en gueule; les deux appendices de
l'extrémité nucléale assez courts , subtentaculaires et latéraux.
Des environs des îles de la Société.
Le B. A côtes; S. costata , id. , ibid., pi. 73, fîg. 2. Corps
de six à huit pouces de long sur trois i quatre de large,
tronqué carrément aux extrémités et cerclé de dix-huit côtes
transverses, tombant sur une ligne médiane longitudinale,
un peu saillante; orifices grands et entièrement terminaux;
l'antinucléal à rebord épais et verruqueux ; les deux appen-
dices de l'extrémité nucléale assez courts, subconiques et de
couleur verte à l'extrémité: nucléus d'un ronge orangé, la-
téral, et protégé par une gibbositc peu saillante et cartilagi-
neuse.
Cette grande espèce a été prise dans le trajet de l'île Bourbon
à la Nouvelle- Hollande et dans l'hémisphère nord par 36"
de latifude entre les Marianes et les îles Sandwich.
Le B. hexagone; S. hexagona, id. , ibid., pi. 70, fîg. 3.
Corps cylindrique, de trois à quatre pouces de long, por-
tant six côtes triangulaires longitudinales et neuf faisceaux
musculaires transversaux ; nucléus orangé.
SAL 1^5
Cette espèce, dont la dénomination n'est guère convenable,
s'il est vrai qu'elle soit cylindrique, a été recueillie aux en-
virons des îles Carolines, par i3" latitude N. dans un en-
droit où la mer étoit couverte de mollusques et de &oo-
phytes de toute sorte. M. Gaudichaud , qui l'a observée, a vu
qu'elle jouissoit de la faculté de se plisser longitudinalcment.
Le BiPHOHE LONGUE-Qi'EUE; S. longicûuda , id., ibid,, fig. 8.
Corps cylindroïde , cerclé de faisceaux musculaires trans-
verses, et pourvu d'une paire d'appendices plus longs que lui.
Longueur totale, deux pouces.
Du port Jackson.
Le B. lucAUDÉ; vS. hicaudata, Quoy et Gaimard , Bull, de la
soc. philom. , Août 1 826 , fig. ^ i , A2 , A5. Corps subcylin-
drique, médiocrement alongé , à ouverture subterminale^
faisceaux musculaires formant deux X; prolongemcns cau-
diformes, aussi longs que le corps.
Cette petite espèce, sur la circulation de laquelle MM.
Quoy et Gaimard nous ont donné des détails que nous avons
rapportés plus haut, a été trouvée dans la Méditerranée, au
détroit de Gibraltar.
Le B. DOUBLE - SABKE , S. hiensis. Corps cylindroïde, un peu
plus renflé à l'extrémité antinucléale , qui est percée d'une
large ouverture en gueule; deux longs appendices en forme
de sabre à l'extrémité opposée ; un renflement assez considé-
rable sous le nucléus; onze bandes musculaires transverses.
Couleur générale hyaline; le nucléus ferrugineux; les appen-
dices bleus.
De la mer Atlantique très-probablement; car j'établis cette
espèce, qui me paroit fort distincte, d'après un assez bon
dessin colorié des naturalistes de l'expédition angloise au
Congo. (De B. )
SALPA [Salpe]. {Ichthyol.) Voyez Sadpe. (H. C)
SALPÊTRE. (Min.) Voyez Nitre. (B.)
SALPÊTRE. (Chim.) Ancien nom du nitrate de potasse.
(Ch.)
SALPÊTRE DE HOUSSAGE. (Chim.) Salpêtre qu'on a re-
cueilli en balayant avec un lioussoir des surfaces couvertes
d'efflorescences de nitrate de potasse. Voyez tome XXXV,
page 64. (Ch.)
»24 SAL
SALPÊTRE TERREUX. (Chim.) Dénomination ancienne
que l'on appliquoit aux nitrates de chaux et de magnésie,
qui accompagnent le nitrate de potasse qu'on trouve dans la
nature. (Ch.)
SALPHINX. (Ornith.) Gesner dit sous ce mot, et d'après
jîllien, que c'est un oiseau qui imite le son d'une trompette,
ce qui indique Vagami, quoiqu'il cite ensuite le pic noir, à
raison du bruit qu'il fait en frappant du bec sur le tronc
des arbres. ( Ch. D.)
SALPIANTHE, Salpianthus. (Bot.) Genre de plantes dico-
tylédones, à fleurs incomplètes, de la famille des njctao-inées ,
de la trïandrie monogjnie de Linnaeus, offrant pour caractère
essentiel : une corolle ( calice , Juss. ) ; le limbe plissé , à quatre
dents; point de calice : trois ou quatre étamines unilatérales:
un ovaire renfermé dans la base de la corolle; un style; un
stigmate aigu ; une semence entourée par le tube persistant de
la corolle.
Salpianthe DES sables: Salpiantlius arcnarius, Humb. etBonpl.,
PL œquin. , i , pag. i55 , tab. 44; Kunth. in Humb. et Bonpl. ,
Nov. gen. , 2 , pag. 2 1 8 ; Poir. , III, gen,, Sup. , tab. 906 ; Boldoa
lanceolata, Cavan. et Lagasc. , ISoif. gen. et Spec. diagn. , p. jo.
Arbrisseau dont la tige est grimpante, visqueuse , sarmenteuse,
d'une odeur désagréable ; les rameaux inférieurs cylindriques ,
d'un rouge foncé: les supérieurs couverts d'un duvet très-
court; les feuilles alternes, ovales, lancéolées, aiguës à leurs
deux extrémités, pubescentesà leurs deux faces, longues d'un
à deux pouces; les pétioles courts, d'un rouge vif. Les fleurs
sont disposées en corymbes à l'extrémité des rameaux ; cha-
cune d'elles est pédicellée; les pédoncules sont colorés et pu-
bescens; la corolle , d'un beau rouge , visqueuse , tubulée , ovale
à sa base, est resserrée dans son milieu, divisée à son limbe en
quatre dents droites, égales, lancéolées, aiguës; les trois éta-
mines sont portées du même côté, une fois plus longues que la
corolle, attachées sur une écaille à la base de l'ovaire; les an-
thères droites , un peu arrondies, à deux loges; l'ovaire est
ovale , aigu , convexe d'un côté , marqué de l'autre d'un sillon
correspondant aux étamines; le style est delà longueur des éta-
mines; le stigmate aigu. Le fruit consiste en une seule semence
ovale-arrondie, rude, noirâtre, surmontée d'un style persistant,
SAL 125
renfermée dans la corolle, pourvue d'un périsperme central,
corné et blanchâtre, entouré par l'embryon ; la radicule est
inférieure. .Cette plante croît aux lieux sablonneux, d;<iis le
Mexique, près du port d'Acapulco. ( Poir. )
SALPIENS, Salpiacea. {Malacoz.) Dénomination employée
par M. de Blainville, dans son Système général de malacolo-
gie, pour désigner la seconde famille de l'ordre des Hétéro-
branches, et qui comprend le grand genre Salpa de Forskal
et le Pyroso.me de MM. Péron et Lesueur. Voyez ces deux
mots et Particie MoLi/jsyijES. (DeJ5.)
SALPIGLOSSE, Salpiglossis. (Bof. ) Genre de plantes dico-
tylédones, à fleurs complètes, monopétalées, en enîonnoir ,
établi par Ruiz et Pavon ( Prodr.Jlor. Fer., 94 , lab. 19 ) pour
une plante herbacée du Pérou, de la didynamie angiospermie
de Linnaeus, qui n'est encore connue que par son caractère
générique. Son caractère essentiel consiste dans un calice à
cinq angles, à cinq divisions; une corolle infundibuliforme;
quatre étaminrs didynames : le rudiment d'une cinquiènie ;
un ovaire supérieur; un style plan, élargi à sa partie supé^
rieure, muni de deux petites dents opposées; une capsule à
deux loges, à deux valves; une cloison parallèle aux valves,
sur laquelle les semences sont attachées.
Dans le caractère générique chaque fleur off're un calice
persistant, d'une seule pièce, à cinq découpures lancéolées:
les trois inférieures plus profondes; une corolle très-grande,
monopétale, infundibuliforme; le tube grêle, une fois plus
long que le calice; Porilice campanule, plissé, anguleux ; le
limbe à cinq lobes ovales, inégaux, échancrés: le supérieur
plus large; quatre étamines didynames; les filamens subulés ,
renfermés dans le tube, insérés vers son milieu; deux plus
courts, terminés par des anthères conniventes, ovales, à deux
loges , bifides à leur base , plus petites dans les deux étamines
plus longues ; le rudiment d'un cinquième filament situé entre
les deux plus longues étamines; un ovaire supérieur, ovale;
un style de la longueur des étamines, en lanière, rétréci \ers
sa base , muni vers son sommet de deux petites dents opposées ;
un stigmate tronqué. Le fruit est une capsule renfermée dans
le calice, ovale, à deux loges, à deux valves: chaque valve
J)Lfîde ; une cloison parallèle aux valves ; les semences atta-
1^6 S AL
chées à chaque côté de la cloison , qui paroit un réceptacle
central : ces semences sont nombreuses, fort petites , ovales ou
arrondies. (Poir. )
SALPIGTES. {Ornith.) Sonnini, dans le Nouveau Diction-
naire d'histoire naturelle, cite ce mot, comme un des noms
grecs donnés au roitelet. (Ch, D. )
SALPINGUS. {Entom.) Nom donné par M. Gyllenhal à un
petit genre de rhinocères ou insectes coléoptères rostricornes,
pour y comprendre quelques espèces d'anthribes de Fabricius
ou de rhinosimes, tels que le planirostris et roboris. (C. D.)
SALSA. [Bot.) Vandelli, dans sa Flore du Portugal et du
Brésil, cite ce nom vulgaire du persil. Il est aussi rapporté
dans la Flore du Pérou , d'après Fcuiliée, pour le genre Her-
reria , de la famille des asparaginécs , qui est le Quila des Pé-
ruviens. Voyez ce mot. (J. )
SALSAPARILLA. (Bot.) Nom latin de la salsepareille ofli-
cinale. Sarzaparilla , sarsaparilla indiquent encore la même
plante dans les anciens ouvrages. Voyez ci -après Salsepa-
reille. (Lem.)
SALSE-UTAN. {Bot.) Nom malais du lithospermum awhoi-
nicum de Rumph , qui est le coix agrestis de Loureiro et de
"Willdenow. (J.)
Sx\LSEPARElLLE, Smilax. (Bot.) Genre de plantes mono-
cotylédones, à fleurs dioïques, de la famille des osparaginées ,
de la dioécie hexandrie de I.innaeus, offrant pour caractère
essentiel: Dans les fleurs mâles, une corolle (calice, Juss.) à
six divisions profondes; point de calice; six étamines; les
anthères dressées: dans les fleurs femelles, même corolle; un
ovaire à trois loges monospermes; un style très-court; trois
stigmates; une baie à trois loges, à trois semences, souvent à
une ou deux par avortement.
Les salsepareilles forment un genre très-naturel: toutes af-
fectent le même port , ce qui les rend très-difficiles à dis-
tinguer, d'autant plus que les feuilles sont elles-mêmes très-
variables ST.r la même plante. Les caractères les moins incons-
tans sont appuyés sur la substance de ces feuilles, ou coriaces ,
très-épaisses, ou membraneuses et parcheminées, munies de
vrilles à la base des pétioles, sur le nombre et la disposition
des nervures, sur la présence ou l'absence des aiguillons,
SAL >27
sur ies liges cylindriques on anguleuses, épineuses ou non épi-
neuses, sur les fleurs disposées en petits corymbes ou ombelles
axillaires, quelquis-unes eu longues grappes: sur les proportions
des pédoncules; enfin , sur la grosseur et la couleur des fruits.
On voit avec peine M. Paulet critiqueravec amertume l'ou-
vrage de Stackhouse sur Théophraste ( Illustrationes Theo-
phrasfi). Ici' , par exemple , il lui reproche durement, comme
un défaut (VatteaLion et de rrjlexion, d'avoir pris le smilax de
Théophraste ou le lierre de Cilicie de Pline et de Gaza, pour
le smiiax aspcra , Linn. Il est possible, sans doute, que la plante
de Linné ne soit pas celle de Théophraste; mais M. Paulet,
lui-même , peut-il avoir plus de certitude que ce soit le smilax
excelsa, Linn., même d'après la description de Théophraste?
Il ne doit pas ignorer que les différentes espèces de smilaxsant
très-variables. J'ai trouvé en Barbarie une nouvelle espèce,
le smilax mauritanien, Poir. , qui pourroit aussi bien convenir
à la plante de Théophraste que le smilax excelsa; mais il sera
toujours très-indiscret de prononcer d'un ton tranchant sur
l'identité des plantes de Théophraste avec celles qui nous sont
connues, et très-injuste de décrier d'une manière insultante
l'ouvrage de Stackhouse , auquel les botanistes auront toujours
Pobligation d'avoir entrepris ce pénible travail, quand même
il lui seroit échappé quelques erreurs.
Au rapport de Pline , le nom de ce genre est celui d"une
jeune fille éprbe d'amour pour Crocus , et qui fut changée en
cet arbrisseau. D'après Ovide, son amant éprouva le même sort.
-Et Crocum in par^'os versum cum Smilace flores
Prcelereo.
OviD., Metnm., lib. 4-
Salsepareille piquante : Smilax aspero, Linn., Duham., nouv.
édit., 284, tab. 55 ; Clus. , Hist. , 1 , pag. 112, fig. 2 , et 1 1 3 ,
fig. 1, var. nigra; Dodon. , Pempt. , 398; Fuchs, Eist., 718 j
vulgairement Salsepareille d'EuROPE, Liseron épineux , Liset
PIQUANT, Gros graine, Gramen de montagne, etc. Plante très-
épineuse, dure, sèche, à rameaux anguleux , dont les feuilles
sont en cœur, ovales ou lancéolées, souvent tachetées de
blanc; les fleurs blanchâtres, petites, odorantes, à six divi-
i Paulet, Esaïuen, etc., pag. 8.
Î28 SAL
sions rabattues en dehors, disposées en grappes terminales*
Les individus femelles portent des baies sphériques rouges ,
brunes ou noirâtres , selon les variétés. Cette plante croît
dans les contrées méridionales de l'Europe, aux lieux arides,
parmi les buissons , plus généralement le long des côtes ma-
ritimes, sur les roches stériles : elle fleurit dans l'automne;
les fruits mûrissent beaucoup plus tard.
Quoique tout hérissé d'épines , d'un aspect rude et sauvage,
le smilax ne forme pas moins un tableau très-pittoresque par
son aspérité, par sa couleur d'un vert cendré , par ses ra-
meaux en désordre , qui le mettent en harmonie avec ces
roches mélancoliques contre lesquelles viennent se briser les
flots d'une mer irritée.
Cette plante, quand le sol et l'exposition sont convenables ,
peut garnir les haies avec avantage. Sa racine passe pour su-
dorifique comme celle de la salsepareille officinale, mais à
une dose beaucoup plus forte ; au reste , des médecins éclairés
par l'i xpérience doutent aujourd'hui des vertus si vantées de
cette dernière plante. Les anciens ont connu le smilax; il est
mentionné dans Théophraste , Pline et Dioscoride. Si ce n'est
pas notre espèce , c'en est du moins une très-voisine. D'après
Pline, les feuilles de cette plante ressemblent tellement au
lierre, que le peuple, trompé quelquefois par l'apparence,
en formoit des couronnes aux fêtes de Bacchus, ce qui pas-
soit alors pour une sorte de profanation.
Salsepareille de Mauritanie : Smilax mauritanica , Poir. ,
Voyag. en Barb. , 2, pag. 263; Desf. , FI. atl. , 2, pag. 067.
Cette espèce diffère de la précédente par ses tiges beaucoup
plus élevées , par ses feuilles beaucoup plus grandes, jamais
tachetées, rarement épineuses. Les fleurs sont odorantes, dis-
posées en grappes: les unes axillaires, courtes et inférieures;
les autres terminales, très-alongées , flexueuses, un peu épi-
neuses à leur base, et sur lesquelles les fleurs sont disposées
par paquets presque verticillés et distans. Le fruit consiste en
une baie molie, globuleuse, très -lisse, de couleur rouge,
quelquefois d'un jaune clair, divisée en trois loges, et autant
de semences; quelquefois une ou deux avortent. J'ai recueilli
cette plante en Barbarie, sur les rochers, parmi les buissons,
aux environs de la Calle et de Bonne.
SAL 129
Salsepareille létEvéE: Sinilax excelsa , Linn.; Duham., Arb,,
nouv. éd., tab. 54. Arbrisseau grimpant, dont les tiges sont
cannelées, un peu anguleuses, armées d'aiguillons presque
droits, et qui s'élèvent jusqu'à la hauteur des plus grands
arbres ; elles se divisent en rameaux longs et flexibles. Les
feuilles sont alternes, pétiolées , ovales, presque obtuses,
minces, très-grandes, à cinq ou sept nervures, glabres à leurs
deux faces; les pétioles courts, supportantdes vrilles filiformes.
Les fleurs sont disposées en petits corymbes axillaires, fasci-
cules et pédicellés à l'extrémité du pédoncule commun. I/o-
vaire est arrondi: il lui succède une baie globuleuse. Cette
plante croit dans le Levant.
Salsepareille de Ceilan : Smilax Zejdanica , Linn., Lamk.,
Ill.gen., tab. 817, fig. 2; Gaertn., De fruct. , tab. 16; China
amboinensis , Rumph. , Amb. , 5, tab. 161: Kari- Vilandi ^
Rhéed., Malab., 7, tab. 3i. Ses tiges sont glabres, stsiées,
presque cylindriques, un peu anguleuses , armées d'aiguil-
lons, qui manquent quelquefois sur les rameaux. Les feuilles
sont alternes, pétiolées, coriaces, ovales , échancrées en cœur
à leur base: les supérieures ovales, oblongues; les unes obtuses,
d'autres acuminées. Les fleurs disposées en petites ombelles axil-
laires , supportées par un pédoncule commun , très-court ,
et de nombreux pédicellés. Le fruit est une baie noirâtre,
ovale , à trois loges. Cette plante croit à Ceilan et dans les
Indes orientales.
Salsepareille officinale: Smil/ix salsaparilla , Linn. , Lamk. ,
Iltustr. , tab. 817 , lig. 1 ; Pluken., tab. 111, fig. 2. Cette plante
a de très-longues racines, composées de fibres nombreuses,
presque simples, très-grêles , fasciculées , d'un blanc cendré ,
entremêlées les unes dans les autres : elles produisent des
tiges un peu ligneuses, fort longues, glabres , anguleuses,
roussàtres, munies d'aiguillons droits, élargis, assez forts, très-
aigus. Les feuilles sont glabres, simples, alternes, pétiolées,
larges , ovales , membraneuses , mucronées , échancrées en
cœur, dépourvues daiguillons, munies de deux vrilles capil-
laires à la base des pétioles. Les pédoncules sont simples , axil-
laires , beaucoup plus courts que les feuilles, soutenant des
fleurs blanches , assez nombreuses, pédicellées, réunies en om-
belle. Les fruits sont globuleux, de couleur bleuâtre, très-sou-
47- 9
i3o SAL
vent à une ou deux semences. Cette plante croît dans les
contrées méridionales de l'Amérique, au Mexique, au Pérou ,
dans le Brésil et la Virginie.
Les racines de cette espèce et sans doute de plusieurs au-
tres, sous le même nom, ont joui autrefois d'une grande ré-
putation comme un puissant sudorifique , propre à opérer la dé-
puration des humeurs , à diviser et atténuer celles visqueuses;
c'étoit en conséquence un spécifique dans les maladies véné-
riennes. Ces remèdes, qui paroissent avoir eu quelques suc-
cès dans l'Amérique, n'ont pas aussi bien réussi en Europe,
soit à raison de la diversité des climats, soit parce que les ra-
cines perdent leurs propriétés par la dessiccation et en vieil-
lissant. Au reste, l'analyse n'y a trouvé aucun principe très-
actif, et quant à la dépuration du sang, nous avons dans- la
bardane , la chicorée , la patience , etc. , des remèdes au moins
équivalens, sans aller chercher dans un autre hémisphère des
plantes d'une vertu douteuse. La salsepareille est un des prin-
cipaux ingrédiens du fameux rob de Laffecteur et autres re-
mèdes très-vantés, bien plus propres à favoriser les spécu-
lations des empiriques et des charlatans, qu'à guérir ou à sou-
lager les malades. Cette plante a été envoyée en Europe par
les premiers Espagnols qui ont habité le Pérou.
Salsepareille esquine: Smilax China, Linn. , Spec. ; Pluken.,
Amalth., tab. 408, fig. i; FI. med., 6, tab. Sag. Cette espèce
a de grosses racines noueuses, tuberculées, d'un brun rou-
geâtre en dehors, blanchâtres, teintes de rose en dedans:
elles produisent de très-longues tiges glabres, un peu angu-
leuses, rameuses, armées, particulièrement à la base des
tiges, d'aiguillons courts et forts. Les feuilles sont alternes ,
pétiolées , ovales, échancrées en cœur à leur base, obtuses,
entières, mucronées, sans aiguillons; les feuilles inférieures
amples, très-grandes; les fleurs axiilaires portées sur un pé-
doncule commun très-simple, beaucoup plus court que les
feuilles, divisé au sommet en un grand nombre de pédicelles
capillaires , longs d'un demi-pouce et plus , disposés en ombelle.
Les fruits sont de petites baies rouges, globuleuses, renfer-
mant trois, plus souvent une ou deux semences. Cette plante
croît à la Chine et au Japon.
Les racines de la squine sont employées, en médecine,
SAL i3i
comme sudorifîques, diurétiques, propres à purifier le sang,
utiles dans la jaunisse, les engorgcmens de la rate, les obs-
tructions, les humeurs squirreuses, les maladies vénériennes.
Par une contradiction singulière , qui n'est pas rare en mé-
decine , on a prétendu que son usage entretenoit la beauté; et
c'est dans cette vue que les Égyptiens, au rapport de Prosper
Alpin, l'administrent en bains à leurs femmes, pour leur
donner cet embonpoint qui est la qualité la plus recherchée
dans les beautés de leur sérail. Comment concilier cette as-
sertion , de donner de l'embonpoint, avec la propriété su-
dorifique, qui lui est spécialement attribuée, et qui la fait
figurer encore dans toutes les pharmacies, au nombre des
quatre bois , sous le titre de bols sudorifîques par excellence ?
Il n'est guère possible d'ajouter plus de foi à toutes ces qua-
lités qu\i celles delà salsepareille officinale, dont d'ailleurs
elle se rapproche beaucoup par sa nature chimique et par ses
foibles propriétés médicales. Les racines récentes sont un peu
résineuses, leur saveur un peu acre, pâteuse; mais, étant sè-
ches, leur goût est terreux, légèrement astringent.
Des marchands chinois ont donné la vogue à cette plante,
pour la première fois , en 1 555 : ils la vendoient alors , sous le
nom defouling, comme un spécifique contre les maladies vé-
nériennes, bien plus efficace que le gayac. Les Espagnols firent
lin si grand éloge de ses propriétés à l'empereur Charles-
Quint, que ce prince en fit usage de son propre mouvement,
à Finsçu de ses médecins, pour se guérir de la goutte, et
bientôt cette recette devint publique et en grande réputation :
elle n'a plus aujourd'hui qu'une foible renommée, même
comme sudorifique et diurétique.
Salsepareille A feuilles de lavkier: Smilaxlaurifolia, Linn.,
Sppc; Catesb., Carol., tab. i5.Cet arbrisseau a des tiges grim-
pantes, cylindriques, glabres, médiocrement striées, ra-
meuses; les rameaux un peu flexueux vers leur sommet. Les
feuilles sont alternes, pétiolées, fermes, coriaces , glabres à
leurs deux faces , très-lisses, oblongues , lancéolées, un peu
rétrécies à leur base, médiocrement acuminées ou obtuses au
sommet, assez semblables à celles du laurier, marquées de
trois nervures : ces feuilles varient un peu selon leur âge ;
elles sont plus larges dans leur vieillesse, moins épaisses. Les
i32 SAL
fleurs sont axîllaires, réunies en petites ombelles; le pédoncule
est de la longueur du pétiole ; les pédicelles sont plus courts ;
les fleurs dioïques; la corolle a six divisions réfléchies en de-
hors; l'ovaire est ovale, les baies sont noirâtres, globuleuses,
et renferment d'une à trois semences. Cette plante croît dans
la Floride, la Virginie et la Basse- Caroline.
Salsepareille glauque; Smilax glauca , Mich. , Flor. lor.
amer., 2 , pag. aSy. Cette espèce a des tiges glabres, médio-
crement anguleuses, divisées en rameaux cylindriques, armés
d'aiguillons. Les feuilles sont ovales ou oblongues , presque
en cœur, entières, glabres à leurs deux faces, acuminées au
sommet, vertes en dessus, de couleur glauque en dessous,
marquées de cinq nervures longitudinales peu saillantes. Les
fleurs sont petites, disposées en ombelles, soutenues par un
long pédoncule. Cette plante croît à la Caroline, dans les
forêts. On la cultive au Jardin du Roi.
Salsepareille fausse-squixXE: Smilax pseudochina,Linn., Spec;
Pluken. , Alm., tab. 110, fig. 5;Sloan., Jam.hisl., 1, tab.
41 3 , fig. 1. Arbrisseau grimpant, dont les tiges sont cylindri-
ques, légèrement striées, dépourvues d'aiguillons , excepté
quelques-uns à leur base, divisées en rameaux nus, un peu
flexueux. Les feuilles des tiges sont grandes, larges , ovales,
échancrées en cœur à leur base; celles des rameaux plus
étroites, glabres à leurs deux faces, entières, marquées de
cinq nervures , un peu acuminées , sans aiguillons. Les fleurs
sont disposées presque en grappes axillaires, diffuses, un peu
paniculées , composées de petites ombelles ; le pédoncule com-
mun cylindrique, long d'environ quatre pouces, muni à sa
base d'une petite foliole très-courte ; la corolle est d'un blanc un
peu verdàtre ; les baies sont petites , à deux ou trois semences.
Cette plante croit dans la Caroline , la Virginie et la Jamaïque.
Les tiges servent à faire des corbeilles et autres petits meubles.
Salsepareille HÉRISSÉE : 5m i/ax ?î07-rida, Desf. , Catal. liort.
Par., 24; Poir. , Encycl. , suppl. Plante à tige grimpante, de
couleur cendrée , anguleuse , striée , presque tétragone , armée
d'aiguillons très- nombreux, droits, inégaux, très- piquans,
d'un brun luisant, subulés; les plus jeunes très-lins, un peu
courbés , beaucoup plus nombreux sur les rameaux. Les feuilles
sont distantes , pétiolécs; les inférieures ovales . plus grandes j
s AL i33
entières, un peu aiguè's; les supérieures ovales- oblongues ,
presque à trois lobes: les deux inférieures arrondies , toutes
coriaces, vertes, glabres à leurs deux faces, à cinq nervures;
les pétioles presque longs d'un pouce; les pédoncules axil-
laires, une fois plus longs que les pétioles, terminés par une
petite ombelle simple ; les pédicelles plus longs que les fleurs.
Cette plante croit dans l'Amérique septentrionale. On la cul-
tive au Jardin du Roi. (Poia.)
SALSEPAREILLE D'ALLEMAGNE. (Bot.) Nom vulgaire
de la laiche des sables. ( L. D.)
SALSEPAREILLE GRISE ou DE VIRGINIE. (Bot.) Noms
de la racine de Paralie à tige nue, d'usage aux Etats-Unis,
comme sudorifique. Cette racine se distingue de la véritable
salsepareille à sa couleur grise , quelquefois pointillée de
rouge, à son centre ligneux et à sa saveur un peu amère.
(Lem.)
SALSES. (Min.) On est disposé à donner le nom de phé-
nomènes et de terrains volcaniques à tous ceux qui montrent
des matières sortant avec une sorte de violence du sein de
la terre. Le phénomène l'emporte suf son produit, et que ce
produit soit des matières terreuses fondues , de Peau , de la
boue, des vapeurs ou du gaz, on attribue tous ces effets à la
même cause générale. Peut-être n'a -t- on pas tort, si l'on
veut ranger sous cette cause toute action chimique opérant
dans le sein de la terre un dégagement de fluides élasti-
ques, qui, en se faisant jour au dehors, produisent de forts
ébranlemens et qui enlraînent avec eux soit des matières
fondues par Pacfion de la chaleur, soit des terres délayées
dans l'eau , soit même de Peau pure , chaude ou même froide ,
pourvu qu'elle paroisse avec violence et à différens inter-
valles, ce qui la distingue des sources dues aune tout autre
cause.
Les Sai.sf.s, doni on va faire connoître les phénomènes ca-
ractéristiques, ont donc été désignés sous le nom général de
volcans et sous les noms spéciaux de volcans de boue, volcans
d'eau , volcans d'air, volcans vaseux'. Mais ces phénomènes, an-
1 On les a nommés aussi , suivant les lieus , gorgogli et par corrup-
tion horhogH , dans les élau de Parme? et "bolUtovi dans le Bolonois,
j34 s al
iionçant une cause prochaine bien différente de celle qui pro-
duit les terrains volcaniques proprement dits, doivent faire
placer les salses dans une autre classe de terrains. Ils appartien-
nent à ces terrains d'épanchemcnt évidemment sortis du sein
de la terre et que nous avons désignés ailleurs par le nom
de terrains pi iitoniques' , nom qui exprime cetle origine sans
exprimer sa cause, et qui ne présente aucune idée hypothé-
tique , puisque l'une est connue, et que l'autre n'est que
présumée.
Ce qui donne aux salses une assez grande importance, c'est
que cette sorte de phénomène géologique n'est pas restreinte
à une seule partie du globe; elle s'est présentée avec les
mêmes circonstances dans l'Asie , dans plusieurs parties de
l'Europe et en Amérique. On peut donc dès à présent les
décrire d'une manière générale.
Les Salses sont des terrains assez circonscrits , d'où sortent
habituellement et depuis long-temps, mais avec des paroxis-
mes très-variés en action, du gaz et de la boue argileuse.
Ces terrains présentent un certain nombre de monticules
d'argile, résultant de la consolidation de la vase, lis sont ou
situés immédiatement sur le sol, ou élevés sur un plateau;
ils ont la forme de petits cônes percés et creusés en enton-
noir vers leur sommet.
11 s'élève, par intervalles plus ou moins longs, du fond de
ces entonnoirs, une boue argileuse grisâtre, qui s'épanche
sur les parois des cAnes, les agrandit foiblement , mais qui
s'étend à leur pied à une assez grande dislance, et augmente
et élève en plateau le sol qui les porte.
Du milieu de ces cônes, et quelquefois du milieu des en-
tonnoirs creusésimmédiatement dans le sol (Sassuolo), s'élève
ou une grosse bulle qui soulève la boue avant de crever, ou
plusieurs bulles qui semblent faire bouillir cette vase. Ces
bulles sont dues à un dégagement de gaz hydrogène qui n'est
pas pur, mais qui est carboné, bitumineux, et quelquefois
sulfuré.
Dans quelques cas ce gaz s'enflamme et fait paroître, au«
1 Voyez le Tal)leaii des grands groupes de terrains à l'article Rochïs
de ce Dictionnaire, pag. 3^. "■
SAL i35
dessus des salses, des flauimes qui ne sont ordinairement que
passagères.
La vase n'est pas uniquement composée de matière terreuse
principalement argileuse, elle est accompagnée presque tou-
jours de bitume , de naphte , de pétrole et souvent de selmarin.
C'est même cette dernière circonstance qui a fait donner,
dans le Modénois, le nom de salses à cette sorte de terrain.
La température de cette vase, et par conséquent de l'eau qui
la délaie, n'est pas supérieure à la température ordinaire du
sol et. du lieu, et elle lui est même quelquefois inférieure.
Les paroxismes de ces terrains consistent en une éruption
de vase beaucoup plus abondante, élevée quelquefois en une
espèce de gerbe de soixante à soixante -quinze mètres, et
accompagnée de siflement, de bruit souterrain et de tremble-
ment de terre, mais foibles et très -limités.
Ces paroxismes ont lieu à des intervalles différens dans les
différentes salses; quelquefois ils sont très-rares, d'autres fois
ils paroissent à des intervalles très -rapprochés.
Enfin les salses sont rarement isolés dans un canton , ils
sont au contraire assez multipliés , non-seulement dans ce can-
ton , mais encore dans le pays dont il fait partie : ainsi ils
sont assez nombreux aux environs de Sassuolo , et assez ré-
pandus au pied septentrional de la chaîne des Apennins.
, Les terrains dans lesquels ils sont placés , qu'il ne faut pas
confondre avec ceux d'où ils sortent, paroissent être com-
posés de calcaire compacte gris, de marnes argileuses, de
macignos solides, et appartenir aux terrains de sédiment in-
férieurs ou même aux terrains primordiaux de sédiment.
Quant aux terrains d'où ils sortent, il nous est très-diffi-
cile d'en déterminer la position et la nature avec quelque vrai-
semblance; mais cependant on poui'roit croire que leur source
n'est pas située au-dessous des granités, ni même des terrains
primordiaux de cristallisation , comme paroît être situé le
foyer des terrains volcaniques. On peut présumer, d'après les
phénomènes de détails qu'on va reconnoître et d'après leur
liaison avec d'autres circonstances géologiques, que leur foyer,
c'est-à-dire, les couches de l'écorce du globe dan^ lesquelles
résident les causes qui leur donnent naissance, sontplacées au
plus bas dans les terrains primordiaux de sédiment.
i36 SAL
Les fîifférens phénomènes particuliers, que l'on va faire
connoitre en décrivant succinctement les principales salses
du globe, présenleront les bases de cette h3pothése.
Les saîses les plus célèbres, les mieux connues et les plus
nombreuses, se trouvent en Italie, au pied de la pente sep-
tentrionale d(s Apennins, dans les contrées de Parme, Reg-
gio, Modène et Bologne.
Qn compte au moins huit endroits désignés par les noms de
bourgs ou villages les plus voisins qui présentent des groupes
de salses. Ce sont, en allant de Parme à Bologne, celles de
Rivalta et de Torre sur la Lenza, celles de Canossa sur le
CrostoUo, de Querzuola, de Sassuolo sur la Secchia, de Ni-
rano , de Varana ou Délia Rocca Santa-Maria, de la Maina
sur le Gorsano, et enfin dans le Bolonois, celles de Sassund ,
près Castel S. Petro et de Bergullo , près Imola. On doit re-
marquer, qu'elles sont toutes situées sur le passage des pentes
septentrionales des Apennins à la plaine, et sur une ligne
presque parallèle à la crête de cette chaîne, dans cette partie
de ritalie, c'est-à-dire qui se dirige comme celle du nord-
ouest au sud-est. Ces salses ont été décrites principalement
par Valiisnieri, Spallanzani et M. Mesnard de la Groye. La
plus remarquable est celle des environs de Sassuolo , petite
ville à environ quinze milles au S. E. de Reggio , et au S. O.
de Modène. C'est une des plus anciennement connues : Pline
en fait mention, et Frassoni l'a décrite en iC6o.
Il paroit qu'elle offre, suivant les époques, des différences
très -notables. Les auteurs anciens l'ont décrite comme for-
mée de petits cratères vomissant quelquefois avec fracas des
pierres, de la fange et delà fumée. Cependant tous ces phéno-
mènes se passent sur une très-petite dimension , puisque le
monticule s'élève au plus d'un mètre , et que son ouverture a
environ six décimètres ; le tout sur un plateau fangeux et
sans végétation , de vingt- cinq à trente-six mètres de dia-
mètre. Ils ont rarement beaucoup d'intensité, et la salse est
plus souvent dans l'état de tranquillité où font vue Spallan-
zani et M. Mesnard de la Groye ; cette tranquillité est telle
qu'à peine voit-on se dégager de temps à autre quelques
grosses bulles qui soulèvent avec elles de la boue grisâtre
salée et sentant le bitume.
SAL i57
Les bulles et la vase qu'elles entraînent se font jour à tra-
vers les fissures d'un terrain solide, tout brisé et composé de
ses propres débris. Il n'y a pas de canal prolongé, ce dont
on peut s'assurer en essayant d'enfoncer un bâton dans un
de ces trous; il ■ ]: inètre pas à quatre ou cinq décimètres sans
être arrêté par des fraginens de pierres.
Ces roches sont des macignos solides tellement recouverts
et enveloppés de boue, qu'on a de la peine à en reconnoitre
la nature et à rechercher par- là à quelle époque géologique
appartient ce terrain. Cette détermination néanmoins ne laisse
presque plus de doute. M. Mesnard de la Groye désigne cette
roche sous le nom de macigno , et je l'ai également reconnu
pour appartenir à cette roche. On trouve sur le sol , et comme
provenant du même terrain , des pyrites éparses et des par-
ties de lignite.
La température de la salse de Sassuolo étoit de 2 degrés
au-dessous de la température de l'air; celle-ci étant à-t- lo** R.
A peu de distance de cette salse est le mont Zibio, cé-
lèbre parles sources de bitume pétrole, qu'il renferme et
qui sont un objet d'exploitation. 11 est présumable que ce
combustible, d,e nature organique, et les salses ont entre
eux de grands rapports dans leur position géognostique.
Cette salse, la plus considérable et la plus célèbre, appar-
tient au Modénois; mais , en remontant les Apennins, on trouve
dans le Parmesan celles qui sont le plus avancées dans la partie
occidentale de cette chaîne. Ce sont les salses de Rivalta et de
la Torre, qui ont été décrites par M. Mesnard de la Groye et
que j'ai eu occasion de visiter en 1820. On les connoit sous
le nom de bollitori ; elles sont situées au sud de Monte-Chia-
rugolo et de Traversedole sur la Lenza. Les collines qui for-
ment la partie solide du terrain sont composées d'un ma-
cigno traversé par des veines de calcaire spathique, séparé
par des lits de marne argileuse micacée; vers la partie supérieure
ces lils marneux , plus puissans , plus friables , renferment quel-
ques coquilles fossiles appartenant aux terrains de sédiment
supérieurs; mais à mesure qu'on s'approche des salses et qu'on
entre plus avant dans le vallon qui sépare les collines élevées
qui portent les villages de Torre et de Rivalta, le macigno
devient plus solide, les couches en sont plus puissantes, et
'33 SAL
montrent une stratification distincte et nette; mais elle n'est
ni horizontale, ni régulièrement inclinée: au contraire , son
inclinaison varie à chaque instant, et ces variations sont
comme annoncées par les nombreuses fissures perpendicu-
laires aux couches qui semblent résulter de leur fracture.
Enfin , on ne voit plus de coquilles ni dans les lits de marne
qui séparent ces couches, ni dans les espèces de cônes et
de coulées de boue qui recouvrent presque toute la pente.
Ces coulées ou épanchemens de boue sont maintenant des-
séchées, et elles ne sont ramollies que par les eaux pluviales :
elles renferment des débris de macigno solide en grand nombre,
du fer hydroxidé compacte en espèces de plaques, et des
parties également tabulaires de calcaire spathique fibreux,
qui semblent être des parties détachées des veines calcaires
qu'on vient de mentionner. Dans un grand nombre de points
on remarque des amas, couches ou veines d"argile rougeàtre
et des fragmens de macigno solide, à surface noirâtre, tels
qu'ils se présentent dans les parties des Apennins où il y a
du gaz hydrogène en combustion permanente, comme à Ba-
rigazzo, à Pietra-Mala, etc. Enfin, le sol offre partout l'image
d'un épanchement de vase ou de boue, qui auroit soulevé et
brisé, pour sortir du sein de la terre, les roches stratifiées
qui, dans ce lieu, en formoient l'écorce, et qui auroit en-
traîné avec lui les roches et débris qui se voient pêle-mêle
dans ces amas de vase desséchée. Les pierres noires et rou-
geâtres semblent indiquer, qu'il a été accompagné long-temps,
et sur un grand nombre de points, d'un dég;igement abon-
dant et continu de gaz hydrogène en combustion. On recon-
noît ici les empreintes et les effets d'un grand et puissant
phénomène, dont il ne reste plus qu'une foible imiige dans
les salses qui sont au pied des collines de Torre et de Ri-
valta.
En effet ces dernières n'offrent que quelques petits cônes
très-déprimés, de quinze à vingt centimètres d'élévation, de
quarante centimètres au plus de diamètre, situés au pied des
collines et au milieu d'une prairie qu'elles couvrent de boue.
L'eau boueuse, renfermée dans leurs petits cratères, présentoit
un dégagement continuel de gaz hydrogène, brûlant facile-
ment: elle avoit une odeur de pétrole et une saveur salée,
SAL i3c,
cgalemOTit bien prononcées. Ce même dégagement de boue ,
d'eau salée et de gaz, a lieu sur plusieurs points de ce vallon
à fond plat.
Il est présumahle que le dégagement de gaz vient de la
même couche que celle qui renferme le bitume pétrole, qui,
au mont Zibio, est la partie dominante de l'épanchement.
C'est aussi l'opinion de M. Guidotli , professeur à Parme , et
qui a fort bien étudié ces lieux. Mais, en admettant cette
origine, il reste à déterminer à quelle division géognostique
appartient la roche ou le terrain qui renferme le bitume
et le selmarin , et d'où se dégage le gaz hydrogène ; nous
n'aborderons cette difficulté qu'après avoir fait connoître les
autres lieux où se présente le même phénomène.
Celles d'Italie, qui nous restent à mentionner, ne présen-
tent rien de remarquable et qui ne ressemble à ce qu'on
vient de décrire; ce sont:
1.° La salsc de Querzuola , près de Keggio , décrite par
Valisnieri, et les trois salses de Nirano, décrites par Spallan-
zani;
2.° La salse Délia Rocca Santa-Maria, décrite par M. Mes-
nard de la Groye ;
5.° Dans le Modénois, la salse de la Maina , décrite d'abord
par Spallanzani, et ensuite par M. Mesnard de la Groye;
4." Dans le Bolonois , celles de Sassuno près Castel S. Petro ,
et de Bergullo près d'imola, décrite par M. Angeli, médecin
d'imola. '
Les mêmes roches, les mêmes phénomènes, les mêmes ma-
tières épanchées ou dégagées, prouvent que ces salses ont la
même origine, la même position et la même cause.
La Sicile possède, près de Girgenti (Agrigente), une des
salses les plus célèbres même dans l'antiquité, et le mieux;
connues par la description que Dolomieu en a donnée sous le
nom de volcan d'air de Maccaluba : on y retrouve toutes les
circonstances particulières qui caractérisent ce phénomène.
C'est une colline en forme de cône tronqué , d'environ
1 M. Mesnard de la Groye a Jonné un extrait très-dét.iiUé de cetlf
description dans son grand Méijioire sur les salses, imprimé dans le
Journal de physique , i8i8, t. 86, p, 253, 343 et 417.
MO SAL
cinquante mètres d'élévation, composé d'une boue épaisse
et dénuée de toute végétation, et couverte, dans certaine
saison, d'une multitude de petits cônes, ayant chacun leur
cratère rempli d'une boue liquide noirâtre , et agitée par un
dégagement continu de gaz. Ce dégagement d'air est quel-
quefois si considérable, que c'est à ce phénomène géologique
qu'il doit son nom de volcan d'air ; il a lieu par paroxismes si
violens dans certains momens, qu'il élève la boue à près de
cent mètres, et lance au loin des matières terreuses et pier-
reuses.
I.'air dégagé est, suivant M. Daubeny , un mélange de gaz
hydrogène carburé et de gaz acide carbonique , ce qui con-
cilie l'observation de Dolomieu avec l'opinion de M. Mesnard
de la Groye. Il y a également épanchement de vase argi-
leuse, bitumineuse et salée, dont la température est plutôt
inférieure que supérieure à celle de l'atmosphère. Le sol est
composé de marne bleuâtre, que M. Daubeny rapporte au
terrain de sédiment supérieur, et je suis porté à admettre
cette opinion , qui n'infirme pas ce que j'ai dit plus haut sur
la position des couches qui fournissent les matières origi-
naires et qui donnent naissance au phénomène; car, jusqu'à
ce qu'on ai't établi d'une manière incontestable qu'il y a eu
une formation ou dépôt de selmarin dans le terrain d'argile
plastique, ou que ce sel peut s'y former, on devra être porté
à attribuer tous les terrains salifères non superficiels au seul
dont la position est reconnue, et qui peut s'étendre depuis
les terrains primordiaux de sédiment jusqu'au grès bigarré
inclusivement.
Ces mêmes phénomènes se trouvent en Asie, du moins on
ne peut se refuser d'y rapporter les faits décrits par Pallas.
Le premier a été observé en Crimée , dans l'île de Taman , dans
le détroit entre la mer Noire et la merd'Asof,à douze werstes
(environ 12 kilomètres) de la ville du même nom. Cette île est
remarquable par ses sources d'asphalte et par ses salses, qu'on
décrit ordinairement sous la dénomination de volcans boueux.
Les Tatares donnent au lieu oîi elles se trouvent le nom de
colline bleue , Kuhu-obo , ce qui indique la marne argileuse
bleuâtre qui caractérise les salses. Les paroxismes éruptifsde
celle-ci so2it. à ce qu'il paroît, bien plus violens que ceux
SAL 141
des salscs d'Italie. Le kuku-obo est situé à environ qtiatre-
vingts mètres au-dessus du niveau de la mer : dans une érup-
tion, qui eut lieu en 1794 , on vit s'élever d'abord avec beau-
coup de violence une colonne de fumée épaisse , à laquelle
succéda une gerbe de feu , puis un épanchement abondant de
vase chaude, mais dont la température n'étoit pas assez haute
pour altérer les végétaux qu'elle entoura. Cette vase couvroit
des espaces de plus de huit cents mètres en longueur, sur
cent vingt à deux cents mètres en largeur, et la masse sortie
dans cette éruption fut évaluée à plus de huit cent mille mètres
cubes. Cette vase bleuâtre éfoit parsemée de points de mica,
ce qui indique bien le terrain de macigno ou de traumate,
où elle avoit pris naissance. Or , on sait que le mica n'est
abondant que dans ces terrains et dans ceux de molasse, qui
appartiennent aux sédimens supérieurs. Il y avoit des pyrites,
des morceaux de fer hydroxidé brun, des efflorescences sa-
lines, des indices de certains bitumes, etc. ; par conséquent
tous les caractères des salses.
Le cratère d'où ces matières étoient sorties avoit environ
quatre mètres de diamètre.
MM. Parrot et Engelhardt, qui ont visité cette salse vers
1812, ont vu deux bassins d'environ seize mètres d'ouver-
ture, remplis d'une boue argileuse, d'où s'élevoit toutes les
trente ou quarante secondes une grosse bulle d'environ trois
décimètres de diamètre. La température de l'eau étoit de
~+- 29,*^ 4; celle de l'air étant de -|- 29,9. Le gaz qui se dé-
gageoit n'étoit ni combustible, ni propre à la combustion
et l'eau foiblement salée. On trouve dans le voisinage des
sources d'asphalte qui sortent d'un grès et d'un calcaire schis-
teux.
Le second lieu est connu principalement par la descrip-
tion de Kasmpfer. Cette salse est située sur le bord de la mer
Caspienne, dans la presqu'île d'Okorena , et non loin de
Backu : c'étoit, comme en Italie, etc., un monticule en cône
tronqué, d'où s'épanchoit une boue argileuse, avec des pa-
roxismes plus ou moins violens et accompagnée d'éjections de
Arases et même de pierres d'odeur bitumineuse , et de dé-
gagemens de gaz dont la nature n'a pas été déterminée.
Une eau salée , souvent assez limpide , sortoit de petits
342 SAL
monticules peu éloignés de la grande salse de Jugtopai
Le troisième endroit est dans Tile de Java , entre les dis-
iricts de Grobogan à l'ouest, et de Blora et Jipang à Test. Il
a été décrit par le docteur Horsficld, dans l'Histoire de l'ile
de Java de sir Thomas Stamford Raffles, et rapporté par M.
Mesnard de la Groye au phénomène des salses. En effet, il
est au centre d'un terrain calcaire d'où sort un grand nombre
de sources salées avec violence et apparence d'ébullition ; il
se fait remarquer par une émission violente, interrompue et
accompagnée d'un bruit souterrain d'une fumée qui s'élance
d'une espèce de grosse tumeur de boue visqueuse, noirâtre
et bitumineuse. Lorsque cette tumeur, après s'être élevée
jusqu'à vingt et trente pieds, vient à crever, elle jette assez
loin la vase qui en forme l'enveloppe. Ce phénomène se ré-
pète très -fréquemment.
M. Mesnard de la Groye rapporte à la même classe de phé-
nomènes celui qu'on a reconnu dans un ou deux îlots avoi-
sinant l'ile de Timor dans les Moluques, On y remarque des
cavilés d'où sortent, avec un murmure souterrain, des érup-
tions aqueuses et boueuses, qui forment des cônes d'environ
sept mètres de hauteur , ouverts à leur sommet en une espèce
de cratère : la boue est noire, a une odeur fétide, quelque-
fois sulfureuse et une saveur salée et stiptique.
Enfin, on retrouve encore ce phénomène dans le conti-
nent de l'Amérique, et il s'y présente avec un grand déve-
loppement. Il a été décrit par M. de Humboldt sous le nom
de volcan d'air de Turbaco ; le sol et les circonstances du
phénomène, susceptibles d'être représentés par le dessin, ont
été très-bien figurés dans une planche jointe à cette des-
cription.
C'est près du village indien de Turbaco, au Mexique, non
loin de Carthagène des Indes, que se trouvent les salses
décrites et figurées par M. de Humboldt ; les Créoles les nom-
ment les petits volcans. Le terrain de Turbaco est élevé de
plus de trois cents mètres au-dessus de l'Océan. Les salses
sont situées à six mille mètres à l'est du village, sur un ter-
rain qui est élevé de quarante à cinquante mètres au-dessus
du sol de Turbaco. Ce plateau est couvert de dix-huit à vingt
petits cônes de sept à huit mètres de haut : ils sont formés
s AL «45
d'une marne argileuse gris-noiràtre et portent à leur sommet
une ouverture remplie d'eau. Il se fait de ces sommets, à
certains intervalles, un dégagement d'air précédé d'un bruit
assez fort, mais sourd. M. de Humboldt a compté cinq explo-
sions en detix minutes. Ces explosions sont quelquefois accom-
pagnées d'une déjection de boue qui s'épanche sur les parois
des cAnes. L'air dégagé seroit ici, suivant M. de Humboldt,
du gaz azote plus pur que celui qu'on prépare dans les labo-
ratoires.
Le même naturaliste indique une salse à Cumacatar, près
de Campana, sur la côte de Paria. Elle donne lieu à de fré-
quentes détonations, quelquefois accompagnées de flammes
et d'éjections boueuses , dans lesquelles on reconnoît du soufre.
Elle se trouve entre le lac d'asphalte de la Punta de la Bréa,
à l'ile de la Trinité, et la source de pétrole de Maniquarez,
près Punta-Araya.
On assure qu'àMayaro, dans l'île de la Trinité , il y a une
salse qui fait entendre de fortes détonations. (B.)
SALSIFICA. (Bot.) Les Italiens, selon Daléchamps, nom-
ment ainsi le tragopogon crocifolium de Linnœus, qui est cul-
tivé comme plante potagère sous le nom de ccrciti ou salsifî.
(J.)
SALSIFIS, Tragopogon. {Bot.) Genre de plantes dicotylé-
dones, à fleurs composées , de l'ordre des senii-flosculeu ses , de
la sjngénésie polygamie égale de Linnaeus , offrant pour ca-
ractère essentiel: Un involucre ou un calice commun, com-
posé de plusieurs folioles alongées , toutes égales; des fleurs
semi-flosculeuses, hermaphrodites; un réceptacle nu et ponc-
tué; les semences striées en long, prolongées en un long bec
droit, terminé par une aigrette plumeusc.
Ce genre, depuis son établissement par Linné, a été divisé
par Scopoli , qui , sous le nom d'wrospermum , en a séparé les
espèces dont les semences sont striées transversalement, telles
que le tragopogon Dalechampii , picroides , asperum , etc.
Salsifis des prés : Tragopogon pratensis , Linn. , Lamk. , I//,
gen., tab. 646, fig. 2; Bull., Herb., 209; Fuchs , Hist., 821.
Cette plante a une racine charnue, fusiforme , laiteuse,
ainsi que la tige et les feuilles. Sa tige est lisse, cylindrique,
sijnple ou rameuse, fistuleusej haute de deux ou trois pieds.
144 S AL
Les feuilles sont alternes, sessiles , longues, étroites, aiguës,
très-glabres, élargies et creusées en gouttière vers leur base,
quelquefois un peu ondulées à leurs bords, traversées par une
nervure blanche. Les fleurs sont solitaires à l'extrémité d'un
long pédoncule cylindrique ; elles ont le calice souvent un peu
plus grand que la corolle, parfaitement glabre; la corolle
jaune , un peu brune en dessous; les anthères brunes. Les se-
mences sont rudes, alongées, un peu courbées. Cette plante
est très -'commune dans les prés , surtout dans les contrées
tempérées. J'ai observé que ses fleurs s'épanouissoient le matin,
lorsque le ciel n'est pas trop chargé de nuages, et qu'elles se
fermoient à midi, au moment de la plus grande chaleur.
On ne doit pas confondre cette plante avec le salsifis noir
d'Espagne, qui est une scorsonère {scorzonerahispanica , Linn.),
que l'on cultive comme comestible, ainsi que le salsifis blanc
{tragopogon ponifolium , Linn.). Celle dont il est ici question,
passe pour apéritive : elle est remplie d'un suc laiteux très-
doux. On en mange les Jeunes pousses dans le Nord , ainsi
que les feuilles et les racines, pourvu que ces dernières soient
enlevées de terre avant la pousse des feuilles. Leur goût ap-
proche beaucoup de celui du salsifis des jardins ou scorsonère
d'Espagne. Cette plante est très-bonne dans les pâturages;
tous les bestiaux la mangent, excepté les chèvres: elle est in-
commode dans les prés, parce qu'elle sèche difficilement.
Salsifis a fleurs changeantes ; Tragopogonmutabilis, Jacq. ,
Icon., 2, tab. 20. Cette plante a des tiges droites, glabres,
cylindriques, rameuses depuis leur base jusqu'à leur sommet.
Les feuilles sont sessiles, entières, lancéolées, acuminées ,
finement denticulées ; les inférieures presque longues d'un
pied, larges de deux pouces. Les fleurs sont solitaires, ter-
minales, légèrement odorantes. Leur calice est composé de
huit folioles lisses , verdâtres ; les demi-fleurons se développent
successivement, varient dans leur longueur, et sont ordinai-
rement de couleur blanche , quelquefois roses, avec des stries
plus rouges; les anthères jaunâtres, avec des stries brunes ;
les stigmates jaunes; les semences glabres, cendrées, surmon-
tées d'une aigrette pédicellée, plumeuse, en toile d'araignée,
avec cinq poils plus longs. Cette plante croit dans la Sibérie.
Salsifis ÉLEVÉ: Tragopogon majus? Jàcq.,FLAust., 1, tab. 29;
SAL 145
Lamk. , Illuslr. gen., 646, fig. 1. Cette plante, rapprochée
du tragopogon pratensis, a des tiges très - élevées , des feuilles
roides, simples , glabres, entières; des fleurs solitaires et ter-
minales; les pédoncules renflés vers leur sommet, terminés
par une seule fleur ; le calice plus long que la corolle ; les de-
mi-fleurons arrondis , et non tronqués à leur sommet. Cette
plante croît dans l'Autriche.
Salsifis a feuilles ondulées; Tragopogon undulatus , Jacq.
Jcon. rar., 1, tab. ig. Cette espèce a des racines fusiformes
de la grosseur du doigt ; ses tiges sont droites , hautes de six à
huit pouces, revêtues d'un duvet caduc et lanugineux, gar-
nies de feuilles linéaires, lancéolées, aiguës, sessiles, embras-
santes , rudes à leurs bords ; les inférieures longues d'un pied;
les supérieures plus étroites , ondulées. Les fleurs sont termi-
nales et solitaires ; le calice est composé de huit à treize folioles
de la longueur des demi-fleurons: ceux-ci sont d'une couleur
de soufre clair ; les semences rudes , cendrées , surmontées
d'aigrettes plumeuses , médiocrement pédicellées. Cette plante
croît dans l'Asie , sur le mont Taurus.
Salsifis a feuilles de poireau : Tragopogon porrifolius
Linn. , Spec; Camer. , Epit, , 3 1 3 ; vulgairement Salsifis blanc ,
Salsifis des jardins. Cette espèce a une racine blanche , char-
nue, fusiforme. Ses tiges sont droites, hautes de deux ou
trois pieds, lisses, cylindriques, fistuleuses, striées et ra-
meuses. Les feuilles sont alternes, embrassantes, très-alon-
gées, un peu étroites, glabres à leurs deux faces, très-aiguè's,
creusées en gouttière à leur base, droites, entières, un peu
cotonneuses à leur insertion. Les fleurs sont solitaires, ter-
minales , supportées par de longs pédoncules fistuleux, très-
renflés à leur sommet. Les calices sont glabres , plus longs que
la corolle, composés de huit à dix folioles lancéolées, acu-
minées. La corolle est d'un pourpre violet plus ou moins
foncé. Cette plante croît en Suisse et dans les départemens
méridionaux de la France. On la cultive dans les jardins.
Ses racines fournissent un aliment sain et léger; elles passent
pour diurétiques, apéritives et pectorales. On les croît infé-
rieures à celles du salsifis noir [scorzonera hispanica, Linn.),
le plus généralement cultivé.
Salsifis d'Orient: Tragopogon orientalis , Linn., Spec; Ca-
47* 10
w,6 SAL
mer., Epit., 5 12. Quoique très- rapprochée du tragopogon
pratensis , cette espèce en diffère par plusieurs caractères. Ses
tiges sont droites , glabres , épaisses, cylindriques , striées, ra-
meuses; les feuilles sont sessiles , alternes, embrassantes,
presque ensiformes, glabres, un peu ondulées à leurs bords ,
aiguës , acuminées. Les pédoncules sont droits , solitaires ,
terminaux , uniflores, renflés vers leur sommet ; ils supportent
une grande fleur, dont le calice est composé de folioles gla-
bres, larges, ovales, concaves, longuement subulées. La co-
rolle est entièrement jaune; les demi-fleurons de la circon-
férence sont plus longs que le calice; les semences oblongues,
striées , presque à quatre angles, un peu ailées, chargées d'as-
pérités sur leurs angles, surmontées d'une aigrette luisante,
un peu roussàtre, supportée par un long pédicelle subulé.
Cette plante croît dans le Levant et la Perse.
Salsifis a feuilles de safran: Tragopogon crocifolius, Linn. ,
Spec, ; Column., Ecphr., 1, tab. aoo. Cette plante , qui a
beaucoup de rapports avec le tragopogon porrifolius , s'en dis-
tingue par ses tiges beaucoup plus basses, par les folioles de
son calice moins nombreuses, rarement au-delcà de cinq; par
•les demi-fleurons en bien plus petit nombre. Sa racine est
grêle , fusiforme ; ses tiges sont à peine hautes d'un pied : elles
sont glabres, striées, fistuleuses , médiocrement rameuses,
garnies de feuilles sessiles, alternes, longues, fort étroites,
très-aiguës, se rapprochant de celles du safran , glabres, en-
tières; elles forment à leur base une gouttière remplie d'un
duvet blanc. Les fleurs sont solitaires, terminales ; le pédon-
cule terminal est un peu renflé ; le calice plus long que la co-
rolle, à folioles étroites, acuminées; la corolle violette, un
peu jaune dans le centre, composée seulement de deux rangs
de demi-fleurons. Cette plante croît en Italie, dans les dépar-
temens méridionaux de la France, aux environs de Montpellier.
Salsifis VELU : Tragopogon villosus , Linn., Spec; Pallas ,
Itin., 2, pag. 302. Cette espèce se distingue aux poils blan-
châtres qui recouvrent toutes ses parties. Ses tiges sont droites,
cylindriques, très-élevées, rameuses, pubescentes et velues.
De l'aisselle des feuilles sortent des rameaux diff"us , paniculés.
Les feuilles sont alternes, sessiles, fort longues, entières,
étroites, presque ensiformes, acuminées, velues à leurs deux
SAL 147
faces; les pédoncules sont solitaires, terminaux, velus far-
inant par leur ensemble une sorte de panicule, à cause du
grand nombre des rameaux. Les fleurs sont inclinées à l'é-
poque de la floraison ; les calices légèrement velus , à neuf
folioles étroites, alongées, très-acuminées, presque une lois
plus longues que la corolle : celle-ci est d'un jaune pâle
composée d'environ dix-huit fleurons. Les anthères sont bru-
nes ; les semences étroites, surmontées d'une aigrette plu-
meuse , longuement pédicellée. Cette plante croit en Espagne
et dans la Sibérie. (Foir.)
SALSIFIS D'ESPAGNE. (Bot.) C'est la Scorsonère. Voyez
ce mot. ( Lem. )
SALSIGRAMME. (Bot.) C'est, selon M. Bosc, un des noms
du geropogon. ( Lem. )
SALSILLA. (Bot.) Nom péruvien, cité par Feuillée , de
V alstroemrria salsilla de Linnseus. ( J. )
SALSIRORA. (Bo/.) Thalius, dans sa Flora hercfnica, nom-
moit ainsi le rossolis. ( J. )
SALSOLA. (Bot.) C'est le nom latin du genre Soude. (L. D.)
, SALSO VIE. (Bo£.) Voyez Salicor. (J.)
SALTATOR. (Ornith.) Nom latin et générique donné pac
M. Vieillot aux hahias de d'Azara. (Ch. D.)
SALTIGRADES. (Entom.) Tribu d'insectes aptères delà
famille des acérés, fondée par M. Latreille , et dont soa
genre Saltique est le type. Voyez ce mot. ( Desm. )
SALTIQUE. (Entom.) M. Latreille a proposé ce nom pour
désigner un genre dinscctes aptères, delà famille des acérés
ou aranéïdes , correspondant au genre Atte , Attus , de M.
Walckenaër; telle est l'araignée à chevron, que nous avons
décrite sous le n." 54, et toutes celles dont les numéros pré-
cèdent , dans les 1 C' et 1 7.*" sections du genre Araignée. Voyez
ce mot, tom. I.*^", pag. 345. ( C. D.)
SALUCA. (Bot.) Nom brame, cité par Rhéede, de Vamhel
du Malabar, njmphœa lotus. (J.)
SALUI. (Ornith.) Nom arabe de la caille, coturnix, qu'on
écrit aussi shaliu. (Ch. D.)
SALUS. (Ornith.) Belon , page 357, donne ce nom latin
comme correspondant à Vœgithus d'Aristote , en grec, pour
désigner la linotte. (Ch. D.)
»48 S AL
''SALUTH. (Ichthyol.) Nom suisse du mal ou siluriis glanis
de Linnaeus. Voyez Silure. (H. C. )
SALUZ. (Ichthj^ol.) Voyez Sai.utw. (H. C.)
SALVADORE , SaWadora. {Bot.) Genre de plantes dicoty-
lédones, cà fleurs complètes, monopétalées, de la famille des
atriplicées , de la tétrandrie monogjnie de Linnapus , offrant
pour caractère essentiel: Un calice à quatre divisions ; une
corolle à quatre découpures profondes ; un ovaire supérieiir;
le style court; un stigmate simple; une baie globuleuse , à
une seule loge ; une semence revêtue d'un arille calleux.
SAtVADORE DE Perse : Salvadova persica , Linn. , Lamk. , III.
gen., tab. 8] : Roxb., Corom. , i, tab. 26; Ri^'ina paniculata ,
Systé nat.; Cissus arborea, Forsk. , Flor. /Egjpt. , pag. 52 ;
Emhelia grossularia , Retz, Obs. , 4, pag. 24. Arbrisseau à
tige glabre , divisée en rameaux opposés , cylindriques , un
peu pendans. Les feuilles sont pétiolées , opposées, ovales ,
oblongues, aiguës ou acuminées, épaisses, un peu charnues,
glabres, entières; les pétioles courts. Les fleurs sont disposées
en grappes terminales, solitaires, axillaires, formant parleur
ensemble une panicule étalée. Les pédoncules se divisent en
quelques rami6cations étalées , et soutiennent de petites fleurs
pédicellées. Leur calice est glabre, fort petit; ses divisions sont
ovales, un peu obtuses; sa corolle verdàtre , à quatre divi-
sions ovales, obtuses, réfléchies et roulées en dehors, persis-
tantes avec le fruit; les étamines un peu plus longues que la
corolle; les anthères arrondies; l'ovaire un peu ovale, sur-
monté d'un style court. Le fruit est une baie de la grosseur
d'un pois, de couleur jaune ou noirâtre, renfermant une se-
mence arrondie. Cette plante croît dans les Indes orientales ,
sur les bords du golfe persique , dans l'Arabie. D'après
Forskal , les Arabes font grand cas de cette plante : ils en
mangent les fruits, lorsqu'ils sont parfaitement mûrs. Les
feuilles passent pour résolutives, étant appliquées broyées sur
les tumeurs et les bubons^ elles jouissent surtout d'une grande
réputation comme contre- poison, et ont été chantées à ce
litre par quelques poètes arabes.
Sai.vadore a petites têtes ; Sahadora capitulafa , Lour. , FI.
Coch. , 1 , pag. no. Arbre de médiocre grandeur, très-ra-
meux, à feuilles alternes, très-médiocrement pétiolées , rudes.
s AL i4y
ovales , acuminées, inégalement dentées en scie. Les fleurs
sont axillaires, réunies environ au nombre de huit sur un
long pédoncule commun ; elles ont le calice persistant , à quatre
ou cinq divisions; point de corolle; quatre étamines; les tila-
mens subulés, réfléchis, une fois plus longs que le calice ; lu
stigmate bifide. Le fruit est une petite baie jaune, arrondie,
à une seule loge, renfermant une semence arillée. Cette
plante croît dans les forêts, à la Cochinchiue. (Poia.)
SALVELINE. (Ichthjol.) Nom spéciEque d'une Truite,
Voyez ce mot. (H. C.)
SALVERTIA. ( Bot. ) Plante mentionnée par M. Auguste
Saint- Hilaire sous le nom de salverlia convallariœ odora (à
odeur de muguet). « Cette plante , dit l'auteur, mérite si
« bien son nom, que, ayant fait revenir dans un verre d'eau
« une fleur desséchée depuis six ans, et qui avoit été passée
« plusieurs fois à la vapeur du soufre, elle communiqua
« encore à l'eau une odeur très-forte du muguet. » Ce genre
est très- voisin du vochisia et appartient à la famille des vo'
chisiées d'Aug. Saint- Hilaire. L'étamine fertile est opposée, à
un pétale, et les rudimens des autres étamines à deux autres
pétales, comme dans le vochisia, Voyez Mém. du Mus., vol. 9,
pag. 340. ( PoiR.)
SALVIA. (Bot.) Nom latin du genre Sauge. (L. D,)
SALVIFOLIA-ARBOR. (Bot.) Le micocoulier d'Orient ,
celtis orientalis , Linn. , est figuré sous ce nom dans l'Alma-
geste de Plukenet, tab. 231 , fig. 4, selon Burmann. (Lem,)
SALVINIA. {Bot.) Genre de la famille des rhizospermes
ou marsiléacées , établi par Michéli, et que Linnaeus avoit
confondu avec son Marsilea, d'où Adanson, Jussieu , Lamarck
et Hoffmann l'ont retiré avec raison: depuis il a été géné-
ralement admis. Dans ce genre curieux la fructification, d'où
dérive son caractère générique , est donné par des capsules
géminées , groupées quatre à dix ensemble aux aisselles des
ramifications des racines: chaque capsule est arrondie, mem-
braneuse, uniloculaire, et contient une multitude de séminules
ou globules , attachées chacune à la base par un cordon ombi-
lical ; sa surface est hérissée d'aspérités ou petites houpes de
poils que plusieurs botanistes considèrent comme des éta-
mines, Michéli, et Adanson après lui, ont cru apercevoir des
i5o SAL
fleurs mâles dans les tubercules qui couvrent les feuilles de
l'espèce commune , et qui sont terminées par un à quatre fila-
mens articulés, qu'ils ont pensés pouvoir être des étamines ,
ce qui n'est nullement prouvé.
Les salvinia s'éloignent des autres rhizospermes par leurs
feuilles roulées en crosse à leur naissance ; par leurs cap-
sules membraneuses et uniloculaires. L'espèce principale a
été l'objet des observations de Guettard , Hedwig, Vaucher
fils, Savi, etc. M. Vaucher fils, qui l'a suivi dans sa germi-
nation, a observé que les nombreuses séminules qui sont
dans les capsules, sont fixées par autant de cordons ombili-
caux à un axe central; que ces séminules, dans l'acte de la
germination, commencent par laisser échapper de leur som-
met une matière verte en masse tridentée, qui se dilate,
donne naissance à un prolongement radiculaire , bifurqué,
à branches écartées; qu'il sort de la partie supérieure, et
d'entre deux espèces de cornes, une première feuille pé-
tiolée , (assez grande, que M. Vaucher considère comme un
cotylédon : la plante se développe ensuite. (Vauch., Ann.
du Mus. hist. , vol. 18, p. 404.)
Les salvinia sont des plantes lacustres qui nagent à la sur-
face des eaux; leups branches, quelquefois très-rameuses et
enlacées, sont garnies de frondes ou feuilles planes, ellipti'
ques, ovales ou arrondies, disposées sur deux rangs opposés,
dont la surface est garnie de faisceaux de soies qui la ren-
dent raboteuse ou âpre au toucher, et qui, comme nous
l'avons fait observer, ont été pris pour des fleurs mâles. Ces
organes manquent dans quelques espèces.
Au-dessous des feuilles et sur les branches ou racines nais-
sent des faisceaux de racines capillaires, articulées, dentelées,
qui forment autant de sortes de bourse , au fond desquels sont
logés les capsules en un seul groupe.
On connoît cinq espèces dans ce genre; une seule est indi-
gène, les autres sont exotiques et demandent à être exami-
nées de nouveau.
Le Salvinia nageant : Sali'inia natans , HofiFm. , Germ., 2,
p. 1; Lamk. , Illust. , pi. 863; Mich., Gen., pi. 58; Marsilea
natans, Linn.; Hedw. , Theor. , pi. 8 , fig. ï — 5 ; Guett.,Mém.de
l'acad.dePar. , 1762, p. 545, pi. 29, fig. 1 ; Marsilea salyinioides ,
SAM i5t
Neck. m Acf. pal., 3 ; Phjs. , p. 297 , pi. 21. La tige de cette
espèce est grêle, flottante, longue de quatre à cinq pouces,
garnie de feuilles opposées, nageantes, planes, elliptiques,
à peine pëtiolées, traversées dans la longueur par une ner-
vure peu apparente; leur surface est rude par suite des nom-
breux faisceaux de soies qui les garnissent: elles sont un peu
velues en-dessous; les pétioles sont velus, et les capsules pres-
que sessilcs et agglomérées; la racine principale est perpen-
diculaire, rameuse et également munie de fructifications.
Cette plante annuelle se trouve dans les eaux stagnantes,
en Italie, en Allemagne et dans le Midi de la France.
Les autres espèces de ce genre sont le Salvinia lœyîgata, qui
se trouve en Colombie et découvert par MM. de Humboldt
et Bonpland ; le Salvinia rotundifolia , AVilld., rapporté du
Brésil par Hoffmannsegg ; le Salvinia hispida, Willd. , men-
tionné dans VHortus berolinensis; enfin , le S. auriculata d'Au-
blet, qui croît dans les eaux de Cayenne. Cette dernière s'é-
loigne de ce genre par ses capsules bivalves, portées sur des
pédoncules rameux ; ses graines sont fixées à un placenta
rameux : caractères qui pourroient autorisera faire un genre
nouveau de cette plante. Elle paroît être la même espèce que
le Salvinia rotundifolia , Willd. (Lem.)
SALWEDELIA. (Bot.) Genre établi par Bridelaux dépens
du Bryum de Linnaeus, et qui n'a point été admis. (Lem.)
SAMABRAS. (Erpétol.) Nom arabe d'une salamandre ter-
restre. Voyez Salamandre. (H. C. )
SAMADERA (Bol), Gaertn., De fruct. , tab. i56. Plante
qui ne nous est encore connue que par son fruit, qui, d'après
Gœrlner, est une noix subéreuse et ligneuse, à demi-courbée
en croissant, comprimée, lenticulaire ^ assez grande, char-
gée de quelques varices dans son milieu , glabre à son con-
tour, de couleur de paille ou d'un jaune clair, un peu lui-
sante. Le bord supérieur est droit, épais, creusé, dans sa
longueur, d'un sillon terminé vers son sommet par un tuber-
cule oblong; le bord inférieur arrondi en arc , aminci et
comprimé; une seule loge indéhiscente; une semence assez
grande, ovale, presque en rein, très - glabre , d'un jaune
cannelle ou un peu roussâtre , marquée , à son bord ex-
térieur , d'une échancrure où se place la radicule ; point
i52 SAM
de périsperme. Ce fruit est originaire de l'île de Java.
Ce genre, fait par Gaertner, paroît être le même que le
NioLa de M. de Lamarck, et il est conservé sous ce nom
dans le Prodromus de M. De Candolle. Il paroit cependant
que Gœrtner a l'antériorité. La réunion de ses caractères
semble le rapprocher dessimaroubées; cependant M. De Can-
dolle le place à la suite des malpighiacées. Voyez Saman-
DURA. (POIR.)
SAMAK-UCHUHAUK. (Ornith.) Nom que porte, à la
baie d'Hudson , la grue brune de BuSbn , ardea canadensis.,
Linn. et Lath. (Ch. D.)
SAMALEIK. {Ornith.) L'oiseau ainsi nommé à Céram paroit
être le petit paradisier émeraude; le même qu'on appelle
toff'ou à Ternate, et tshakke aux îles Serghiles près de la Nou-
velle-Guinée. (Ch. D.)
SAMALIE. {Ornith.) M. Vieillot a formé sous ce nom un
genre particulier de quelques-uns des oiseaux, dont la des-
cription se trouve dans ce Dictionnaire, sous le mot Para-
disier. (Ch. d.)
SAMALITO. ( Bot. ) Nom mexicain du feus complicata ,
Kunth, qui croît sur les collines près de Guasinthan, au
Mexique, où il est également nommé amesquite. (Lem.)
SAMANCA. {Bot,) A Java et da,ns des îles voisines on
nomme ainsi, suivant Rumph , son ariiguria indica , qui est la
pastèque, cuçurbita citrullus. (J. )
SAMANDURA. {Bot.) L'arbre nommé ainsi à Ceilan, sui-
vant Hermann, a été rapporté par Linnaeus, dans son F/.
Zeyl' , au nagam du Malabar, décrit et figuré par Rhéede,
qui est VHeritiera . littoralis d'Aiton et Schreber, que MM.
Kunth et De Candolle rapportent aux sterculiniées. On réunit
au même genre le halanopteris tothila de Gœrtner , 2 , 94 ,
t. 99 , que cet auteur dit être le tothila ou tothija de Her-
mann , Mus. Zeyl., 48. Cette citation, comparée à celle de
Linnasus , laisse des doutes sur l'identité des noms mentionnés
d'après Hermann ; mais il paroît au moins que les genres
d'Aiton et de Gaertner ne diffèrent pas. On ajoutera que
le samandura dont il est ici question , ne doit point être
confondu avec le samadera de Gœrtner , qui appartient a,u.^
simaroubées. Voyez Samadera et Heritiera, (J.)
SAM i53
SAMAR-DABHUS. (Bot.) Nom arabe du cyperusfastigiatus
de Forskal. (J. )
SAMARA. [Bot.) Genre de plantes dicotylédones , à fleurs
complètes, polypétalées, de la famille des rhamnées, de la lé-
trandrie monogjnie de Linnœus , offrant pour caractère essen-
tiel: Un calice fort petit, persistant, à quatre folioles, quatre
pétales creusés en fossette à leur base; quatre étamines ; les
filamens très-longs, placés dans la fossette des pétales; un
ovaire supérieur; un style terminé par un stigmate en forme
d'entonnoir; un drupe monosperme.
Samara des Indes : Samara lœta, Linn., L,amk., III. gen, ,
lab. 74; Burm., Zej4. , tab. 3i ; Memecylon umhellatum , Flor.
Zeyl. , 469. Très-bel arbre des Indes, dont les rameaux sont
alternes, revêtus d'une écorce blanchâtre, cendrée, garnis
de feuilles seulement à leur partie supérieure, l'inférieure
occupée par les fleurs; ces feuilles sont opposées, médiocre-
ment pétiolées, ovales, obtuses, vertes, glabres à leurs deux
faces, entières; les fleurs sont petites, placées au-dessous des
feuilles ; elles sont disposées en petits corymbes très-rappro-
chés, très -nombreux , presque en ombelles très- courtes.
Chacune des fleurs est pédicellée ; quand elles sont fermées,
elles ressemblent à de petits globules qui s'ouvrent en forme
d'étoile par un calice fort petit, à quatre découpures aiguës,
et par une corolle à quatre pétales jaunâtres. Les étamines
sont très-saillantes; les filamens placés dans la fossette située
à la base de chaque pétale. Le fruit est un petit drupe glo-
buleux , à une seule semence. Cette plante croit dans les
Indes orientales.
Samara coriace; Samara coriacea , Swart. , Poir. , Encycl,
Arbre de vingt à trente pieds, dont les rameaux sont alternes,
lisses, presque tétragones , garnis de feuilles alternes, pétio-
lées, ovales, lancéolées, aiguës, roides, membraneuses, très-
entières, d'un vert foncé, glabres à leurs deux faces, ner-
veuses, veinées; les pétioles courts. Les fleurs sont latérales,
axillaires, fort petites, sessiles , blanchâtres, agglomérées par
paquets nombreux, très - rapprochés. Les calices sont fort
petits, à quatre folioles ovales, aiguës, à peine longues d'une
demi-ligne; les pétales trois fois plus longs que le calice,
pblongs, un peu aigus; les filamens courts, insérés à la base
ï54 ' SAM
despëtales; l'ovaire est globuleux; le style très-court; le stig-
mate grand, ovale : les fruits sont noirâtres , à une seule loge ,
de la grosseur d'un grain de poivre. Cette plante est tres-
rapprochée des mjrsines et peut-être dcvroit y être réunie:
elle croit dans les forêts, sur les montagnes de la Jamaïque.
(PoiR.)
SAMARA. (Bot.) Un des noms du fruit de l'orme chez les
I,atins et les Grecs. Les botanistes l'ont consacré a cette sorte
de fruit. (Lem.)
SAMARA. [IchthjoL) Voyez Sammara. (H. C.)
SAMARE. (Bot.) Nom donné par Gaertner au fruit (carcé-
rule) (le l'orme. (Mass.)
SAMARMAR. ( Ornith. ) C'est ainsi que les Arabes et les
habitans du Mogol et d'Alep nomment le merle rose, turdus
roseus , Linn. et Lath. , qu'ils ont en grande vénération,
(Ch. D.)
SAMARRHICH. {Bot.) Voyez Ramich. (J.)
SAMATITO, AMESQUITE. (Bot.) On donne ce nom, dans
le Mexique, à un Gguier, ficus complicata de la Flore équi-
noxiale. (J.)
SAMBAC (Bot.) Nom arabe d'un mogori , mogorium sani'
lac, dans la famille des jasminées. (J.)
SAMBALI. [Bot.) Voyez Necundo. (J.)
SAMBANG-BASSAER. [Bot.) Nom du conjza Idrsuta, dans
l'île de Java. ( J.)
SAMBARANA. (Bot.) Suivant Clusius on nomme ainsi,
dans le Malabar, un bois odorant semblable au santal blanc,
employé par les habitans en fomentation , lorsqu'ils sont atta-
qués des lièvres. (J.)
SAMBA YA. {Bot.) Nom malais d'une zédoaire cité par C.
Bauhin. ( J. )
SAMBE. {Ornith.) C'est le nom du flammant , phanicop~
terus, à Madagascar. (Ch. D. )
SAMBEQUIER. (Bot.) Nom provençal du sureau, cité par
Garidel. L'yèble est nommé saupuden. (J. )
SAMBONG. (Bot.) Nom donné, dans l'île de Bala, voisine
de Java, à Vappendix laciniata de Rumph , qui est le potlios
palmata de Linnaeus. (J.)
SAMBU. {Bot.) En Provence et dans quelques autres par-
SAM iS5
(les du Midi de la France le sureau porte ce nom. (L. D.)
SAMBUC. {Bot.) Gouan cite ce nom languedocien du su-
reau , qui dérive évidemment de son nom lalin samhucus , et
fournit une preuve de plus du rapport entre la langue la-
tine et les idiomes de quelques provinces méridionales de la
France. L'obier , viburnum opulus, est nommé dans les mêmes
lieux sambuc-rosa. ( J.)
SAMBUCUS. {Bot.) Nom latin du genre Sureau. (L. D.)
SAMBULAGUAN. {Bot.) Nom cité par Camelli d'un grand
arbre des Philippines, qui a le bois rouge, les feuilles com-
posées, les fleurs jaunâtres et les fruits semblables à ceux da
rosier. (J.)
SAME. {Jchfhyol.) Un des noms vulgaires du mugil cephalus
ou mulet de mer. Voyez Muge. (H. C.)
SAMEL. ( Ornith.) Le moineau commun , fringilla dômes-
tica , est ainsi appelé en arabe , suivant Forskal , qui le nomme
dans ses Descripliones animalium , page n , passer salacissimuSt
(Ch. d.)
SAMENO. {Bot.) Nom brame du patsjotti du Malabar,
cité par Rhéede. Adanson en fait son genre Patsjotti, qu'il
rapporte à sa famille des onagres, et auquel il réunit le strump-
Jia de Jacquin , genre américain qui rend cette réunion dou-
teuse. Burmann fils , dans sa Flora indica, en fait, peut-être
plus justement, une variété de son acalypha spicijlora. (J.)
SAMENOTTI. {Bot.) Nom brame du latou -patsjotti du Ma-
labar, dont Burmann fils fait une variété du crolon castanei-
folium. (J.)
SAMERARIA. {Bol.) M. Desvaux, dans le Journal de bo-
tanique , vol. 3 , pag. 161, tab. 24 , fîg. 6 , dans un mémoire
sur les plantes crucifères, a établi ce nouveau genre pour
une espèce de pastel, isatis armena, Linn. , distinguée des
autres par une petite silique presque orbiculaire , à loge
centrale, coriace, tuberculeuse , indéhiscente , monosperme,
bordée d'une large membrane foliacée. Séparer des pastels
une espèce qui, avec tous les caractères de ce genre, n'offre
de différences que dans la forme arrondie et non alongée de
la silique , et dans la consistance de ses bords plutôt mem-
braneux que coriaces, n'est-ce pas convertir en caractère
générique ce qui n'est qu'une distinction spécifique? De pa-
ï55 SAM
reilles réformes peuvent- elles contribuer aux progrès de la
science? Ce genre, adopté d'abord par M. De CanHolle, est
replacé par lui dans Ylsatis, dont il caractérise seulement une
section. (Poir.)
SAMETHOUNLE. (Ornith.) C'est, dans Gesner, le raie
d'eau, rallus aq^aicus, Linn. (Ch. D.)
SAMIER. ( Conchjl. ) C'est le nom vulgaire qu'Adanson a
donné (Sénég., page 122, pi. 8) à une coquille du geure
Murex, M. Irigonus de Gmelin. (De B.)
SAMMAR. {Bot.) Nom arabe du juncus spinosus de Fors-
kal. (J.)
SAMMARA. (Ichtliyol.) Nom spécifique d'un poisson , rap-
porté par Linnaeus au genre Sciène. Voyez ce mot. (H. C.)
SAMME. [Bot.) Nom arabe du bromus poœformis de Fors-
kal. (J.)
SAMOCA. {Bot.) Geoffroy cite ce nom portugais d'un arbre,
qui est son celastrus lusilanicus. (J. )
SAMOLE; Samolus , Linn. {Bot.) Genre de plantes dicoty-
lédones monopétales, de la famille des pr/mu/acees, Juss., et
de la pentandrie monogjnie de Linnaeus , qui offre les caractères
suivans : Calice monophylle , divisé dans sa partie supérieure
en cinq découpures; corolle monopétale, hypocratériforme,
à limbe partagé en cinq lobes obtus, avec cinq petites écailles
situées à la base des échancrures; cinq étamines à filamens
courts, insérés sur le tube de la corolle; un ovaire demi-in-
fère, surmonté d'un style filiforme , à stigmate en tête; une
capsule uniloculaire , à cinq valves, renfermant des graines
menues, nombreuses, attachées sur un placenta central.
Les samoles sont des plantes herbacées, à feuilles entières,
alternes et à fleurs disposées en grappe ou en corymbe. On en
connoît sept espèces, dont une seule croît naturellement en
Europe.
Samole de Valérand ou Samole aquatique, vulgairement
Mouron d^eav : Samolus Valerandi, Linn., 5p., 240; FI. Dan.,
tab. 198. Sa racine est fibreuse, bisannuelle ou peut-être vi-
vace; elle produit une tige droite, haute de huit à douze
pouces, simple inférieurement, légèrement rameuse dans sg.
partie supérieure, garnie à sa base de feuilles ovales, pétio-
lées, glabresj les feuilles supérieures sont sessiles. Ses fleurs
SAM i57
sont blanches, assez petites, pëdonculées et disposées en grappe
terminale. Cette plante croit dans les lieux aquatiques et sur
les bords des ruisseaux, en Europe, en Asie, en Afrique et
même en Amérique. ( L. D.)
SAMOLOÏDE. {Bot.) Espèce de véronique, en usage en
guise de thé, en Angleterre, selon Bomare. (Lem.)
SAMOI.OÏDES. (Bot.) Boerhaave nommoit ainsi le capra-
ria de Linnaeus. ( J. )
S4M0LUS. ( Bot.) Nom latin du genre Samole. Chez les
anciens le samolus étoit une plante marécageuse , que les
Druides cueilloient avec des cérémonies superstitieuses et
qu'ils employoient pour guérir les bestiaux de certaines ma-
ladies ; quoique les premiers botanistes aient transporté ce
nom au samolus valerandi , Linn. , ils n'ont point tous pensé
que ce pût être l'ancien samolus, lequel peut avoir été la
harbarée, plante marécageuse, que dans quelques parties de
la France on cueille avec des circonstances analogues et dans
le même but, le jour de la Saint- Roch. (Lem.)
SAMPACCA. (Bot.) C'est sous ce nom indien que Rumph
décrit et figure plusieurs espèces du genre Michelia de Lin-
nasus , qui est le champaca du Malabar; il nomme de même le
liriodendrum lilifera de Linnaeus. Voyez Champac. (J. )
SAMPAGOU. (Bot.) Arbrisseau de la Chine, à fleurs plus
odorantes que celles du jasmin , mentionné dans le petit Re-
cueil des voyages, que l'on transporte facilement en pot d'une
province dans une autre : il n'y a pas dans ce recueil d'autre
indication qui puisse faire connoître son genre. (J.)
SAMPSOS. [Bot.) Nom épyptien , cité par Ruellius et Adan-
son, du Fccniculum erraticum des anciens, selinum carvifolium
de Linnœus. (J.)
SAMPSUCHOU , SAMPSYCHOU , SAMPSUCHUS et SAMP-
SUCUS. {Bot.) Noms que les Grecs ou les Latins donnoient
à des piaules odoriférantes, qu'on présume avoir été notre
marjolaine et quelques espèces de thym. (LeiM.)
SAMSAIN. ( Bot. ) Nom arabe du sésame , cité par Rauwolf.
Il est aussi nommé samsan. On nomme encore le hêtre sansan
à Constantinople, suivant Forskal.(J. )
SAMSTRAVADI , CAÏPATSIAMBU. {Bot.) Noms malabares
àe ïeugenia racemosa de Linnaeus, maintenant Stravadium ,
i58 SAM
genre distinct , rapporté aussi à la famille des myrtées. C'est
le sadapilU des Brames. (J. )
SAMUDRA-TSJOGAM. {Bot.) Nom malabare , cité par
Rhéede, d'un liseron à très- grandes feuilles en cœur, qui
est le convolvulus nervosus de M. de Lamarck. (J.)
SAMYDA. {Bot.) Ce nom grec du bouleau a été appliqué
par Linnaeus à un genre très - différent , type d'une nouvelle
famille. (J.)
SAMYDE, Samyda. {Bot.) Genre de plantes dicotylédones,
à fleurs incomplètes, de la famille des samjdées , Vent., de
la décandrie monogynie de Linneeus , offrant pour caractère
essentiel : Un calice tubulé , persistant , coloré , à cinq ,
quelquefois quatre divisions inégales ; point de corolle; de-
puis huit jusqu'à dix-huit étamines courtes , attachées à l'ori-
fice du tube du calice; les filamens larges, membraneux,
réunis en tube à leur partie inférieure; les anthères à deux
loges, s'ouvrant dans leur longueur à leur côté intérieur;
un ovaire sessile , supérieur; un style; un stigmate en tête;
une capsule uniloculaire , s'ouvrant au sommet en trois ou
cinq valves; les semences en baie, insérées sur les valves,
marquées à leur base d'une ouverture ombilicale; le péri-
sperme charnu; l'embryon renversé, placé à la partie supé-
rieure du périsperme.
Le genre Casearia ayant été oublié dans ce Dictionnaire,
très - rapproché d'ailleurs des Scrnyda , nous le plaçons à
leur suite. Il en diffère particulièrement par les étamines,
au nombre de huit ou dix , quelquefois six , douze ou quinze ;
les filamens monadelphes à leur base, et entre chacun d'eux
une écaille courte, velue , qui sont probablement autant de
filamens stériles; le style quelquefois trifide et à trois stig-
mates; la capsule à trois , quelquefois quatre valves , unilo-
culaire.
"' Samyda.
Samyde velue; Samjda villosa, Swart. , Flor. Ind. occid., 2,
pag. 768. Cette plante a des tiges droites, hautes de six à
sept pieds; les rameaux étalés, cylindriques, pubescens et
velus. Les feuilles sont alternes, pétiolées , oblongues , un
peu acuminées , à peine denticulées; molles^ soyeuses; les
SAM 169
nervures de la face inférieure chargées de poils bruns. Les
fleurs sont axillaires, solitaires, assez grandes, blanchâtres,
pédonculées. leur calice est tubulé , divisé à sa moitié supé-
rieure en cinq découpures oblongues , obtuses, réfléchies,
vertes et pubescentes à leur partie inférieure, blanchâtres
vers le sommet ; dix anthères sont placées au sommet d'un tube
blanchâtre, à dix stries; l'ovaire est ovale , pubescent; le style
épais; le stigmate en tête, perforé à son sommet. Le fruit
est une capsule assez grande , ovale, pubescente, coriace en
dehors, à trois ou quatre valves, à une seule loge; les se-
mences sont ovales, enveloppées d'une pulpe écarlate ou d'un
rouge pâle. Cette plante croît sur les montagnes, à la Ja-
maïque.
Samyde glabre; Samyda glahrata, Swart., loc. cit., p. y6o.
Arbuste de dix à douze pieds. Ses rameaux sont lâches, éta-
lés, garnis de feuilles alternes , pétiolées, ovales, oblongues,
lancéolées, horizontales, glabres, entières, luisantes et d'un
vert gai en dessus, parsemées de quelques pores très-fins; les
pétioles courts. Les fleurs sont assez grandes , de couleur
Manche, axillaires, pédonculées; les pédoncules plus épais
et plus courts que les pétioles, munis à leur base de deux
petites bractées aiguës. Le calice est glabre, tubulé, un peu
campanule, à divisions larges, épaisses, lancéolées, très-
blanches, un peu réfléchies; le tube des étamines court, in-
séré au fond du calice, à dix dents, qui supportent autant
dL'anthères jaunâtres, fort petites. L'ovaire est oblong , pu-
T»escent; le style épais, cylindrique, de la longueur des é(a-
mines ; le stigmate en tête, presque à trois angles, perforé
au somme!. La capsule est ovale. Cette plante croît sur les
hautes montagnes , dans les contrées méridionales de la Ja-
maïque.
Samyde denticulée : Samjda denticulafa, Linn. , Sp.; Lamk. ,
Jll. , tab. 355, fig. 1 ; Samyda dodecandra , Jacq. , Amer,, i32,
Guidonia ulmifolia , etc., Plum., Gen. , tab. 24, et Icon. ,
tab. 146, fig. 2. Arbrisseau de trois ou quatre pieds, dont
les rameaux sont cylindriques, pubescens ; les feuilles al-
ternes, pétiolées, lancéolées, épaisses ou ovales- oblongues;
les supérieures plus étroites, aiguës, finement dentées, pu--
bescentes en dessus, tomenteuscs en dessous 3 les pétioles
J^o SAM
très- courts. Les fleufs sont axillaires , solitaires; les pédon-
cules courts, munis à leur base de deux petites bractées
brunes, subulées. Le calice est oblong, tubulé, presque cam-
panule, épais, velu, d'un vert jaunâtre en dehors, blanc en
dedans, à cijiq découpures ovales, obtuses; les filamens, réu-
nis en tube, portant dix-huit anthères oblongues, sagittées;
l'ovaire est velu; le style de la longueur des étamines; le stig-
mate en tête convexe , verdâtre; les baies sont coriaces en
dehors, jaunes, puis rouges, uniloculaires, à cinq valves; les
semences entourées d'une substance pulpeuse. Cette plante
croît à File de Saint-Domingue.
Samvde épineuse; Samjda spinulosa, Vent., Choix des pi.,
tab. 43. Arbrisseau remarquable par la beauté de son feuil-
lage. Ses tiges sont très - rameuses , d'un brun cendré; les
feuilles alternes, pétiolées , ovales- oblongues , glabres, ai-
guës, longues de quatre à cinq pouces et plus, parsemées
de petits tubercules transparens ; les stipules pubescentcs,
lancéolées, aiguës; les fleurs axillaires , réunies deux ou trois
sur un même tubercule; les pédoncules courts et pubescens ;
les bractées ovales, aiguës, plus longues que les pédoncules.
Le calice est de couleur purpurine , un peu velu ; les dix éta-
mines sont monadelphes; le fruit est globuleux , de la grosseur
d'une petiteprune , glabre , charnu , à une seule loge , marqué
de quatre à cinq sillons, s'ouvrant en autant de valves; les se-
mences sont arillées et pulpeuses. Cette plante croît à l'ile de
Saint-ïhomas, dans l'Amérique.
** Casearia.
Casearia SAUVAGE; Casearia sjdveslris , Swart. , Flor. Ind.
occid., 2, pag. 762. Arbrisseau à tige glabre, qui se divise
en longs rameaux effilés , glabres , lâches , cylindriques. Les
feuilles sont alternes, pétiolées, ovales-elliptiques ou ovales-
lancéolées, à longue pointe, glabres, minces, entières, lui-
santes, parsemées de points transparens; les pétioles courts.
Les fleurs sont ramassées par paquets dans l'aisselle des feuilles,
au nombre de vingt ou trente, toutes supportées par des pé-
doncules longs d'environ trois lignes, simples, uniflores ,
munis à leur base de petites écailles sèches, imbriquées. Les
calices sont petits, blanchâtres, à cinq découpures ovales,
SAM i6i
étalées, pubescen tes; dix écailles velues , blanchâtres , alternent
avec autant d'étamines ; les anthères sont blanchâtres , en cœur ;
l'ovaire est surmonté d'un style à trois faces , de la longueur
des étamines; le stigmate en tête; la capsule de la grosseur
d'un grain de poivre, ovale, rougeàlre, à trois valves. Cette
plante croit à la Jamaïque, sur les montagnes , parmi les buis-
sons.
Casearia a grandes feuilles : Casearia macrophjlla, Vahl ,
Ed. , 2 , p. 32 ; Pitumba guianensis, Aubl., Guian. , u , App. 2g ,
tab. 385; Samyda Pitumba, Poir. , Encycl. Cette plante a des
tiges divisées en rameaux glabres, cylindriques , marqués de
points grisâtres, garnis de feuilles fermes, alternes, pétiolées,
épaisses, coriaces, percées de petits trous, longues de six
ou huit pouces, larges de trois, glabres, ovales-oblongues,
elliptiques, légèrement crénelées à leurs bords, acuminées,
d'un vert foncé, pâles et un peu roussâtres en dessous. Les
fleurs sont réunies dans l'aisselle des feuilles en petits pa-
quets; les pédoncules courts, uniflores ;le calice est petit, divisé
en cinq découpures un peu velues en dehors ; les étamines sont
au nombre de dix, alternes, avec des écailles; la capsule est
globuleuse , pulpeuse en dedans, de la grosseur d'une noix ,
à une loge , à trois valves. Cette plante croît à Cayenoe et dans
plusieurs autres contrées de l'Amérique méridionale.
Casearia dentée : Casearia serrulata, Swart. , Loc. cit., 764;
Samj'da niviana, Poir., Enc. Arbrisseau chargé de rameaux
glabres, cylindriques, élancés, revêtus d'une écorce blan-
châtre ou cendrée ; les ramifications sont éparses, presque fili-
formes , flexueuses, striées; les feuilles alternes, pétiolées,
étalées, longues d'un pouce et demi, ovales, lancéolées,
médiocrement acuminées , dentées en scie à leurs bords ,
glabres, luisantes, nerveuses et veinées; les pétioles longs
d'environ deux lignes. Les fleurs sont petites, blanchâtres,
réunies par paquets axillaires ; les pédoncules très -courts,
munis ta leur base de petites écailles membraneuses. Le calice
est partagé en cinq folioles ovales, concaves, ciliées à leurs
bords; les étamines, au nombre de dix, alternent avec une
petite écaille blanchâtre, linéaire, obtuse, velue; les anthères
sont ovales, en cœur; l'ovaire est ovale, surmonté d'un style
subulé. Cette plante croît aux Antilles, dans l'île INévis.
47. 11
ir>3 SAM
Casearia hbrisske; Casearia hirsutcr, Swarf. , loc. cit., 7 5 5.
Cette espèce a des tiges ligneuses, divisées en rameaux flexi-
bles, cylindriques, pubescens. Les feuilles sont grandes, al- >
ternes, pétiolées, ovales, acuminées, dentées, molles, héris-
sées, très-velues en dessous. Les fleurs sont réunies en petits
paquets latéraux. Leur calice se divise en cinq découpures
profondes, ovales, lancéolées, blanchâtres, pubescentes, ui».
peu velues; les étamines sont au nombre de dix, alternes,
avec autant d'écaillés ovales , velues. L'ovaire est surmonté
d'un style trigone, de la longueur des filamens , terminé par
un stigmate en tête. Les capsules sont uniloculaires. à trois
faces, à trois valves. Cette plante croît sur les montagnes de
la Jamaïque et à la Nouvelle-Espagne.
Casearia a feuilles de houx; Casearia ilicifoUa . Venten. ,
Choix des pi., tab. 44. Arbrisseau qui s'élève à la hauteur
d'environ trois pieds , sur une tige droite, garnie de rameaux
touffus, parsea^.és de tubercules blanchâtres. Les feuilles sont
pétiolées, ovales, oblongues, souvent échancrécsà leur base,
sinuées à leur contour, munies sur leurs angles de dents épi-
neuses , luisantes, coriaces, blanches et tomenteuses en des-
sous , longues de quatre ou six pouces , larges de trois et plus;
les stipules sont subulées, tomenteuses; les fleurs d'un rouge
vif, disposées en bouquets axillaires. Le calice est campanule,
hérissé de poils courts; six étamines monadelphes, alternent
avec autant d'écaîlles. La capsule est globuleuse , de la gros-
seur d'une cerise, glabre, coriace, d'un beau jaune, à trois
sillons, à une seule loge ; les semences sont a^-illées, d'un brun
clair. Cette plante croit à l'île de Saint-Domingue.
Casearia a feuili.es coriaces; Casearia coriacea, Vent., /oc.
cit., tab. 45. Arbre de moyenne grandeur, de la grosseur
d'un poirier, d'un bois très-dur, garni d'une cime touffue; les
rameaux sont parsemés de tubercules blanchâtres. Les feuilles
sont pétiolées , en ovale renversé , glabres , souvent échan-
crées au sommet, coriaces, luisantes, très- entières, longues
de trois ou quatre pouces, larges d'un pouce; les pétioles
très-courts ; les stipules ovales, aiguës, membraneuses, plus
courtes que les pétioles; les pédoncules axillaires, peu nom-
breux, courts, uniflores; les fleurs fort petites, d'un blanc
jaunâtre, entourées de bractées glabres, enécailles^ ovales.
SAM iC3
arrondies; les huit étamines sont monadelphes, alternes avec
autant d'écailles; l'ovaire est libre , à une loge, renfermant un
grand nombre d'ovules ; le style plus court que les étamines ; un
stigmate orbiculaire , comprimé. Cette plante croît a Batavia.
Casearia a veuilles de tinier ; Casearia tinifolia , Vent.
loc. cit., tab. 47. Arbrisseau de six à sept pieds; sa tige est
de couleur cendrée; ses rameaux sont axillaires; ses feuilles
alternes, pétiolées, en ovale renversé, quelquefois échancrées
au sommet, glabres, d'un vert gai, plus pâles en dessous,
entières, parsemées de pores transparens, longues d'environ
quatre pouces, larges de deux et plus; les stipules glabres,
ovales, aiguës, plus courtes que les pétioles. I,cs fleurs sont
solitaires, axillaires, portées sur des pédoncules simples, trois
fois plus longs que les pétioles. Le calice est velu en dehors,
profondément divisé en cinq parties; les étamines sont mona-
delphes , au nombre de douze ; l'ovaire est glabre , à une seule
loge; le style de la longueur des étamines; le stigmate en
tête. Cette plante croit dans les Indes orientales.
Casearia A feuimës moli.es : Casearia mollis, Kunth in Humb.
et Bonpl., No^'. gen. , 5, pag. 565, tab. 480. Cette espèce a
des rameaux bruns, cylindriques, pubescens, un peu flexueux,
garnis de feuilles alternes, pétiolées, elliptiques ou oblongues,
acuniinées, dentées, arrondies à leur base, membraneuses,
glabres en dessus, brunes et tomenteuses en dessous, parse-
mées de points transparens, longues de quatre pouces et plus,
larges de deux. Les fleurs sont disposées en petites ombelles
axillaires, pédicellces, munies de petites bractées persistantes
à la base des ombelles. Le calice est blanchâtre, pubescent,
à cinq découpures lancéolées, aiguës; les dix étamines mona-
delphes, alternent avec autant d'écaillés velues, Linéaires,
spatulées; l'ovaire est ovale, pubescent, terminé par le style;
il renferme environ vingt-quatre ovules ; le style est pileux , à
peine plus long que les étamines; le stigmate pubescent, pres-
que en tête. Celte plante croit dans les vallées ombragées de
la province de Caracas. (Poir.)
SAMYDËES. ( Bot. ) Cette famille nouvelle de plantes à
été d'abord établie par Ventenat dans le volume de 1807 des
Mémoires de l'Institut. Elle a été adoptée plus récemment
par M. Kunth , dans son ouvrage sur les plantes équinoxiales,
1.64 SAM
et par M. De Candolle, dans le second volume de son Pro-
dromus. Elle tire son nom du Samjda , son premier genre
connu. Les caractères , dont la réunion forme son caractère
général, sont les suivans :
Un calice d'une seule pièce persistant, ordinairement
divisé plus ou moins profondément en quatre ou cinq lobes ,
le plus souvent imbriqués dans la préfloraison. Pétales nuls ;
étamines en nombre défini ; filets insérés au calice, réunis
par le bas en un anneau, tantôt tous fertiles, tantôt alternes
avec autant de filets stériles, plus courts, sous forme de lan-
guettes, souvent un peu velues; anthères biloculaires; un
ovaire simple, libre et supère, uniloculaire, surmonté d'un
style, terminé par un stigmate simple ou rarement lobé;
une capsule coriace, uniloculaire, polysperme ,s'ouvrant en
trois à cinq valves; graines portées sur le milieu intérieur
de chaque valve, couvertes de trois tégumens, dont l'exté-
rieur est charnu; l'intermédiaire tesfacé, et l'intérieur mem-
braneux; un embryon renfermé dans la partie supérieure
d'un périsperme charnu, et, conséquemmcnt, plus court,
à radicule montante ou dirigée vers l'attache de la graine,
à lobes foliacés et plissés. Tiges ligneuses, plus ou moins
élevées. Feuilles alternes, stipulées, simples, souvent cou-
vertes de points transparens; pédoncules axillaires, accom-
pagnés d'une bractée, tantôt uniflores, solitaires ou en fais-
ceaux, tantôt plus rarement multiflores.
Les auteurs cités plus haut n'admettent dans cette famille
que le genre Samjda de Jacquin , dont toutes les étamines
sont fertiles, et le Casearia du même ou Anavinga de M. de
Lamarck, muni de languettes intermédiaires.
Deux autres genres, aussi dépourvus de pétales, ont avec
ceux-ci quelque affinité; savoir le Valentinia de Swartz , qui
a huit étamines, toutes fertiles, et une capsule uniloculaire
un peu charnue, pulpeuse à l'intérieur, s'ouvrant en quatre
yalves et contenant quatre graines , et VAquilaria de Cava-
nilles, dontlesdixétaminessont portées sur un disque charnu,
prolongé en dix lobes alternes avec elles, mais dont la capsule
est biloculaire, bivalve, à loges monospermes et s'ouvraniea
deux valves épaisses, munies d'une cloison dans leur milieu.
M. Brown, dans son Mémoire sur les plantes du Congo , pro—
S-AM i65
posoit de faire de ce dernier genre le type d'une nouvelle
famille des aquilariées. Elle a été adoptée , mais avec doute,
par M. De Candolle, parce que le caractère de ce genre n'est
pas encore complètement connu.
Ce dernier rapproche , peut-être avec raison , les samydées
des homalinées de M. Brown , dont elles diffèrent par l'ovaire
libre; mais avec lesquelles beaucoup d'autres caractères leur
sont communs, dans le nombre desquels est la périgynie des
étamines. Quoiqu'elles manquent de pétales, il les intercale
avec les homalinées dans la classe des péripétalées , soit parce
qu'elles n'ont d'afiinité avec aucune des familles réunies dans
la classe des apétales à étamines périgynes , soit parce que le
mélange de quelques apétales , dans les classes des polypétales,
a lieu quelquefois sans contrarier les aflinifés, soit, enfin,
parce que les languettes du Casearia pourroient être consi-
dérées comme tenant lieu de pétales. Cependant la place dé-
finitive de ces deux familles reste encore incertaine et leur
classement entre les rhamnées et les térébintacée« , fait par
M. De Candolle, n'est pas plus définitif que celui de M.
Kunth entre les bixinées et les violacées. Celte divergence
entre deux auteurs si distingués, prouve que l'on a besoin de
nouvelles découvertes pour établir la véritable affinité de ces
deux familles avec d'autres.
Dès- lors, si l'on observe que toutes les classes présentent
non une série indivise de familles, mais plusieurs groupes de
familles, séparés par des lacunes, on trouvera peut-être
moins d'inconvéniens à porter dans la classe des péri-stami-
nées ou apétales à étamines périgynes, un groupe de familles
également apétales, mais à fruit polysperme, comprenant
d'abord ces deux familles. Il seroit placé près des santala-
cées et des éléagnées, qui ont un périsperme, et des thyme-
lées, qui n'en ont pas. Il seroit rapproché de Vosjris, for-
mant une section dans les santalacées ou une famille distincte ,
remarquable, soit par la pluralité d'ovules dans son ovaire,
soit par des écailles calicinales intérieures, alternes avec les
étamines comme dans le Casearia. Si, avec M. Kunth, on
place à la tête des péristaninées les cucurbitacées, qui ont
quelques genres à fleurs hermaphrodites, et les Passiflorées
(voyez ce mot), à fleurs toutes hermaphrodites, à fruit uni-*
î66 SAN
loculairc, poîysperme , et à placentaires pariéfaux ; si on les
faisoit suivre par les sauiydécs, pareillement uniloculaires ,
à valves séminifères, par les honialinées , par les aquilari-
nées et les chailletiacées, non encore solidement établies et
placées par M. De Candolle à la suite des précédentes; si on
y joignoit encore les celtidées, qin ont des ileurs polygames,
conséquemment en partie hermaphrodites, et peu dilïerenfes
des chailletiacées , on auroit, des aristolochiées aux santala-
cées ou aux éiéagnéés, une série qui cependant ne seroit pas
probablement définitive. En adoptant cette distribution , on
éviteroit le mélange de familles entièrement apétales, parmi
les classes de plantes polypétales, mélange qui n'a lieu que
pour des espèces et des genres en petit nombre. Ces propo-
sitions et ces réflexions ne sont mises ici en avant que pour
attirer sur ce point l'attention des botanistes, et les engager
à faire sur ces diverses familles des observations plus exactes
et de nouvelles comparaisons. ( J. )
SAN, SUGI. (Bot.) Noms japonois du citprcssus japonica,
cités par Kaenipfer. (J.)
SAN-HIA. (Ornith.) Cet oiseau de la Chine, indiqué par
Linné comme une espèce de coucou, cuculus sinensis, est
la pie bleue de ce pays. (Ch.D. )
SAN -MARTI. {Ornith.) Ce nom et ceux A'aouss.elhert et
à'arnié, sont donnés pçr les habitans du déparlement de
l'Aude au martin- pêcheur d'Europe, alcedo ispida. (Desm.)
SANA-SANCTA. {Bot.) Lobel cite ce nom indien du
tabac, mentionné aussi par C. Bauhin. (J. )
SANAMUNDA. {Bot.) Ce nom, cité par Chisius pour un
sous-arbrisseau de la famille des thymélées, avoit été adopté
par Adanson de préférence à celui de passerina, qui lui étoit
donné par Linnasus. (J.)
SANANHÔ. ( Bof. ) Nom péruvien du [ahernœmontana sa-
nanho de la Flore du Pérou. ( J. )
SANCHÈZE, Sancliezia. {Bot.) Genre de plantes dicotylé-
dones, à fleurs complètes, de la didjnamie angiospcrmie de Lin-^
nacus, olîrant pour caractère essentiel : Un calice persistant,
à cinq divisions inégales ; une corolle tubulée , à cinq lobes ré-
fléchis ; les deux supérieurs plus courts; quatre étaminesdidy-
names, les deux plus courtes stériles, sans anthères; un ovaire
SAN 167
«.upérlcur; un sfyl^ ; "" stigmate bifide-, une capsule oblon-
gue, à deux loges, à deux valves renfermant des semences
planes , orbiculaires.
Sanchèze a feuilles oblongues : Sanchezia ohlonga, Ruiz et
Pav. , FI. per. , 1 , pag. 9, tab. 8, fig. B. Plante herbacée,
dont les tiges sont droites, glabres, rameuses, hautesdecinq
à six pieds, légèrement tétragones. Les feuilles sont opposées,
pétiolées, glabres, oblongues, lancéolées, acuminées; les pé-
tioles courts, ailés, connivens à leur base. Les fleurs sont
disposées par verticilles en épis terminaux , solitaires ou ter-
nés; chaque verticille est muni d'un involucre composé de deux
grandes folioles droites, ovales, entières, persistantes, d'un
rouge écarlale , recouvrant en entier les pédoncules , ainsi
que des bractées linéaires, velues, de couleur rouge. Le ca-
lice et la corolle sont jaunes; le premier est à cinq divisions
droifes , ovales, concaves, échancrées au sommet; la corolle
irrégulière; le tube recourbé, rétréci à la base et à son ori-
fice; le limbe à cinq lobes ovales, échancrés, réfléchis en
dehors; les supérieurs un peu plus courts; les filamens des
étaminessont liliformes , comprimés , velus; deux anthères pen-
dantes, ovales, à deux loges, velues, bifides à la base et chaque
division prolongée en un appendice court, recourbé en épe-
ron; deux lilamens stériles, plus courts, subulés, sans an-
thères ; l'ovaire est oblong ; le style plus long que les étarnines;
le stigmate àdeuxdivisionsinégales,subulées ;les capsules sont
oblongues, acuminées. Cette plante croît au Pérou, dans les
terrains ombragés et marécageux.
Sanchèze A FEUILLES OVALES ; S auchczia ovata, Flor. per., loc.
cit., tab. 8, fig. C. Cette plante a des tiges droites, glabres,
herbacées, tétragones, presque simples , hautes de cinq à six
pieds. Les feuilles sont opposées, pétiolées, ovales, acumi-
nées, très- entières , ouvertes, veinées, luisantes en dessus,
pubescentes à leur face inférieure; les pétioles courts,, conni-
vens à leur base. Les fleurs sont réunies par verticilles ses-
siles, en un épi terminal; chaque verticille est entouré d'un
involucre à deux folioles ovales, aiguës, concaves, persistantes,
de couleur rouge, réfléchies au sommet; les bractées, égales en
nombre aux fleurs, sont oblongues, un peu échancrées, de
couleur écarlate. Le calice est presque tubulé, rétréci à sa
ï6S SAN
base , de couleur purpurine , à cinq divisions ; la corolle jaune ;
les filamens sont velus vers leur sommet. Cette plante croît
dans les lieux ombragés et marécageux du Pérou. Elle fleurit,
ainsi que la précédente, pendant tout l'automne. (Poir.)
SANCHITE. (Bot.) Voyez Bladhie. (Poir.)
SANGLEZ. {Ichthyol.) Nom provençal du Melet. Voyez ce
mot. (H. C.)
SANCONA. (Bot.) Un palmier, oreodoxa sancona, de la
Flore équinoxiale, est ainsi nommé aux environs de Carlha-
gène en Amérique. (J. )
SAND-BAARSCH. {IchthjoJ.) Nom que dans plusieurs con-
trées de la Prusse et de la Poméranie on donne au Sandat.
■\'oyez ce mot et Sandre. (H. C.)
SAND-PIPER. (Ornith.) Voyez, pour cet oiseau, l'article
Maubèche de ce Dictionnaire, tome XXIX, page 552, i ."
alinéa, et le Règne animal de M. Cuvier, pag.48c), où ce nom
est rapporté à la grande maubèche grise, Iringa grisea. Le
mot sandpiper est cependant donné dans ButTon comme un
des synonymes de la guignette dans le Yorkshire. (Ch. D.)
SAND-ROUNE. (Ornith.) C'est , en norwégien, Phiron-
delle de rivage, hirundo riparia , Linn. (Ch. D. )
SAND-SULU. (Ornith.) Voyez Digsulu. (Ch. D.)
SAND-VOGEL. (Ornith.) Un des noms allemands de la
perdrix de mer ou glaréole , glareola austriaca, Gmel. (Ch. D.)
SANDAL. (Bot.) Voyez Santal. (Lem.)
SANDAL,E. (Coachjl.) Ce nom a été donné long-temps
par les marchands et les auteurs de catalogues aux coquilles
qui constituent le genre Crépidule de M. do Lamarck. Voyez
ce mot. (De B.)
SANDALINE, Sandalina. (Conchyl.) M. Schumacher, dans
son Nouveau système de conchyliologie, a proposé ce nom à
lu place de celui de Crépidule et pour le même genre de co-
quilles. (De B.)
SANDALIOLITE. (Fo.^s.) Valmont de Bomare assure que
c'est un madrépore fossile , infundibuliforme , à pédicule, et
comprimé. Cet auteur a sans doute voulu parler de certaines
caryophyllies qui se trouvent dans le Plaisantin et à Saint-
Paul -Trois- Châteaux , et qui ont la forme d'une calcéole.
(D. r.)
SAN ifîg
SANDALMALAM. (Bot.) Le polyanthes tubenosa porte ce
nom à Ceilan , suivant Hermann. (J.)
SANDALUS. (£nfom.) Nom d'un genre de coléoptères pen-
tamérés établi par M. Knoch, pour y ranger une espèce d'A-
mérique de la famille des perce-bois ou térédyles qui a beau-
coup de rapports avec les espèces du genre Panache de Geof-
froy, en latin Ptilimis. (G. D.)
SANDAQUA. (Ornith.) Sagar Théodat, dans son Voyage
au pays des Hurons , dit , page 297 , que ces peuples nomment
ainsi diverses espèces d'aigles aquatiques. (Gh. D. )
SANDARAG et SANDARAGH. (Mm.) Ce nom, employé
par Théophraste et par Pline , indique, suivant Gésius, de
Born, et la plupart des minéralogistes modernes, I'Arsenic
SULFURE ROUGE, qu'on nommc maintenant Réalgar. Gette
détermination paroît prouvée par toutes les circonstances de
couleur , d'aspect , de propriété odorante et vénéneuse , que le
plus grand nombre des naturalistes et des érudits attribuent
au minéral nommé sandaracha. (B.)
SANDARAQUE. (Bot.) Résine extraite d'un arbre de la
famille des conifères. On a cru long -temps qu'elle étoit pro-
duite par le genévrier ordinaire; mais, suivant Broussonet,
cité par M. Desfontaines, dans sa Flora atlantica, elle découle
du thuja arlicidata de ce dernier, commun dans le royaume
de Maroc, d'où elle nous est apportée. Voyez Genévrier,
Thuya. (J.)
SANDARAQUE. {Chim.) Voyez Résines , tom. XLV, p. 238.
Ge mot a aussi été employé pour désigner les sulfures d'ar-
senic. ( Gh.)
SANDARÈSE, Sandaresus de Pline. (Min.), C'étoit une
pierre qui avoit du rapport avec l'anthracite, c'est-à-dire
avec une pierre d'un rouge de feu ; la sandarèse éloit donc
rouge : en outre, on voyoit dans Pintérieur des points brillans
ainsi que de l'or, rayonnes à la manière des étoiles et disposés
entre eux comme ces astres; c'est du moins l'idée qu'on peut
se former de la couleur et des particularités de cette pierre,
d'après la description de Pline. Il ne nous est pas possible
de rapporter ce minéral avec quelque vraisemblance à au-
cun de ceux que nous connoissons, et ce seroit perdre du
temps que de se livrer à des conjectures sans appui, pour
i7« SAN
arriver à une détermination qui nous paroît impossible dans
l'état actuel de la science. (B.)
SANDASTBE, Sandastros de Pline. (Mm.) Celle-ci est une
des nombreuses pierres vertes citées par Pline : elle est de
couleur de pomme ou d'huile verte, et peu estimée.
On suppose que c'étoit un des silex verts auxquels on a
donné le nom de prase. (B.)
SANDAT. (Iclithyol.) Nom spécifique du perça lucioperca
dcLinnasus, ou centropome sandat de Lacépède. Voyez Sandre.
(II. C.)
SANDEB. [Bot.) Nom égyptien de la rue, ruta graveolcns ,
suivant Forskal. Mentzel cite, d'après Matthiole , pour la même
plante les noms sadch et sadab. Le ruta chalapensis est nommé
sandeh par Delile. (J.)
SANDER. {Ichthjol.) Nom livonien du Sandat. Voyez ce
mot. (H. C.)
SANDERLING. (Ornilh.) Ees oiseaux, connus sous ce nom
et sous celui de curwillet, tous deux tirés de l'anglois, seroient
des maubèches , s'ils n'étoient privés du doigt postérieur ;
mais cette circonstance a paru assez importante pour ne pas
se borner à en faire une exception , comme on en a cepen-
dant des exemples chez les alcyons et les pics tridactyles ; et
MM. Meyer, Bechstein, Illiger, Cuvier, Vieillot, Temminck,
en ont formé un genre particulier , auquel les uns ont donné
le nom de Calidris, et MM. Bechstein et Cuvier, celui d^Are-
naria. M. Temminck , qui avoit d'abord adopté ce dernier
nom, l'a rejeté, dans la seconde édition de son Manuel d'or-
nithologie , par la raison qu'il est employé en botanique. S'il
s'agissoit de créer un nom nouveau , cette considération se-
roit suffisante pour écarter le mot arenaria ; mais ce terme,
déjà employé dans plusieurs ouvrages, a l'avantage d'indiquer
les lieux que l'oiseau fréquente le plus ordinairement ; et l'on
n'a proposé son changement que pour y substituer calidris ,
qui est assez généralement consacré à désigner les maubèches.
L'auteur de cet article croit donc devoir conserver, ici, are-
naria, d'autant plus que ce genre est composé d'une seule
espèce , et que les occasions de confondre seront peu fré-
quentes.
Le genre Sanderling est caractérisé par un bec médiocre.
SAN 171
droit, flexible dans toute sa longueur, presque rond, mais
un peu courbé et dilaté à la pointe ; des narines étroites, la-
térales, couvertes d'une membrane, et situées dans un sillon
très-prolongé ; une langue grêle et pointue ; trois doigts tota-
lenieut séparés et dirigés en avant: le postérieur nul; des ailes
médiocres , dont la première rémige est la plus longue.
L'oiseau dont il s'agit étant plus connu sous son plumage
d'été , divers naturalistes en ont fait une espèce particulière ,
sous le nom de charadrius ruhidus , sanderling rougeàlre ; mais
comme en d'autres temps le plumage varie beaucoup , au lieu
d'adopter une épithète qui ne seroit applicable que dans une
saison , on croit devoir préférer celle de M. Tcmminck , qui
Va appelé sanderling variable , dénomination pins convenable
aux divers états de l'oiseau , et coniprcjiant les charadrius
calidris et ruhidus des principaux auteurs. Ce sera donc ici l'arc-
jiaria variabilis.
Une des planches les plus caractéristiques que l'on ait de
cet oiseau, est celle de Brisson , toni. 5, n." 20, fig. 2. Ouant
aux descriptions, celle qui conviendroit Ip plus, en général,
a été donnée par Wiliughby, liv. 3, chap. 9 , pag. 226. Aussi
l'on se seroit borné à la traduire littéralement, si l'on n'avoit
cru devoir préférer de donner l'anahfsc de celle de M. Tem-
minck, qui offre l'avantage de présenter séparément les diffé-
rences principales qu'il a remarquées dans les âges divers et
dans les mues périodiques.
Cet oiseau , dont la longueur est de sept pouces trois
lignes, a, lorsqu'il a subi la mue d'automne et en hiver, toutes
les parties supérieures et les côtés du cou d'un cendré blan-
châtre , avec un petit trait plus foncé au centre de chaque
plume: la face, la gorge, le devant du cou et tout le dessus
du corps, sont d'un beau blanc ; les rémiges, blanches à leur
origine, sont noires à l'extrémité; les couvertures sont bor-
dées de blanc ; les pennes caudales, qui sont cendrées, ont
aussi la bordure blanche ; le bec, l'iris et les pieds sont noirs.
C'est alors le trijiga arenaria , Gmel. ; ïarcnaria calidris et le
calidris grisea , Meyer ; la petite maubèche grise , Br. ; le san-
derling ^ Buff.
Le mâle et la femelle , en plumage d'été ou de noces, ont,
sur la face et le haut de la tête, de grandes taches noires,
Ï72 SAN
bordées de roux et lisérées de blanc; le cou, la poitrine et
le haut des flancs d'un roux cendré, avec des taches noires
au milieu de chaque plume, dont l'extrémité est blanchâtre;
le dos et les scapulaires sont d'un roux foncé, avec de grandes
taches noires; les couvertures des ailes d'un brun noirâtre,
avec des zigzags roux ; les deux pennes du milieu de la queue
noires, avec une bordure d'un roux cendré; le ventre et tout
le dessous du corps d'un blanc pur.
Tels sont le charadrius rubidus , Gmel. , les variétés du san-
derling, Sonnini , édit. de Buff., tom. 22 des Oiseaux, pag.
126, lesquelles sont des individus en mue, et l'individu peint
dans l'Ornithologie américaine de Wilson , tom. 7 , pi. 63 ,
iig. 3.
Enfin, les jeunes, avant la mue, ont le haut de la tête ,
le dos, les scapulaires et les couvertures des ailes , bordées de
jaunâtre et variées de petites taches de la même couleur. On
remarque entre le bec et l'œil une raie d'un brun cendré ;
la nuque, les côîés du cou et de la poitrine, sont d'un gris
clair, avec de fines raies ondées; le front , la gorge, le de-
vant du cou et tout le dessous du corps, sont d'un blanc pur;
les pennes alaires et caudales et le bord des ailes sont comme
chez les adultes.
Ces individus ont pour synonymes le charadrius calidris ,
Gmel. et Lath. ; Varenaria vulgaris et ïarenaria grisea , Bechst. ;
le sanderling , Lath., Sjynops., tom. 5, pag. 197; la fig. 20,
tab. 1 1 de Naumann.
Les sanderlings se trouvent en Europe, en Asie, dans
l'Amérique septentrionale et, selon Latham , à la Nouvelle-
Galles du Sud. Ils habitent le long des bords de la mer, et
abondent, au printemps et à l'automne, sur les côtes de
Hollande et d'Angleterre ; mais on ne les voit qu'acciden-
tellement dans les contrées éloignées de la mer; et comme
ces oiseaux , qui éprouvrent deux mues , se voient le plus sou-
vent sous leur plumage d'été ou de noces, et qu'alors la cou-
leur rousse ou rougeàfre est la plus dominante , tandis qu'en
hiver c'est la couleur grise; il n'est pas étonnant que les
naturalistes en aient fait une espèce particulière, sous le nom
de charadrius ruhidus.
Les sanderlings parcourent ainsi, dans leurs migrations pé-
SAN 175
riodiques, une grande partie du globe ; mais on ne les ren-
contre qu'accidentellement le long des fleuves , ce qui fait
présumer que leur nourriture ne consiste qu'en petits ver-
misseaux et insectes marins. La ponte se fait dans le Nord.
(Ch. D.)
SANDHUAL. (Mamm.) Ce nom est un de ceux que les
Danois donnent à la baleine franche. (Desm.)
SANDIA-LAGUEN. (Bot.) Nom donné dans le Chili, sui-
vant Feuillée et les auteurs de la Flore du Pérou, à Verinus
laciniatus de Linnasus, qui, mieux examiné, rentre dans le
genre de la Verveine sous le nom de verbena muUifida. L'in-
fusion de cette plante est vantée comme diurétique , apéritive ,
propre à faciliter le cours des urines et à accélérer l'accou-
chement. ( J. )
SANDILZ. [Ichtlijol.) Nomanglois de l'appât de vase. Voyez
Ammodvte dans le Supplément du tome II de ce Diction-
naire. (H. C.)
SANDIX. (Mm.) C'est plntôt une préparation de chimie
technologique qu'un minéral naturel. Césius, qui a rapporté
l'opinion des auteurs anciens sur le sandix, nous apprend
que tous le regardoient comme une céruse rendue ronge
par une calcination convenable; c'étoit donc un oxide rouge
de plomb , ce que nous appelons maintenant minium. Le san-
dix étoit quelquefois donné pour un sandarach adultéré. (B.)
SANDLOE. (Ornilh.) Nom islandois , suivant Muller, du
petit pluvier à collier, charadrius hiaticula, Linn. (Ch. D.)
SANDMAUS. {Mamm.) Ce nom allemand, qui signifie sou-
ris de sable, a été appliqué au hamster sablé, mus arena-
rius, Pallas. (Desm.)
SANDORI,SATTUL.(5of.) Noms malais, cités par Rumph,
de l'arbre qui est son sandoncum , le Hantol des Philippines.
Voyez ce mot. (J.)
SANDORICUM. (Bot.) Voyez Hantol. (Poir.)
SANDRE, Sandat. [Ichtlnyol.) M. Cuvier a distingué sous
ce nom un genre de poissons, qu'il a séparé de celui des
Centroi'omes de Lacépéde, et de celui des Perches de Lin-
uaeus.
Ce genre, qui appartient à la famille des acaathopomes ,
parmi les holobranches du sous-ordre des thoraciques ou à la
174 SAN
seconde tribu de la seconde section de la quah-iéinc famille
des acanthoptcrygiens, se reconnoît aux caractères suivans :
Corps oblong , épais, comprimé, écailleux ; opercules dente^
lées sans piquans; Ute alépidote ; deux nageoires dorsales, denti
pointues et écartées.
Il est, d'après cela, facile de distinguer les Sandres des
Centropomes, des Ombkines et des Lonchures, qui ont les
dents en velours; desLuTjANs, qui n'ont qu'une seule nageoire
dorsale, comme les Holocentrf.s , les Bodians et les Ttenia-
NOTEs; des SciÈNEs, des Persèques et des Microptères , qui
ont des piquans aux opercules. (Voyez ces divers noms de
genres, et Acanthopomes , dans le Supplément du tome I/'
de ce Dictionnaire. Voyez aussi Holobranches et Thokaci-'
QUES. )
L'espèce qui sert de type au genre Sandre, est le Sandat^
Sandat Lucioperca , N. ; Perça lucioperca , Linnaeus ; Centropo-
mus sandat, Lacép. Nageoire caudale en croissant ; deux ori-
fices à chaque narine; dos varié par des taches irrégulières,
courtes et transversales, d'un noir mêlé de hlcu et de rou-
geàtre ; ventre blanchâtre ; des nuances verdàtres sur quelques
portions de la tête et des opercules; nageoires pectorales
jaunes; catopes, anale et caudale , d'une teinte grise et ta-
chetés d'un brun très- foncé; nageoires dorsales d'égale lon-
gueur; dents inégales, pointues; écailles dures ; ouverture de
la gueule grande; palais et pharynx armés par places de
quelques petites dents; iris d'un rouge i)run; œil comme
nébuleux.
Ce poisson, qui atteint la taille de trois à quatre pieds, et
qui pèse jusqu'à vingt livres et même plus , habite les eaux
douces de l'Allemagne, de la Hongrie, de la Pologne, de la
Russie, de la Suède et du Danemarck, et spécialement le
Danube et le lac Schwalow en Saxe. Il vit ordinairement dans
les profondeurs des eaux qu'il fréquente et s'approche rare-
ment de leur surface. Il ressemble au brochet par les dimen-
sions de son corps et la forme de sa tête , et à la perche par
la disposition de ses nageoires dorsales, la rudesse de ses
écailles et les dentelures de ses opercules. C'est là ce qui
fait que la plupart des auteurs latins l'ont désigné par le
»om de lucioperca, que Linnaeus Jui a conservé.
SAN 175
Le sandat est fort recherché dans le Nord et l'Est de l'Eu-
rope, où il est l'objet d'une poursuite particulière et où on
le pc'che avec atitant de soin que de constance , soit avec
des filets, et notamnient avec des collerets ou petites seines,
soit avec des hameçons et des lignes de fond. Il expire très-
vite si on le retient hors de l'eau, ou si on le plonge dans un
vase rempli de ce fluide autre que celui des lacs ou des ri-
vières qui l'ont nourri. Sa chair est blanche, tendre, d'une
saveur agréable et de facile digestion. Souvent on l'cmpa-
quète dans des herbes ou de la neige ; on la sale , on la fume ,
et on l'envoie au loin.
Le sandat croit très-vîtç lorsqu'il trouve facilement la quan-
tité de nourriture dont il a besoin . c'est-à-dire, un grand
nombre de petits poissons et spécialement des éperlans. qu'il
dévore avec une avidité rare, allaquant aussi quelquefois les
perchettes et les brochetons, tandis que les brochets, les
perches et les silures le dévorent lui-même habituellement
durant son premier âge. Les oiseaux plongeurs sont , du
reste, au nombre de ses ennemis les plus redoutables, et
leur bec le poursuit jusque dans les asylesles plus reculés.
Au temps du frai, vers le nùlieu du printfmps, le sandaê
abandonne ses retraites écartées et vient déposer ses œufs,
d'un jaune blanchâtre, très -petits et très- nombreux, sur
les broussailles, les pierres, les pieux, des bords des lacs ou
des étangs, où l'influence salutaire des rayons du soleil les
fait éclore.
Le perça asper de Fallas et de Gmelin , regardé par feu de
Lacépède comme une simple variété du sandat, est un pois-
son qui appartient au genre des Cingles ( voyez ce mot ). Il
vit dans le Volga et dans d'autres fleuves du bassin de lu
mer Caspienne.
Le Sandre coro , Sandat coro. Dents petites et pointues;
nageoire caudale en croissant et dorée.
Ce poisson fréquente les mers du Brésil , où il atteint la
taille de quinze à dix -huit pouces.
Sa chair est dure et peu recherchée. (H. C.)
SANDTAL. {Ornith.) Un des noms que porte en Norwëge,
suivant Muller, n.° 170, la grande hirondelle de mer, stema
hiruiido^ Linn. (Ch. D.)
176 SAN
SANE-KADSURA. {Bot.) Nom japonois , suivant Kœmpfer,
de Vuvariii japonica de Thuriberg, qui est maintenant notre
Kadiura, genre distinct, de la famille des anonées. (J.)
SANG; Sanguis , Cruor. (Pliysiol. génér.) On a donné ce
nom à un liquide qui arrose et nourrit toutes les parties des
corps animés, et plus spécialement des animaux vertébrés.
Ce liquide varie considérablement pour la couleur, la
consistance, la température, la composition , la quantité dans
les di\ erses classes des animaux.
C'est ainsi que l'humeur incolore, transparente ou laiteuse ,
qui parcourt le système vasculaire des mollusques, qui hu-
mecte le parenchyme nutritif des insectes, qui s'infiltre dans le
tissu plus ou moins lâche du corps des zoophytes, est aussi
véritablement du sang que le fluide rouge que le cœur fait
circuler dans les artères des mammifères, des oiseaux, des
reptiles et des poissons, que celui qui roule dans les veines
de ces animaux.
Le sang, considéré d'une manière générale , est une masse
centrale, où affluent et d'où partent toutes les autres hu-
meurs de l'économie. 11 est le stimulus et l'aliment de tous
les organes , dont il excite la vie et auxquels il fournit les
principes de la nutrition. C'est de lui et des liquides qui
émanent de sa substance que les parties solides des êtres ani-
més tirent leur commune origine. On a donc eu raison de
dire qu'il étoit une chair coulante, comme la sève des arbres
est un bois encore liquide. Il n'est, en effet, comme l'a peint
le physiologiste Bordeu , dans un langage énergique , qu'un
composé de toutes les humeurs animales, qu'une dissolution
de toutes les parties solides, qu'un mucilage animal plasti-
que, bouillonnant, qui communique avec toutes les parties
du corps, qui reçoit dans chaque grgane une modification
particulière et qui vivifie une force vitale que la mort
anéantit.
C'est à notre article Sj-stème circulatoire que nous devons
traiter de la circulation des fluides dans les corps animés;
ici la nature propre du sang doit uniquement nous occuper.
Examinons-le d'abord tel qu'il se présente dans notre es-
pèce.
Le sang de Vhomme est un liquide d'une couleur rouge ^
SAN 17^
d'une odeur particulière, comme alliacée, d'une saveur un
peu salée, nauséeuse; sa température est celle du corps,
dont il est même la partie la plus chaude : il est visqueux,
collant, comme savonneux au toucher , et sa pesanteur spé-
cifique est environ io5, l'eau pesant 100; constamment il est
fluide pendant la vie.
Sa couleur primitive devient de plus en plus vive, à pro-
portion de l'âge et du développement des forces de l'individu,
et s'affoiblit dans l'état de maladie et lors de la décrépitude-
Beaucoup de chimistes ont analysé le sang et ont cherché
à spécifier les différences qui le caractérisent dans tel ou tel
ordre de vaisseaux, chez tel ou tel animal; mais ils n'ont
pu agir que sur cette humeur privée de vie-, leurs réactifs
n'ont porté que sur son cadavre inanimé, et depuis le dix-
septième siècle , époque à laquelle remontent les premières
expériences en ce genre sur les matériaux immédiats de
cette humeur, jusqu'à Vauquelin , Parmentier, Deyeux et
Fourcroy, la chimie , quoique mise en œuvre par des hommes
d'un mérite supérieur, comme Lémery, Hoffmann, Schwencke,
Hewson, Menghini , de Haen , Crawford , n'a démontré dans
le sang que la présence du fer, de la gélatine ou plutôt de
l'albumine, de l'eau, de Thydrochlorate de potasse, de celui
de soude, du lactate de soude, de la chaux, d'un principe
colorant, etc.; mais elle n'a pu déterminer la nature des
modifications que lui impriment l'influence de l'organisation
et l'énergie des fonctions vitales; elle n'a pu expliquer pour-
quoi , comme l'a démontré Legallois , il varie avec les organes
d'où on l'a extrait; pourquoi dans le jeune âge il est plus
séreux, plus albumineux que dans la vieillesse; pourquoi il
est coagulé dans les veines par la potasse qu'on injecte dans
ces vaisseaux, tandis que, hors du corps, le même alkali le
dissout au contraire; pourquoi le sang d'un individu n'est
pas mis impunément en circulation dans le système vasculaire
d'un autre individu de la même espèce; pourquoi, à son
égard , et comme l'ont prouvé les expériences de Felice
Fontana, le venin de la vipère n'agit pas sur lui de la même
manière, quand il fait encore partie de l'économie et quand
il a été extrait du corps; pourquoi, dans ce dernier cas,
i! se coagule et se divise naturellement en deux portions ^
kl' 12
i78 SAN
ce qui n'arrive jamais dans l'homme vivant et sain ; pourquoi
cetfe coagulation est plus manifeste dans les maladies phlo-
gistiques, chez les individus robustes et exercés que dans l'étal
ordinaire, que cliez les personnes afToiblies et cachectiques;
elle n'a pu déterminer des différences trop délicates pour ses
instrumens, et qui tiennent à ce que le sang en circulation
pendant la vie possède une force vitale qui lui est propre ,
à ce que celui de l'homme n'est pas celui de la femme, à
ce que celui de la vieillesse n'est pas celui de l'enfance, à
ce que celui du lymphatique n'est pas celui du bilieux , à ce
que, en sortant de ses conduits naturels, il perd une sorte
d'effluve animé , une partie volatile odorante, inattaquable
par nos moyens habituels.
Ce qu'il y a de certain , c'est que le sang, le Jluide nourri-
cier, tel qu'il est contenu dans les vaisseaiix delà circulation,
non-seulement peut se résoudre pour la plus grande partie
dans les élémens internes du corps animal, le carbone, l'hy-
drogène , l'oxigène et l'azote , mais qu'il contient déjà la fibrine
et d'autres élémens organiques, disposés à se contracter et
à prendre les formes de membranes ou de filamens.
On ne sauroit disconvenir pourtant que les recherches sa-
vantes des hommes habiles que nous avons citées, éclairées
d'ailleurs par les travaux récens de sir Éverard Home et de
MM. Berzelius, Brnnde , Marcet, Chevreul, Thénard, Pfaff,
Rostock, n'offrent un intérêt des plus grands. C'est ce dont
nous prions le lecteur de se convaincre, en jetant les yeux
sur l'article de ce Dictionnaire qui suit immédiatement le
nôtre, et où M. Chevreul a tracé un tableau exact et com-
plet de l'état actuel de la science à cet égard.
Nous lui recommandons néanmoins, en même temps, de
ne point oublier les écrits si instructifs de Bordeu , qui a
considéré le sang plutôt en physiologiste et en médecin qu'en
chimiste.
Quoi qu'il en soit, les micrographes ont fait sur cette hu-
meur des observations dont voici le précis :
Le sang se compose d'un véhicule séreux, dans lequel des
particules microscopiques rouges, décrites autrefois par Leeu-
wenhoeck, sont tenues en suspension. En général, on a con-
sidéré ces corps comme des sphères marquées d'un point
SAN 179.
lumineux dans leur centre , ou bien, comme étant percés et
par conséquent de figure annulaire.
Hewson a trouvé au contraire que les particules du sang
humain sont lenticulaires : ce qu'ont démontré les observa-
tions importantes et nouvelles de Béclard , de MM. Prévost
et Dumas, et ce dont j'ai eu l'occasion de me convaincre par
moi-même, contradictoirement à l'opinion de Young, con-
firmée par sir Everard Home, qui ont pensé que l'aplatisse-
ment étoit postérieur à la sortie du sang et dépendoit de la
séparation de la matière colorante.
Les particules dont il s'agit, sont, au reste, composées
d'un globule central, blanchâtre, transparent et d'une en-
veloppe rouge, moins transparente, ayant la forme d'un
sphéroïde déprimé.
Leur diamètre est d'environ un cent-cinquantième de mil-
limètre.
Tant que le sang est contenu dans ses canaux et qu'il y est
en mouvement , les choses restent en cet état.
Extrait des vaisseaux qui le contiennent, il exhale, pen-
dant tout le temps qu'il conserve sa chaleur, une vapeur
formée d'eau et d'une matière animale putrescible. Il se
coagule bientôt, abandonne tlu calorique et dégage beau-
coup de gaz acide carbonique , lequel , sous la pression
de l'atmosphère, occupe des canaux creusés dans l'inté-
rieur du coagulum, ou s'échappe au dehors du caillot sous
le récipient d'une machine pneumatique, où l'on opère le
vide.
H ne convient point de confondre ce dégagement de va-
peur et de gaz du sang hors de ses vaisseaux avec un pré-
tendu gaz que l'on a supposé circuler avec lui.
Comme les chimistes nous l'enseignent, peu après la coa-
gulation du sang en une seule masse et son partage en deux
parties , on voit le coagulum se resserrer, exprimer la partie
liquide du sérum et donner lieu à l'augmentation de celui-ci
jusqu'au moment de la putréfaction. Ordinairement la sur-
face supérieure du caillot, se resserrant plus que le reste;
devient concave, et si on le lave lui-même sous un filet
d'eau, en le pressant doucement et long-temps, on en en-
lève la matière colorante et il reste une masse fibrineuse
ï8o SAN
blanche, solide, élastique, se comportant comme les muscles
sous rinfluence du galvanisme.
Ainsi donc, par la coagulation et le lavage, le sang se
trouve partagé en cruor , en sérum et en fibrine. •
Voici ce qui arrive dans ces opérations :
Aussitôt que le sang est hors des vaisseaux, la matière
colorante des globules abandonne le noyau central de ceux-
ci, qui , débarrassés de leur enveloppe, s'unissent entre eux
et forment, comme Ruysch Ta noté le premier, des filamens
qui se réunissent en un réseau ou lacis dans lequel se trou-
vent renfermées la matière colorante et beaucoup de par-
ticules entières, non encore décomposées , qui présentent l'as-
pect d'une masse consistante, d'un rouge noir à l'intérieur,
pourpre au dehors , tremblante comme de la gelée et plus
ou moins solide , plus ou moins colorée, ou qui constituent
même des espèces de membranes.
C'est là ce qu'on nomme proprement le caillot, que Hunter
a regardé comme dû à un phénomène entièrement vital , ana-
logue à celui de la réunion des plaies par première intention.
Quand on lave le caillot , l'eau entraîne tout à la fois une
matière colorante libre, et les globules qui sont restés entiers
et qui contiennent encore un noyau blanc dans leur intérieur*
Ces matériaux sont, du reste, dans des proportions très-
variées, suivant les circonstances d'âge, de sexe, de consti-
tution, de maladie, etc.
Dans l'homme adulte et sain, les globules colorés font,
après leur dessiccation , un peu plus d'un huitième du poids
total du sang.
Quand , après plusieurs heures de repos, la masse épaisse
du caillot a augmenté de densité, on reconnoit qu'elle est
plongée dans une humeur transpareu^e , d'un bleu jaunâtre
ou verdàtre.
C'est le sérum.
Celui-ci a la saveur, Todeur et le toucher du sang; il se
coagule à environ Gcf -+- o centig., ressemble alors au blane
d'œuf cuit, et contient dans des vacuoles une substance que,
plus d'une fois, on a prise pour de la gélatine, et qui paroit
être du mucus.
Les parties constituantes du sérum sont de l'eau , de l'ai--
SAN i3i
buminc, de la soude et des sels de soude, et, selon M.
Brande , ce liquide n'est qu'un albuminate de soude avec
excès de base, qui se coagule par reffet de la neutralisation
de la soude nécessaire à sa fluidité ; ce qui explique com-
ment ce phénomène est produit par Talcool et la plupart des
acides qui enlèvent cet alkali.
l.e cruor du sang, ou la matière colorée obtenue par le
lavage, est toujours un mélange de matière rouge libre, de
globules enveloppés par elle et de sérum.
Cette matière rouge libre est celle que les chimistes ont
nommée Zoohématinf. (voyez pe mot). Solublc dans l'eau ,
elle peut se diviser à l'infini dans ce liquide, et au point
même de traverser les filtres. Un principe animal, en com-
binaison avec le peroxide de fer, paroît la constiluer.
La fibrine du sang offre l'aspect de fibres feutrées , tenaces,
élastiques, ayant au microscope l'aspect et la sti-ucture de la
fibre musculaire, composées de globules blancs, semblables
à ceux des particules colorées du sarg et se résolvant en
globules isolés avant de se putréfier dans l'eau.
Le sang renferme aussi une matière grasse ou huileuse.
Ce liquide, contenu dans les artères, dans les veines et
dans le cœur, y est dans un mouvement continuel, qu'on
appelle circulation (voyez Système circulatoire). Il éprouve ,
dans ce mouvement, des altérations constantes et régulières,
qui, se balançant mutuellement, l'entretiennent dans un état
moyen de composition , et il reçoit de nouveaux élémens
préparés par la digestion et l'absorption intestinale. Des mo-
lécules séparées des organes sont, en même temps, ajoutées
à sa masse. Il est soumis ensuite à l'action de ratinosphère
dans les poumons, où il se revivifie. 11 est envoyé dans toutçs
les parties , où il éprouve un changement inverse, où il fournit
les matériaux qui se fixent dans les organes, et où il est dé-
pouillé par les sécrétions d'une partie de ses principes.
Parmi ces altérations, les plus notables sont celles qu'il
éprouve dans les poumons , où il devient d'un rouge vermeil ,
et dans tout le reste du corps, où il acquiert une teinte d'un
rouge brun, et qui paroissent dépendre, dans le premier cas,
d'une absorption d'oxigène , et dans le second, d'une for-
mation de carbone. (Voyez Respiration.)
iS2 SAN
Outre la matière nutritive que le sang distribue dans les
organes, il paroît encore être le véhicule du principe de la
chaleur.
Le sang, dans l'homme, présente des variétés constantes,
suivant les âges, les sexes et d'autres circonstances : il offre
aussi des altérations accidentelles.
Dans le fœtus, ce liquide, dont la couleur est très-foncée ,
n'a presque pas de matière coagulable , presque pas de librine.
Il en est de même du sang menstruel de la femme.
Le sang veineux n'est pas, il s'en faut de beaucoup, le
môme que le sang artériel. Avec le chyle et la lymphe il
forme un fluide destiné à être élaboré par l'acte de la res-
piration , et qu'il est aisé de se procurer par l'opération
de la phlébotomie.
D'un rouge brun ou noirâtre, il a une odeur foible , une
teuipérature de Si" -f- o R. ; une pesanteur spécifique de
305l.
On n'a aucun moyen de déterminer la quantité de sang
veineux contenu à la fois dans l'économie; car, si, dans un
animal vivant, on perfore les parois des gros troncs veineux,
la mort arrivera avant l'entier écoulement du liquide qu'ils
contiennent, et c'est là ce qui explique les nombreuses va-
riations observées à ce sujet dans les livres des physiologistes,
les uns admettant en tout div-^uit, et les autres vingt-huit
livres de sang: mais , assez généralement, on a dit qu'il n'y
avoit qu'un tiers de cette quantité dans les artères et que
les deux autres tiers étoient renfermés dans les veines et les
systèmes capillaires.
Le sang artériel, vital et réparateur, ressemble beaucoup,
physiquement et chimiquement, au sang veineux, appauvri
et moins excité; mais il en diffère grandement par ses usages.
Ces deux humeurs, si distinctes pour le physiologiste, of-
frent peu de différences aux yeux du chimiste. Le premier
a cependant une teinte rouge plus vermeille; une odeur
plus forte; une chaleur plus élevée, d'un à deux degrés;
une capacité pour le calorique plus prononcée dans le rap-
port, selon M. Davy , de 903 à 915; une pesanteur spécifi-
que moins grande et dans le rapport, suivant le même sa-
vant, de 1049 à 1062; une quantité moindre de sérum et
SAN i83
«ne disposition plus grande à la coagulation. Pcutvétre en-
«ore, comme le pense le professeur Krimer, de Bonn, est-il
plus susceptible de putréfaction.
C'est aussi dans ce sang qu'on a cru trouver un élément
particulier, volatil, odorant, dissoluble dans l'air, principe
évident de la fluidité et de la vitalité de l'espèce d'humeur
dont nous écrivons l'histoire; effluve odorant, admis d'abord
par Rosa et Moscati , dont l'opinion a plus d'une fois depuis
été adoptée, mais que personne ne suit aujourd'hui, où cha-
cune nie l'existence de ce gaz et le regarde comme une vola-
tilisation , une dissolution par l'air d'une portion de la masse
sanguine.
Le sérum du sang artériel est moins abondant et spécifi-
quement plus léger que celui du sang veineux, dans la pro-
portion de 10,257 à 10,264.
Son caillot se forme plus tôt et est plus ferme que celui du
sang veineux.
Les micrographes assurent aussi qu'il contient plus de par-
ticules rouges : sur 10,000 parties il y a , selon MM. Dumas
et Prévost, 100 de ces particules de plus.
Est-il nécessaire, d'ailleurs, de rappeler ici que l'état
chimique et physique du sang artériel offre mille et raille
variétés, selon les proportions et la nature des matériaux
dont il dérive, selon l'énergie avec laquelle s'est opérée l'hé-
matose sur le chyle , la lymphe et le sang veineux ; dernière
condition, qui explique comment, lorsque le chyle est trop
jveu abondant, lorsqu'il est vicié par suite de la mauvaise
qualité des alimens, le sang artériel, détérioré, est appauvri
et diminue de quantité ?
Le sang artériel est identique dans tous les vaisseaux qu'il
parcourt.
On a dit vaguement qu'il n'en étoit point de mêiafi du
sang veineux, qui doit différer de lui-même dans les diverses
distributions du système veineux; ce que Legallois a cherché
à démontrer en rappelant que les pertes faites par le sang
artériel dans les divers organes, variant comme les organes
eux-mêmes , le sang doit varier dans la même proportion.
Il est aussi difficile d'apprécier à sa juste valeur la masse
du sang artériel que celle du sang veineux; car si l'on ouvre
'84 SAN
un des gros troncs du système vasculaîre que ce liquide rem-
plit, la respiration s'embarrasse et la mort arrive avant son
entier écoulement. Voilà pourquoi la plupart des expéri-
mentateurs sont en contradiction sur ce point; pourquoi
Harvey a dit que le poids total du sang en circulation étoit
le vingtième de celui du corps; Lobb et Lower l'ont estimé à
dix livres, en quoi ils ont été suivis par M. Krimer; Quesnay
l'a porté à vingt-sept livres ; Hoifmann à vingt-huit; d'autres
à trente; voilà aussi pourquoi, le plus ordinairement, dans
cette appréciation, qu'on a presque constamment rapportée
à l'homme en particulier , on n'a point distingué les deux
espèces de sang l'une de l'autre.
La quantité de ce fluide varie d'ailleurs dans les divers
individus d'une même espèce. Ceux qui sont gras en ont
moins que ceux qui sont maigres, et ceux des climats chauds
que ceux des pays froids.
Nous avons déjà dit que le sang des fœtus diffère essen-s
tiellement de celui de l'enfant qui a respiré : des essais tentés
par Fourcroy ont démontré ce fait.
On ne sait rien de positif sur les diflfv^rences qui peuvent
exister entre le sang de la femme et celui de l'homme.
Le sang de l'écoulement menstruel n'est identique, ni
avec le sang veineux, ni avec le sang artériel.
La couleur du sang n'est point la même dans les diverses
classes du règne animal. 11 est d'un rouge plus nu moins vif
dans tous les vertébrés ; mais il devient jaunâtre ou blanchâtre
dans la plupart des mollusques et des crustacés; rougeàtre
dans plusieurs annélides; aqueux et transparent dans les ra-
diaires.
Le sang des mammifères n'est point très-dissemblable de
celui de l'homme, et les essais d'analyses faits sur celui du
cheval, de l'àne , du bœuf, du mouton, de la chèvre et du
pochon, n'ont donné pour résultats que des différences de
proportion , soit entre les individus d'une même espèce , soit
çntre ces différentes espèces, soit entre elles et la nôtre.
Cependant les animaux mammifères du Nord, et princi-
palement les espèces aquatiques, comme les phoques, les
otaries, les dauphins, les baleines, les cachalots, ont une
quantité de sang proportionnément plus grande que ceux
SAN 185
des pays chauds, qui transpirent beaucoup , et que les espèces
terrestres, qui absorbent de l'eau en quantité. Cette humeur
est aussi, chez eux, plus noire, plus visqueuse, plus hydro-
génée et plus chargée de carbone.
Les carnivores, qui boivent peu et se livrent à de violens
exercices , ont un sang épais et peu abondant ; sa coagulation
est fort prompte.
Les animaux sauvages ont un sang plus copieux et plus
riche en fibrine que les individus de leur espèce engraissés
et asservis à la domesticité. Cette particularité est surtout
évidente pour les ruminans.
Le sang des rongeurs est assez liquide , parce que , quoi-
que ces animaux boivent rarement et urinent beaucoup , ils
vivent de substances végétales plus ou moins humides. Parmi
eux, le loir, la marmotte, le hamster et quelques autres
s'assoupissent en hiver; ce que Buffon attribuoit à la froideur
de leur sang; opinion manifestement erronnée et détruite
parSultzer, Pallas, Gmelin etVlcq d'Azyr,dont les recherches
ont démontré que chez tous les rongeurs la température du
sang est constamment la même.
Dans les oiseaux, le sang est abondamment chargé de fi-
brine, à cause, sans doute, de l'étendue et de l'énergie de
la puissance respiratrice. La même différence que pour les
mammifères caractérise ce liquide dans les individus domes-
tiques et dans ceux qui vivent à l'état de liberté.
En général, le sang des mammifères et des oiseaux, c'est-
à-dire, le sang chaud, est plus épais, plus coagulable, plus
chargé de fibrine que le sang froid des reptiles et des pois-
sons. Il renferme une plus grande quantité de zoohématine,
un plus grand nombre de globules microscopiques et plus
de phosphate de chaux.
Celui des serpenset des lézards ne se coagule même qu'im-
parfaitement, et celui des tortues ne se concrète que sous
l'influence du feu.
Celui des poissons est blanchâtre, pâle, difficilement coa-
gulable aussi, et peu riche en caillot. 11 a une très-grande
tendance à devenir huileux.
Dans les mollusques, le sang n'est qu'une sorte de lymphe
muqueuse et gélatineuse, et le plus souvent insipide.
ï86 SAN
II en est de même dans les crustacés, où, par la dessicca-
tion, il prend l'aspect d'une matière fibreuse.
Enfin, les globules microscopiques qui circulent avec le
sang, et dont l'existertce , niée parfois, depuis Leeuwenhoeck,
n'est plus mise en doute aujourd'hui, méritent quelque at-
tention de notre part, puisque leur forme varie dans les dif-
férentes classes du règne animal, ainsi qu'il conste des ob-
servations deHewson, G. A. Magni, Weiss, Meistcr, Schrei-
ber, Haller, Meig , J. A. Poli, C. Sprengel , Gruithuisen,
Autenrieth , Haies, Euler , Éverard Home, C. A. Rudolphi ,
Bauer, Blumenbach, Senac , Tabar, Dumas, Prévost, J. Chr.
Schmidt, e(c.
Examinés hors du corps, ces globules sont plus ou moins
sphériques dans l'homme et les mammifères; lenticulaires
ou elliptiques dans tous les autres animaux. Chez les batra-
ciens, ils sont tout-à-fait plats et se plissent si on les arrose
d'une solution de sel commun.
Ils diffèrent souvent en volume les uns des autres dans un
même animal, et Malpighi en admettoit de trois ordres.
Selon M. Krimer, les globules du sang artériel sont plus
petits que ceux du sang veineux.
D'après Hevvson , ils sont plus volumineux chez les jeunes
animaux que dans les adultes.
La taille de Panimal ne paroît pas influer sur le volume
des globules.
Dans plusieurs mammifères ils sont plus petits que dans
l'homme. Souvent ils sont aussi volumineux, et rarement ils
le sont davantage.
Comme dans l'homme, chez tous les animaux , chaque glo-
bule est composée d'une enveloppe vésiculaire et d'un noyau,
qui se séparent l'un de l'autre lors de la putréfaction du
sang.
. D'après Sprengel on comptecoit 9,000,000 de ces globules
sur une surface d'un pouce carré, et, chez l'homme, le dia-
mètre de chacun d'eux, apprécié au moyen du micromètre
de Banks est d'j^^ de pouce, tandis que Senac et Tabar le
fixent à Yr^ i ^t qu'Everard Home le porte tantôt à -rhô y
tantôt à j^ , et même à g-^„.
Certains physiologistes ont attribué à chaque globule du
SAN 187
sang une vie propre. Le fait est que, durant rexîslence de
l'animal , ces particules exécutent un tourhillonnemenL qui
dure encore plusieurs minutes après que le sang est sorti de
la veine. (H. C.)
SANG. (Chim.) A l'état normal le sang des animaux ver-
tébrés, qu'on a examiné sous le rapport de la composition
immédiate, a donné les résultats suivans :
Composition.
Albumine.
Fibrine.
Hématosint ou principe colorant rouge organique. (Brande.)
Matière grasse du cerveau. (Chevreul.)
Urée. ( Prévost et Dumas. )
Lactate de soude et matière extractive. (Berzelius. )
Sulfate de potasse.
Chlorures de sodium et de potassium. (Rouelle.)
Soude plus ou moins carbonatée. (Haen et Rouelle.)
Phosphates de chaux et de magnésie.
Peroxide de fer. (Menghini.)
Manière de l'analyser.
(a) On abandonne le sang à lui-même dans un lieu frais.
Il se prend en masse, et peu à peu une matière solide, co-
lorée en rouge- brun, appelée cruor ou caillot, se sépare
d'un liquide épais, transparent, foiblement coloré en jaune,
appelé sérum du sang.
(b) On prend le caillot; on le lave dans un tamis ou dans
un linge : l'eau entraîne la partie colorante, et il reste de
la fibrine en petites membranes blanches.
On peut encore se procurer la fibrine en agitant le sang,
récemment tiré d'une veine, avec un petit balai; la fibrine
s'attache en longs filamens, qu'on lave ensuite avec de l'eau
pure.
(c) La fibrine contient une quantité notable de matière
grasse du cerveau , qu'on en sépare en la faisant macérer
dans l'éther hydratique. Celui-ci, décanté et évaporé, laisse
la matière grasse.
(d) Rien n'est plus simple que de constater dans le sérum
188 SAN
la présence de Valhumine. Il suffit de l'exposer à la chaleur
pour le voir se coaguler. En un mot, en le traitant compa-
rativement avec du blanc d'œuf, dissous dans un peu d'eau,
on verra que les deux liquides se comportent de la même
manière.
(e) Quand on voudra analyser le sérum , on le fera évaporer
spontanément à l'air ou bien dans le vide sec. On traitera
le résidu pulvérisé par l'éther, qui dissoudra une nouvelle
quantité de matière grasse du cerveau.
(/) On dissoudra le résidu (e) dans un peu d'eau; on y
versera ensuite de l'alcool. L'albumine sera précipitée avec
du sulfate et du sous- carbonate de soude, et le liquide re-
tiendra de l'urée, des chlorures de potassium et de sodium,
et, suivant M. Berzelius, du lactate de soude.
(g) En lavant le résidu (/) à Teau chaude, on dissoudra
des chlorures et du sous-carbonate de soude, et, enfin, une
trace d'albumine et de lactate de soude.
Obsenallon,
Pour avoir l'urée , il faut prendre les précautions suivantes :
On enlève d'abord à un chien un de ses reins; quinze
jours après on lui enlève l'autre rein. L'animal ne paroit
guère souffrir qu'au bout de trois jours; si alors on le saigne,
qu'on fasse évaporer le sérum séparé du caillot dans le vide
sec, qu'on applique l'alcool au résidu desséché, qu'on éva-
pore de nouveau l'alcool dans le vide, on obtiendra l'urée.
Cinq onces du sang d'un chien qui a vécu sans rein pen-
♦îant deux jours , ont donné à MM. Prévost et Dumas plus de
vingt grains d'urée ; deux onces de sang d'un chat soumis
au même traitement, leur en ont donné plus de dix grains.
(/)) Quant à l'hématosinc, il existe plusieurs procédés pour
l'obtenir.
Procédé de Brande.
On agite le sang au moment où on vient de le tirer
d'une veine; on enlève la fibrine qui s'est séparée; on aban-
donne la liqueur à elle-même : peu à peu elle dépose une
Biatière colorée en rouge -brun, dont on sépare la liqueur
SAN 189
surnageante par décantation. M. Brande considère le dépôt
comme l'hématosine, contenant un peu d'albumine.
Voici les propriétés qu'il lui a reconnu :
Vue au microscope, elle parolt formée de globules.
Elle produit avec l'eau une solution , qui ne se putréfie que
difficilement, qui est rouge de sang, jusqu'à 90*^; à partir de
cette température, elle se trouble, et la matière colorante
se dépose sous forme d'un sédiment brun. Il est vraisemblable
que l'albuminé est pour quelque chose dans cet efiFet. L'al-
cool précipite l'hématosine de sa dissolution.
L'acide sulfurique, étendu de huit fois son poids d'eau,
la dissout à chaud seulement. L'acide hydrochlorique , les
acides acétique, oxalique, tartrique , citrique, la dissolvent
non-seulement à chaud , mais encore à froid.
Ces solutions sont d'un rouge cerise ou d'un cramoisi
foncé quand on les regarde par réflexion, et verdàtres quand
on les regarde par transmission.
Les alcalis et les sous- carbonates alcalins solubles la dis-
solvent en si grande abondance, que les liqueurs concentrées
paroissent opaques.
L'alumine, l'oxide d'étain, forment avec elle des laques
qui se décolorent au soleil.
Les dissolutions de mercure au minimum et au maxi-
mum , la précipitent de sa dissolution aqueuse.
Elle colore le coton engallé en rouge solide.
Elle est détruite rapidement par l'acide nitrique.
Au feu , elle donne les produits des matières azotées et
un charbon qui ne contient qu'une trace de fer.
Procédé de Berzelius.
On coupe le caillot en tranches minces ; on le met à
égoutter sur du papier brouillard ; on le triture dans une
petite quantité d'eau ; on coagule la solution ; on la filtre ;
la masse brune, coagulée, est ensuite soumise à la presse et
ééchée à 70**; dans cet état elle est insoluble dans l'eau. Si ,
au lieu de sécher l'hématosine à 70*^, on la dessèche dans
une soucoupe à ôo**, elle est susceptible de se redissoudre
dans l'eau froide.
est d'un brun noir.
.19° SAN
Elle est insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther hydratique.
Elle forme avec Tacide acétique une gelée en partie so-
luble dans l'eau tiède.
La solution se trouble par l'ébullition. Elle est précipitée
par les alcalis, l'hydro - cyanoferrate de potasse.
Elle est insoluble dans l'acide hydrochlorique.
Elle est soluble dans Tammoniaque. La liqueur est d'un
brun foncé.
M. Berzelius considère la nature de l'hématosine comme
étant très-analogue à celle de la fibrine. 11 pense qu'elle est
composée de fer, de phosphore, de calcium, de soufre,
d'oxigène, d'azote, de carbone et d'hydrogène. Quand on
l'incinère, on obtient une cendre formée de
Oxide de fer 5o
Sous-phosphate de fer 7,5
Phosphates de chaux et magnésie . . 6
Chaux pure 20
Acide carbonique et perte i6,5
100,0.
L'hématosine, préparée par le procédé de M. Berzelius con-
tient de la matière grasse du cerveau et très-probablement de
l'albumine.
Pî^océdé de Vauquelin.
On écrase dans une terrine le caillot du sang , préalablement
égoutté avec 4 parties d'acide sulfurique, étendues de 8 parties
d'eau ; puis on fait chauffer à 70 ; on filtre la liqueur ; on lave
le résidu avec 12 parties d'eau chaude : on concentre à moitié
la liqueur et les lavages; puis, en neutralisant presque tout
l'acide par l'ammoniaque, on obtient l'hématosine sous la
forme d'un dépôt de couleur rouge pourpre; on décante la.
liqueur surnageante; on la remplace par de l'eau, et cela
jusqu'à ce que le lavage ne trouble plus le nitrate de baryte :
on jette le tout sur un filtre , et quand la matière est égouttée,
on la fait sécher dans une soucoupe.
M. Vauquelin pense que l'albumine et la fibrine , qui se
sont dissoutes par l'acide sulfurique , ne sont pas précipitées
par l'ammoniaque.
SAN 191
L'hématosine , p'réparée par le procédé de Vauquelin, est
d'un noir brillant comme le jayet.
Elle est inodore, insipide.
Elle se délaie dans l'eau sans s'y dissoudre. Lorsqu'elle est
en suspension dans ce liquide , elle paroît d'une couleur rouge
de vin.
Elle se dissout bien dans les acides et les alcalis. Les solu-
tions sont d'un rouge pourpre. Sa dissolution hydroclilorique
ne trouble point le nitrate de baryîe. Elle n'éprouve aucun
changement de la part de l'acide gallique et de Thydro-cya-
noferrate de potasse. Le tannin de la noix de galle la préci-
pite sans en changer la couleur.
Elle donne à la distillation du sous-carbonate d'ammonia-
que une huile rouge- pourpre, peu de gaz et un charbon
abondant.
Des propriétés du sang à l'état noT^mal.
Le sang des artères diffère de celui des veines parJa cou-
leur ; le premier est d'un rouge tirant sur l'écarlate, tandis
que le second est d'un rouge pourpre.
On avoit pensé que la capacité du sang artériel pour la
chaleur étoit plus grande que celle du sang veineux ; mais M.
'J. Davy a trouvé ces capacités sensiblement égales,
La densité du sang artériel est un peu inférieure à celle
du sang veineux; et ces densités sont supérieures à celle de
l'eau.
Lorsqu'on examine le sang artériel et le sang veineux au
microscope, ils paroissent formés de globules colorés en
rouge et d'un liquide incolore, ainsi que Leeuwenhoeck le
découvrit le premier en 1674. En 1818, M. Home prouva que
ces globules sont formés d'un globule central de fibrine et
d'une enveloppe colorée. Après être sortis des vaisseaux , les
globules de fibrine se séparent de leur enveloppe, pour
former des fibres ou des membranes en s'agrégeant ensemble.
M. Hewson a vu que les globules du sang sont aplatis et que
dans tous les mammifères ils sont circulaires; tandis qu'ils
sont ovales dans les oiseaux, et, en général, dans les ani-
maux à sang froid : nous disons , en général , parce qu'il a
Ï92 SAN
considéré les globules de l'anguille, du saumon, de la carpe
et de la vipère comme circulaires.
MM. Prévost et Dumas, en 182 i , ontconfirmé ces résultats,
sauf qu'ils ont vu que les globules de la vipère sont ellipti-
ques, et qu'ils soupçonnent qu'il en est de même des globules
de l'anguille, du saumon et de la carpe.
Ces savans pensent qu'un globule du sang, de forme cir-
culaire, se compose d'un sphéroïde de fibrine transparent et
d'une espèce de vessie membraneuse, colorée et aplatie,
renfermant le sphéroïde; quant aux globules elliptiques, il
leur semble que le sphéroïde de fibrine, qui est au centre,
est enveloppé d'une substance qui lui donne la forme ovoïde.
Suivant les mêmes savans, le sang artériel contient plus de
globules que n'en contient le sang veineux.
Coagulation du sans-
Le sang, tiré des vaisseaux d'un animal, est à peine aban-
donné à lui-même, qu'il se coagule, sans qu'il y ait, suivant
J. Davy, un dégagement appréciable de chaleur.
Voici ce qui semble se passer dans la coagulation : Dès que
le sang est en repos, l'enveloppe colorée d'un certain nombre
de corpuscules de fibrine, se sépare de ceux-ci; les corpus-
cules, devenus libres, s'agrègent et forment une sorte de
réseau, qui retient entre ses parties, 1." les enveloppes co-
lorées des globules qui se sont décomposés; 2." des globules
qui n'ont éprouvé aucun changement; 3.° le sérum. Peu à
peu les globules de fibrine se rapprochent et une partie de
sérum s'en sépare , ainsi que nous l'avons dit en parlant de
l'analyse du sang. D'après cela, on conçoit comment en
pressant le caillot au sein de Peau , ou en le malaxant dans un
tamis de crin sous un filet de ce liquide, on parvient à sé-
parer de la fibrine tout le sérum et les parties colorées qu'elle
retenoit entre ses parties.
MM. Prévost et Dumas pensent que la partie colorée est gé-
latineuse , transparente, insoluble dans Peau, dont elle peut
toujours se séparer par le repos , et que ses parties ne peuvent
s'agréger ensemble comme le font les corpuscules de fibrine
qu'elles enyeloppoient j leur division est telle, qu'elles pas-
SAN 195
sent au travers des filtres : c'est ce qui a fait croire à plu-
sieurs chimistes que la substance colorante de sang est so-
luble.
MM. Prévost et Dumas pensent que l'hématosine est com-
posée d'une substance animale, qui peut être de l'albumine
— I— du peroxide de fer.
Du sang considéré dans les diverses classes
d' animaux vertébrés.
Densité moyenne.
Sang de l'homme.. 1,0627 Haller.
Sang de bœuf i,o56 Fourcroy.
Diamètre des globules circulaires dans plusieurs espèces
d'animaux.
Diamètre réel en fractions du milliiuètre.
Callitriche rh {')
Homme
Chien
Lapin
Cochon
Hérisson
Cochon d'Inde.
Muscardin ....
Ane 7I7
Chat )
Souris grise... | 777
Souris blanche )
Mouton \
Oreillard I
Cheval \ -^
Mulet I
Bœuf ;
Chamois \ _L_
Cerf. j '"
Chèvre Tjj-
1 M. Kater avoit eu les résultats suivans :
Homme -^ de millimètre.
Veau ^
Souris -—^
Raie -rj
/)7- i3
,94 SAN
Diamètre des globules elliptiques dans plusieurs animaux.
Orfraie.
Pigeon .
Dinde . .
Canard .
Poulet
Paon
Oie
Corbeau
Moineau.
Cliardonneret ..
Mésange
Tortue terrestre
Vipère
Orvet
Couleuvre de Rasomouski
Lézard gris
Escargot
Salamandre ceint. 1
Salamandre à crête
Crapaud commun 1
Grenouille commune ,
Grenouil. à tempe tachetée .
Lote
Veron.. .
DormiUe.
SAN
195
Proportions des globules , de l' albumine et de l'eau
dans plusieurs espèces d'animaux, et température
moyenne de ces animaux , suivant MM. Prévost
et Dumas.
NOM
DE l' A N I M A r..
TEMPERATURE
MOVKNNE.
10000 parties de sang con
tiennent
Pigeon
Poule ......
Canard '.
Corbeau
Héron
Singe
Honinie
Cochon d'Inde. .
Chien
Chat
Chèvre
Veau
Lapin
Cheval
Mouton, sang art.
— sangvein.
Truite
Lote
42
42t
41
35,5
39
38
57,4
38,5
39,^
36,8
38
Grenouille >
Tortue . .
Anguille . ,
celle du milieu
ambiant . .
q'' dans une eau
' de
a 7 ,5 ... .
celle de l'air
i557
1 671
1601
i/,G6
M,(n
1280
1238
1204
1020
912
gSS
920
935
861
638
690
i5o6
600
469
63o
847
664
592
779
869
872
655
843
834
8,8
683
897
772
775
725
657
464
806
940
7974
7799
7662
7970
8082
7760
7839
7848
8107
7953
8146
8260
8379
8182
8293
8364
8637
8862
8846
7688
8460
Voici comment ces déterminations ont été faites.
(a) On a séparé le sérum du caillot; bien entendu que
celui-ci en retenoit une certaine quantité.
(t) On a déterminé, par l'évaporation , la proportion des
matières fixes contenues dans le sérum séparé du caillot (a) ,
en supposant que la partie volatile n'étoit que de l'eau pure.
(c) On a déterminé, par le même moyen, la proportion
de l'eau contenue dans le caillot, et d'après la quantité d'eau,
f>n a conclu la proportion du sérum; parce qu'on a supposé
196 SAIN
que le caillot étoit formé de particules sèches et de sérum.
Le poids du sérum, ainsi obtenu , retranché du poids du cail-
lot, donne le poids des globules.
Nous observerons que, tout en admettant que la propor-
tion des globules, déterminée d'après cette supposition, ne
doive pas s'élt)igner beaucoup de la vérité, cependant il ne
seroit pas impossible que le liquide qui se trouve dans les
"lobules du sang fût tout différent du sérum.
MM. Prévost et Dumas concluent des observations consi-
gnées dans ce tableau :
1 .° Que les oiseaux , dont la température est plus élevée que
celle des animaux des autres classes, sont aussi les animaux
dont le sang est le plus riche en globules;
2.° Que les mammifères sont, après les oiseaux, les ani-
maux dont le sang est le plus riche en globules, et il semble-
roitque le sang des carnivores en contient plus que celui des
herbivores;
3.° Que le sang des animaux à sang froid contient moins
de globules que celui des animaux à sang chaud.
Analyse du sérum Analyse du sérum
du sang de l'homme. du sang du bœuf.
Berzclius. Berzelius.
Eau ^jo5 905
Albumine ou substances in-
solubles dans l'alcool. . . 80 79j99"
Lactate de soude et matière
extractive 4 'jj^?-''
Chlorures de potassium et de
sodium G 2,565
Soude carbonatée et un peu
de matière animale. ... 4 1,620
Perte o 4,7^0
Sang considéj'é aux différéns âges de la vie d'un
animal d'une même espèce.
Le sang n'a point été étudié sous ce rapport d'une manière
approfondie. Fourcroy a annoncé que le sang du fétus qui
n'a pas respiré, contient, au lieu de fibrine, une matière
SAN 197
gui se présente à l'état d'un tissu mollasse, sans consistance
et comme gélatineux; qu'il ne devient pas rutilant par le con-
tact de l'air, et qu'il ne donne pas de phosphate à l'analyse.
Sang considéré dans deux individus de sexe différent.
cor7^espondant d'âge , et appartenant à une même
espèce.
Le sang n'a point été étudié sous ce rapport.
Sang à l'état pathologique.
Il n'existe que des observations détachées sur le sang consi-
déré dans des animaux malades, et ces observations n'ont été
faites que sur le sang de l'homme. Voici les résultats princi-
paux de ce qu'on sait à ce sujet.
Sang inflammatoire.
MM. Déyeux et Parmentier ont vu que le sang des pleu-
rétiques , abandonné à lui-même , se recouvre d'une couenne ;
qu'il se prend en un caillot mou; que le sérum chauffé ne
présente point une coagulation consistante.
Ils regardent la couenne comme de la fibrine altérée.
Sang de trois scor^lutiques âgés c?e 29 à 47 ans.
Les mêmes savans ont vu que le sang de ces trois malades
n'étoit pas plus fluide que le sang normal; qu'il se coaguloit
spontanément; qu'il avoit une odeur particulière; que lesérum
étoit moins susceptible de se coaguler par la chaleur que le
sérum à l'état normal ; que le caillot donnoit de la fibrine par
le lavage. Le sang d'un des scorbutiques s'est recouvert d'une
couenne, mais moins épaisse que celle du sang inflammatoire.
Sang d'individus attaqués de Jièvres putrides.
MM. Déyeux et Parmentier n'ont aperçu aucune différence
bien spéciale entre le sang des fièvres putrides et le sang nor-
mal ; car le sang d'un individu attaqué d'une fièvre putride
se couvroit de couenne, comme le sang inflammatoire; tan-
dis que le sang d'un autre individu, atteint delà même ma-
ladie, n'en présentoit pas. Ils n'y ont pas remarqué de signe
de putridité; enfin, dans la plupart de leurs essais, le sérum
a paru se séparer difficilement du caillot.
'98 SAN
Sang des diabétiques.
Rollo avoit annoncé la présence du sucre dans le sang de
ces malades ; mais Wollaston et Vauquelin n'y en ont pas
trouvé.
Sang des enfans attaqués de V Indui-ation du tissu
cellulaire. '
Le sang de deux enfans attaqués de celte maladie, sans
l'être en même temps d'une ictère, m'a présenté les propriétés
suivantes.
Il s'est coagulé spontanément, le caillot étoit peu abondant ;
quand je l'ai lavé, il m'a donné une fibrine blanche, peu te-
nace.
Le sérum, séparé du caillot, étoit presque incolore ; aban-
donné à lui-même, il s'est pris en totalité en gelée.
Sang des enfans attaqués de F induration du tissu
cellulaire et d'une ictère.
Lorsqu'on incise la peau des enfans morts de cette mala-
die , on obtient un liquide Jaune formé d'albumine , d'un prin-
cipe colorant d'une couleur rouge-orangée, et d'un principe
colorant vert ou peut-être d'un principe colorant bleu. Ces
mêmes principes existent dans la bile. Si l'on abandonne le
sang de ces enfans à lui-même, il s'en sépare un caillot de
fibrine et d'hématosine ; le sérum a le même aspect, que le
liquide épanché dans le tissu cellulaire, et il contient les
mêmes principes immédiats que lui; et une propriété com-
mune à ces liquides est de se prendre en une gelée formée
d'une matière membraneuse et d'un liquide contenant la to-
talité ou la presque -totalité des principes colorans précités.
J'ignore si le sérum des enfans, à l'état normal, contient la
matière spontanément coagulable que je signale ici : dans le
cas où il en seroit dépourvu, ou , ce qui revient au même,
où il en contiendroit une proportion beaucoup plus foible
que celle contenue dans le sérum des enfans attaqués de l'in-
1 Ces faits et les suivans font partie «l'un mémoire lu à l'Académie
des sciences, le 4 Août 1823.
SAN ïQO
duration, et qu'il seroit démontré que la coagulation s'opé-
reroit dans le tissu cellulaire, il semble qu'on devroit con-
sidérer cette matière comme la cause de l'induration des
parties où le sérum s'est épanché.
Considérations sur la composition immédiate du sang.
On doit remarquer comme un des résultats les plus impor-
tans que la chimie ait fournis à la physiologie, la découverte
dans le sang de la plupart des principes immédiats qui consti-
tuent une grande partie de la masse des animaux. Ainsi on
rencontre dans ce fluide , destiné à accroître le corps des
ctres où il circule, et à réparer les pertes qu'il éprouve in-
cessamment : 1.° la Jjbrine, base des muscles; 2° Valbumine,
un des principes immédiats de la matière cérébrale et d'un
grand nombre de liquides non excrémentitiels ; 5." le phos-
phate de chaux; 4.° le phosphate de magnésie ; ces deux sels sont
la base inorganique des os; è.° Vosmazôme; 6° la matière grasse
du cerveau;']." ïurée, un des produits excrémentitiels les plus
remarquables. Enfin , cette énumération seroit incomplète, si
on n'y ajoutoit pas : 1 ." la matière spontanément coagulable que
m'a présenté le sérum des enfans attaqués de l'induration du
tissu cellulaire; 2.° deux principes colorans , que le sang des
enfans attaqués à la fois de cette maladie et d'une ictère, m"a
présenté : principes que j'ai trouvés dans la bile de l'homme
et celle de plusieurs mammifères. '
Avant de finir cet article, je ne crois pas inutile de faire
quelques remarques sur la proposition que plusieurs savans
ont avancée au sujet de l'absence ou de l'existence de la bile
dans le sang des ictériques. MM. Déyeux, Clarion et Orfila
disent avoir retrouvé la bile dans le sang des ictériques : cette
proposition ne peut être admise dans l'état actuel de la
science, puisqu'aucun de ces auteurs n'a prouvé qu'on peut
extraire de ce fluide tous les principes immédiats de la bile,
I En comptant ici la matière spontanément coagulable parmi les
principes immédiats du sang, je ne prétends parler que du pliénomène
que présente cette matière, sans décider s'il appartient à un principe
particulier, ou s'il résulte de l'action de quelque corps sur un prin-
cipe immédiat déjà connu, par exemple, de l'action de quelque corps
inorganique sur l'albumine.
:^oo SAN
ou au moins ceux qui constituent ce qu'on a appelé sa ma-
tière résineuse verte. En effet, celte dernière matière , comme
je l'ai prouvé en i8i>4, n'est pas un principe immédiat; elle
est formée de cholestérine, d'acides margarique et oléique,
d'un acide particulier et de deux principes colorans. Ce ré-
sultat a dû me rendre plus difficile que mes prédécesseurs
relativement à la manière dont je devois énoncer les résultats
de mes expériences sur le sang des enfans ictériques: je n'ai
donc point dit que j'avois découvert la bile ou sa matière co-
lorante verte; mais seulement deux des principes colorans que la
Lile humaine et celles de plusieurs mammifères m'ontprésentés.
M. Ferrus m'ayant demandé, pour son article Ictéricie du
IVouveau Dictionnaire de médecine, un résumé de mes re-
cherches sur le sang en général et sur celui des enfans icté-
riques en particulier, je lui remis une note à ce sujet, à la
condition qu'il la feroit imprimer telle que je l'avois écrite:
mais cette note, malgré la promesse que M. Ferrus m'avoit
faite de n'y rien changer, a été tellement tronquée à l'im-
pression , que je déclare ici que le passage inséré sous mon
nom, tome 12, page i5 , du Nouveau Dictionnaire de mé-
decine n'est pas de moi. (Ch.)
SANG-DRAGON. (Bot.) Le sang-dragon, employé en
médecine sous le nom de résina sanguis draconis , est le suc
résineux obtenu par incision de plusieurs plantes apparte-
nant à des genres éloignés les uns des autres, et même à des
familles fort différentes. Cette substance paroit ne pas avoir
été inconnue aux anciens, qui la désignent assez clairement
dans plusieurs passages de leurs écrits. La dénomination qu'on
lui a attribuée, provient peut-être d'une idée chimérique,
c'est-à-dire, du rapprochement qu'on a fait de sa couleur,
qui est d'un rouge noir, avec celle du sang desséché du dra-
gon de la fable.
Le sang -dragon existe sous trois formes dans le commerce
de la droguerie. Premièrement, en olives enveloppées dans
des feuilles de pandanus, nouées et disposées en chapelets;
secondement , en cylindres plus ou moins longs et aplatis,
renfermés dans des feuilles de palmier; et enfin, en masses
plus ou moins informes, encore marquées des impressions
des feuilles qui ont servi à les couvrir. Le sang- dragon en
SAN 201
roseau, ou de forme olivaire , é(oit celui qu'on estimoit le
plus; mais, dans ces derniers temps, on est parvenu à le so-
phistiquer avec tant d'adresse, qu'il faut maintenant le sou-
mettre à quelques essais pour constater son degré de pureté.
Il arrive souvent qu'il est mélangé avec des résines communes ,
auxquelles on a joint une forte teinture de bois de Campéche.
Le sang -dragon a pour principaux caractères physiques
d'être opaque ou quelquefois transparent, lorsqu'il est en
lamelles minces; d'être coloré en rouge -brun foncé, quand
il est en masse, et rutilant, lorsqu'il est en poudre. Sa con-
sistance est fragile , friable ; sa cassure conchoïde , lisse et
luisante. Son odeur est nulle ou légèrement analogue à celle
du benjoin, lorsqu'on le brûle. Aussi a-t-on cru qu'il de-
voit plutôt être rangé parmi les baumes qu'avec les résines.
L'eau n'a aucune action sur le sang-dragon, mais il se dis-
sout en grande partie dans l'alcool , auquel il donne une
brillante couleur rouge. Sa saveur est nulle ou légèrement
stiptique, ce qu'on attribue au tannin qu'il contient. L'eau
le précipite de la dissolution alcoolique.
Cette résine provient: i." du p ter oc arp us draco , L., de la
famille des légumineuses, Juss. , et de la diadelphie décandrie
de Linné. Elle découle du tronc de cet arbre, qui croit aux
Indes orientales, et pour la distinguer, on la nomme sang'
dragon oriental. 2.° Du pterocarpus santalinus , qui croît dans
l'Amérique méridionale; mais celle-ci est moins abondante
et plus souillée d'impuretés. 3.° Du dracœna draco ou véritable
dragonnier, de la famille des asparaginées de Jussieu , et de
Vhexandrie monogynie de Linné. La résine sort du tronc de
ce végétal nionocotylédon , spontanément ou par incision,
sous forme de larmes très- colorées. Sa patrie n'est pas exac-
tement connue, et tout porte à croire que c'est l'Afrique,
car c'est à tort que tous les auteurs indiquent que le sang-
dragon provient des îles Canaries. Le seul dragonnier qu'on
y a connu , existoit près à''OrQtava, et il y avoit été introduit
au temps des Béthencourt, lorsqu'ils firent la conquête des
îles Fortunées. Ce végétal, qui avoit acquis des proportions
monstrueuses, a été rendu célèbre par tout ce qu'en ont
écrit les voyageurs, qui alloient le visiter comme en pèleri-
nage; mais un orage l'a détruit en grande partie en 1822.
*02 SAN
4.° Du calamus draco de Willdenow, variété du calamus i^o-
tang de Linné, végétai de la famille des palmiers, et qui est
propre à presque toutes les îles de l'archipel des Indes orien-
tales. Le sang-dragon en est obtenu, suivant Kaempfer, en
soumettant ses fruits à la vapeur de l'eau bouillante. 5."
Enfin, cette résine seroit encore obtenue de la racine d'un
dalbergia qui croît à la Guiane , et d'un croton de l'Amérique
méridionale.
On a aussi donné le nom de sang-dragon au suc astringent
qui exsude abondamment du tronc de Veucal^yptus resinifera de
la Nouvelle-Galles du Sud : c'est du moins sous ce nom que
l'employoit le chirurgien en chef des établissemens anglois de
Botany-Bay, dans les dyssenteries chroniques.
Les propriétés du sang-dragon ont été long-temps préconi-
sées comme d'une efficacité réelle dans les hémorrhagies nom-
mées anciennement passives , et comme un astringent précieux.
De même que les taches qui existent sur les feuilles de la pul-
monaire avoient fait employer cette plante dans les affections
du poumon , de même il est fort probable que la couleur rouge
du sang-dragon l'avoit fait choisir pour arrêter les pertes san-
guines. Ses propriétés astringentes sont à peu près illusoires,
et leur inefficacité presque universellement reconnue.
L'ancienne pharmacie faisoit entrer cette résine dans la
formule des pilules d' alun teint , dans des opiats, et surtout dans
des poi/drcs dentifrices. On l'administre en poudre ou en tein-
ture depuis vingt-quatre grains jusqu'à un demi-gros.
L'utilité la plus réelle du sang-dragon réside dans son ap-
plication aux arts, et surtout dans la composition de vernis
très-brillans. (Lesson. )
Les Espagnols du royaume de la Nouvelle-Grenade, près la
ville de Mariquita, nomment sang- dragon le croton sangui-
Jluus et le croton hibiscifolius de la Flore équinoxiale, qui tous
deux laissent couler de leur tronc, par incision, un suc rouge
semblable aux autres sang-dragons. ( J.)
SANG-DE-DRAGON. {Bot.) Nom vulgaire de la patience
sanguine. (L. D.)
SANG-LERCHE. (Omith.) On appelle ainsi en Alle-
magne l'alouette des champs, alauda arvensis , Linn. (Ch.D.)
SANG DES MARAIS. {Bot.) Paulet (Traité des champ..
SAN «o5
2, p. 227, pi. 106, fig. 1) donne ce nom à Vagaricus sangui-
neus , Jacq. ; on le trouve aux environs de Paris, à Bondi et
dans la forêt de Senart , dans les endroits humides. Il se fait
reconnoître par sa couleur d'un beau rouge de sang. Il a deux
pouces de hauteur; sa chair est un peu teinte de la couleur
de la surface. (Lem.)
SANG-RINN. (Bot.) Nom que les habitans du port Praslin ,
à la Nouvelle -Irlande, donnent à l'arbuste nommé scavola
lobelia, qui croît dans les sables marins des rivages , et qui,
le premier, sert à coloniser les écueils formés par les poly-
piers, lorsqu'ils sont élevés au-dessus des vagues. (Lesson.)
SANGA-SANGA. {Bot.) Nom du cjperus papyrus , L. , main-
tenant Papyrus, genre distinct, dans l'ile de Madagascar. (J.)
SANGAM BOUTILLE. (Ormf/i.) Nom que le guêpier porte
à Malimbe. (Ch. D.)
SANGANGOUPI. (Bot.) Voyez Picor.OTi. (J.)
SANGAULI. {Bot.) Mollien, dans le tom. 2, pag. 44, de
son Voyage en Afrique , nomme ainsi le suc du fruit d'un
arbre, qui, mélangé avec un peu de farine de maïs, sert
d'aliment aux Nègres du Fouta Diallon. (Lesson.)
SANGBOURKESS. {Malac.) Les habitans du port Praslin
à la Nouvelle -Irlande , donnent ce nom à la coquille du tri-
dacne bénitier, tandis qu'ils nomment l'animal marenoa. (Lesson.)
SANGDROSSEL. {Ornith.) Nom allemand, suivant Blumen-
bach , de la grive proprement dite , turdus musicus , L. (Ch. D.)
SANGELAPPO. {Bot.) Marsden parle d'un petit arbrisseau
de ce nom à Sumatra, dont les feuilles sont terminées par
une longue pointe, et les fleurs blanches sans étamines ni
pistil visible. 11 veut exprimer probablement des fleurs neu-
tres, comme celles de Vhortensia ou de l'obier. ( J. )
SANGENON. ( Min.) C'est , suivant Pline, une variété d'o-
pale qui a reçu ce nom des Indiens. Voyez Opale et Silex. (B.)
SANGHIRA. {Bot.) Flacourt cite sous ce nom une espèce
d'indigo de Madagascar, employée comme spécifique dans les
maladies pestilentielles. ( J.)
SANGLIER. {Mamm.) C'est le type sauvage de l'espèce de
notre cochon domestique d'Europe , mais non pas sans doute
de toutes les races domestiques des autres parties du monde.
C'est ainsi que MM. Lesson et Garnot ont considéré comme
2o4 SAN
étant la souche originaire de la race chinoise ou tonquine,
un sanglier non encore connu , qu'ils ont trouvé à la Nouvelle-
Guinée , et dont ils ont publié la ligure dans la première li-
vraison, planche 8, de la Partie zootogiqiie du voyage autour
du monde, fait sur la corvette la Coquille.
Cet animal, qu'ils nomment Cochon des Papous, Sus pa-
puensis, paroît avoir un pied et demi de hauteur, mesurée
au garrot. Sa tête est conique ; son groin médiocrement gros;
ses oreilles , qui n'ont pas beaucoup de longueur , sont droites
et en forme de cornet; ses canines, aussi petites que celles
de nos cochons domestiques, ne sont nullement appa-
rentes au dehors; les six incisives supérieures sont distantes
entre elles et la plus extérieure de chaque côlé est dirigée
en arriére , tandis que la mitoyenne est perpendiculaire
et l'intermédiaire dirigée obliquement en avant; il n'y a
que quatre incisives inférieures, qui sont proclives; les mo-
laires sont partout au nombre de cinq, et la première d'en
bas est écartée des autres. Le corps paroît couvert en dessus
de poils courts et d'un fauve brun , qui tire au gris-fauve
très-clair en dessous. La queue est fort courte et droite ; les
jambes sont assez épaisses et les pieds terminés, comme ceux
des cochons proprement dits, par quatre sabots, dont les deux
plus grands seuls posent sur le sol. (Desm.)
SANGLIER. {IchtlijoL) Voyez Cafros. (H. C.)
SANGLIER D'AFRIQUE, SANGLIER DU CAP VERT,
SANGLIER D'ETHIOPIE, SANGLIER HIDEUX, SANGLIER
A LARGE GROIN. {Mamm.) Ces noms ont été donnés à deux
mammifères d'Afrique, qui appartiennent à l'ordre des pa-
chydermes, et dont M. F. Cuvier a formé, un genre parti-
culier, sous le nom de Puacochœre. Voyez ce mot. (Desm.)
SANGLIER D'AMÉRIQUE, SANGLIER DU BRÉSIL , SAN-
GLIER DU MEXIQUE. {Mamm.) Ces divers noms ont été
donnés au pécari. Voyez Cochon, tom. IX, p. 5 18. (Desm.)
SANGLIER DES INDES de Brisson , et SANGLIER DES
MOLUQUES de plusieurs auteurs. {Mamm.) Dénominations
attribués au babiroussa. Voy. CocrîON , tom. IX , p. 5 1 6. (Desm.)
SANGLIER A MASQUE. {Mamm.) M. Frédéric Cuvier a
donné le nom de sanglier à masque, suslarvalus , aune espèce
de CocHor-', qu'il a décrite dans le tom. IX, pag. 5i5. (Desm.)
SAN 2o5
SANGLIER DE MER. {ïchlhjol. ) Voyez Capriscus et Porc
MARIN. (H. C.)
SANGORI. {Bot.) Nom bi'auie du bomhax pentandrum , L. (J.)
SANGSAM ou SEMSEM. (Bot.) C'est le nom égyptien de
]a graine de sésame, sesamum orientale , que les Arabes ap-
pellent aussi djjl-djjlan , tandis que Thuile qu'on en retire se
nomme ssaljth. Les Persans, suivant Langlès , Itin. de Char-
din , tom. 4, pag. 85 , donnent au sésame le nom de gund-
jeyd, et à l'huile celui de cliyrbahht. Ils couvrent avec cette
graine , suivant Sonnini ( Itin., tOm. 2, pag. 260) , des pe-
tits pains qui acquièrent une saveur de noisette qui leur
plaît beaucoup. On en fait aussi du tahiné , sorte de friandise
composée d'un mélange de miel , de jus de citron et d'huile
de sésame. Ce végétal paroit indiqué par Hérodote {Lib. 1 ) , Pline
{lib. 18, cap. 10), etDioscoride ( lib. 1., cap. 12). (Lesson.)
SANGSUE, Hirudo. (Entom.) Groupe d'animaux du type
des entomozoaires ou animaux articulés , de la classe des
apodes de M. de Blainville , de celle des vers à sang rouge
de M. Cuvier, et des annélides de M. de Lamarck , établi
comme genre par Linné, et dont les zoologistes modernes
tels que MM. Oken, de Blainville, de Lamarck, Savigny,
font aujourd'hui une petite famille sous la dénomination
de Sanguisugaires, ou mieux d'KmuDiNÉs, Hirudinea; car il
s'en faut de beaucoup que tous ces animaux se nourrissent
de sang. Elle est aisément caractérisée par Palongement et
l'aplatissement plus ou moins considérable du corps formé
d'un nombre variable, mais toujours très-grand, d'anneaux
ou d'articulations étroites, sans traces d'appendices locomo-
teurs , et constamment pourvu , à l'extrémité postérieure , d'un
disque musculaire servant de ventouse ; bouche antérieure
souvent au fond d'un disque, véritablement en ventouse;
anus non terminal et dorsal ; appareil de la génération composé
des deux sexes sur le même individu, ayant ses orifices
rapprochés dans la première moitié de la face ventrale.
Définie ainsi, la famille des hirudinés, comprend non-
seulement les sangsues proprement dites, et qui en effet
sucent le sang de tous les animaux qu'elles peuvent atteindre ,
mais encore beaucoup d'autres vers qui se nourrissent d'une
tout autre manière et qui présentent des différences con-
2o6 SAN
cordantes dans l'organisation ; nous en connoîtrons en effet
qui se rapprochent beaucoup des néréides, d'autres des lom-
brics, d'autres des planaires, et même quelques-uns, suivant
nous, ont été confondus avec les lernées ou les épizoaires.
Les anciens paroissent n'avoir connu que les espèces les
plus communes; Aristote n'en fait cependant pas mention,
et ces animaux n'étoient pas encore employés en thérapeuti-
que du temps d'Hippocrate ; Pline les désigne très-bien sous
le nom àliirudines et de sanguisugœ , en en distinguant deux
espèces. La sangsue de mer est très-bien indiquée parBelon,
Rondelet et tous les auteurs d'histoire naturelle de la renais-
sance des lettres. Depuis lors Linné, dans sa Faune de Suède,
augmenta le nombre des espèces de ce genre ; de manière que ,
dans la douzième édition du Systema naturœ , il fut porté à
luit; MuUer en décrivit cinq ou six autres; en sorte que
Gmelin , dans son édition du Systema naturœ, en fît monter
le nombre total à quatorze, toutes, si ce n'est une, d'Europe.
Depuis lors Shaw, MM. Leach , Dutrochet, Savigny en ont
fait connoître quelques espèces nouvelles.
Cependant l'introduction des nouvelles méthodes zoolo-
giques a nécessité que ces différentes espèces de sangsues
fussent examinées avec soin , ce qui a permis de les partager
en plusieurs petites coupes génériques.
M. Oken est évidemment le zoologiste qui a l'initiative;
quoique M. de Blainville ait été conduit de son côté, et au
même temps à peu près , à proposer les mêmes subdivisions
que M. de Lamarck a adoptées de ses manuscrits.
M. Leach avoit aussi déjcà établi un genre avec les espèces
marines, et M. Dutrochet un autre avec une espèce presque
terrestre.
Aune époque un peu plus récente,M. Savigny fit également
l'examen du genre Hirudo de Gmelin, et proposa aussi les
mêmes divisions génériques, dont il ne crut cependant pas
devoir adopter les dénominations ; mais il augmenta le nombre
des espèces qu'il porta à dix-huit , dont une d'Egypte.
Un auteur anglois, M. Johnson, étudia aussi les sangsues
de son pays et créa le genre Glossopore , déjà établi sous
d'autres noms par les zoologistes du continent.
Enfin , un auteur italien , M. Caréna , fit aussi , de son côté ,
SAN 207
une monographie des espèces du genre Hirudo , qui se trou-
vent en Piémont; mais il ne crut pas devoir les répartir en
diff'érens genres.
L'intérêt et l'importance des sangsues médicinales pour
la thérapeutique, et surtout dans ces derniers temps, ont
fait qu'on ne s'est pas borné à distinguer les espèces de ce
genre d'une manière purement zoologique et systématique ;
aussi déjà le nombre des personnes, qui se sont occupées de
l'étude de leur organisation, est -il considérable.
Méry et Morand le père, anciens membres de l'Académie
des sciences de Paris, me semblent avoir pris l'initiative.
Mais, depuis eux, l'anatomie de la sangsue médicinale a été
successivement étudiée par Durondeau , Thomas, Bibiena ,
Vitet, Spix, Home, Bojanus, Kuntzmann, et par MM. Virey,
Dutrochet, Johnson, Huzard fils.
Malgré cela , je ne crois pas qu'elle soit encore complète,
et les différences d'opinion sur plusieurs points sont très-
grandes et même réellement assez singulières, comme nous
allons le voir tout à Pheure.
Une autre partie de l'histoire des sangsues, qui avoit éga-
lement été fort négligée jusque dans ces derniers temps, et
que leur grande cherté et même la difficulté de s'en pro-
curer pour les besoins de la médecine, a forcé d'étudier, est
leur mode de reproduction et de conservation. M. Lenoble ,
médecin de Versailles , paroit être le premier qui ait rap-
pelé que les sangsues médicinales formoient une sorte de
cocon, à peu près comme Bergmann l'avoit observé pour
une autre espèce, TH. octoculata ou H. vulgaris: sa Notice sur
les sangsues parut à Versailles, en 1821. M. P. Rayer publia,
en 1824, un mémoire fort intéressant sur ce sujet, intitulé:
Observations sur le développement des œufs de plusieurs
espèces ovipares, appartenant au genre Hirudo. MM. Ber-
trand, Guyon , Achard et plusieurs autres, se sont occupés
du même objet, ou des moyens de conserver et même de faire
propager les sangsues; en sorte qu'aujourd'hui, parle con-
cours de tous les observateurs que nous avons cités , il nous sera
possible de donner une sorte de monographie complète de
ce genre sous le triple rapport anatomique, physiologique et
zoologique. C'est ce que nous allons faire avec quelques dé-
2o8 SAN
tails , vu l'importance du sujet, en prenant pour type la
sangsue médicinale , qui est de beaucoup la mieux connue.
Anatomie des sanosues.
o
Le corps d'une sangsue, dans un état de reptation et d'ex-
tension modérée ou médiocre, estalongé, un peu déprimé,
plus convexe en dessus qu'en dessous, s'atténuant insensible-
ment en avant et beaucoup moins en arrière, où il est ar-
rondi; il en résulte que son plus grand diamètre est vers le
tiers ou le quart postérieur. Il est formé d'un nombre un
peu variable, mais cependant dans des limites assez rappro-
chées, d'anneaux ou d'articulations bien régulières, bien
égales, séparées par des interstices un peu plus étroits et sub-
linéaires. L'extrémité antérieure est obtuse , quoique sub-
anguleuse. Dans l'état d'inaction elle présente un grand orifice
ovale, déprimé, oblique, parce que des deux lèvres la supé-
rieure, composée d'anneaux incomplets, avance sensiblement
plus que l'inférieure, formée par le bord du premier anneau
complet, sans qu'il y ait d'étranglement bien marqué au-delà ;
en sorte qu'il n'y a pas de ventouse distincte, quoique ces lè-
vres en fassentla fonction. Sur les premiers anneaux on observe
avec plus ou moins de facilité des points noirs, qu'on a décorés
du nom d'yeux , mais qui en sont tout au plus des rudimens
bien imparfaits. Ils sont au nombre de cinq paires bien régu-
lièrement disposés en un fer à cheval, à branches longues
et serrées. Dans tout le reste du dos on n'aperçoit que des
pores muqueux assez irréguliers; et, enfin, tout-à-ftiit en ar-
rière, une ouverture beaucoup plus évidente, parfaitement
médiane pour l'anus. La face ventrale du corps présente vers
le premier quart de sa longueur deux grands orifices mé-
dians, à quelque distance l'un de l'autre, dont l'antérieur
sert, comme nous le verrons, de sortie à l'organe mâle, et
le postérieur est l'organe femelle de l'appareil générateur ;
dans toute sa longueur on voit sur cette face inférieure
du corps des pores latéraux assez renflés ou tuberculeux ,
rangés par paires, une de cinq en cinq anneaux; enfin, à
l'extrémité postérieure est un disque musculaire parfaitement
circulaire, un peu concave, formant une sorte de ventouse.
J'ai remarqué aussi quelquefois que chaque anneau est pour-
SAN 809
vu de chaque c6té d'un petit tubercule peu saillant, rétrac-
lile ; rudiment sans doute d'appendice, mais dans lequel ie
n'ai jamais pu apercevoir de soies ; aucun auteur n'en a fait
mention , du moins à ma connoissance.
L'enveloppe des sangsues est molle dans toutes ses parties et
dans toutes les directions, au point que l'animal peut aisé-
ment passer de la forme semi -globuleuse à une forme sub-
linéaire. La peau proprement dite est adhérente dans tous ses
points, et même presque confondue avec le tissu contractile
sous-jacent. On peut y distinguer un épiderme, ou mieux
une sorte de vernis extrêmement mince , appliqué sur un pie-
mentum assez épais, granuleux, coloré de manière diverse.
Le derme lui-même est assez peu épais, adhérent, subtuber-
culeux , à cause du grand nombre de cryptes , dont il est
parsemé, ce qui lui donne un aspect poreux. On a remar-
qué que chaque anneau, séparé des autres par une rainure
assez profonde, est lui-même partagé en deux par un pli
transverse , sur lequel tombent des fissures longitudinales
nombreuses.
Les cryptes de la peau sont plus grands, plus développés de
chaque côté du ventre, de cinq en cinq anneaux, et forment
une saillie ou tubercule assez considérable, percé d'un grand
pore. Ce sont ces organes que M. Thomas a nommés des bourses
muqueuses, et qu'il a regardés comme des espèces de poumons,
on ne sait réellement pas pourquoi, puisqu'ils ne contiennent
jamais d'air , et qu'ils sont remplis de la même mucosité qui se
trouve dans tous les autres cryptes du reste de la peau, et
d'ailleurs leur position n'a rien d'analogue à celle des organes
respiratoires. Voici la disposition que je leur ai reconnue .
dans toute la longueur de la sangsue, de chaque côté du
canal intestinal, dans l'intervalle des sinus de l'estomac, où
ils existent en connexion immédiate avec le grand vaisseau
latéral, on voit une série d'organes composés d'une partie
que je regarde comme sécrétoire , et d'une vésicule ou bourse
servant de vésicule de dépôt. La partie sécrétoire a la forme
d'un petit intestin, de couleur opaline, replié sur lui-même
et atténué à chaque extrémité ; par l'une, qui est interne
et qui touche presque le testicule dans les endroits où ces
organes sont en connexion , arrivent les vaisseaux sanguins ,
47. U
SAN
et par l'autre se fait la communication avec la bourse. Celle-
ci est plus postérieure et un peu plus interne, placée au bord
externe de la bande cellulaire, qui accompagne le système
nerveux; elle touche la peau. Ses parois sont minces : elle
est donc entièrement creuse et elle s'ouvre par le grand
pore de la peau.
Je crois m'étre bien assuré que ces organes n'ont aucun
rapport réel avec la partie mâle de l'appareil générateur,
comme le pense M. Spix; mais je n'en crois pas davantage
que ce soient des organes de respiration, comme l'a dit M. Tho-
mas. Ils sont au nombre de dix - huit de chaque côté , ce qui
répond assez bien, aux pores muqueux qu'on voit de cinq en
cinq anneaux.
Cette peau si molle, si contractile des sangsues, est très-
probablement le seul organe des sens qu'on puisse leur re-
connoitre.
Je ne vois en effet aucun appendice , aucune cavité qu'on
puisse regarder comme le siège de l'olfaction.
Il peut très-bien exister un organe du goût, probablement
dans les espèces de lèvres qui précèdent les tubercules den-
tifèrcs; mais il est encore impossible de l'assurer.
On remarque, comme nous Tavons dit plus haut, à la face
supérieure des premiers anneaux du corps, des points noirs
formés par de très-petites calottes creuses, qui ont en effet
quelque ressemblance apparente avec les yeux lisses ou stem-
mates des hexapodes , et encore mitux avec des organes sem-
blables qui existent dans les néréides; mais sont-ce réellement
des yeux? C'est ce dont je doute beaucoup; puisqu'en effet
ils paroissent n'en avoir ni la structure , ni les usages. M. Spix
dit que ce ne sont très -probablement que des glandes der-
miques, du moins dans la sangsue des poissons; mais je ne
suis pas de cette opinion. M. Caréna les décrit comme des
trous ovales, percés dans la peau, et remplis par une mem-
brane d'un bleu très- foncé. Ces organes sont réellement assez
profondément situés dans le tissu contractile. Ils semblent
formés chacun par une petite cupule noire, ayant un orifice
plus étroit à la surface de la peau, et d'une consistance assez.
ferme. Examinés attentivement au microscope, je n'ai pu y
apercevoir ni vaisseaux ni nerfs; mais seulement une sorte de
SAN
membrane assez épaisse, subgranuleuse et de couleur noire.
Toujours est- il qu'ils ont une disposition fixe dans chaque
espèce, ce qui a servi à les distinguer.
Quant à l'organe de l'audition, la place des sangsues dans
la série animale ne permet pas d'admettre qu'il puisse exister
chez ces animaux.
L'appareil locomoteur consiste en sa partie active seule-
ment, et encore est-elle presque entièrement confondue avec
la peau qui la recouvre; ainsi, c'est à tort que quelques au-
teurs ont admis que chaque anneau du corps est soutenu par
une bande cartilagineuse. Je ne connois rien de cette nature
dans toute l'organisation des sangsues. La fibre contractile a
un aspect satiné, luisant, comme dans la plupart des autres
entomozoaires.
La partie distincte du système musculaire forme donc
une couche médiocrement épaisse à la face interne de la
peau, dans toute son étendue, mais un peu plus épaisse en
dessous qu'en dessus. Cette couche est composée de deux
plans; l'externe, formé de fibres circulaires ou transverses,
est beaucoup plus mince que l'interne: celui-ci est au con-
traire assez épais et surtout en dessous : on voit aisément
qu'il est entièrement composé de fibres longitudinales, fas-
ciculées, dont les plus externes se terminent d'un anneau
à l'autre, tandis que les internes ont une étendue beaucoup
plus considérable. On remarque en outre des faisceaux de
fibres transverses en dedans du plan formé de fibres longi-
tudinales et qui , nés au dos par une partie élargie, se portent
de chaque côté de la ligne ventrale, les sinus de l'estomac
s'interposant à leur terminaison; ce qui produit autant de
brides transverses qu'il y a de ces sinus ou cœcums.
A l'extrémité antérieure du corps ces deux plans de fibres
semblent pour ainsi dire se confondre, et il en résulte un
tissu contractile non distinct de celui du derme et qui cons-
titue les deux lèvres ou les bords de l'ouverture antérieure,
susceptible alors de prendre toutes les formes.
A l'extrémité postérieure il y a aussi une sorte de confu-
sion des deux plans de fibres musculaires; mais elles pren-
nent une nouvelle disposition particulière. En effet, les libres
longitudinales j rapprochées à cause de l'absence des viscères.
3Î2 SAN
partent d'un point central pour s'irradier à la circonférence
du disque , que nous avons dit terminer le corps de la sang-
sue; tandis que les fibres circulaires conservent leur dispo-
sition ordinaire. II en résulte un véritable disque, dont le
milieu, ainsi que les lèvres ou les bords peuvent s'appliquer
sur les corps étrangers.
L'appareil de la digestion est à peu près comme dans les
autres entomozoaires apodes et en général comme dans la plu-
part des chélopodes, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de lacune évi-
dente et séreuse entre l'enveloppe extérieure, sensible etloco-
motrice , et celle qui constitue le canal intestinal. On remarque
même, au contraire, que ces deux parties sont réunies entre
elles par des brides celluleuses et vasculaires nombreuses, qui
passent de l'une à l'autre, et qui peuvent ainsi produire des
espèces d'étranglemens, et par suite une série de poches ou
de dilatations de l'intestin, comme cela va être dit tout à
l'heure.
J'ai déjà fait remarquer que l'extrémité antérieure des
sangsues présente une ouverture plus ou moins considé-
rable, conduisant dans une cavité quelquefois conformée en
ventouse. Au fond de cette cavité prœorale existe un repli
labial, composé de trois lobes peu distincts, assez étroits, deux
latéraux, et un ventral, laissant entre eux un espace trian-
î^ulaire, dont le sommet est en dessus. C'est dans cet espace
que l'on aperçoit saillir plus ou moins les tubercules denti-
fères. Ces tubercules sont en même nombre que les replis la-
biaux, mais dans un ordre inverse, un supérieur et antérieur ,
médian , et deux latéraux et inférieurs. Leur forme est sub-
lenticulaire; ils sont placés de champ, de manière que la
partie libre de leur tranchant, très - obtus , converge vers
l'axe longitudinal du corps , et que la partie adhérente est
confondue avec la couche contractile de l'enveloppe exté-
rieure. Ils ont un aspect d'un blanc jaunâtre et luisant, et sem-
blent être en effet d'un tissu plus dense , plus serré que le reste
de la couche contractile dont ils font partie , ou dont ils
sont du moins une dépendance. Je les regarde comme entiè-
rement contractiles, quoiqu'on remarque à leur base dorsale
un faisceau musculaire plus distinct qui fait partie de la
couche longitudinale, se prolongeant sous l'œsophage, et en
SAN 2i3
outre une autre bride transverse bien visible, surtout entre
les deux tubercules inférieurs. C'est sur le tranchant fort
mousse cependant, qu'on peut voir, à l'aide d'une loupe
d'assez court foyer, une double série de dents cornées, ex-
trêmement fines. Quelquefois elles le sont tellement, surtout
quand la sangsue n'a pas macéré quelque temps dans l'esprit
de vin , qu'il est presque impossible de les apercevoir. Au
milieu de l'espace compris entre la racine interne des tuber-i
cules dentifères, est un orifice rond, extrêmement petit et
couduisant dans le canal intestinal.
J'ai déjà dit plus haut que celui-ci n"est pas libre et flot-
tant dans la cavité viscérale; en effet ses parois sont ad-
hérentes par leur face externe, presque immédiatement à
la gaine musculaire, au moyen d'une couche de tissu cellu-
laire, d'un aspect spongieux, de couleur brun -foncée, et
qui pourroit bien être considérée comme hépatique. Quoi
qu'il en soit, le canal intestinal a ses parois fort minces, tant
la couche musculaire, dont les fibres transverses sont plus
évidentes que les longitudinales, est peu épaisse. La mem-
brane muqueuse ne l'est guère moins ; elle forme souvent des
plis longitudinaux peu marqués. Ils le sont bien davantage
dans toute la longueur de l'œsophage, qui est fort court, et
dont les parois sont distinctes; d'où il résulte des espèces de
colonnes charnues, en forme de crêtes très-basses; peut-être
ces espèces de crêtes sont- elles réellement produites par de
petits corps bvales, glanduleux, entremêlés aux fibres muscu-
laires. Au-delà commence l'estomac, qui s'étend presque jus-
qu'au sixième postérieur de la longueur totale du corps. Ce
qu'il offre de plus singulier, c'e^t que, dans les sangsues qui se
sont gorgées de sang, on trouve qu'il est divisé par desétran-
glemens en un nombre assez considérable, quoique un peu va-
riable, de poches latérales, déforme le plus ordinairement sig-
moïde : ces poches , que quelques auteurs ont regardées comme
des estomacs et qui me semblent produites par les brides trans-
verses, musculaires et celluleuses , passant de la peau du dos au
canal intestinal ou même à l'enveloppe ventrale et augmentanè
d'abord insensiblement d'étendue pour diminuer ensuite un
peu , sont au nombre de onze paires , suivant MM. Dutrochet et
Johnson ; de treize suivant Vitet; de douze d'après MM. Curle^i
^U SAN
et Jacqnemin, qui dît avoir examiné plus de cent individus
sous ce rapport; de sept à huit au moins, selon M.Huzard fils.
Suivant ce que j'ai vu sur des sangsues dont l'estomac étoit
complètement vide , état où il doit être étudié , plutôt que dans
l'état de distension énorme comme on le fait ordinairement,
ce viscère présente un grand nombre de plis longitudinaux ,
qui convergent ou se rapprochent à l'entrée des sinus. Outre
ces sinus, dont la profondeur varie, il y en a de beaucoup
plus petits entre eux. A l'endroit où cet estomac se termine
il se continue à droite et à gauche en une vaste poche qui
s'étend jusqu'à l'extrémité du corps, en en occupant toute
la largeur et sans que ses parois soient plus séparées de la
peau que le reste de l'estomac; aussi y aperçoit-on également
des étranglemens formés parles fibres musculaires transverses;
c'est ce qu'on a nommé descœcums. L'intestin proprement dit
est fort court; on y peut cependant distinguer deux parties,
une première plus large, à parois plus épaisses, plus rouges,
et dans lesquelles les replis de la muqueuse se croisent obli-
quement d'une manière assez singulière. Sa communication
avec l'estomac se fait par un orifice extrêmement étroit, de
même que celui qui se trouve entre cette première partie
et la dernière ou rectum. Celle-ci va en eff'et tout directe-
ment à l'anus , qui est fort petit, quoique très-distinct et
percé dans le dernier anneau du corps, à sa face dorsale.
Aucun auteur n'a parlé de foie ou d'organe hépatique
dans la sangsue; cependant je ne serois pas éloigné de regar-
der comme tel un système celluleux d'un brun foncé, qui
tapisse extérieurement , en forme de membrane , la plus grande
partie de l'intestin et surtout l'estomac. 11 m'a cependant paru
vin peu plus accumulé ou lobé en dessous qu'en dessus. 11 forme,
de chaque côté du cordon nerveux , une sorte de couche ou
de bande assez épaisse , dont la continuation avec la partie
supérieure semble être interrompue par les organes de l'ap-
pareil muqueux.
L'appareil respiratoire, suivant moi et beaucoup d'autres
observateurs, n'existe pas d'une manière spéciale dans les
sangsues ; cependant M. Thomas a décrit comme tel des espèces
de petites bourses, situées de chaque côté du ventre et dont
j'ai décrit les orifices et la structure plus haut, en parlant de
SAN 2i5
l'extérieur de ranimai. Il admet que ces petites poches, toujours
remplies par un fluide blanchâtre, muqueux , reçoivent dans
leurs parois une grande quantité de vaisseaux. J'avoue n'avoir
vu que ce que j'ai indiqué, en parlant de l'enveloppe con-
tractile de la sangsue, et que je pense appartenir à l'appareil
crypteux.
L'appareil circulatoire des sangsues est considérable et très-
compliqué ; il se compose toujours , comme dans tous les
animaux sans vertèbres articulés ou non, d'un système ren-
trant ou veineux et d'un système sortant ou artériel; mais
dans ces animaux il n'y a jamais de cœur proprement dit.
Le système veineux est formé de deux très -gros vaisseaux
à parois minces, distinctes, situés en dessous de chaque côté
du corps , entre le canal intestinal et la couche longitudi-
nale des mtisclcs de l'enveloppe extérieure. Ces vaisseaux ,
qui sont évidemment plus gros au milieu qu'aux extrémités,
reçoivent dans tout leur trajet un grand nombre de branches
transverses, dont les unes reviennent du tissu même de l'ani-
mal, et dont les autres proviennent du vaisseau du côté
opposé , d'où il résulte que ces deux grosses veines et leurs
ramifications forment un réseau à larges mailles au dos de la
sangsue.
Vers l'extrémité antérieure ces deux veines se continuent
en branches qui se recourbent en dessus et viennent se réunir
dans la ligne médiane et dorsale à un vaisseau plus petit , mais à
parois un peu plus épaisses, placé dans une gouttière longitu-
dinale creusée dans toute la longueur de l'intestin. C'est l'aorte,
de laquelle naissent ensuite à angle droit*des deux côtés les
vaisseaux qui doivent, par leurs ramifications, porter le sang
dans toutes les parties du corps de l'animal j mais surtout aux
parois du canal intestinal.
M. Spix et quelques autres auteurs ont envisagé le système
circulatoire d'une manière très-diflTérente , puisque ce que
je regarde comme les troncs veineux, ils en font des artères,
et qu'au contraire ils pensent que le vaisseau médiodorsal
est une veine; mais ma manière de déterminer le genre des
gros vaisseaux de la sangsue est établie sur le fait que dans
tous les animaux, et dans tous les anostéozoaires sans excep-
tion, l'artère est unique, médiane, dorsale, et que les veines
^^t. SAN
sont inférieures et doubles. M. Spix admet aussi qu'il y a une
communication entre les veines et le vaisseau dorsal dans
toute la longueur du corps ; c'est ce qui est possible , mais c'est
ce que Je n'ai pas vu , et M. Thomas le nie positivement.
L'appareil reproducteur est aussi très-compliqué dans ce
genre d'animaux; d'abord , parce que les deux sexes existent
sur chaque individu, et ensuite parce que chacun d'eux est
très -développé.
Le sexe femelle se compose de plusieurs parties, toutes
accumulées, à peu de distance de l'orifice génital postérieur,
qui lui appartient. Ce sont d'abord deux ovaires ovalaires ou
subglobuleux, placés en avant de l'orifice; de chacun d'eux
nait un oviducte très -court; mais par sa réunion à son con-
génère, il résulte un canal unique, dirigé d'avant en arrière ,
et qui va , en se recourbant , se terminer à l'extrémité d'une
masse ovale ; cette masse forme un gros mamelon dirigé
d'arrière en avant, et saillant presque tout entier dans une
poche ou espèce de matrice à parois distinctes, muqueuses, con-
tractiles, et dont le col se prolonge jusqu'à l'orifice extérieur.
Le sexe mâle est encore plus compliqué et beaucoup plus
étendu : il est formé d'un organe sécréteur complexe, d'un
canal excréteur avec épidydyme; et enfin d'un organe exci^
tateur avec sa gaîne.
L'organe sécréteur se compose d'une série de petites masses
globuleuses blanches , placées les unes k la suite des autres ,
de chaque càté du canal intestinal entre les sinus de l'esto-
mac, contenues dans le tissu cellulaire sous- dermique , mais
certainement sans, adhérence avec la peau. J'en ai compté
six sur un individu pris dans l'acte d'accouplement, que j'ai
disséqué au mois de Mai 1820; mais il paroît qu'il y en a
bien davantage : M. Spix en décrit et figure neuf, comme M,
Everard Home. Chaque petite masse n'est rien autre chose
qu'une vésicule blanche, à parois fort minces, et contient un
fluide blanchâtre très - expansible. Chacune d'elles fournit
un petit canal blanc, comme grésillé, qui se joint bientôt à
un canal commun, situé au côté externe de la série et qui
s'avance directement , mais jen faisant cependant beaucoup
de sinuosités, d'arrière en avant. Quelques auteurs, entre
autres MM. Spix et Home, pensent qu'avec ce canal déférenf
SAN 217
66 (rouve aussi en communication une autre série d'espèces de
vésicules, recourbées, tortillées, placées à son côté externe,
ef qu'ils regardent comme des vésicules séminales; mais il
me semble que ces prétendues vésicules ne sont que les or-
ganes sécréteurs des cryptes cutanés, que nous avons décrits
plus haut; et en effet elles existent dans toute la longueur
du corps, en avant comme en arrière, et M. Spix lui-même
en décrit et figure qui n'ont aucune connexion avec le canal
déférent. Quoi qu'il en soit, ce canal , parvenu vers la région
génitale, son diamètre diminue d'une manière sensible, et il
entre en connexion avec une masse ovalaire blanche , qui
semble formée par les circonvolutions serrées de ce canal,
de manière à imiter la disposition des circonvolutions céré-
brales des mammifères; c'est sans doute ce qui aura porté
Vitct à en faire un cerveau. De cette masse sort un canal
distinct, collé contre elle et qui se termine à la racine de la
gaine de l'organe excitateur. Cette gaîne , considérable et
fort longue , se dirige en arrière dans sa première moitié ;
puis d'arrière en avant dans la seconde; ces deux parties,
collées l'une contre l'autre et vers l'endroit où sont les ovaires,
l'extrémité donne issue à l'organe excitateur. Celui-ci, fort
long , grêle et cylindrique dans une grande partie de son
étendue, claviforme à son extrémité, sort par l'orifice géni-
tal antérieur, probablement par la contraction de la gaîne,
qui m'a paru d'un tissu muscuLiire.
Ce que je A^ens de dire sur l'appareil générateur de la
sangsue médicinale, diffère beaucoup de ce que l'on trouve
dans les ouvrages de plusieurs observateurs; mais je répète que.
j'ai eu l'heureuse occasion de disséquer une sangsue prise dans
l'acte d'accouplement et où par conséquent toutes les. parties
étoient dans leur plus grand état de développement, en sorte
que, sans assurer d'une manière positive que je ne me suis pas
trompé , cependant je crois être assez près de la vérité dans un
point d'anatomie que je reconnois être très - difficile. Au
leste, sur ce point je suis presque entièrement d'accord avec
-M. Thomas.
Le système nerveux de la sangsue est à peu de chose près
ce qu'il est dans les lombrics et dans tous les entomozoaires.
r'acc sur la ligne médiane abdominale dans le tissu cellu-
2i8 SAN
laire, qui sépare l'Intestin de la couche musculaire sous- cu-
tanée, il est composé d'une certain nombre de ganglions pla-
cés a la file et fournissant, outre les cordons de communi-
cation en avant tt en arrière des uns avec les autres , des
filets transverses pour l'enveloppe extérieure. Le nombre de
ces ganj;lions paroit varier d'une manière notable; puisque
Vilet dit en avoir observé vingt -huit, tandis que MM. Man-
gili, Cuvier et Kuntzmann n'en comptent que vingt-trois,
MM. Spix et Bojanus que vingt-quatre, et M. Johnson que vingt-
deux. Cette différence tient-elle à la grandeur ou au nombre
d'anneaux de la sangsue, ou mieux, à ce que les derniers, fort
petits, sont souvent difficiles à compter? C'est ce que je ne
Toudrois pas assurer. Quoi qu'il en soit, le premier ganglion,
heauconp plus gros et autrement conformé que les autres,
est imuiédiatement dans la lèvre inférieure. Outre les filets
qu'il fournit aux parties environnantes , il en sort de chaque
côté un gros cordon qui se continue avec un ganglion cé->
phalique ou épilabial , à peine plus gros que lui et qui donne
les nerfs de la lèvre supérieure. Chacun des ganglions suivans
est de forme lozanj^ique ; les angles antérieurs et postérieurs
fournissent le double cordon qui continue le système nerveux
le long du ventre, et des angles extérieurs sortent les tilets
extrêmement uns, qui vont se distribuer aux parties. Enfin,
le dernier ganglion , sensiblement plus gros que les antipé-
nullièmes, qui sont devenus de plus en plus petits, au point
d'être souvent très-peu apparens, fournit ceux qui se retident
au disque postérieur. Tout le cordon nerveux et les ganglions
intermédiaires aux terminaux sont enveloppés par une toile
cclluleuse presque noire, du moins dans la sangsue médicinale.
Ce tissu m'a paru presque entièrement vasculaire.
Physiologie des sangsues.
D'après ce qu'il a été dit de la partie sensible et protec-
trice de l'enveloppe cutanée, il me semble évident que les
sangsues ne doivent apercevoir les corps que par un con-
tact immédiat; mais, par compensation, le sens du toucher
est chez elles extrêmement délicat; aussi, au moindre attou-
chement elles se contractent d'une manière tout-à-fait remar-
SAN =19
quable. La mollesse de leur corps dans toutes ses parties, et
surtout celle du péristome , formant la ventouse antérieure,
pourroit en outre faire croire à la perception de la forme
des corps, s'il y avait une partie centrale du système ner-
veux.
Quoique nous n'admettions dans les sangsues, ainsi que
chez les animaux de la même classe que la sensation du tou-
cher, quelques auteurs ont supposé qu'elles jouissoient de
toutes les sensations spéciales.
Pour l'odorat on a donné comme preuve de son existence
dans ce genre d'animaux, que, mis dans une atmosphère
imprégnée d'une substance odorante, acide ou alcaline, ils
s'agitoient, se contractoient et donnoientaussi des signes d'une
véritable sensation ; mais ce ne sçnt évidemment que des symp-
tômes d'une irritation perçue dans tous les points de la peau ,
comme cela peut avoir lieu dans tous les animaux dont la peau
est molle et avec un épiderme très-mince. C'est à cela même
qu'est dû le moyen de faire tomber des sangsues attachées à
la peau d'un animal, en répandant sur elles une certaine
quantité de poudre irritante , comme du sel de cuisine ou
du tabac; mais ce ne peut être une véritable odoration; et
d'ailleurs des expériences contradictoires de M. Derheims
prouvent que des sangsues mises pendant trois jours dans des
vases qui contenoient du musc , du castoréum , de l'assa-
fœtida , de la valériane , de l'ail pilé , n'en ont éprouvé aucun
effet délétère.
Il est assez difficile peut-être de leur refuser le sens du
goût , s'il est bien vrai que l'usage de mettre un peu de lait
ou d'eau sucrée aux endroits où l'on veut faire mordre des
sangsues médicinales, soit établi d'après une réussite cons-
tante, ce qui ne me paroit pas hors de doute. On peut faire
la même observation sur la préférence que semblent avoir
les sangsues pour telles ou telles personnes. Le fait est-il cer-
tain P et ensuite a-t-il été analysé d'une manière suffisante,
pour assurer que ce soit à la saveur du résidu de la transpi-
ration à la surface de la peau, ou à celle même du sang,
qu'est dû ce fait que les sangsues mordent très-bien sur un
individu et point ou très-difficilement sur un autre? Les ex-
périences de M. Derheims, dans lesquelles ii a réussi à faire
320 SAN
sucer à des sangsues, appliquées à des éponges qui en étoient
imbibées, une quantité notable non - seulement de lait,
d'huile, et même d'eau gommeuse très - épaisse , préparée
avec une décoction de coloquinte, semblent prouver réelle-
ment que le sens du goût est à peu près nul chez ces animaux.
Pour appuyer l'existeuce de la sensation de la vision dans
les sangsues, on a non-seulement donné des observations di-
rectes d'après lesquelles les sangsues évitent les obstacles qu'on
leur oppose; mais on s'est appuyé sur un fait de leur orga-
nisation , en admettant que les points noirs , qui ^'observent
d'une manière constante sur les premiers anneaux de leur
corps, sont des yeux. Malheureusement, quoique la dispo-
sition de ces organes ait réellement quelque chose qui rap-
pelle les yeux stemmatiques des araignées et des scorpions, qui
sont évidemment d^s organes de vision, il n'est rien moins
que certain qu'ils en aient la structure, et c'est la chose im-
portante. 11 me semble plus probable que ce sont des rudi-
mens d'organes analogues à ceux qui existent dans les néréides
et qu'on a aussi décoré du nom d'yeux, sans autre raison que
celle tirée de leur place. Quant à l'assertion que les sangsues
évitent les obstacles, cela ne m'a jamais paru évident, et il m'a
semblé au contraire qu'elles s'appuient sur tous les corps sub-
mergés indifféremment; cependant il faut convenir qu'elles
se dirigent très-bie-n vers la lumière, comme on le voit eu
les conservant dans des bocaux de verre, et qu'elles arrivent
assez subitement sur les membres plongés dans l'eau d'un
homme ou d'un animal, pour quelquefois devenir très-dan-
gereuses. Par quel moyen ont-elles été averties de la présence
de cette proie?
La vision paroît encore plus probable que l'audition ; car ,
quoiqu'il y ait des auteurs qui aient attribué ce sens aux sang-
sues, parce qu'une grande commotion, produite autour d'un
vase isolé où on les conserve , les fait contracter quelquefois,
il est évident que c'est un choc général qu'elles éprouvent
et non une véritable audition.
Ainsi, en définitive, il se peut que les sangsues jouissent
du sens du goût; mais pour la vision, elles sentent tout au
plus l'action de la lumière , coiniae les hydres vertes , c'est-
à-dire ses rayons calorifiques.
SAN 22,
Le mode de locomotion des sangsues sur un sol résistant
est assez remarquable, au point de leur être presque entiè-
rement particulier. En effet, s'il a quelque chose de celui
des chenilles , que l'on a à cause de cela nommées arpen-
feuses, en ce qu'elles font des espèces d'enjambées et qu'il
n'y a jamais que les deux extrémités du corps qui touchent
le sol , l'une après l'autre ; il y a aussi de véritables différences.
Chez les chenilles, les deux extrémités s'attachent ou se cram-
ponnent sur le sol au moyen des pieds en avant et de tuber-
cules en arrière ; tandis que dans les sangsues c'est à l'aide
des disques terminaux, en fixant d'abord le postérieur, et en
traînant et en racourcissant tout le corps, ce qui est le con-
traire pour les chenilles. La sangsue , supposée dans l'état
de repos et alors constamment fixée par la partie postérieure
contracte tout ou partie de son corps, dans une direction
quelconque et l'alonge aussi proportionnellement et d'une ma-
nière tout-à-fait remarquable , par la contraction transverse
de tous les anneaux et le rapprochement de leurs fissures. Elle
se fixe alors au moyen de la ventouse antérieure, détache la
postérieure, se contracte suivant sa longueur et par consé-
quent se raccourcit, rapproche cette extrémité de l'autre, la
fixe et recommence ensuite la même manœuvre. L'élongation
du corps est produite par le rétrécissement de la couche mus-
culaire transverse , et son raccourcissement par la contrac-
tion des faisceaux longitudinaux , et comme cette contraction
peut se faire dans différens points du corps, il en résulte
toutes les variations de forme que l'on peut remarquer dans
ces animaux. Jamais cependant elles ne rampent à la manière
des lombrics et encore moins comme les planaires, quoiqu'il
arrive quelquefois que le ventre frotte ou se traîne sur le sol
dans le moment où le disque de l'extrémité postérieure se
rapproche de la ventouse antérieure.
Dans ce mode de locomotion les sangsues marchent avec
■une assez grande rapidité et peuvent s'éloigner assez promp-
tement du point de leur départ.
Elles peuvent aussi, par le même mécanisme, se glisser
entre deux obstacles, ce à quoi elles sont disposées par la
grande quantité de mucosité qui sort de toutes les parties de
leur corps, mais probablement bien davantage, sans doute.
222 SAN
des bourses muqueuses abdominales. Le point d'appui n'est
pas alors la ventouse seulement, mais bien l'anneau où porte
la pression ; les anneaux se contractent fortement dans la di-
rection transversale, et le corps, pour s'alonger, s'avance
entre les obstacles et glisse ainsi successivement jusqu'à la
ventouse postérieure, qui alors se détache, si elle est fixée,
»t l'animal s'échappe.
Cette adhérence des sangsues aux corps solides par leur
disque postérieur , et qui est souvent assez forte pour résister
à un poids de dix onces , comme l'a expérimenté M. Thomas,
n'est réellement pas due à la pression atmosphérique, comme
on le croit généralement, mais bien à un contact très-im-
médiat de tous les points du disque qui s'est épanoui, en
glissant sur la surface du corps. Elle a lieu aussi bien sous le
récipient de la machine peumatique qu'à l'air libre, et l'on ne
peut aisément détacher une sangsue qu'en glissant, et non en
tirant directement. L'adhérence par le disque antérieur pour-
roit être d'abord d'une autre nature, c'est-à-dire être pro-
duite par la pression de l'air; mais il est certain, que lors-
qu'elle est complète, elle se fait également, pour le contact
immédiat, des lèvres évasées. Au reste une sangsue, privée
artificiellement de ses deux disques, peut encore marcher par
le même mécanisme, mais avec beaucoup plus de peine et
de lenteur. Elle peut également mordre et sucer dans le
vide.
Les sangsues nagent aussi assez bien et peuvent ainsi s'éle-
ver ou descendre dans l'eau où elles sont immergées; mais
alors elles le font comme tous les animaux à corps très-alongé
ou vermiforme. Elles s"alongent en effet assez fortement et
par des flexions et des redressemens successifs plus ou moins
rapides dans le sens vertical ou sur le côté plat du corps;
elles se dirigent et même s'élancent d'une manière trés-
prompte.
Quelquefois elles parviennent encore plus rapidement à leur
but, celui d'atteindre le fond du réservoir où elles habitent;
pour cela elles se contractent le plus possible, se ramassent,
puis se détachent entièrement; alors elles tombent comme
une masse inerte.
Les sangsues, comaie nous allons le voir tout à l'heure,
SAN 225
se nourrissent de différentes substances; mais celles qui le
font de substances animales, les prennent à l'état liquide ou
à l'état solide. Malgré cette différence , le mode de déglutition
est à peu près le même, et se fait non-seulement par la con-
traction successive des fibres transverses de l'estomac, mais
aussi par celle de l'enveloppe cutanée. Prenant notre exem-
ple dans les véritables sangsues, dont la bouche est armée de
mamelons dentifères , voici comme les choses m'ont paru
se passer. L'animal, après avoir pris son point d'appui à l'aide
du disque postérieur, cherche quelquefois assez long -temps
l'endroit qu'il doit mordre , mais sans intention évidente :
il y applique ses lèvres, dont il forme d'abord une espèce
de ventouse. Si la sangsue veut y sucer le sang, elle avance
toute la masse buccale, en évase les lèvres intérieures, érige
et redresse les trois tubercules denlifères qui portent les cro-
chets, en les endurcissant par une forte contraction de tout
leur tissu musculaire. Far les alternatives ou légères intermit-
tences de cette contraction des trois tubercules, ce qui pro-
duit la douleur quelquefois assez vive de la morsure des
sangsues, il résulte une action combinée de pression et de
frottement du bord garni de crochets, à la manière d'une
roue dentée, et par suite une petite plaie qui, traversant
répiderme, arrive jusqu'au réseau A^asculaire et peut-être
au-delà, d'où la sortie du sang par la rupture des petits vais-
seaux. Tel est , suivant moi , le mécanisme de celte mor-
sure , qui ne peut être comparée à rien de ce que l'on con-
noit dans le reste de la série animale, et qui permet d'ex-
pliquer non -seulement la forme trilinéaire de la plaie, mais
encore pourquoi il arrive assez souvent qu'elle est accom-
pagnée d'irritation et d'inflammation. En effet, c'est plutôt
une déchirure analogue à celle que feroit une scie très-fine,
qu'une simple coupure. Une fois la plaie formée, le sang,
accumulé d'abord en petite quantité dans la cavité praebuc-
cale, est ensuite chassé dans l'œsophage par la contraction
du péristome qui la forme : dès qu'il y a aussi assez de
sang dans cet œsophage si étroit pour le distendre, il agit
sur lui et commence ensuite la déglutition , qui est conti-
nuée dans toute l'étendue de l'estomac, non -seulement
comme il a été dit plus haut, par l'action de ses fibres, mais
224 SAN
essentiellement par la contraction des fibres annulaires de iâ
peaii , au point qu'en coupant la sangsue, le sang s'écoule
continuellement par l'extrémité coupée. C'est ce que l'on
voit manifestement par les ondulations du corps, à mesure
que le sang accumulé dans les parties antérieures de l'esto-
mac a besoin d'être chassé dans les parties postérieures ; il
en remplit ainsi tous les sinus, qu'il convertit enfin en de
véritables poches latérales ou cœcums par son accumulation.
Quand enfin , celle-ci est parvenue au point que le tiraillement
prodiiit par cette cause, est devenu douloureux, l'animal
cesse d'adhérer et tombe presque hors d'état de se mouvoir.
Lorsqu'à cette époque on ouvre l'animal , on trouve que le
sang qui remplit l'estomac , ses sinus et ses cœcums posté-
rieurs, n'a pas le moins du monde pénétré dans l'intestin ,
dont l'orifice pylorique est extrêmement étroit.
Si l'ingestion est si rapide dans les sangsues, au point que
souvent en une demi - heure elles sont gorgées assez pour
en mourir, il n'en est pas de même de la digestion. En effet ,
on a fait l'observation qu'il faut plus d'un an pour que tout
ce sang ait complètement disparu. Il reste cependant tou-
jours liquide et ne perd qu'assez peu de sa couleur ; tandis
que sur l'animal mort, il se condense en une masse solide,
et de couleur d'un brun rouge, quelquefois presque noir.
Les fécès qui résultent de cette digestion sont excessivement
peu abondans et ne consistent qu'en de très-petits filamens,
que l'animal rend quelquefois par l'anus.
Dans les sangsues qui ne se nourrissent pas de sang, mais
qui avalent des animaux tout entiers, nous verrons que l'ou-
verture de la bouche, la forme de l'œsophage, celle de l'es-
tomac, de l'intestin et même de l'anus, sufHsent pour mon-
trer que la déglutition, la digestion et même la défécation
doivent être tout différentes.
Nous avons vu, en traitant de l'organisation des sangsues,
que nous ne reconnoissons pas chez elles d'organe spécial de
respiration. Si donc l'on admet, et cela paroit indubitable , que
ces animaux agissent sur l'air atmosphérique de la même ma-
nière que ceux qui sont évidemment pourvus de cet appa-
reil, il faudra reconnoitre que cette action se fait à travers
la peau, ce que l'on conçoit très- bien, tant le système vas-
SAN 225
ciilaire qui s'y rend est considérable. Il faut cependant que
les sangsues n'éprouvent pas un grand besoin de respirer,
puisqu'on en a vu vivre un temps assez long dans les fluides,
comme de l'huile, qui ne contiennent pas d'air en dissolu-
tion, ou même sous la cloche pneumatique.
L'absorption n'en est pas moins très-active chez elles; aussi
meurent- elles en vingt-quatre heures, quand on les met
dans un vase qui contient des matières animales en putré-
faction, ou toute autre substance irritaute.
D'après cette absence d'organe spécial de respiration dans
les sangsues, il me paroît évident que le fluide récrémenti-
tiel, ou le sang, doit être à peu près identique dans tout le
système vasculaire , et c'est en effet ce qui pai^oit être. Ce
sang est d'un gris rougeàtre dans les vaisseaux veineux, comme
dans l'artère dorsale. M. Derheims assure cependant le con-
traire, admettant que celui du vaisseau dorsal est d'une cou-
leur plus intense que celui des vaisseaux latéraux. D'après le
même observateur, le sang des sangsues, quoique rouge, dif-
fère beaucoup de celui des animaux vertébrés, puisqu'il ne
contient que des atomes de fibrine.
Sa marche doit être sans doute une véritable circulation,
c'est-à-dire que, pris dans les radicules veineuses, il doit se
porter dans les troncs latéraux pour passer de là dans levais-
seau dorsal, d'oîi ensuite, par ses ramifications, il est dirigé
vers tous les points du corps où nous l'avons pris; mais, comme
il n'y a pas d'organe d'impulsion ou de cœur véritable , il
est évident que l'on doit plutôt reconnoître une sorte d'os-
cillation ou de balancement dans les sangsues, qu'une circu-
lation évidente; c'est ce qui peut expliquer le dissentiment
des observateurs, dont les uns admettent que les gros vais-
seaux latéraux ont une systole et une diastole, comme M.Tho-
mas, qui dit avoir observé sept à huit pulsations par minute,
tandis que d'autres nient ce double mouvement. Dans la
sangsue vulgaire, qui est transparente, M. Caréna assure
que les vaisseaux se vident et se remplissent alternativement.
La nutrition dans les sangsues paroît être extrêmement
lente, ce qui est en rapport avec la lenteur de leur digestion
et, comme nous le verrons plus loin , avec le peu de rapidité
de leur accroissement.
-il- i5
226 SAN
N'ayant reconnu aucun organe auquel il fût possible de sup-
poser ta fonction de la dépuration uririaire, nous sommes forcés
d'admettre que cette fonction n'existe pas dans les sangsues.
Il n'en est pas de même de l'exhalation cutanée; en effet,
outre la grande quantité du fluide muqueux , fournie par
les cryptes et les appareils de ce nom; il semble que tous
les points de la peau transudent la mucosité utile à leur lo-
comotion , et propre à résister à l'action de l'eau ou de l'air.
Quant à la reproduction partielle, nous ne connoissons
aucune expérience qui puisse faire admettre que ces ani-
maux soient susceptibles de reproduire quelques parties qui
leur auroient été enlevé s artificiellement. Une sangsue étant
coupée en deux tronçons , tous deux vivent pendant un temps
assez long, l'antérieur plus que le postérieur; mais ni l'un
ni l'autre ne peuvent se com^léler.
Pour la reproduction complète, naturelle, il paroit cer-
tain que tous les individus peuvent sécréter les deux subs-
tances, dont l'action de l'une sur l'autre doit produire un
jeune sujet vivant. Il paroit également certain qu'il faut
qu'elles proviennent d'individus différens pour agir l'une sur
l'autre, et que, par conséquent, l'hermaphrodisme n'est pas
suffisant. Je suis également fort porté à admettre que toutes
les sangsues sont ovipares; mais cela n'est pas absolument
certain : je ne crois pas qii'on connoisse encore l'état des
œufs, ni du fœtus de l'animal, au moment oii ils sont sor-
tis de l'organe sécréteur. D'après ce que nous savons sur
ce qu'on a nommé le cocon des s;mgsues médicinales, il pa-
roit que ce n'est d'abord qu'une masse gélatineuse , conte-
nant dans son intérieur les œufs ou leurs germes, et offrant
peu à peu à l'extérieur, probablement par la dessiccation et
le retrait de cette matière muqueuse, l'aspect d'un réseau;
mais les œufs sont- ils pondus à la fois; ce qui est probable ?
reçoivent - ils l'action du fluide spermatique, avant d'être
rejetés, et surtout avant d'être entourés de la substance qui
constituera le réseau du cocon? C'est ce que nous ignorons
encore aujourd'hui et ce qu'il sera assez difficile de savoir,
ces animaux ne voulant jamais s'accoupler sous nos yeux,
c'est-a-dire dans les bocaux , où nous pouvons cependant les
garder si long -temps en boa état de santé. Nous savons néan-
SAN 227
moins , d'après les observations et les expériences de M.
Achard , qu'à la Martinique les sangsues médicinales qu'on
y transporte de Frynce rendent d'abord un corps ovoïde, de
la grosseur d'un noyau d'olive, ayant la couleur du tissu
musculaire enveloppé d'une pellicule extrêmement mince,
que le moindre attouchement détruit, et recouverte au mo-
ment de sa sortie d'une iKive d'un blanc de neige; c'est cette
bave qui, en se desséchant, prend la consistance et l'aspect
d'une éponge iine , offrant à la loupe des mailles de forme
hexagone, formées par des filamens s'entrelaçant dans tous
les sens. Au bout de vingt- cinq jours, l'une des extrémités
s'alonge en mamelon et l'on voit en sortir les jeunes sang-
sues. Elles sont alors couleur de chair, transparentes , grosses,
à peu près comme une forte corde de violon, et longues de
trois centimètres environ dans leur plus grande extension.
De l'histoire naiurelle des sanosues.
o
Malgré le peu de connoissances que nous avons encore sur
la distinction des espèces de sangsues, il me semble qu'il en
existe dans toutes les parités du monde. Les voyageurs , il e%t
vrai, plus que les observateurs, en citent de toutes les ré-
gions de l'Europe: il s'en trouve certainement dans les deux
Amériques. L'Afrique, Fx^sie occidentale et orientale, l'ar-
chipel Indien , en contiennent aussi ; en sorte que l'on peut
dire que ce genre d'animaux est répandu sur toute la sur-
face du globe, dans les pays chauds, comme dans les pays
froids et à toutes les hauteurs.
Ce groupe d'animaux est essentiellement aquatique ou vit
constamment dans l'eau ; il y a cependant quelques espèces
qui en sortent assez fréquemment, et même une qui paroît
n'y aller jamais.
Le plus grand nombre des espèces aquatiques est d'eau
douce; maison en connoit déjà plusieurs qui vivent dans la mer.
Ces animaux paroissent éprouver leur plus grande activité
pendant le jour, et surtout lorsque la température est élevée.
La nuit, ils restent fixés aux végétaux immergés, ou s'enfon-
cent un peu dans la vase , et demeurent dans une immobilité
qui indique un véi'itable sommeil, dont on peut les tirer par
l'action d'une vive lumière. On avoit cru ^\^c l'approche des
228 SAN
tempêtes leur faisoit éprouver une grande agitation , au point
qu'on pourroit s'en servir comme d'une espèce de baromètre
vivant; mais tout ce qui a été avancé à ce sujet, n'a pu être
confirmé par une observation plus exacte. On dit cependant,
que dans certaines parties de la France, et entre autres aux
environs de Bourbonne -les- bains , les habitans de la cam-
pagne n'ont pas d'autres baromètres qu'une caraflTe d'eau ,
contenant quelques sangsues avec un peu de terre au fond,
et même une échelle en bois graduée, pour juger par le de-
gré d'élévation ou d'abaissement des sangsues, celui du beau
ou du mauvais temps.
Le froid dans nos climats les engourJit plus ou moins, et
alors elles s'enfoncent dans la vase ou se cachent sous les
pierres pour passer la mauvaise saison. 11 paroît même qu'elles
peuvent être complètement gelées sans perdre la vie: M. Du-
buc l'aîné dit en effet en avoir vu , gelées depuis un mois,
revenir à la vie, en faisant fondre la glace avec précaution.
Toutes les sangsues doivent redouter éminemment la sé-
cheresse, comme les lombrics. En effet, si elles se trouvent
portées dans les lieux arides et trop éloignées d'une flaque
d'eau, elles épuisent bientôt toute la matière liquide qu'elles
contiennent pour combattre cette sécheresse , et elles meu-
rent desséchées et ramassées sur elles-mêmes.
L'eau et la chaleur sont ce qu'il leur convient le mieux;
mais la nature de l'eau ne paroît pas encore indifférente.
Certaines espèces se trouvent en effet constamment dans des
eaux vives et courantes, et d'autres dans des eaux stagnantes
et quelquefois même assez malpropres.
La plupart du temps en repos et fixées sur les corps sub-
mergés, elles ne se mettent en mouvement que pour cher-
cher leur nourriture , ou l'individu dont elles ont besoin pour
se reproduire. Nous avons exposé plus haut leurs différens
modes de locomotion, qui ne laisse pas que d'être assez vifs
pendant toute la durée de la saison favorable.
La nourriture des sangsues paroît être le plus communé-
ment animale. On dit cependant que quelques espèces sont
phytophages et qu'elles sucent les plantes-, ce qui me paroît
fort peu probable. Je croirois plus volontiers qu'elles peuvent
sucer le limon gras ou la vase qui se trouve souvent dans les
SAN 229
lieux qu'elles habitent. Nos espèces les plus connues se nour-
rissent, quand elles peuvent, du sang, ou mieux des humeurs
en général, des animaux vertébrés, et même des humeurs
des animaux sans vertèbres, comme des limaçons , des lim-
nées, des planorbcs , qu'elles sucent par un mécanisme qui
a été exposé plus haut ; mais quelques-unes avalent des
lombrics, des nais, des larves d'insectes et même des pla-
naires et des lininées ou autres mollusques. Cela est certain
pour la sangsue noire , d'après les observations de M. Caréna et
de M. Huzard fils, et surtout pour la sangsue de Dutrochet;
aussi leur bouche, leur estomac et leur anus présentent -ils
une toute autre disposition que ces mêmes organes dans les
véritables sangsues. On dit aussi, que celles-ci s'attaquent
les unes les autres, surtout quand un individu à jeun ea
rencontre un autre bien gorgé de sang; mais ce fait est-il bien
certain? et supposé même que cela ait lieu dans nos réser-
voirs, en est -il de même à l'état de liberté ?
Ces animaux paroissent supporter la diète pendant un temps
extrêmement long, du moins si nous en jugeons d'après les
individus que les pharmaciens conservent dans leurs oflicines.
On en a vu en effet qui ont ainsi vécu, avec la simple précau-
tion de les changer d'eau de temps en temps , pendant plusieurs
années. Quoiqu'en aient dit quelques personnes , la disposition
de leur bouche , l'occlusion complète de l'œsophage ne permet-
tent pas de croire qu'elles y suppléent en prenant des animal-
cules microscopiques, qui existent toujours dans l'eau. Au reste
cette facilité que les sangsues ont de supporter l'abstinence
est tout-à-fait très en rapport avec la lenteur de leur digestion.
Les sangsues ne s'attachent jamais qu'à des animaux vivans.
On a essayé plusieurs fois d'en faire mordre sur des cadavres,
ou même sur du sang mort ou extrait d'un animal vivant j
mais toujours sans succès, du moins d'après M. Derheims,
qui a fait des expériences positives à ce sujet. Cependant,
il est certain qu'on en trouve souvent sur les cadavres des
animaux submergés, et même que l'on se sert de ce moyen
pour s'en procurer. Lorsqu'elles ont été depuis long -temps
à jeun, alors elles tombent avec avidité sur le malheureux
animal qui vient dans la mare qu'elles habitent, et l'on
a vu des exemples d'hommes, et surtout d'enfans et de bes-
^5o SAN
tiaux, qui en ont été la victime , tant elles sont quelque-
fois abondantes dans certaines flaques d'eau des prairies.
L'a croissenient des sangsues se fait très-lentement. D'après
une note qu'a bien voulu uie communiquer M. Tinel-Héraut,
pharmacien de Dieppe, qui, depuis 1819, s'est occupé avec
suite de l'éducaticm de la sangsue médicinale, des individus
de deux ans après leur sortie du cocon étoient encore assez loin
d'égaler en grandeur une sangsue ordinaire de trois pouces de
long. Combien alors leur auruit-il fallu de temps pour devenir
aussi grands qu'un individu que possède M. Huzard fils, et qui a
sept à huit pouci s de long dans l'alcool. Au reste , peut-être les
sangsues sont- elles dans le cas des liirves dhexapodes et leur
grosseur est- elle proportionnelle à la quantité de nourriture
qu'elles ont pu se procurer.
On ignore au juste à quel âge elles sont en état de se re-
produire. C'est à l'époque du mois de Mai, dans nos climats,
que l'accouplement a lieu ; tous les individus qui y sont aptes
montrent alors un renflement assez considérable dans l'espace
compris entre les orifices de l'appareil générateur, ce qui est
un peu comme dans les lombrics.
Quoique M. Thomas et plusieurs autres personnes aient cru
que ces animaux androgynes se fécondoient eux-mêmes, ce
qu'on pourroit concevoir en remarquant que l'organe exci-
tateur est évidemment beaucoup plus long que l'espace com-
pris entre les deux orifices, il est certain que cela n'a pas
lieu et que les deux individus se placent l'un à côté de Tau-
tre, ventre à ventre et tête à queue. J'ai trouvé, une seule
fois il est vrai, deux individus ainsi accouplés; leur organe
excitateur pénétrant réciproquement dans loritice vaginal,
et plusieurs personnes ont fait la même observation.
La durée de l'accouplement nous est entièrement inconnue.
Nous ignorons également après combien de temps l'organe
femelle se débarrasse du produit de la génération.
Ce que l'on sait assez complètement depuis un petit
nombre d'années , c'est que nos sangsues médicinales dé-
posent, comme Bergmann l'avoit observé il y a long- temps
pour la sangsue vulgaire, une masse ovalaire en forme de
cocon de vers-a-soie, composée d'un matière gélatineuse,
formant capsule à l'extérieur et contenant dans son intérieur
SAN 23i
un nombre plus ou moins considérable d'œufs , d'où doivent
soKtir les jeunes sangsues. Les paysans bretons connoissent,
à ce qu'il paroit, ce fait depuis long-temps, et font multi[)lier
les sangsues dans des lieux où il n'y en avoit p;is , en y plaçant
de ces cocons. Les sangsues vulgaire et bioculée pondent un.
cocon proportionnel à leur taille, lisse et enduit d'une ma-
tière gluante, qui sert à l'attacher aux feuilles des plantes
aquatiques ou à quelque autre corps immergé ; mais les
sangsues médicinales font d'abord un cocon beaucoup plus
gros, que l'animal place dans une cavité conique, creu-
sée sans doute par lui dans la terre des rives de la mare.
Ce que ce cocon offre de plus singulier, c'tst qu'il est en-
veloppé par une couche comme spongieuse et qui semble
formée par l'anastomose d'un grand nombre d'assez gros fila-
mens irrégulièrement disposés, séparés par des interstices par-
faitement libres.
D'après ce que nous a appris M. Rayer, dans un mé-
moire fort intéressant sur les œufs des sangsues, publié en
1824 dans le Journal de pharmacie, la véritable capsule,
située au-dessous du tissu spongieux , offre à chaque extré-
mité de son grand diamètre un petit tubercule d'un tissu
plus ferme que la membrane, d'un byun Jaunâtre, peu trans-
parent, et faisant saillie dans son intérieur. C'est à leur place
que se forme un orifice, rarement aux deux extrémités à la
fois, et par où sortent les jeunes sangsues.
A l'époque où les cocons viennent d'être pondus, il paroît
que le tissu spongieux n'existe pas encore, ce qui permet de
croire que sa formation est due à une sorte de retrait de la
matière muqueuse abondante qui recouvroit la capsule. Quoi
qu'il en soit , à cette même époque il est souvent difficile
d'apercevoir les œufs , qui sont en nombre un peu variable
(6-i5), et disposés d'une manière régulière dans l'inté-
rieur, mais surtout de voir leur développement, comme il
paroît que cela est aisé pour la sangsue vulgaire. D'après les
observations de M. Rayer les petites sangsues contenues
dans leur capsule sont d'autant plus rouges et moins alon-
gées qu'elles sont plus nouvellement écloses : elles sont colo-
rées de très- bonne heure et l'on aperçoit déjà la différence
qui existe sous ce rapport entre les sangsues grises et les sang-
^02 SAN
sues vertes. Arrivées au développement convenable, elles
sortent de la capsule par rorifice polaire, traversent le tissu
spong'eijx, dans lequel elles peuvent encore se mettre quel-
que temps à Tabri , et deviennent complètement libres. Alors
ellesnagenl déjà avec la plus grande facilité , et peuventmême
vivre et s'accroître dans de Teau filtrée , quoique des individus
adultes, au bout de quelques mois , y perdent de leur poids.
Le nombre des petites sangsues qui sont produites dans
chaque cocon, ne paroît pas aller au-delà de seize; et par
conséquent, s'il n'y a qu'une ponte chaque année , ce qui
paroît probable, sans que cependant nous puissions l'assu-
rer, la multiplication des sangsues ne doit pas être aussi con-
sidérable qu'on pourroit le croire au premier abord.
ISous ignorons complètement la durée naturelle de la vie
des sangsues et combien de temps elles conservent la faculté
de se reproduire. Ce qu'il y a de certain, c'est que , outre
la grande destruction qu'en font plusieurs animaux, et entre
autres les oiseaux aquatiqnes, elles meurent souvent par mil-
liers, lorsque l'eau des lieux qu'elles habitent vient à se cor-
rompre par la grande quantité de substances animales en
putréfaction qu'elle peut contenir , et surtout pendant les
grandes chaleurs.
Mais la diminution des sangsues dans notre Europe , et sur-
tout dans les parties les plus peuplées, tient à ce que les étangs
ou masses d'eau qui leur sont nécessaires, et dans lesquelles se
peuvent rencontrer toutes les circonstances favorables pro-
pres à leur conservation et à leur propagation , diminuent
tous les jours de nombre et d'étendue, et surtout à l'énorme
quantité de ces animaux employée d'après les prescriptions de
la nouvelle théorie médicale de l'irritation, la saignée locale
étant devenue le moyen thérapeutique par excellence ; sans cela
les sangsir es étoient plutôt nuisibles qu'utiles à l'espèce humaine,
puisqu'elles s'attachent souvent à nos animaux domestiques,
aux canards, etc. ; mais depuis leur grande vogue en médecine
elles sont devenues d'une très- grande utilité, et par consé-
quent elles ont dû être recherchées avec soin dans les lieux
où elles vivent encore en grande abondance , pour être trans-
portées dans ceux où elles n'existent pas, ou du moins sont
pssez rares, et où la population est très -nombreuse. Aussi
SAN 233
maintenant ces animaux sont-ils devenu l'objet d'un commerce
considérable, et les pharmaciens, qui tout naturellement ont
dû les regarder comme un sujet de leur domaine, se sont
occupés avec zèle des moyens îion-seulement de les conserver
dans des espèces de magasins plus ou moins étendus, mais
encore de les transporter souvent à des distances considérables,
et même de les faire propager sous leurs yeux , en sorte que
maintenant ce sont des animaux presque domestiques et qui
entrent dans l'économie rurale.
La Russie, la SuèYlc, la Norwége , la Hongrie, la Bohème,
et tous les états de l'Allemagne, la Hollande, l'Italie et l'Es-
pagne, produisent assez de sangsues pour leur consommation-,
mais il paroît qu'il n'en est pas de même en France et
surtout en Angleterre , où une sangsue coûte quelquefois
une guinée. Dans ce pays cela tient à ce que les sangsues s'y
trouvent en petite quantité; mais, dans la France, cela est
plutôt dû à l'emploi démesuré que les médecins en ont fait
depuis quinze ou vingt ans. Nous voyons, en effet, dans les
Tableaux si intéressans de statistique de la ville de Paris,
publiés par les ordres de M. de Chabrol, préfet de la Seine,
que le nombre de sangsues entrées dans cette ville , dans
l'année 1826, monte à trois cent mille seulement pour les
hôpitaux de Paris. Nos colonies d'Amérique paroissent aussi
manquer de sangsues médicinales, et sont obligées d'en tirer
d'Europe; c'est ce qui a donné lieu à une nouvelle branche
de commerce. On tire les sangsues de l'Espagne, de PAUe-
magne, de la Hongrie : on les met dans des espèces de réser-
voirs, où elles se propagent, et on les expédie pour PAngle-
terre et même pour l'Amérique.
La récolte des sangsues médicinales ne demande pas beau-
coup desoins. Des hommes, des enfans, les vont chercher, les
jambes nues, dans les endroits où il s'en trouve, et prennent
celles qui nagent ou qui s'attachent à eux. Quelquefois ils
emploient des appâts, comme des cadavres d'animaux, laissés
pendant la nuit , et ils ramassent chaque malin celles qui
s'y sont accumulées. Un pot fermé ou un sac mouillé leur
sert pour les rassembler.
Le choix des sangsues n'est pas indifférent, non pas qu'il y
en ait dont la morsure soit plus dangereuse que celle d'au-
234 SAN
très individus ; mais parce qu'on confond souvent avec la
sangsue médicinale une autre espèce qui ne mord point,
comme M. Huzard fils Ta fait voir dans un mémoire ex pro-
fessa. Il faut donc bien distinguer ces deux espèces. Il paroit
aussi que les indi\idus qui vivent dans les ruisseaux d'eau
courante sont préférables aux autres, qu'ils sont plus vifs et
mordent plus promptement. On préfère aussi ceux qui n'ont
pas été pris sur les appâts.
L'art de conserver les sangsues que l'on a recueillies dans
les mares et les étangs, paroît n'être pas fort difficile, puis-
qu'il consiste à les mettre dans une quantité suffisante d'eau ,
que l'on a soin de renouveler fi-équemment , surtout en été
pendant les chaleurs. Cependant on remarque que quefque-
fois elles périssent en très-grand nombre, soit par les varia-
tions atmosphériques, soit par des maladies auxquelles elles
sont sujettes, et qui sont souvent difficiles à prévoir et par
conséquent à prévenir.
M. Cresson , qui s'est le plus occupé des moyens de conser-
ver les sangsues dans les officines , recommande de ne pas
mettre au-delà de deux cents sangsues pour six pintes d'eau ,
de changer l'eau une fois par semaine en hiver, deux en été,
et de deux jours l'un dans les grandes chaleurs, en ayant grand
soin de tenir le vase bien propre, et d'enlever la matière mu-
queuse qui se dépose sur ses parois et les individus morts.
Il ajoute qu'il faut mettre le vase qui renferme les sangsues
dans un lieu frais, à l'abri des rayons solaires, et d'employer
de l'eau à la même température, la plus voisine possible de
zéro, les grandes variations de chaleur étant ce qu'il y a de
plus nuisible pour ces animaux.
Plusieurs personnes ont recommandé en outre de mettre
dans leau quelque substance qui puisse servir à leur nourri-
ture; ainsi, en Allemagne, il paroit qu'on y dissout une cer-
taine quantité de cassonade. M. Bertrand a proposé de leur
donner un peu de sang; mais tout cela bien inutilement.
Voici un autre procédé que recommande M. Derheims. 11
les met dans un réservoir assez petit, puisqu'il est creusé
dans du marbre, et de forme oblongue. A l'une des extré-
mités de ce bassin, et vers le milieu de sa hauteur, est assu-
jettie une tablette mince de la même substance, sur laquelle
SAN 235
on met une couche de mousse forfemenl comprimée par de
petits cailloux. Au fond du bassin on dépose aussi une couche
i)eaucoup plus épaisse, composée de mousse, de tourbe, de
charbon de bois, et on la comprime aussi par quelques pe-
tits cailloux. On remplit le bassin d'eau de manière à ce
que le lit de mousse de la talilette soit seulement humecté;
et on recouvre le tout d'une toile de crin à mailles serrées
et qui est maintenue horizontale à l'aide de petits poids ,
de manière à ce que les sangsues ne puissent s'échapper. Un
robinet placé convenablement sert à changer l'eau quand
cela est convenable. On a soin aussi de rciiouveler de temps
en temps la mousse.
Par ce procédé les sangsues peuvent , en traversant la
mousse, se débarrasser de la mucosité qui, dans les temps
orageux surtout, recouvre leur corps et est la cause la plus
habituelle de leur mort dans la domesticiié. L'emploi du
charbon prévient la putréfaction de cette matière animaMK
laissée dans l'eau, et paroit empêcher son action délétère
sur les sangsues. 11 faut par conséquent avoir grand soin d'en-
lever les individus morts. Quant au bassin de marbre , quoi-
qu'il soit préférable à un baquet ou tout autre vase en bois,
il peut aisément être remplacé par un vase de terre vernissée
ou de faïence.
M. Achard , pharmacien à la Martinique, a proposé un
moyen de conservation encore meilleur, puisque non-seu-
lement les sangsues vivent frès-bien, mais peuvent se repro-
duire en domesticité. Pour cela, dans une très-grande cuve
en bois, autour et au-dessus de laquelle il a établi des ou-
vertures grillées, il a mis au fond une couche d'argile en
consistance de pâte molle , et dans l'eau dont il l'a recou-
verte jusqu'à deux mille sangsues. Les jeunes individus qui
y sont nés lui paroissoicnt pouvoir être employés pour mordre
au bout d'un an.
Enfin, plusieurs pharmaciens françois, entre autres M. Le-
noble, de Versailles, et les personnes qui en font commerce
en grand , ont entrepris de parquer pour ainsi dire les sang-
sues , en les mettant dans de petites pièces d'eau de leurs
jardins, oij elles peuvent à la fois se nourrir et se reproduire
aisément.
^36 Sk-^
Le (ransport des sangsues se fait dans des sacs qu'on en-
tretient soigneusement mouillés, quand le voyage ne doit
durer que quelques jours; mais quand il doit être plus long,
on a recours à des barils pleins d'eau et percés en dessus.
C'est ainsi qu'on en envoie en Angleterre.
Les sangsues conservées dans des vases d'une capacité peu
considérable et entassées en grande quantité, sont sujettes à
différentes maladies qui ont été encore peu étudiées; mais il
paroît aussi qu'elles s'attaquent les unes les autres. C'est du
inoi:iS ce qu'assurent plusieurs observateurs, et entre autres
M. Vauquelin; tandis que d'autres disent absolument le con-
traire. C'est donc une double raison d'employer de grands
vases pour conserver les sangsues et de ne les y mettre qu'en
nombre tel qu'elles puissent s'y mouvoir aisément, sans se
rencontrer trop souvent.
Dans un ouvrage de la nature de celui-ci, nous ne de-
vons pas entrer dans les détails techniques sur l'emploi du
moyen thérapeutique fourni par les sangsues, c'est un sujet
qui regarde exclusivement la médecine; mais comme il arrive
souvent que les sangsues peuvent accidentellement mordre
une personne ou un animal, il ne sera pas déplacé de dire
quelque chose sur les accidens qui peuvent en résulter et
sur les moyens d'y remédier.
La morsure des sangsues, souvent douloureuse par la rai-
son que nous en avons donnée plus haut, est quelquefois
suivie d'irritation assez forte pour déterminer une véritable
inflammation et par conséquent du gonflement, de la rou-
geur, et par suite, de la suppuration , surtout si l'on a appli-
qué à la fois un grand nombre de sangsues dans un petit
espace. On a attribué cela à l'espèce de sangsue ; mais c'étoit
probablement à tort; car il n'y a réellement qu'une espèce
de sangsue qui puisse être employée pour extraire du sang ,
celle à laquelle on donne le nom de sangsue médicinale; la
sangsue, noire ne pouvant mordre, comme l'a démontré M.
Huzard fils. Quanta la véritable sangsue de cheval, H. san-
guisuga, Linn., il paroît cependant que sa morsure est plus
forte; mais c'est ce qui n'est pas encore hors de doute.
On a aussi supposé que les phénomènes pouvoient être
attribués à ce que la morsure avoit été faite par des sangsues
SAN 237
qui avoient déjà servi. Mais cela est également douteux. D'a-
hord il est certain que beaucoup de marchands de sangsues en
vendent qui ont déjà mordu plus ou moins long -temps au-
paravant , et il l'est encore davantage que des particuliers
en conservent toujours de précaution, et que ce sont souvent
des individus qui ont servi déjà plusieurs fois, sans que ce-
pendant il arrive aucun accident de leur morsure.
Quelques auteurs ont dit que des accidens éfoient occa-
sionés par la morsure des sangsues, lorsqu'on les arrachoit de
A-^ive force , et que cela éloit dû à ce que les dents restoient dans
la peau : si l'on entend par là les mamelons dentifères, le
fait est faux, ils ne peuvent être arrachés; si l'on entend les
denticules, cela se peut concevoir davantage, mais leur effet
n'en est pas moins fort hypothétique.
Il faut donc croire que l'inflammation, produite quelque-
fois par la morsure des sangsues, tient à la difliculté qu'a eu
l'animal de mordre, aux essais nombreux qu'il aura faits,
quelquefois à la nature même de la peau du sujet, et peut-
être aussi à la matière muqueuse plus ou moins altérée, con-
servée dans le disque buccal et introduite dans la plaie. Je
ne serois pas même étonné que les sangsues, prises sur des
cadavres dans l'eau, produisissent plus d'accidens que les au-
tres par leur morsure.
Pour éviter ce petit accident, ou du moins pour en préve-
nir les suites presque toujours peu graves , les médecins savent
qu'il suffit d'appliquer un cataplasme émollientsur les plaies,
surtout quand elles sont rapprochées ; car alors l'inllamuiatiou
locale est plus à redouter.
Un accident beaucoup plus grave, puisqu'on a vu la mort
s'en suivre, c'est la continuité de l'écoulement du sang après
la chute de la sangsue. Ordinairement, peu de temps après
qu'elle a eu lieu, le sang qui couloit par la plaie s'arrête
peu à peu, se coagule dans l'ouverture, et l'hémorrhagie est
arrêtée, à moins que, pour l'empêcher, on ait soin de bai-
gner la plaie avec un linge fin ou une éponge fine, imbibés
d'eau tiède, comme les médecins le recommandent le plus
ordinairement; mais il arrive quelquefois que le sang conti-
nue à couler, surtout si c'est au cou que l'application des
sangsues a eu lieu. Alors on est obligé d'appliquer quelque
238 SA^^
poudre absorbante ou styplique , comme du lycopode, de
l'alufi ou même de la colophane. On peut aussi avoir re-
cours à une substance absorbante par elle-même, comme
de l'amadou , dont on a enlevé l'épiderme seulement ou qu'on
a saupoudré d'alun; de la charpie, que l'on comprime et fixe
sur la plaie à l'aide d'un bandage approprié, ou même, ce
qui estsouvent préférable, du doigt: quand ces moyens, unis
à une position convenable, ainsi qu'au repos le plus com-
plet, ne réussissent pas, on est obligé d'employer le baume
de Commandeur ou la cautérisation par le i'er rouge (l'extré-
mité d'une clef, par exemple, peut très -bien être employée
à cela), ou à l'aide du nitrate d'argent. Par ce procédé on est
toujours sûr de réussir.
La petite cicatrice qui résulte de la morsure d'une sangsue ,
et qui ressemble à une étoile à trois branches triangulaires,
disparoît au bout de quelques mois dans les jeunes sujets;
mais reste quelquefois toute la vie chez les individus plus
âgés, surtout quand la suppuration a eu lieu.
Quant à la foiblesse singulièrement remarquable, qui suit
constamment l'emploi trop réitéré de la saignée par les sang-
sues, foiblesse qui ne dépend pas autant de la quantité du
sang que de sa qualité, et qu'il faut attribuer, sans aucun
doute , à ce que le sang soutiré par ces animaux n'est pas du
sang veineux circulant , mais bien du sang oscillant et com-
pris dans les tissus au moment oîi il va servir à la nutrition ,
il est évident que le temps seul et des circonstances favora-
bles, jointes à l'emploi des Ioniques, peuvent y remédier.
Comme il arrive aussi quelquefois, à ce qu'il paroît, que
des sangsues s'introduisent par accident dans les ouvertures
du corps et que l'on craint qu'elles ne donnent lieu à des
hémorrhagics mortelles, on recommande différens procédés
pour y remédier. Le plus simple est de les saisir avec une
pince qïiand on le peut. Dans le cas contraire il faut avoir
recours à la déglutition ou à l'injection d'eau salée ou vinai-
grée, ou même de vin, qui, suivant M. Double, a la pro-
priété de les tuer. Si elles sont descendues dans l'estomac, il
est aisé de voir qu'il faut avoir recours aux vomitifs. Si par
accident elles avoient pénétré dans les voies aériennes, ce
qui me paroît fort dillicile , il faudroit employer des fumi-
SAN 209
gâtions légèrement irritantes, et peut-être de bonne heure
avoir recours à la trachéotomie.
Tout ce que nous venons de dire de général sur les sang-
sues doit être appliqué presque exclusivement à la sangsue
médicinale, et par conséquent nous nous bornerons à en faire
connoître tout à l'heure les caractères spécifiques. Elle seule,
et ses nombreuses variétés, ainsi que le véritable H. sangui-
siiga, en admettant qu'elle en soit distincte, paroi t suscep-
tible de mordre et de tirer du sang, quoi que quelques au-
teurs en aient dit. Pour les autres espèces, nous renvoyons
à chacune d'elles pour en connoître l'histoire.
Noys avons déjà fait observer plus haut qu'il existe des
espèces de ce groupe dans toutes les parties du monde et dans
tontes les eaux douces ou salées ; malheureusement nous
ne connoissons encore que d'une manière peu suffisante les
espèces d'Europe, toutes les autres n'étant qu'indiquées dans
les voyageurs. 11 en résulte que le nombre d'espèces inscrites
dans nos catalogues est beaucoup moins grand sans doute que
celui des espèces qui en existent réellement.
La distinction zoologique des sangsues a été commencée
par Muller; MM. Oken, H. de Blainville, et surtout Savigny
ont cherché à faciliter la connoissance des espèces de ce
groupe, en y établissant des sections génériques qui peuvent
jusqu'à un certain point être admises, puisque les différences
caractéristiques concordent assez bien avec des différences
dans les mœurs et les habitudes. Nous allons cependant les
réunir toutes sous la dénomination de sangsues; mais aupa-
ravant indiquons les organes qui fournissent les meilleurs ca-
ractères.
IjCs parties dont les caractères distinctifs doivent être tirés
sont les suivantes:
Le corps , en totalité , dont la forme cylindrique , ou
mieux , à coupe circulaire dans un certain nombre d'espèces,
se déprime de plus en plus, de manière à ce que le ventre
est constamment plat dans d'autres.
Le nombre des articulations ou des anneaux dont le corps
est formé: quoique ce nombre varie un peu, c'est dans des
limites assez rapprochées, pour que cette considération ne
soit pas sans quelque importance. Pour faire ce compte , iî
^4o SAN
m'a semblé qu'il falloit négliger les plis de la lèvre supérieure,
souvent difficile à distinguer , et commencer du bord de la
lèvre inférieure , ce qui est toujours fort aisé.
La distinction plus ou moins tranchée des articulations an-
térieures du reste du corps, pouvant former une ventouse ,
dans le fond de laquelle est la bouche.
La position et le développement proportionnel de la ven-
touse anale, qui peut être terminale , c'est-à-dire verticale ,
ou bien être horizontale.
Le nombre et la disposition des points noirs ou pseudo-ocu-
laires, considération quiparoit être d'une fixité remarquable.
Malheureusement elle est quelquefois d'une assez diflicile
application.
La forme de la cavité prœorale , le développement plus ou
moins considérable des tubercules ou mamelons dentifères et
la grandeur proportionnelle de l'orifice œsophagien.
L'anus, dont la position et surtout la forme et la grandeur
proportionnelle, dont on peut très-bien se servir pour pré-
juger l'espèce de nourriture.
Les orifices de l'appareil génital, dont la position , plus ou
moins reculée, à compter de la lèvre inférieure , est complè-
tement fixe , de même que le nombre d'articulations com-
prises entre les deux orifices.
Quant à la couleur, elle me paroît être trop variable pour
qu'on puisse le moins du monde s'en servir comme propre à
fournir des caractères spécifiques.
Les tubercules, dont le corps est quelquefois hérissé, sur-
tout sur les individus conservés dans l'esprit de vin, oii ils
sont toujours plus ou moins contractés, ne me paroissent que
rarement pouvoir être employés a fournir de bons caractères.
A. Espèces qui sont poin^vues de branchies. ( G. Bran-
CHIOBDELLA, Rudolplii ; Bp.anchellia, Savigny ; Po-
LYDORA, Oken. )
La Sangsue de Menzies : H. branchiata, Menz., Transact.
Linn. Societ., tome i, page i88, tab. 17, fig. 3. Corps
déprimé, alongé, d'un pouce de long à peu près, finement
annelé , atténué en avant, dilaté en un disque en arrière,
SAN 241
pourvu, dans une partie de son étendue, de sept paires de
soies molles, un peu branchues et transparentes; couleur
blanchâtre, translucide.
Cette singulière espèce de sangsue a été trouvée en grande
abondance, adhérente à des tortues, dans l'océan Pacilique ,
entre les tropiques.
La Sangsue de Rudolphi:H. Rudolphii • Brandi. Torpedinis,
Savigny, Syst. des annél. , pag. 109, n.° 1. Corps alongé,
déprimé, formé de quarante -neuf anneaux peu distincts,
dont les treize premiers constituent une sorte de col; le 14.^
et les suivans jusqu'au 35.', portant une paire de branchies
en forme de feuillets demi-circulaires; ventouse orale, bien
distincte et beaucoup moins grande que l'anale, et contenant
trois points saillans; quatre paires de points pseudo-oculaires,
disposés sur une ligne transverse : les orifices de l'appareil «géné-
rateur situés aux 21." et 24.'' anneaux; couleur brun-noiràtre.
Cette espèce a été trouvée sur la torpille, dans la Méditer-
ranée , par M. Rudolphi et par M. d'Orbigny , sur les bords
de l'Océan. Elle a, comme la précédente, douze à quinze
lignes de long.
B. espèces cylindro-coniques , ^^furvues de ventouses
également distinctes et teinninales , satis mamelons
à la bouche, sans points pseudo-oculaires. (G. Pon-
TOBDELLA , Lcacli. ; Albione, Savigny.)
L'organisation des espèces de ce genre n'a pas encore été
examinée suflisamment. Ce que je puis assurer, c'est qu'elles
n'ont pas de points oculaires, ni de tuberculesdentifères; quant
à l'estomac, il m'a paru qu'elles ont des poches à peu près
comme les véritables sangsues. U est donc probable qu'elles se
nourrissent de sang comme celles-ci Ces espèces de sangsues,
au contraire des autres, meurent en une heure ou deux, si on
les met dafis de l'eau de puits ou dans toute autre eau douce,
à moins qu'on y fasse dissoudre une certaine quantité de
sel, comme l'a expérimenté J. B. Batarra.
La Sangsue épineuse; H. muricata, Linn. Corps cylindro-co-
jiique , très-atténué en avant , composé d'un nombre un peu va-
riable d'anneaux hérissés de tubercules épineux, sépai-és de
47- i'^
242 SAN
trois en trois par un anneau plus petit; la ventouse ovale ayant
à son bord six paires de petites verrues molles et très-peu sail-
lantes; les orifices de l'appareil delà génération situés entre le
ïy.* et le 18/ et entre le 20/ et le 21." anneaux; couleur
cendré -verdàtre : quelquefois irrégulièrement tachetée de
brun.
Cette espèce, qui atteint jusqu'à quatre pouces de long ,
est commune dans toutes nos mers, où elle s'attache aux
poissons et surtout aux raies.
La Sangsue spinuleose : H. spinulosa; Pontobdella spinulosa ,
Leacb., Miscellan. ZooL, tom. 1 1 , pag. j2, tab. 68, fig. 1 et 2.
Corps cylindro-conique, hérissé de tubercules peu nombreux
et aigus.
Cette espèce ne diffère très-probablement pas delà précé-
dente, comme le pense M. Savigny , qui la réunit en effet,
à l'H. tnurlcata de Linné. Elle se trouve communément dans
les mers de l'Ecosse et de l'Angleterre septentrionale, atta-
chée aux raies , d'où le nom de suce-raies [shate-sulcer) que lui
donnent les Anglois. M. Leach fait observer que dans le jeune
âge les spinules sont disposées en rangées très-irrégulières ,
mais que dans les indnidus plus âgés elles sont bien plus
irrégulièrement éparseS^et qu'elles s'effacent, surtout quand
l'animal s'est gorgé de sang.
La S. VERHUQUEUSE : H. verrucafa; Pont, verrucata, Alh. ver-
rucata, Sav. ; Leach, loc. cit. , p. 11 , tab. 64; H. piscium ,
Baster , Opusc. subs., tom. 1 , liv. 2 , p. gô, tab. 10, fig. 2 ,
cop. dans l'Encycl. méth. , pi. 53 , lig. 5. Corps en massue,
couvert de grosses verrues disposées en anneaux; ceux-ci iné-
gaux : les plus grands séparés par trois petits.
M. Leach , en établissant cette espèce , ajoute l'observation
de Baster, que , dans son H. piscium , les verrues ou tuber-
cules varient considérablement de formes; aussi , suis-je en-
core fort porté à croire que ce n'est qu'une variété de la
sangsue épineuse.
La S. AHÉOLÉE : H. areolata; Pont, areolata, Leach , loc. cit. ,
pag. 10, tab. 65. Corps de même forme que dans les précé-
dentes, composé d'articulations assez régulières, égales et non
tuberculeuses, du moins en avant, aréolées en arriére, pro-
bablement par le rapprochement des tubercules aplatis.
SAN H^
Oh ignore la patrie<ie cette espèce de sangsue , qui a été
donnée à la Société liniiéenne de Londres par sir Jos. Banks.
Je suppose que la disposition aréolaire que la figure citée
indique, est due à la compression des tubercules serrés les
uns contre les autres.
La SA^GsuE lisse ; H. Icei^is, Planch, des sangsues, n.°3. Corps
en longue massue, très-atténué en avant, et se renflant peu à
peu jusque tout auprès de l'extrémifé postérieure, lisse, et
même sans articulations distinctes; ventouses terminales: la
postérieure fort petite; l'antérieure assez peu considérable,
sans traces de verrues tentaculaires , ni de points pseudo-ocu-
laires; orifices des organes de la génération très-antérieurs,
au premier sixième environ; anus fort petit; couleur d'un
brun roussâtre.
Je possède , dans ma collection , la sangsue sur laquelle
j'établis cette espèce. Elle m'a été donnée par M. Paretto, de
Gênes. Elle a, dans son état de conservation dans l'esprit de
vin, plus d'un demi-pied de long. Je n'oserois garantir sa cou-
leur, ni peut-être même son état complètement lisse, parce
qu'il me semble qu'elle a été un peu altérée.
La S. A bandelettes; H. viUala, de Chamisso et Eysenhardf .,
De anim. è class, vertn., Acad. Leopold. Cari, des Naturforsch.,
lom. 2 , part. 2 , pi. 24 , fig. 4. Corps déprimé , lisse , de cou-
leur brune en dessus , avec environ trente-six stries transverses
rapprochées deux à deux, blanc en dessous, avec des points
de la couleur du dos.
D'après la figure que les auteurs cités donnent de cette
espèce , elle seroit très-remarquable par la beauté de sa colo-
ration. Malheureusement leur description est incomplète : ils
se bornent à dire qu'elle paroît voisine de la S. indienne de
Linné, et qu'elle en diffère par l'état lisse du corps, et par
un moindre nombre de stries transverses. Elle a été observée
par M. de Chamisso dans le port de l'île Unalascha.
La S. indienne; H. indica, Linn., Gmel., p. SogS , n.° 1.
Corps déprimé, brun, avec cent stries transverses ou annu-
laires, larges, élevées et hérissées de lubercuks.
Voilà malheureusement à quoi se borne la caractéristique
donnée par Gmelin , pour cette espèce , qui existe dans la mer
des Indes.
^44 SAN
C. Espèces cylindriques , composées (Varticulalidns
peu distinctes , terminées paî^ des ventouses obliques ,
très-grandes et aplaties ; bouche petite , sans tuber-
cules dentif ères ; huit points pseudo-oculaires. (G. Pis-
cicoLA ou IcHTHYOBDELLA, de Bl. ; Hœmocharis j Sav.)
La Sangsue GÉoMÈraE: H.geometra, Linn. ; H. piscium , lànn.,
Gmel. . I». 3097 , n.° 8 ; Rosel , Ins. , tom. 5 , p. 1 99 , tab. 62 ;
cop. daiis l'Encycl. mélhod. , pi. 5i , fig. 12 — 19; Hœmo-
charis piscium , Savigny ; Piscicola piscium, de Lamk. Corps de
dix a douze lignes de long, grêle, un peu atténué en avant,
lisse; ventouse antérieure de moitié plus petite que l'autre,
portant des points pseudo- oculaires au nombre de quatre
paires, suivant M. Savigny; mais les points de chacune presque
réunis, de manière à neparoitre que quatre ; ventouse anale
très-grande , non bordée ; orifices des organes de la génération,
aux 17." et 20/ anneaux; couleur d'un blanc jaunâtre , fine-
ment poinlillée de brun ou cendrée , avec une chaîne dorsale
élargie en taches de chaque côté , plus claire que le fond ; deux
lignes de gros points bruns sur les côtés du ventre; des rayons
bruns, avec des mouchetures noirâtres sur la ventouse anale.
Celte espèce, que je n'ai pas vue, se trouve dans les eaux
douces d'Europe , attachée aux poissons et surtout aux cy-
prins. Elle se meut à la manière des chenilles arpenteuses ; sa
couleur est assez variable. La position des orifices générateurs,
telle que je l'ai rapportée, e-^.* déterminée par M. Savigny,
qui compte les anneaux de la lèvre supérieure. (Voyez plus
loin la S. céphalote. )
D. Espèces subcylindriques , formées d'un très-grand
nojnbre d'articulations peu distiîictes ; bouche
grande , sans tubercules dentifères ; anus très -
grand et semi-lunaire ; ventouse postérieure sub-
terminale ; orijices de la génération dans un ren-
flement annulaire. (G. TrochetiAj Dutroch. ; Geoe-
DELLA , de Bl.)
L'unique espèce de sangsue qui constitue ce groupe est vé-
ritablement fort remarquable, et semble faire le passage aux
SAN *45
lombrics. Son corps, subcylindrique en avant, un peu dé-
primé et élargi en arrière, est également convexe en dessus
comme en dessous. L'espace où s'ouvrent les orifices de l'ap-
pareil de la génération est renflé, et forme un anneau circu-
laire assez prononcé. Le nombre des articulations du corps
est extrêmement considérable , et le paroît encore davan-
tage par les plis irréguliers dont chacune d'elle est traversée.
L'extrémité postérieure est terminée par une ventouse mé-
diocre, oblique ou inférieure. L'antérieure présente une ou-
verture assez grande, transverse , bordée par deux lèvres,
dont la supérieure, obtuse , déborde beaucoup l'inférieure ;
mais il n'y a pas de ventouse proprement dj^te. La bouche se
présente au fond de cette ouverture , qu'elle semble continuer
sans rétrécissement : on n'y remarque aucun indice des tuber-
cules dentifères que nous verrons dans la seclion suivante,
mais bien l'origine de trois sillons, ou cannelures profondes,
qui se prolongent dans toute la longueur de l'œsophage , deux
en haut, et une médiane en bas ou sur la ligne ventrale.
L'estomac ne commence qu'assez au-delà du renflement gé-
nérateur: il ne forme aucune poche latérale , mais seulement
d'espace en espace il oflVe des rétrécissemens ou bourrelets
assez sensibles , d'abord quatre plus distans et ensuite trois
plus rapprochés ; on voit de semblables bourrelets dans une
partie de l'intestin où les plis longitudinaux de la muqueuse
sont plus fins et plus rapprochés que dans celle qui la pré-
cède. Vient ensuite une dernière portion d'intestin, courte
et toute droite , plus large en avant, se rétrécissant peu à peu
en arrière, et dans lequel les plis très-épars de la membrane
muqueuse sont comme frisés ou crépus. L'anus, qui termine
cet intestin , est remarquable par sa grandeur, proportionnel-
lement, surtout avec celui des véritables sangsues. Il est semi-
lunaire, obliquement ouvert en arrière.
Les autres parties de l'organisation de cette espèce de
sangsue ne diflerent pas moins de ce que nous avons décrii
plus haut dans la sangsue médicinale , qui nous a servi de
type.
INous ne coniioissons encore qu'une espèce dans cette sec.»
tion, que M. Huzard fils, d'après l'indication de M. Duméril,
A confondu à tort avec l'H. san^uisuga de Linné, dont nous
M6 SAN
allons parler tout à l'heure , quoique celle-ci s'en rapproche
plus que les véritables sangsues; c'est
La Geobdella deDutrochet: H. Trochelii; Trochefiaviridis ,
Dutrochet, Bull, par la Soc. philoin. . et de Lauiarck , Anim,
sans vert., tom. 5 , page 292. Corps de deux à trois pouces de
long, épais, de couleur verte en dessus, jaunâtre en dessous.
Elle a été découverte par M. Dutrochet, dans le départe-
ment d'Indre-etrLoire , où il paroit qu'elle est assez abondante.
E. Espèces alongées, suhcylindjnques , ou peu dépri-
mées, formées d'anneaux nombreux ^ égaux, assez
longs et bien réguliers ; ventouse antérieure peu
distincte , bilahiée ; cinq paires de points pseudo-
oculaires , dont trois très-rapprochées dorsales sur
le premier anneau , et deux latérales plus isolées ;
bouche très-grande, pourvue , à l'entrée de l'œso-
phage, de trois plis hijides : un supérieur et deux
latéraux inférieurs ; anus fort grand et semi- lu-
naire ; orifices des organes de la génération , le
premier entre le 24.'' et le ib." anneau ; le second
entre le 29.' et le 3o.^ (Genre Pseudobdeilla , de Bl.)
Cette division ries sangsues est établie sur une espèce très-
commune aux environs de Paris, et sur laquelle M. Huzard a
fait un travail spécial , pour la comparer avec la sangsue
oflicinale. Tous les détails anatomiques qu'il a donnés sont
précieux; mais, suivant nous, c'est à tort que, suivant
l'exemple de M. Carcna , il l'a regardée comme identique
avec la sangsue de cheval, décrite sous ce nom par M. Sa-
vigny , et placée avec elle par ce naturaliste dans son genre
Bœmopis. Pendant long- temps il m'a été impossible de faire
concorder la description que M. Savigny donne des tuber-
cules dentifères de sa sangsue de cheval , avec ce que M. Hu-
zard dit. et ce que j'ai vu moi-même de la bouche de l'espèce
qu'il a désignée aussi sous ce nom ; mais comme celui-ci a eu
l'extrême complaisance de me donner plusieurs individus de
cette espèce , celui même dont il a fait figurer le canal in-
testinal j ainsi que la sangsue , qu'il a regardée comme une
SAN 24y
simple variété de la sangsue médicinale, à laquelle il donne
le nom de sangsue noire , je me suis bientôt rendu compte de
cette grande différence dans la description de lu bouche , en
reconnoissant que cette sangsue noire de M. Huzard est la vé-
ritable sangsue de cheval de M. Savigny, et la sangsue de
cheval de celui-là, la sangsue noire, hœmopis nigra, de celui-
ci, dont il n'aura pas examiné comparativement la bouche ,
et que la forme seule de son corps, en effet parfaitement
semblable , lui aura fait placer dans le même genre. D'après
cela, j'établis une division pariiculière pour cette espèce
de sangsue, qui offre un assez grand nombre de rapports avee
la S. de Dutroihet, pour que M. Huzard ait cru que c'étoit
la même, s'il n'avoit fait, le premier, l'observation que
son appareil digestif est tout autrement conformé que celui
des sangsues proprement dites. En effet, d'abord, les tuber-
cules de la bouche sont toujours beaucoup plus petits , quoi-
qu'offrant absolument la même disposition , c'est-à-dire que
l'un est médio-dorsal et les deux autreslatéraux ; mais , comme
le fait justement observer M. Huzard , ce sont plutôt les extré-
Tnités un peu renflées des plis longitudinaux de l'œsophage ;
aussi cojivergent- ils moins que les tubercules dcntiféres des
sangsues. Les crochets, ou dents, paroissent aussi avoir une
autre disposition et être beaucoup moins nombreux. Suivant
M. Huzard fils, les dents forment sur la mâchoire une petite
bande saillante , divisée dans sa longueur par un sillon unique ,
et dans sa largeur par d'autres sillons, qui lui ont paru être
au nombre de huit ou neuf, en sorte que cette bande seroit
formée de dix-huit ou vingt mamelons plus gros que les dent5
delà sangsue médicinale, et en même temps plus obtus. M.
Caréna dit qu'il y en a quatorze sur chaque rang ou vingt-
huit en tout. Quant à moi , j'avoue n'avoir jamais pu voir ces
denticules sur les individus que j'ai observés, et cependant
avec une assez forte loupe; aussi je crois pouvoir assurer qu'il
n'y en a pas. Quoi qu'il en soit, l'orifice buccal ou œsopha-
gien est très-grand, en comparaison de ce qu'il est dans les
véritables sangsues; l'œsophage ne l'est pas moins: il est aussi
sensiblement plus long, et les plis longitudinaux de la mu'p
queuse y sont beaucoup plus marqués. L'estomac n'en est
qu'une continuation, et ne s'en distingue que parce que ces
24S SAN
plis y sont moins évidens; il est aussi beaucoup moins dilaté
que drins les sangsues ordinaires, et surtout, quoiqu'il soit
compris entre des faisceaux de fibres musculaires transverses,
il ne présente aucun étranglement , comme des sinus ou po-
ches que nous avons décrites dans celles-ci. Vers le tiers pos-
térieur du corps, au point où il va se changer en intestin, il
est pourvu, à droite et à gauche, d'un cœcum étroit, qui est
bridé par une lame de fibres musculaires transverses , ce qui
très-probablement l'aura caché aux yeux de M. Huzard, qui
n'en parle pas. L'intestin, d'abord fort large, presque autant
que l'estomac , diminue un peu de diamètre, pour se ter-
miner à l'anus , que nous avons dit être fort grand.
Ainsi , l'appareil digestif de ces sangsues diffère notablement
de celui des espèces ordinaires. Le reste de l'organisation
présente aussi quelques différences , quoique moins considé-
rables. Je n'ai pas observé ce singulier appareil , que M.Thomas
a regardé comme respiratoire, et que Je pense plutôt appar-
tenir à l'appareil crypteux. Le système circulatoire est toujours
formé des deux grosses veines latéro -infères et de l'artère
inédio-dorsale. L'appareil de la génération, quoique construit
sur le même plan que dans la sangsue médicinale , offre ce-
pendant au moins des proportions différentes. Il y a toujours
neuf paires de testicules globuleux, communiquant successi-
vement par un court Crinal particulier avec le canal déférent
commun. L'épididyme a ses (lexions moins serrées ; il est
beaucoup moins blanc. L'organe excitateur est proportion-
nellement plus long : il en est de même de la matrice, com-
parativement avec les- ovaires. Je n'ai pas trouvé non plus
que le système nerveux fût exactement semblable ; il y a ,
en effet, un moins grand nombre de ganglions, puisque le
nombre total ne dépasse pas vingt. Les antérieurs et surtout
les postérieurs sont bien plus distincts et plus serrés que ceux
du milieu du corps. Les filets qui en naissent m'ont même
paru être plus nombreux , et sortir immédiatement au nombre
de deux, en patte d'oie.
Mais toutes ces différences dans l'organisation seroient peut-
être encore peu importantes , si elles ne concordoient pas
avec des dissemblances dans les mœurs. Les sangsues de cette
section sont en effet à deini terrestres: elles sortent fréquem-
SAN 2^'9
ment de l'eau et vont se cacher sous les pierres qui se trou-
vent aux environs des mares et des étangs qu'elles habitent.
11 paroit que c'est pour y chercher les lombrics ou vers de
terre, dont elles font leur principale nourriture. C'est en
core à M. Huzard fils que nous devons cette observation.
Ayant remarqué que ces sangsues, de quelque manière qu'on
s'y prenne, refusent constamment de mordre à la manière
des sangsues ordinaires, il lui vint l'idée de mettre dans le
vase, où il en conservoit, des vers de terre; aussitôt que,
par le simple contact , elles en furent averties , elles se
portèrent sur ces vers avec une vitesse surprenante, les
saisirent avec leur ouverture buccale, et les engloutirent de
manière à en faire disparaître jusqu'à deux pouces de long.
Elles peuvent aussi les prendre par la moitié du corps , et alors
elles les avalent en une seule fois, les deux moitiés rappro-
chées. Il paroît qu'elles se mangent également les unes les au très,
et qu'elles se nourrissent aussi d'animaux vertébrés, puisque
M. Huzard a trouvé dans le rectum d'individus qu'on lui
avoit apportés, des corps durs, de nature cornée ou os-
seuse, et des vertèbres et opercules de poissons, probable-
ment d'épinoches.
Jeneconnois encore d'une manière certaine qu'une espèce
dans cette section; c'est:
La Sangsue noire : H. nigra; Hœmopis nigra, Savigny , loc.
cit., pag. 1)6; IL sanguisuga , Caréna, loc, cit., tab. x[ ,
fig. 7; H. vorax , Johnson; la S. de cheval, H. vorax; Hu-
zard fils, Mém., pi. 2, fig. 16 et fig. 17 (ce qui est un
peu plus douteux). Corps subcylindrique, grêle, alongé ,
sublombriciforme , composé de quatre-vingt-quatorze anneaux,
bien séparés et égaux: points pseudo-oculaires, noirs et bien
distincts; couleur noire en dessus, cendré-noirâtre en des-
sous, suivant M. Savigny et moi, et d'après M. Huzard, va-
riable en dessus du noir foncé au vert clair et au vert grisâtre ,
et dans ce cas quelquefois avec de petites mouchetures brunes,
ofiTrant un peu l'aspect débandes longitudinales, toujours plus
claire en dessous et souvent maculée de brun.
M. Huzard, en rapportant cette espèce bien distincte de
sangsue à celle que Linné a nommée H. sanguisuga, avoit sans
doute été entraîné à cela par l'exemple de M. Caréna, qui,
25o SAN
le premier, l'avoit parfaitement caractérisée, sans cependant
avoir fait connoître les ditférences de son estomac; ceiui-ci
décrit cependant les uiameloTJs de la bouche un peu autre-
ment que ne le fait M. Huzard , et surtout très -différem-
ment de ce que j'ai vu moi-même; en sorte que, comme il
ajoute qu'elle est plus aplatie que la sangsue médicinale, ce
qui est tout le contraire de ce qui a lieu pour la sangsue
noire, on pourroit encore avoir quelques doutes, si M. Ca-
réna ne donnoit à son H. sanguisuga les mêmes habitudes
d'avaler des lombrics, comme M. Huzard l'a observé pour sa
sangsue de cheval. lia également vu qu'elle maiige en outre
beaucoup d'autres animaux aquiitiques, comme des larves
d'insectes et même des chenilles. Elle est si vorace qu'il a
remarqué une de ces sangsues chercher à avaler un lombric
qui avoit traversé le corps d'une autre sangsue et qui lui sor-
toit en partie par l'anus. M. Caréna avoit également essayé
inutilement de se faire mordre par cette espèce de sangsue,
et cependant il paroit admettre que ses morsures doivent
être douloureuses et causer de l'inflammation.
C'est cette espèce que l'on trouve fréquemment aux en-
virons de Paris dans les mares de Gentilly. J'en avois depuis
long-temps dans mes portefeuilles une description anatomique
sous le nom de sangsue noire. C'est aussi bien certainement celle
dont nous devons une bonne distinction à M. Huzard ; mais qu'il
a, suivant moi, confondue à tort avec la véritable sangsue
de cheval, qui se trouve dans la section suivante. 11 paroît
en effet que, comme celle-ci, la sangsue noire se trouve
quelquefois dans le commerce mêlée avec la sangsue offici-
nale, ainsi que le prouve le fait rapporté par M. Huzard d'une
distribution de sangsues à l'HrStel-Dieu, qui n'étoit composée
que de cette espèce. On la distingue très -aisément dei
bonnes sangsues par la grandeur et la forme de son anus,
et parce que , mise dans la main , elle ne se ramasse pas en
forme d'olive, comme le font celles-là.
La Sangsue de la Martinique, H. martinicensis. Corps subdé-
primé, médiocrement alongé, composé de quatre-vingt-deux
anneaux assez peu distincts ; ventouse antérieure labiale , mé-
diane, à lèvresiipérieure arrondie et papilleuse ; ventouse pos-
térieure fort large; ouverture buccale assez grande et sans ma?'
SAIN :^5»
melons dentifères ; anusmédian ; orifice des organes de la géné-
ration entre le vingt-unième etlevingt-deuxième anneau pour
le premier, et entre le vingt-sixième et le vingt-septième pour
le second : couleur foute noire en dessus, comme en dessous.
J'ai défini cette espèce d'après trois individus de la col-
lection de M. Huzard fils, et qui provenoient, à ce qu'il m'a
assuré , de la Martinique. Le plus gros avoit environ un pouce
et demi de long sur quatre lignes de large; mais il étoit évi-
demment très -contracté et très - dur par la substance coa-
gulée qui remplissoit son estomac et qui sembloit être du
sang. Je n'ai pu voir aucune trace de mamelons dentifères,
mais bien un orifice buccal arrondi, beaucoup plus grand
que dans les sangsues ordinaires. La lèvre supérieure étoit
comme lobée ou digitée à sa circonférence. L'estomac avoit
un grand nombre de poches latérales aussi distinctes que dans
les véritables sangsues. Les deux cœcums terminaux étoient
également assez grands, mais le rectum avoit un diamètre
évidemment plus considérable. La ventouse postérieure ho-
rizontale étoit aussi bien plus large que celle des sangsues
médicinales, en sorte qu'en joignant les différences du nom-
bre total des anneaux et de la terminaison des organes de la
génération, il me semble que c'est une espèce distincte, in-
termédiaire aux pseudobdelles et aux hippobdelles. Je n'ai
pu voir la disposition des points pseudo- oculaires.
Seroit-ce la même espèce que celle dont a parlé M. Achard
et dont il est question dans la section des espèces douteuses?
F. Espèces à corps alongé , suhcylindrique ou peu dé-
primé, composé d' anneaux nombreux , égaux et
réguliers; cinq paires de points pseudo-oculaires , peu
distinctes, trois très-rapprochées sur le premier an-
neau, les deux autres latérales et plus isolées; bouche
petite , pourvue de trois tubercules , portant deux
rangs de denticules plus nombreuses ; anus médiocre ,
orijice des organes de la génération comme dans la
section suiçante. (G. Hœmopis, Savigny; Hippob-
DELLA, de B.)
J'ai dit à l'article de la sangsue noire de la section pré-
aSa SAN
eédente la raison pour laquelle je la séparois delà section quî va
noiisoicuper. En eilet, l'organisation de la véritable sangsue de
cheval est tellement rapprochée de celle des sangsues médici-
nales, que M. Huzard l'a regardée comme n'étant qu'une simple
variété de celles-ci. Ce qui l'aura induit en erreur, c'est sans
doute qu'il n'aura eu égard qu'a l'estomac, qui, en effet,
présente les mêmes poches ou sinus latéraux que dans les
bonnes sangsues, quoique peut-être moins grandes. Le nom-r
bre m'en paroit cependant moindre, puisque je n'en ai trouvé
que dix de chaque côté, la première paire étant très-petite;
les cœcums sont aussi moins grands, moins dilatés, au con-
traire de l'iniestin, dont l'orifice terminal est évidemment
plus orand que dans les sangsues ordinaires. Je n'ai d'ailleurs
pas remarqué de différences dans le reste de l'organisation;
mais peut-être n'y ai-je pas encore regardé avec assez de soin.
Les points noirs, pseudo-oculaires, m'ont cependant encore
paru moins marqués, et peut-être même avec une autre dispo-
sition.
Les espèces que M. Savigny rapporte à cette section , sont ,
en en retirant sa sangsue noire :
La Sangsue de cheval: H. sanguisorba , Savigny, loc. cit.,
pag. ) i5; de Lamarck, loc. cit. , tom. 6 , pag. 291 , n.° 2 ; H.
sangsuisuga, Linn. , Gmel., pag. SogS , n." 5 ; Miiller , Hist.
verm. , tom. 1 , part. 2 , pag. 3g , n." 168; Bosc , Vers, tom. 1 ,
pag. 246 , n.° 3. Corps quelquefois de six pouces de long , formé
de quatre-vingt-dix-huit anneaux un peu carénés, en comptant
les trois de la lèvre supérieure; points pseudo-oculaires, peq
distincts; mamelons buccaux blancs, acmés de neuf doubles
denticules noirâtres. Les orifices de la génération, le pre-r
mier entre le 27." et le 28.'', et le second entre le 52.*' et Iç
55.'" anneau , suivant la manière de compter de M. Savigny ; et
entre le 24.* et le 28." pour le premier, et entre le 29." et
le 3o.*, suivant la mienne. Couleur noir- verdàtre en des-
sus, vert- jaunâtre en dessous, maculée de brun sur les côtés
et souvent sur le dos; la ligne latérale d'un jaune plus clair,
surtout dans les Jeunes individus.
Celte espèce est, suivant M. Savigny, très -commune dans
les eaiix douces de toute l'Europe. 11 ajoute que sa morsure
produit des plaies très-douloureuses. C'est ce que nous ern-f
SAN s!^3
pêche de croire avec MM. Caréna et Huzard , que ce soit cer-
tainement la même espèce que la sangsue qu'il a nommée H.
torax, et que nous avons observée nous-mêmes, et cela d'au-
tant mieux, que Linné dit de son H. sangiiisuga, qu'elle est si
vorace, si avide de sang, que neuf individus suffisent pour
faire mourir un cheval exsangue. Or, tout cela ne peut
convenir à la sangsue des environs de Paris, qui a ses ma-
melons très-peu prononcés, et qui ne se nourrit pas de sang.
Il faut , au reste , faire l'observation que VHirudo sanguisuga de
Linné est trop incomplètement caractérisée pour dire au
juste ce que c'est.
La Sangsce es decil : H. luctuosa; Hœmopis lu duo sa , Sav,,
loc. cil., pag. iiG. Corps long de douze à quinze lignes,
cylindrique , composé du même nombre d'articulations que
celui de la précédente; yeux très-visibles ; mamelons buccaux
très-forts; couleur noire avec quatre rangées de points plus
obscurs en dessus, noirâtres en dessous.
Cette espèce, des environs de Paris, n'est évidemment
qu'un jeune Age de l'espèce précédente , comme le prouve la
transparence de la ventouse.
La S. LACERTiNE : H. lucertina ; Hœmopis lacertina, Savig. ,
loc. cit., pag. 1 17. Corps de la même longueur et ayant le même
nombre d'anneaux que dans l'espèce précédente: de cou-
leur brune en dessus, avec deux rangées flexueuscs de points
noirs, inégaux ; deux plus gros et plus intérieurs, alternant
régulièrement avec trois plus petits et plus externes; le ventre
brun-clair.
C'est encore suivant moi une variété de la S. de cheval.
G. Espèces alongées , sensiblement déprimées , à louche
bilabiée , pourvue de trois mamelons dentijères , bien
évidens , et portant cinq paires de points noirs
pseudo-oculaires ; anus extrêmement petit. (G. San-
guisuga, Savignj, Jatro^della; de B.)
Ce sont les espèces de cette section qui, étant le mieux
connues et les plus communes, nous ont servi à étudier l'or-
ganisation générale de tout le groupe des hirudinés. Nous
allons donc nous borner à caractériser les espèces ou mieux,
254 SAN
à ce qu'il me semble, les variétés de la sangsue médicinale^
qui en est le type.
La Sangsue médicinale : H. medicinalis , Linn., Gmel. j
p. 3095, n.° 2; Millier, loc.cit., n." 167 , pag. 87 ; G. Cuvier,
Kègne anim., tom. 2 , pag. 523; de Lamarck, L c, pag. 290,
n.° 1 ; Sans,uisiiga ojficinalis , Savigny , loc. cit., png. ii/f. La
S. OFFICINALE, Huzard , Mém. journ. de pharm. , Mars 1825,
planche 5, Cg. 18, 19, 20.
Corps long de trois à quatre, cinq et même six pouces,
composé de quatre-vingt-quatorze anneaux, bien distincts,
et garnis de petits mamelons obtus, latéraux. Orifices de la
génération, le premier entre le 24.* et le 26.* anneau, le
second entre le 29.*' et le oo."; couleur extrêmement va-
riable, pour le fond de la robe, qui peut être vert- clair,
vert- grisâtre , et même d'un noir plus ou moins foncé; mais
toujours ornée de bandes longitudinales plus ou moins évi-
dentes. Ce sont ces différences qui peuvent servir à établir
les variétés suivantes :
A. La S. MÉDICINALE GRISE; H. med. griseu. Le fond gris,
plus ou moins obscur, avec quatre bandes bien distinctes,
deux de chaque côté, outre une bande de couleur moins
foncée que le fond , bordée elle-même de noir ou de brun
séparant le dos du ventre qui est entièrement maculé de
noir.
B. La S. MÉDICINALE VERTE : H. sanguisuga officinalis , Sa-
vigny ; Hirudo provincialis , Caréna; Huzard, loc. cit., pag. 3 ,
fîg. 20. Fond d'un vert plus ou moins clair, avec six bandes
de couleur très- variable; les latérales supérieures, quelque-
fois décomposées en taches assez régulières; ventre vert -jau-
nâtre, sans aucune tache.
M. Savigny qui fait une espèce distincte de cette variété,
ajoute que les six yeux antérieurs sont très-saillans , et parois-
sent très-propres à la vision.
Je rapporte à cette variété de la sangsue médicinale non-
seulement l'H. provincialis de M. Caréna, comme l'a fait M.
Huzard, mais encore son H. medicinalis. En effet, le natura-
liste piémontois ne donne , pour distinguer ces deux sangsues,
que des différences de couleur extrêmement peu iuportantes.
Celle-ci étant d'un vert toncé, avec trois paires de raies rous-
SAN 255
sâires de chaque côté du dos; rintermédiaire étant décom-
posée eu taches, tandis que celle-là est d'un vert clair, avec
trois lignes longitudinales brunes, tachetées de noir. Or, ces
différences n'indiquent t'es- probablement que des variétés
locales; en effet, la première vient de toutes les eaux du Pié-
mont , et l'autre des environs de Marseille et de Toulon , d'où
on l'exporte pour l'emploi de la médecine à Grenoble et dans
le Piémont.
C. La Sangsue médicinale marquetée; H. rnedicinalis testel-
lata, Huz., Z. c. , fig. 18. Fond ordinairement d'un très-beau
vert, quelquefois très-foncé, orné de séries de points noirs,
régulièrement disposés de cinq en cinq anneaux. Cette variété ,
qui est très-grosse, se trouve, dit M. Huzard, assez communé-
ment mêlée avec les sangsues médicinales dans le commerce.
Il présume qu'elle vient de New-York dans les Ëtats-Unis.
D. La S. MÉDICINALE NOIRE; H. meàicinalis Tiigra. Fond en-
tièrement noir en apparence; mais offrant cependant, quand,
on l'examine attentivement, des traces de bandes longitu-
dinales. C'est cette variété que M. Huzard est porté à regar-
der comme la véritable sangsue de cheval , ou du moins celle
qu'on accuse de s'attacher aux jambes des chevaux et des
bœufs, au point de les exsanguer, dont nous avons fait la
sangsue de cheval, H. sanguisuga, de M. Savigny.
E. La S. MÉDICINALE COULEUR DE CHAIR ; H. iTied. camca. Cou-
leur générale entièrement rose ou couleur de chair, sans in-
dices, des bandes plus colorées.
Cette variété a été observée par M. Guillez, pharmacien
de Paris, qui m'a dit en avoir conservé un individu bien
vivant pendant plus de trois ans, et qui étoit couleur de
chair dans sa moitié antérieure, de couleur ordinaire dans
l'autre moitié.
La sangsue médicinale a été observée dans toutes les parties
de l'Europe, essentiellement dans les eaux stagnantes, il pa-
roit qu'elle ne diffère guère que dans la couleur et le sys-
tème de coloration. On dit qu'elle se trouve aussi dans l'Amé-
rique septentrionale; mais est-il absolument certain que ce
soit la même espèce ? C'est ce que je ne voudrois pas assurer.
Quoi qu'il en soit, cette sangsue habite essentiellement les
eaux douces et stagnantes, dont elle sort fort rarement. Quel-
^^6 SAN
ques auteurs disent cependant qu'elles le fait pendant la nuit ,
et qu'elle se glisse dans l'herbe humide pour aller atta-
quer les animaux qui paissent ou qui sont couchés; mais cela
me paroît fort douteux, et jamais je n'ai entendu les habi-
tans des vallées de la Mormandie, où l'on nourrit beaucoup
de vaches et de bœufs, se plaindre que ces animaux aient été
mordus et sucés par des sangsues hors de l'eau.
C'est vraisemblablement la seule espèce, avec la sangsue
de cheval dans nos pajs, qui soient organisées pour mordre
et tirer du sang des animaux, puisqu'elles seules ont de véri-
tables mamelons dentifères.
Elle dépose ses cocons dans des trous de forme conique,
qu'elle creuse elle-même dans la terre sur le bord des ruis-
seaux et des mares. Ces cocons paroissent d'abord entourés
d'une sorte de bave blanchâtre, et c'est cette bave qui, en se
desséchant , se convertit en une espèce de réseau muqueux
à mailles peu serrées, enveloppant le cocon proprement dit.
Ce que nous avons rapporté plus haut en traitant de l'his-
toire natuvelle des sangsues, appartient presque entièrement
à cette espèce, et nous y renvoyons.
La Sangsue médicinale deVerbano; H. Verhano, Caréna,
k'C. cil. , lab. 1 1 , fig. 6. D'un vert sombre en dessus , avec des
bandes brunes transverses, nombreuses, terminées par une
tache ferrugineuse, d'où la réunion constitue de chaque côté
une ligne longitudinale interrompue. Le ventre vert, peu ou
point tacheté.
Cette variété, qui est également employée en médecine
sur les bords du lac Majeur, où elle se trouve, ne paroît
nous offrir d'autres différences avec la sangsue médicinale
que dans la couleur. M. Caréna dit en effet que son corps
est composé du même nombre d'anneaux que celui de ses H.
medicinalis et provincialis.
La S. grandleuse: H. granulosa; Sanguisuga granulosa, Sa-
vigny , loc. cit., p. ii5. Corps formé du même nombre d'an-
neaux que dans l'espèce précédente, mais hérissés, dans leur
contour, d'un rang de tubercules assez serrés; couleur géné-
rale d'un vert brun , avec trois bandes longitudinales plus
pbscures sur le dos. Des eaux douces de Pondichéry , où elle
est employée par les médecins.
SAN 257
Je possède trois ou quatre individus d'une variété de sangsue
médicinale, chez lesquels les anneaux sont aussi garnis, dans
toute leur moitié supérieure , de tubercules bien évidens. Je
crois cependant qu'elle n'est pas étrangère et que c'est une
sangsue grise très-contractée.
H. Espèces sensiblement dépinmées , pourvues de quatre
paires de points pseudo-oculaires et de trois tuber-
cules buccaux, sans denticules à leur bord. (Genre
Bdella 5 Savigny. )
La Sangsue du Nit : H. nilotica, Savigny , loc. cit., p. ii3;
Egypte, Annél., pi. 5 , fig. 4. Corps cyîindro-conique, sensible-
ment déprimé, composé de quatre-vingt-dix-huit articulations
égales, un peu carénées sur les côtés; ventouse orale de dix
anneaux, et quatre à cinq fois plus petite que l'anale, avec
un canal triangulaire très-profond sous la lèvre supérieure ;
points pseudo-oculaires peu distincts, au nombre de huit^
six disposés sur une ligne semi-circulaire; les deux autres plus
écartés. Les orifices de la génération , le premier entre le 27."
et le 28.^ anneau: le second entre le 32." et le 55.* Couleur
brun-marron en dessus; d'un roux vif en dessous.
Cette espèce, dont je n'ai vu que la figure, a été observée
par M. Savigny dans les environs du Caire; mais il paroît
qu'elle se trouve dans toutes les eaux douces de l'Egypte, où
les Arabes la nomment alalc. Elle paroît de la grosseur de
notre sangsue noire , à laquelle elle ressemble un peu par la
forme de ses anneaux.
Quant à la division générique que M. Savjgny en forme , il
est évident qu'elle est bien peu tranchée , puisqu'elle ne porte
guère que sur le nombre des points noirs de l'extrémité an-
térieure. Je dois aussi faire observer que, dans le nombre
des anneaux du corps et dans la situation des orifices de la
génération , j'ai suivi M. Savigny, qui comprend ceux de la
lèvre supérieure. La figure excellente, qu'il en a donnée,
présente une erreur grave, en ce qu'elle indique un organe
excitateur, sortant de chaque orifice de l'appareil généra-
teur.
47» »7 '
^58 SAN
I. Espèces alongées , déprimées , composées d' anneaux
nombreux égaux , peu distincts; bouche très-grande,
sans ventouse distincte; anus assez grand, semi-lu-
naire; quatre paires de points pseudo- oculaires :
les deux premières formant un arc semi-circulaire
sur le premier anneau; les deux autres latérales et
Iransverses. Orijîces de la génération, le premier au
3o/ anneau; le second entre le 32/ et le 33/ (G.
HeluOj Oken; Erpobdella, de Bl., deLamk.; Ne-
PHELis , Savigny. )
Les espèces de cette section étant beaucoup plus minces ,
plus transparentes, plus molles , craignent bien davantage le
contact de l'air atmosphérique: aussi ne sortent-elles pas vo-
lontairement de l'eau qu'elles habitent. C'est sur l'espèce la
plus commune que le célèbre chimiste Bergman a fait, le
premier, l'observation qu'elle pondoit une espèce de cocon ,
servant à envelopper les œufs, et d'où sortoient les jeunes
sangsues au bout d'un certain temps. Plusieurs personnes , et
entre autres M. le docteur Rayer, ont confirmé ce fait. Elles
ont vu que ce cocon diffère de celui des sangsues médicinales ,
parce qu'il est toujours lisse et qu'il est adhérent.
Je n'ai pu faire l'anatomie complète delà sangsue vulgaire,
tant son tissu est peu résistant; mais ce que j'ai vu de son or-
ganisation ne m'a offert qu'un très-petit nombre de différences,
avec ce qui existe dans les véritables sangsues, et surtout avec
les espèces de la division des Hippobdelles. Cependant l'œso-
phage est beaucoup plus long, puisqu'il se prolonge jusqu'aux
orifices delà génération; outre les plis longitudinaux extrême-
ment fins qui le sillonnent, il offre trois sillons ou cannelures
beaucoup plus larges et plus profondes : une médiane supé-
rieure , et deux latérales infères. A leur origine est une pe-
tite bride membraneuse ou labiale, en dehors de laquelle est
un sinus bien distinct; mais il n'y a réellement aucune trace
de mamelons. L'estomac proprement dit est court et n'occupe
que le tiers médian de la longueur totale ; ses parois sont ex-
cessivement minces , lisses , et il n'offre aucune trace de sinus;
mais il est toujours bridé d'espace en espace par des fibres
SAN 269
musculaires transverses. L'intestin , non séparé de l'estomac
par un rétrécissement , est large , et la muqueuse forme de
légers plis irréguliers et comme anastomosés. 11 m'a semblé
qu'il y a une paire de cœcums , comme dans la sangsue noire.
Du reste, l'intestin se termine à un anus assez large. L'appa-
reil générateur présente aussi quelques différences; ainsi, les
ovaires sont plus éloignés de la matrice et peut-être plus con-
sidérables ; les masses que nous avons regardées comme des
épididymes, dans la sangsue médicinale , et qui ont un aspect
cérébrilorme , sont ici beaucoup plus éloignées de l'organe
excitateur et ne sont plus que des renflemens évidens et seu-
lement très -flexu eux, auxquels aboutissent les canaux défé-
rens, et d'où sortent les canaux éjacula leurs qui sont très-fins.
La Sangsue vulgaire: H. vulgaris , Linn., Gmel. , p. Sogô ,
n.°/n Erpohdella vulgaris, de BI. et de Lamk., Z. c, tom. 5,
pag. 296, n.° 1 ; H. octoculata, Bergman. Act. Stockh., ijSj ,
lab. 6, fig. 5 — 8; Nephelis tessellata, Savigny, Z. c. , p. 117.
Corps alongé, très-déprimé, de vingt à vingt-quatre lignes de
long, composé de cent deux anneaux environ, de couleur
extrêmement variable , ordinairement noirâtre ou brune ,
avec ou sans taches fauves ou brunes.
Les différences nombreuses que cette espèce de sangsue ,
que l'on trouve communément dans toutes les eaux douces
de l'Europe, présente dans sa couleur et dans son s^^stème
de coloration, ont servi à M. Savigny pour établir les es-
pèces suivantes :
La S. ROUSSE: H. rutila; Neph. rutila, Savigny, loc. cit., p.
118. Corps de douze à quinze lignes de long, très-déprimé,
de cent anneaux environ , de couleur rousse , avec quatre
rangées dorsales de points bruns.
La S. TESTACÉE : H. testacea; Neph. testacen, id., ihid. Corps
long de dix à douze lignes, presque cylindrique, de cent an-
neaux environ, de couleur testacée, sans taches.
La S. CENDRÉE: H. testacea; Neph. testacea, id. , ihid. Corps
long de douze à quinze lignes, un peu plus déprimé que dans
l'espèce précédente , de cent anneaux environ et de couleur
cendré-clair.
Mais nous les regardons comme n'étant que de simples va-
riétés, ainsi que le pensoit Bergmann , delà S. vulgaire. On la
26o SAN
rencontre presque constamment sur les plantes aquatiques,
rampant quelquefois à la manière des planaires. Elle se nour-
rit de petits mollusques aquatiques, ainsi que de monocles et
autres entoniostracés.
Linné, dans son Iter Gothland. , pag. 1 8 1 , et depuis dans sa
Fauna suecica , n." 726 , avoit fait une espèce de son genre
Coccus avec le cocon de cette espèce, sous la dénomination de
Cocciis aqitaticus , tout en doutant si ce ne seroit pas Tœuf ou
l'ovaire de quelque animal aquatique,- mais plus tard, pro-
bablement depuis le travail de Bergmann , il en a parlé après
la définition de son H. octoculata. Voici Textraildes observa-
tions curieuses de M. Caréna sur le développement de ces
sangsues. Depuis le 8 Juin il avoit un certain nombre d'indi-
vidus de cette espèce dans un vase de cristal. Le 1 7, il vit collé
contre les parois un cocon qui venoit d'être pondu depuis
peu. Une sangsue se promenoit dessus, paroissant l'explorer
partout avec sa bouche, et en pressant dessus pour le compri-
mer et le faire adhérer davantage, ce qu'elle répéta plusieurs
fois avec vivacité, jusqu'à ce qu'elle eut fait disparoilre un
gros pli, qui sans doute pouvoit nuire au développemt nt des
petits. La coque , coriace, ovale et très-aplatie, a deux lignes
et demie sur une et demie de large; sa couleur est d'un vert
jaunà're, si ce n'est aux extrémités, qui sont marquées d'une
petite tache noire ou brune , l'une étant ronde , avec un
point blanchâtre au centre; l'autre étant prolongée en un
petit pédoncule. Toute la circonférence est bordée par une
petite lisière transparente, subciliée, et par laquelle se fait
l'adhérence au corps. Le même jour on aperçut à l'intérieur
douze petits- grains ronds et isolés, irrégulièrement disposés
et de couleur un peu plus claire que l'enveloppe. Dix seu-
lement grossirent en peu de jours et parurent comme écu-
meux eu dedans. Le sixième jour c'étoient déj<à des petits vi-
vans et se mouvant les uns sur les autres, quoique leur corps
ne parût qu'une masse oblongue, chagrinée et d'un vert jau-
nâtre. Le dixième jour, chaque petit, considérablement
grossi, paroissoit entouré d'une substance transparente , dé-
bordant de chaque côté et se prolongeant fort en avant; le
douzième , on voyoil distinctement la ventouse et les yeux ,
comme dans l'adulte, mais roussàtres. Le dix -septième jour
SAN 261
on commença à apercevoir les trois troncs vasculaires. Cepen-
dant la coque étoit devenue de plus en plus bombée, et de-
puis le moment où les petites sangsues se mouvoient, elles
ne passoient pas devant les extrémités sans y donner un
coup de tête, ce qui produisit peu à peu un enfoncement,
et enfin une ouverture à chacune. Alors elles essayèrent de
sortir : le vingt- unième jour la première s'échappa; le vingt -
deuxième cinq autres la suivirent, et enfin , le vingt-troisième ,
toutes étoient sorties et nageoient ou rampoient aux envi-
rons; elles avoient alors trois lignes de long, et la grosseur
d'un (il ordinaire. Quelques-unes sont rentrées sans doute
accidentellement dans leur cocon, mais en sont ressorties
quelque temps après.
La Sangsue atomaire; H. atomaria , Car., l. c. , tab. 12 ,
fig. 16. Corps sans doute plus grand que dans la sangsue vul-
gaire, deux pouces de long sur deux à trois lignes de large,
de couleur de chair ou pâle sur les bords, le dessus pres-
que entièrement brun, moucheté de points blanchâtres, for-
mant dans la contraction de petites lignes transverses et em-
pêchant en avant de bien distinguer les poinis pseudo-ocu-
laires.
Cette sangsue, que M. Caréna a trouvée dans plusieurs lacs
du Piémont, 011 la sangsue vulgaire abonde, ne me semble
cependant en différer que par la couleur et n'en être qu'une
variété.
La S. marquetée: H. tessellata, Linn. , Gmel., p. SogS, n.°
1 1 ; Muller , Hist. verm., 1 , p. 2 , pi. 4,5 , n.° jyô. Corps alongé
ou ovale, de dix-huit lignes de long , avec huit points, sur
une double série longitudinale: couleur cendrée , ornée de
taches orangées ou blanches en dessus, les bords marquetés de
taches blanches ou en partie grises ou en partie orangées. Le
ventre gris, avec deux taches médianes rondes blanches.
Suivant Muller , cette espèce seroit rare dans les ruisseaux.
Je serois encore assez porté à la regarder comme une variété
de la S. vulgaire, si la disposition des yeux n'étoit diffé-
rente. Muller ajoute que la femelle, comme si foutes les es-
pèces de sangsues n'étoicnt pas androgynes, est quelquefois
remplie de trois cents petits, ce qui me paro'it un peu dou-
teux.
262 SAN
K. Espèces ovales , peu alongées , convexes en dessus ,
planes en dessous^ composées d'un giand nombre
d'anneaux étroits, égaux, assez distincts pour que
les bords soient denticulés ; orijice buccal marginal,
en forme de grand pore , donnant issue à une
trompe rétractile, armée d'un anneau corné en tar-
rière; anus médiocre; points noirs pseudo-oculaires
lien distincts en nombre variable; ventouse pos-
térieure très-petite ; orijices des organes de la géné-
ration fort rapprochés , le premier au quart anté-
rieur du corps. (Genres Erpobdella , de BI. et de
Lanik. ; Clepsine, Sav. ; Glossoporej Johnson; Glos-
SOBDELLAj dC Bl. )
L'organisation des espèces de sangsues qui entrent dans
cette section, et dont la peau est plus sèche et nullement
visqueuse , paroit différer assez notablement de celle des
autres sections. D'abord, l'œsophage forme une saillie dans la
cavité buccale, et cette saillie, plus ou moins extensible, est
garnie, dans sa circonférence , par un anneau corné, cylin-
drique, à bords tranchans, et percé'dans son centre; le reste
de l'œsophage est long, un peu flexueux, et occupe le tiers
antérieur de la longueur du corps. Vient ensuite un estomac
pourvu latéralement de cinq paires de lobes ou cœcums ,
croissant du premier au dernier, et tous dirigés en arrière.
Au-delà est une autre partie de l'intestin, qui est aussi pour-
vue de quatre paires de lobes plus grêles et dirigés, au con-
traire, d'arrière en avant, surtout pour leur dernière paire :
leur couleur et leur état grenu me les ont quelquefois fait
regarder comme des lobes hépatiques. Enfin , le rectum , assez
court, se porte à un anus assez grand. Je n'ai pas encore étudié
le reste de l'organisation de ces sangsues : on peut seulement
faire remarquer que leur dos offre deux rangées de tubercules
poreux, souvent très- sensibles , et que les faisceaux muscu-
laires longitudinaux et transverses sont très-distincts.
Ces petits animaux ne quittent jamais l'eau , quoique ce-
pendant, par la contraction et par sa rudesse leur enveloppe
SAN 265
paroisse un peu crusfacée ; ils vivent constamment fixés sur
les tiges des plantes aquatiques, dont peut - être ils prennent
les sucs. En effet, la disposition en tarière de leur trompe,
et l'observation de Daudin que sa sangsue pulligère dégorge
une matière brunâtre, quand en la sépare de la tige où elle
repose, viennent à l'appui de cette opinion. Elles ne nagent
jamais, mais leur marche est assez prompte par les grandes
enjambées qu'elles font.
Bergmann , et, depuis, M. le docteur Rayer, nous ont ap-
pris que la S. bloculée pond aussi ses œuls dans des cocons,
ce qui fait supposer qu'il en doit être de même des autres
espèces.
La Sangsue aplatie: H. complanata, Linn., Gmel., p. Sogy,
n.° G; Muller, /. c. , i, 2 , p. 47 i n*" i?^ ; H. sexoculata, Bergm.,
Act. Stockh., 1767 , tom. 6, tig. 12 — 14, cop. dans l'EncycI.
méth., pi. 5i , fig. ao et 21 ; H.crenata, Kirby, Trans. linn.
Soc, t. 2, p.3i8, tab. 29; Erpobdella complanata , deLamk. ,
loc. cit., p. 296; Clepsine complanata , Savigny , loc. cit., pag.
i2o. Corps ovale de six à huit lignes de long sur trois ou
quatre de large , subcrustacé , composé de soixante-dix an-
neaux crénelant fortement les côtés; points pseudo-oculaires,
au nombre de quatre paires, rangées l'une après l'autre ; ven-
touse postérieure très-petite; les orifices des organes de la gé-
nération , le premier entre le 21.'' et le 22.* anneau, suivant
moi; entre le 2 5.* et le 26.*", suivant M. Savigny : le second deu>;
anneaux après. Couleur cendré-grisàfre ou verdàtre en dessus ,
avec deux rangées de petits points blancs saillans , séparés
chacun par deux points bruns.
Cette espèce, qui se trouve communément dans toutes les
eaux douces d'Europe , varie un peu en couleur: mais ce
qu'elle offre de plus remarquable, c'est qu'elle est souvent
assez transparente pour laisser voir la forme du canal intes-
tinal.
Je possède un individu de cette espèce, qui, dans l'état de
rétraction , dans l'alcool , a plus de dix lignes de long sui'
près de quatre lignes de large.
La S. hyaline: H. hjalina, Linn., Gmel., p. 0097 , n." 7,
d'après Muller, loc. cit. , p. 49? n-" 176 ; H. heteroclyta , Linn. ,
Syst. nat. , 12 , 2 , p. 1080 , n.° 7 ; Trembley, Polyp., tom. 7 ,
^^4 SAN
£g. 7. Corps ovale de sept lignes de long, pellucide, à bonis
entiers, avec quatre à six points noirs pseudo-oculaires; cou-
leur fauve, variée de points brunâtres, formant des stries
longitudinales très-fines, serrées, et d'autres transverses, plus
distantes.
Des mêmes lieux que la précédente , dont elle n'est sans
doute qu'une variété d'âge.
Muller dit que la mère porte une centaine d'œufs sphéri-
ques verts, entourés d'un anneau pellucide , desquels sortent
des petits , fauves à la première portée , et verts à la seconde.
La Sangsue liséée: H. lineata , Linn. , Gmel., L c. , p. 3096,
n." 10; d'après Muller, Venn. , 1, 2 , p. Sg , n." 169. Corps
alongé, gris, avec quatre lignes longitudinales noires; si.M
points pseudo-oculaires très-noirs, disposés transversalement
en une série double.
Muller dit que cette espèce, qu'il a trouvée au premier
printemps dans les marais, est rare; qu'elle a seize lignes de
long et qu'elle est annelée de sillons serrés.
Je n'ose assurer que cette espèce soit distincte et qu'elle
appartienne à cette section.
La S. SwAMPiNE ; H. sivampina, Bosc, Vers , tom. i , p. 247.
pi. 8, fig. 5. Corps dilaté, sillonné transversalement, rugueux
sur le dos; cinq points noirs pseudo-oculaires ; couleur verte ,
variée de brun , avec des taches blanches sur la tête , la queue
et les côtés; le ventre d'un gris brillant.
Il est fort douteux que cette espèce de sangsue , que M.
Bosc a observée dans les marais de l'Amérique méridionale ,
n'ait que cinq prétendus yeux , ces points étant toujours dis»
posés par paires.
La S. CLOPORTE ; H. oniscus , Planch. des sangsues, fig... Corps
ovale , de dix à douze lignes de long sur cinq de large dans
l'état de contraction, très-bombé en dessus, plat en dessous,
composé de soixante - deux anneaux denticulant le bord;
bouche très-petite, à la partie supérieure d'une ventouse an-
térieure oblique ; ventouse postérieure assez grande; orifices
des organes de la génération : l'antérieur entre le 21 et le 22
anneaux ; le postérieur trois anneaux après; couleur d'un
brun verdàtre uniforme dans l'esprit de vin.
Cette grande espèce, qui m'a été envoyée de l'Amérique
SAN 265
septentrionale par M. Lesueur , ne diffère peut-être pas de
la précédente ; mais c'est ce que je ne puis assurer.
Le Sangsue bioculée ; H. bioculata, Linn., Gmel.,p. 3096;
d'après Muller , Le, p. 40 , n.° 170 ; Bergman, Act. Slockh.,
lySy, n.° 4, tab. 6 , fig. 9 — 11, cop. dans l'Encycl. niéth. ,
pi. 5i , fig. 9 — 11 ; Erpobdella bioculata de Lamk., loc. cit.,
p. 296, n.° 2; Clepsine bioculata, Savigny , loc. cit., p. 119,
Corps ordinairement assez alongé , de neuf à dix lignes delong
sur une à deux de large, transparent, subgélatineux, com-
posé de soixante-dix anneaux; deux points pseudo-oculaires
seulement, mais très-visibles ; une trompe souvent saillante à
la bouche; les orifices delà génération très- rapprochés : le
premier entre le 25." et le 26," anneau; le second entre le
27. •■ et le 28.'' Couleur d'un blanc laiteux ou d'un gris livide ,
parsemé de quelques petites taches roussàtres.
Cette petite espèce de sangsue , qui se trouve communé-
ment dans les mêmes lieux que la S. aplatie, laisse aussi
quelquefois apercevoir l'estomac avec ses cœcums. Il y a long-
temps que Bergman a remarqué qu'elle porte pendant quel-
que temps ses petits attachés sur son corps, après qu'ils
sont éclos. Cela est cependant assez difficile à concevoir, d'a-
près ce qu'on sait par les observations de Bergmann lui-même
et de M. le docteur Rayer, que cette sangsue, comme les
sangsues médicinales, pond des cocons. Quoi qu'il en soit,
les deux faits sont certains; mais l'est-il également que les jeu-
nes sangsues trouvées sur un grand individu, sont ses petits ?
ou bien cet animal seroit-il ovipare dans un temps et vivipare
dans un autre ? C'est une question que nous ne pouvons ré-
soudre.- car M. Caréna nous apprend, qu'il a trouvé plu-
sieurs petits de son H. bioculata, attachés au ventre d'espèces
diEférentes, comme de VH. cowplanata, vulgaris et de son H.
cephalota.
M. le docteur Rayer nous apprend que les cocons de cette
espèce sont sphériques , entièrement noirs , enduits d'une sorte
de vernis gluant, à l'aide duquel ils sont attachés aux plantes
aquatiques. Ils ont à peu près deux lignes de diamètre ; la
petite sangsue, quand elle en sort, a à peu près la même
longueur, et M. Caréna, au contraire, nous assure qu'elle
est vivipare, et qu'à la fin de Juillet il a trouvé un grand
âS6 SAN
Bombre d'individus qui contenoient des œufs ou qui portoient
leurs petits attachés au ventre ; mais alors son H. bioculata
ne seroit-il pas l'H. pulligera de Daudin P
La Sangsue pulligère ; H. pulligera, Daudin , Mém. et Notes,
p. 19, pi. 1, fig. 1 , 2 et 3. Corps alongé, cylindrique, de neuf
lignes au plus de long; de couleur blanche, avec une tache
cendrée brunâtre à l'ouverture de la bouche.
Cette espèce, que Dandina trouvée dans un étang de Saint-
Sauveur , près Bray sur Seine, est très -probablement la
même que la précédente , comme le pense M. Savigny : en
effet, elle a la même habitude de porter ses petits attachés
sons son ventre, à l'aide de leur disque postérieur. Malheu-
reusement Daudin ne dit rien de ses yeux, quoiqu'il parle de
l'H. iiocu/afa de Muller. Il ajoute que , dans ces deux espèces,
les œufs sont nombreux et enveloppés dans l'un des anneaux
de l'abdomen; qu'ils éclosent ensuite dans l'ovaire , et que les
petits s'échappent successivement au dehors.
La S. BICOLORE; H. bicolor , Daudin , loc. cit., p. aa , fig. 4,
5 et 6. Corps oblong, un peu comprimé, long de six lignes
au plus, de couleur brune, avec les deux extrémités blanches.
Cette espèce, que nous ne plaçons dans cette section qu'a-
vec doute , car il se pourroit que ce fût un jeune âge de la
S. vulgaire, dont elle paroit avoir les habitudes , a été trouvée
dans différens endroits, comme à Beauvais , dans la rivière du
Therain , ainsi que dans la Seine. Daudin dit positivement
n'avoir pu lui reconnoître d'yeux , pas plus qu'à la précé-
dente.
La S. céphalote; H. cephalota , Caréna, loc. cit., tab. 12,
fig. 19. Corps alongé, subconvexe en dessus, de couleur va-
riée de brun, de jaune et de verdâtre, avec cinq lignes
longitudinales de taches blanches , ponctiformes pour les
quatre séries latérales, et carrées ou transverses pour la mé-
diane; le ventre jaunâtre.
Tous les autres caractères que M. Caréna attribue à cette
espèce , comme la distinction de la ventouse antérieure ou
de la tête, d'oîi il a tiré le nom; la grandeur de la ventouse
postérieure , et même un peu le système de coloration , appar-
tiennent à l'H. piscium de MuUer; en sorte qu'on pourroit
être porté à penser que ce n'en est qu'une variété; mais le
SAN e<57
nombre des points pseudo-oculaires , et Surtout l'ouverture
de l'organe femelle au sixième anneau , permettent quelques
doutes.
Quoi qu'il en soit, voici quelques détails de mœurs ou
d'habitudes que M. Caréna nous fournit. Cette petite sang-
sue , qui a l'habitude de se rouler un peu à la manière des
cloportes, est presque continuellement en mouvement; elle
ne nage jamais; elle s'accroche habituellement avec son
disque postérieur, et balance son corps en tout sens pen-
dant long -temps, ou le tient roide et immobile; et cela
elle le peut faire aussi aisément en prenant son point d'ap-
pui à la surface de l'eau qu'à celle des corps submergés; elle
peut même marcher en arpentant et renversée , en appliquant
alternativement ses deux disques comme à la surface d'un
corps solide.
Elle est vivipare, et c'est en Juin et Juillet qu'elle se re-
produit. M. Caréna a remarqué dans un individu quatorze
œufs, qui, peu de jours après, se changèrent en petits, se
remuant lentement avec un mouvement vermiculaire. On
pouvoit reconnoître les anneaux, le disque et les quatre
points noirs pseudo-oculaires sur un fond blanc. Le lende-
main tous les petits étoient sortis et adhéroient avec leur
disque au ventre de leur mère. Cinq jours après un d'eux,
s'en étoit détaché , et le surlendemain il n'y en avoit plus
aucun qui lui fûtadhérent. Ces jeunes sangsues, du reste, res-
semblent tout-à-fait à leur mère, si ce n'est qu'elles n'ont
pas les points ni les taches transverses blanches du dos.
La Sangsl'e trioculée; H. trioculata, Caréna, /. c, tab. 12,
iig. 22. Corps très-petit (trois lignes et demie sur une ligne
de large), convexe en dessus, très-concave en dessous, com-
posé d'anneaux visibles seulement à la loupe; trois points
pseudo- oculaires seulement, formant un triangle dont le
sommet est en avant : couleur d'un blanc grisâtre , translu-
cide, parsemé de très -petits points verdàtres.
Cette espèce ou cette simple variété de l'H. bioculata , s'il
est vrai, comme le dit M. Savigny, que les points pseudo-
oculaires varient en nombre dans celle - ci , a été trouvée
dans les lacs d'Avigliana. Malgré sa petitesse, elle est adulte,
puisque un individu a multiplié sous les yeux de M. Caréna,
^68 SAN
et les jeunes avoient le même nombre et la même dis-
position de points noirs. Du reste, les phases du dévelop-
pement des cinq œufs aperçus au bout de dix jours d'obser-
vations, ont été à peu près semjjlables à ce qui a été observé
pour l'H. vulgaris. Deux jours après leur apparition ils sont
deventis moins ronds qu'ils n'étoient , et une seule partie,
en forme de croissant, avoit conservé la couleur vert- pâle
qu'ils avoient d'abord , le reste étant blanchâtre et transpa-
rent. Le lendemain , la partie verte étoit partagée en segmens ;
trois jours après, les jeunes sangsues mieux formées, laissant
voir les trois points noirs, et se remuoient sans cesse dans le
ventre de la mère ; le septième jour il y eut doute si elles
étoient encore à l'intérieur, à cause de leur transparence; le
huilième tous les individus r foi ent certainement extérieurs , at-
tachés à leur mère , dont ils se sont séparés peu à peu jusqu'au
trente-septième jour, où il n'y en avoit plus aucun d'adhé-
rent. Mais, ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'aussi-
tôt que la mère eut été abandonnée de tous ses petits, elle
sortit de l'eau, ce qu'elle n'avoit jamais fait jusque-là, et y
mourut dans un degré de contraction considérable. Un aulie
individu, qui étoit dans le même vase et qui n'avoit pas pro-
duit, sortit au même instant, semblant roder avec inquié-
tude autour de son camarade ou de sa femelle; car M. Ca-
réna met en doute si dans cette espèce, qui est vivipare, les
sexes ne seroient pas séparés, ce qui est extrêmement peu
probable.
La Sangsue verte; H. viridis , Shaw , t. i , p. gS, tab. i ,
et pag. 95, tab. 7.
Corps oblong, un peu acuminé aux deux extrémités , sur-
tout en arrière , d'un huitième de pouce de longueur et
quelquefois moins; deux yeux sur l'extrémité élargie : cou-
leur d'un beau vert de gazon, avec une bande transparente
tout autour et le centre brun foncé.
Ce petit animal, très-probablement des eaux douces d'An-
gleterre, appartient- il véritablement aux sangsues? ne sc-
roit-ce pas une planaire? Shaw dit qu'au bout de peu de
jours de conservation dans l'eau , il vit dans l'intérieur de
son corps paroitre cinq à six œufs proportionnellement très-
gros.
SAN 2^9
L. Espèces parasUes, c'est- à -dire vivant fixées à la
même place sur les animaux. (Epibdella, de Bl.)
La Sangs' E de l'hippoglosse: H. hippoglossi , Linn., Ginel.,
pag. 3og8 , n." 14 ; d'après Mullcr, ZooL Dan.. 2, tab. 64,
fîg. 1 — 4 , copiée dans TEncycl. méthod. , pi. 5 1 , fig. 1 1 —
14; Baster , Opu<icul. suhsc, 2, p. i3y, tab. 8 , fig. 11 ; Oth.
Fabr. , Faun. Groenl., p. 002 , tab. 1 , fig. 8.
Corps ovale, déprimé, transparent , plus élroit en avant,
sans anneaux distincts, pourvu antérieurement d'une petite
ventouse en forme de tête triangulaire, et postérieurement
d'un large disque hémisphérique, lisse en dessus et garni en
dessous de plusieurs séries de tubercules convergens vers le
centre, et en outre d'une paire de petits crochets postérieurs
et de deux pointes vers le milieu : couleur blanchâtre.
Cette singulière espèce de sangsue est assez transparente
pour que Muller ait donné quelques détails sur son organi-
sation , qui paroît être assez compliquée. On y reconnoît ai-
sément les deux grands vaisseaux latéraux, offrant un grand
nombre de ramifications ; dans la bande moyenne, en avant,
une paire d'organes globuleux d'un blanc de craie, compris
entre dtux canaux flexueux; au milieu est encore une autre
paire d'organes orbiculaires, placés en travers et remplis de
petits points, peut-être les ovaires, à ce que suppose Mul-
ler. Quant à l'estomac et aux orifices du canal intestinal, il
n'en parle pas.
Cet animal a été trouvé sur le pleuronecfe hippoglosse^
adhérant très-fortement au moyen des tubercules et des cro-
chets dont son disque est pourvu.
Je n'ose assurer que ce soit absolument la même espèce que
celle décrite et figurée par Othon Fabricius, loc. cit.; quoi-
que cela soit probable, du moins sa description et sa figure
diffèrent beaucoup de celles de Muller. D'abord il la décrit
dans un ordre inverse, comme l'avoit déjà fait Baster, pre-
nant pour la tête la partie fixée, et pour la queue la partie
libre. Voici au reste Fextrait de ce qu'il en dit : Cet animal,
long de quatre lignes et demi sur deux de large , est très-plat,
submembraneux, lisse et de couleur blanche; il est composé
de deux lamelles ou disques : Fun , antérieur, plus petit.
«70 SAN
concave , orbiculaire , plus inférieur et presque sessile ; l'autre
deux fois plus grand, plat et ovale- oblong. Dans le milieu
du premier et en dessous est un pore d'orifice, au-devant
duquel sont des points scabres , serrés, et deux éminences
linéaires, assez dures, denficulées, obliques, se réunissant
vers la bouche , à l'aide desquelles l'animal s'attache à sa
proie i l'autre lamelle se prolonge en un appendice court,
plat et conique. Dans son milieu sont quatre verrues orbicu-
laires, subcrustacées, blanches, deux disposées en travers et
deux l'une après l'autre.
Othon Fabricius a trouvé cette sangsue parasite également
sur la peau de l'hippoglosse , fixée par le disque et se mou-
vant dans le reste du corps; en sorte que, en ajoutant ce
qu'il dit, que, quand on la détache, l'extrémité se fléchit vers
l'autre, il est aisé de voir que c'est une sangsue voisine de
celles de la section précédente.
C'est ici, suivant moi, que doit être placé dans une sec-
lion particulière l'animal dont M. de Laroche a fait un genre
distinct et auquel il a donné le nom de Poljstoma ; parce
que, l'ayant trouvé fixé par l'extrémité postérieure de son
corps élargi et pourvu de six paires de crochets , il les a con-
sidérés comme autant de bouches.
C'est également ici, ou dans la famille des hirudinés, que
l'on doit placer, suivant nous, l'animal observé et figuré
pour la première fois par Lamartinière, dont M. Bosc a fait
son genre Capsale et que M. Cuvier a nommé Tristoma , dé-
nomination adoptée par M. Rudolphi , qui en fait à tort un
entozoaire proprement dit. (Voyez Tristome, où nous don-
nerons les nouvelles observations qui ont été faites sur cet
animal depuis l'impression du mot Capsale.)
M. Espèces molles , sans articulations distinctes.
(Genre Malacobdella, de Bl.)
La Sangsue grosse : H. grossa, Linn., Gmel., pag. SogS ,
n.° i3; d'après Muller , Zoolog. Dan., i, pag. 69, n.° 27,
tab. 2 1 , fig. 1 — 5, copiée dans l'Encycl. méthod., pi. 62 ,
fig. 6 — 10.
Corps ovale, un peu alongé , atténué; obtus ou comme
SAN ^71
tronqué et bifide en avant ; ventouse postérieure médiocre
et dépassant le corps : couleur d'un blanc jaunâtre, quel-
quefois orné de lignes transverses très-fines.
Cette espèce de sangsue est transparente à la manière des
planaires; elle se trouve, à ce qu'il paroît, dans le manteau
des mollusques bivalves marins, du moins Muller l'a trouvée
dans la venus exoleta, et j'en ai rencontré un individu dans
une mye tronquée. Elle a dix à douze lignes de long sur cinq
à six de large. Dans la figure que Muller a donnée de la
sienne, le canal intestinal fait d'assez fortes inflexions, et il
se termine à un anus placé comme dans tous les hirudi-
nés ; mais dans l'animal que j'ai observé il étoit beaucoup
moins flexueux. Du reste, il étoit également accompagné à
l'intérieur d'une grande quantité de grains oviformes, que
Muller paroit regarder comme de véritables œufs, dont il
porte le nombre à plus de mille, nageant dans une humeur
gélatineuse.
N. Espèces douteuses.
La Sangsue de Ceilan , H. ceylanica. M. Bosc parle d'une sang-
sue de ce pays, de la longueur et de la grosseur d'une épin-
gle, de couleur rouge tachetée, vivant hors de l'eau dans
les bois humides, se fixant sur les animaux et sur l'homme
même , quelquefois en assez grand nombre pour faire périr
des personnes endormies; en sorte que c'est, dit-on, un fléau
pour cette île.
La S. DU Japon; H. japonica, Krusenst. , Voyage autour du
monde, pi. 65. Cette espèce , de couleur jaune, pointillée de
rouge, est, dit-on, de la grosseur d'un œuf de poule, quand
elle est contractée.
La S. CHINOISE, H. sinica. Assez petite sangsue, qui paroît
être entièrement noire, et qui est employée, comme che2
nous, pour les saignées locales.
Je ne puis rien dire autre chose de cette espèce de sang-
sue, dont une figure assez grossière existe dans l'Encyclopé-
die japonoise, accompagnée d'un article dont M. Abel Ré-
musat a bien voulu me donner la traduction de vive voix. Il
en résulte que les Chinois distinguent plusieurs espèces de
sangsues, les unes de mer, les autres d'eau douce et même
272 SAN
de ferre, et qu'ils emploient celles d'eau douce aux mêmes
usages que nous. Pour cela ils en mettent un certain nombre
dans un morceau de bambou et l'appliquent sur la tumeur
ou la partie malade , comme nous le faisons avec un verre.
La Sangsue d'Egypte ; H. œgjptiaca. M. Larrey , dans son ou-
vrage intitulé Campagnes chirurgicales, parle d'une sangsue
commune dans les flaques d'eau qui existent dans le désert
qui sépare l'Egypte de la Syrie. Malheureusement il n'en
donne pas de description , et il se borne à dire qu'elle étoit
fort petite et qu'elle occasiona des accidens fort graves sur
un grand nombre de soldats qui burent de ces eaux sans pré-
caution.
La S. DE LA Martinique, H. martinicensis. M. Achard, Journ.
de pharm., tom. lo, p. 296, dit qu'il y a à la Martinique,
et probablement dans les autres îles de l'archipel Américain,
une petite sangsue qui n'a rien de commun avec la sangsue
médicinale ; en effet , des essais faits avec elle par les méde-
cins, ont montré qu'elle ne mord pas sur la peau de l'homme.
Est-ce la même que celle qui a été décrite plus haut sous le
même nom, et dont M. Huzard fils possède trois individus?
La S. DU HÉRON, H. ardeœ. M. Guyon a donné, dans la
Revue encyclopédique du mois de Janvier 1822 , la descrip-
tion d'une très -petite espèce de sangsue indigène de la Ja-
ma'ique , et qui se retrouve fréquemment sous les paupières
et dans les fosses nasales du crabier des montagnes {ardea vi-
rescens). Je ne l'ai pas vue. M. Huzard dit qu'elle a à la partie
postérieure de l'estomac deux cœcums, comme dans la sang-
sue médicinale. Seroit-ce encore la même que la précédente
et dont j'ai donné plus haut la description?
La S. DES ÉTANGS, H. stagnalis. M. Derheims, dans une His-
toire naturelle et médicale des sangsues, publiée en 1825,
désigne sous ce nom une espèce de sangsues de France, qu'il dit
beaucoup ressembler à la sangsue noire, mais dont elle diffère
parce qu'elle est d'une couleur moins foncée, que son ventre
est cendré et paroît noir , quand l'animal est contracté. Il
ajoute que ses mouvemens dans l'eau sont d'une vivacité
extraordinaire, et qu'elle se tord quand elle change de di-
rection , ce qu'il regarde comme lui étant particulier. Il pa-
roît qu'elle n'est pas très-commune et qu'elle se trouve plus
SAN 273
spécialement dans les marais de la Bretagne. Ne seroit-ce pas
le véritable H. sanguisuga ?
Le même auteur parle d'une autre sangsue, que l'on trouve
dans le Nord de l'Ecosse, où elle est nommée Horse-Leach
ou sangsue de cheval , extrêmement grosse , plutôt terrestre
qu'aquatique, dont le corps est presque cylindrique, très-
muqueux, d'un brun très-foncé sur le rentre et sur le dos.
Ne seroit-ce pas la sangsue de Dutrochet?
M. Durand , qui s'est beaucoup occupé des sangsues sous
le rapport commercial, et qui paroit être le premier qui ait
eu ridée d'en transporter de Hongrie en France, a dit en
avoir rencontré deux espèces nouvelles dans ce pays, dont
une, suivant lui, seroit pourvue d'appendices; malheureu-
sement il ne les a pas rapportées, en sorte qu'il est impossible
de rien décider à ce sujet.
Enfin, il paroît que plusieurs auteurs ont donné le nom.
de sangsues à de véritables planaires , qui, quoique assez voi-
sines, en diffèrent cependant d'une manière notable par l'ab-
sence totale du disque postérieur. Ainsi M. Caréna s'est assuré
positivement que VH. alpina, décrit comme une espèce nou-
velle par le docteur Dona, dans lés Mémoires de l'Académie
de Turin, vol. 5, p. 199, et que quelques auteurs, comme
l'abbé Ray, ont admise , n'est rien autre chose que le planaria
lorva de Muller et de Gmelin. (DeB. )
SANGSUE VOLANTE. (A/amm.) On a quelquefois désigné
ainsi le phyllostome vampire , parce qu'il suce le sang des ani-
maux endormis , après avoir écorché leur peau à l'aide des
papilles cornées qui garnissent sa langue. (Desm.)
SANGUIFICATION. {Phvsiol. générale.) Voyez Systèsje cir-
culatoire. (H. G.)
SANGUILLO. (Ornith.) Cet oiseau, de la grosseur d'une
pie, que Pétiver a trouvé dans les environs de Madras, et
que Rai a décrit dans son Sjnopsis , page 197, n.° 21 , est
cité par Mœrhing comme synonyme de son genre Ficedula ,
page 42 de sa Méthode. Il en est aussi fait mention dans le
Dictionnaire des animaux de La-Chesnaye-des-Bois. (Ch. D.)
SANGUIN. {Bot.) Nom vulgaire d'un cornouiller, cornus
sanguinea. C'est le sangui des Languedociens, selon Gouan ; la
snnguina des Provençaux, suivant Garidelj le sanguen cité
A7' 18
•274 SAN
par Cësalpîn dans l'Étrurie. Le sanguino des Portugais estraLi-
terne, suivant Grisley. (.T.)
SANGUINALIS. {Bol.) On trouve sous ce nom ancien, dans
Daléchamps, la pesse d'eau , hippuris, qui y est indiquée comme
astringente. La renouée ordinaire a été aussi nommée san-
guinalis. (J.)
SANGUINARIA. {Bot.) Genre de plantes dicotylédones,
à fleurs complètes, polypétalées, de la famille àes papavéra-
cées, de la polyandrie morwgyaie de Linnaeus, offrant pour
caractère essentiel: Un calice caduc, à deux folioles; huit
pétales, les alternes plus étroits; un grand nombre d'étamines
insérées sur le réceptacle; les anthères simples; l'ovaire su-
périeur; point de style; un stigmate en tête, persistant, à
deux sillons; une capsule uniloculaire , à deux valves cadu-
ques; un réceptacle persistant, sur lequel sont attachées de
chaque côté des semences nombreuses.
Sangdinaria du Canada : Sanguinaria canadensis , Linn. ,
Spec; Lamk., III. gen., tab. 449; Dillen. , Elth. , tab. 202,
iig. 025 et 326; Moris., Hist. , 2 , n." 3 , tab. 1 1 , fig. 1 ; vul-
gairement la GRANDE CÉLANDINE 5 la BeAUH ARNOISE. PctitC
plante, d'un aspect assez agréable, munie de racines épaisses,
tubéreuses, horizontales, qui poussent inférieurement des
filamens capillaires et roussàtres. Du sommet de la racine
sort une feuille radicale, qui enveloppe les fleurs avant leur
développement, comme une spathe, et qui elle-même est
enveloppée à sa base par plusieurs gaines membraneuses, très-
minces. Cette feuille est presque ronde et en forme de capu-
chon , profondément échancrée à sa base, lobée et sinuée à
son contour , glabre, d'un vert noirât<'e en dessus, d'un blanc .
bleuâtre en dessous, traversée par des nervures très-ramifiées
et rougeâtres; le pétiole glabre, comprimé, élargi, long de
trois ou quatre pouces.
Les fleurs sont blanches, solitaires, supportées par une
îiampe grêle , plus longue que les feuilles. Le calice est com-
posé de deux folioles ovales, concaves, plus courtes que la
corolle; les pétales sont au nombre de huit, oblongs, obtus,
très- ouverts; quatre intérieurs alternes, plus étroits; l'ovaire
oblong, aigu , termiaé par un stigmate sessile , épais, à deux
sillons profonds. Le fruit est une capsule ovale, oblongue,
SAN 275
rétrëcie à sa base, acuminée au aommet, couronnée par le
stigmate persistant; une seule loge à deux valves, qui s'écar-
tent , tombent et laissent à découvert les semences attachées
des deux côtés à un placenta qui répond au bord des valves.
Cette plante contient un suc rougecltre , qui s'écoule de
toutes ses parties, lorsqu'on la brise. Elle croît au Canada,
et dans plusieurs autres contrées de l'Amérique septentrio-
nale. Les -fleurs varient de grandeur et se doublent quelque-
fois. On la cultive au Jardin du Roi. (Poir.)
SANGUINARIA. ( Bot.) Ce nom a été donné par les anciens
à quelques plantes astringentes , propres à arrêter les crache-
mens ou écoulcmens de sang; par Gesner et Lobel à la re-
nouée , poljgonum diiculare ; par d'autres au plantain corne-de-
cerf, plantago coronopus; par Tragus au géranium sanguineum.
Linnaeus l'a appliqué à une plante papavéracée , qui rend ua
suc rouge et que Sarrazin avoit nommée belhamosia. (J.)
SANGUINARIA. {Mamm.) Famille de mammifères carnas-
siers, dans la méthode d'IUiger, qui correspond à celle des
carnivores digitigrades de M. Cuvier. (Desm.)
SANGUINE. (Min.) On donne ce nom, chez les marchands
de crayons à dessiner et de couleur, au crayon d'un rouge
de brique tirant sur celui du sang. Ce n'est point une héma-
tite , comme le disent plusieurs minéralogistes : la sanguine , qui
se taille facilement, qui laisse sur le papier une trace rouge
très- colorée et très -nette, n'a ni la texture fibreuse ni la
dureté de l'hématite. C'est bien, comme ce minerai, un fer
oligiste; mais il a ce qu'on appelle la texture terreuse et com-
pacte : on peut le désigner méthodiquement par le nom de
fer oligiste sanguine. Voyez Fer oxidé compacte. (B. )
SANGUINELLA. (Bot.) Nom cité par Daléchamps, d'après
Matthiole, du pamassia , qui croit dans les lieux humides.
(J.)
SANGUINELLE. {Bol.) Nom vulgaire du cornouiller san-
guin. (L. D.)
SANGUINEN. (Mamm.) Ce nom équivaut à celui de sa-
goin , employé pour désigner de petits singes américains.
(Desm.)
SANGUINOLAIRE, Sanguinolaria. (Conehjl.) Genre de co-
quilles bivalves pyloridées. établi par M. de Lamarck, tora. 5,
■^7^ SAN
pag. 609, des Anim. sans vert., pour un assez petit n'ombre
d'espèces de solen de Liniiœus, et que nous avons caractérisé
ainsi : Animal inconnu; coquille ovale , un peu alongéc, ordi-
nairement très- comprimée , à peine bâillante, équivalvc,
subéquilalérale , également arrondie aux deux extrémités,
sans indice de carène postérieure; charnière formée par une
ou deux dents cardinales, rapprochées sur chaque valve; li-
gament saillant, bombé; deux impressions musculaires arron-
dies, distantes, réunies par une impression palléale étroite
et fortement sinueuse ou rentrée en arrière.
D'après ces caractères, il est évident que ce genre, dont le
nom a été tiré de l'espèce la plus commune, dont la couleur
est rouge, ne dj,ffère réellement pas de certaines espèces de
solen, dont les deux bords ne sont nullement parallèles. On
ne connoit absolument rien sur l'animal des sanguinolaires;
mais les traces qu'il a laissées sur la coquille ne permettent
pas de douter de sa grande ressemblance avec celui des
solens ovales et à sommet médian , dont j'ai formé les genres
Solécurte et Solételllne.
Les quatre espèces de sanguinolaires vivantes , carac-
térisées par M. de Lamarck, sont toutes des mers des pays
chauds.
La Sanguinolaire soleil - couchant : Solen occidens ; Solen
occidens, Gmel., p. 3228, n." 21; Encycl. méthod., pi. 226,
fig. 2 , a, b. Grande coquille de près de quatre pouces de
long, sur deux pouces de haut, subelliptique , un peu renflée ,
à sommets un peu protubérans , striée dans sa longueur , radiée
et maculée de blanc et de rouge.
C'est une coquille extrêmement rare , dont on ignore en-
core la patrie.
La S. rosée: s. rosea^ Solen sanguinolentus , Gmel. , p. 0227 .
n." 17 : Chemn., Conch., 6, tab. 7 , IJg. 5C. Coquille beaucoup
plus petite que la précédente, ovale, suborbiculaire , peu
convexe , avec des sîries d'accroissement assez marquées : de
couleur blanche, plus ou moins rouge vers les natèces.
Cette espèce, commune dans les collections, vient des mers
de la Jamaïque.
La S. LIVIDE; 5. livida , de Laink. , loc. cit.. p. 5ii , n.° 5.
Coquille d'envûron deux pouces de long, mince, semi-orbi-
SAN 277
çiilaire, lisse, de couleur violette , avec trois rayons blan-
châtres à l'extrémifé antérieure.
De la baie des Chiens marins, dans la Nouvelle- Hollande ,
d'après MM. Péron etLesueur.
La Sanguinolaire ridée : .S. rugosa^ de Lamk. , /oc. cit.
p. 5ii , n." 4; Venus dejlorala , Gmel. Coquille assez solide,
ovale, un peu ventrue, quelquefois de trois pouces de long,
sur deux de haut, rugueuse par des stries s'irradiant du
sommet à la circonférence : de couleur blanchâtre, violette
en avant, d'un noir violet sur les nymphe*.
Cette espèce vient des niers de rindeetdc celles de IWmé-
rique.
M. de Lamarck cite comme variété pouvant être distinguée
comme espèce, une coquille de sa collection, qui est rose en
dehors, sans rayons. (Du B. )
SANGUINOLAIRE. [Foss.) On connoit peu d'espèces de
ce genre à l'état fossile.
Sanguinolaire de Lamarck -.Sangtiinolaria Lamarckii , Desh.,
Foss. des env. de Paris , tom. j.'' , p. 73 , pi. 10, fig. i5 — ig.
Coquille ovale, subtrigone , inéquilatérale, bâillante aux deux
extrémités, comme dans la sanguinolaire rose, à valves noa
parfaitement égales, dont les crochets sont petits, à peine
saillans, et le corselet profond , présentant des nymphes
enfoncées. La surface est ccniverte de légères stries qui pro-
viennent des accroissçmens. Il sç trouve sur la valve droite
deux petites dents, dont l'une est bilide , et sur la valve
gauche deux dents divergentes, entre lesquelles on voit un
espace triangulaire occupé par les deux dcn (s de l'autre valve.
La coquille est très-aplatie. Longueur, dix lignes; largeur,
quatorze lignes. Fossile d'Acy, département de FOise, au-
dessus de la craie.
Sanguinolaria HoUnvi'ajysii , Sow. , Min, conch, , tora. 2 ,
pag. i33, tab, 169, Coquille déprimée . inéquilatérale , ovale,
portant des stries qai proviennent de ses accroissemens ; à
côté antérieur élargi. Longueur, un pouce; largeur, plus de
trois pouces. Fossile de Bricklesome - Bay , en Angleterre.
M. Deshayes pense que cette espèce dépend plutôt du genre
Psammobie que de celui des Sanguinolaires.
Sanguinolaria compressa, Sow., hc. cil. , tum. 5 , pag. qi ,.
^78 SAN
lab. 462. Coquille comprimée, deux fois plus large que longue,
très-lisse. Le côté antérieur est un peu tronqué; deux légères
élévations viennent de chaque côté aboutir au sommet. Lon-
gueur, sept lignes; largeur, quatorze lignes. Fossile de Bar-
ton-ClilF, en Angleterre, dans une couche qui représente
celle du calcaire coquillier , où on le trouve avec le murex
lartonensis , Sow. ( D. F. )
SANGUINOLE. {Bot.) C'est une variété de pêche. ( L. D.)
SANGUINOLENT. (Ichthjol.) Nom spécifique d'un Spare;.
Voyez ce mot. (H. C. )
SANGUISORBA. (Bot.) Voyez Sanguisorbe. (L. D.)
SANGUISORBE; Sanguisorba, Linn. {Bot.) Genre de plantes
dicotylédones apétales, de la famille des rosacées, Juss., et
de la tétrandrie monogjynie de Linneeus , dont les principaux
caractères sont : Un calice monophylle, à quatre divisions
ovales, colorées; point de corolle; quatre étamines à filamens
capillaires, beaucoup plus longs que le calice, terminés par
des anthères arrondies; un ovaire supère , surmonté d'un style
filiforme , terminé par un stigmate en tête ; une ou deux
graines coniques, renfermées dans le calice persistant, qui
s'est durci et forme une sorte de capsule turbinéc.
Les sanguisorbes sont des plantes herbacées, à racines vi-
vaces, à feuilles ailées avec impair, et à fleurs serrées en épi
ovale ou cylindrique au sommet de la tige et des rameaux.
On en connoît six espèces, dont une croit naturellement en
Europe.
Sanguisorbe officinale, vulgairement Pimprenelle des mon-»
TAGNEs : Sanguisorba officinalis, Linn., Spec, 169; FI. Dan. ^
■Jab. 97. Ses tiges sont droites, anguleuses, un peu rameuses,
hautes de deux à trois pieds, garnies de feuilles alternes, pé-
tiolées, composées de onze à treize folioles ovales, opposées,
dentées en leurs bords, glabres et d'un beau vert en dessus,
d'un vert glauque en dessous. Ses fleurs sont petites, rou^
geàtres, sessiles à l'extrémité d'un long pédoncule commun,
et disposées en épi ovale. Cette plante croit en France et en
Europe, dans les prés et le; pâturages.
Sangi-iisorbe du Canada; Sanguisorba canadensis, Linn., Sp,,
169, Ses tiges sont droites, cylindriques, striées, légèrement
velues j hautes de deuï à trois pieds, garnies de feuilles ai-
SAN 373
lées, composées de onze à treize folioles ovales-oblongues ou
lancéolées, dentées en scie, longuement pétiolées, presque
alternes, vertes en dessus, plus pâles en dessous. Ses fleurs
sont d'un vert blanchâtre, disposées, au sommet des tiges
et des rameaux, en un épi cylindrique, long de deux à trois
pouces. Cette espèce est originaire du Canada : on la cultive
au Jardin du Roi à Paris. ( L. D.)
SANGUISUGA. {Entom.) Nom latin du genre Sangsue dans
le système de distribution méthodique des espèces du grand
genre Hirudo de Linné , par M. Savigny, et qui comprend en
effet les sangsues médicinale et ofUcinale. Voyez Sangsue.
(De B.)
SANGUISUGES ou ZOADEI.GES. {Enfom.) Ces noms, dont
le premier signifie suce-sang, et le second suceurs d'animaux ,
ont été donnés par nous à une famille d'insectes hémiptères
qui comprend les véritables punaises des lits, les mirides , les
réduves, etc. (voyez Zoadrlges) ; car ce sont les noms tirés du
grec que nous adoptons de préférence en françois, les autres
noms ne devant servir que comme des synonymes latins que
nous avons francisé seulement par la terminaison. (C. D.)
SANICLE; Sanicula, Lînn. {Bot.) Genre de plantes dicoty-
lédones polypétales, de la famille des ombellifères. Juss. , et
de la pentandrie digjnie de Linnaeus , dont les principaux
caractères consistent en : un calice très-petit, presque entier ;
une corolle de cinq pétales réfléchis; cinq étamines à filamens
plus longs que la corolle, surmontés d'anthères arrondies j
un ovaire infère, chargé de deux styles subuiés, réfléchis, à
stigmates aigus; deux graines hérissées, convexes d'un côté,
planes de l'autre, et accolées ensemble.
Les sanicles sont des herbes vivaces , à feuilles palmées ou
digitées, dont les fleurs sont disposées en ombelles, compo-
sées d'un petit nombre de rayons munis à leur base d'une
collerette tournée d'un seul côté, etdontles ombellules, pres-
que sessiles, sont munies d'une collerette partielle formée de
plusieurs folioles enveloppant l'ombellule en entier. On n'en
connoît que trois espèces; une d'elles est indigène de l'Eu-
rope, elles deux autres croissent dans l'Amérique septentrio-
nale.
Sakicle d'Europe, vulgairement Sanicf.f communej Samcir
^3o SAN
MALE; Sanicula europœa, Linn., Sp. Bôg. Sa racine est fibreuse ,
brunâtre; elle produit une ou plusieurs tiges simples ou à
peine rameuses, hautes de dix à quinze pouces, nues dans
toute leur longueur, garnies, seulement à leur base, de plu-
sieurs feuilles radicales, longuement pétiolées , glabres, lui-
santes et d'un vert assez foncé en leur face supérieure, plus
pâles en dessous, découpées profondément en cinq lobes den-
tés, incisés, élargis et trifides à leur sommet. Ses fleurs sont
blanches , petites , disposées en ombellules globuleuses ; les
rayons de l'ombelle générale ne sont qu'au nombre de quatre
à cinq. Cette plante croît en France et dans le reste de l'Europe,
dans les bois et les lieux ombi-agés.
La sanicle a une saveur légèrement amère et un peu acerbe.
C'est une plante qui a joui de ia plus grande réputation en
médecine; on l'a regardée jadis comme une panacée univer-
selle , et comme telle- on l'employoit dans une multitude de
maladies. Elle a été appelée sanicula, du verbe latin sanare,
guérir, parce qu'on la regardoit alors comme un remède
propre à guérir tous les maux, et c'est par allusion aux pro-
priétés merveilleuses dont on la croyoit douée, de même
que la bugle , autre plante à laquelle on attribuoit aussi de
grandes vertus , qu'on a fait jadis les deux mauvaises rimes
suivantes :
Qui a la bugle et la sanicle,
Fait aux chirurgiens la uique.
Les mf'decins modernes, qui ont révoqué en doute les pro-
priétés extraordinaires qu'on avoit supposées appartenir à la
sanicle, ont entièrement abandonné cette plante, et elle ne
figure plus aujoîird'Jiui que dans les vulnéraires suisses, que
l'on appelle encore thé suisse ou Falltrank, mélange de plantes
sèches, dans lequel le peuple et les gens peu éclairés ont seuls
conservé |u:lque confiance. La composition de ces vulnéraires
varie d'ailleurs autiint qu'il y a d'individus employés a les re-
cueillir. On y voit, en général, figurer des véroniques, beau-
coup de labiées et quelques composées. ( L. D.)
SANICLE FEMELLE. (Bot,) Nom vulgaire de l'astrance.
(L. D.)
SANICLE DE MONTAGNE. '7;û/.) C'est la benoîte et l'as.
Irancçniajeuxe. (L. D.J
SAN 281
SANICULA. (Bot.) Ce nom latin de la sanicle a été aussi
donné, par C. Bauhin et d'autres auteurs, au pinguicula , à
des primula , des saxifrages, à un mitella , à un verhascum et
à Yheuchera. Voyez Sanici.e. (J.)
SANIDIN. (Mm.) M. Nose, dans son ouvrage intitulé Études
minéralogiques sur les montagnes du Bas- Rhin, a proposé de
donner ce nom à la variété de felspath qui est disséminé en
cristaux assez volumineux et presque toujours agrégés, dans le
trachyte du Drachenfels, du Mont-d'or, et dans les pumites
et même les téplirincs d'autres contrées d'origine volcanique.
Cette variété avoit été désignée avant lui par le nom de
Felspath vitreux , et il paroît que par la composition elle
appartient au felspath de potasse. Nous l'avons déjà décrite
sous ce nom. Voyez Felspath. (B.)
SANILUM. (Bot.) Nom égyptien de la scammonée , cité
par Ruellius et Mentzel. ( J. )
SANKI. {Erpét.) Nom japonois de la tortue de terre. Voyez
Tortue. (H. C.)
SANKIRA. (Bot.) La squine, smilax China, est ainsi nom-
mée au Japon, suivant Kaempfer. (J.)
SANKITS. (Bot.) Un des noms japonois du bladhiajaponica
de Thunberg. ( J. )
SANKOU NAGOU. {Erpét.} C'est le nom d'une variété de
Naja, décrite dans ce Dictionnaire , tome XXXIV. page i36.
(H. C.)
SANNIO. (Ornith.) Cet oiseau de la Nouvelle-Zélande est
un grimpereau vert, dont la figure se trouve au Manuel
d'histoire naturelle de Blumenbach , page ^ocj de la traduc-
tion françoise , et sous le n.° 64 des grimpereaux, dans les
Oiseaux dorés de MM. Audebert et Vieillot. (Ch. D.)
SANPIÉRÉ. {Ichthjol.) Nom marseillois du poisson Saint-
Pierre. Voyez Dorée. (H. C.)
SANPRIGNANO. (Bot.) Nom provençal de la jusquiame
ordinaire, cité par Garidel. (J. )
SANPUDEN. (Bot.) Voyez Sameequier. (J.)
SANQUALIS. (Ornith.) Il paroit, d'après ce que Pline dît
de cet oiseau, liv. lo, chap. 7, que les anciens augures le
nourrissoient à Rome pour les sacrifices, et que c'étoil un
aigle de mer. ( Ch. D,}
^82 SAN
SANQUr-KOUMONG. (Bot.) C'est à Java le nom d'une
espèce d'oxalide ou surelle. (Le.m.)
SANRESANRI. {Bot.) Flacourt parle d'une herbe de ce nom
A Madagascar, dont la racine, adaainisfrée avec un mélange
de gingembre, passe pour un bon aphrodisiaque. Cette con-
formité de A^ertu avec le salep peut faire présumer que c'est
une espèce d'orcJiis. (J.)
SANS TACHE, Immaculatus. (Ichthjol.) Nom spécifique
d'un Synbranche. Voyez ce mot. (H. C.)
SANSARAI. (Ornith.) Nom égyptien d'une espèce de ca-
nard. (Ch. D.)
SANSEVIERA. {Bot.) Genre de plantes monocotylédones ,
à fleurs incomplètes , de la famille des asparaginées , de-
Vheiandrie monogynie de Linnaeus , offrant pour caractère
essentiel : Une corolle (calice, Juss. ) monopétale; le tube
filiforme ; le limbe à six divisions réfléchies en dehors; point
de corolle; six étamines insérées à la base du limbe ; l'ovaire
supérieur surmonté d'un style, d'un stigmate; une baie à
une seule semence.
Ce genre , qui d'abord faisoit partie des aletri's , en a été
séparé par Thunberg , à cause de son fruit, qui est une
baie monosperme , et non une capsule à trois loges poly-
spermes. 11 faut y rapporter les espèces suivantes :
Sakseviera en thyrse: Sanseviera thjTsiflora , Thunb. , Prodr.,
65; Willd, , Spec, 2, page lôg; Alelris guineensis , Jacq.,
Hort., tab. 84; Lamk. , III. gen. , tab. 207; Comm. , Hort.,
a , page Bg, tab. 21 ; Prœl. , 84, tab. 55. La racine de cette
plante produit des feuilles toutes radicales, droites, longues
de deux ou trois pieds, larges de quatre pouces, planes, ua
peu contournées, légèrement concaves dans leur partie in-
férieure, d'un vert foncé, parsemées de taches d'un blanc
verdàtre, qui font paroître ces feuilles tigrées comme une
peau de serpent. Les fleurs naissent sur une hampe épaisse,
cylindrique, ferme, de la longueur des feuilles, garnie, dan«
sa partie inférieure , de membranes spathacées , aiguës : elles
forment sur cette hampe , dont elles occupent les deux tiers,
un très-bel épi un peu lâche, de couleur blanche. Ces fleurs
sont disposées trois ou quatre ensemble, par petits bouquets
épars : elles ont une corolle grêle, longue d'un pouce et
SAN =83
demi, ayant ses découpures linéaires, réfléchies, roulées en
dehors; des étamines très- longues, très -saillantes; le style
fort long; le stigmate simple et petit. Cette plante croît en
Afrique, dans la Guinée.
Sanseviera de Ceilan : Sanseviera zejlanica, Willd., Spec,
2, page iSg; Roxb., Corom., 2 , page ^(3 , tab. 184; Sanse-
viera œthiopica? Thunb. , Prodr. ; Aletris zeylanica , Lamk. ,
Enc. ; Salmia spicata, Cav. , le. rar. , 3 , tab. 246 ; Aletris hja-
cinthoides, Linn., Spec. , 2 ; Aloe hjyacinthoides , Linn. , Spec,
I ; Comniel., Hort. , 2, tab. 21 ; Pluk., Almag. , tab. 266,
fig. 6 ; Liriope spicata , Lour. , FI. Coch., 248 , var. fô ^ Lamk.,
loc. cit.; Kata-Kapel , Rhéed. , Malab., 1 1 , tab. 42 ; Sanseviera
lanuginosa, Willd., loc. cit. Cette espèce, quoique très-rap-
prochée de la précédente, en est assez bien distinguée. Ses
feuilles sont également radicales, panachées de vert et d'un
blanc verdàtre ; mais elles ont constamment leur dos marqué
de lignes longitudinales ou d'espèces de nervures vertes, ca-
ractère qui ne se trouve point dans l'espèce précédente. D'ail-
leurs les feuilles de la plante dont il s'agit ici sont comme
de deux sortes : les intérieures sont plus longues, étroites,
très-pointues, canaliculées dans toute leur longueur, con-
vexes postérieurement et charnues ; les extérieures plus
courtes, plus aplanies et moins épaisses.
Une variété, dont Willdenow a fait une espèce (sanseviera
lanuginosa) , d'après la figure publiée par Rhéede , a des feuilles
fort étroites , canaliculées , charnues et marquées de lignes lon-
gitudinales ; mais ces lignes , selon Rhéede , sont lanugineuses ;
les fleurs d'un blanc rougeàtre ; elles naissent sur une hampe
plus longue que les feuilles et sont disposées deux ou trois en-
semble par petits bouquets épars, formant un bel épi dans la
partie supérieure de la hampe. Les étamines ne sont presque pas
plus longues que les divisions de la corolle. Ces plantes crois-
sent dans les lieux sablonneux de l'Inde et à Ceilan. (PoiR.)
SANSIO, SJO, JAMMA-SANSIO. (Bot.) Noms japonois
du fagara piperita , suivant Kœmpfer. 11 rapporte aussi le nom
de sansio ^our le phjsalis angulata. (J.)
SANSOGNO, SANSOUGiNE. {Mamm. et Ornith.) Ces noms
languedociens sont donnés aux parties charnues ou aux déve*
loppemens de peau qui pendit sous la tête et sur le cou
284 SAN
des animaux, telles que le fanon du bœuf, les appendices
qu'on voit sur quelques chèvres, les caroncules charnues de
la base du bec des coqs et poules, etc. On les nomme aussi
pendils. ( Desm.)
SANSON. (Bot.) Nom du hêtre à Constantinople , suivant
Forskal. (J.)
SANSONNET. (Omith.) Voyez Étourneau. (Ch. D.)
SANSOO. {Bot.) Voyez JosiA. (J.)
SANSOVINIA. {Bot.) Ce genre de Scopoli, fait sur le sta-
phylea indica de Burmann , est, selon Linnasus, congénère de
ïaquilicia dans la famille des méliacées. (J. )
SAINSSOUFÉ. {Omith.) On lit, dans le Nouveau voyage
autour du monde de F. Pages, tome 2, page 075, que les
Mexicains font avec des plumes, arrachées aux oiseaux morts
avec de fines pincettes, et attachées, avec une colle très- dé-
liée, au vélin, au papier ou sur la toile, des tableaux si par^p
faits, qu'on les prend pour de véritables peintures, et que,
parmi les oiseaux qui Iburnissent ces belles couleurs , le sans-
soufé ou sans -soudé (cinq cents voix) tient le premier rang,
(Ch. D.)
SANSUN. {Ichthjol.) Nom spécifique d'un Caranx. Voyez
ce inot. (H. C. )
SANT. {Bot.) Voyez IIorg , Schack. (J.)
SANTA CATHERINA. {Omith.) Voyez Durballa. (Ch. D.)
SANTA MARIA. {Omilh.) L'oiseau décrit par Cettî , p. 99 ,
sous le nom d'ucce/Zo santa Maria, est le martin - pêcheur
commun, alcedo ispida, Linn. (Ch. D.)
SANTAE-. {Bot.) Ce nom désigne trois sortes de bois qu'on
apporte des Indes. Le santal blanc est produit par le santa-
lum album, Linn. (voyez Santai.in); le santal rouge est donné
par le pterocarpus santaUnus, Linn. (voyez PrÉROCARrE); le
santal citrin , qui paroit être le cœur du santalum album,
Linn., déjà cité.
Il y a encore le faux santal : c'est l'écorce de l'aralia racc-
inosa, qu'on substitue au vrai santal ou santal blanc dans
l'Inde. (Lem.)
SANTALACEES. (Bo/.) Cette famille de plantes, établie
par M. Brown dans son Prodromusjlorœ iVovdf Hollandiœ, doit
faire -partie de la classe des péri -staminées ou dicotylédones
SAN 285
apétales, à ëtarnhies insérées au calice. Ell^ est formée de
plusieurs genres auparavant confondus dans la famille des
éléagnées, maintenant subdivisée en éléagnées, myrobolanées,
osyridées et santalacées. Les motifs qui ont déterminé celte
division sont consignés dans les articles des trois premières
de ces familles, déjtà mentionnées dans ce recueil, et princi-
palement dans celui des osyridées, auquel on renvoie pour
éviter des répétitions. Les santalacées tirent leur nom du San-
talum , genre décrit auparavant comme polypétale et placé
dans une famille éloignée, mais reconnu plus récemment
apétale et ramené parmi les péri-staminées. Le caractère géné-
ral de cette famille, rédigé par l'auteur, est composé de la
réunion des suivans.
Un calice supère, adhérant à l'ovaire qu'il déborde par
•son limbe, à quatre ou cinq divisions, valvaires dans la pré-
floraison, au bas desquelles sont insérées autant d'étamines à
filets distincts et à anthères biloculaires. Corolle nulle. Ovaire
simple, supère non adhérent, uniloculaire , contenant un
ou deux ovules pendans au sommet du placentaire central,
et surmonté d'un seul style terminé par un stigmate ordinaire-
ment lobé. Le fruit est une petite noix nue ou revêtue d'un
brou , ordinairement monosperme par suite d'avortement.
L'embryon cylindrique , dicotylédon , à radicule montante ,
occupe le centre d'un périsperme charnu. Les tiges sont li-
gneuses, plus ou moins élevées, souvent très -basses, rare-
ment herbacées. Les feuilles, alternes ou presque opposées,
sont simples, souvent très - petites , en forme d'écailies. Les
fleurs sont petites, axillaires au terminales, solitaires, ou en
épi , ou en ombelle.
Les genres rapportés à cette famille par M. Brown sont le
Q uinchamalium , le Thesium , leLeptomeria et le Choretrum de cet
auteur; le Fusanus, nommé Colpoon par Bergius; le Santalum,
dont le Sirinm est congénère. Il place à la suite , mais avec
doute, son Anthobolus eiVExocarptis de M. Lablllardière. M.
■Kunth y joint le Cervantesia de la Flore du Pérou. Ces trois
genres ont, comme les santalacées, un embryon renversé, à
radicule montante, renfermé dans Taxe d'un périsperme:
mais ils diffèrent principalement par l'ovaire , qui est libre,
ejitièrement dégagé du calice , et ils pourroient donner lieu
^86 SAN
à la formation dune nouvelle famille voisine , dont les
éléagnées , qui ont aussi l'ovaire libre , seroient distin-
guées par l'embryon à radicule descendante et l'absence du
'périsperme.
Outre les genres rapportés plus haut à ces deux familles,
on trouve encore dans la même section primitive VOsjris et
leisyssa, qui ont de l'atHnité avec les santalacées par leur
ovaire adhérent, leur embryon périsperme et à radicule mon-
tante , l'insertion périgyne des étamines et l'absence de la
corolle. ]\Iais VOsjris a les fleurs dioïques , un calice trifide
et chargé seulement de trois étamines; un ovaire unilocu-
laire , contenant trois ovules; le fruit monosperme par avor-
lement; l'embryon s'écartantde l'axe du périsperme, suivant
l'observation de M. Gœrtner fils. Ces différences ont motivé pro-
bablement l'omission de ce genre dans les santalacées par M.
Brown. Dans Tintention d'attirer sur lui l'attention des bota-
nistes, nous avons présenté quelques vues sur une famille à
faire sous le nom d'OsYRioÉEs (voyez ce mot) , à laquelle on
pourroit associer le Njssa, ayant beaucoup d'affinité avec les
santalacées, mais un peu diff'érent, selon M. Brown , probable-
ment à cause de ses fleurs polygames, qui le rapprochent de
ÏOsjris. Si quelque observateur s'ojccupe de ces genres , on lui
proposera de voir si le Pjrularia de Michaux, le Nannodea de
33anks et de M. Gasrtner fils, VOctariitum de Loureiro, ont
avec eux quelque afiînité, et de déterminer aussi celle que
peut avoir le Mioschilos de la Flore du Pérou avec les véri-
tables éléagnées. Enfin , en reconnoissant que le conocarpus
racemosa de Linnœus ou laguncularia àeM. Gœrtner fils appar-
tient aux myrobolanées et sert de transition entre elles et
les combretacées, il conviendra de vérifier si le conocarpus
erecta, très-diS"érent par son port et par d'autres caractères,
devra être séparé et devenir peut-être le type d'une nou-
velle famille. (J.)
SANTALIN, Santalum. (Bol.) Genre de plantes dicotylé-
dones, a. fleurs incomplètes, de la famille des onagres, Juss.,
{santalacées, Rob. Brown), de la tétrandrie monogjnie de Lin-
nseus, offrant pour caractère essentiel : Un calice persistant,
urcéolé, à quatre divisions; point de corolle ? quatre écailles à
l'orifice du calice; quatre étamines insérées sur le calice; ua
SAN 28f
ovaire inférieur,- un style; un stigmate à trois lobes; une baie
il trois loges, couronnée par les divisions du calice.
Sous les noms de santalum et de sirium , Linné avoit établi
deux genres, que M. de Lamarck croît non -seulement de-
voir être réunis en un seul , mais même appartenir à la même
plante, à laquelle il a conservé le nom de sirium. La diffé-
rence qui existoit, selon Linné, entre le sirium et le santa-
lum, consistoit en ce que, dans ce dernier, la fleur, outre
quatre écailles alternes avec les divisions du calice, avoit
encore uue corolle fort petite, insérée sur les divisions du
calice. M. de Lamarck n'admet point l'existence de cette
corolle, et comme d'ailleurs les caractères sont les mêmes
dans les deux genres, il s'ensuit que la même plante a été
décrite sous deux noms différens.
Je suis très-porté à croire que ces deux botanistes ont vé-
ritablement observé ce qu'ils annoncent l'un et l'autre, et
quoique leurs opinions paroissent contradictoires , qu'elles
ont cependant la vérité pour base. Des observations que j'ai
faites, il y a très -longtemps, sur le calice et la corolle, me
paroissent justifier celle de ces deux savans. Il existe un grand
nombre de plantes, qui, privées de corolle en apparence,
ont souvent un calice fort épais , coloré surtout en dedans
et même à ses bords, et dont les divisions , minces à leur
contour, sont beaucoup plus épaisses et vertes dans leur mi-
lieu, comme on peut le remarxjuer dans beaucoup d'espèce^
de polygonum , etc.
S'il étoit possible d'enlever cette pellicule intérieure, co-
lorée, qui déborde les folioles du calice, pourroit-on ne pas
y reconnoitre une véritable corolle, faisant corps avec le ca-
lice, et qui, quelquefois, peut exister sans être soudée avec
le calice. Dans ce cas, nous aurons le santalum et le sirium,
qui sera parfaitement la même plante, l'une avec la corolle
libre , l'autre avec cette même corolle faisant corps avec le
calice.
Remarquons de plus que, d'après Linné, les pétales, dans
le santalum , sont appliqués sur les divisions du calice et non
alternes : ce qui confirme ce que j'ai dit plus haut.
S.vNTALm A FEUILLES DE MYRTE: Santalum mjrtifoUum, Enc. ,
Lapik. , m. gen., tab. 74; Santalum alhum, Linn. , S^st.; Si-
288 SAI^
rium myrtifolium , Linu. , Mant. • Roxb. , Corom., i , inLi. 2;
Breyn., Icon., 94, tab. 5, fig. 1 ; Sanlalum album, Rumph ,
Amb., 2 , lab. 1 1. Arbre qui a l'aspect d'un myrte et dont les
tiges se divisent en rameaux étalés, roides, glabres, droits,
presque cylindriques, articulés. Les feuilles sont opposées,
pétiolécs, tendres, lancéolées, glabres, entières, vertes en
dessus, glabres en dessous, rétrécies et un peu obtuses à
leurs deux extrémités, assez larges, longues d'environ deux
pouces. Les fleurs sont petites, axillaires ; elles forment une
sorte de tige à l'extrémité d'un pédoncule commun, beau-
coup plus court que les feuilles , médiocrement ramifié. Le
calice est glabre, entier, à quatre dents aiguës , aussi lon-
gues que le tube, muni à son orifice de quatre écailles un
peu épaisses, barbues, alternes avec les dents du calice;
l'ovaire est ovale , couronné par un disque convexe , sur-
monté d'un style filiforme , de la longueur des étamines , ter-
miné par un stigmate k trois lobes, courts et obtus. Le fruit
est une baie ovale, à trois loges, couronnée par les dents
du calice. Cette plante croît dans les Indes orientales.
Le bois de cet arbre est connu dans le commerce sous
le nom de santal blanc. 11 est pesant, solide, d'une couleur
pâle , médiocrement odorant; il se fend difîicilement. On lui
préfère, pour les parfums, le santal citrin, qui appartient
à une autre plante, et le santal rouge. On nous l'apporte de
File de Timor et de Solor. (Poir.)
SANTALINE. {Chim. ) Principe immédiat du bois de santal
Tou^e {pterocarpus santalinus) , obtenu par M. Pelletier en trai-
tant ce bois, réduit en morceaux minces, par l'alcool bouil-
lant et en faisant évaporer la solution à siccité.
Propriétés.
La sanlaline est solide, rouge.
Elle se fond environ à loo*^.
Elle n'est que très-peu soluble dans l'eau , même à ehaud.
Elle se dissout bien dans Falcool, Péther hydra tique, dans
l'acide acétique, dans les solutions alcalines de potasse, de
soude et d'ammoniaque.
Les huiles volatiles de lavande , de romarin , dissolvent
une petite quantité de sanfaline.
SAN 289
Les huiles grasses ne la dissolvent pas.
La solution alcoolique précipite l'hydrochlorate d'étain eu
une laque d'un beau pourpre, elles sels de plomb en une
Jaque violette.
La solution acétique est très - astringente , elle précipite la
gélatine.
Le chlore la détruit; il la convertit en une matière rési-
neuse jaune, retenant de l'acide hydrochlorique.
L'acide sulfurique concentré la réduit en charbon.
L'acide nitrique la dissout, la décompose en matière jaune
amère, en acide oxalique, etc.
Elle se décompose à la distillation, en donnant les produits
des matières résineuses non azotées. (Ch.)
SANTALOIDES de Linnaeus, (Bot.) C'est le connarus sarf
taloides de Vahl , et le kalavel d'Adanson. (Lem.)
SANTALUM. (Bot.) Voyez Santaun. (Lem.)
SANTAN. (Bot.) Nom japonois du lilium pomponium, sui-
vant Kaempfer. (J.)
SANTÉ. (Crust.) Les crevettes de mer ou salicoques sont
ainsi nommées dans les environs de Saintes, selon M. Bosc.
C'est notre palaemon squille. (Desm.)
SANTENU. {Bot.) Nom brame du pala du Malabar, alsto-
nîa de M. Rob. Brovvn , genre de la famille des apocinées
(J.)
SANTIA. {Bol.) Ce genre de graminées, fait par M. Savi,
est le même que le poljpogon de M. Desfontaines. (J. )
SANTILITE. {Min.) Nouveau nom donné, sans motif et sans
autorité, à une variété de quarz hyalithe qui ne mérite aucun
nom spécial , et qui a cependant déjà reçu les noms de fîorite ,
d'amiatite , etc. On a prétendu dédier cette variété au doc-
teur Santi, dePise, qui paroît avoir fait connoître le premier
les exemples de ce quarz, qu'on rencontre en Toscane. Voyez
Quarz. (B.)
SANTOLINE, Santolina. {Bot.) Ce genre de plantes ap-
partient à l'ordre des Synanthérées , à notre tribu naturelle
des Anthémidées, à la section des Anthémidées-Prototypes,
et au groupe des Santolinées , dans lequel nous l'avons placé
entre les deux genres Diotis et Lasiospermum. (Voyez notre
tableau des AjsTHéMiDÉEs, tom. XXIX, pag. 179.)
47' 39
ago SAN
Voici les caractères génériques du Santolina, tels que nou5
les avons observés sur plusieurs espèces de ce genre.
Calathide subglobuleuse , incouronnée, équaliflore , multi-
flore, régulariflore , androgyniflore. Péricline convexe ou
subhémisphérique, inférieur aux fleurs; formé de squames
paucisériées, irrégulièrement imbriquées, appliquées, ovales,
oblongues, ou lancéolées, coriaces, la plupart munies d'une
bordure scarieuse. Clinanthe large, convexe ou presque hé-
misphérique , garni de squamelles inférieures aux fleurs,
demi-embrassantes , oblongues, comme tronquées au sommet,
suhcoriaces. Ovaires oblongs, épaissis de bas en haut, angu-
leux, sublétragones, glabres, ayant Taréoleapicilaire oblique-
antérieure ; aigrette nulle. Corolles à tube long, tiès-arqué
en dehors, ayant la base un peu rabattue ou prolongée in-
férieurement en un petit anneau qui ceint le sommet de
l'ovaire; limbe à cinq divisions portant chacune, derrière
le sommet, une énorme bosse calleuse, ou corne courte,
épaisse , arrondie.
Nous avons remarqué que , dans la Sanlolina chamcpcyparis-
sus, les fleurs extérieures ou marginales avoient souvent la co-
rolle à quatre divisions et les étaminesdemi-avortées: mais cela
n'est qu'accidentel. Dans la Santolina rosmarinifolia les filets
des étamines sont laminés , très-larges et même un peu co-
héreus.
On connoit une douzaine d'espèces de Santolines ; mais il
suffit de décrire ici celle qui est le type du genre , et qu'on
cultive dans quelques jardins.
Santoune petit-cyprès : Santolina chamœcj'parissus , Linn.,
Sp. pi. , pag. 1 179 ; Willd. , Sp. pi. , tom. 3 , pag. 1797 ; San-
tolina incana , Lam. et Decand. , Flore franc. , tom. /\ , p. 200.
C'est un petit arbuste en touffe ou buisson, dont la racine
produit plusieurs tiges ligneuses, grêles, hautes d'environ un
pied et demi, ram.euses , cylindriques, cotonneuses, blan-
châtres ; ses feuilles sont nombreuses , persistantes , coton-
neuses , presque tétragones, étant formées d'un axe nu à sa
base, garni du reste de quatre rangées de dents obtuses; les
calathides , composées de fleurs jaunes, sont solitaires au
sommet de pédoncules terminaux, presque nus; leur péri-
cline est pubescent.
SAN :29i
Cette plante, connue sous les noms de Garderohe, Citron-
nelle, Auronne femelle, Petit-Cyprès^ se trouve sur les col-
lines sèches rlu [.angiiedoc et de la Provence, où elle fleurit
en Juillet et Août. On la cultive dans quelques jardins, soit
cornme plante d'ornement, soit à raison des propriétés éco-
nomiques et médicinales qu'on lui attribue: son odeur forte
éloigne , dit-on , les teignes et les vers des vétemens de laine;
ses feuilles, acres et amères , passent pour être stomachiques,
vermifuges, diaphorétiques , diurétiques, etc. On la multi-
plie de marcottes et de boutures, mais elle craint la gelée et
doit être placée à l'exposition la plus chaude, ou même abritée
durant l'hiver.
Le groupe des Santolinées comprend les Anthémidées à
clinanlhe garni de squamelles et à calathide non radiée.
Dans notre tableau des Anthémidées (tom. XXIX, pag. 179)
ce groupe étoit composé des sept genres Hjmenolepis , Atlia-
nasia , Lonas , Diotis , Santolina , Lasiospermum , Anacyclus :
mais, ayant subi quelques changemens depuis la publicatioa
de ce tableau , il se trouve aujourd'hui composé des dix
genres Hjmenolepis , Athanasia , Lonas, Morysia, Diotis, San-
tolina , ISablonium , Lyonnetia , Lasiospermum , Marcelia, Le vrai
genre Anacyclus , ayant la calathide ordinairement radiée ,
est éliminé du groupe des Santolinées, et placé à la tête du
groupe des Anthémidées- Prototypes vraies, immédiatement
avant V Anthémis , en sorte qu'il se trouve à la suite du Mar-
celia, qui termine les Santolinées. (H. Cass.)
SANTOLINOÏDES. {Bot.) Ce genre de plantes, fait par
Michéli, est la santolina alpina de Linngeus. Vaillant donnoit
le même nom au genre qui est maintenant V Anacyclus de
Linnœus , voisin de la santoline et de la camomille, anthenis.
Il a été encore donné, par un autre, aux espèces de santoline
herbacées. ( J. )
SANTONICUM. (Bot.) Deux espèces de santoline {santolina
squarrosa et chamiecyparissus , Linn. ) sont désignées sous ce
nom par Valerius Cordus. (Lem.)
SANTOR. {Ichthyol.) Nom danois du Sandat. Voyez ce
mot. (H. C.)
SAN-TSl. {Bot.) Plante de la Chine, citée dans le petit
Recueil des voyages, plus estimée que le ginseng par les mé~
292 SAN
decins chinois , qui l'emploient pour toutes les pertes de sang»
(J.)
SANVx\LT. ( Bot. ) Nom brame du pœru du Malabar ,
espèce de doHc, dolichos catiang. (J.)
SANVITALIE, Sanvitalia. {Bot.) Ce genre de plantes,
établi en 1792, par M. de Lamarck , dans le Journal d'his-
toire naturelle (tom. 3, pag. 176), appartient à l'ordre dea
Synanthérëes , à la tribu naturelle des Hélianthées, et à notre
section des Hélianthées-Prototypes. Voici ses caractères , tels
que nous les avons observés sur des individus vivans , cul-
tivés au Jardin du Roi.
Calathide radiée : disque multiflore, régulariflore, andro-
gyniflore ; couronne unisériée , liguliflore , féminiflore. Péri-
cline à peu prés égal aux fleurs du disque, irrégulier; formé
de squames subbisériées ou paucisériées , inégales, imbriquées,
appliquées : les extérieures plus courtes , mais surmontées
d'un grand appendice étalé, foliacé; les intétieures obovales,
tantôt surmontées d'une petite pointe , tantôt absolument
privées d'appendice. Clinanthe conique , élevé , garni de
squamelles inférieures aux fleurs, demi- embrassantes , ob-
longues, submembraneuses. Fleurs du disque: Ovaire des fleurs
extérieures comprimé bilatéralement , obovale-oblong, à ai-
grette nulle , à surface régulièrement cannelée par de nom-
breuses côtes longitudinales, parallèles, tuberculées ou hé-
rissées de gros poils courts papilliformes ; ovaire des fleurs
intérieures privé de côtes et de tubercules , mais pourvu
d'une bordure aliforme sur ses deux arêtes , et portant une
aigrette de deux petites squamellules inégales , courtes ,
grêles, filiformes, nues. Corolle articulée sur l'ovaire, à tube
aussi large que le limbe, cylindracé , vert, hérissé de longs
poils subulés , charnus ; limbe plus long que le tube , cylin-
dracé , coloré (rouge-brun ) , glabre , à divisions étalées, semi-
ovales, un peu papillées sur la face intérieure. Étamines à
filet greffé à la partie inférieure seulement du tube de la
corolle; anthère noirâtre, munie d'un appendice apicilaire
cordiforme , et de deux appendices basilaires courts , polli-
nifères , libres entre eux, mais greffés avec ceux des anthères
voisines. Style à deux stigraatophores divergens, arqués en
dehors, demi-cylindriques p ayant la face extérieure convexe;
SAN 293
Mabriuscule , la face intérieure plane, stigmalique , unie,
comme veloutée , sans bourrelets, ni papilles sensibles , et le
sommet surmonté d'un appendice semi-conique, très-court,
à base large, à face externe hérissée de collecteurs piliformes.
Fleurs de la couronne: Ovaire triquétre , portant une aigrette
de trois sqnamellules (deux latérales, une intérieure), abso-
lument continues a l'ovaire, étalées, épaisses, subtriquètres,
lisses, spinifornies. Corolle parfaitement continue à l'ovaire,
à tube nul, à languette subcordiforme.
On ne connoit qu'une seule espèce de ce genre.
Sanvitalie COUCHÉE : Sanvitalia procumbens , Lam. , Journ.
d'hist. nat. , tom. 2, pag. 176; lllustr. gêner., tab. 686; San-
vitalia villusa , C van. , Icon. et descr. pi. , tom. 4, pag. 3o-,
Lorentea atropurpurea , Orteg. , Decad. 4. C'est une plante
mexicaine , herbacée , annuelle , à tige étalée , diffuse ou
couchée, rameuse, brune, à feuilles opposées, pétiolées,
ovales, pointues, très-entières ou dentées, trinervées, ve-
lues, d'un vert sombre, à calathides solitaires, pédonculées
ou sessiles, terminales et axillaires, ayant la couronne d'un
beau jaune doré et le disque brun.
Cette plante ayant été envoyée par M. Gualteri au Jardin
botanique de Paris, M. de Lamarck la décrivit, en 1792,
dans le Journal d'histoire naturelle , comme un nouveau
genre , sous le nom de Sanvitalia , qui probablement lui avoit
été donné par M. Gualteri, et qui, selon Ventenat (Tabl. du
règne vég. , tom. 2 , pag. 629) , désigne une famille de Parme.
Quelques années après, M. de Lamarck inséra dans ses Illus-
trationes generum une ligure delà même plante, qui pendant
ce temps là fleurissoit dans le Jardin de Madrid, où Cava-
nilles la décrivoit comme un nouveau genre. Mais avant de
publier sa description , ce botaniste ayant vu sa plante figurée
dans les Illustrationes de M. de Lamarck, sous le nom de San-
vitalia , adopta ce nom générique dans le 4.'' volume de ses
Icônes et descriptiones , publié en 1797. Cependant, comme les
figures des Illustrationes ne portent que des noms génériques,
sans dénominations spécifiques, et comme Cavanilles ne con-
noissoit point le Journal d'histoire naturelle , il nomma la
plante Sanvitalia villosa au lieu de Sanvitalia procumbens , et il
proclama hautement que si M de Lamarck étoit l'auteur
^94 SAN
du nom générique , lui Cavanilles ëtoit l'auteur du caractère
du genre et de sa description, ajoutant que sa figure du San-
vilalia. dessinée sur un individu vivant, étoit plus complète
que celle de M. de Lamarck. Dans le même temps Orlega pu-
blioit la même plante , comme un nouveau genre , sous le nom
de Lo7-entea atropurpurea , dan& sa 4.* décade, qui a paru en 1797.
Il résulte de cet exposé historique ou chronologique, que
M. de Lamarck doit être considéré comme le véritable au-
teur du genre dont il s'agit, et que la plante qui le constitue
doit conserver son premier nom , générique et spécifique, de
San\>ifaUa procumbens.
Les caractères génériques du Sanvitalia, tels que nous les
avons tracés dans cet article d'après nos propres observa-
tions . offrent plusieurs particularités fort remarquables. Les
ovaires d'une même calathide se présentent, suivant leur si-
tuation , sous trois formes très-différentes : ceux de la cou-
ronne sont triqu^tres et portent une aigrette de trois squa-
mellulesspiniformes, d'où résulte une analogie apparente avec
notre Pinardia { tom. XLI, pag. 40); les ovaires extérieurs
du disque sont comprimés, privés d'aigrette , et régulière-
ment cannelés , comme ceux des Flaveria et Broiera; les ovaires
intérieurs, comparables à ceux du Ximenesia, ne sont point
cannelés, mais bordés ou ailés, et munis d'une aigrette de
deux petites squamelluies filiformes et nues. Les corolles de
la couronne ne sont point articulées sur l'ovaire, mais par-
faitement continues avec lui, comme celles des Zinri;fl, et leur
tube est nul. Les corolles du disque semblent avoir quelque
analogie avec celles des Anthémidées. Les filets des étamines
ne sont greffés qu'à la partie inférieure du tube de la co-
rolle, comme dans les Anthémidées. Les deux bourrelets stig-
matiquessont entièrement confluens, de manière à ne former
qu'une seule lame indivise sur la face intérieure des stigma-
tophores. Enfin , le port et toutes les apparences extérieures
attirent la Sanvitalie dans la section des Rudbéckiées , tandis
que les caractères des ovaires intérieurs du disque et de leur
aigrette la fixent dans la section des Hélianthées-Prototypes.
Ainsi , le Sanvitalia est , comme le Tithonia, un genre ambigu,
démontrant l'intime alliance qui existe entre ces deux sections.
Ceci nous fournit l'occasion de confirmer une conjecture
SAN 29»
que nous avions émise (tom. XXXV, pag. 278), en disant que
VHelianthus tubœformis de Jacquin étoit probablement une
seconde espèce de Tithonia, et qu'il falloit la nommer Tilho-
nia tubceformis. Cette conjecture n'étoit fondée que sur des
ressemblances extérieures, et sur une mauvaise figure du fruit,
grossièrement représenté dans VHortus schœnbrunnensis. Mais,
plus récemment, nous avons examiné, dans l'herbier de M.
Desfontaines, un échantillon d'He//anf/iu5 tubœformis, et en
le comparant à un échantillon de Tithonia tagetijlora, nous
avons reconnu , 1.° que, dans ces deux plantes, le pédoncule
est épais, renflé, fistuleux ; 2.° que la structure du péricline
est absolument semblable dans l'une et dans l'autre; 3." que
les squamelles du clinanthe et les fleurs de la couronne offrent
la même analogie; 4.° que, dans ÏHel. tubœformis ,V aigrette
est stéphanoïde, membraneuse, très -irrégulièrement décou-
pée et lacérée, munie d'une longue squamellule filiforme,
barbellulée; 5.° que dans cette même plante les corolles du
disque sont cylindracées, à tube très-court, à base du limbe
velue. Malheureusement la calalhide que nous avons analysée
n'étoit qu'à moitié fleurie, trop comprimée, et ravagée parles
insectes, ce qui nous a empêché d'observer suffisamment et
de décrire exactement toutes ses parties. Nous regrettons sur-
tout de n'avoir pas pu bien reconnoître la forme tétragone des
ovaires, parce qu'ils étoient trop jeunes, entièrement aplatis
et collés ensemble ou avec les squamelles, par l'action de la
presse. Quant au clinanthe, il nous a paru être plan, tandis
que celui du vrai Tithonia est conique ; mais nous avons lieu
de croire que , dans ces deux plantes, l'élévation du clinanthe
ne se manifeste qu'à une époque tardive. En résumé, sauf la
forme du clinanthe et celle des ovaires, qui restent plus ou
moins douteuses, il y a conformité parfaite ou extrême ana-
logie dans tous les caractères génériques des deux plantes que
nous comparons. Peut-on encore hésiter à rapporter l'HeZian.-
ihus tubœformis au genre Tithonia? (H. Cass. )
SANZENELAHÉ , SANZENÉ VAUÉ. (Bot.) A Madagascar
on nomme ainsi, selon Flacourt, un bois qui a une forte
odeur de cumin et dont les fleurs sont très- recherchées par
les abeilles. Leshabitans emploient ce bois comme vulnéraire
et fébrifuge. (J.)
«96 SAO
SAOGOUK. (Ornilh.) On appelle ainsi, en Norwége , le
torcol , yunx torquilla, Linn. (Ch. D.)
SAOÙACOU. (Ornith.) Voyez Savacou. (Ch. D. )
SAOUARI. (Bot.) Le genre de ce nom, fait par Aublet,
a été depuis long-temps réuni par nous au pekea du même
auteur. C'est le même que le rhizobolus de Gœrtner, et plus
récemment on a reconnu que c'est encore le caryocar de Lin-
nasus. (J.)
SAOUBIA. (Bot.) Nom languedocien de la sauge officinale,
selon Gouan. (J. )
SAOUKENO. (Ichthjol.) Sur le littoral languedocien de
la Méditerranée on donne ce nom à la jeune dorade. Voyez
DoRAnE. (H. C.)
SAOUZE. (Bot.) Nom languedocien, cité par Gouan, du
salix viteUina. ( J. )
SAP. (Bot.) Nom vulgaire du sapin dans la Provence, sui-
vant Garidel. (J.)
SAPAHAKA-APOLLl. {Bot.) Nom galibi du triplaris ame-
ricana d'Aublet, observé par lui dans la Guiane. ( J. )
SAPAJOU ou SAJOU. [Mamm.) Erxlebcn a fondé, sous
le nom de Ce.'bus, un genre particulier de singes du nouveau
continent, auquel on a appliqué la dénomination françoise
de Sapajou ou de Sajou. Ce genre des Sapajous éloit caracté-
risé surtout par la propriété préhensile de la queue des ani-
maux qu'il renfermoit, et ce caractère le distinguoit des cal-
lithrix du même auteur, dont la queue est toujours lâche et
non prenante. Le genre Sapajou, ou Cebus, se composoit donc
primiiivement de singes que nous nommons maintenant aloua-
tes, atèles et sapajous proprement dits. Celui des Callithrix
renfermoit les sakis , les sagouins et les ouistitis.
Nous avons déjà traité de tous les callithrix d'Erxleben ,
aux articles Sagoin , page 9, Ouistiti, page 17 , et Saki,
page 38 de ce volume. Les précédens comprennent l'histoire
des Alodates et des Atèles , dans l'ordre alphabétique de
leurs noms ; conséquemraent il ne nous reste plus à faire
connoitre que les sapajous proprement dits pour terminer
la description des singes américains: c'est la tâche que nous
allons remplir.
Les sapajous sont des singes de taille un peu au-dessous de
SAP 297
la moyenne, qui sont gënëralement connus sous le nom de
singes capucins , et qu'on élève de préférence à tous autres ,
à cause de la douceur de leur caractère et du moins de pétu-
lance de leurs mouvemens. On les reconnoît d'abord par la
forme ronde de leuf tête, souvent couverte d'une calotte de
poils plus foncés en couleur que ceux du reste du corps et
ensuite par leur longue queue, toujours recourbée à l'ex-
trémité et en dessous, et formant ainsi le crochet. Leur
voix, qui est un petit cri, a de la ressemblance avec celle
d'un oiseau.
Comme tous les singes américains, ils ont les narines for*
écartées l'une de l'autre et ils manquent de callosités et d'aba-
joues ; comme toutes les espèces frugivores de ceux-ci, ils
ont six molaires à chaque côté des mâchoires, au lieu de
cinq, qu'on trouve dans tous les singes de l'ancien monde et
dans les espèces insectivores de l'Amérique méridionale, telles
que les ouistitis et les tamarins.
Leur tête est dépourvue des crêtes qui caractérisent plusieurs
genres de singes de l'ancien continent et les alouates parmi
ceux du nouveau; et ils n'ont pas, comme ces derniers, le
crâne pyramidal , la mâchoire inférieure excessivement haute
et le corps hyoïde transformé en un vaste tambour osseux ;
leur angle facial est d'environ soixante degrés; leur museau
est court; leur front un peu prééminent; leurs yeux, médio-
crement ouverts, sont ceux d'animaux diurnes, et présentent
ainsi quelques différences avec les yeux des sakis, et notam-
ment du nocthore douroucouli; leurs oreilles sont arrondies;
ils ont le corps assez mince , et leurs bras et jambes sont alon-
gés , mais beaucoup moins que les mêmes parties dans les
atèles, dont ils ne présentent pas l'excessive maigreur. Leurs
mains des membres antérieurs sont toujours complètes, c'est-
à-dire pourvues d'un pouce alongé et opposable aux autres
doigts, lequel manque ou n'est que rudimentaire dans les
singes précédens. Ils ont les ongles généralement courts et
demi -convexes.
Le caractère de la queue, longue, musculeuseet prenante,
est, ainsi que nous l'avons dit, commun aux atèles , aux
alouates et aux sapajous; mais la queue des sapajous diffère de
celle des animaux des deux autres genres, en ce qu'elle est
=98 SAP
velue dans toute son étendue et non pourvue d'une place dé-
nudée et semblable à la peau du dessous d'un doigt, vers son
extrémité.
Le système dentaire des sapajous ne diffère point sensible-
ment de celui des Ateles , des Alouates et des Sagoins pro-
prement DITS, aux articles desquels nous renvoyons, pour
n'en pas répéter la description. Nous nous bornerons à dire
ici que leurs quatre incisives sont aplaties et que les supé-
rieures ont plus de largeur que les inférieures; que leurs ca-
nines sont quelquefois assez saillantes au-dessus des autres
dents e( surtout dans les màles; et que leurs molaires , dont
la couronne est garnie de tubercules mousses , présentent
quelques légères différences avec celles des Sakis (voyez cet
article) et n'ont pas de pointes saillantes comme celles des
ouistitis.
Le poil de ces animaux est généralement assez court, doux ,
non luisant, et n'offre point les couleurs vives et variées qui
sont un attribut de celui des sagoins. Ses teintes restent tou-
jours dans les limites du brun plus ou moins foncé et du gris.
Comme tous les autres singes de l'Amérique méridionale ,
c'est-à-dire des Guianes , du Para, du Brésil et du Paraguay,
les sapajous forment de petites troupes qui voyagent de
branche en branche sur les arbres des A'^astes forêts des pays
que nous venons de nommer, vivant de fruits, et mangeant
aussi des insectes et des œufs d'oiseaux, lorsqu'ils rencontrent
des nids.
Dans ces derniers temps on a beaucoup multiplié les es-
pèces de ce genre , et nous soupçonnons que plusieurs d'entre
elles ont été établies sans fondement; mais , comme nous n'a-
vons pas à notre disposition les moyens de réaliser notre con-
jecture , nous serons obligés d'admettre ici toutes celles qu'on
a distinguées.
Le Sapajou robuste, ou Mico brun {Cebus robustus, Desm.,
Mamm. , esp. 60) , est une des espèces nouvellement fondées par
le prince de Neuwied , qui nous paroissent le plus susceptible
d'être admises définitivement. C'est un singe dont la longueur
totale de la tête et du corps, ensemble, est d'un pied sept à
huit pouces, et dont la queue est longue d'un pied cinq
pouces. 11 a la tête ronde et forte , la face brunâtre , les joues
SAP :^9î,
garnies de très-petits poils gris, les canines très -fortes dans
l'adulte, les incisives égales entre elles aux deux mâchoires,
mais les supérieures d'un tiers plus larges que les inférieures;
les poils du sommet de la tête bruns et s' avançant sur le front ,
où ils forment un angle arrondi; le haut des tempes nu ; une
ligne de poils bruns entourant la face et se portant de cha-
que côté de la tache brune du sommet de la tête jusque sous
le menton, qui est de la même couleur, à l'exception de sa
pointe, où il y a des poils gris; le derrière du cou brun ,
comme le vertex ; les épaules , les bras , le dessous du cou et la
poitrine couverts de poils d'un jaunâtre qui est plus clair sur
la face externe des bras qu'ailleurs; les avant-bras, les mains
antérieures, les cuisses, les jambes et les mains postérieures
revêtus de poils d'un brun foncé, dont la pointe est légère-
ment dorée ; le dos brun , avec une ligne moyenne plus foncée
principalement sur les lombes ; le dessous du cou et le ventre
d'un roux marron ; la queue dun brun cendré.
Les femelles et les jeunes individus mâles différent seule-
ment des mâles adultes , tels que celui que nous venons de
décrire, par une teinte plus claire des poils des parties in-
férieures du corps.
Ce singe, commun au Brésil, ne dépasse pas le Rio-Doce
vers le midi.
Le Sapajou sajou ( Cebus apella, Desm. , Mamm., esp. Gi ;
Simia appella , Linn.; le Sajou brun, Buff"., Hist. nat. , tom.
i5 , pi. 4 ) est l'espèce la plus anciennement connue et celle
que l'on voit d'ordinaire en Europe. 11 n'a guère qu'un pied
de long , et sa queue a un pied deux pouces. Il a la tête
ronde; le pelage généralement brun, la plupart des poils
étant de cette couleur et ayant la pointe ou la dernière par-
tie de leur longueur d'un brun fauve; le dessus du front et
le sommet de la tête d'un brun noir foncé ; le dessus du cou
et du dos, les lombes, la face supérieure de la queue, d'un
bout à l'autre, d'un brun noirâtre; les côtés du corps , le
dessous et les côtés de la queue , les avant-bras, les cuisses ,
les jambes et les quatre pieds , mêlés de brun , de noir et de
jaunâtre ; la partie externe des bras d'un brun mêlé de jaunâtre
moins clair que dans le sapajou robuste; les poils du tour
de la face souvent un peu plus foncés que les autres. Les
3oo SAP
deux incisives intermëdiaires supérieures plus larges, plus
plates et moins pointues que les latérales; les incisives infé-
rieures plus étroites et les latérales d'entre elles plus longues
que les intermédiaires.
Selon le prince Maximilien de Neuwied , le sajou brun ha-
bite la Guiane françoise et la terre ferme , mais non pas le
Brésil.
Les individus de cette espèce qu'on apporte en Europe ,
n'ont pas la pétulance des guenons et des macaques, et pa-
rnissent susceptibles de prendre de l'attachement pour les
personnes qui les soignent, et de l'aversion pour celles qui
les tourmentent. Leur adresse est extrême , et dans tous leurs
mouvemens ils emploient leur queue , tant/St comme un ba-
lancier pour conserver l'équilibre , tantôt comme un crochet,
comme une main , pour saisir les moindres saillies qui peu-
vent leur servir de points d'appui. Depuis quelques années,
on voit dans les rues de Paris plusieurs de ces animaux , dres-
sés par de jeunes Savoyards , monter sur les façades des mai-
sons, jusqu'au troisiènie étage, pour recueillir des aumônes ,
en se servant de leurs quatre mains et de leur queue, avec
lesquelles ils s'attachent aux conduits des gouttières, aux
rampes des croisées, aux rainures qui séparent les pierres de
taille, aux cordes des lanternes, etc.
Les sapajous sont lubriques, et s'attachent généralement à
des personnes de sexe opposé au leur; ils sont sales et fri-
leux; silencieux pour l'or'iinaire, et faisant entendre seule-
ment de temps à autre un petit sifflement, mais élevant la
voix, qui devient glapissante , lorsqu'ils sont contrariés , et
prononçant alors d'une manière articulée quelques syllabes
tien distinctes, telles que celles-ci: pi, ca , rou .- pi ca rou ,
etc. Ils ont quelquefois produit en France.
Sapajou gris: l ebus griseus ,Desm., Mamra. , esp. 62 ; Sajou
GRIS de BuflTon , Hist. nat., tom. i5, pi. 5. Il est de la taille
du sapajou sajou. Son pelage est généralement d'un brun
fauve mêlé de grisâtre en dessus, et d'un fauve clair en des-
sous; le sommet de la tête est noirâtre; la face est en par-
tie brune et en partie rougeàtre ; les poils du tour du visage
sont d'un gris blanchâtre: il y en a de fauves sur les joues,
et ceux du milieu, parmi ces derniers, ayant une pointe
SAP Soi
noirâtre, forment une petite bande de cette couleur de cha-
que câté; le menton n'a pas de barbe; la face externe des
bras et des cuisses et la première partie de la queue sont du
même brun fauve mêlé de gris, qui existe sur le dos; le reste
de la queue eat d'un gris mêlé de noirâtre ; les quatre mains
sont noirâtres.
La plus grande ressemblance se fait remarquer entre le
sajou brun et cette espèce, qui ne paroit guère en différer
que par la teinte plus grisâtre de son pelage et la couleur
plus foncée de ses avant -bras. Ce dernier caractère la rap-
proche de la suivante, avec laquelle même M. Geoffroy l'a-
voit réunie, mais qui en diffère néanmoins par la présence
d'une barbe sous le menton , qui lui manque complètement.
M. Frédéric Cuvier a décrit et figuré , sous le nom de
sajou gris (Mamm. lith., 12.* livraison), un jeune singe qui
a de la ressemblance avec celui que nous avons décrit ci-des-
sus, d'après Buffon ; mais qui s'en distingue cependant par du
blanc sur le cou et la poitrine, sur le haut des bras et sur la
face antérieure de l'avant-bras.
Le Sapajou barbu de M. Geoffroy ( Cehus larlatus, Desm. ,
Mamm., esp. 63), décrit par Audebert comme une variété
du sapajou saï, est encore de la même taille que les deux pré-
cédens, et ses formes sont très-semblables aux leurs. Les ca-
nines du mâle sont très-grandes , et , dans tous les individus
que nous avons observés, les incisives sont égales entre elles,
tant les supérieures que les inférieures, mais les premières
sont beaucoup plus larges que les dernières; la face est nue,
obscure, avec quelques petits poils jaunes, épare sur son mi-
lieu ; les poils du front et du vertex sont courts et dirigés en
arrière, de couleur jaune de paille; ceux de Tocciput sont
bruns; les poils du côté extérieur des joues et ceux du men-
ton sont beaucoup plus longs que les autres, touffus, un peu
crépus , et forment une barbe rousse, qui manque aux sapa-
jous bruns et gris; la poitrine et le ventre n'ont que peu de
poils de couleur rousse; toutes les parties supérieures sont, au
contraire , bien fournies de poils longs, moelleux, d'un rous-
sàtre teint de gris pâle, ce qui est dû à ce que chacun d'eux,
généralement de la première couleur, est terminé par la se-
conde; les extrémités postérieures et la queue sont d'un roux
302 SAP
châtain, parce que le gris y est moins abondant ; le poil du
dessus des mains est un peu plus brun que celui des bras.
Dans les jeunes individus le pelage est d'un gris jaunâtre li-
vide, plus foncé en dessus qu'en dessous.
Un individu d'un blanc légèrement lavé de jaunâtre, qui
paroît se rapporter à cette espèce, avoit d'abord et-' distingué
par M. Geoffroy sous le nom de Sapajou blanc, Cebus albits.
M. Kuhl a aussi regardé comme variété de ce même singe un
sapajou tout blanc, avec le dessus de la tête et les patles
postérieures teintes d'un gris roussàtre pâle.
M. de Humboldt ne considère pas cette espèce et la précé-
dente comme étant différentes de celle du sajou brun.
Le Sapajou ou Sajou a pieds dorés (Cebus chrjsopus, F.
Cuv., Mamm. lith., 5i.^ livraison) est un singe qui ne peut
être rapproché que du sapajou gris, du sapajou barbu, du
sapajou fauve ou du sapajou ouavapavi. La belle couleur
dorée de ses quatre pieds le distingue également de tous. Sa
tête est très-grosse ; sa face couleur de chair, un peu tannée et
entourée d'un cercle de poils blancs ; son vertex et son occiput
sont d'un brun grisâtre ; la partie moyenne de son dos est de la
même couleur; les côtés des épaules et ses flancs sont d'un gris
jaunâtre très-doux à la vue , et les parties inférieures du
corps blanches; sa queue, de la couleur du dos à son ori-
gine et en dessus, est terminée de blanc. 11 est de l'Amérique
méridionale.
Sapajou fauve : Cebus fulvus , Desm. , Mamm. , esp. 67 ; Cebus
Jlavus , Geoff. ; Simiaflava, Schreb. , tab. 3i, B. Il est inter-
médiaire, pour la taille, au sapajou brun et au sapajou saï.
Sa tête est assez petite; sa face nue, mais parsemée de petits
poils grisâtres très-Hns; le vertex et l'occiput sont d'un gris
fauve, passant au brun très-clair; des poils jaunâtres assez
rares sont répandus sur le front et en avant des oreilles; toutes
les parties supérieures du corps sont d'un fauve seulement
un peu plus foncé sur le milieu du dos que sur les flancs ;
tout le dessous est de la même couleur, mais peu poilu; la
queue , qui est longue comme le corps, est couverte de poils
fins, d'un fauve brunâtre en dessus et d'un fauve très-clair
en dessous ; les membres ont leur extrémité légèrement plus
foncée que leur base. Un jeune individu de cette espèce
SAP 3o5
avoît le dessus de la iête roux, le milieu du dos, la queue
et les membres d'un roux châtain, avec le reste du pelage
jaune.
Cette espèce est du Brésil.
Le Sapajou ouAVAPAVide M. de Humboldt {Cehus alhifrons ,
GeofF. : Desm., Mauini. , esp. 62) est un singe que M. de Hum-
boldt (Rec. d'obs. zool. , p. 023) a rencontré en grandes trou-
pes dans les environs des cascades de TOréncque, près de
Maipures et d'Atures. Il est de la taille du sapajou brun. Son
pelage est grisâtre , plus clair sous la poitrine et le ventre ,
plus foncé sur les extrémités, qui sont d'un brun jaunâtre;
le sommet de la tête est d'un gris tirant sur le noir ; le front
et les orbites sont d'un beau blanc ; le reste de la face est
d'un gris blanchâtre ; les yeux sont bruns et très-vifs: les
crtilles rebordées et poilues; la queue est de la longueur du
corps, cendrée en dessus, blanchâtre en dessous et d'un brun
noir à l'extrémité. M. de Humboldt dit de ce sapajou qu'il est
doux , agile et peu criard.
Sapajou coiffé ou Sapajou trembleur : Cehus frontatus , Kuhl-
Desm., Mamm., esp. 64; Singe a queue touffue ? Edw., Glan.,
p. 3i2; Simia trépida, Linn.; Cehus trepidus , GeoflF. Encore
de la taille du sapajou brun, celui-ci est particulièrement
car'.ctérisé par la disposition des poils de son front et la
teinte de brun noir presque uniforme de son pelage. Il a la
tête médiocrement grosse ; la face obscure, nue, parsemée,
autour de la bouche, de petits poils blancs; les poils de son
front sont très-serrés, relevés, d'un noir presque pur, et
cette couleur se répand aussi de chaque côté de la tête , en
formant une bande étroite qui passe sous le menton. Les poils
des parties supérieures du corps sont d'un brun noir, qui de-
vient plus obscur sur les extrémités que partout ailleurs; le
dessous du cou et de la poitrine sont peu garnis et or»t une
teinte moins foncée; les mains antérieures sont couvertes de
poils très-fins d'un blanc grisâtre; la queue est d'un brun
très-foncé dans toute sa longueur et terminée de noir.
Le Sapajou ou Sajou nègre de Buffon , Hist. nat. , Suppl. ,
tom. 7 , pi. 28 (Cehus niger, GeofF. ; Desm. , Mamm. , esp. 65),
est de la taille du sapajou brun, et M. de Humboldt le re-
garde comme une simple variété de ce singe. 11 a le pelage
3o4 SAP
d'un brun foncé ; la face nue et noire, avec quelques poiis
bruns épars ; les poils du haut du front relevés, quelques-uns
d'entre eux étant jaunâtres, ainsi que ceux de la partie pos-
térieure des joues; il n'y a point de poils blancs à l'entour de
la bouche, comme dans le précédent ; les mains et la queue
sont entièrement noirs.
Sapajou varié : Cebus variegatus , Geoff, ; Desm. , Mamm. ,
esp. 66 ; Simia variegala, Humb. , Rec. d'obs. zool. , esp. 17.
Toujours de la taille des précédens, ce sapajou a la face d'un
brun livide , parsemée de petits poils épars, grisâtres ; les
poils du sinciput de longueur égale , nombreux , et perpen-
diculaires à la tête, mêlés, par place, de noir, surtout vers
le front, où cette dernière couleur forme des taches assez
variées; le tour des oreilles grisâtre ; les côtés de la tête bru-
nâtres; les poils du menton peu nombreux et gris; le dessus
du dos d'un gris mêlé de roussâtre et de noir, provenant des
couleurs dont les poils sont annelés; quelques-uns de ceux-ci
ayant la pointe dorée; les parties postérieures légèrement la-
vées de brun; la face externe des bras d'un gris blanchâtre;
les avant-bras d'un gris noirâtre, ainsi que les extrémités pos-
térieures, en entier, et la queue. Le pelage est doux et un
peu laineux.
Sapajou LUNULE: Cebus lunatus, Kuhl ; Desm., Mamm., esp.
69. Ce singe , dont les dimensions sont semblables à celles du
sajou brun , a été distingué spécifiquement par M. Kuhl , d'a-
près l'examen d'un individu conservé dans la collection de
l'académie de Heidelberg. Son pelage est généralement noi-
râtre ; sa tête et ses pai-ties antérieures sont noires; ses joues
sont marquées chacune d'une tache blanche en croissant, qui
joint le sourcil à l'angle de la bouche du même côté.
Sapajou a poitrine jaune : Cebus xanthosternos , pr. Maxim,
de Nçuw. ; Desm., Mamm., esp. 70. Ce singe, trouvé parle
prince Maximilieu de Neuwied au Brésil, entre le lô.*^ de-
gré 3o minutes latitude sud, et le fleuve Belmonte , est un
peu plus grand que le sapajou cornu. Son pelage est châtain,
avec le dessous de son cou et sa poitrine d'un jaune roussâtre
très-clair; sa face et son front sont d'un blanc jaunâtre; une
ligne de poils noirs ou d'un gris brun entoure la face; la
queue est très-robuste; les membres sont musculeux et noirs.
SAP 3o5
Sapajou ou Sajou cornu: Cebus fatuellus , GeofF. ; Desm. ,
Mamm. , esp. 7 1 ; Sajou cornu , Buff. , Hist. nat. , Suppl, , tom.
7, pi. 29; Simia fatuellus , LInn. Ce singe a quatorze pouces
de longueur et sa queue en a autant. Il est surtout caractérisé
par deux forts pinceaux ou aigrettes de poils noirs placés aux
deux côtés du front , dirigés vers le haut et formant un angle
entre eux. La tête est oblongue ; le museau épais, couvert de
poils d'un blanc sale; les oreilles sont grandes et nues ; les
poils de la base et des cAtés du front, ceux des joues, sont
blanchâtres, avec quelques nuances de fauve; ceux de l'oc-
ciput sont noirs, comme les aigrettes du front, mais moins
longs, et s'étendent pour former une pointe sur l'extrémité
du cou ; le dos est d'un roux marron , mêlé de brun et de gri-
sâtre , ainsi que la face externe des cuisses , dont l'intérieure
est grisâtre; la ligne de l'épine est marquée par une bande
longitudinale plus foncée, et qui s'étend depuis le cou jus-
qu'à l'origine de la queue; cette dernière partie est couverte
de poils noirs; les lianes ont des poils fort longs et leur cou-
leur est d'un fauve foncé , qu'on retrouve aussi sous le ventre ;
les bras, depuis l'épaule jusqu'au coude, et une partie de la
poitrine sont d'un fauve jaunâtre plus clair que le dos et les
flancs; les poils du dessus des pieds et des mains sont noirs.
M. de Humboldt pense que ce sapajou ne diffère pas spé-
cifiquement du sapajou brun ; mais nous ne partageons pas
son opinion.
Cette espèce a été trouvée à la Guiane françoise.
Sapajou a toupet: Cehus cirrifer , Geoff. ; Desm., Mamra. ,
esp. 72. Il est de la taille du sapajou brun, ou même un peu
plus grand, et la longueur de sa queue est égale à celle du
corps. Il a la tête grosse, courte et ronde; la face brunâtre
et parsemée de petits points blanchàtr^es ; les poils du front
et du sommet de la têtt d'un noir brun, formant un toupet
très-relevé et dirigé obliquement en arrière; les parties pos-
térieures des joues d'un blanc sale jaunâtre ; les côtés de la
tête brunâtres; le menton, le dessous du cou et les autres
parties inférieures du corps couverts de poils d'un brun rous-
sâtre ; le dos d'un brun châtain foncé ; les extrémités des
quatre membres et la queue d'un brun marron tirant sur le
noir; la face externe des bras et le dessus du cou légèrement
47. 20
oo6 SAP
lavés de roussâtre : le poil est partout bien fourni , doux et
moelleux.
Sapajou sa'I -.Cebus capucinus, GeoiF.: Desrn. , Mamm. , esp.
73; Saï, Buff. , Hist. nat. , tom. i5,pl. S; Simia capucina ,
Linn. C'est, après le sapajou brun, l'espèce la plus ancien-
nement distinguée. Il est un peu plus grand que ce singe ,
et sa queue est dans les mêmes rapports de grandeur que la
sienne, c'est-à-dire qu'elle dépasse un peu en longueur celle
du corps.
Le sai, dont le nom se trouve aussi écrit çay dans les des-
criptions des voyageurs, a la tête petite, arrondie; le museau
gros et court; le bord des orbites saillant du côté interne;
les oreilles grandes et nues; la face pâle, parsemée de très-
petits poils noirâtres; les poils du sommet de la tête assez
courts, à l'exception de ceux du vertex et du haut de l'occî'^
put, qui sont de couleur noire et qui forment une calotte
de cette couleur, bien marquée, tous les autres étant d'un
gris blanc ; une ligne noire de poils descendant de la calotte
noire du sommet de la tête , traversant le front dans son mi-
lieu et venant s'arrêter à la racine du nez ; les poils des côtés
du front, des joues, des épaules et de la face externe des bras,
d'un gris pâle; la face interne de ceux-ci plus foncée ; une
ligne brune à la face postérieure des avant-bras ; le dessus du
corps et les flancs d'un gris-brun assez uniforme; la face ex-
terne des cuisses aussi brune et plus foncée que l'interne ,
mais ayant la pointe des poils qui la recouvrent d'un jaune
pâle; les pieds et les mains d'un brun obscur; la queue
brune.
L'espèce du saï a été regardée cemme douteuse par plu-
sieurs naturalistes, et notamment par M. G. Cuvier, qui la
rapportoit à l'espèce du sajou brun. Néanmoins elle en diffère
pour le moins autant que la plupart de celles qui ont été
distinguées dans ces dernières années; et son caractère prin-
cipal consiste dans les teintes de son pelage plus grises et
plus prêtes de passer à l'olivâtre que celles du sajou brun,
qui tirent principalement au brun ; dans l'absence de là
ligne brune qui entoure la face de ce dernier; dans la ligne
brune qui descend jusqu'à la base du nez, et dans la couleur
gris- clair du front, des joues et des épaules.
SAP 3o7
Le saï est d'un naturel doux et timide ; il fait souvent en-
tendre un petit cri plaintif, qui lui a valu la dénomination
de singe pleureur , par laquelle il a été désigné quelquefois.
Il est facile à apprivoiser, et a d'ailleurs toutes les habitudes
naturelles du sajou brun. 11 répand une odeur musquée par-
ticulière. Sa patrie est la Guiane.
Sapajou a gorge blanche : Cebus liypoleucus, GeofF. ,' Desm.,
Mamm. , esp. 74 ; Saï a gorge klanche , Buff. , Hist. nat. , tom.
i5 , pi. g. Il est un peu plus petit que le précédent. Dauben-
ton le représente assez fidèlement en disant qu'il a la tête
ronde ; le museau gros et court ; les yeux grands; les oreilles
amples; le nez élevé à sa racine; la face pâle et presque entiè-
rement nue; les poils du front, des tempes , des joues, des
oreilles , du menton , du dessous et des côtés du cou, de la
partie antérieure de l'épaule, de la face externe des bras et
du milieu de la poitrine , d'un blanc sale et jaunâtre; la face
interne des bras et des cuisses avec des poils blancs et des
poils noirâtres , et tout le reste du pelage , c'est-à-dire le
dessus de la tête et du cou , le dos , les flancs, le ventre et
les extrémités des membres d'un brun foncé, qui passe au
noir sur la queue.
Quelques individus ont la partie blanche du front plus
étendue que les autres, et plusieurs ont les parties brunes du
pelage variées de teintes grises. Il paroît que c'est à cette
espèce qu'il faut rapporter le singe dont M. de Humboldt a
donné la description , sous le nom de cari blanco de Rio-Sinu.
(Desm.)
SAPAJOU COirFÉ. [Mamm.) Le singe qu'on a désigné
vaguement sous ce nom, paroît être la guenon à camail de
Bufl'on , dont lUiger a fait le type de son genre Colohus.
(Desm.)
SAPAJOU FOSSILE. (Erpét.) Des ossemens fossiles mal dé-
terminés ont été regardés comme venant d'un sapajou ou
d'une guenon, bien qu'ils appartinssent à un reptile saurien
du genre Monitor de M. Cuvier. (Desm.)
SAPAN. {Mamm.) Mammifère du genre des Polaîouches
ou écureuils volans. (Desm.)
SAPANQUE. (Bot.) Nom de pa)^s du Stjioceras Kunthia-
num, décrit dans le ]Soi>a gênera de M. Kunth, genre de 1»
3o8 SAP
famille des euphorbiacées , lequel croît au bas du mont Tu-
guraga, dans la province de Quito en Amérique. (J.)
SAPENOS. (Min.) C'est, suivant Pline, une des variétés
de Paméthyste, d'un bleu plus clair que le Sacondios, autre
variété de cette pierre. Voyez ce mot. (B.)
SAPERDE, Saperda. (Entom.) C'est le nom d'un genre d'in-
sectes coléoptères tétramérés ou à quatre articles à tous les
tarses, de la famille des lignivores ou xylophages.
Ce nom de saperde, quoique tiré du grec 1ct7ripS)7ç , a été
J)ris au hazard parmi les noms des animaux; c'est celui d'un
poisson cité par Athénée, dans son Deipnosophiston , comme
étant Pun des meilleurs de ceux que Pon pêchoit dans le lac
Méotide : cette étymologie n'est donc d'aucune importance.
Mais si le nom de saperde est insignifiant, le genre qu'il
désigne est très-naturel et parfaitement établi, et il est facile
de le caractériser ainsi qu'il suit ; Corps alongé, convexe,
presque cylindrique ; à élytres d'égale largeur ; corselet ar-
rondi, plus long que large, sans épines.
Usera facile, avec ces caractères et en consultant la planche
18 de Patlas de ce Dictionnaire, de distinguer les saperdes,
dont nous avons fait représenter lÉne espèce sous le n.° 5 , de
tous les autres genres que comprend la même famille des xy-
lophages.
Ainsi les trois genres Rhagie, Lepture et Molorque ont les
élytres rétrécis ou raccourcis , tandis qu'ils sont d'égale lar-
geur dans les autres genres; mais, parmi ceux-ci, les Priones,
les Capricornes et les Lamies ont le corselet muni latérale-
ment d'une ou de plusieurs épines; tandis que le seul genre
des Callidies en est privé comme les saperdes; mais celles-ci
ont constamment leur corselet alongé et cylindrique, tandis
qu'il est ou globuleux ou circulaire , plus ou moins aplati
dans le genre Callidie.
I)'aillcurs les mœurs des saperdes et leurs métamorphoses
sont absolument les mêmes que celles de tous les coléoptères
que nous avons nommés lignivores; leurs larves se développent
dans Pintérieur des tiges, et surtout dans les branches et les
troncs des arbres encore vivans , sur lesquels elles détermi-
nent des tubérosités, qui sont surtout très-remarquables sur
les peupliers.
SAP 3o9
On trouve les insectes parfaits sur les branches des arbres
et sur les fleurs, principalement sur celles des corymbiféres
des ombellifères et des synanthérées.
Nous allons en décrire quelques espèees.
1. Saferde CHAGRiNiîE, Sûpcrda carcliarias.
C'est la lepture chagrinée de Geoifroy, n.° i , pag. 208. Oli-
vier l'a figurée sur la planche 68 , n." 22 , de son ouvrage sur
les coléoptères.
Car. D'un cendré jaunâtre ponctué de noir; antennes arif
nelées, à peu près de la longueur du corps.
C'est une des plus grandes espèces du genre. On la trouve
sur les troncs des trembles et des peupliers.
2. Saperre linéaire, 5. linearis.
Car. Noire ; cylindrique ; à pattes et bord extérieur de»
élytres de couleur jaune rousse.
On la trouve sur les noisetiers.
3. Saferde CYLINDRIQUE, S. cjUndrica,
C'est la lepture ardoisée de Geoffroy.
Car. D'un noir cendré; à bases des cuisses et jambes anté-
rieures d'un roux jaunâtre.
Sa larve se développe dans la moelle des branches des pru-
niers et des poiriers.
4. Sapebde du peuplier , s. populnea.
Car. Noire; antennes annelées ; corselet à lignes longitudi-
nales et élytres à points jaunes.
Sa larve se développe dans la moelle des branches du peu-
plier noir, et y forme des tumeurs dans lesquelles il est facile
de l'observer, en les fendant sur leur longeur.
5. Saperde du chardon, s. cardui.
C'est l'espèce que nous avons fait figurer sur la planche 18
de l'atlas de ce Dictionnaire, sous le n.° 5.
Car. Noire, mais couverte d'un duvet jaunâtre ; antennes
annelées ; trois lignes sur le corselet en long et l'écusson
jaunes.
Comme son nom l'indique, on la trouve sur les fleurs de
chardon.
6. Saperde échelle, S. scalaris.
Olivier en a donné une très-bonne figure sous la pi. C8,
n." 1 , Cg. 7.
3io SAP
Car. Elytrcs noirs , à taches arrondies et ligne suturale
dentée, jaunes; antennes annelées.
On trouve beaucoup d'autres espèces de ce genre aux en-
virons de Paris. (C. D.)
SAPHAN. (Mamm.) Le saphan de l'Écriture sainte paroît
être le daman et non la gerboise, comme Pavoit pensé le
voyaj;eur ShavV. (Desm.)
SAPHAN-RACHA. (Ornith.) L'oiseau qui, suivant de
Maillet , poric ce nom à Alep , est le rachama , ou petit vau-
tour blanc à ailes noires, vultur percnopterus , Linn.(CH. D.)
SAPHIR. ( Orniih. ) Nom donné à une espèce d'oiseaux-
mouches. (Ch. D.)
SAPHIR. (Mm.) Le nom de saphir n'est plus usité que dans
îe commerce des pierres fines, car les minéralogistes l'ont à
peu près abandonné en même temps qu'ils ont réuni dans la
même espèce le corindon des Indiens, le saphir des joailliers
et lémeril du commerce. Les saphirs qui ne sont que de sim-
ples variétés de corindon, ont donc été déjà décrits à l'article
CoraNDON de ce Dictionnaire ; aussi ce n'est qu'en raison du
rôle important qu'ils jouent dans la joaillerie que nous allons
les rappeler ici sous leurs anciennes dénominations, qui sont
encore exclusivement employées dans le commerce.
Les vrais saphirs, c'est-à-dire ceux qui fout partie de l'es-
pèce corindon, raient tous les corps de la nature, excepté le
diamant, et ils ne perdent que aSpourioo de leur poids dans
i"eau. Ces deux seuls caractères suffisent pour les distinguer
d'avec plusieurs autres substances auxquelles on avoit appli-^
que ce même nom de saphir.
Les saphirs blancs et les saphirs bleus, par leur dureté et le
brillant éclat qui en est la suite, et par la vivacité de leurs
teintes, se placent immédiatement après le diamant, surtout
quand ils sont d'un volume tant soit peu remarquable.
Un saphir bleu barbeau, du poids de sixkarats, a été payé
en vente publique, 1760 fr.; un autre bleu indigo, du poids
de six karats et trois grains, a été vendu i5oo fr.
L'un des plus beaux saphirs connus est celui qui a fait
partie de la collection du Muséum d'histoire naturelle, et qui
fut échangé avec un marchand nommé Weiss. Cette pierre,
qui n'étoit ni taillée ni polie, avoit la forme d'un cube lé-
SAP Su
gércmcnt rhomboidaî , dont les côtés avoient (rois centimètres.
Les saphirs reçoivent un poli parfait : on les taille en Eu-
rope avec de la poussière de diamant, et on les polit avec de
l'émeril, qui n'est lui-même qu'une espèce de grès de saphir.
Quelques lapidaires sont dans l'usage de tailler cette gemme
sur des roues de plomb, imbibées d'émeril et d'eau, mais la
roue de cuivre et l'égrisée sont généralement préférées , parce
que l'on risque beaucoup moins d'étonner. Dans l'Inde, on
scie les saphirs avec un archet enduit d'un espèce d'émeril
blanc, qui y porte le nom de corind ou de corum, et qui n'est
encore qu'une variété de notre corindon.
Les joaillers parviennent quelquefois à modifier la couleur
des saphirs qui sont trop foncés, en les chauffant avec pré-
caution; mais il arrrive aussi quelquefois que l'effet est con-
iraire et qu'ils se chargent d'avantage au lieu de s'éclaircir.
Les saphirs proprement dits du commerce qui appartien-
nent à l'espèce corindon, sont:
i.°Le saphir blanc, dont le prix n'est élevé que lorsqu'il est
d'un certain volume, et qu'il est parfiàtement incolore; sou-
vent il est légèrement lavé d'une teinte de bleu tendre.
2.° Le saphir bleu clair (saphir femelle des lapidaires), dont
la teinte est claire et peu agréable à l'œil.
3." Le saphir bleu barbeau , qui présente une teinte veloutée
des plus brillantes.
4.° Le saphir indigo (saphir mâle des lapidaires); nuance
extrêmement riche, mais parfois trop chargée.
5.° Le saphir girasol. Cette pierre transparente ou légère-
ment laiteuse lance des reflets rouges et bleus, semblables à
ceux du quarz girasol, et qui suivent les différentes positions
que l'on donne à la pierre.
6.° Le saphir chaiojant. Il présente des reflets nacrés sur
un fond bleu,
7." Le saphir astérie ou étoile (saphir de chat des lapidaires).
Cette jolie variété, d'un bleu clair assez vif, présente, quand
elle est taillée en cabochon, des reflets à six rayons qui rap-
pellent l'image d'une brillante étoile sur un ciel d'azur.
8.° Les saphirs polichrômes , qui réunissent deux ou trois
couleurs, sont des pierres de pure fantaisie qui n'ont pas une
valeur reçue dans le commerce, mais ils ont contribué à dé-
5i2 SAP
montrer delamaiiièrelaplus évidenle que les saphirs, les rubis
et les topazes d'Orient appartiennent à la seule et même espèce,
puisque la nature les a souvent réunis dans la même pierre.
Ces variétés de saphirs viennent de difTérens points des
Indes orientales, et particulièrement de Pile de Ceilan où
on les trouve dans le sable de certaines rivières.
Parmi les pierres que Ton nomme saphirs, fort mal à pro-
pos, nous citerons le saphir du Brésil qui est une tourma-
line bleue; le saphir d'eau, qui est une dichroïte, et le sa-
pare, qui est le disthène. Ce dernier en a imposé pendant
quelque temps, parce qu'il est d'un très-beau bleu et qu'il
prend assez d'éclat quand ou le taille en cabochon. La seule
différence du poids de ces pierres, pesées dans l'air et pesées
dans l'eau, eût pu sufiire par en démontrer la différente na-
ture; car un saphir de loo grains en pèse encore 76 dans
l'eau, tandis qu'une tourmaline, du même poids dans lair»
ne pèse plus dans l'eau que 71 , le disthène que 69, et le di-
chroïte que 62. On ne sauroit trop recommander l'emploi de
ce caractère, tant il est simple et décisif. (Brard.)
SAPHIRIN. ( Mm. ) Ce nom , au masculin , a été appliqué
à deux minéraux différens :
]." Par M. Nose, à ces grains bleus cristallins qui se trou-
vent disséminés dans les laves (téphrines, pumites, etc.) des
bords du Rhin, principalement de Laach , et qu'on a décrit
sous le nom de Hauyne.
2." A la cordiérite (dichroïte) de Bohème. (B.)
SAFHIRINE. {Min.) Ce nom, au féminin, a été donné a
deux minéraux très-différens:
1." A une variété de silex agate calcédoine, d'un bleu pur,
mais peu intense, et qui est assez estimé à cause de cette cou-
leur: elle se présente quelquefois avec la forme cristalline
primitive du quarz. (Voyez Silex agate.)
2.° A un minéral du Groenland, découvert par M. Gie-
secke et analysé par M. Stromeyer,
La 3AFHrRiNE du Groenland est d'une couleur bleue de sa-
phir, mais pâle et tirant au verdâtre ; elle a une texture
imparfaitement grenue et même* un peu lamelleuse. Elle est
transparente, raie le verre; sa pesanteur spécifique est de
3,42 ; elle est ipfusible.
SAP 3i3
M. Stromeyer y a reconnu les principes suivans :
Alumine 63, ii
Silice 14,51
Magnésie 16, 85
Chaux 00, 58
Protoxide de fer . . . 05,92
Oxide de manganèse. . oo,53
Perte par calcination. . 00,49
99»77-
Elle se trouve en petites masses engagées dans un mica-
schiste de Fiskeraes en Groenland.
Cette pierre a, au premier aspect, quelque analogie avec
la cordiérite ; mais elle en diffère par sa plus grande pesan-
teur et par la proportion de ses principes composans. (B.)
SAPHNINA. (Ornith.) M. Vieillot dit que c'est le nom
arabe de la tourterelle des bois. (Desm.)
SAPHTIO. {Bot.) Nom égyptien de la jusquiame, suivant
Mentzel. (J.)
SAPIN; Abies, Tournef. (Bol.) Genre de plantes dicoty-
lédones apétales, delà famille des com/cres, et de la monoécie
monadelphie , Linn. , dont les fleurs sont unisexuellcs , por-
tées sur le même individu, et qui présentent les caractères
suivans : Fleurs mâles dépourvues de calice et de corolle .
composées seulement d'étamines nues, presque sessiles, dis-
posées et imbriquées, sur un axe commun, en un chaton ar-
rondi ou oblong , et formées chacune de deux anthères, s'ou-
vrant par leur face inférieure : fleurs femelles, ayant chacune
un calice en forme d'écaillé onguiculée, qui porte à sa partie
interne deux ovaires, terminés chacun par un stigmate bifide,
et qui est munie, à sa partie postérieure, d'une bractée mem-
braneuse, oblongue, entière ou à trois pointes. Après la flo-
raison les écailles qui tiennent lieu de calice , prennent de l'ac-
croissement, deviennent coriaces, et, par leur disposition im-
briquée et en spirale autour d'un axe commun , elles forment
un cône ovoïde ou oblong; chacune d'elles est creusée en
dedans et à sa base pour loger deux petites noix monospermes ,
osseuses, surmontées d'une aile membraneuse.
Les sapins sont de grands arbres à feuilles éparses, soli*
Î5i4 SAP
taires, toujours vertes, plus rarement caduques, dépour-
vues de gaine particulière à leur base. On en connoît dix-
huit espèces, parmi lesquelles plusieurs présentent un grand
intérêt, à cause de leur bois et des produits résineux qu'on
en retire.
* Feuilles toutes solitaires.
Sapin ÉLEVÉ : Ahies excelsa, Poir. , Dict. enc., 6, p. 5i8;
Pinus ahies, Linn. , Sp. 1421. Cette espèce est un arbre qui
s'élève très-droit jusqu'à cent vingt pieds et plus de hauteur,
en acquérant à sa base trois pieds de diamètre et même da-
vantage. Ses rameaux sont disposés par verlicilles irréguliers,
ouverts à angle droit, et ils forment dans leur ensemble une
belle pyramide. Ses feuilles sont linéaires, quadraiigulaires,
pointues, d'un vert sombre, rapprochées les unes des autres
tout autour et le long des rameaux, articulées sur un petit
renflement particulier de l'écorce. Les fleurs mâles forment
des chatons épars çà et là le long des rameaux, longs de
six lignes ou à peu près , pédoncules et munis à leur base
d'une rosette d'écaillés scarieuses, arrondies, imbriquées;
leurs anthères sont terminées par une crête arrondie. Les
fleurs femelles forment de petits chatons solitaires à l'extré-
inité des jeunes rameaux. Les fruits qui leur succèdent, sont
des cônes pendans , longs de quatre à six pouces , cylindriques ,
verdâtres ou quelquefois d'un rouge vif dans leur jeunesse,
et roussàtres dans leur maturité; leurs écailles sont échan-
crées au sommet. Le sapin élevé croît naturellement sur
les montagnes de l'Europe et de l'Asie; on le trouve en
France, dans les Alpes, les Pyrénées, les Vosges, etc. Il est
connu sous les difiTérens noms de sapin gentil, faux-sapin,
épicéa, pesse , pinessc . serente, etc. Les propriétés de cet arbre
étant à peu près les mêmes que celles du sapin commun,
on n'en parlera pas maintenant , mais on réunira plus bas tout
ce qui aura rapport à ces deux espèces.
Samn blanc : Abies alha , Mich. , FI. boréal, amer., 2,
page 207; Mich., Arb. forest. de PAmér. , 1, page i33,
t. 12 ; Pinus alha, Willd., Sp., 4, page 007. Le sapin blanc ,
qu'on nomme encore quelquefois sapinette blanche, épinette
hlancliëy ressemble assez à Pespèce précédente. Sa tige et ses
SAP 5i5
rameaux forment de même une pyramide très-régulière, mais
qui a moins d'élévation ; car la hauteur de cet arbre excède
rarement cinquante pieds, même dans son pays natal. Ses
feuilles sont aussi moitié plus courtes, d'un vert plus pâle
et comme bleuâtres. Les chatons mâles ne diffèrent pas sen-
siblement dans les deux espèces; mais les cônes sont très-
différens dans le sapin blanc : ils n'ont que vingt à trente
lignes de longueur, et ils sont d'ailleurs beaucoup plus nom-
breux, épars le long des rameaux ou placées à leur extré-
mité , solitaires ou opposés et quelquefois verticillés par six
à huit ensemble. Leurs écailles sont parfaitement arrondies,
nullement échancrées à leur sommet. Les graines n'ont que
quatre lignes de hauteur, y compris l'aile qui les surmonte.
Le sapin blanc croît naturellement dans le Canada et le
Nord des États-Unis, et, selon le témoignage de M. Ferry,
que j'aurai encore occasion de citer plus bas, il se trouve
aussi en Sibérie, quoique Gmelin et Pallas n'en aient rien
dit. Il est cultivé en France depuis environ cinquante ans.
Dans le Nord de l'Amérique, où le sapin blanc est indi-
gène, on emploie son bois à faire des solives, des planches;
mais on s'en sert en général bien moins que de celui du sa-
pin noir, qui est d'une meilleure qualité. La partie fibreuse
de ses racines ayant beaucoup de flexibilité et de force
lorsqu'elle a été macérée dans l'eau , on la dépouille par ce
moyen de Fécorce qui la recouvre; on la fend en brins,
ayant moitié de la grosseur d'une plume à écrire, et on les
emploie ainsi préparées pour coudre ensemble les morceaux
de l'écorce de bouleau, dont on se sert pour construire des
canots en Canada. Les coutures, ainsi fixées, sont ensuite
frottées et enduites avec de la résine de sapin baumier, afin
de les rendre imperméables à l'eau. M. Michaux assure que
ce n'est point avec les rameaux de cette espèce qu'on fa-
brique en Amérique la bière de spruce , comme l'ont dit
Duhamel et plusieurs autres; mais qu'on évite au contraire
de les y employer, parce que ses feuilles répandent, lors-
qu'on les froisse, une odeur désagréable qui se communique
à la liqueur.
En France, on plante le sapin blanc dans les parcs et les
grands jardins comme arbre d'ornement. 11 a un port élé-
5ie SAP
gant, surfout à l'âge de quinze à trente ans. Son feuillage
est d'une teinte assez claire et sujette à varier; ce qui a
fourni aux pépiniéristes roccasion de distinguer deux variétés
dans cette espèce, la sapinetfe blanche proprement dite ou
la sapinette .nrgentée, et la sapinette bleue; l'une et l'autre
font un agréable contraste dans les jardins avec la teinte
plus foncée des autres sapins.
Sapin noir : Abies nigra, Poir. , Dict. enc. , 6, page 620;
Mich., Arb. forest. de l'Amer., 1 , page 120, tab. 11;
Pinus nigra, WiHd., Sp., 4. page 5o6. Cet arbre a de grands
rapports avec le sapin élevé, et particulièrement avec le sa-
pin blanc; il s'élève dans son pays natal, lorsqu'il croit dans
les vallons dont le sol est humide, noir et profond, à
soixante-dix et quatre-vingts pieds, en formant à son sommet
une pyramide très -régulière. Ses feuilles, disposées comme
dans les deux espèces précédentes , sont moitié pins courtes
que dans la première et d'un vert plus foncé que dans la
seconde. Ses fleurs mâles ne présentent aucun caractère qui
puisse servir à les faire distinguer de celles du sapin blanc ;
mais ses cônes diffèrent beaucoup de ceux de ce dernier:
ils sont environ moitié plus courts, ovales, rétrécis à leur
sommet, d'une couleur rougeàtre ou violeMe, surtout dans
leur jeunesse, et alors pendans ou légèrement inclinés vers
la terre; mais, le plus souvent, redressés à l'époque de leur
maturité.
Le sapin noir, encore connu sous les noms de sapin double,
(Vépinette noire, A'épineUe a la bière, croit naturellement dans
le Canada et les parties septentrionales des États-Unis d'A-
périque. Apporté en France à peu près à la même époque
que le sapin blanc, il est cependant beaucoup moins répandu
que celui-ci dans les jardins et les pépinières, quoique sous
le rapport de l'utilité il lui soit bien préférable.
Le bois de sapin noir réunit la force, l'élasticité et la lé-
gèreté, trois qualités importantes; aussi est -il très- estimé
dans son pays natal , et les Anglois lui donnent même la
préférence sur le sapin élevé. Les Américains en font d'ex-
cellens mâts de hune, de très-bonnes vergues, et ils le font
encore entrer dans quelques autres parties des constructions
navales. On en fait aussi des solives, des planche*, qui ser-
SAP 5.7
vent pour dinerens ouvrages de menuiserie , des caisses d'em-
ballage, des barils pour mettre le poisson salé, etc. Le sa-
pin noir n'est pas assez résineux pour en retirer de la ré-
sine et pour être exploité avantageusement sous ce rapport.
Comme bois de chauffage, il fait un feu qui pétille beau-
coup. Eu Amérique on prépare avec ses jeunes rameaux,
bouillis dans l'eau , une sorte de bière , connue sous le nom
de bière de spruce. On ajoute à la décoction de la mélasse
ou du sucre brut, et en laissant fermenter le tout convena-
blement, on obtient une boisson salutaire et très-utile danj
les voyages de long cours , par l'avantage qu'elle a d'être
bonne contre le scorbut, et même, à ce qu'on assure, de.
pouvoir prévenir cette maladie.
Sapin du Canada : yibies canadensis, Mich., FI. bor. amer. ^
2, page 206; Mich., Arb. forest. de l'Amer., 1, page 137 ,
t. i5; Pinus canadensis, Lien., Sp. , 1421. Ce sapin est un
grand arbre, qui, dans son pays natal, s'élève à la hauteur
de soixante à quatre-vingts pieds, et qui acquiert à sa base
six à neuf pieds de circonférence. Ses feuilles sont linéaires,
planes, obtuses, longues de cinq à six lignes, persistantes,
luisantes et d'un vert gai en dessus, d'un vert plus pâle
ou légèrement blanchâtre en dessous, éparses , mais dispo-
sées de manière qu'elles paroissent être placées sur deux
rangs opposés de chaque côîé des rameaux. Les fleurs mâles
sont réunies sur des chatons axillaires , très-courts et arrondis.
Les femelles sont situées à l'extrémité des rameaux, et il
leur succède de petits cônes ovales, d'une couleur rougeâtre
ou cendxée, pendans, composés d'un petit nombre d'écaillés
imbriquées, entières et arrondies en leurs bords. Cet arbre
croît naturellement dans le Canada et dans les parties sep-
tentrionales des États-Unis. Il se plaît dans les endroits frais,
sur les bords des torrens et sur le penchant des collines. Les
Américains le connoissent sous le nom d'hemlock spruce, et
les François du Canada sous celui de pérusse.
Le sapin du Canada est de tous les arbres résineux de
l'Amérique septentrionale celui dont le bois est le plus
mauvais. Il manque de force et ne dure que très -peu de
temps lorsqu'il est exposé aux injures de l'air. Le plus grand
avantage qu'on en retire dans son pays natal, c'est d'em-
3i8 SAP
ployer son écorce pour le tannage des cuirs. Ce n'est que
comme arbre d'ornement que ce sapin peut être cultivé en
France. Il a un port agréable dans sa jeunesse ; mais sa forme
devient moins belle, à mesure qu'il avance en âge. On peut
en faire des rideaux de verdure et autres décorations dans
les parcs et les grands jardins, parce que, de même que l'if,
on peut le tailler aux ciseaux.
Sapin commun : Ab'ws vulgaris, Poir. , Dict. enc, 6, p. 5i4j
Pinus picea, Linn. , >p. . 1420. Le sapin commun ou sapin ar-
genté, ou tout simplement le sapin, est un grand arbre, dont
la tige acq'ùprt par le bas neuf à dix pieds de circonfé-
rence,'et s'élève bien droite à la hauteur de cent à cent
vingt pieds: ses branches sont ouvertes, étalées horizontale-
ment , peu étendues si on les compare à la hauteur de l'arbre ,
et disposées par verticilles assez réguliers; ses feuilles sont li-
néaires, planes, coriaces, persistantes, obtuses ou échancrées
à leur sommet, d'un vert foncé et luisantes en dessus, blan-
cliàtres ou glauques en dessous, éparses quant à leur inser-
tion, mais dirigées de chaque côté des rameaux sur deux
rangs opposés. Les fleurs mâles forment des chatons isolés
dans les aisselles des feuilles, mais très-rapprochés les uns
des autres et disposés en grand nombre vers l'extrémité des
rameaux. Chacun de ces chatons est porté sur un pédoncule
de deux à trois lignes de longueur, muni à sa base d'un fais-
ceau d'écaillés roussâtres. Les anthères se composent de deux
loges renflées à leur extrémité et surmontées d'un petit pro-
longement, terminé par deux dents très -courtes. Les tleurs
femelles forment des chatons presque cylindriques , rou-
geàtres, disposés au nombre d'un à trois vers l'extrémité des
rameaux. Ces chatons sont redressés vers le ciel, ainsi que
les cônes qui leur siiccèdent, et qui sont formés d'un grand
nombre d'écaillés planes, coriaces, arrondies en leurs bords,
rétrécies à leur base, imbriquées et serrées les unes sur les
autres, accompagnées, sur leur dos et à leur base, d'une
bractée oblongue, terminée en pointe aiguë, dont les trois
quarts sont cachés entre les écailles; à la base interne de ces
dernières sont deux graines assez grosses, d'une forme un
peu irrégulière, environnées et surmontées d'une aile mem-
braneuse. Le sapin croit naturellement sur les montagnes de
SAP 3i9
l'Europe; on le trouve en France, dans les Alpes, les Pyré-
nées, les Vosges; il est indiqué en Suisse, en Allemagne,
en Ecosse, en Suède, en Russie et en Sibérie. Il fleurit en
Avril, en Mai, et même dès la fin de Mars, selon qu'il est
plus au midi ou plus au nord. Ses fruits mûrissent dans le
courant d'Octobre, et les graines tombent spontanément par
terre dans le mois suivant, entraînées par les écailles qui se
détachent alors de leur axe commun.
Le sapin élevé ou sapin pesse, et plus vulgairement la pesse,
est le picea des Latins. Linné, au lieu d'adopter les noms
consacrés par les anciens pour la pesse et pour le sapin, a
changé et transporté les noms de l'un à l'autre, en apj)elant
pinus picea le vrai sapin, dont on ne retire pas la poix,
et en donnant le nom de pinus ahies. à celui qui la fournit.
Ce changement a causé beaucoup de confusion dans la no-
menclature et a produit plusieurs erreurs; aussi avons- nous
cru devoir, à l'exemple de quelques auteurs modernes, ré-
tablir les noms des anciens.
Pline appelle picea, l'arbre auquel on donne maintenant
le nom de sapin élevé ou de pesse. Les anciens l'employoient
dans les funérailles. Il étoit d'usage d'en suspendre une branche
à la porte des maisons dans lesquelles il y avoit un mort, et
le bois étoit employé tout vert pour les bûchers.
Le sapin commun , ouïe sapin proprement dit , étoit désigné
chez les anciens sous le nom iVahies. Les Romains employoient
son bois pour la charpente des maisons , et ils l'estimoient sur-
tout pour la construction des vaisseaux. C'est ce qui a fait
dire à Virgile :
Casus abies visura marinas.
Et à un autre poète latin :
^pta fretis abies
Pline fait mention d'un sapin qui servit à faire le mât d'ua
vaisseau sur lequel l'empereur Caligula fit apporter d'Egypte
à Rome un obélisque qui fut élevé dans le cirque du mont
Vatican.
Les forêts de sapin, lorsqu'elles sont bien aménagées, se
repeuplent d'elles-mêmes par les graines que les vieux arbres
produisent en grande quantité. La recrue est souvent si épaisse ,
320 SAP
surtout dans les lieux frais où il y a beaucoup de terre meuble
et pas trop de vieux arbres, que les jeunes pieds se touchent
et se soutiennent les uns parles autres; mais, à mesure que
les jeunes sapins grossissent, les plus vigoureux étouffent les
plus foibles. II pourroit être ulile de couper ces derniers et de
les enlever , afin de les empêcher de gêner à l'accroissement des
autres; mais cela ne se pratique généralement pas. Il convient
d'ailleurs de faire observer que , si on enlevoit les jeunes arbres
qui périssent étouffés par ceux qui poussent avec plus de vi-
gueur, il ne le faudroit faire que lorsque ces derniers ont
déjà assez de force ; car, en général, il ne faut rien couper
dans les sapinières naissantes. Lorsque les sapins commencent
à acquérir une certaine grosseur et que leur tige s'élève
beaucoup en hauteur, ils perdent les branches inférieures,
qui se dessèchent et tombent en même temps qu'il se forme
un bourrelet à l'endroit de leur implantation sur le tronc,
et c'est ce qui occasionne les nœuds que l'on voit plus par-
ticulièrement dans les tiges des jeunes sujets.
Tous CCS arbres s'élèvent d'abord lentement dans les pre-
mières années : ce n'est que lorsqu'ils ont six ans et plus
qu'ils commencent à pousser assez vite, et le temps de leur
vie où ils croissent le plus rapidement, est entre douze et
trente ans. Ils grandissent alors de deux à trois pieds chaque
année. Il ne faut guère que cinquante ans au pin sauvage
pour devenir un bel arbre et propre à être employé; il en
faut cent au sapin et presque autant à la ])esse. Cette der-
nière, qui d'abord s'élance plus rapidement et prend en peu
de temps beaucoup d'élévation, ne grossit pas si prompte-
ment que le sapin. L'un et l'autre viennent d'ailleurs mieux
en groupe qu'isolés ou mêlés avec d'autres arbres.
Les sapins, et surtout les pesses, peuvent assez facilement
être transplantés pendant leur jeunesse; mais, pour réussir
dans cette transplantation, il faut, autant que possible, qu'ils
soient arrachés en motte, et dans tous les cas éviter de mu-
tiler ou de retrancher aucune partie des branches et des
racines.
Les sapins, une fois coupés , ne fournissent jamais de re-
jets. Ce n'est donc que par les graines qu'on peut les multi-
plier. Nous venons de parler de la reproduction naturelle de
SAP 321
ces arbres, telle qu'elle se fait spontanément dans les forêts.
Quant aux semis en pépinières, les soins a leur donner étant
absolument les mêmes que ceux qui sont nécessaires pour les
pins , nous renvoyons à ce qui a été dit à ce sujet au tome XLT,
page 2 5. Il faut seulement avoir la précaution de recueillir
de bonne heure les graines du sapin ; car si l'on n'a pas le
soin de les faire récolter dés les premiers jours de l'automne,
elles tombent bientôt et sont perdues , à moins qu'on ne les
fasse ramasser à terre ; mais cela est plus long et plus difli-
cile que de faire cueillir les cônes avant que leurs écailles
aient commencé à se détacher. Les cônes de la pesse ne lais-
sent pas échapper leurs graines aussi promptement ; mais il
est toujours bon qu'ils soient cueillis avant l'hiver.
On peut tailler la pesse avec les ciseaux et le croissant,
et lui donner par ce moyen diverses formes. Autrefois, ainsi
façonnée au gré du jardinier, elle servoit à l'ornement des
parcs et des grands jardins; mais aujourd'hui on n'aime plus
que les arbres soient mutilés, on préfère les laisser croître
en liberté, et l'on trouve avec raison qu'ils ont un port beau-
coup plus beau. La pesse peut perdre sa flèche ou branche
terminale sans que cela nuise à son accroissement. Le plus
souvent une pousse collatérale remplace la pousse terminale
qu'un accident quelconque avoit rompue ou détruite. Il n'en
est pas de même du sapin : une fois qu'il a perdu le sommet
de sa tige, il se couronne et cesse de croître en hauteur.
En revanche, on peut lui retrancher beaucoup de ses branches
inférieures, trop vigoureuses et qui absorbent la sève au dé-
triment de la cime.
Les sapins peuvent braver les froids les plus rigoureux ^
mais les grandes sécheresses, causées par les ardeurs de l'été,
leur sont très-nuisibles. L'été de i8o3, qui a été très-sec, a
fait périr, dans les Vosges , des forêts entières, exposées au
midi.
Dans les pays de plaines on coupe à la fois tous les bois
d'une sapinière , et on la resème ensuite ; mais cela n'est
pas praticable dans les pays de montagnes, surtout lorsqu'elles
sont d'une nature sablonneuse et d'un terrain mouvant. Dans
les Vosges, où il y a de vastes forêts de sapins, on est dans l'u-
sage de couper ces arbres isolément par-ci par-là, en ayant soin.
47. ^1
322 SAP
d'abattre ceux qui ne prennent plus d'accroissement ou qui ont
quelques défauts. Cette manière de jardiner les sapinières, les
nettoie, et facilite leur repeuplement, surtout lorsqu'on a le
soin de n'abattre les arbres qu'après les avoir ébranchés.
L'époque la plus favorable pour l'exploitation de ces forêts
est la montée de la sève au printemps, et la fin de l'été. Le
bois de la meilleure qualité est toujours celui qui est coupé
lorsque l'arbre est le plus chargé de résine. On a soin , aussi-
tôt que les arbres sont abattus, de les dépouiller de leur
écorce , aPn qu'ils se dessèchent plus promptement , qu'ils
se conservent mieux, et enfin parce que cette écorce, qui
est inutile au bois de travail, est employée pour le chauffage
et fait un excellent combustible. Si on négligeoit de dé-
pouiller le bois de son écorce , surtout celui des arbres abattus
au mois de Mai et au mois d'Août, ce bois se piqueroit ,
comme disent les forestiers, c'est-à-dire qu'il seroit attaqué
par les vers de différens insectes, et alors il perdroit beaucoup
de sa valeur; il pourroit même n'être plus dans le cas d'être
débité pour les différens usages auxquels il est propre.
Le bois du sapin et celui de la pesse sont employés pour les
constructionset pour divers ouvrages. Celui du premier étant
le plus commun, c'est celui dont on se sert principalement.
On le préfère d'ailleurs pour tous les ouvrages qui demandent
de la force, parce qu'il a plus de nerf. La partie ligneuse
de ces arbres est formée par des faisceaux de fibres longitu-
dinales de deux sortes ; les unes dures et d'une couleur fauve,
les autres tendres et blanches. Plus ces dernières sont étroites,
plus le grain du bois est beau et solide. La nature de l'expo-
sition et du sol contribue beaucoup à donner aux arbres ces
bonnes qualités.
Pour la charpente des maisons, pour la mâture des vais-
seaux, pour les échafaudages, le sapin et la pesse, par la
longueur et la rectitude de leur tronc, sont d'un usage avan-
tageux. Placés de travers, ils ne sont pas sujets à se tour-
menter comme le chêne.
Le sapin dure long-temps dans Teau et sous la terre , et
cela le rend très-propre à faire des pilotis. Dans les pays
où il est commun, les jeunes arbres, de six pouces de dia-
mètre ou environ , sont employés par les charrons pour faire
SAP 323
les brancards des chariots. Avec des tiges plus minces on
fabrique diverses pièces de charronages, entre autres des
échelles de différentes longueurs, dont les échelons sont éga-
lement fait avec des branches de sapin, et qui unissent la
souplesse à la résistance. Avec les jeunes pesses et les jeunes
sapins on fait de longues perches, qui servent à étendre le
linge ou à faire des palissades, des clôtures, etc. On en fait
aussi, pour différens outils, des manches que leur légèreté
fait rechercher. Aussi, lorsque toute la France s'arma de
piques, en coupa-t-on des milliers dans les forêts de sapin,
et particulièrement dans celles des Vosges. Mais ce n'est pas
de nos jours seulement que le sapin a servi à faire des armes
meurtrières ; les anciens l'employoient pour faire des javelots,
comme il le paroit par ce passage de Virgile :
Cuju.i apertum
j4di'ersi longn trnnsi^erberat abiete pectus.
Le sapin et la pesse, refendus en planches, s'emploient dans
toutes sortes de constructions et de meubles, tels que ba-
teaux , cloisons, plafonds, planchers, parquets, lambris,
boiseries, armoires, caisses, tables, etc.; mais les menuisiers
préfèrent en général le premier de ces bois, parce qu'il est
plus fort et se coupe mieux. Les luthiers, au contraire,
n'emploient, pour les instrumens à corde, que la pesse, qui se
fend bien, qui a le grain très-blanc, et dont le bois a sur-
tout l'avantage de transmettre le mieux les sons, c'est-à-dire
de rendre le ton le plus haut, lorsqu'on frappe ou qu'on parle
à une des extrémités de ses fibres longitudinales. Aussi, c'est
avec des tablettes très -minces de pesse qu'on fait toutes les
tables sonores des violons, des basses, des forté-pianos, des
harpes, etc. C'est encore plus particulièrement avec la pesse
que l'on fabrique la boisselerie légère, si commune en Lor-
raine, commebaquets, seaux, boitesde toute forme etdetoute
grandeur. Les habitans de quelques cantons des Vosges s'oc-
cupent presque exclusivement de la fabrication de cette bois-
selerie , qui se transporte jusque sur les côtes de l'Océan et
de la Méditerranée, où elle s'embarquoit autrefois pour le*
colonies. 'Toutes les petites boites plates et rondes, dans
lesquelles les confiseurs de la capitale et d'une partie de la
32/, SAP
France mettent leurs dragées et leurs confitures sèches, souê
en bois de pesse, et la consommation qu'on en fait, sous ce
seul rapport, est très- considérable.
Dans les Vosges, en Franche-Comté et ailleurs, la plupart
des maisons dans les campagnes, à Fexception de celles des
gens riches, sont recouvertes en planchettes de pesse ou de
sapin.
Comme bois de chaufTage, celui du dernier de ces arbres
est préférable, parce qu'il dure plus long-temps au feu, et
que celui de pesse brûle plus vite, et qu'il dégage moins de
chaleur. Le charbon fait avec du bois de sapin , est très-
léger, et on l'estime raoiti-é moins que celui de hêtre et de
charme ; celui fait avec les branches , vaut d'ailleurs mieux
que celui fait avec le tronc.
Outre les propriétés et les usages du bois de pesse et de
sapin, ces arbres fournissent encore plusieurs produits, tels
que la térébenthine, l'essence de celle-ci, la colophane,
la poix blanche, le noir de fumée, etc.
La térébenthine se retire du sapin par le moyen de cornets
de fer-blanc ou de cornes de bœuf, dont la pointe est tran-
chante et ouverte, et dont le fond est fermé. Des hommes
exercés à ce genre de travail grimpent sur les arbres, et ils
plongent la pointe de leur instrument dans les vésicules ou
ampoules qui se forment sous l'épiderme de l'écorce pen-
dant le temps de la sève , h mesure qu'ils en rencontrent.
La térébenthine s"éc»ule dans le cornet, et lorsque celui-ci
est rempli, ils le vident dans un vase d'une plus grande ca-
pacité, communément dans une bouteille, qu'ils portent at-
tachée à leur ceinture. La saison favorable pour faire cette
récolte est l'été. Les sapins ne commencent à fournir de la
térébenthine que lorsqu'ils ont neuf à dix pouces de circon-
férence , et ils cessent d'en donner, lorsqu'ils ont environ
trois pieds de tour : à cette époque leur écorce devient trop
épaisse pour permettre aux vessies de se former, où l'on n'en
rencontre plus qu'au sommet de l'arbre, où il seroit trop
difficile et trop dangereux d'aller les chercher. Lorsque la
térébenthine est recueillie, on ne lui fait subir d'autre pré-
paration que de la filtrer, afin de la débarrasser des corps
étrangers qui peuvent y être laêlés. La térébentbin©iTetirée
SAP 325
du sapin est connue dans le commerce sous le nom de téré-
benthine de Strasbourg , parce que les habitans des Vosges et
de la forêt Noire vont la vendre dans cette ville. Elle reste
toujours liquide, ayant la consistance d'un sirop épais; elle
est gluante, blanchâtre, transparente; son odeur est trè^-
pénétrante; enfin sa saveur est un peu acre et amère.
La térébenthine entre dans les vernis communs; mais elle
est peu employée. Son huile essentielle, qui est le produit
de la distillation , connue dans le commerce sous le nom
d'essence de térébenthine, est d'un usage bien plus considé-
rable : c'est elle qui sert aux peintres pour rendre leurs
couleurs plus coul^intes , plus siccatives, et aux vernis^curs
pour dissoudre les résines concrètes. La belle térébenthine
de sapin donne à la distillation un quart de son poids d'es-
sence, et, lorsque l'opération est finie, il reste dans la cu-
curbife une résine concrète appelée colophane. Les joueurs
de violon s'en servent pour frotter leurs archets, et on en
fabrique des vernis. Les chirurgiens en font usage pour sau-
poudrer les premiers plumasseaux ou bourdonnets qu'ils ap-
pliquent après l'amputation des membres. Cettcsubstance, ainsi
que la térébenthine et son essence, entrent dans la composition
de plusieurs onguens et emplâtres. Quant à l'essence de térében-
thine, elle est employée en médecine, soit à l'intérieur, soit
à l'extérieur. On l'a administrée avec avantage contre le
taenia, la sciatiqne, l'épilepsie, le catarrhe des membranes
muqueuses des voies urinaires. Les urines des personnes qui
en font usage, contractent une odeur de violette. L'art vé-
térinaire fait également usage de l'essence de térébenthine j
soit à l'intérieur, en la faisant entrer dans plusieurs breu-
vages qu'on administre aux bétes à cornes, soit en l'appli-
quant pour dessécher les plaies des chevaux et pour les guérir
de la gale.
On donne le nom de poix blanche ou de poix jaune, ou
encore de poix de Bourgogne, au suc résineux que produit
la pesse, et ce suc découle naturellement de toutes les fentes
qui se trouvent à l'écorce de cet arbre; mais on l'obtient en
plus grande abondance en faisant , du côté du midi , de légères
entailles à l'écorce et aux premières couches ligneuses ; en-
tailles qu'on rafraîchit tous Içs quinze jours, en rccql(a?jl
5:^6 SAP
la résine qui a coulé d'abord fluide et blanche, et qui, en
se condensant à l'air , est devenue jaunâtre.
La récolte de la poix, comme celle de la térébenthine, se
fait en été par des enfans et des hommes qui ne s'occupent à
rien autre chose pendant toute cette saison. Ils sont très-agiles
pour grimper jusqu'à la cime des arbres, armés d'une serpe
pour faire ou rafraîchir les entailles , et d'un racloir pour grat-
ter et recueillir la poix, qui s'est échappée des entailles faites
préalablement, et qu'ils mettent dans unsac ou dans une boite,
dont ils sont munis. Comme cetle résine est unie à des débris de
hois, d'écorce et de feuilles, on la fait fondre dans de grandes
chaudières, et lorsqu'elle est liquéfiée, on la verse dans des
sacs de toile, on l'exprime au moyen d'une presse, et elle est
reçue dans des boîtes ou barils. Souvent la poix est si abon-
dante entre l'écorce et le bois sur les arbres que l'on a entaillés
et où l'on a négligé de la récolter, qu'elle s'y amasse en
g;randes lames et qu'on l'obtient très- pure.
Dans les pays où fon récolte beaucoup de poix blanche,
on conserve les résidus qui sortent de la presse ou qu'on
trouve au fond des chaudières, pour en faire du noir de fu-
mée. Pour cette opération on construit un cabinet exactement
fermé, si ce n'est qu'on pratique, au milieu de la partie su-
périeure , une ouverture que l'on couvre d'un cône ou cornet
de toile. A quelque distance de ce cabinet ou bâtit un four,
,dont l'intérieur y communique par un tuyau de cheminée.
Vn ouvrier allume dans le four uue petite quantité des rési-
dus dont il vient d'être question , et il a le soin d'entretenir
la combustion de moment en moment par de nouvelles ma-
tières. La résine, en brûlant, forme beaucoup de fumée,
qui passe, par le tuyau de communication, dans le cabinet,
où elle se porte de préférence dans le cône de toile, et où,
enfin, elle se rassemble et se condense en une sorte de suie.
Lorsqu'on juge que le cône est suflisammcnt rempli de fuli-
ginosités, on fait battre la toile en dehors avec des baguettes
pour faire tomber le noir de fumée dans la partie inférieure
du cabinet, et il n'y a plus, après cela, qu'à le ramasser
pour le mettre dans des barils.
La poix s'emploie dans les pharmacies pour la compo-
sition de plusieurs onguens et emplâtres. Elle sert d'ail-
SAP 327
leurs à divers usages dans la marine et dans les arts»
Dans les pays du Nord, on fabrique une sorte de bière en
faisant fermenter dans de l'eau les feuilles de la pesse, et
dans ceux où l'on manque de chênes , on fait quelquefois ser-
vir son écorce an tannage des cuirs.
Dans les cantons où les forêts de sapin sont très-communes,
les habitans des campagnes qui vivent dans le voisinage de
ces forêts, expriment une huile des graines de cet arbre, et
ils s'en servent pour s'éclairer; mais ils sont obligés d'em-
ployer à cet effet des lampes qui n'ont qu'une très-petite
ouverture pour laisser passer la mèche, parce que cette huile
est très -résineuse et qu'elle s'enflammeroit infailliblement si
le récipient n'étoit pas couvert et s'il communiquoit avec la
flamme. Cette huile a une odeur désagréable et brûle en dé-
gageant beaucoup de fumée. Elle a, dit -on, la faculté de
détruire la vermine : il suffit d'en faire des frictions sur la
peau.
Sapin baumier : Abies lalsainea , Mill. , Die t., n." 3; Pinus
balsamea, Linn. , Sp., 1421. Le sapin baumier, encore connu
sous les noms de sapin argenté et de baumier de Giléad , a de
grands rapports avec notre sapin commun ; car il a le même
port, le même feuillage ; les fleurs et les fruits sont disposés
de la même manière ; mais il forme un arbre beaucoup moins
élevé; ses étamines sont chargées d'une petite crête, qui n'a
le plus souvent qu'une dent; enfin les bractées qui accom-
pagnent les écailles des cônes sont ovales , au lieu d'être
alongées; elles se séparent, d'ailleurs , des cônes, ainsi que les
graines, lors de la parfaite maturité, avec la même facilité
que dans le sapin d'Europe. Cet arbre croit naturellement dans
les régions froides de l'Amérique septentrionale; et d'après
une note que m'a communiquée M. Ferry, très- versé dans
l'étude de l'histoire naturelle, qui a habité et qui a voyagé
pendant quelques années dans plusieurs parties de l'empire
de Russie, il croît aussi en Sibérie, quoique Pallas et Gmeliu
n'en aient rien dit, parce qu'ils l'ont pris, l'un et l'autre,
pour le sapin commun, et que les Russes donnent à ces deux
arbres le même nom de pichta. Mais, selon M. Ferry, le
baumier de Sibérie, qui ne diffère pas de celui du Canada,
est facile à reconnoître par son odeur, la petitesse de ses
3.8 SAP
cônes, comparés à ceux du sapin ordinaire. Les Sibériens
n'en font aucun usage dans les constructions; mais ils aiment
beaucoup son odeur, et plusieurs d'entre eux en parfument
leurs habitations, M. Ferry, lui-même, dit avoir eu plusieurs
fois recours à ce moyen pour corriger l'air de ses logemens ,
et s'en être bien trouvé.
Sous tous les rapports le baumier est inférieur à notre sapin
commun et ne mérite d'être cultivé en France que comme ar-
bre d'ornement. Il fournit dans son pays natal une sorte de té-
rébenthine , connue dans les pharmacies sous le nom de baume
hlanc du Canada ou de baume de Giléad , quoique le vrai baume
de Giléad soit produit par un arbre très-différent. Cette téré-
benthine n'est que peu employée en médecine, parce qu'elle
n'a pas de propriétés particulières et qu'on peut facilement la
remplacer par celle du mélèze ou du sapin.
^''^ Feuilles solitaires sur les jeunes rameaux ,
fasciculées sur les autres.
Sapin mélèze; Abiei larix, Lamk. , IlL, t. ySS, fig. 2. (Voyez
Mélèze d'Europe , tome XXIX, page 609.)
Sapin a branches pendantes; Abies pendula, Poir. , Dict,
enc. , 6, page 614. (Voyez Mélèze a branches pendantes,
tome XXIX, page ôiy.)
Sapin a petits fruits; Abies microcarpa, Poir., Dict. enc,
6, page 614. (Voyez Mélèze a petits fruits, tome XXIX,
page 517.)
Sapin cèdre; Abies cedrus , Poir. , Dict. enc, 6, page 5 10.
(Voyez Cèbre du Liban, tome VII, page 358. )
Nous allons, d'ailleurs, profiter de ce que cet arbre se
trouve rappelé ici dans Fordr e des espèces du genre Sapin,
pour corriger une erreur que nous avons faite en indiquant,
d'après le témoignage de Pallas, le cèdre comme se trouvant
en Sibérie. A ce sujet nous croyons devoir rapporter ici la
jiote de M. Ferry (que nous avons déjà eu occasion de citer,
en parlant du sapin blanc et du baumier de Giléad), qu'il a
bien voulu nous communiquer, il y a déjà quelques années,
sur l'espèce de Sibérie que nous avions cru être le cèdre du
Liban.
« J.' arbre de Sibérie, nous écrit M. Ferry, auquel Pallas,
SAP 329
donne le nom de cèdre , est le pin cembro. Ses propriétés,
son lieu natal , sa végétation et la culture qui lui convient ,
en un mot, tout ce qui concerne cet arbre, diffère tellement
de ce qui appartient au cèdre du Liban , que je crois néces-
saire de rétablir la vérité et de l'appuyer de preuves et
de témoignages qui ne laisseront aucun doute.... Je n'ai
pas lu l'original en langue russe du voyage de Pallas, non
plus que la traduction allemande, d'après laquelle on nous
a donné une traduction Françoise; mais Pallas avoit l'ha-
bitude de désigner, autant qu'il le pouvoit , les objets par
leur nom vulgaire, ainsi qu'on le remarque principalement
dans ses Descriptions mjnéralogiques. Or, les Russes d'Eu-
rope et d'Asie donnent au pin cembro le nom de cèdre,
ou, comme ils le prononcent et l'écrivent, hedr. Ses
amandes, qui forment une petite branche de commerce
pour les Sibériens, se vendent dans tout l'empire sous le
nom de noisettes de cèdre, et les fruits du coudrier, que la
partie orientale de l'empire fait venir de Kasan, y porte
le nom de noisettes de Kasan. Le pin cembro , qui a franchi
ses limites naturelles et que l'on commence à cultiver dans
la Russie d'Europe, y porte partout le nom de cèdre.
Ainsi Pallas, selon son habitude, lui aura conservé ce nom,
et si le traducteur allemand l'a fait passer dans sa langue
sans tenir compte des observations précédentes, l'erreur
du traducteur françois est devenue inévitable.
« Mais opposons Pallas lui-même aux erreurs qui qnt pu
se glisser, soit dans la relation de ses voyages , soit dans
les traductions qu'on en a faites. S'il eût en effet trouvé
en Sibérie une plante aussi remarquable que le cèdre du
Liban, il ne l'auroit pas omise dans sa Flura rossicfi. Or,
il n'en dit pas un mot; ce qui annonce que cet arbre ne
se trouve, ni en Crimée, ni sur le revers septentrional
du Caucase , lieu visité avec soin par l'auteur; mais à
l'article Piniis cembra on trouve un résumé exact et com-
plet de tout ce qu'il a dit, dans ses Voyages, sur le pré-
tendu cèdre.... Enfin j'ai vu avec M. Sokoloff', l'un des
collaborateurs de Pallas, une plantation de ces prétendus
cèdres, à la forge impériale de 'V^erchnotagnilski , dont
Pallas a parlé dans ses Voyages : ce sont des pins cembro. U
53o SAP
« est donc hors de doute que par ce nom de cèdre Pallas
« n'a jamais désigné un autre arbre que le pin cembro. *
(L. D.)
SAPINDEES. {Bot.) Cette famille de plantes, tirant son
nom du sapindus , appartient à la classe des hypopétalées ou
dicotylédones polypétales à étamines insérées sous le pistil.
Elle est très-naturelle et présente le caractère général formé
de la réunion des suivans.
Calice à quatre ou cinq sépales ou d'une seule pièce à
quatre ou cinq divisions profondes. Quatre ou cinq pétales à
préfloraison imbriquée , insérés sous un disque hypogyne , cor-
respondans aux divisions du calice ou quelquefois en nombre
différent , tantôt munis à leur onglet d'une écaille interne con-
formée en pétale, tantôt sans écailles et quelquefois charges
de poils sur le milieu de leur surface intérieure : rarement
ces pétales manquent entièrement. Etamines à filets distincts,
insérées sous le bord du disque , ordinairement au nombre
de huit, quelquefois de celui des pétales, rarement plus ou
moins. Ovaire simple, porté sur le disque dont les bords
sont souvent relevés, surmonté d'un à trois styles et autant
de stigmates. Fruit drupacé ou capsulaire , à trois loges ordi-
nairement monospermes, dont une ou deux avortent quel-
quefois. Graines couvertes en partie d'une arille, attachées au
ias de l'aùgle intérieur de leur loge. Embryon sans péri-
sperme, à radicule ordinairement recourbée sur les lobes
q*ui sont aussi courbés, rarement droite ainsi que les lobes.
Tiges herbacées ou plus ordinairement ligneuses et quelquefois
grimpantes. Feuilles alternes, simples ou plus souvent com-
posées. Inflorescence non uniforme.
Cette famille peut être divisée en trois sections, caractéri-
sées par la présence ou l'absence de pétales simples ou dou-
bles.
La première section , dans laquelle les pétales paroissent
doubles, étant munis d'une écaille intérieure, réunit les
genres Cardiospermum , Un^illea de M. Kunth ; Serjania de
Plumier; PauUinia , Akeesia de M. de Tussac ou Btighia de
M. Kœnig , peu différent du précédent; Kcclreuleriade M. Lax-
mann ; Dimeresia de M. Labillardiére ; Talisia et Matayha
d'Aublet; Jporetica de Forster, réuni par quelques auteurs
SAP 33i
à VOrnitrophe, mais distinct par ses pétales intérieurs et de-
vant peut-être attirer à lui le Pometia de Forster, et quel-
ques Schmidelia nouveaux, indiqués comme ayant des pétales
doubles.
Dans la seconde section, distinguée par des pétales sim-
ples, dénués d'écaillés intérieures, doivent être placés les
genres Oniitrophe de Commerson , auquel on réunit VALlo-
■phyllus et le Schmidelia de Linnaeus, le Gemella de Loureiro ,
le Cominia de P. Browne , et le Kabbe de Hermann ou Rhus
Cobbe de Linna;us; Sapindus, Euplioria de Commerson, dont
le Scjtalia de Gœrtner et le Dimocarpus de Loureiro sont
synonymes, et dont le Nephelium de Linnaeus est congénère;
Thouinia de M. Poiteau ; Toulicia d'Aublet; Melicocca, dont
on ne peut séparer le Schleichera de Willdeno^v, quoique
apétale; Cupania, dans lequel sont confondus le Trigonis de
Jacquin , le Molinœa de Commerson , et le Guioa de Ca-
vanilles ; Tina de Schulze ou Gelonium de M. du Petit-
Thouars, peut-être encore congénère du précédent; Hjpe-
late de P. Browne; Cossignia de Commerson.
La troisième section renferme les genres apétales Dodonœa,
Stadmannia de M. de Lamarck, Amirola de M. Persoon , ou
Lagunoa de la Flore du Pérou.
On laisse à la suite de ces sections les genres suivans, qui
ont avec la famille quelque affinité, mais dont les caractères
ne sont pas assez connus r Ejstathes de Loureiro , Alectrioti
de Gœrtner, Enourea d'Aublet , et d'après M. De Candolle
son Ratonia , le Pedicetlia de Loureiro, le Racaria d'Aublet,
et le Valentinia de Swarfz, qui a peut-être plus d'affinité avec
les samydées. (J.)
SAPINDUS. {Bot.) Voyez Savonnier. (Poir.)
SAPINETTE. (Bot.) On donne ce nom à trois espèces de
sapin de l'Amérique septentrionale. (L. D.)
SAPINETTE. (Mollusq.) Il paroit qu'on donne quelquefois
cette dénomination aux anatifes , probablement à cause de
la forme des appendices articulés et ciliés de ces animaux ,
qui ressemblent un peu aux branches des sapins. (De B.)
SAPINOS. (Min.) Voyez Sapenos. (B.)
SAPOESSI. (Bot.) Nom brame de ïarislolochia indica, cité
par Rhéede. (J.)
532 SAP
SAPONACÉES. {Bot,) Ventenat désignoit ainsi les Sapin-
t>ÉEs. Voyez ce mot. ( Lem.)
SAPONAIRE; Saponaria, Linn. {Bot.) Genre de plantes
dicotylédones polypétales, de la famille des carjophjllées ,
Juss., et de la décandrie diandrie, Linn., dont les principaux
caractères sont les suivans : Calice monophylle, tubulé, à
cinq dents , nu à sa base; corolle de cinq pétales, à onglets
étroits et de la longueur du calice, terminés par un limbe
élargi et obtus; dix étamines à filamens subulës; un ovaire
arrondi ou oblong, surmonté de deux styles à stigmates aigus ;
une capsule alongée, à une seule loge, contenant des graines
nombreuses, attachées à un placenta central.
Les saponaires sont des plantes herbacées, à feuilles en-^
tières, opposées, et à fleurs disposées en corymbe terminal,
ou solitaires dans les aisselles des feuilles. On en connoit dix-
sept espèces, dont la plus grande partie croit naturellement
en Europe.
Saponaire officinale, vulgairement Savo^mère; Saponaria
officinalis, Linn., Sp. 684. Ses racines sont alongées, noueuses,
rampantes, blanchâtres, vivaces. Elles produisent plusieurs
tiges cylindriques, droites, articulées, hautes d'un pied et
demi à deux pieds, garnies de feuilles ovales -lancéolées,
sessiles ou presque sessiles , opposées, glabres comme toute
la. plante, marquées de trois nervures longitudinales. Ses
fleurs sont blanches ou d'une couleur rose très-claire, dis^
posées, à l'extrémilé des tiges et des rameaux, en faisceaux
corymbiformes. Elles ont une odeur agréable et paroissent en
Juillet et Août. On en cultive dans les jardins une variété
à fleurs doubles. Cette plante croit dans les haies, les buis^
sons et sur le bord des champs , en France et dans une grande
partie de l'Europe.
La saponaire a une saveur légèrement amère : elle passe
pour apéritive et résolutive; on l'emploie en médecine dans
les maladies cutanées, les affections vénériennes, les rhuma-r
tismes, les engorgemens des viscères, etc. On fait indiffé-r
remment usage des racines, des tiges, des feuilles ou des
sommités fleuries , et c'est en décoction qu'on les prépare.
Celte décoction est mucilagineuse et elle donne une écume
assez semblable à celle de l'eau de savon ; mais M. Bosc ne
SAP 355
croit pas, comme on l'a prétendu, que cette décoction puisse
servira enlever les taches du linge ou des étoffes, comme fait
le savon. Les besliaux ne mangent point la saponaire.
Cette plante n'est point délicate sur la nature du terrain ,
et elle se multiplie avec la plus grande facilité par ses ra-
cines traçantes; souvent même elle devient incommode pour
les autres espèces qui sont dans son voisinage, parce que, si
on n'a pas le sqin de veiller à cç qu'elle ne se propage pas
trop , elle ne tarde pas à envahir beaucoup d'espace. Elle
mérite d'ailleurs par la beauté de ses fleurs et leur agréable
odeur, qu'on en plante quelques pieds toutes les fois qu'on
a un jardin d'une certaine étendue.
Saponaire a fleurs jaunes; Saponaria lutea, Linn., Sp. 585.
Sa racine est une souche ligneuse , qui produit des feuilles
nombreuses, linéaires, glabres, ramassées en gazons épais.
Du milieu de ces feuilles s'élèvent plusieurs tiges légère-
ment velues, hautes de deux à trois pouces, simples, garnies
seulement de deux à trois couples de feuilles, et terminées
par un petit cgrymbe serré, formé de cinq à huit fleurs
jaunes, dont le calice est hérissé de poils nombreux. Cette
espèce croît dans les fentes des rochers des Alpes de la
Suisse et du Piémont. Lapeyrouse l'indique aussi dans les
Pyrénées.
Saponaire des vaches; Saponaria vaccaria , Linn., Spec. ,
585. Sa tige est droite, cylindrique, haute d'un pied à dix-
huit pouces, simple inférieurement, rameuse dans sa partie
supérieure, garnie de feuilles lancéolées, sessiles et connées
à leur base , d'un vert glauque. Ses fleurs , d'un rouge vif, plus
rarement blanches, sont portées sur des pédoncules grêles à
l'extrémité des tiges et des rameaux, et disposées en une sorte
de panicule lâche. Les calices sont renflés , pyramidaux et à
cinq angles saillans. Cette plante croît dans les champs parmi
les moissons, en France, en Allemagne, en Suisse, etc. Les
bestiaux et surtout les vaches l'aiment beaucoup et la man-
gent avec avidité.
Saponaire ocymoïde ; Saponaria ocjmoides, Linn. , Spec. , 585 ;
Jacq. , FI. Aust., app. , tab. 2 5. Ses tiges sont divisées dès
leur base en rameaux nombreux , dichotomes , couchés , longs
de huit à dix pouces, pubesceos, garnis de feuilles ovales^
334 SAP
rétrécies à leur base, ciliées en leurs bords. Ses ileurs sont
purpurines ou quelquefois blanches, portées sur des pédon-
cules velus, ainsi que les calices, et disposées, dans la partie
supérieure des rameaux, en une sorte de corymbe ou de pa-
nicule lâche. Cette espèce croît naturellement sur les rochers
dans le Midi de la France, de l'Europe et en Barbarie. (L. D.)
SAPONARIA. {Bot.) On a donné ce nom latin à un genre
de plantes dont quelques espèces, battues dans l'eau, y dé-
posent une matière savonneuse , que l'on peut employer
comme remède fondant et comme utile pour lessiver le linge
ou les laines. (Voyez Saponaire. ) Quelques espèces de gjpso-
pliila, jouissant des mêmes propriétés, ont aussi recule même
nom dans quelques lieux méridionaux, ainsi qu'un arbre,
sapindus saponaria, dont les graines fournissent la même sub-
stance. (J. )
SAPONELLE. (Foss.) On croit que c'est à une espèce d'échi-
nide fossile et de forme ronde, à laquelle Luid a donné ce
nom. Lit. brit. , n." 1687. (D. F.)
SAPONIÈRE. (Bot.) C'est la saponaire. (L. D.)
SAPONIFICATION. (C/iim.) Ce mot a deux acceptions; il
désigne : 1.° l'opération par laquelle , au moyen d'une base
salifiable et de certains corps gras non acides, on obtient
des corps gras acides; 2.° le phénomène que présentent des
corps gras non acides, lorsqu'ils acquièrent l'acidité sous l'in-
fluence d'un alcali. Dans les arts , c'est toujours par l'opération
que nous venons de définir qu'on se procure le savon ; mais
si l'on en faisoit, en unissant à la potasse ou à la soude les
acides stéarique , margariqne et oléique , qui constituent
essentiellement tous les savons dont on fait usage, il ne fau-
droit pas donner à cette dernière opération le nom de sapo-
nificafion, puisqu'elle ne consiste qu'à unir simplement des
acides avec des alcalis.
Les corps gras non acides, susceptibles d'éprouver la sapo-
nification , sont:
1." La cétine, susceptible d'être changée par les alcalis en
acides margariqne et oléique, et en éthal.
2." La stéarine de mouton , susceptible d'être changée, dans
les mêmes circonstances, en glycérine et en acides stéarique,
margarîque et oléique.
SAP 535
3." et 4.° La stéarine d'homme et l'oléine, susceptibles de
donner les mêmes produits que la précédente, excepté l'acide
stéarique.
5.°, 6.° et 7." La phocéninc , la butirine, l'hircine, suscep-
tibles de donner, dans les mêmes circonstances, delà gly-
cérine, de l'acide oléique et un ou plusieurs acides gras vo-
latils.
J'ai démontré que la saponification des corps précédens a
lieu sans le contact de l'oxigène ; qu'il suffit, pour l'efTec tuer,
d'exposer à une certaine température les corps gras saponi-
fiables, avec de Feau et les bases salifiables suivantes: la soude,
la potasse, la baryte, la strontiane, la chaux, l'oxide de zinc
et le protoxide de plomb.
La magnésie n'opère la saponification qu'avec la plus grande
difficulté; et si l'ammoniaque l'opère, ce n'est qu'avec une
lenteur extrême , au moins quand les matières sont préser-
vées du contact de l'oxigène.
J'ai démontré qu'il ne se produit pas d'acide carbonique,
ni d'acide acétique, quand les corps gras précités sont sapo-
nifiés, et en outre, que l'on retrouve dans les acides gras et
la glycérine ou l'éthal d'une saponification, tous ies élémens
des corps gras saponifiés ; plus de l'oxigène et de l'hydrogène,
dans le rapport où ces élémens constituent l'eau.
J'ai démontré en outre que la potasse ou la soude ne peu-
vent saponifier que la quantité de graisse capable de fournir
la proportion d'acides gras nécessaires pour neutraliser ces
alcalis. (Ch.)
SAPONOLITHE. (Min.) Nom scientifique que M. Fischer
a donné à la pierre très- onctueuse, qu'on nomme si impro-
prement savon de montagne, Seifenstein, etc. Voyez Stéatite
et Argile smectite. ( B. )
SAPOTA. {Bot.) Ce nom, donné par Plumier au sapotillier
des Antilles, a été changé sans raison, par T.innaeus, en celui
d''achras. Il est employé seulement pour désigner la famille
des sapotées, dont ce genre fait partie. (J.)
SAPOTE-BORACHO. {Bot.) Le lucuma salicifolium est ainsi
nommé dans le Mexique , suivant M. Bonpland. Dans Fîle
de Cuba on nomme sapote de coulevra , le lucuma serpentaria
de la Flore équinoxiale. Le sapote negro est un plaqueœinier.
556 SAP
diospjros ohtusifolia de Willdenow. M. Kunth cite aussi le
nom péruvien de sapote à son Matisia cordata, genre de sa
famille des bombacées. (J.)
SAPOTÉES. (Bol.) Famille de plantes qui tire son nom du
sapotillier , sapota de Plumier, achras de Linna?us : elle ap-
partient à la classe des hypocoroliées ou dicotylédones à co-
rolle monopétale, insérée sous l'ovaire. Son caractère général
est formé de la réunion des suivans.
Calice d'une seule pièce , persistant, infère, non adhérent à
l'ovaire , divisé à son limbe en plusieurs lobes imbriqués dans la
préfloraison , quelquefois accompagné d'écaillés extérieures.
Corolle hypogyne, monopétale, régulière, divisé en autant de
lobes. Etamines à filets distincts, insérées au tube de la co*
roUe, tantftt en nombre double de celui de ses lobes, et alors
toutes fertiles, tantôt en nombre égal, opposées alors à ces
lobes et séparées alternativement par autant de languettes
représentant des filets d'étamines stériles (dans Vomphalocar'
pum ces etamines sont plus nombreuses, et rassemblées en fais-
ceaux entre chaque languette et devant chaque lobe). Ovaire
simple, supère , non adhérent, à plusieurs loges, remplies
chacune d'un seul ovule attaché au bas de la loge ; style
simple ; stigmate ordinairement non divisé. Fruit charnu ,
quelquefois couvert d'une croûte solide, multiloculaire , à
loges monospermes , dont plusieurs avortent souvent (quel-
quefois toutes, à l'exception d'une). Graines couvertes d'un
tégument presque osseux, lisse et luisant , excepté à leur om-
bilic, placé sur le côté inférieur et intérieur, tantôt arrondi ,
tantôt plus étroit et alongé. Périsperme charnu, existant or-
dinairement , manquant quelquefois. Embryon à radicule
courte, descendante, à lobes plans et beaucoup plus grands,
épaissis quand il n'y a pas de périsperme, minces quand il
existe, recouvrant alors l'embryon. Plantes remplies d'un
suc laiteux. Tiges ligneuses, s'élevant en arbrisseaux ou en
arbres. Feuilles alternes, simples , à bords ordinairement en-
tiers. Pédoncules uniflores, solitaires ou en faisceaux aux ais-
selles des feuilles.
On rapporte à cette famille les genres Sideroxjlum, Sersa-
Tisia de M. Brown, peu différent du précédent; Bumelia de
Swartz ; Bassia et son congénère Madhuca de Hamilton et
SAP 357
Boxburg; Mimusops , auquel VImbricarîa de Cointnerson est
réuni; Chrysophjllum, Lucuma , Acliras ou Sapota de Plumier-
Omplialocarpum de Beauvois.
Un des caractères principaux de cette famille très- natu-
relle, est tiré des étamines, en nombre double de celui des
lobes de la corolle et alors toutes fertiles, ou en nombre éeal
et opposées à ces lobes, alternes avec des languettes repré-
sentant des filets d'étamines stériles. L'absence de ces lan-
guettes dans le manglilla (caballeria delà Flore du Pérou ou
scleroxylum de Willdenow), qui n'a que cinq étamines, a dé-
terminé M. Kunth à reporter ce genre dans les ardisiacées,
famille voisine, qui est dépourvue de ces langueties. Il y a
renvoyé également le Jacquinia, qui en est dépourvu, mais
dans lequel la corolle est divisée en dix lobes, dont cinq in-
térieurs , plus petits et alternes avec les étamines, mais dans
un plan plus extérieur, auroient peut-être quelque simili-
tude avec des languettes; d'où il suit que le Jacjuiniaj dont
le port est <l'ailleurs différent de celui des sapotées. pourroit
servir de point de transition de cette famille aux ardisiacées.
Mais, pour fixer défînilivement les idées sur ce classement
des deux genres, il faudra vérifier s'ils ont l'embryon fili-
forme, flexueux, à radicule plus longue que les lobes, placé
presque transversalement au milieu du périsperme, comme
dans les ardisiacées, ou s'il est conformé et disposé comme
dans les sapotées. Les mômes observations devront être faites
sur le Nfcterisition de la Flore du Pérou, que M. Kunth réu-
nit aux sapotées, quoique dénué de languettes, et que par
cette raison nous avions rapproché du Mjrsine dans les ardi-
siacées.
Les arbres qui ont fourni les fruiéf du calvaria , du ros-
tellaria et du vitelaria, ligures par M. Gaertner CJs, paroissent
appartenir plus certainement aux sapotéfs.
A la suite de cette famille on citera avec doute les genres
Rapanea d'Aublet, Othera de Thunberg, Cj'rta de Loureiro,
et Xjstris de Schreber, dont l'affinité a besoin d'être vérifiée
par un nouvel examen. (J. )
SAPOTILLIER, Achras. (Bot.) Genre déplantes dicotylé-
dones, à fleurs complètes, monopétalées, de la famille des
sapotées, de Vhexandrie monogjnie de Linnseus, offrant pour
47» 23
338 SAP
caractère essentiel : Un calice à six folioles, placées sur un
double rang; une corolle campanulée , à six divisions; six
écailles échancrées, placées à l'orifice de la corolle , ainsi que
les six étamines ; un ovaire supérieur, surmonté d'un style
plus Ion" que la corolle et d'un stigmate obtus. Le fruit est
une pomme globuleuse, charnue, à douze loges; autant de
semences comprimées, avec une cicatrice longitudinale.
Plusieurs réformes ont été établies dans ce genre depuis
Linné. M. de Jussieu en a retranché VAchras mammosa ,
dont il a formé le genre Ldcuma (voyez ce mot). D'autres
espèces de sapotilliers ont été reportées dans le Bumelia de
Swartz (voyez Bumélie). La principale différence entre ces
oenrcs consiste particulièrement dans le nombre des parties
de la fructification.
Sapotillier commun: Achras sapota, Linn., Spec, Lamk. ;
Jll. gen. , lab. 255; Brown, Jam., tab. 19, fig. 3; Sloan.,
Jam. Hist. 2, tab, 169, fig. 2. Arbre fort élégant, qui dis-
tille de son écorce un suc blanc , tenace et visqueux ; son
tronc varie de hauteur, selon les localités; il s'élève depuis
dix jusqu'à cinquante pieds de haut; son bois est blanc; son
ccorce brune; il se divise en rameaux, réunis en une belle
cime; les plus jeunes sont épais, un peu charnus, garnis de
feuilles alternes, éparses, pétiolées, épaisses, ovales, lancéo-
lées, entières, aiguës à leurs deux extrémités, longues de
quatre à cinq pouces sur environ deux pouces de large, gla-
bres à leurs deux faces , luisantes en dessus. Les fleurs sont
éparses, solitaires, axillaires , pédonculées, blanchâtres, ino-
dores : elles varient dans leur forme, selon que la floraison
est plus ou moins avancée. Les folioles du calice sont ovales,
concaves, aiguës; la corolle est monopétale, plus longue que
le calice ; son tube campanule, à six divisions planes , presque
ovales, avec autant d'écaillés à l'orifice, échancrées à leur
sommet ; les six étamines sont insérées à l'entrée de la co-
rolle ; les filamens courts et subulés , un peu courbés; l'ovaire
est arrondi, comprimé à ses deux extrémités ; il lui succède
une pomme assez grosse, globuleuse, mais variable dans sa
forme, divisée en douze loges, renfermant autant de se-
mences, dont plusieurs avortent.
Cet arbre croît dans plusieurs contrées de l'Amérique mé-
SAP 539
ritîionale , mais il se trouve particulièrement à la Jamaïque,
au milieu des forêts. Ses fruits sont assez recherchés • ils ont
une saveur douce, mais un peu fade. On les sert en Amérique
sur foutes les tables. Il faut, pour les trouver plus agréables
attendre qu'ils commencent presque à se pourrir. Beaucoup
d'oiseaux et autres animaux en sont ti;ès-friands. L'écorce de
l'arbre passe pour astringente et bonne pour couper la fièvre.
Sapotillier découpé: Achras dissecta , Linn. , Suppl, , 210-
Manil-kara, Rhéed., Malab., 4, tab. sS, vulgairement Bois de
NATTE. Arbre d'une grandeur médiocre. Son tronc, d'où dé-
coule une liqueur onctueuse et inodore, est revêtu d'une
écorce d'un vert noirâtre. Il se divise en longues branches
latérales , diffuses et en rameaux épars , garnis de feuilles
alternes, pétiolées , très- épaisses , coriaces ; les unes ovales
d'autres un peu oblongues, luisantes, glabres à leurs deux
faces, obtuses, très- entières, rétrécies à leur base à ner-
vures fines, très-rapprochées, traversées en dessous par une
c6te épaisse : froissées entre les doigts, elles donnent une
liqueur laiteuse, acre et visqueuse. Les fleurs sont situées à
l'extrémité des rameaux sur de longs pédoncules pubescens
striés, épars entre les feuilles. Le calice est composé de six
folioles aiguës, lanugineuses, de couleur purpurine, ainsi
que la corolle. Les fruits ont la couleur, la forme et la gros-
seur d'une olive verte ; ils fournissent une liqueur visqueuse.
Leur chair, quand ils sont mûrs, est d'une saveur douce
acidulée. Elle excite l'appétit et facilite la digestion. Cette
plante croit dans la Chine, aux îles Manilles. On la cultive
au Malabar et dans plusieurs autres contrées de l'Inde. Ses
feuilles, pilées, broyées avec du gingembre et autres plantes
aromatiques, sont employées à l'extérieur dans les paralysies.
Sapotillier a fleurs sessiles; Achras sessilis , Poir. , Enc.
Très-belle espèce, dont les rameaux sont fort épais; l'écorce
rugueuse , épaisse. Les feuilles sont alternes ou éparses , fort
amples, coriaces, pétiolées, oblongues, rétrécies en coin à
leur base , obtuses, arrondies, quelquefois un peu échan-
créesau sommet, glabres, luisantes, entières, traversées par
une côte saillante avec des nervures latérales, fines, dis-
tantes, très -simples, dont l'intervalle est occupé par des
veines agréablement réticulées. Les fleurs sont éparses entre
34à SAP
les feuilles, vers l'extrémité des rameaux, assez riombreuse^ ,
sessiles, ou à peine pédicellées, solitaires. Le calice est un
peu pubescent, de couleur brune. Cette espèce croit à Tlsle-
de- France. Sa corolle et ses fruits n"ont pu être observés.
(PoiR.)
SAPPARE. {Min.) Nom que de Saussure a donné à la pierre
nommée aussi cyanite , et ensuite Disthène par Haiiy (voyez
ce mot). Tl a appliqué ce nom , qui est dans l'Inde synonyme
de saphir, au disthène du Saint-Gothard, à cause de la belle
couleur bleue qu'il possède quelquefois. (B. )
SAPPARITE. (Mm.) M. de Schlotheim a décrit sous ce
nom un minéral qui paroit avoir quelque analogie avec le
disthène, que de Saussure avoit nommé sappar.
Il est d'un bleu assez intense, avec un éclat chatoyant ar-
gentin. Ses cristaux dérivent d'un prisme quadrilatère rec-
tangulaire. Ils sont divisibles assez facilement et assez nette-
ment dans le sens longitudinal; mais la division transversale
présente une cassure inégale, passant à l'écailleuse. 11 est
transparent, d'une foible dureté; il ne peut rayer le verre:
sa poussière est d'un gris blanchâtre clair.
Ce minéral vient du Pégu ou de Ceilan : il s'est trouvé en-
gagé dans une druse de spinelle octaèdre.
Il est difficile , d'après des caractères si vagues et si incom-
plets , de dire si ce minéral est une espèce particulière ou
une simple modification de disthène. (Leonhard, Taschenb.,
1809, p. 127, tiré du magasin des naturalistes de Berlin, 1,
3o5.)(B.)
SAPROLEGMIA. (Bot.) Dans le Bulletin des sciences na-
turelles pour 18:^4, page 48 , ce nom est donné au Sairoleg-
NiA , décrit ci-après. (Le.m.)
SAPROLEGNIA. {Bot.) Ce genre, de la famille des algues,
formé sur quelques-unes de ces plantes confondues avec les
conferves, et dont les naturalistes sont portés à faire un règne
intermédiaire, a été établi par Nées et Wiegmann; il forme
avec Vjichlya {Hj^'dronema , Car. ) et le Pjythium de Wiegmann ,
jNées , etc., un groupe ou appendice des Leptomites de l'ordre
àesBafrachospermes, de la cohorte des Hydrophyces, c'est-à-dire
des Algues, dans la nouvelle classification de Pries. Ce grou-
pement avoit été établi avant Pries par M. Carus dans ses
SAP 341
Observations sur les genres d'Algues et de Moississures qui
croissent sur les animaux morts et sous Feau. (Not-, Act.acad,
nat. cur. , vol. 2 , p. 495. ) Les caractères du saprolegnia sont
ceux-ci : Plantes mucides, à filamens cloisonnés, et sporidies
ou globules sortant en série de leur loge respective, simples,
douées de mouvemens et s'éparpillant ensuite. Ce g(>nre a
quelque analogie avec le Tiresias de Bory de Saint- Vincent,
et le Proliféra de Vaucher :1e Conferva ferax de Gruithuisen
en fait partie. (Lem.)
SAPROMA, Gatinette, Saprome. {Bot.) Nouveau genre de
la famille des mousses, ainsi nommé par MM. Mougeot et
Nestler, et adopté par Bridel ; mais établi et publié par
Schwaegrichen sous la dénomination de Bruchia : il est voisin
du Voitia et du Phj'sedium , et tous les trois sont fort rappro-
chés du Pliascum.
Le Saproma est caractérisé par sa capsule clause, égale,
munie d'une apophyse à sa base, recouverte d'une coiffe cam-
panulée , fendue sur son bord en plusieurs parties, et fermée
par un opercule rudimentaire , un peu en bec et persistant.
Lesséminules ne sortent qu'après la destruction de la capsule.
he Saproma vogcsiacum , Moug. etNestl.; hrid., Brjyol. unit'.,
1 , p. 53, pi. 1 ; Bruchia vogesiaca, ScItv/. , Suppl. , :■■ , p.Cji,
tab. 1 27 , est la seule espèce du genre : c'est une petite mousse
d'une à quatre lignes, à tige simple ou divisée, garnie de
feuilles ovales à la base, puis subulées ; les feuilles périché-
tiales sont plus longues, courbées et rejetées du même côté;
le pédicelle de la capsule est un peu flexueux, long d'une
à trois lignes; son sommet se termine en une apophyse verte
qui se confond avec la capsule sans en pouvoir être distinguée.
Cetle petite mousse est terrestre, vivace, semblable à un
phascum , et se trouve dans les Vosges. Elle a été découverte
par MM. Mougeot et Nestler, à terre sur les bouses de vaches
dans les parties élevées du mont Hohneck, pendant le mois de
Septembre 1822. Cette mousse a des fleurs mâles et femelles,
terminales , dioïques , rarement monoïques : les fleurs mâles
sont presque capituliformes ; elles contiennent environ dix
anthères et des paraphyses filiformes stipités.
Ce genre diffère du phascum par la forme de sa coiffe, par
sa. capsule, qui ne se détache point du pédicelle et ne se iend.
0-u SAP
point par le côte, mais qui se détruit sur son pëdicelle. II se
distingue du voitia par sa coiffe en forme de mitre, laciniée
et caduque , et de l'un et de l'autre par la présence de l'apo-
physe au bas de la capsule.
Le genre Phjsedium {Ampoulette) , que nous n'avons pu
faire connoître à sa lettre, parce que la Bryologie univer-
selle de Bridel n'a paru que dan« ces derniers temps, est encore
trés-voisin du phascum. Il est caractérisé par la coifFe cucu-
liforme, entière à sa base , caduque; parla capsule clause,
sans bouche, égale, munie d'une apophyse basilaire et d'un
opercule rudimentaire persistant.
Le Phjsedium splachnoides , seule espèce du genre , est une
très -petite mousse droite, presque sans tige, à peine ra-
meuse, garnie de feuilles ovales, pointues, concaves, très-
entières; la capsul^ estoblongue, cylindrique. Cette plante
a été recueillie en petits gazons sur la terre nue près de
Kankerbay au cap de Bonne-Espérance. C^est le phascum spla-f
clmoides , Hornsch. , Hor. phjs. herol. , p. 67 , pi. 1 2 , Cg. 1 — 4.
(Lem.)
SAPYGE, Sapjga, (Entom.) Genre d'insectes hyménoptères,
établi sous ce nom par M. Latreille comme voisin de celui
des scolies, et par conséquent de notre famille des florilèges
ou anthophiles.
Fabricius , dans son Système des Piézates, a réuni les es-
pèces de scolies séparées par M. Latreille en un genre qu'il
a nomme Hellus.
M. Latreille a décrit sous le nom de sapyge à six points, le
mâle et la femelle d'une même espèce : fun est lliellus qua-
driguttalus mâle , l'autre Yhellus sexpunctalus femelle , plus
grosse. C'est aussi le même insecte que Geoffroy a nommé
guêpe nqire à quatre points blancs sur le ventre. Klug les a figurés
pi. 7, n.^'A, 5 et 6.
Une autre espèce a été décrite sous le nom de scolia ou
d'he//u5 prisma, qui est l'flpjs clavicornis de Linnœus , parce
que le mâle a les antennes terminées en massue. C'est un petit
insecte noir, dont l'abdomen présente trois bandes souvent in-
terrompues et un point anal jaunâtre ou blanchâtre. (C. D.)
SAQ-EL-HAMAM. {Bol.) Nom arabe d'une vipérine,
Échinum prostrntiim de M, Desfontaines, suivant M.Delile, (J,)
SAR 343
SAQR. (Ornîth.) Selon M. Savigny, dans ses Oiseaux d'É-
gyple et de Syrie , les noms arabes de saqr chahjn , saqr el
ghazal, saqr el baz , saqr el tejr , s'appliquent au faucon com-
mun^/âZco commuais, GmeL, en diverses contrées de l'Egypte;
celui de saqr el gerad, à l'émerillon , falco œsalon, Linn. , et
celui de saqr elfjran^ à la soubuse , falco pygargus , Linn.
( Ch. D. )
SAR. {Bot.) Nom qui désigne les varecs , dans le pays
d'Aunis, selon M. Bosc- (Lem.)
SAR. {Ichthyol.) Dans quelques parties de l'Europe méri-
dionale on donne ce nom au sargue ordinaire. Voyez Sargue.
(H. C)
SARA. (Bot.) Nom arabe du gouet ou pied-de-veau, arum,
cité par Daléchamps. (J.)
SARAB. {Bot.) Nom arabe du cadaha farinosa de Forskal.
(J.)
SARAB. {Ichthjol.) Nom égyptien de la Saufe. Voyez ce
mot. (H. C.)
SARACA. {Bot.) Genre de plantes dicotylédones, à fleurs
incomplètes, irréguliéres, de la famille des légumineuses , de
la diadelphie hexandrie de Linnaeus, offrant pour caractère
essentiel : Une corolle monopétale , infundibuliforme , à
quatre divisions; point de calice; six étanunes en deux pa-
quets opposés , insérées à l'orifice de la corolle; un ovaire
supérieur, comprimé; un style incliné; le stigmate obtus.
Le fruit n'a point été observé. Cette plante seroit-elle la
même que I'Ionesia de Roxburg? (Voyez ce mot.)
Saraca des Indes; Saraca indica, Linn., Mant. , 98 ; Burm*»
Flor. ind., tab. 26; fig. 2. Arbre des Indes, imparfaitement
connu. Son tronc se divise en branches diffuses et en rameaux
alternes, garnis de feuilles alternes, pétiolées, composées de
quatre, six ou huit folioles pédicellces, oblongues. Les fleurs
sont disposées en plusieurs épis ovales, alternes , formant une
panicule par leur ensemble. Ces épis sont munis de bractées
opposées deux à deux, imbriquées, ovales, lancéolées. Il n'y
a point de calice. La corolle est monopétale, en entonnoir;
Je limbe divisé en quatre découpures ovales, ouvertes; 1»
division supérieure plus écartée; l'orifice élevé à son bord;
elle renferme six étamines diadelphes, à fiiamens sétacéa,
344 SAR
inclinés, insérés à l'orifice de la corolle, réunis trois par
trois à leur base , formant deux paquets opposés; l'ovaire est
oblong, comprimé, pédicellé, de la longueur des élamines ;
le style subulé, incliné, aussi long que l'ovaire , terminé par
un stigmate obtus. Cette plante croit dans les Indes orien-
tales. (POIR.)
SAKACÉNAIRE. (Foss.) J'ai reçu d'Italie de petites co-
quilles, dont les plus longues n'ont qu'une ligne et demie
sur'une demi-ligne de diamètre. Elles sont lisses, triangu-
laires, cellulées , et ne portent aucune trace d'ouverture
extérieure. J'ai cru qu'elles dévoient constituer un genre
particulier, auquel j'ai donné le nom de Saracénaire, attendu
que les coquilles qu'il renferme, ressemblent parfaitement à
un petit grain de sarrazin ; j'ai donné à la seule espèce que
je connoisse, et qui a servi de type à ce genre, le nom de
saracénaire d'Italie, saracenaria italica. Dans le Tableau mé-
thodique de la classe des céphalopodes, M. Dorbigny annonce
que cette espèce vitdans la mer Adriatique et qu'on la trouve
fossile aux environs de Sienne. On en voit une figure dans
l'atlas de ce Dictionnaire , planches des fossiles. ( D. F. )
SARACHA. {Bot.) Ce genre de la Flore du Pérou doit être
supprimé et réuni à la mandragore , avec laquelle il a la plus
grande aflinité, et dont il ne diffère que par sa corolle plus
évasée. Il paroît que c'est Vatropa procumlens de Cavaniiles et
de M. Persoon.Il ne faudra pas confondre ce saracha, qui est
une solanée , avec la saraca de Linnaeus, qui est un genre
conservé dans la famille des légumineuses. Celui de Ij Flore
du Pérou est nommé dans ce pays tomate cirnarron, c'est-à-
dire pomme d'or sauvage. Ses feuilles , écrasées et mêlées
avec du saindoux, ont une vertu anodine et éinolliente. On
ajoutera ici que Mentzel cite le nom égyptien saraca pour
l'hellébore noir. Voyez Saraquier. (J.)
SARACHE. (Ichthyol.) Le poisson ainsi nommé par Aldro-
vandi, est le même que le scoranze des Italiens. Voyez Sco-
RANZK. (H. C. )
SARACHS, SARAX. {Bol.) Nom arabe de la fougère, cité
par Daléchainps. (J.)
SARAGACE. (Bot.) JNom portugais d'une espèce de bur
glose, cité par Grisley. (J.)
SAR 345
SARAGU. (Ichthjol.) Nom sarde du sargue ordinaire. \^oycz
Sargue. (H. C.)
SARAIGNET. (Bot.) Nom d'une variété de froment, dans
le département du Gard, selon M. Bosc. (Lem.)
SARAK. {Mamiv.) L'un des noms tartares de la brebis.
(Desm.)
SARALU. {Bot.) Voyez Pongelion. (J.)
SARANA. {Bot.) Nom du liliuin powponium chez les Mon-
gols , dans la Daourie, cité par Gmelin. (J.)
SARANGUINA. (Bot.) Dans la province de Jaen de Bra-
camoros, près le fleuve des Amazones, on donne ce nom
au bumelia rotundifolia de Swartz , suivant M. de Humboldt.
(J.)
SARAPE. [Entom.) M. Fischer, de Moscou, a décrit comme
un genre , et sous ce nom , une espèce d'escarbot que Fahricius
appeloit hister glahratus , et qui se trouve sous les écorces.
(CD.)
SARx\PICO. {Ornith.) Don Ulloa , dans ses Mémoires philo-
sophiques et physiques sur l'Amérique, cite lessarapicos , qu'il
associe aux courlis , comme étant communs dans les parties
haute et basse du Pérou , ainsi que dans la Louisiane. (Ch. D.)
SARAQUH. (Ornith.) Voyez Saggaouy. (Ch. D.)
SARAQUl. (Bot.) Dans les montagnes voisines de Loxa
croît un arbre de ce nom, qui est le stereoTjlum pendulium
de la Flore du Péi'ou, escallonia pendula de MM. Persoon et
Kunth. (J.)
SARAQUIER, Saracha. (Bot.) Genre de plantes dicotylé-
dones, à fleurs complètes, monopétalées, de la famille des so-
lanées , de la pentandrie monogjnie de Linnaeus, dont le caractère
essentiel consiste dans un calice persistant, à cinq angles, à
cinq divisions; une corolle campanulée, en roue et à cinq
lobes à son limbe ; cinq étamines insérées à la base de la
corolle; les filamens élargis vers leur base; les anthères
ovales, à deux loges; un ovaire supérieur; un style; le stig-
mafe en tête-, une baie globuleuse, à une seule loge, enve-
loppée jusque vers son milieu par le calice persistant ; des
semences comprimées, logées dans autant de petites cellules
éparses.
Ce geare a été établi par les auteurs de la Flore du Pérou
346 SAR
en l'honneur du R. P. Isidore Saracha , bénédictin, botaniste
espagnol , très-zélé pour la science. Il diffère des Physalis par
le limbe de sa corolle en roue, par ses baies uniloculaires,
enveloppées à leur base par le calice ; il diffère des atropa
par son calice à cinq divisions ouvertes, par les divisions de
la corolle égales et réfléchies; enfin par les étamines, les
fruits et les semences.
Saraquier ponctué; Saracha punctata , RuizetPav. , Flor.
Per., 2 , page 42 , tab. 178 , fig. B. Cette plante a des tiges
droites, presque ligneuses, rameuses, cylindriques, hautes
de deux ou trois pieds, de couleur brune ; les rameaux al-
ternes, un peu anguleux, pulvérulens dans leur jeunesse.
Les feuilles sont pétiolées, éparses, alternes, ovales, oblon-
gues , très-entières , glabres en dessus , veinées et pulvérulentes
en dessous, aiguës au sommet. Les fleurs sont terminales,
axillaires , réunies plusieurs ensemble ; les pédoncules sim-
ples, uniflores , pendans, inégaux. Le calice est glabre, à
cinq divisions ovales, un peu arrondies, obtuses; la corolle
grande, campanulée , pulvérulente en dehors; le limbe très-
ouvert, à cinq lobes obtus, réfléchis, d'un pourpre jaunâtre ,
Tnarqués de petites taches purpurines. Cette plante croît au
Pérou , sur les hautes montagnes. Ses feuilles ont une saveur
irès-amère; elles passent pour anodines , émollicntcs, dépu-
ratives.
Saraqdier a peux FLEURS: Suraclia hijlora, Flor. Per., loc,
cit., tab. 179, fig. y4; vulgairement Pommes d'or. Sa tige est
droite, pubescenle , cylindrique, hante d'environ deux pieds,
divisée en rameaux anguleux, pubescens. Les feuilles sont
pétiolées, alternes , presque géminées, ovales, aiguës, en-
tières, rétrécies à leur base, courantes sur le pétiole; les
fleurs axillaires; les pédoncules solitaires , bifides au sommet,
terminés par deux, rarement trois fleurs pendantes. La co-
rolle est campanulée , d'un vert jaunâtre , étalée à son limbe ,
qui se divise en cinq lobes aigus; les étamines sont droites,
une fois plus longues que la corolle; les baies fort petites,
de la grosseur d'un pois, arrondies, un peu comprimées et
blanchâtres. Cette plante croit dans les champs, au Pérou,
parmi les moissons et les haies. Ses feuilles, broyées et mêlées
avec de la graisse de porc , passent pour émollientes et aHodine^»
SAR 347
Saraqcier A PÉDONCULES TORS; Saracha contorta , Flor. Per. ,
îoc. cit., tab. i8û, fig. A. Plante annuelle, herbacée, dont
les racines sont blanchâtres, très - fibreuses ; la tige droite,
haute de trois ou quatre pieds , presque fistuleuse , canne-
lée, à cinq angles, glabre, d'un violet livide à sa partie
inférieure; les rameaux dichotomes, striés, anguleux, piibes-
cens. Les feuilles sont alternes, pétiolées, ovales; les infé-
rieures solitaires , un peu anguleuses et dentées ; les supé-
rieures géminées, l'une plus petite que l'autre, inégales à
leur base, entières à leur contour, obliques, aiguës au som-
met, pubescenfes à leurs deux faces, un peu courantes sur
le pétiole, qui est à demi cylindrique, trois fois plus court
que les feuilles. Les fleurs sont disposées en une sorte d'om-
belle pendante , situées dans la bifurcation des rameaux et
dans les aisselles des feuilles supérieures. Le pédoncule com-
mun est solitaire, sillonné, tors ou en spirale , soutenant six
ou dix fleurs inclinées, pédicellées ; les pédicelles uniflores et
en spirale. La corolle est d'un blanc jaunâtre, assez grande,
campanulée, très-ouverte; les lobes aigus ; les étamines ve-
lues à la base des fîlamens. Les baies sont noires , globuleu-
ses , de la grosseur d'un pois. Cette plante croît au Pérou , aux
lieux escarpés. Ses feuilles passent pour émollientes et anodines.
Saraquier DENTÉ; Suracha dentuta , Flor. Per., Ioc. cit., tab.
179 , fig. B. Cette plante a des racines fusiformes, blanchâtres,
fibreuses, d'où sort une tige herbacée, très - rameuse , an-
nuelle, pubescente, chargée, presque dès sa base, de rameaux
nombreux, foibles, renversés, diff"us, pubescens, anguleux
et dichotomes , longs d'un demi-pied. Les feuilles sont gémi-
nées, médiocrement pétiolées, l'une plus petite que l'autre,
ovales, oblongues ou lancéolées, petites, les unes entières,
d'autres dentées ou sinuées , un peu aiguës ou obtuses au
sommet, rétrécies à leur base en un pétiole court. Les fleurs
sont réunies en ombelles , les unes terminales , d'autres laté-
rales, inclinées; le pédoncule commun filiforme, divisé en
trois ou quatre pédicelles courts, pubescens; la corolle d'un
blanc violet, mince, velue à ses deux faces, marquée, dans
son centre, de dix points verdàtres; les lobes aigus, ouverts
en roue; les baies d'un jaune de safran, de la grosseur d'un
petit pois; les semences un peu ridées. Cette plante croît dans
548 SAR
les décombres, au Pérou. Ses feuilles, cuites dans la graisse
de porc et appliquées en cataplasme , sont employées pour
amollir les tumeurs et en apaiser la douleur.
Saraquier ombelle: Saracha umbellata , Dec, Cat. liort.
Monsp., 1 /i2 : Atropa umhellala, Roth , Calai, hot. , 2, pag. 2G ?
Cette espèce a des tiges herbacées, droites, presque glabres,
un peu cannelées, garnies de feuilles ovales, alternes, rétré-
cies en pointe à leurs deux extrémités, réunies en ombelles
axillaires: lespédicelles sont uniHores, inclinés, au nombre de
trois ou six :1e calice est partagé en cinq découpures très-pro-
fondes , recouvrant les baies à leur moitié inférieure; les
anthères sont non conniventes, s'ouvrant en longueur latéra-
lement. Cette plante, probablement originaire de l'Amérique
méridionale , est cultivée au Jardin du Roi.
Le Saracha procumhens de la Flore du Pérou , loc. cit., tab.
180 , fig. B, est Vafropa procumhens de Cavanilles, Icoii. rar.,
1 , tab. 72 , cultivé sous ce nom au Jardin du Roi. Il paroît
être Vatropa pticata de Roth , Cat. hot., 24. Ses tiges sont cou-
chées, herbacées; les feuilles géminées, ovales, entières, un
peu velues en dessous; les fleurs axillaires, disposées en om-
belles de trois ou quatre fleurs; les pédoncules velus; la corolle
est d'un blanc jaunâtre, verdàtre à son centre, pubescente à
ses bords; les baies sont glabres, luisantes, de la grosseur d'un
pois; les semences lenticulaires, un peu échancrées à leur
base. Cette plante croit au Pérou. Voyez Saracha. (Poir.)
SARAQUIOA. {Bot.) Nom de Vandropognn glaucescens de
la Flore équinoxiale dans le royaume de Qtjito. (J.)
SARAS, ADAMARAM. (Bot.) Noms nialabares, cités par
Rhéede , du badamier, terminalia catappa, (J.)
SARASÎÉ. (Bot.) Nom arabe du fr:iit du cerisier, cité
par Daléchamps. C'est le harasiœ de Forskal. (J.)
SARAT. (Bot.) Nom arabe de Vamarjlhs alha àc Forskal.
(J.)
SARAUB. {Bot.) Les Maures nomment ainsi le cyprès,
cupressus sempervirens , suivant Rumph. C'est le saru des Arabes;
le saruh des environs d'Alep , cité aussi par Forskal. (J.)
SARAUDLIK. {Ichliiyol.) Nom groenlandois du Mlsche-
Bour. Voyez ce mot. ( H. C.)
SARAVOZA. {Ornith.) Flacourt cite, parmi les oiseaux de
SAR 349
Madagascar, ce très-petit perroquet vert, qu'il dit avoir le
talent de contrefaire la voix des autres oiseaux. (Ch. D. )
SARAX et SARACHS. (Bot.) Noms donnés parles auteurs
arabes à la fougère royale, osmunda regalis , Linn. ( Lem.)
SARBA. {Ichthjol.) Nom arabe du Saube. Voyez ce mot
et Daurade. (H. C.)
SARBARSUK. (Ornith.) Ce nom, qui s'écrit aussi sarg--
i'arsuk, est celui du tringa striata au Groenland, selon Fabri-
cius , n.° 73. (Ch.D^)
SARBATANA. {Bot.) Dans la Nouvelle -Grenade, suivant
M. de Humboldt, on nomme ainsi son verbesina turbacensis,
qui croît auprès de Turbasco. (J.)
SARBE. {Ichthj'oi.) Nom spécifique d'une Daurade, décrite
-dans ce Dictionnaire, tome XII, page 164. (H. C. )
SARCANDA. (Bot.) Voyez Sercanda. (J.)
SARCANTHÈME, Sarcanthemum. {Bot.) Ce genre de plantes,
que nous avons proposé dans le Bulletin des sciences de Mai
1818 (pag. 74), appartient à l'ordre des Synanthérées, à notre
tribu naturelle des Astérées, à la section des Astérées-Solida-
ginées , et au groupe des Psiadiécs , dans lequel nous l'avons
placé entre les deux genres Elphegea et Psiadia. (Voyez notre
tableau des Astérées , tom. XXXVII , pag. 469 et 469. ) Le
genre Sarcanthemum présente les caractères suivans :
Calathide subglobuleuse, discoïde: disque pluriflore, ré-
gulariflore, mascuîiflore; couronne plurisériéc, multiflore,
ambiguïflore , féminiflore. Péricline un peu inférieur aux
fleurs, hémisphérique; formé de squames imbriquées, appli-
quées, ovales-obîongues , coriaces , munies d'une bordure
membraneuse. Clinanthe plan, garni sous le disque de pe-
tites lames , et sous la couronne de squamelles inférieures aux
fleurs et un peu variables. Ovaires de la couronne comprimés,
obovoides, glabres, striés, pourvus d'un bourrelet basilaire ,
et oÉFrant un rudiment presque imperceptible d'aigrette sté-
phanoïde. Faux-ovaires du disque réduits au seul bourrelet
basilaire, qui porte une longue aigrette chiffonnée, irrégu-
lière , composée de squamellules entregreffées à la b se ,
flexueuses , filiformes-laminées, inappendiculées. Corolles de
la couronne tubuleuses-ligulées , très-épaisses inférieurement,
grêles supérieurement, liguliformes au sommet. Corolles du
55o SAR
disque ayant la partie inférieure du limbe formée d'une subs-
tance épaisse, coriace-charnue.
]Vous ne connoissons qu'une seule espèce de ce genre.
Sarcanthème corne- de- cerf : Sarcanthemum coronopus , H.
Cass. ; Conj'za coronopus, Lamk., Encycl., tom. 2 , pag. 87 ; Pers.,
Syn. pL, tom. 2 , pag. 428. C'est un arbuste glabre, à tige ra-
meuse, cylindrique ; ses feuilles sont alternes, longuement
pétiolées, étroites, oblongues-lancéolées, subglaucescentes ou
grisâtres, trinervées , dentées, à dents distantes, oblongues ,
arrondies au sommet; les calathides , composées de fleurs
jaunes, sont disposées en corymbes terminaux.
Nous avons fait cette description spécifique, et celle des
caractères génériques, sur un échantillon sec, recueilli dans
l'ile Rodrigue par Commerson , et qui se trouve dans l'herbier
de M. de Jussieu.
Le genre Sarcanthemum se distingue des trois autres genres
de Psiadiées {Elphegea, Psiadia, ISidorella) par des caractères
très-remarquables: La calathide n'est point radiée, mais dis-
coïde; les fleurs de la couronne, disposées sur plusieurs
rangs, ayant leur languette demi-avortée ; le clinanthe est
garni d'appendices laminés, dont les extérieurs ressemblent à
de vraies squamelles; les ovaires de la couronne n'ont qu'un
rudiment presque imperceptible d'aigrette stéphanoïde ; les
faux-ovaires du disque, réduits au bourrelet basilaire , ont
une longue aigrette de squamellules entregreffées à la base,
filiformes -laminées et nues; les corolles du disque et de la
couronne offrent une partie très-épaisse et coriace-charnue.
C'est à ce dernier caractère que fait allusion le nom de Sar-
canthemum, composé de deux mots grecs, qui s] gniûent Jleurs
charnues.
Il est à propos de remarquer ici que M. Lindley a établi
un genre Sarcanlhus dans l'ordre des Orchidées. Nous igno-
rons si la publication de son Sarcanthus est antérieure ou
postérieure à celle de notre Sarcanthemum, décrit dans le
Bulletin des sciences de Mai 1818. Mais il nous semble qu'on
peut très-bien conserver, sans aucun changement, les deux
noms génériques de 5arca)i^/iw5 et de Sarcanf/iemi/m , puisque
tous les botanistes adoptent ceux d'Helianthus et d'Hélianthe-,
mum. Il sera bientôt impossible de nommer les nouveaux
SAR S5i
genres , si Ton exige que les noms génériques ne se ressem-
blent point du tout. (H. Cass.)
SARCELLE. (Ornith.) Voyez Canard. ( Ch. D.)
SARCINULE, Sarcinula. (Polyp.) M. de Lamarck donne
ce nom , dans la Nouvelle édition de ses Animaux sans ver-
tèbres, tome 2, page 222, à un genre de Madrépores ou
de Polypiers lamellifères , composés d'un grand nombre de
tubes subcylindriques, verticaux, parallèles, à ouverture po-
lygonale , avec des lames rayonnantes dans l'intérieur aux
deux extrémités, et formant par leur réunion des ma«ses sim-
ples, plus ou moins épaisses, ayant des ouvertures sur les
deux faces.
Ce polypier fort singulier, qui semble s'accroître à la fois
à la circonférence par l'augmentation du nombre des tubes,
et à ses deux faces par leur alongement, diffère principale-
ment des tubipores en ce que ses tubes sont véritablement
contigus dans toute leur longueur, du moins dans l'espèce
non fossile que j'ai sous les yeux; aussi ai-je été obligé, à
cause de cela, de ne pas faire entrer dans la caractéristique
les cloisons intermédiaires et transverses, dont parle M. de La-
marck. Les sarcinules diffèrent aussi des tubipores par la forme
même de la cavité et l'existence des lamelles radiées inté-
rieures, lisse distinguant des stylines , parce que les lamelles
radiées ne tombent pas sur un axe solide, qui dépasse les
bords de l'ouverture.
M. de Lamarck définit deux espèces de sarcinules.
La Sarcinule perforée; Sarcinula perforata, de Lamk. , loc.
cit., pag. 225. Polypier en masse aplatie en dessus comme ea
dessous, assez épaisse, composée de tubes droits, parallèles,
réunis entre eux dans toute la longueur, ou à interstices pleins
et ouverts aux deux extrémités.
Cette espèce, apportée des mers australes par MM. Péron
et Lesueur , à ce que dit M. de Lamarck, m'a présenté, dans
l'échantillon que je possède, et qui a près d'un pouce et demi
d'épaisseur, un aspect cristallin si singulier dans l'intérieur
des tubes et sur les bords, que je ne serois pas étonné qu'elle
fût fossile.
La S. ORGUE : S. organum, de Lamk. : Madrepora organum,
Liun., Aman, acad., i , tab, 4. fig. G. Polypier en masse
352 SAR
épaisse , composée d'un grand, nombre de tubes verticaux j
agrégés par une matière cellulaire , disposée en cloisons trans-
verses.
M. de Lamarck cite de cette espèce des individus vivans,
provenant de la mer Rouge et existant dans son cabinet : je
ne les ai p;'.s vus; lurtis il y rapporte comme fossile analogue
le madrépore dont Linné a donné la figure dans la disserta-
tion De coniUis balticis, et il me semble, d'après la figure, qu'il
y a des différences notables , en ce que dans celui-ci les tubes
cylindriques sont comme articulés , percés d'un très-petit trou ,
peut-être sans lames rayonnantes, et qu'ils sont réunis dans
toute leur longueur par une substance continue sans indice
de cloisons. (De B. )
SARCINULE. ( Foss.) Nous n'avons jamais rencontré d'es-
pèces de ce genre à l'état fossile . et nous ne le connoissons
que par ce qui en a été dit par M. de Lamarck, dans son
ouvrage sur les animaux sans vertèbres, tom. 2 , pag. 2 2 3. Ce
savant pense que ce polypier est libre; mais il est difficile de
croire que des masses composées de tubes réunis puissent
n'être pas adhérens sur quelques corps. 11 en a signalé deux
espèces : la sarcinule perforée et la sarcinule orgue. Il ne
paroît pas assuré que la première, qui vit dans l'océan Aus-
tral, ne soit pas fossile, et il annonce que la seconde, qui
se trouve à l'état vivant dans la mer Rouge, se trouve fos-
sile sur les côtes de la mer Baltique.
Pour dissiper quelques doutes que nous avons sur la nature
et le genre de ce polypier, nous regrettons beaucoup de n'en
avoir pas eu sous les yeux quelques échantillons. (D. F.)
SARCITE. (Min.) Nom donné par Pline à une pierre qui
ressembloit à de la chair de bœuf, et par le docteur Town-
son , suivant M. Jameson , à un minéral qui se trouve à Gree-
nock, entre Edimbourg et Glasgow, et qui pourroit bien être
ou de l'analcime rosàtre ou de I'Hydrouïhe. Voyez ce mot
et Sarcolithe. (B.)
SARCOBASE. {Bot.) M. De Candolle donne ce nom au
fruit des ochnacées, des simaroubées, etc., dans lequel les
loges, toujours distinctes, sont articulées sur un très- grand
gynobase (base du style); et il donne à ce fruit le nom de
juicrobase , lorsque, comme dans les labiées, par exemple,.
SAR 353
les loges sont articulées sur un gynobase très -petit. M. Mir-
bel réunit le sarcobase et le microbase sous la dénomination
de C^NOBioN. Voyez ce mot. (Mass.)
SARCOCARPE. {Bot.) M. Richard distingue dans le péri-
carpe trois parties : i.° la peau externe ou épicarpe; 2.° la
peau interne, de consistance variable, qui forme les loges,
ou l'endocarpe; 3.° la partie intermédiaire plus ou moins
charnue, ou le sarcocarpe. M. Mirbel ne distingue dans le
péricarpe que deux parties : l'extérieure , qu'il nomme panne
externe , et l'intérieure , qu'il nomme panne interne. (Mass.)
SARCOCARPES; (Bot.) Ce sont des champignons qui cons>
tituent un ordre particulier dans leur famille. Voyez Cham-
HGNONS. (LeM.)
SARCOCHILUS. (Bot.) Ce genre , établi par M. Rob. Brown ,
appartient à la famille des orchidées, à la gjynandrie diandrle.
de Linnœus. Il a de grands rapports avec les cjmbidium et les
dendrobium , étant rapproché des premiers par sa corolle étalée ;
des seconds par son port; ses fleurs offrent pour caractère
essentiel : Cinq pétales égaux , étalés ; les deux extérieurs
soudés avec l'onglet de la lèvre ou du sixième pétale : celui-
ci est privé d'éperon , rétréci en un onglet, qui est un pro-
longement de la colonne sexuelle; son limbe est en sabot;
le lobe du milieu est ferme et charnu ; l'anthère mobile ,
terminale et caduque. L'auteur ne cite qu'une espèce pour
ce genre , le sarcochylus falcalus , Nov. HolL, pag. 332. Il croît
à la Nouvelle-Hollande. (Poir.)
SARCOCOLIER. {Bot,) Voyez Pen^a. (Poir.)
SARCOCOLLA. {Bot.) Ce nom latin a été conservé par
Adanson au sarcocoUier , que Linnœus a nommé pencea, en
supprimant le penœa de Plumier, qu'il rapportoit au polygala.
(J.)
SARCOCOLLE. {Bot.) On connoîtsous ce nom un suc plu»
gommeux que résineux , lequel suinte de l'écorce du penœa
sarcocolla. Il est apporté de la Perse, de l'Arabie et de PÉ-
thiopie , sous forme de petits grains friables , de volume iné-
gal, de couleur rougeâtre ou jaunâtre, d'une saveur un peu
acre, amère et nauséabonde. Il plie sous la dent, se dissout
en partie dans Pesprit de vin et presque entièrement dan*
Peau. Les anciens n'étoient pas d'accord sur ses vertus. Les
A7- :s5
■564 SAR
Arabes lui atlribuèrent une propriélé purgative , mais ils
craignoient de l'administrer aux tempéramens bilieux. On.
tempéroit son action par le mélange avec des huileux. Les
Grecs ne l'employoient qu'à l'extérieur, dissous dans du lait
ou de l'eau rose . pour bassiner les yeux attaqués d'ophthalmie ,
pour délayer et cicatriser les plaies. On l'a employé plus ré-
cemment pour arrêter les hémorrhagies; mais généralement il
est peu d'usage. (J. )
SARCOCOLLE. ( Chim. ) M. Thomson a fait un principe
immédiat de cette substance, que l'on considéroit générale-
ment auparavant comme une gomme résine.
La sarcocolle exsude du penœa sarcocoUa,
La sarcocolle du commerce est en globules oblongs, dont
les uns sont de la grosseur d'un pois, et les autres de la gros-
seur d'un grain de sable. Elle est jaune ou rougeàtre, assez
semblable à la gomme arabique. Elle a une odeur légère d'anis
elle est formée, suivant Thomson , de quatre substances dif-
férentes : 1.° de sarcocolle pure, c'est la plus abondante
a." de petites fibres ligneuses et d'une substance molle res-
semblant à l'enveloppe des graines de plusieurs crucifères
5." d'une substance brune rougeàtre ressemblant à delà terre
4.° d'une matière gélatineuse que l'on aperçoit quand on traite
la sarcocolle par l'eau et l'alcool.
Lorsqu'on fait évaporer la solution alcoolique de sarcocolle
filtrée, on obtient une matière brune, demi- transparente,
facile à casser , ressemblant à la gomme et n'ayant pas d'odeur :
c'est la sarcocolle pure.
Elle ne cristallise pas.
La sarcocolle pure a une saveur sucrée, légèrement amère;
elle se dissout dans la bouche comme la gomme.
Elle est aussi soluble dans l'eau que dans l'alcool. La pre-
mière solution est mucilagineuse; elle peut servir aux mêmes
usages que la gomme.
Au feu elle se ramollit, sans se fondre; elle exhale une
odeur légère de caramel. A une haute température elle noir-
cit, prend la consistance du goudron, répand une fumée
blanche, qui a une odeur très-àcre. (Ch.)
SARCODACTYLIS. {Bot.) Gœrtner a décrit sous ce nom
Je fruit d'une plante qu'il suppose voisine de Vhelicleres;
SAR 355
et peut-être même Vhelicteres apetala. Ce fruit est une baie
charnue, d'un rouge de feu , oblongue, sillonnée , s'élevant du
milieu des sillons, en forme de doigt, ombiliquée profon-
dément au sommet, en forme d'enfonnoir, multiloculaire; les
graines sont éparses clans les loi^es et peu nombreuses. { Lem.)
SARCODE , Sarcodum. (Bot.) Genre de plantes dicotylé-
dones, à fleurs complètes, papilionacées , de la famille des
légumineuses , de la diadelpliie décandrie de Linnasus , offrant
pour caractère essentiel : Un calice persistant , court , à demi-
tronqué; la corolle papilionacée ; les ailes courtes el planes;
la carène courte, en faucille; dix filamens subulés , diadel-
phes; une gousse charnue, cylindrique, renfermant des se-
mences ovales.
Sarcode grimpant; Sarcodum scandens , Lour. , Fi, Coch., 2 ,
pag. 564. Arbrisseau dont la tige est fort longue, grimpante,
très-rameuse. Les feuilles sont ailées, composées de folioles
ovales, lanugineuses, oblongues , acumiiiées, très- entières.
Les fleurs sont d'un rose clair, disposées en grappes simples,
terminales; chaque fleur est munie d'une bractée ciliée, lan-
céolée. Le calice est coloré, tronqué à son bord supérieur,
muni à l'autre de trois petites dents droites, aiguës; la co-
rolle est papilionacée ; l'étendard ascendant, ovale, entier;
les ailes sont courtes, planes, ovales, alongées ; la carène est
d'une seule pièce, courbée en faucille, de la longueur de
l'étendard; les anthères sont ovales, tomhanles; l'ovaire est
linéaire; le style subulé , de la longueur des étiimines; la
gousse droite, cylindrique, glabre, oblongue, charnue, con-
tenant des semences réniforuies. Cette plante croit dans les
forêts, à la Cochinchine. ( Poir.)
SARCODENDRE, Sarcodendros. [Zoophyt.) Donati , Essai
sur l'histoire naturelle delà mer Adriatique , p. 2, emploie ce
nom pour désigner un genre dezoophytes entièrement charnu,
et dans lequel les cellules, en forme de lampe, sont enfon-
cées. C'est sans doute quelque espèce d'alcyon. (De B.)
SARCODERME. {Bot.) Nom donné par M. De Candolle
à la partie parenchymateuse, quelquefois à peine visible,
quelquefois très -apparente, qui se trouve entre le tégument
extérieur de la graine , et le tégument immédiat de l'amande.
Voyez Téguwens i>e ia graijse. (Mass.)
356 SAR
SARCOGRAPHA. {Bot.) Genre de la famille des lichens,
établi par M. Fée près du Grapliis et du Fissurina , Fée,
dont il est intermédiaire : il est caractérisé par son thallus
ou expansion crustacé , membraneux, uniforme; ses apo-
théciums constitués par des lirelles labyrinthiformes , insé-
rées sur une base charnue, cessant prés du bord du thal-
lus, ayant le disque noir et pulvérulent, et contenant un
noyau alongé, rameux , strié intérieurement. La forme des
apothéciums , et leur disposition sur une base charnue, a sug-
géré le nom de sarcographa , dérivé du grec, donné à ce
genre , et qui signifieroit écriture sur de la chair.
Ce genre comprend quelques espèces exotiques parasites
des écorces de quinquina et de celles de la cascarille.
Le Sarcographa des quinquina ; Sarcogr. cinehonarum , Fée,
Essaj, p. 58, pi. 1 , fig. 5, il est cartilagineux, glabre, d'un
blanc de neige , arrondi ; ses lirelles sont noires. Il forme sur
les écorces du Cinchona lancifolia de petites taches de deux
à quatre lignes de diamètre,
M. Fée décrit encore trois autres espèces, figurées pi. i6 du
même ouvrage, ce sont les Sarcographa cascarillœ , tigrina et
lahjrinlhiformis.
Le sarcographa est réuni par Meyer à son asterisca, ainsi
que le medusula d'Eschweiller ; mais la connoissance de la
véritable structure du genre est due à M. Fée. 11 paroit qu'on
doit l'augmenter de plusieurs espèces placées par Achard dans
son glyphis , et entre autres des gljphis labjrinthica et tricosa ,
outre plusieurs nouvelles espèces. Voyez Flatygramma. (Lem.)
SARCOLÈNE, Sarcolœna. (Bot.) Genre de plantes dicoty-
lédones, à fleurs complètes, polypétalées, de la famille des
Clenacées de M. du Petit-Thouars , de la monadelphie polyandrie
de Linnaeus , offrant pour caractère essentiel : Un involucre ou
calice extérieur à cinq dents; un calice intérieur à trois fo-
lioles; cinq pétales réunis en tube à leur base; des étamines
nombreuses , monadelphes , insérées à la base ; un tube
urcéolé; un ovaire supérieur, conique; un style; un stigmate
en tête , à trois lobes. L'urcéole se convertit en une sorte de
baie, et renferme une capsule à trois loges bivalves ; deux
semences dans chaque loge.
Sarcolène a grandes fleurs ; Sarcolœna grandijlora, du Petit-
SAR S57
Thoiuirs, Hist. des végét. d'Afrique, fasc. 2, pag. Z-j , lab. 9.
Arbre d'une médiocre grandeur , à rameaux alternes, ren-
versés, dichotomes. Les feuilles sont pétiolées, alternes, un
peu distantes, ovales, entières, longues de quatre ou cinq
pouces, plissées dans leur jeunesse , couvertes de poils ferru-
gineux et caducs; les pétioles comprimés , à deux angles; les
stipules fendus dans leur longueur. Les fleurs sont terminales,
assez grandes , portées sur des pédoncules divisés par dicho-
tomies, munis de bractées caduques , chargées d'un duvet
écailleux , ferrugineux et caduc. Le calice extérieur est charnu,
en forme d'urcéole , persistant, couvert de poils rudes; l'in-
térieur à trois folioles concaves, membraneuses; la corolle
blanche , à cinq pétales élargis au sommet, rapprochés en
tube à leur base ; un urcéole cylindrique ^ crénelé à ses bords ,
portant à sa base des étamines nombreuses. L'ovaire est velu,
surmonté d'un style cylindrique, d'un stigmate en tête; la
capsule acuminée , à trois valves , à trois loges , renfermant
chacune deux semences , dont une avorte souvent. Ces se-
mences sont pendantes, attachées au sommet des loges, ra-
boteuses; le périsperme corné ; l'embryon vert, la radicule
alongée , cylindrique; les cotylédons en cœur, foliacés, très-
minces. Cette capsule est cachée dans le tube intérieur, qui -
grossissant par la maturation , prend l'aspect et la consistance
d'une baie charnue , qui s'amollit en mûrissant ; elle est t.i-
pissée intérieurement de poils roides , qui occasionnent des
démangeaisons insupportables. Cette plante croit à l'île de
Madagascar. La pulpe du tube a une saveur qui approche
de celle de la nèfle ; mais les poils qui tapissent son intérieur
empêchent qu'on puisse la manger. (Pom.)
SARCOLITHE. ( Min. ) C'est Thomson qui a désigné le pre-
mier par ce nom un minéral presque opaque, d'une couleur
rougeâtre tirant sur celle de la chair, et qui se trouve en
grains ou en cristaux, soit disséminés , soit implantés dans les
caA'ités des spilites et des téphrines.
Il y a beaucoup d'obscurité sur la vraie synonymie de ce
minéral : on l'a regardé successivement comme une espèce
particulière, ensuite comme une simple variété de couleur
d'analcime , puis comme une variété due à quelques échanges
de bases isomorphes. Enfin, ce qui augmente la confusion,
358 SAR
comme il arrive souvent dans ces sortes de discussions, c'est
l'incertitude où l'on est que tous les minéraux nommés sarco-
lithes appartiennent eux-mêmes à une seule espèce; car on
s'est plus souvent dirigé par l'aspect extérieur que par des
caractères fondamentaux.
Il paroit résulter des recherches de M. Léman, des ana-
lyses de M. Vauquelin, et des observations encore plus ré-
centes de M. Lénian , qu'on a donné le nom de sarcolithe à
deux minéraux très-différens.
Premièrement à une variété rougeâtre de vraie analcime,
que M. Thomson a observée dans les téphrines de la Somma
et qu'on a retrouvée depuis dans les spilifes de Montecchio-
Maggiore, en cristaux cubo-octaèdres plus ou moins pronon-
cés, et d'une couleur qui varie du rouge de chair foncé au
rose pâle , avec une cassure vitreuse et tous les autres ca-
ractères de Tanalcime.
Nous avons donné la composition de cette pierre à l'article
Analcime du Supplément; on remarque qu'elle contient beau-
coup de soude, ]3 à 14, et peu d'eau, environ 8. Sa forme
est celle de l'analcime; c'est donc une analcime rosâtre qui,
outre les lieux qu'on vient de citer, se trouve encore à
Passa dans le Tyrol.
Secondement à un minéral rosâtre , qu'on trouve aussi à
Montecchio-Maggiore , et c'est là la cause de la confusion,
qui indique par ses petits cristaux en prismes à six pans ter-
minés par un pointement à six faces, un rhomboïde obtus
pour forme primitive, forme incompatible avec celle de l'a-
nalcime, et qui, enfin, renferme, d'après les analyses que
M. Vauquelin a faites de ce minéral venant de deux en-
droits différens, seulement 4 à 5 de soude , mais 20 à 21 pour
cent d'eau.
M. Léman est le premier qui ait distingué cette espèce au
milieu de tous les minéraux qui lui ressemblent et qui sont
disséminés dans les spilites du Vicenlin ; il a vu que ce
n'étoit ni de l'analcime , ni de la chabasie , quoiqu'elle ait
avec celte dernière espèce beaucoup d'analogie. Il l'a dé-
crite dans le Musée minéralogique de M. de Drée sous le
nom d'hydrolite, et nous l'avons mentionnée sous ce même
nom à son ordre alphabétique (voyez Hydrolithe). Il y a
SAR 359
bien quelques observations critiques à faire sur ce nom;
mais quel est celui qui n'en est pas susceptible P D'ailleurs
il étoit fait par le minéralogiste qui avoit seul le droit de
choisir un nom pour la substance qu'il avoit su distinguer,
et personne n'a plus celui de le changer, surtout quand,
n'ayant rien ajouté de nouveau à l'histoire de ces substances,
on n'acquiert pas un seul titre pour opérer ce changement :
nous ne ne pouvons donc ni approuver ni admettre le nom
de gmélinite, que M. Leonhard a donné à cette substance,
malgré l'autorité de ce savant et laborieux minéralogiste, et
le respect que nous avons pour l'illustre chimiste auquel il
a dédié ce minéral.
L'hydrolithe paroit devoir constituer une espèce et conti-
nuer de porter le nom que M. l,éman lui a donné en la fai-
sant connoitre (voyez Hvdrolithe). 11 faut ajouter aux lieux
indiqués dans cet article, Castel dans le Vicentin, et peut-
être Glenarm, dans le comté d'Antrim en Irlande. (B.)
SARCOLOBUS. {Bot.) Genre déplantes dicotylédones mo-
nopétales de la famille des apocinées, delà pentandrie disynie.
Il est caractérisé ainsi par R. Brown {Act. soc. TVern. Edimb.),
qui l'a établi : Calice à cinq divisions, accompagnées d'au-
tant de glandes petites et cylindriques; corolle en roue, à
cinq divisions ; pollen disposé en dix masses , réunies par
paires ; stigmate déprimé , pentagone , recouvrant les an-
thères, accompagnés de corpuscules cylindriques, sillonnés,
portant de chaque côté un filet horizontal , courbé à sa
pointe ; un follicule charnu , contenant des semences nom-
breuses, plates, imbriquées et munies d'une membrane dans
leur pourtour.
Ce genre renferme trois, espèces volubles, dont la tige est
ligneuse, presque articulée. Les feuilles sont opposées et les
fleurs en petits corymbes extrapétiolaires. Ces espèces crois-
sent dans l'Inde. Ce sont :
1. Le Sarcolobus Banksii , Rœm. et Schult. , Sjst . veget., 6,
page 58, oui croit dans l'île Princesse, à Batavia. Il a les
feuilles larges.
2. Le Sarcolobus globosus de Wallich , Asiat. rech., 12,
pag. 577, pi. 4. Il a les feuilles ovales- oblongues; la corolle
velue en dedans; les follicules grands, charnus, globuleux,
3^o SAR
avec les bouts recourbés et muriqués. On le trouve au Ben-
gale sur les bords des eaux saumàîres du fleuve Hoogly.
3. Le Sarcolobus carinaltis , Wall., loc. cit., pi. 5. Il a les
feuilles ovales ou oblongues, presque charnues; les corolles
lisses; les follicules oblongs, lisses, pointus et presque caré-
nés. Il se rencontre dans les mêmes lieux que le précédent.
(Lem.)
SARCOME. (Bot.) Nom donné par M. Linck au nectaire
du cobiea. (M\ss. )
SARCOMPHALUS. (Bot.) L'arbre de la Jamaïque auquel
P. Browne donnoit ce nom , est maintenant un nerprun , rham-
ni/s sarcomphalus de LinnsBus. (J.)
SARCONEMUS. (Bot.) Rafinesque propose sous ce nom,
dans son Analyse de la nature, un genre de champignons,
qu'il place à la suite du Byssus et de VErineum , position qui
ne permet par de juger la valeur de ses caractères; aussi ce
genre n'a-t-il pas été adopté. (Lem.)
SARCOPHAGO. (Bot.) Voyez Mauronia. (J.)
SARCOPHYLLA. (Bot.) Genre de la famille des algues
établi par Stackhouse sur des espèces de fucus de Linnaeus
et des delesseria de Lamouroux : il est caractérisé par sa
substance délicate, charnue et glabre; sa fronde le plus sou-
vent laciniée, ayant le bord nu ou garni de cils , qui s'obser-
vent aussi quelquefois à la surface de la fronde; et par la
fructification en tubercules placés à la surface de la fronde
on sur les cils. Stackhouse y ramène ses fucus palrnatus, oli-
i'aceus , marginifer , edulis , ciliatus , et quelques autres. Toutes
ces plantes se font remarquer par leur couleur d'un rouge
de chair plus ou moins vif, ce qui a suggéré à Stackhouse
le nom de sarcophjlla. L'imagination plus riante de M. La-
mouroux a trouvé dans les couleurs vives de ces plantes et
de leurs analogues l'image des mêmes couleurs dans les fleurs ,
et le nom de floridées lui a paru plus noble pour désigner
ces végétaux marins. Les diverses espèces que nous venons
de citer rentrent dans les genres Sphœrocoocus , lydymenia et
Echinella, d'Agardh. (Lem.)
SARCOPHYLLE, Sarcophyllum. {Bot.) Genre de plantes
dicotylédones , à fleurs complètes , polypétalées, de la famille
des légumineuses , delà diadelphie décandriede Linnaeus, carac-?
SAR 36i
tcrisé par un calice persistant, campanule, à cinq divisions
rét^ulières ; une corolle papilionacée : dix étamines diadelphes ;
un ovaire supérieur; un style; une longue gousse aiguë, en
forme de sabre.
SARC0PHYLr,E CHARNU : Sarcophjllum carnosum, Thunb.*, Noi\
gen., i35 ; Willd. , Spec, 3, pag. 968. Arbrisseau peu élevé,
dont les tiges sont droites, glabres, très -rameuses, hautes
d'un pied et plus; les branches et les rameaux épars , diffus .
droits ou un peu courbés, élancés, cylindriques, légèrement
striés, couverts d'une écorce cendrée, garnis de feuilles ses-
siles, ternées ou presque fasciculées , charnues, linéaires, ai-
guës, glabres, entières, un peu ridées, longues d'un pouce.
Les fleurs sont solitaires, situées à f extrémité des rameaux ,
droites, réfléchies après lafloraison. Le calice est glabre, charnu,
à divisions ovales, obtuses, roulées à leurs bords; la corolle
papilionacée; l'étendard ovale, renversé, trois fois plus long
que le calice; les ailes sont lancéolées, presque naviculaires,
un peu plus courtes que l'étendard ; la carène est de même
grandeur que l'étendard ; les étamines diadelphes, de la lon-
gueur de la corolle ; les anthères petites, oblongues , tom-
bantes; l'ovaire est glabre ; les gousses sont longues d'un demi-
pouce. Cette plante croît au cap de Bonne- Espérance. (Poir.)
SARCOPODIUM. (Bot.) Genre de la famille des champi-
gnons établi par Ehrenberg et qu'il caractérise ainsi : Fibres
longues, cylindriques, annulées, molles, prenant naissance
dans une substance charnue (ou stroma), vésiculeuses et
molles, puis libres dans leur partie supérieure et persistantes.
Le Sarcopodium circinatum , Ehrenb, , Sjdi/. MjcoL , pag. 12 et
25, fig. 4: Pst un champignon semblable à une moisissure,
un peu charnu , d'un jaune rougeàtre, ou bien avec teinte de
rouge de chair; le stroma présente des fibres de même cou-
leur : les extérieures sont fortes, obtuses, courbées à l'ex-
trémité et souvent arquées comme un demi -cercle. Cette
plante a été observée sur les tiges desséchées des plantes an-
nuelles, qu'elle couvre, sur une grande étendue, de sa base
charnue. Ehrenberg la place dans la division des Sarcopia de
sa Méthode mycologique, où se rangent les genres S/ereum ,
Dacryomjces , Podisoma, Gjmnosporangiiim , Corjneum , Prosthe-
iinum, Fusarium^ etc. Linck, en l'adoptant, le place entre le
"^Cr^ SAR
Phragmotrichum et le Podisoma, non loin de YExosporium ,
dont il diffère, selon lui, par sa base ou stroma , qui est
dilaté et étendu. Pries, ne pouvant se faire une idée exacte
dts organes de cette plante épiphyte , croit devoir la passer
sous silence dans son Sjstema orbis vegetabilis. (Lem.)
SARCOPTE. (Entom.) Nom donné par M. Latreille à un
genre d'insectes aptères voisin des mites ou des cirons, avec
lesquels il avoit été confondu sous le nom latin d'acarus. M. La-
treille les a rangés depuis dans la famille des arachnides tra-
chéennes holêtres; mais dans son dernier ouvrage, intitulé Fa-
milles du règne animal, on ne trouve plus le nom de sarcopte
inscrit , ni dans la famille des acarides , ni dans celle des
tiques et des microphlères.
Nous avons réuni tous les insectes aptères et sans mâchoires ,
dont la tête et le corselet sont distincts, en une seule et
même famille, sous les noms de rhinaptéres ou de parasites,
parce qu'ils se trouvent ordinairement et se nourrissent sur
le corps d'autres animaux. (Voyez Rhinaptéres.)
Le genre Sarcopte , dont le nom est tiré des deux mots
grecs lotp^-a-ctPKûç, qui signifie chair d'animal, et de notijoç,
qui pique ^ peut être ainsi caractérisé : Tête, corselet et ab-
domen distincts seulement par des lignes transverses; huit
pattes garnies de cils ou poils et terminées par des vésicules.
Nous avons fait figurer, d'après M. Gales, qui a donné une
très-bonne dissertation sur ce sujet, les dessins indiqués par
les n."' 1,3, 4, 5, 6, 7 et 8, sur là planche 62 de l'atlas de
ce Dictionnaire, dont on pourra se servir pour suivre la des-
cription que nous allons donner de cet insecte.
La dissertation de M. Gales de Betbèze qui a pour titre, Essai
sur le diagnostic de la gale, a été soutenue en 1812 , pour
obtenir le grade de docteur à la Faculté de médecine de Paris,
sous le n.° i5i.
On trouvera dans cet ouvrage les détails historiques relatifs
à la découverte qui a été faite de ces animalcules, dont l'exis-
tence a élé indiquée d'abord par Abynzoar, puis par Moufet,
Cestoni, Rédi, Degéer, etc. L'auteur a répété lui-même les
expériences qui prouvent que ces insectes produisent la gale,
et qu'en isolant quelques individus pris dans la sérosité d'un
bouton, et les plaçant sur la peau d'un individu sain de ma-
SAR 363
nière à ce qu'ils ne puissent s'échapper de l'espace circonscrit
par un verre de montre appliqué sur les tégumens, du côté
conr-ive, ces animaux ne tardent pas à produire des boutons
en s'insinuant sous l'épiderme , et que c'est très-probablement
de cette manière que cette maladie dégoûtante et incommode
au dernier degré, devient contagieuse.
Les sarcoptes, examinés avec une très-forte loupe, ont le
corps luis .nt, vésiciileux, un peu transparent : au moment où
on les saisit, ils contractent leurs membres, les pelotonnent
sous leur corps et restent assez long-temps immobiles; mais
par le repos et l'action de la chaleur ils se meuvent, et bientôt
on peut distinguer leurs membres ou leurs pattes, au nombre
de huit lorsqu'ils sont adultes; car dans les premiers temps
de leur existence ils n'en ont que six.
Leur corps est globuleux et ressemble assez à celui de la
mite ou du ciron du vieux fromage et de celui de la farine
altérée ; on y voit, outre les indices des articulations, des
poils rares, isolés; leur tête forme une sorte de museau court;
l'ensemble du corps est à peine de la grosseur et de l'appa-
rence du plus petit grain d'un sable transparent ; cependant
ses mouvemens le décèlent, et quand nous jouissions de toute
la perfection de notre vue , nous avons pu distinguer à l'œil
non armé ces animalcules quand nous les avions d'abord dé-
couvert avec la loupe.
II paroît que les diverses sortes d'animaux sont attaqués par
différentes espèces de sarcopte. Nous avons vu ceux d'un phas-
colome de la Nouvelle-Hollande attaqué d'une sorte de gale
qui s'est communiquée à plusieurs desaides-naturalisles du Mu-
séum lorsqu'ils étoient occupé à préparer la peau de l'un de ces
animaux qui avoit succombé et dont on a conservé la dépouille.
Les dromadaires, les moutons, les chiens, paroissent être at-
taqués d'une sorte de gale propre à chacune de ces espèces,
et probablement produite par un insecte différent. Tous les
moyens propres à guérir la gale sont en effet de nature à faire
penser que leur action dépend d'une sorte de poison qui ferait
périr l'insecte.
Linnaeus a pensé que certaines dysenteries pouvoient provenir
de l'irritation produitepar l'une des espèces que l'ona observée
dans les matières glaireuses qui composent les déjections fécales.
St'4 SAR
Les espèces de ce genre ne sont connues que très-imparfai-
tement. Celles que Linnœus y avoit inscrites sont maintenant
réparties dans un très-grand nombre d'autres genres. Voyez
l'article Mite. (C. D.)
S ARCOPTÈRE, SarcopLcrus. { Malacoz. ) M. Rafinesque-
Sclinialfz a établi sous cette dénomination le même genre de
mollusques, que M.^ Meckel avoit désigné plusieurs années
auparavant parle nom de gasteropteron , pour un petit ani-
nimal des mers de Sicile. Son corps est en effet biparti: la
partie antérieure ou tête, beaucoup plus petite, est subcarrée .
la postérieure, globuleuse, est bordée d'une grande mem-
brane subcirculaire. La couleur est également rouge. Voyez
Gastéroptère. (De B.)
SARCORAMPHE. { Omith. ) Ce nom, qui signifie bec
charnu , a été donné, par M. Duméril, dans sa Zoologie ana-
lytique, à un nouveau genre d'oiseaux, comprenant ceux des
vautours qui ont des crêtes ou caroncules charnues sur la tête
ou aux environs du bec , comme le condor , le papa , l'oricou.
Le renvoi des mots condor et oricou au mot Vautour, ne
permet pas de placer ici la description de ces oiseaux. (Ch. D.)
SARCOSTEMME, Sarcostemma. (Bot.) Genre de plantes di-
cotylédones, à fleurs complètes , monopétalées, de la famille
des apocinées , de la pentandrie digjnie de Linnaeus , offrant
pour caractère essentiel: Un calice à cinq divisions; une co-
rolle en roue, à cinq lobes: la couronne double ; l'extérieure
en anneau, crénelée; l'intérieure plus longue, charnue, à
cinq folioles; les anthères terminées par une membrane; les
masses de pollen pendantes, attachées au sommet de l'an-
thère ; deux ovaires supérieurs; deux styles ; les stigmates sur-
montés d'une pointe ou mutiques ; deux follicules lisses et
grêles; les semences chevelues.
Sarcostemme glauque ; Sarcosiem ma g/fluca, Kunthfn- Humb.
et Bonpl. , iVo^'. gen. , 5 , pag. 194, tab. 209. Ses tiges sont lac-
tescentes et grimpantes; les rameaux glabres, cylindriques;
les feuilles opposées , médiocrement pétiolées , lancéolées,
acuminées, entières, aiguës à leur base, un peu roulées à
leurs bords, glabres, membraneuses, vertes en dessus, glau-
ques en dessous. Les fleurs sont nombreuses, axillaires , dis-
posées en ombelles: le pédoncule commun est long d'environ
SAR 365
quatre pouces; les pëdlcelles sont filiformes; les divisions du
calice lancéolées, acuminées, ciliées à leurs bords ; la corolle
esttrés-blanche, à tube court, à peine de la longueur du calice;
la couronne extérieure est ondulée et charnue, à cinq dé-
coupures ovales, aiguës et frangées ; la couronne intérieure
une fois plus longue, à cinq folioles , insérée au sommet du
tube des étamines ; les anthères sont opposées aux folioles,
terminées par une membrane ovale, obtuse , qui recouvre le
stigmate ; les filamens courts , connivens ; les deux ovaires
glabres, à stigmate à cinq angles. Cette plante croît dans la
province de Caracas, sur le bord de la mer des Antilles.
Sarcostemme .'ubescent; Sarcostemmapubescens,Kuatb., loc.
cit. Cette espèce a des tiges grimpantes , des rameaux pubes-
cens et soyeux; des feuilles opposées, pétiolées , lancéolées,
acuminées, entières, arrondies à leur base, presque glabres,
pubescentes en dessous, sur leurs nervures et à leurs bords ,
presque longues de deux pouces, larges d'un demi -pouce;
les pétioles courts , pubescens et soyeux. Les fleurs sont en
ombelles solitaires, axillaires, à pédoncule pubeseent , long
d'environ trois pouces; les pédicelles ont un demi-pouce; le
calice est pubeseent, à cinq découpures planes, oblongues,
aiguè's , trois et quatre fois plus courtes que la corolle ; celle-
ci est en roue, presque sans tube, à divisions du limbe pu-
bescentes, ovales, obtuses, ciliées; la couronne extérieure à
cinq folioles ovales, oblongues, obtuses; l'intérieure verdâ-
tre , une fois plus courte. Cette plante croît aux mêmes lieux
que la précédente.
Sarcostemme de Cumana ; Sarcostemma' cumanense , Kunth ^
l. c. La tige est grimpante ; les rameaux sont glabres ; les feuilles
opposées, médiocrement pétiolées, linéaires, lancéolées, acu-
minées, obtuses à leur base, entières, pubescentes, mem-
braneuses, longues de deux pouces, larges d'environ trois
lignes. Les fleurs sont disposées en ombelles ; les pédoncules
de la longueur des feuilles ; les pédicelles pubescens ; le
calice est un peu velu, à découpures étalées, planes, oblon-
gues, aiguës, cinq fois plus courtes que la corolle : celle-ci
est blanche; son tube très -court, bordé à son orifice; le
limbe à cinq divisions ovales, aiguës; la couronne extérieure
à cinq folioles oblongues, obtuses, charnues. Cette plante
366 SAR
croit aux lieux sablonneux, dans les environs de Cumana.
Sarcostemme NU: Sarcoslemma viminale , Rob. Brown ; Cy-
nanchum viminale, Linn., Spec; Asclepias aphylla , Forsk. ,
Flor. Mgypt. Arah. Plante très-singulière, en ce qu'elle est pri-
vée de feuilles. Elle pousse plusieurs tiges laiteuses, persis-
tantes, effilées, un peu grêles, lisses, verdàtres , cylindri-
ques, de la grosseur dune plume à écrire, un peu contour-
nées, sarmenteuses , qui s'élèvent à la hauteur de trois à six
pieds ; elles sont presque d'égale épaisseur dans toute leur
longueur, munies de rameaux opposés , plus ou moins longs.
Les fleurs ont un calice très-petit, à cinq divisions; une co-
rolle en roue; un rebord membraneux, qui environne les
organes sexuels ; une couronne à cinq folioles droites, pé-
taliformes ; les anthères brunes , très-petites. Cette plante croît
en Afrique et dans l'Arabie.
Le Sarcoslemma australe de Rob. Brown , l>^ov. Holl. , 4C4 ,
est très-rapproché de cette plante. Ses tiges sont dépourvues
de feuilles, arliculées, tombantes, presque volubiles. Les
fleurs sont disposées en ombelles terminales : elles deviennent
latérales par le prolongement des tiges. Cette plante croit à
la Nouvelle-Hollande. (Poir.)
SARCOSTOMES. [Entom.) Nous avions ainsi désigné, dans
le grand tableau des insectes placé à la fin du premier volume
des Leçons d'anatomie comparée, de M. Cuvier , une grande
famille d'insectes diptères, dont la bouche consiste en une
trompe charnue et contractile , par opposition aux scléros-
lomes , qui ont un suçoir corné et non rétractile complètement.
Depuis, dans la Zoologie analytique et dans nos Considéra-
lions générales sur la classe des insectes , nous avons cru
devoir diviser cette famille , qui comprenoit un trop grand
nombre de genres, en deux autres, d'après la disposition des
antennes, quisontmuniesd'un poil isolé, simple, ou plumeux,
ou qui n'offrent pas ce poil , ni rien de semblable. Ces der-
niers genres ont été réunis sous le nom d'A^LOcÈREs, et les
autres ont pris par opposition le nom de Chétoloxes ou à soie
latérale. Voyez ces deux mots. (C. D.)
SARDA. (Min.) Voyez Sakdoine. (Brard.)
SARDACHATES de Pline {Min.), étoit très- vraisembla-
blement une agate qui avoit la couleur rougeàtre qu'on attri-
SA.R 567
bue spécialement à la pierre nommée sarda par les anciens.
(B.)
SARDANELLA. (Ichthfol.) Voyez Scoranze et CÉLEam.
(H. C.)
SARDE. (Ichtliyol.) On donne ce nom à une espèce de
elupée imparfaitement connue , qu'on pêche sur la côte du
Brésil, et qu'on prépare à la manière du hareng pour les Ca-
naries et pour Madère. Ce poisson tient, pour la taille, le
milieu entre le hareng et la sardine.
On a parfois appelé aussi la sardine, sarde. Voyez Clupée.
(H.C.)
SARDE. (Mamm.) De Lacépède a compris ce nom parmi
les synonymes de la baleine nord-caper. (Desm.)
SARDE (Min.), Sarda et Sardius de Pline, et le Sardus
de Wallerius et des anciens minéralogistes, qui ne paroît pas
être précisément la même pierre que celle que nous nom-
mons sardo/ne; carlasardoine, telle que la considèrent les la-
pidaires italiens et françois , est une agate d'un brun roussâtre
ou orangé, et la sarde, sardius et sardus, étoit une pierre
rouge ou rougeâtre. Au reste, ce ne sont que des différences
techniques; car ces pierres, considérées minéralogiquement,
diffèrent à peine l'une de l'autre : ce sont des silex agates
qui n'offrent que des variétés de nuance, qui se trouvoient
à peu près dans les mêmes lieux et servoient aux mêmes
usages. Les anciens en faisoient beaucoup de cas comme
pierres propres à faire des cachets ; il paroît qu'ils s'en procu-
roient facilement des quantités considérables , et comme il
est probable que les plus belles venoient des montagnes qui
sont sur la route de l'Inde par terre , et que cette route étoit
bien plus fréquentée par les anciens que par les modernes,
qui suivent actuellement la voie de la mer, il étoit assez na-
turel qu'ils pussent s'en procurer facilement un très- grand
nombre sans faire le voyage exprès pour les aller chercher.
Voyez Sardoine. (B.)
SARDELLA. {Ichthyol.) Voyez Scoranze. (H. C.)
SARDINE. (Bot,) Voyez Sardinella. (Lem.)
SARDINE. {Ichthjol.) Nom d'un poisson que nous avons
décrit en détail à notre article Cluvée. (H. C. )
SARDINE [Grande]. {Ichthjol.) A l'Isle- de -France on
5C8 SAR
appelle ainsi le clupanodon Jussieu, Voyez Clupanodon. (H. C.)
SARDINELLA. {Bot.) Nom donné en Toscane à une espèce
de champignons que Paulet nomme raquette blanche, sardine
et orceille. Voyez Orcella. (Lem.)
SARDINIERS. ( Ornith. ) Une des dénominations citées par
MM. Quoy et Gaimard , dans la partie zoologique de leur
Voyageautour du monde, avec le capitaine Freycinet, comme
désignant les oiseaux pélagiens. (Ch. D.)
SARDINO. {Ichthyol.) Nom nicéen de la Sardine. Voyez
ce mot. (H. C. )
SARDOINE. [Min.) La sardoine des bijoutiers est une pierre
de la nature des agates, qui est d'une couleur orangée plus
ou moins foncée, et passant par des nuances insensibles au
jaune, au roussàtre et au brun, en sorte que l'on est convenu
de réunir sous cette dénomination , toutes les agates dont la
couleur tire sur le brun. Malgré cette distinction. Ton peut
dire cependant que la sardoine passe à la cornaline et même
à la calcédoine par des nuances qui se fondent les unes avec
les autres, et cela doit être ainsi toutes les fois que deux ou
trois pierres de même nature ne se distinguent que par leurs
couleurs. Je ferai remarquer cependant que la sardoine pré-
sente, dans son intérieur et au milieu de sa pâte, des espèces
de zones concentriques ou de petits nuages pommelés, que je
n'ai jamais remarqués dans la cornaline rouge proprement
dite.
On ignore les lieux qui nous fournissent les sardoines, mais
il est probable qu'elles se trouvent dans le lit de certaines
rivières, car on les rencontre toujours, chez les marchands
et chez les amateurs, en noyaux qui ont de un à deux pouces
de diamètre et qui sont polies à leur surface. L'abbé Chappe,
qui fit un voyage astronomique dans le Nord , en rapporta
une grande quantité. La forme et la couleur des sardoines
brunes leur a fait donner le nom de murons.
Les anciens connoissoient certainement notre sardoine, puis-
qu'ils nous en ont laissé un grand nombre de gravées, mais
il me paroît certain qu'ils réunissoient sous le nom de sarda,
et notre sardoine , et notre cornaline et nos calcédoines. Pline ,
dans son Sy.* livre, s'étend beaucoup sur l'histoire de cette
pierre, qu'il nomme sarda, et qui étoit très-employée de son
SAR 369
temps par les graveurs. Il en distingue plusieurs espèces, mais
entre autres celles qui furent trouvées aux environs de la ville
de Sarda, en Lydie , et aux environs de Babylone. Il en cite aussi
trois variétés venant de l'Inde et plusieurs des frontières de
l'Egypte. Le même auteur rapporte, d'après Démostrate, que
ce fut Scipion l'Africain qui porta la première sardoine, et
que depuis cette pierre fut très-estimée des Romains, qui la
recevoient de l'Inde et d'Arabie.
Parmi les sardoines gravées qui existent dans la collection
des antiques de la Bibliothèque royale de Paris, nous citerons
un Apollon, qui est aussi remarquable par sa belle couleur
que par son grand volume.
La sardoine fait souvent partie des agates onix, mais le plus
ordinairement c'est avec une couche ou deux de calcédoine
qu'elle se trouve associée : on la voit assez rarement accolée
avec la cornaline. Mais quelle que soit son association, elle,
prend alors le nom de sardonyx ou tout simplement d'ÛNix.
Voyez ce mot. (Brard.)
SARDOLA. {Ichihjol.) Voyez Scarda. (H. C.)
SARDONIA, SARDOS. [Bot.) Voyez Scelerata. (J.)
SARDONYX. ( Min. ) Ce n'est pas précisément notre sar-
doine , mais c'étoit dans Pline une sarde ou sarda propre à
être gravée en camée , puisqu'elle se compose d'une couche
de sarde ou agate rougeàtre et d'un lit ou couche blanche.
Cette disposition des couleurs rendoit cette pierre compara-
ble à un ongle placé sur la chair , l'un et l'autre étant Iranspa-
rens. Ce sont les propres expressions de Pline. (B.)
SARE. ( Ornith. ) Nom du venturon , fringilla cilrinella ,
Linn., en turc. (Ch. D.)
SAREA. (Bot.) Pries propose d'établir ce genre, voisin des
vibrissea et volutella, tous champignons du groupe des elvelles,
pour placer quelques espèces considérées comme deshelotium
parles auteurs, et que lui-même avoit comprises dans le genre
Peziza. Le sarea est caractérisé ainsi : Réceptacle lenticulaire,
toujours ouvert, excavé en dessous, d'une consistance céra-
cée; fructification en petits amas fixes qui ne se déchirent
point. Ce genre nous paroît foiblement caractérisé. (Lem.)
SARELLE. (Bot.) Le mélampyre des bois porte ce nom
dans quelques cantons. (L. D.)
47' a4
570 SAR
SARG. (Ichthjol.) Voyez Sar. (H. C.)
SARGAÇO, SARGASSO et SARGAZO. (Bot.) Noms que
les premiers navigateurs portugais et espagnols dans les mers
des tropiques ont donnés aux varecs qui forment des bancs
immenses, flottant à la surface de la mer, où ils imitent des
prairies. Cependant les fucus natans et bacciferus sont spécia-
lement nommés sargaço , et de là le nom de sargassum , sous
lequel ils sont mentionnés dans les ouvrages de botanique
anciens. Voj-ez Fucus. ( Lem. )
SARGASSUM. {Bot.) Genre de la famille des algues, éta-
bli par Agardh , et formé aux dépens du genre Fucus, Linn. .
tel que les botanistes modernes l'ont fixé. Son caractère es-
sentiel consiste dans sa fructification composée de réceptacles
tuberculeux, ayant des loges intérieures, chaque tubercule
muni d'un trou au sommet et contenant des capsules sans
mélange d'aucune fibre. Dans le cystoseira du même auteur
les capsules sont accompagnées de filamens, et dans le genre
Fucus , proprement dit , Agardh ne laisse que les espèces don t les
tubercules, également percés, contiennent un mucus fibreux,
dans lequel nagent de petites pelottes de fibres entremêlées
avec de petits amas de capsules. Une grande partie des fucus
des auteurs rentreroient dans les sargassum et cjystoseira , mais
beaucoup de ceux déjà rapportés ne doivent être considérés
que comme placés provisoirement dans ces genres, demandant
à être observés de nouveau dans leur fructification. L'espèce
qui a servi de type au sargassum est le fucus bacciferus ,Turn. ,
lequel, selon Agardh, est le véritable fucus natans, Linn.;
celui que les navigateurs ont fait connoître sous le nom de
sargaço, que les Espagnols lui ont donné les premiers, et qui
est si remarquable par la profusion avec laquelle il croît et
couvre les mers des Indes et d'Amérique.
Agardh décrit une soixantaine d'espèces de sargassum et
les divise en plusieurs sections, dont voici l'indication.
1 J*^ Section.
Réceptacles axitlaires , feuilles eniière-i.
Cette section comprend les /«eus natans et acinarius, décrits
dans ce Dictionnaire à l'article Fucus, et toutes les espèces
congénères, au nombre de plus de trente, presque toutes
SAR 371
exotiques et plus particulières à la mer Rouge , aux mers
orientales et au cap de Bonne-Espérance.
2/ Section.
Réceptacles axillaires , feuilles pinnatijïdes.
Cette section comprend moins d'espèces, sept ou huit en-
viron, étrangères à l'Europe, et qui croissent dans les mers
d'Afrique et de l'Inde.
3.* Section.
Espèces à petites frondes et munies de très'pelites vésicules.
Cette section est aussi peu nombreuse en espèces ,• celles-
ci sont encore toutes exotiques et s'éloignent des précédentes
par leur forme et leur aspect : elles sont rares dans nos her-
biers. Nous ne ferons que citer le Fucus angusfifolius, Turn. ,
pi. 212, ou Sargassum angustifolium, Agardh , Species alg. ,
p. 32 , qui croît dans la mer des Indes.
4.* Section.
Réceptacles terminaux.
Elle est peu nombreuse en espèces, et celles-ci se rencon-
trent dans les mers de Chine et du Japon. Il faut en excep-
ter cependant une seule espèce, le Sargassum. Hornschuchii,
Agardh, /. c. , p. 40, qui est le Fuco acinara de Ginnani,
Oper. post. , 1 , p. 1 9 , pi. 27 , n.° 36 , lequel vit dans la mer
Adriatique , et que Hornschuch a trouvé près Parenzo , sur
la côte de l'Istrie.
5.* Section.
Vésicules ailées.
Cette section a pour type une seule espèce, le Fucus tur-
linatus, Linn. , décrit dans ce Dictionnaire au mot Ficus,
tom. XVII, p. 497, où il est également seul dans sa section,
6.* Section.
Fronde plane, avec une côte pinnatijide ; vésicules et Téceptaclss
aciculaires.
Trois espèces de la Nouvelle-Hollande font partie de ceiie
section ; ce s©nt les Fucits decurrens, Turn,, Hist. pi., 124J
372 SAR
Peronii , Turn. , pi. 247 , et platflohium , Mertens , Mém. , p. 4 :
avec figures.
7.* Section.
Fronde plane, sans nervures; réceptacles situés sur le lord des
frondules; capsules solitaires dans leurs tubercules.
D'après la manière de concevoir les genres à présent en
cryptogamie , cette section pourroit en former un distinct.
L'aspect ou le faciès l'éloigné des précédentes, et ses caractères
tirés de la structure des tubercules suffiroient pour cela. Elle
comprend les Fucus phjllanthus et maschalocarpus de Turner,
Hist.fuc, pi. 2o5 et 206.
Pries pense que les genres Sargassum, Agardh ; Cjstoseira ,
Agardh ; Halidrjys , Lyngb. , et Himanthalia , Lyngb. , n'en
doivent former qu'un : c'est celui qu'il nomme Fucus , carac-
térisé ainsi par un apothécium tuberculeux , formé par le
thallus ( ou fronde ) même , percé à l'extrémité , contenant
des péridioles libres, un peu pyriformes et hyalins, renfer-
mant des sporidies noires , agglomérées. Ce genre est le même ,
à peu de choses près, que le Fucus décrit à ce mot dans ce
Dictionnaire. Enfin, nous terminerons en faisant observer
que Link. a proposé de nommer sargassus, le genre Fucus lui-
même, et d'y rapporter les espèces chez lesquelles la fructi-
fication , placée à l'extrémité des rameaux dont elle produit
le gonflement, consiste en sporanges contenant des sporules
agglomérées.
Ces diverses manières de considérer les plantes ci-dessus,
font connoître les diflicultés qu'éprouvent les botanistes en
se livrant à la recherche des véritables caractères de ces vé-
gétaux cryptogames, qui se lient par tant de caractères,
et dont la séparation sera par là même toujours soumise à
la critique. ( Lem.)
SARGASSUS. (Bot.) Nom proposé par Link comme syno-
nyme de fucus. Voyez Sargassum. (Lem.)
SARGE, Sargus. (Entom.) Genre d'insectes à deux ailes, à
trompe rétractile dans une cavité du front, dont les antennes,
à dernier article en palette, sont munies d'un poil isolé et par
conséquent de la famille des chétoloxes.
Ce nom, créé , comme le genre, par Fabricius, a été pris au
SAR 373
hasard. C'est celui d'un poisson décrit ou indiqué par ^lien
et par Aristote, Xct^yoç. Nous avons fait figurer une espèce
de ce genre sur la planche 5o de l'atlas de ce Dictionnaire,
sous le n."" 8 , et le profil de la tête , qui montre la position des
antennes et celle de la trompe lorsqu'elle est rétractée ou ca-
chée dans la cavité buccale.
Réaumur a fait connoitre la figure de la larve ou plutôt de
la nymphe des sarges , dans le tome 4 de ses Mémoires, à la
fin du huitième mémoire de ce volume; mais il l'a figuré,
ainsi que l'insecte parfait, sur la planche 22, qui appartient
au septième mémoire des n."' 5 à 8. Cette larvese développe
dans les bouses de vache.
Les insectes parfaits sont remarquables par leur tête isolée,
arrondie, munie d'yeux globuleux; par lexir abdomen droit,
un peu alongé , aplati , ovalaire , ou plus large au milieu qu'aux
deux extrémités ; par leurs ailes planes , souvent colorées , un
peu plus longues que le ventre : les pattes sont grêles et pro-
pres à la marche.
Les principales espèces de ce genre , auquel M. Latreille a
rapporté , comme une section , des espèces à écusson muni
de pointes, telles que celles du genre que ncfùs avons établi
sous le nom d^Hypoléon , sont assez nombreuses. Nous citerons
d'abord celle que nous avons fait figurer, et qui est
1. Le Sarge cuivreux, Sargus cuprarius, que Geoffroy a dé-
crit sous le nom de mouche dorée, à taches brunes sur les
ailes, tom. 2, n." 6, pag. 525.
Car. Cuivreux, à duvet blanchâtre, corselet vert, abdo-
men d'un violet doré changeant.
2. Sarge doré, S. auratus.
Car. D'un poli brillant, corselet vert cuivreux, abdomen
doré.
C'est peut-être une variété de sexe.
3. Sarge écussonné , S. scutellatus.
Car. D'un noir brillant, à écusson et pattes jaunes.
On trouve trois ou quatre autres espèces voisines aux en-
virons de Paris : on les distingue par la couleur des pattes,
car d'ailleurs elles ont la taille et la couleur du sarge cuivreux.
(CD.)
SARGES. (IcUliyol,) Voyez Chéiune. (H. C)
374 SAR
SARGîE. (Entom.) Voyez Sarge. (Desm.)
SARGO. (Ichthyol.) Nom italien du Sargue commun. Voyez
ce mot. (H. C)
SARGOÏDE. {IchthjoL ) Nom spécifique d'un Glyphisodon.
Voyez ce mot. (H. C.)
SARGON. (Ichthjol.) Voyez Gardon. ( H. C. )
SARGON. (Ornith.) L'espèce de canard , à laquelle ce nom
est donné en Russie, est plus connue sous celui de garrot,
anas clangula, Linn. (Ch. D. )
SARGOS. [Ichthyol.) Les anciens Grecs donnoient au sargue
ordinaire le nom de lat.gyoç. Voyez Sargue. (H. C.)
SARGOU. {Ichth^oL) Sur la côte des Alpes maritimes on
donne ce nom au Sargue. Voyez ce mot. (H. C.)
SARGOU RASCAS. (Ichthj'ol.) Nom nicéen du sparus pun-
tazzo de Linnaeus. Voyez Sargue. (H. C )
SARGUE, Sargus. {Ichthjol.) Nom d'un sous- genre établi
par M. Cuvier dans le grand genre des Spares de Linnaeus,
et qui a pour type le sargue ordinaire , sparus sargus , Linnaeus,
Ce sou'-genre appartient à la famille des léiopoines de M.
Duméril, et à la troisième tribu de la quatrième famille des
ncanthoptérygiens de M. Cuvier,
Il est recounoissable aux caractères suivans :
MâcJwires peu extensibles, garnies sur les côtés de molaires
rondes, semblables à des pavés, et en ayant de grandes dents in-
cisives, semblables à celles de l'iiomme ; une seule nageoire dor-
sale, mais très- étendue ; point de piquans, ni de dentelures aux
opercules ; hauteur du corps presque égale et quelquefois supérieure
à sa longueur.
On distinguera facilement les sargues de la plupart des
genres de la famille des LÉioroMEs (voyez ce mot), en ce que
ceux-ci ont les mâchoires garnies de dents, en gé.iéral d'une
même espèce. On les séparera purticulièremeut des Daura-.
DES, qui ont li s dents maxillaires antérieures coniques; des
PxcAaELS, dont les mâchoires sont extensibles; des Bogues,
qui n'ont point de molaires en pavé; des Pagres, qui ont
antérieurement un grand nombre de petites dents en brosse;
des Dentés, dont les nr'ichoires sont armées en devant de
quelques longs et gros crochets, et, sur les côtés, de dents
conique?; des Çanxheres , qui n'ont que des dents en ve-
SAR 375
îours. (Voyez ces difTérens noms de genres et LÉroPOMEs.)
Parmi les poissons de ce genre, nous citerons :
Le Sargue ordinaire : Sargus vulgaris, N. ; Sparus sargus,
Linnseus. Incisives au nombre de huit; molaires sur deux
rangées de chaque côté ; museau a^'ancé ; bouche petite ; langue
lisse; yeux obscurs; iris argenté; teinte générale argentée ; des
raies longitudinales jaunes; des bandes transversales noires;
ligne latérale composée de petits traits noirs; une tache noire
à la queue; nuque, dos, catopes, dune nuance noirâtre ; na-
geoire caudale lisérée de noir.
Ce poisson est commun dans la mer Méditerranée et dans
le golfe de Gascogne : il fréquente habituellement les pa-
rages de Nice et ceux d'Iviça. On a dit aussi l'avoir vu dans
la mer Rouge et dans le Nil. 11 parvient au poids de quatre
livres et à la taille de vingt à vingt- quatre pouces.
11 se nourrit de zoophytes et de mollusques-, et écrase fa-
cilement avec ses fortes molaires les coquillages des testacés,
les coraux, et les madrépores habités par des radi.iires.
Dès le temps d'Aristote on avoit noté que les sar^ues se
réunissoient en troupes et fréquentoient les rivages.
Le nombre des femelles dans ces troupes surpasse cons-
tamment celui des màlcs.
La chair du sargue est un manger médiocre : elle est com-
munément sèche et dure.
On pêche ce poisson au filet, à la fouennc, à la ligne, et
même à la main , dans les trous des rochers. Dans l'archipel
de la Grèce , où il est loin d'être rare , on s'en empare à l'aide
de lignes, dont on garnit les hameçons de chair de corneille,
après avoir jeté aux environs de l'endroit où l'on pêche, une
pâte composée de farine et de vieux fromage.
Le PuNTAZZO : Sargus puntazzo, N. ; Sparus puntazzo , Gmel.
Corps ovale, oblong, couvert de belles écailles argentées,
obscur sur le dos et traversé sur les côtés par seize petites
lignes dorées, relevées par une tache noire, qu'on voit sur
les opercules; museau avancé; bouche ample; langue lisse;
yeux d'un argent azuré; iris doré; ligne latérale composée
de petits traits noirs; nageoire caudale en croissant, traversée
à sa base d'une bande noirâtre.
Ce poisson , qui atteint des dimensions supérieures à celle
37^ SAR
du sargue ordinaire, et dont la chair est meilleure, habite
les côtes de la Sardaigne, dont les pêcheurs l'appellent pun-
tazzo»
11 est aussi fort commun à Nice.
De Lacépède a pensé, comme Walbaum, qu'il n'étoit qu'une
variété de l'espèce précédente ; ce qui n'est point l'avis de
Gmelin, de Sonnini et de M. Risso.
Le Spahaillon ou I'Annulaire : .Sargi/s annularis , N. ; Sparus
annularis, Gmel. , de la Roche; Sparus smaris , Brunnich. Un
appendice écailleux auprès de chaque catope; incisives larges,
tronquées; tête petite; mâchoires égales; quatre rangs de
molaires à la supérieure ; deux seulement à l'inférieure; base
des nageoires anale et caudale écailleuse ; corps et catopes
jaunes ; un anneau noir autour de la queue , qui est fourchue ;
dos, catopes et nageoire anale noirâtres, ainsi que le bord
de la caudale.
Ce poisson, auquel les pêcheurs d'iviça et de Maïorque
donnent le nom d'esparaj , paroît être le même que celui
que Rondelet et Willughby de Eresby ont décrit sous le nom
de sparus. Il est, par conséquent, le sparus unicolor JlaveS'
cens d'Artédi , et le sparus annularis de Linnœus. M. Cuvier
le regarde aussi comme identique au sparus haffara de M.
Risso , que les habitans du littoral des Alpes maritimes ap->
pellent, en effet, esperlin; mais il est fort différent du sparus
annularis de Brunnich et de Bloch, lequel est une Daurade.
(Voyez ce mot.)
Le sparaillon reste toujours petit : il atteint rarement la
taille de dix à douze pouces.
On le pêche dans l'Adriatique, dans les eaux de la Tos-
cane, dans le lac de Cagliari, sur les côtes de Nice, sur les
rivages des iles Baléares et surtout dans les étangs salés de la
petite île de Fermentera.
Il se tient en grandes troupes près des rivages.
Sa chair est molle et peu estimée.
Le 5pare à museau pointu de François De la Roche, lequel
paroît le même que le sparus annularis de M. Risso , doit aussi
être rangé dans ce sous-genre , de même que le poisson au-
quel on a donné le nom de sparus ovicephalus. Voyez Spare.
(H. C.)
SAR 377
SARGUET. (Ichûifol.) Un des noms du sargue ordinaire.
Voyez Sargue. (H. C.)
SARI. (Bot.) La plante ainsi nommée par Théophraste est,
selon C. Bauhin , son papyrus sjriaca , cjprus papyrus de Lin-
nseus , maintenant genre distinct sous le nom de Papyrus,
dans la famille des cypéracées. C'est peut-être la poussière
des fleurs de cette plante, dont C. Bauhin parle ailleurs,
sans indication du lieu, laquelle est employée par les habi-
tans pour s'en frotter le corps pour le mettre à l'abri des
influences de l'air. (J. )
SARI. [Conchyl.) Adanson (Sénég., p. 184, pi. 12) décrit
et figure sous ce nom un très - petit mollusque conchyli-
fère , qui me paroît être le jeune âge de quelque espèce de
turbo. (De B. )
SARIA. {Orniih.) Nom que les Guaranis, ou naturels du
Paraguay , ont imposé au gallinacé dont la description se
trouve au tome Vil de ce Dictionnaire sous le mot Cariama.
(Ch.D.)
SARIBUS. {Bot.) Nom indien du eorypha umhracuUfera ,
espèce de palmier, suivant Rumph. (J. )
SARICOVIENNE. {Mamm.) Ce nom, d'origine brasilienne ,
désigne, selon Buffon , une espèce de Loutre de l'Amérique
méridionale, décrite dans ce Dictionnaire sous le nom de
Loutre de Cayenne, tome XXVII, page 244. Il a ensuite été
appliqué, mais à tort, à la loutre marine.
La saricovienne de la Guiane de plusieurs auteurs est encore
le même animal que cette loutre de Cayenne, à l'article de
laquelle nous venons de renvoyer. (Desm. )
SARIGUE. (Mamm.) Les naturalistes françois donnent ce
nom et celui de didelphes aux mammifères que Linné, et
tous les auteurs qui l'ont suivi, ont désignés sous la dénomi-
nation générique de didelphis (tirée de cT/ç, deux, et de S'i\(pûç,
matrice, double matrice, a cause des particularités que pré-
sentent les organes de la génération dans ces animaux).
Les sarigues sont des mammifères carnassiers, de la famille
des Marsupiaux (voyez ce mot), dans la méthode de M. Cu-
vier. Par leur système dentaire ils se rapprochent assez des
dasyures et des péramèles de la Nouvelle - Hollande ; mais ils
s'en éloignent par la forme de leurs pieds et de leur queue,
578 SAR
qui leur donne, au contraire, de la ressemblance avec les
phalangers.
Leurs caractères propres sont les suivans : La tèie de ces
animaux est trés-alongée et conique, terminée par un petit
mufle comme tronqué et sur lequel sont percées les narines;
les yeux sont placés très- haut, plutôt petits que moyens, et
obliques; les oreilles grandes, ovales et presque nues; la
g)ieule est très-fendue et les mâchoires sont pourvues d'une
quantité de dents qui dépasse celle qu'on observe dans les
antres mammifères terrestres ; on en compte en tout cin-
quante, viîigl-six à la mâchoire supérieure et vingt-quatre à
l'inférieure. Les dix incisives supérieures sont petites et pla-
cées sur une ligne transverse légèrement courbée; les deux
intermédiaires sont cylindriques , crochues et plus longues
que toutes les autres, qui sont un peu tranchantes; un espace
creux les sépare des canines, qui sont comprimées, à bords
arrondis et arquées; immédiatement après la canine viennent
de chaque côté d'abord trois fausses molaires, dont la pre-
mière est la plus petite: puis quatre vraies molaires, dont
les trois premières croissent successivement en grandeur et
dont la dernière est plus petite, ces dents ayant le bord ex-
terne de leur couronne découpé en dentelures et le milieu
portant un ou deux tubercules aigus. La mâchoire inférieure
n'a que huit incisives, couchées obliquement en avant, égales
entre elles et à peu près cylindriques ; les canines ressem-
blent à celles d'en haut ; les trois fausses molaires sont un
peu écartées de celles-ci, et la plus grande d'entre elles
est la seconde; les quatre vraies molaires se composent an-
térieurement de trois pointes disposées en triangle et d'un
talon postérieur garni de trois tubercules moins élevés. La
langue est ciliée sur les bords et pourvue de papilles cor-
nées, dirigées en arrière sur sa face supérieure; les mous»
taches sont longues et nombreuses.
Le corps, dont le volume total ne dépasse jamais celui du
chat domestique et est souvent borné à de bien plus petites
dimensions , a géncraiement les formes qui sont propres aux
animaux carnassiers , et il est plus grêle et plus alongé dans
les petites espèces que dans les grosses , qui se chargent sou-
vent d'une quantité assez considérable de graisse. Lti queti'e
SAR 379
fst génëralement fort longue, ronde, écailleuse , dépourvue
de poils dans la plus grande partie de sa longueur et émi-
nemment prenante. Tous les pieds sont à cinq doigts. Dans
les didelphes ou sarigues proprement dits, les doigts sont sé-
parés, et dans les sarigues nageurs ( types du genre Cliiro-
jiectes d'iiliger) ils sont réunis par une membrane, comme
les doigts du castor et ceux de la loutre. Toujours les pieds
de derrière sont plantigrades, et le pouce de ces mêmes
pieds manque d'ongle ; les ongles de tous les autres doigts
sont arqués et crochus.
Les femelles de ces animaux ont une quantité variable de
tétines et quelquefois celles-ci sont en nombre impair, pla-
cées en cercle et non sur deux lignes, avec une d'entre elles
centrale : elles sont toutes ventrales, peu éloignées les unes
des autres et comprises soit dans un vaste sac formé par une
duplicature de la peau, soutenue par deux os surnuméraires
du pubis (nommés os marsupiaux), soit dans un simple sillon
longitudinal qui sépare deux plis latéraux de la peau du
ventre. Il semble qu'une seuleglande mammaire soit commune
à toutes ces tétines, et l'opinion de M. de Blainville est que
celles-ci ne çont autre chose qu'une expansion de la peau pro-
duite par la succion du petit, et qui acquiert la qualité d'un
mamelon ordinaire; de sorte que, selon lui, le nombre des
tétines seroit toujours correspondant à celui des jeunes sarigues
et qu'elles seroient situées irrégulièrement, selon la place
qu'ils auroient choisie pour s'attacher à leur mère. Quoi qu'il
en soit, les os marsupiaux, qui sont longs, plats, en forme de
languette, et articulés en avant du bord antérieur du pubis,
se trouvent constamment dans les mâles et dans les femelles,
que celles-ci soient pourvues d'une poche, ou qu'elles n'aient
que des plis simples et latéraux de la peau du ventre. Lorsque
la poche existe, son intérieur est garni de poils très-doux,
son ouverture est transversale , placée un peu en haut du
ventre, et elle peut se fermer au moyen de muscles, dont
quelques-uns prennent attache aux os marsupiaux. Les or-
ganes de la génération sont semblables à ceux des autres ani-
maux de la même famille, c'est-à-dire, que le vagin de la
femelle se bifurque en deux canaux très-étroits, aboutissant
à 1.1 matrice 5 par lesquels les petits ne peuvent passer que
38o SAR
dans un état rudinlentaire ; la verge du mâle a son gland
aussi divisé en deux pointes, à la base desquelles s'ouvre le
canal de l'urètre, et chacune de ces pointes est marquée
d'un sillon longitudinal; les testicules sont contenus dans un
scrotum pendant et placé en avant de la verge. Le clitoris
des femelles est double.
Le pelage de ces animaux, selon les espèces, est lisse et
luisant ou comme laineux, et parsemé de poils roides assez
rares. L'odeur désagréable que plusieurs d'entre eux répan-
dent et qui les a fait comparer aux moufettes ou aux putois,
paroît due à une liqueur sécrétée par des glandes anales.
Les sarigues ont un estomac simple et petit, et un cœcum
médiocre et non boursouflé.
Tous les didelphes ou sarigues sont du nouveau continent,
et la limite géographique de leur genre est comprise, du nord
au sud, entre le pays des Illinois et le Paraguay; c'est seule-
ment dans la partie orientale de l'Amérique que l'on les ren-
contre : ils n'existent ni sur la chaîne des Andes et des mon-
tagnes rocheuses, ni sur son revers occidental.
Ce sont de tous les animaux à bourse les plus ancienne-
ment connus et les plus fréquemment observés; cependant
le mystère de leur génération est loin d'avoir été complète-
ment dévoilé. On sait que peu de temps après l'accouple-
ment les femelles mettent bas un nombre souvent considé-
rable de très-petits fœtus (gros comme un pois, par exemple,
dans un animal de la taille du chat), tous nus , n'ayant pour
membres que quatre petits tubercules non divisés en doigts,
dépourvus d'oreilles, d'yeux, et qui ne montrent de bien
distinct qu'une ouverture, qui est celle de la bouche. Ces
embryons se trouvent subitement transportés dans la bourse
ou entre les plis de la peau du ventre des femelles; les tétines
sont formées, et chacun d'eux est fixé à l'une de celles-ci,
pour y rester suspendu jusqu'à ce que son développement
principal ait lieu. Un peu plus tard, si l'on détache ces petits
de leur mamelle, qui étoit comme un pédoncule pour eux,
on observe que la tétine s'étoit tellement alongée, qu'elle de-
voit remplir tout leur œsophage et arriver à l'estomac. On
n'a jamais vu comment ces petits sont placés aux mamelles;
on s'est assuré qu'aurune communication n'existe entre la
SAR 381
vulve et la poche; on s'est convaincu de la difficulté que
dévoient éprouver les femelles pour transporter avec leurs
griffes acérées ou leurs dents, et sans les blesser ou les tuer,
des êtres aussi frêles et aussi débiles que le sont leurs petits au
moment qu'ils sortent de la vulve, et l!on a proposé, pour
se rendre compte de ce phénomène, différentes explications
plus ou moins ingénieuses, mais dont nous nous abstiendrons
de préférer aucune. Pourremplir le désir des lecteurs, nous ne
croyons pouvoir mieux faire que de les renvoyer aux articles
DiDELPHE et Marsupiaux, dans lesquels M. Geoffroy Saint-Hi-
laire a donné une analyse exacte de toutes les recherches
qui ont été faites sur la génération des sarigues, et présenté
les idées physiologiques que ce sujet curieux lui a suggérées.
On voit que dans ces animaux la gestation est pour ainsi
dire divisée en deux temps. La première période, qui est
courte, est celle du séjour des fœtus dans l'utérus; c'est la
plus courte : et la seconde est celle de leur séjour dans la
poche ou entre les plis de la peau du ventre qui renferment
les mamelles. Pendant long -temps on a cru que les petits
sarigues n'avoient point de placenta, parce que, aussi jeunes
qu'on les ait observés, on n'avoit point vu de trace d'ombi-
lic, et l'on en inféroit qu'il devoit exister pour ces animaux
un mode de génération tout différent de celui des autres
mammifères; mais M. Geoffroy a démontré l'inexactitude de
cette supposition , en décrivant deux embryons de sarigues que
lui avoit remis M. Turpin, et dans lesquels le cordon ombi-
lical étoit apparent.
Les petits restent long- temps dans la poche, acquièrent
successivement toutes les parties qui leur nianquoient d'abord,
et se couvrent de poils. Dans les espèces sans poche ils pendent
sous le ventre des femelles, comme des grains de raisin à la
rafle qui les soutient. Ces derniers ont un développement
plus prompt, et aussitôt qu'ils sont assez forts, ils montent
sur le dos de leur mère en accrochant leur queue prenante à
la base de la sienne , et c'est ainsi qu'elle les transporte partout.
On conçoit que dans la première jeunesse les petits qui com-
mencent à s'éloigner de leur mère trouvent un refuge assuré,
dans le danger, ou dans sa poche ou sur son dos, et c'est ce
qui arrive en eflfet.
382 SAR
Les sarigues sont des animaux qui, par leurs habitudes
naturelles, ont de l'analogie avec les fouines et les putois; ils
habitent les bois, motitent sur les arbres et vivent d'oiseaux,
d'œufs et d'insectes. Les grosses espèces s'introduisent dans
les habitations et étranglent les volailles ainsi que le font les
carnassiers que nous venons de nommer. Ils sont néanmoins
beaucoup plus lents dans leurs mouvemens et ne montrent
qu'une ardeur médiocre dans la poursuite de leur proie. Ceux
de ces animaux qu'on a cherché à élever en domesticité, se
sont montrés stupides , indifférens aux bons traitemens, in-
dolens et très-dormeurs.
M. Ratinesque a prétendu que dans l'Amérique septen-
trionale il arrivoit quelquefois que les femelles des sarigues
s'accouploient avec des chats domestiques et qu'il en résul-
toit des êtres participant par leurs formes des deux espèces
qui leur avoient donné naissance. Malgré la disposition où
nous sommes généralement de croire aux faits rapportés par
M. Rafinesque, la grande différence qui existe entre l'organi-
sation des sarigues et celle des chats, ne peut nous permettre
d'ajouter foi à celui-ci. M. Rafinesque aura vraisemblablement
été trompé par un rapport mensonger.
Dans l'antique nature le genre des Sarigues est un de ceux
qui ont existé les premiers. On a trouvé des débris, et notam-
ment des mâchoires bien caractérisées , appartenant à des
animaux de ce genre : i." à Stonesfield en Angleterre, dans
un dépôt compris au milieu des couches oolithiques; 2.° à
Provins, dans des lits d'argile plastique; et 3." depuis long-
temps M. Cuvier a fait connoître les ossemens de ce genre,
qu'il a découverts dans les couches gypseuses calcaires de
Montmartre.
Le nom de sarigue, que nous avons adopté pour désigner
le genre qui nous occupe, vient des mots çarigueia, sariguoi
ou ceiigon, qui, au rapport de Marcgrave et des autres an-
ciens naturalistes de l'époque de la découverte de l'Amé-
rique, étoient génériques parmi les Brésiliens pour désigner
ces animaux. Les Mexicain* les appelaient tlilaquatzin , et les
peuplades de l'Amérique du Nord manicou ou manitou; au
Paragikay on les appelle micourés. Les Anglois donnent la dé-
nomination d'opoiium, à tous les animaux à bourse, et con-
SAR 385
sêquemment aux sarigues. Quant à celle de pliilander, qui a
été rapporté par Séba à quelques-unes de leurs espèces, elle
n'a rien de grec, comme on pourroit le croire; c'est le nom
défiguré de pe/andoc ou pelandor, appliqué, dans l'une des iles
de l'archipel des Indes, à un kanguroo.
Nous décrirons d'abord les Sakigues proprement dits, c'est-
à-dire , ceux qui sont grimpeurs et qui ont les doigts des
quatre pieds longs et bien séi-afés. Leur pouce des pieds de
derrière est sans ongle , long et opposable aux autres doigts,
disposition qui avoit d'aboid fait donner aux animaux ;ï
bourse les premiers connus et qui la présentent, le nom de
pédimanes.
La subdivision naturelle du genre Sarigue est fondée sur
l'existence ou la non -existence de la poche ventrale dans
les femelles.
§. 1 . Espèces dont les femelles sont pourvues d'une
poche ventrale. '
Le Sarigue a oreilles bicolores ou le Manicod {Didelphis
virginiana, Linn. , Cuv. , Temm. ; le Sarigue des Illinois et le
Sarigue a longs poils de Buffon , Suppl., tom. 6, pi. 33 et
34; Virginian opossum de Shaw) e«t, après le crabier, l'espèce
la plus grande du genre. Il a la taille du chat; son corps a
environ quinze pouces de longueur, sa queue onze pouces;
sa tête quatre, et ses oreilles ont un pouce. Son corps est
épais et le paroît encore plus, à cause de la nature laineuse
du poil intérieur, qui est très-abondant. Ce pelage inté-
rieur ou cette laine est généralement de couleur blanchCç,
lavée de brunâtre, parce que tous les poils qui le composent
sont blancs près de la peau et bruns vers l'extrémité ; ils sont
traversés par de grands poils roides, plus abondans sur le dos
qu'ailleurs, et de couleur blanche dans toute leur étendue.
La tête est blanche; le tour des yeux et les oreilles à leur
base sont d'une couleur brune, et ces dernières sont termi-
i Selon la remarque de M. Tcmminck , celte poclie, très-développte
dans les femelles adultes, est moins distincte dans les jeunes, et diffi-
cile à reconnoître sur les dépouilles desséchées de très -jeunes indivi-
divs de cç sexe.
384 SAR
nées de blanc jaunâtre: la queue, plus coui'te que le corps
et la tête réunis , est garnie à sa base de très- longs poils
soyeux et blancs, et le reste, généralement nu et écailleux,
n'a que des poils rares très-courts et aussi blancs; le museau
est très-long et pointu; la partie nue et muqueuse du nez
est de couleur de chair jaunâtre, et la fente nasale est très-
profonde. Les mamelons dans la poche des femelles paroissent
être au nombre de douze environ, et une figure de cet ani-
mal en présente treize, dont douze disposés en cercle et un
central.
Les jeunes sont plus blancs que les adultes , et pourvus com-
parativement de plus de poils laineux.
Cette espèce, long -temps confondue avec les deux sui-
vantes, en a été distinguée par M. Cuvier. C'est sur elle prin-
cipalement qu'on a pu étudier les mœurs des sarigues : elle
habite les bois, pénètre pendant la nuit dans les habitations
rurales et se jette sur les animaux des basses-cours, comme
la fouine le fait chez nous sur nos volailles; elle vit aussi de
fruits et d'insectes. Ses petits, en naissant, ne pèsent qu'un
grain; ils restent dans la poche de la mère jusqu'à ce qu'ils
aient atteint la taille d'une souris et qu'ils soient vêtus de
poils : ils n'en sortent d'abord qu'avec précaution , sans s'é-
loigner de leur mère, et au moindre bruit ils y rentrent avec
précipitation. La mère les aide alors, et lorsqu'elle est assu-
rée qu'il n'en manque aucun, elle s'enfuit en emportant ainsi
sa famille entière. On a compté dans cette espèce jusqu'à
quatorze et seize petits par portée. La gestation intérieure dure
seulement vingt-six jours et les petits séjournent dans la poche
environ cinquante jours après leur naissance : ce n'est qu'au
bout d'un très-long temps que leurs yeux sont ouverts; Cette
espèce est particulière à l'Amérique septentrionale et se trouve
depuis le pays des Illinois jusque dans les Florides et dans le
Mexique.
Le Sarigue d'Azara ou Gamba : Didelphis Azarœ, Temm.,
Monogr. , pag. 5o ; Micouré premier ou Micouré proprement
dit d'Azara, Essai sur l'hist. nat. des quadr. du Paraguay,
vol. 1 , pag. 244; le Gamba, Schreb.
Nous avions réuni cette espèce avec la précédente , à cause
de la grande ressemblance qu'elles ont entre elles. M. Tem-
SAR 385
minck, le premier, l'a distinguée de celle-ci et de la sui-
vante, et exprime ainsi ses différences caractéristiques: «On
« évitera de confondre les trois espèces de grands sarigues à
« longs poils , désignés sous les noms de sarigues manicou ,
« Azara et crabier , en ayant soin d'observer que le manicou
« ou sarigue du nord de l'Amérique a toujours la face et le
« cou d'un blanc pur, le boutoir du nez ou le mufle blanc ;
« le bout des oreilles coloré, et la queue plus courte que le
« corps. Le sarigue d' Azara se distingue du mauicou par sa
« queue plus longue, la face et la nuque presque noires,
« et les oreilles toujours noires ou colorées à leur base. Ces
« deux espèces ont des poils soyeux très-longs, d'un blanc
« pur depuis leur base jusqu'à leur pointe. Le crabier dif-
« fère des deux autres par sa très-longue queue et par les
^ longs poils soyeux, qui ont seulement du blanc à leur base,
« tandis que tout le reste est d'un noir profond ou d'un brun
«c noirâtre très- foncé. * Ces différences se sont montrées
constantes à M. Temminck dans tous les âges et chez les deux
sexes.
Les plus grands individus de l'espèce du sarigue d'Azara ont
quinze pouces de longueur, et leur queue a treize pouces et
demi. Le pelage se compose de poils de deux sortes : l'intérieur
est laineux , blanc ou blanchâtre depuis sa base, mais terminé
de noir; et les grands poils soyeux, qui traversent les premiers,
sont roides et blancs dans toute leur longueur; ces longs poils
étant plus abondans sur les parties supérieures de la tête et
du corps que partout ailleurs. La face est généralement d'un
jaunâtre sale; le tour des yeux est noir, et cette couleur se
prolonge jusqu'aux moustaches; une tache noire naît du
chanfrein et se porte jusque sur l'occiput, où elle se réunit
avec le noir de la nuque, partie oîi commencent à paroître
les grands poils blancs qu'on voit sur le reste de la robe.
Les quatre jambes sont noires; la base de la queue est très-
poilue et colorée comme le dos ; sa partie nue est d'abord noire
et ensuite terminée de blanc ; les poils qui naissent entre les
interstices de ses écailles sont très-courts et noirs dans la partie
où les écailles sont noires, et blancs dans celle où les écailles
sont blanches.
Ce sarigue habite les parties méridionales et orientale?
^7- 25
386 SAR
de l'Amérique , et particulièrement le Paraguay et le Brésil.
Selon M. d'Azara , il vit dans les buissons et dans les champs,
se tenant pendant le jour dans des trous sous terre. Il entre
dans les maisons pendant la nuit pour se jeter sur les vo-
lailles, dont il suce le sang : il mange aussi des œufs et des
fruits. D'Azara croit qu'il fait la chasse aux reptiles.
Le Sarigue crabier : Didelphis cancrivora et Didelphis mar-
supialis, Linn., Cuv. , Temm. ; le Crabier , Buff. , Suppl. ,
tom. 3, pi. 54; le grand Philandre de Surinam, de Séba ;
PiAUT ou PiANT des hablfans de Cayenne. La longueur de cet
animal, mesurée depuis le bout du nez jusqu'à l'origine de la
queue , est d'environ quatorze pouces, et cette dernière partie
en a quinze. C'est un animal très-voisin des deux précédens,
mais dont nous avons ci-dessus rapporté la différence, d'après
M. Temminck. Sa têtv et son museau sont remarquablement
longs, et le boutoir du nez ou le mufle est noir; les oreilles
sont d'un blanc jaunâtre uniforme; le chanfrein est un peu
bombé et marqué d'une ligne brune ; le poil est de deux
sortes : l'intérieur est court et laineux, entièrement d'un blanc
sale, et les grands poils roides et soyeux qui le traversent,
sont blancs depuis leur base jusqu'à la moitié de leur lon-
gueur seulement, et d'un brun foncé dans tout le reste jus-
qu'à leur extrémité (ce qui est absolument le contraire de
ce qu'on voit dans les deux premières espèces); ces poils
bruns sont en plus grand nombre au dos , au sommet de
la tête, sur les cuisses et à la base de la queue, que partout
ailleurs, où ils ne sont pas assez abondans pour recouvrir
et empêcher de voir la couleur blanche du poil intérieur-,
la queue, un peu plus longue que le corps et la tête réunis,
est poilue à son origine et nue et écailleuse dans le reste; sa
couleur est plus foncée à sa base qu'à son extrémité , et les
petits poils courts qu'on voit sur la partie nue y sont épars et
colorés de même; les pattes sont brunes. Les femelles n'ont,
dit-on, que huit mamelles disposées en ellipse.
Les jeunes, selon M. Temminck, lorsqu'ils sont assez forts
pour sortir de la poche ventrale de leur mère, ont un pelage
court, lisse, seulement composé de poils soyeux d'un brun
marron plus ou moins foncé. Les poils laineux ne paroissent que
lorsque le jeune animal a pris la moitié de son accroissement.
SAR 587
Cette espèce présente plusieurs variétés de couleur, selon
l'abondance plus ou moins grande des grands poils soyeux
du dos, et selon que la teinte de ceux-ci tire plus ou moins
au noir ou au marron.
Les mœurs de cet animal sont très-semblables à celles des
deux premiers, 11 habite, dit -on, de préférence les palétu-
viers et autres endroits humides et marécageux, et le nom
qu'il porte, lui vient de ce qu'on assure qu'il vit de crabes,
bien qu'il chasse aussi aux reptiles et aux oiseaux. Pris jeune,
il s'apprivoise facilement, mais ne paroît pas prendre d'af-
fection pour son maître.
Son espèce est très-répandue dans l'Amérique méridionale,
et surtout à la Guiane et au Brésil. Les naturels mangent sa
chair, que l'on dit comparable à celle du lièvre.
Le Sarigue quica ; Didelphis quica, Temm. , Monogr. , p. 86.
Cette espèce, distinguée par feu M. Natterer, de Vienne ,
est bien moins grande que celles qui nous ont occupé précé-
demment, et à peu près de la taille du sarigue proprement
dit ou sarigue quatre-œil. Son pelage n'a rien de laineux, et
ses poils sont tous assez courts, fins et soyeux. Il est géné-
ralement gris, tandis que celui du sarigue quatre-œil tire
au roux plus ou moins vif; sa queue est plus grande que
celle de cet animal, velue sur une plus grande longueur,
mais surtout elle est beaucoup plus grosse à sa base.
La taille du sarigue quica est comparable à celle de la
marte putois : son corps et sa tête ensemble ont dix à onze
pouces de longueur, et sa queue, encore plus grosse dans le
mâle que dans la femelle, a onze ou douze pouces; la partie
de celle-ci, couverte de poils, est de trois pouces six à neuf
lignes; sa partie nue est noire, avec l'extrémité Manche dans
une longueur de trois pouces un quart à cinq pouces. Le
mâle est d'un gris de souris en dessus, ayant les poils de
cette partie annelés de cendré et de noirâtre, et blanc par en
dessous; ses yeux sont entourés d'un cercle noir et surmontés
cRacun d'une tache blanche; son museau et la ligue moyenne
de son chanfrein sont d un gris sombre. Dans la femelle toutes
les parties supérieures sont fauve- noirâtres , avec de légers
reflets argentés; le sommet de la tête est noirâtre, avec trois
taches blanches; le menton blanc ; le ventre rouss âtre , et le
388 SAR
parois externes de la poche, qui est complète, sont d'un
roux foncé.
Le quica habile le Brésil ; il vit sur les arbres, fait la chasse
aux petits oiseaux et aux insectes, et mange aussi des fruits.
En captivité on le nourrit de chair. Il se cache pendant le
jour et se roule en boule pour dormir; il souffle comme le
furet et ne paroît sortir de sa retraite que la nuit.
Il y a long- temps que ce sarigue existe dans les divers ca-
binets de l'Europe, où il a été souvent confondu avec le sa-
rigue quatre -œil et d'autres espèces.
Le Sarigue quatre-œil : Didelphis opossum, Linn., Cuv. ,
Geoffr. , Temm. ; le Sarigue ou Opossum, Buff. , tome lo,
pi. 45 et 46; Philanper, Séba. Celui-ci, très-anciennement
connu et avec lequel on avoit confondu le quica, en diffère,
en effet, assez peu. Sa queue égale en longueur son corps
et sa tête réunis, ou bien elle est un peu plus courte. Elle
est grêle depuis son origine, au lieu d'être épaisse comme
celle du quica, et sa partie poilue est assez étendue. Les
couleurs du pelage sont plus rousses.
La tête de ce sarigue est très -longue et son museau fort
pointu. Le chanfrein, le front et le sommet du crâne sont
sur une même ligne; les oreilles sont grandes, rondes et
minces. Le pelage, extérieurement, et sur les parties supé-
rieures du corps et la base de la queue , est d'un roux de rouille
ou cannelle, plus vif chez les mâles que chez les femelles. Cette
couleur domine aussi sur le dessus de la tête et prend plus
de brun au chanfrein. Sur la face externe des membres et
sur les flancs elle se mélange de gris. Les poils de la base des
oreilles forment une tache d'un blanc sale , et une tache de
la même couleur se voit sur chaque œil. Le tour de celui-ci
est de la même teinte rousse que le dos; le bout du museau,
la lèvre supérieure , la face interne des quatre membres et
une partie de la face externe des avant- bras, les quatre
pieds et toute la face inférieure de l'animal, depuis le bout
du museau jusqu'à l'origine de la queue, sont d'un blanc sale
ou jaunâtre; la partie velue de la queue est longue de deux
pouces à deux pouces et demi , et sa couleur est en dessus
celle du dos, et en dessous celle du ventre; la partie nue et
écaiUeuse est brune, avec la pointe blanchâtre. Daubenton a
SAR 389,
trouvé cinq ou sept mamelles dans la poche des femelles,
lesquelles étoient placées sur une glande mammaire, longue
de deux pouces, d'une manière symétrique, l'impaire étant
daus le premier cas au milieu des quatre autres, et, dans le
second, au milieu des quatre antérieures.
M. Temminck remarque que les femelles dans ce sarigue
sont toujours d'une taille plus fçrle que les mâles, et que
les jeunes, avant d'être parvenus à l'état d'adulte, ont le
pelage coloré de roussàtre au lieu de roux-vif. Les dimensions
de cette espèce , selon le même naturaliste , sont les suivantes :
Longueur du corps et de la tête, ensemble, neuf pouces à
neuf pouces et demi ; de la queue , huit pouces à huit pouces
et demi; de la base poilue de la queue, deux pouces; épaisseur
de celle-ci à son origine, un pouce six lignes. Les dimensions
indiquées par Daubenton sont plus considérables, et il se pour-
roit qu'elles dussent se rapporter à l'espèce du quica , surtout
parce que la queue y est portée comme étant d'un pouce plus
courte que la tête et le corps réunis.
M. Temminck dit aussi positivement que le sarigue quatre-
œil est plus petit que le quica, et il ajoute que les crânes de
ces deux animaux sont difficiles à distinguer; mais que néan-
moins dans celui du premier le chanfrein forme une li^ne
inclinée, droite et d'une venue avec le front, au lieu que
dans celui du dernier le chanfrein est voûté et décrit une
ligne courbe , dont la plus grande élévation est au centre.
Sous ce rapport la tête du quica ressemble à celle des sari-
gues à oreilles bicolores, d'Azara, et crabier, dont le mu-
seau, quoique proportionnément aussi long, paroit moins
pointu que celui des autres sarigues, parliculièrcment du
quatre-œil, du dorsal et de la marmose.
Le nom de quatre-ail qu'on lui donne , vient des taches qui
sont placées au-dessus des yeux et qui paroissent en indiquer
deux autres. 11 pourroit aussi bien convenir au sarigue quica
et au sarigue nudicaude, qui présentent yn semblable caractère.
Ce sarigue est très-commun dans toute la Guiane et prin-
cipalement aux environs de Cayenne. M. Temminck dit qu'il
a lieu de croire qu'il est rare au Brésil, où se trouve le quica.
Il vit de la même manière que les autres sarigues et chasse
aux petits oiseaux,
Sgo S A R
Le Sarigue nudicaude : DidelpJiis nudicaudata, Geoff., Desm.,
IVIainm. , esp. Sg^i ; le Sarigie myosure, Didelpiiis nijosiiros,
Teinni., Monogr. , pag. 58. Celui-ci appartient à la division
des sarigues dont les femelles sont pourvues d'une poche
complète, ainsi que M. Teuiminck l'a reconnu, et non comme
M. Geofiroy le croyoit ( et ce en quoi nous avions partagé
son erreur) à la division des esj)èces de ce genre, pourvues
de simples replis de la peau du ventre; mais cette observation
importante et nouvelle ne donnoit pas à ce naturaliste le droit
de changer un nom adopté pour en substituer un nouveau,
et c'est pourquoi nous conserverons celui de M. Geoffroy.
La description de M. Temminck étant bonne , nous en
donnerons l'extrait. Ce dideiphe est rie la taille du quica ,
la tête et le corps ont dix pouces, et la queue est plus longue
d'un quart; sa base poilue n'a que dix lignes, de manière
que cette queue, grêle et très-pointue, est fort semblable à
celle des rats et des surmulots; les oreilies sont très-grandes
et à peu près rondes.
Le pelage est doux, serré, mais très-court, d'une tein(e
mélangée; chacun des poils, cendré à sa base, est varié de
brun -foncé et de fauve- roussàtre à sa pointe; ceux de la
ligne moyenne du dos ont des teintes plus foncées que
ceux des flancs; le sommet de la tête otfre les traces de trois
bandes noirâtres; au-dessus des yeux se ti-ouve une petite
tache d'un roux jaunâtre et au-dessous une autre beaucoup
plus grande, qui s'étend sur la commissure des lèvres; les
côtés du cou et le bord extérieur des cuisses sont d'un fauve
roussàtre; les parties inférieures sont d'un blanc foiblement
nuancé de roussàtre ou d'un blanc terne, ou d'un fauve isa-
belle. Les oreilles, remarquables par leur grandeur, sont
nues, d'un jaunâtre clair à la base et noirâtres dans le reste;
derrière les oreilles et à leur origine se trouve une petite
tache rousse ; la queue, très-poilue dans une petite longueur
près du corps, est brune et garnie d'écaillés lisses jusqu'à la
distance de trois poucps de la pointe, qui est blanche. Les
plus grands individus ont une large plaque noire sur le
sommet de la tête, qui s'étend de l'occiput au chanfrein; le
cercle qui entoure les yeux est noir, et l'on voit une tache
poire devant ceux-ci.
SAR 391
Le sarigue nudicaude de M. Geoffroy , que M. Temminck
appelle sarigue myosure, habite, ainsi que ce dernier nous
l'apprend, le Brésil, oîi il paroit très-cornniun. Tous les na-
turalistes qui ont visité ce pays en ont rapporté des individus.
Il semble l'être moins à la Guiane. On le reçoit rarement dans
les envois qui arrivent de Surinam en Europe.
Le Sarigue cayopoi..mn ou Philander : Didelphis philander,
Linn., Gmel. ; Temm. , Monogr. , page 45 ; Cayopollin , Buff,,
Hist. nat. des anim. , tome 10, pageoôo, pi. 55; Cuv. , Règn.
anim. ; Desm., Dict. , Mamm. , csp. 694 •• Didelphis philander oli
Paras , Schreb., Sdu^tk., pi. j47-
Le nom de cayopollin ou kayopolUn est rapporté par les
premiers naturalistes qui ont écrit sur les productions du
nouveau-monde, et notamment par Fernandez, pour dési-
gner un sarigue des montagnes du Mexique, dont les carac-
tères, à peine indiqués, se réduisent à ceci : Sa queue est
plus longue que le corps; ses yeux sont entourés de noir;
son ventre est blanc : la femelle n'a pas de poche ventrale.
Buffon a décrit sous ce même nom de cayopollin un animai
delà Guiane et non du Mexique, auquel les caractères exté-
rieurs peu importans, que nous venons de rapporter, conve-
noient parfaitement, si ce n'est que le blanc du ventre étoit
un peu jaunâtre , et il n'a pas pour cela voulu prétendre que
le cayopollin de Fernandez fût positivement le même animal
que celui auquel il en donnoit le nom, et il y a tout lieu de
croire que le vrai cayopollin est encore inconnu.
Quoi qu'il en soit, ce nom de cayopollin est maintenant
fixé à un être réel, celui que Buffon a fait connoître et liguré
le premier, celui que MM. Cuvier, Geoffroy et nous-même
avons également décrit. A cette espèce se rattache aussi le
didelphis philander de Schreber et les animaux des ligures 5
et 4 de la planche 3i de Séba.
M. Temminck vient de prouver que le cayopollin de
Buffon (dont on ne connoissoit que le sexe mâle) doit être
placé dans la division qui comprend les espèces dont les fe-
melles sont pourvues d'une poche ventrale. 11 a reconnu avec
les naturalistes qui l'ont précédé, que le didelphis philander
de Linné n'est que le même animal, et il a proposé de sup«
primer le nom de cayopollin ( qui se raj3porte à une espèci*
^92 SAR
sans poche, encore inconnue), pour adopter celle de phi-
lander. Nous serions portés à suivre son exemple, s'il ne nous
paroissoit pas très-nuisible à l'intérêt de la science, d'abroger
ainsi une désignation généralement adoptée pour la remplacer
par une dénomination vague qui a été successivement donnée
à cinq ou six espèces.
Un autre sarigue, didelphis dorsigera , avoit été considéré
par MM. Cuvier, Geoffroy et par nous, comme ne différant
pas spécifiquement du cayopollin de Buffon ou philander de
Schreber; mais M. Temminck venant de faire connoitre que
sa femelle n'a pas de poche ventrale, tandis que celle du
cayopollin en a une, il devient absolument nécessaire de les
séparer.
La taille du cayopollin de Buffon et de M. Cuvier, ou phi-
lander de Schreber et de M. Temminck, est égale à celle du
sarigue quatre- œil. Sa tête est comparativement beaucoup
plus courte (ce qui lui est commun avec le sarigue grisou,
dont la femelle n'a pas de poche ventrale) ; son museau est
obtus et ses narines sont séparées par un sillon très -marqué;
les oreilles sont grandes, très-distantes et ovales à leur partie
supérieure; un poil très -doux, cotonneux et bien fourni,
couvre tout le corps et s'étend sur une grande portion de la
queue ; les parties supérieures de ce pelage sont dans les
mâles d'un fauve roussàtre très-clair, mais teinté de jaunâtre
sur les flancs et à la partie poilue du dessous de la queue;
toutes les autres parties inférieures sont blanches. Une petite
bande d'un roux vif passe sur le chanfrein et aboutit au sin-
ciput, oii elle est plus large; les yeux sont placés chacun
dans une petite tache d'un brun cendré clair qui s'étend
jusqu'aux narines; tout le sinciput, les côtés du chanfrein et
les joues sont à peu près blancs; les moustaches et les longs
poils du dessus des yeux sont d'un roux foncé ; les oreilles
ei la partie nue des pieds sont d'un brun intense; la queue
est beaucoup plus longue que le corps et la tête réunis,
garnie dans son premier quart d'nn poil touffu , et du reste
totalement nue, tachetée de brun sur un fond blanc,
La femelle a le pelage d'un cendré fauve et roussàtre; les
parois intérieures de sa poche abdominale (qui est complète)
i>ont garnies de poils roux, et toutes les parties inférieures du
SAR 395
corps sont d'un blanc sale. Elle est beaucoup plus grosse que
le mâle.
Les dimensions sont les suivantes : Dans trois mâles le
corps et la tête ensemble avoient cinq pouces de longueur,
et la queue en mesuroit huit et demi; la partie poilue de
celle-ci avoit un pouce neuf lignes; la longueur de la tête
éfoit d'un pouce dix lignes. Deux femelles avoient le corps
et la tête ensemble longs de neuf pouces ; la queue longue
de treize pouces, avec sa partie poilue, de deux pouces
neuf lignes; la longueur de leur tête éloit de deux pouces
trois lignes.
Les jeunes , dans leur premier âge, sont couverts d'un poil
cendré ; la raie brune du chanfrein existe et la pointe de leur
queue est blanche. La forme obtuse de leur museau les fait
distinguer, au premier aspect, des jeunes animaux du même
genre.
M. Temminck a remarqué que dans cette espèce les côtes
sont du double plus larges que dans les autres, et il a figuré
son squelette sur la planche 6 de sa Monographie des di-
delphes.
Le Sarigue cendré; Didelphis griiea, Desm. Cette espèce,
dont l'existence ne sera constatée définitivement que lorsqu'on
aura pu la comparer en nature aux précédentes, est lemicouré
quatrième ou micouré à longue queue ^ d'Azara (Essai sur l'Hist.
natur, des quadr. du Parag., tome 1 , page 290). Si taille est
égale à celle de la marmose, ou un peu plus petite; mais sit
queue a un cinquième de longueur de plus que celle de cet
animal. Son pelage en dessus est d'un gris de souris et en
dessous d'un blanc sale unifoi'me. Ses yeux sont entourés de
noir, et en dehors de cette espèce d'anneau on remarque
un second cercle blanchâtre; la mâchoire inférieure , le des-
sous de la tête et la partie antérieure des jambes de devant
sont presque blancs. L'individu décrit ci-dessus paroissoit
jeune, et, conséquemment , ne présentoit peut-être pas les
caractères de l'espèce dans tout leur développement.
D'Azara rapporte que cet animal du Paraguay se tient dans
les creux des troncs d'arbres et des rochers, dans les buis^
sons et les haies vives, où il s'attache par la queue. Le même
auteur ajoute qu'un de ses amis lui a donné l'assurance que
594 ^AR
la femelle éfoit pourvue d'une poche ventrale, et qu'elle ne
différoit du mâle, ni par la taille, ni par les formes exté-
rieures.
§. 2. Espèces dont les femelles sont dépourvues de
poche, mais qui ont simplement une duplicatuj^e de
la peau de chaque côté du ventre.
Le Sarigue grison; Didelphis cinerea, Temm., Monogr. ,
page 46. Cette espèce nouvelle a été rapportée du Brésil par
le prince Maximilien de Neuwied. Sa taille est celle du rat
domestique. Elle a six pouces à six pouces et demi de lon-
gueur pour le corps et la tête pris ensemble, et sa queue, qui
est trés-grêle, a de neuf pouces à neuf pouces et demi, sur
quoi les deux premiers pouces de la base sont recouverts
de poils épais. Sa têie est petite; son museau très court; ses
oreilles sont un peu étranglées à la base et nues. Tout le pe-
lage est bien fourni, mais court et cotonneux. Les mâles son*
d'un gris cendré clair, teinté de iituràtre à la fine pointe des
poils; les parties inférieures du corps et la face interne des
membres sont blanchâtres.; la gorge et la poitrine d'un blanc
roussàtre; la tête est de la couleur du dos, sans raie ou ligne
plus foncée sur le chanfrein , ni tache plus claire sur les
yeux; ceux-ci sont entourés d'un cercle d'un noir profond,
qui s'élargit un peu en avant; la queue a les poils de sa base
gris, comme ceux du dus, et sa partie nue, un peu écail-
leuse , sans le moindre vestige de poils, brune dans la pre-
mière moitié de sa longueur et blanche dans l'autre.
Les femelles ont leur fourrure d'un fauve clair en dessus
avec une teinte jaunâtre à la base des oreilles et sur les joues;
tout le dessous de leur corps est d'un blanc moins pur que
chez le mâle; le pli dans lequel sont situées les mamelles est
d'un jaune roussàtre.
Le Sarigue a grosse queue : Didelphis crassicaudata, Desm. ;
MicouRÉ TROISIÈME OU MicouRÉ A GROSSE QUEUE, d'Azara ( Ess.
sur l'Hist. natur. des quadr. du Parag. , tom. 1 , page 284).
Celui-ci, dont la longueur est d'un pied et dont la queue
n'a que onze pouces, a du rapport avec le quica par la gros-
seur de cette queue à sa base (elle a trois pouces et demi de
SAR 395
circonférence); mais sa femelle n'a pas de bourse, tandis
que celle du quica en a une. Ses oreilles sont plus petites,
moins rondes et plus droites que celles des autres espèces;
son museau est moins plat vers le haut, moins long et ausii
moins aigu; il n'y a point de rainure entre les narines; la
queue est velue dans le premier tiers de sa longueur, et sa
partie nue est brune, à l'exception de son extrémité dans la
longueur d'un pouce et demi , qui est blanc. Le pelage est gé-
néralement fauve ou cannelle en dessus ; les quatre pieds et la
face, depuis les yeux jusqu'au bout du museau, sont de cou-
leur foncée et le reste du pelage est d'un gris de souris; le
dessus de l'œil présente une place plus claire que la partie
qui l'entoure. La femelle diffère du mâle par des teintes plus
claires; ses mamelles sont disposées en ellipse dans l'inter-
valle compris par les deux plis de la peau du ventre.
Cette espèce est du Paraguay.
Le Sarigue dorsigère ou ooRSAr. ; Didelphis dorsigera ,
Linn., Gmel. ; Temm., Monogr. , page 48. Celui-ci, d'abord
considéré comme formant une espèce particulière et ensuite
réuni au D. philander ou au D. cajopoLlin, mérite bien réel-
lement d'être distingué spécifiquement du cayopollin deBuffon
et de M. Cuvier , dont la femelle est pourvue d'une poche
complète , ainsi que M. Temminck l'a reconnu. Schreber en
a donné une mauvaise ligure, Sâugth., tab. i5o, et il est
vraisemblable qii'il faut lui rapporter le mus sjUeslris ame-
ricanus de Séba , Thés., tab. 3i , fig. 1 et 2.
Cet animal, décrit par M. Temminck, est de la taille du rat
domestique. Sa tête et son corps, ensemble, ont cinq pouces et
demi de longueur, et sa queue enasept. Ses formes générales
sont aussi très-semblables à celles du rat. 11 a le pelage serré
et fin , mais court et peu fourni ; chaque poil sur les parties
supérieures est d'un cendré foncé à sa base et d'un gris brun
ou fauve jaunâtre à la pointe, d'où il résulte que la teinte
générale de ces parties est très-semblable à celle du pelage
du surmulot. Les yeux sont placés dans une tache d'un brun
marron très foncé, qui se prolonge sur une partie de la lèvre
supérieure; tout le chanfrein et le front entre les yeux sont
d'un blanc jaunâtre. Cette couleur se retrouve aussi sur les
joues, sur la face externe des membres antérieurs et sur les
396 SAR
quatre pieds; la partie poilue de la queue est longue de onze
lignes; la partie nue ne présente aucun poil et sa couleur est
uniformément brune.
Le sarigue dorsigère a été primitivement ainsi nommé à
cause de l'habitude que sa femelle a de transporter ses petits
sur son dos, lorsqu'ils sont assez âgés pour pouvoir y monter
d'eux-mêmes, s'y cramponner et se fixer à sa queue au
moyen des replis de la leur. Ce nom et ces habitudes con-
viendroient également à toutes les espèces de la même di-
vision.
Ce sarigue ressemble particulièrement à la marmose , et il
est assez difficile de les distinguer, quand on n'en a pas con-
tracté l'habitude. Leur taille , néanmoins, présente des diffé-
rences, et M. Temminck a trouvé ces différences constantes
sur tous les individus tirés de l'esprit de vin, mais variables
dans les individus empaillés ; ce qu'il attribue à la préparation
vicieuse de ces dépouilles. Les proportions de la queue ne
Siont pas non plus les mêmes; cette partie est proportionnel-
lement plus longue dans le sarigue dorsigère que dans la mar-
mose : dans le premier elle est d'un brun uniforme, et dans
la dernière, jaunâtre et sans taches. Enfin, les nuances du
pelage sont toujours jaunâtres ou roussâtres dans la marmose,
et brunes ou cendré-fauves dans le dorsigère. Dans les deux
espèces, qui habitent le même pays, c'est-à-dire la Guiane,
l-es sexes n'offrent point entre eux de différence sensible sous
le rapport de la taille.
Le Sarigue marmose : Didelphls marina, Linn. , Gmel. , Cuv. ,
Geoff. , Desm.; Temm., Monogr. , pag. 5o ; la Marmose de
Buffon , Hist. nat. , tom. lo , pag. 335 , pi. 62 et 53. Dans
cette petite espèce, dont la taille égale à peu près celle du
lérot, le corps et la tête, ensemble, ont cinq à six pouces,
et la queue n'a que quelques lignes de plus que cette lon-
gueur. Les formes sont très-semblables à celles de l'espèce
précédente; la tête est plus pointue et le museau plus effilé
que dans le cayopollin ou philander. Le pelage est serré et fin ,
mais court et peu fourni ; chaque poil des parties supérieures
étant d'un cendré foncé à la base, et d'un fauve jaunâtre,
roussâtre ou même roux , à la pointe ; il résulte , pour
ces parties, une teinte générale d'un fauve roussâtre claire,
SAR 597
jaunàlre ou rausse , mêlée de gris dans les endroits où les
poils sont divergens et écartés les uns des autres; la tête est
d'un jaunâtre clair ; les yeux sont situés au milieu d'une tache
brune, qui est plus large en avant et sur la paupière supé-
rieure qu'en arrière et sur la paupière inférieure ; le chan-
frein n'a pas de raie brune ; toutes les parties inférieures de
la tête et du corps sont d'un blanc très-légèrement teint de
jaunâtre; la partie de la queue qui est couverte de poils est
très-courte et de la couleur du dos, et tout le reste de son
étendue est nu et d'une couleur jaunâtre uniforme. Dauben-
ton a compté quatorze mamelons dans une femelle , placés
entre les deux plis de la peau des aînés.
Nous avions d'abord (Mamm. , esp. 396 ) regardé comme
possible que le micouré à longue queue, ou quatrième de
d'Azara , appartint à l'espèce de la marmose : maintenant nous
partageons, avec M. Temminck, l'opinion contraire, et cela
surtout d'après les différences de proportions de la queue de
ces deux animaux, relativement à la longueur de leur corps
et l'existence d'une poche sous le ventre de la femelle du
premier.
La marmose, dont le nom résulte vraisemblablement d'une
altération de celui de marmotte, que Séba lui donnoit, vit
à la Guiane, où elle est appelée, par les habitans, rat des
bois ou hosch-ratte. Les Brésiliens la nomment taïbi , mot qui
a la même signification que les précédens. Ses habitudes na-
turelles sont très -analogues à celles des autres sarigues, si
ce n'est que la proie qu'elle poursuit est plus petite que
celle qui convient aux espèces plus grandes. La femelle fait
dix ou quatorze petits, qui restent d'abord suspendus à ses
mamelles, et qui, plus tard, lorsqu'ils sont couverts de
poils et ont acquis un peu de force , montent sur son dos
et enroulent leur queue prenante autour de la base de la
sienne.
Le Sarigue touan : DidelpJiis Iricolor, GeoflT. , Desm. ; Di-
delphis brachyura, Pall. ; le Touan, Buff. , Suppl. , tom. 7 , pi.
41 i Micouré cinquième ou Micouré a queue courte, d'Azara.
Cette espèce, bien distincte, a le corps long d'environ cinq
pouces et demi, et sa queue , de moitié moins longue, est
épai-sse et large à sa base, déprimée dans toute son étendue,
598 SA'R
à peu près nue en dessous et à la pointe, mais couverte
de poils à sa face supérieure. Ses oreilles sont médiocres,
nues et de forme arrondie ; le dessus du corps et de la
tête j jusqu'aux narines, et les poils du dessus de la queue,
sont d'un brun noirâtre; les joues, les épaules, les flancs,
la gorge, la face externe des cuisses et les pattes, sont d'un
roux vif; la poitrine et le dessous du corps sont d'un blanc
pur. I-es poils sont doux et courts; ceux r^es flancs noirâtres
près du corps et roux à la pointe; ceux du dos aussi noirâtres
à la base , mais chacun d'eux marqué d'un petit anneau
blanchâtre. Les mâles ont un scrotum pendant à terre; leur
robe ne diffère pas de celle des femelles.
Dans le micouré à queue courte de d'Azara le ventre est
fauve - blanchâtre , au lieu d'être blanc; les mamelons, au
nombre de quatorze, disparoissent presque entièrement lors-
que les femelles n'allaitent plus. Le mâle , lorsqu'on l'irrite ,
répand une très-mauvaise odeur.
Les mœurs du touan sont semblables à celles des autres es-
pèces ; le nombre des petits de chaque portée est de neuf à
douze. Son espèce se trouve à la Guiane et particulièrement
à Cayenne. D'Azara l'a observée près Saint-Ignace Gouazou ,
au Paraguay.
Le Sarigue brachyure : Didelphis hrachyura , Linn. , Gmel ,
Geoff. Dans cette espèce le corps est long de six pouces, et
la queue en a moins de trois; la taille est celle du lerot; les
oreilles sont médiocres, rondes; le museau est court, un peu
obtus; le pelage est court, doux, d'un roux assez vif sur les
joues, les côtés du cou, les flancs, les cuisses et la base de la
queue; d'un gris fauve jaunâtre, à peu près de la teinte du
surmulot ou du mulot, sur le dessus de la tête, du cou et
du corps; le ventre et les pieds sont blanchâtres , et les autres
parties inférieures sont d'un roux jaunâtre; la queue est
épaisse à la base et terminée en pointe. Les femelles ont
huit mamelles. Cette espèce, qu'il ne faut pas confondre
avec le didelphis hrachjura de PalLis , qui est le touan , se
trouve dans l'Amérique méridionale, depuis Cayenne jusqu'à
Monte-Video.
C'est à tort que M. Temminck rapporte à cette espèce
le Mus sjlyestris americana de Séba {Mus., tab. 3i , fig. 1)
SAR 399
qiril a déjà indiq"ué comme synonyme de son sarigue dorsal.
Le Sarigue laineux : Didelphis lanigera, Desm. ; Micouré
SECOND ou Micouré laineux, d'Azara (Ess. sur l'Hist. nat. des
quadr. du Parag., tom. 1 , page 275). Ce sarigue, qui n'tst
connu que par ce qu'en dit d'Azara, a huit pouces huit lignes
de longueur totale . et sa queue n'a pas moins de treize pouces
et demi , de telle sorte que par ces proportions il a beaucoup
de rapport avec le cayopollin ou philander. La tête du mâle
est très-longue et pointue, et ses narines sont séparées par un
sillon ; les oreilles sont de moitié moins larges que hautes, un
peu pendantes , d'une teinte violette ; le scrotum est nu et
d'un blanc bleuâtre. Tout le pelage est laineux, doux et très-
serré, généralement de couleur de tabac d'Espagne en dessus
et blanchâtre en dessous; le tour de l'œil est d'un fauve vif;
le dessus de la tête est d'un brun clair; le chanfrein a une
petite raie brune; la queue est de forme presque triangu-
laire à sa base et nue en dessus dans son dernier tiers seu-
lement.
La femelle n'est pas connue; ainsi l'on ne sauroit placer
cette espèce avec certitude dans la division qui comprend les
espèces qui ne sont pas pourvues d'une poche.
Le Sarigue nain -.Didelphis pusilla, Desm.; Micouré sixième
ou Micouré nain, d'Azara (Essai sur l'hist. nat. des quadr.
du Paraguay, tom. 1 , pag. 3o4). Son corps a trois pouces de
longueur: sa queue, trois pouces huit lignes; ses oreilles ont
un peu moins de huit lignes de longueur. Ce petit animal a
la queue nue en totalité; le poil court et doux, d'un gris
plombé , plus foncé que celui de la souris , sur toutes les
parties supérieures du corps et de la tête , et blanchâtre sur
toutes les inférieures; le contour de l'œil noir, et s'élargissant
vers le grand angle; une tache d'un blanc jaunâtre au-dessus
de chaque œil; la queue blanchâtre; le scrotum pendant,
ayant la peau obscure et recouverte d'un petit duvet court
et blanc.
On n'a encore vu qu'un mâle de cette espèce, pris dans
un jardin du village de Saint-Ignace Gouazou, au Paraguay;
conséquemment on n'est pas certain qu'il appartienne à la
division des sarigues dont les femelles n'pnt pas de poche
ventrale.
400 SAR
Il ne nous reste plus à décrire que Tanimal dont Illiger a
formé son genre CHIRONECTE, qui présente tous les ca-
rlactères des sarigues, dont la femelle est pourvue d'une
poche ventrale complète, et dont les pieds de derrière, à
cinq doigts, sont plantigrades et palmés, avec le pouce sans
ongle : tous les autres doigts étant armés d'ongles aigus et
recourbés.
Le Chironecte yapock (Chironectes yapock , Desm. ; Petite
LOUTRE DE LA GciANE de Buffou , Suppl. 3, pi. 22 ; Lutra me-
mina, Zimmermann) a été retiré du genre des Loutres pour
être ramené, par MM. Cuvieret Geoffroy, à celui des Sarigues,
auquel il appartient réellement, n'étant qu'un vrai sarigue
aquatique. C'est un petit animal dont la tête et le corps, en-
semble, ont sept pouces de longueur, et dont la queue en
a six et demi; celle-ci est cylindrique , nue, écailleuse en des-
sous et prenante. Sa tête est pointue; son museau assez fin ;
ses oreilles sont grandes et nues; ses pieds sont courts , et les
antérieurs ont leurs doigts écartés , tandis que les postérieurs
les ont palmés. Le pelage, en dessus, est d'un brun noirâtre,
marqué, de chaque côté , de trois grandes taches transver-
sales grises, qui semblent former autant de lignes interrom-
pues par la couleur du milieu du dos; la tête est brune en
dessus, avec une tache blanchâtre derrière chaque œil; les
moustaches ont un pouce de long, ainsi que les grands poils
du dessus des yeux et ceux des tarses: les poils du corps sont
de deux sortes : les uns courts et laineux et les autres plus
grands et soyeux.
L'yapock a pris son nom du fleuve de la Guiane dont
jl habite les bordé. Il nage avec facilité, et tout annonce
qu'il vit de petites proies et d'insectes, comme les autres
sarigues : peut-être joint- il des poissons à cette nourriture.
(Desm.)
SARIGUE ÉPINEUX. {Mamm.) Ce nom a été donné à un
porc -épie, à queue prenante, de l'Amérique méridionale ,
qui appartient au genre Coëndou de feu de Lacépède, et à
celui que M. F. Cuvier a nommé Sinéthère, le nom de Coëndou
ayant été appliqué, comme nom spécifique, à plusieurs ron-
geurs, qui différoient même par les caractères génériques.
(Desm.)
SAR 401
SARTONE. (Ichthj^ol.) Un des noms des jeunes saumons.
Voyez Truite. ( H. C. )
SARIS. {Min.) C'est ce nom qu'on donne, suivant M. Ro-
bilant , au schiste quarzeux ou phtanite, ou plus probable-
ment au micaschiste , qu'on exploite dans plusieurs parties
du Piémont, et notamment dans les montagnes de l'Oursiére,
non loin de Turin. ( B. )
SARISSUS. (Bot.) Le fruit que Gœrtner a décrit et figuré
sous ce nom, appartient au genre Hjdrophjlax de Linnaeus
fils, dans la famille des rubiacées , ainsi que le Scjyphiphora
de M. Gcertner fils. Voyez Hydrophylace. (J, )
SARITOS. {Bot.) Les Portugais qui habitent la côte mala-
bare nomment ainsi le Mala - pœnna de ce pays (voyez ce
mot), qui paroît avoir de l'affinité avec Vantidesma. (J.)
SARLUK. {Mamm.) Le yak, espèce de bœuf de la Tar-
tarie, est ainsi nommé par les Mongoux. (Desm.)
SARMASITJL {Bot.) Nom turc, cité par Forskal , du cy-
nanchiirn acutum. Le petit liseron , convolvulus arvensis , est
nommé sarmasjeck. (J. )
SARMENT, {Bot.) On donne ce nom aux rameaux devenus
ligneux, que la vigne produit chaque année. ( L. D. )
SARMENTACÉES. {Bot.) Voyez VinifèrEs. (J.)
SARMENTARIA. {Bot.) Suivant Mentzel , les Latins nom-
inoient ainsi la clématite, probablement parce qu'elle pousse
des tiges sarmenteuses et grimpantes, qui s'attachent aux ar-
bres et aux buissons voisins. (J. )
SARMENTEUX. (Bof.) Xigneux et grimpant ou rampant,
comme les sarmens de la vigne; exemples : cobœa scandens ,
solanum dulcamara , hedera hélix , rubus fruticosus , ionicera ca~
prifolium , et autres plantes sarmenteuses. M. Linck donne le
nom de sarmens aux coulans (stolons) semblables à ceux
du fraisier, et que Tournefort nommoit viticulœ, (Mass.)
SARMIENTE, Sarmienla. {Bot.) Genre de plantes dicoty-
lédones , à fleurs complètes , monopétalées , de la diandrie
monogjnie de Linnaeus, offrant pour caractère essentiel: Un
calice persistant, à cinq divisions inégales; une corolle tubu-
lée, renflée à sa partie supérieure, à cinq divisions égales ,-
cinq filamens, dont trois stériles, deux fertiles, terminés par
des anthères ovales; un ovaire supérieur; un seul style; une
47. 26
4o2 SAR
capsule à une loge , s'ouvrant transversalement; plusieurs se-
mences attachées à un réceptacle charnu.
Sarmiente rampante: Sarinienta repens , Ruiz et Pav. , Flor.
Per. , 1 , pag. 8, tab. 7, fîg. B; Vrccolariafoliis carnusis , etc.,
Feuillée, Pér. , 3, pag. 6g , tab. 43. Plante parasite, grim-
pante, sarnienteuse. Les tiges sont cylindriques, rampan-
tes, très - rameuses ; les rameaux pendans ; les feuilles op-
posées , médiocrement pétiolées, ovales, charnues, entières,
aiguës ou un peu acuniinées, sans nervures apparentes, vertes
en dessus, blanchâtres en dessous, ponctuées à leurs deux
faces. Les fleurs sont terminales , supportées par un long pé-
doncule presque simple, quelquefois divisé au sommet en
deux pédicelles courts. Le calice est velu, muni à sa base de
deux bractées oblongues, uti peu charnues; la corolle d'un
rouge écarlate , pubescente en dehors, tubulée; le tube
ovale, oblong, ventru, très-étroit à la base, resserré à son
orifice; le limbe à cinq lobes ovales , égaux , ouverts; deux
étamines fertiles; trois filamens stériles, subulés, tous insérés
à l'orifice de la corolle, plus courts que le limbe : l'un d'eux
plus petit, situé entre les deux étamines fertiles. L'ovaire est
ovale, presque à cinq faces; le style subulé , persistant, de
la longueur des étamines ; les capsules sont ovales, à une seule
loge , s'ouvrant transversalement ; les semences ovales. Cette
plante croît au Chili , dans les forêts. Les naturels du pays
emploient ses feuilles pour amollir et extirper les cors et les
callosités. ( Poir. )
SARN et SARNA. {Mamm.) En Pologne ces noms dési-
gnent le chevreuil et la chevrette. (Desm.)
SARNALIO. (Erpétol.) Nom languedocien des jeunes lé-
zards. (H. C.)
SAROKl. ( Ornith.) Nom russe de la pie, corvus pica ^
Linn. (Ch. D. )
SAROPODE. {Entom.) M. Latreille indique sous ce nom un
genre d'insectes hyménoptères qu'il a séparé des eucères de
la famille des melli(es, à cause de quelques différences dans
les parties de la bouche, et surtout des palpes labiaux et
maxillaires. (C. D.)
SAROTHRA. {Bot.) Ce genre a été supprimé et réuni à
lort aux millepertuis {liypericum) , dont il est très-éloigné.
SAR 4o3
II ne renferme qu'une seule espèce, le sarothra gentianoides ,
Linn., Aman., qui est Vhypericum sarothra, Mich. , FL bor.
amer., 2, pag. 79 ; Lamk. , Illustr. gen. , tab. 2i5; Pluken.,
Mant. , tab. 342, fig. 2. Petite plante, haute de cinq à
six pouces, dont la racine est grêle, rameuse, fibreuse.
Les tiges sont droites, glabres, cylindriques, fort menues,
très -rameuses dès leur base; les rameaux grêles, diffus,
la plupart presque triihotomes; les feuilles extrêmement
petites, appliquées contre les rameaux, ponctuées, trans-
parentes; celles des tiges sessiles , linéaires, aiguës; celles
des rameaux une fois plus courtes, à peine longues /d'une
ligne, obtuses, entières, opposées, glabres, distantes. Les
fleurs sont fort petites, alternes, solitaires, axillaires vers
l'extrémité des rameaux ; le calice est court , presque une fois
plus petit que la corolle, persistant, à cinq divisions pro-
fondes, droites , linéaires, aiguës; la corolle caduque, compo-
sée de cinq pétales droits, linéaires, un peu aigus ; les cinq ou
dix étairiines sont de la longueur de la corolle, terminées par
des anthères arrondies; l'ovaire est supérieur, surmonté de
trois styles filiformes , aussi longs que l'ovaire à stigmates
simples. Le fruit est une capsule oblongue , à une seule loge ,
aiguë, colorée , à trois valves, s'ouvrant à leur suture, où sont
attachées des semences ovales, fort petites. Cette plante croit
aux lieux arides et marneux, dans la Virginie , la Caroline,
la Pensylvanie, etc. (Poir. )
SAROUBÉ. {Erpét.) Voyez Sarroubé. (H. C.)
SARPA. { Ichthjol. ) A Nice on appelle ainsi la Saupe.
Voyez ce mot. (H. C.)
SARPALO. {Bot.) Nom brame, cité par Rhéede, du Brcxa-
NELi du Malabar. Voyez ce mot. (J. )
SARPANANZO. {Ichlhjol.) Nom nicéen de l'apogon rouge.
Voyez Apogon. (H. C.)
SARPEDONIA. {Bot.) Selon Adanson , cette plante des
anciens est une espèce de renoncule. (Lem.)
SARPO. ( Ichthjol. ) Voyez Sarpa. (H. C. )
SARPOULL {Rot.) Nom brame du welli-tagera du Mala-
bar, cassia arborescens de Vahl. (J. )
SARRACENA de Tournefort ou SARRACENIA , Linn.
{Bot.) Voyez ci-après Sarracèi^e. (Le.m.)
404 SAR
SARRACÈNE , Sarracenia. (Bot.) Genre de plantes à fleurs
complètes, polypëtalées , de la polyandrie monogynie , offrant
pour caractère essentiel: Un calice double, cadur ; l'extérieur
à trois folioles; l'intérieur plus grand, à cinq folioles colo-
rées ; cinq pétales , des étamines nombreuses , attachées sur le
réceptacle; un ovaire supérieur; un style très-court; un stig-
mate pelfé, à cinq angles; une capsule à cinq loges, à cinq
valves, séparées par une cloison ; plusieurs semences placées
sur un réceptacle central.
Ce genre, très- naturel , est tellement circonscrit dans ses
caractères, qu'il n'a avec les autres que des rapports éloignés.
Il se rapproche des pavots par son stigmate, le nombre et la
situation des étamines. D'une autre part , il est voisin des
nénuphars par ses capsules à plusieurs loges ; il a des rapports
avec les nepenthes par ses feuilles tubulées. Il comprend , d'ail-
leurs, de très-belles espèces, toutes marécageuses, dont les
fleurs sont presque aussi éclatantes que celles des nénuphars.
Leur calice intérieur, au moins aussi ample que la corolle,
offre, comme elle , des couleurs agréables; un grand stigmate
pelté , supporté par un style court , épais , ressemble à un
large parasol, qui garantit de l'humidité les étamines qu'il
recouvre. Les feuilles sont aussi très-remarquables ; elles for-
ment un long tube conique ou ventru, souvent reznpli d'eau ,
surmDuté d'un appendice élargi , redressé ou recourbé, en
forme d'opercule. On ignore si l'embryon est pourvu d'un ou
de deux cot)^lédons, avec ou sans périsperme.
Sarracène A FLEURS purpurines: Sarraccnia purpurca , Linn. ,
Spec; Lamk., îll. gen., tab. 402; Curtis, Magaz. ^ tab. 849.
Pluken., Amalth. , tab. SyG, fig. 6; Clus., Hist., 2, pag. 82.
Cette belle plante a une racine épaisse, charnue, qui pro-
duit un grand nombre de feuilles, toutes radicales, courtes,
sessiles, tubulées, ventrues et renflées dans leur milieu, ré-
trécies vers leur base , un peu resserrées à leur orifice , droites ,
minces, glabres, verdàtres , terminées par un ample appen-
dice droit, presque en rein , en forme de cœur, lisse en de-
hors, garni en dedans de quelques poils blanchâtres et cou-
chés. Du centre des feuilles s'élève une hampe très-simple ,
nue, glabre, cylindrique, striée, droite, haute de huit à dix
pouces , terminée par une grande fleur purpurine. Le calice
SAR 4o5
extérieur est fort petit, à trois folioles glabres, ovales, ver-
dâtres ; le calice intérieur coloré en un pourpre mélangé de
vert, à cinq folioles ovales, oblongues , obtuses , veinées , ré-
ticulées, longues d'un pouce et demi. La corolle est com-
posée de cinq pétales alt( mes , avec les divisions du calice in-
térieur, courbés à leur sommet, insérés sur le réceptacie. Le
fruit est une capsule globuleuse, ridée, presque verruqueuse
en dehors, surmontée d'un stigmate persistant, mince, plan,
large d'un pouce et plus de diamètre, divisé en cinq lobes,
queîqiiefois bifides à leur sommet. Cette plante croît dans les
marais fangeux, en Amérique, depuis la baie d'Hudson jus-
que dans la Caroline.
Sarracène A FLEURS JADNES : Sarracen^ia^at'a, Linn. , Spec;
Curtis , Magaz., tab. 780 ; Andr., Bot. repos. , tab. 38 1 ; Pluk.,
Almag., tab. 376, fig. 5 ; Miller, Icon. , tab. 46. Cette espèce
se distingue de la précédente par ses feuilles bien plus étroites
et plus longues, point ventrues, et par ses fleurs jaunes. Sa
racine est forte, fibreuse, épaisse, d'où s'élèvent des feuilles
toutes radicales , longues d'environ un pied et demi , fermes,
roides, épaisses, droites, nerveuses, creusées en forme d'un
long entonnoir étroit, point ventrues; l'orifice est ample,
très-ouvert : ses bords sont un peu recourbés; l'appendice est
en forme d'opercule très-droit, fortement rétréci à sa base ,
large , ovale , presque arrondi , réfléchi à ses bords , mucroné ,
subulé au sommet, glabre à ses deux faces. Les hampes sont
droites, longues, simples, striées, glabres, cylindriques, ter-
minées par une fleur solitaire , un peu inclinée , de couleur
jaune. Le calice extérieur est composé de trois petites folioles
ovales-, concaves, jaunâtres, caduques ; le calice intérieur se
divise en cinq grandes folioles élargies, ovales, obtuses, d'un
vert jaunâtre; les pétales courbés en dedans; l'ovaire globu-
leux ; le stigmate plan, très-ample, ovale, à cinq lobes un
peu aigus, peu profonds, jaunâtres en dessous, d'un jaune
verdâtre en dessus , persistant. Cette plante croit en Amé-
rique, aux lieux humides et découverts, depuis la Caroline
jusque dans la Floride.
Sarracéne bec -de -perroquet; Sarracenia psitlacina, Mich.
La forme des feuilles, celle de leur appendice , la couleur
purpurine des fleurs, distinguent cette espèce de ses congé-
4o6 SAR
nères. Ses feuilles sont toutes radicales, courtes , colorées à
leur partie supérieure, tu bulées, veinées , réticulées , munies
à leur partie autérieure d'une aile membraneuse qui , insen-
siblement , se rétrécit vers le haut en forme de coin. Le tube
s'amincit gr'aduellement vers son sommet, où il s'alonge eu
un appendice recourbé, et imite assez bien la tête d'un per-
roquet. Sa base est arrondie en forme de voûte, et son som-
met mucroné. Cette espèce croit dans l'Amérique septentrio-
nale , depuis lu Nouvelle-Géorgie jusque dans la Floride.
Sarracene a fleurs rouges: Sarracenia ruira, Willd., Spec,
î2 , pag. îi5o. Cette espèce n'a, comme les autres, que des
feuilles radicales droites, roides, tubulées; elles se terminent
par un opercule en forme d'appendice plan, élargi, relevé.
Ses fleurs sont de couleur rouge. Cette plante croit en Amé^
Tique, dans les terrains humides de la Caroline. (Poir.)
SARRALLIEK. ( Ornith. ) Nom provençal de la mésange
charbonnière, parus major, Linn. ( Ch. D. )
SAKRASIN. {Bot.) C'est sous ce nom et sous celui de blé
noir, que l'on cultive une plante dont la graine est em-
ployée à la nourriture des volailles, et même des hommes
dans quelques pays. C'est le fagopjrum de Théophraste , que
Tournefort avoit conservé comme genre et que Linnaeus a
réuni au polygonum ( voyez Rénouée). Les anciens la nom-
moient aussi sarrasine et donnoient le même nom à quelques ^
espèces d'aristoloche, semblables au sarrasin par le port et
les feuilles. ( J. )
SARRASINE. [Bot.) Un des noms de Varistolochia clemalitis.
Voyez Aristoloche. (Lem.)
SARRETTE. {Bot.) Voyez Serratule. (Poir.)
SARRIETTE; Satureia, Linn. {Bot.) Genre de plantes dico-
tylédones monopétales, de la famille des labiées, Juss. , et de
la didjnamie gymnospermie, Linn., dont les caractères princi-
paux sont : Un calice monophylle, tubulé, strié, à cinq dents
presque égales; une corolle monopétale, à peine bilabiée, à
cinq lobes à peu près égaux; quatre étamines distantes les
imes d{ s autres, et dont deux plus courtes ; un ovaire à quatre
lobes , surmonté d'un style filiforme , de la longueur de la co-
rolle , terminé par deux stigmates sétacés ; quatre graines arron-
dies , renfermées dans le fond du calice persistant et connivent.
SAR 407
Les sarriettes sont des herbes ou des sous -arbrisseaux à
feuilles opposées et à fleurs disposées par verticilles axillaires,
ou rapprochés en tête terminale. On en connoit une ving-
taine d'espèces , dont le plus grand nombre appartient à
l'ancien continent.
Sarriette julienne; Satureia juliana, Linn., Spec, ygS. Ses
tiges sont un peu ligneuses à leur base, divisées en rau;eaux
grêles , redressés , presque glabres , hauts de six à huit pouces ,
garnis de feuilles linéaires- lancéolées , sessiles , un peu ré-
trécies à lour base. Les fleurs sont purpurines, disposées,
dans les aisselles des feuilles supérieures, en petits paquets
verticilles. Leur calice est cylindrique, pubescent, rayé de
dix stries et fermé par des poils après la floraison. Cette plante
croît dans les lieux arides en Grèce, en Toscane et aux en-
virons de Nice.
Sarriette grecque; Satureia grœca, Linn., Spec, 794. Sa
tige est rameuse, légèrement pubescente, haute de cinq à
six pouces , garnie de feuilles , dont les inférieures sont ovales-
lancéolées et les supérieures linéaires. Ses fleurs sont purpu-
rines, avec des taches plus foncées à leur base et portées,
trois à six ensemble, sur des pédoncules axillaires et ordinai-
rement deux à deux dans chaque aisselle. Le calice est strié
comme dans l'espèce précédente. Cotte plante croît dans les
lies rie l'Archipel et dans les environs de Nice.
Sarriette de montagne-, Satureia montana, Linn., Spec,
"/(j^. Sa tige est ligneuse à la base, divisée en rameaux nom-
breux, étalés, glabres, longs de six à huit pouces, garnis
de feuilles linéaires -lancéolées, ponctuées et glanduleuses,
ainsi que les calices. Ses fleurs sont blanches, portées, deux
à trois ensemble , sur un pédoncule axillaire , plus longues que
les feuilles et rapprochées en une longue grappe terminale.
Cette espèce croît dans les lieux stériles et pierreux des
montagnes du Midi de la France et de l'Europe.
Sarriette DES jardins; Satureia hortensis , Linn., Spec, ygS.
Sa racine est grêle, un peu rameuse, annuelle; elle produit
une tige rougeàtre , pubescente, haute de huit à dix pouces,
divisée en un grand nombre de rameaux opposés, assez étalés
et garnis de feuilles linéaires -lancéolées, ponctuées, glandu-
leuses. Ses fleurs sont purpurines, deux à deux sur chaque
4oS SAR
j)édoncule, plus courtes que les feuilles florales -et rappro-
chées en petites grappes terminales. Cette plante croît natu-
rellement dans les lieux arides du Midi de la France, de
l'Europe et sur le Caucase.
Toutes ses parties ont une odeur et une saveur aromati-
ques a;;rëables, ce qui fait que cette plante est fréquemment
cultivée dans les jardins du Nord , pour être employée comme
assaisonnement et pour relever la fadeur de certains mets.
On la sème au pti, temps dans une terre convenablement
préparée, et elle exige d'ailleurs si peu de soin, que sou-
vent, quand elle a été introduite dans un jardin, elle s'y
resème toute seule. ( L. D.)
SARRIETTE DES BOIS. (Bot.) Le mélampyre des bois porte
ce nom dans quelques cantons. ( L. D.)
SARRIETTE JAUNE. {BoL.) C'est le mélampyre des prés.
(L. D.)
SARRIOLE. {Bot.) Voyez Isanthus. (Poir.)
SARRIWAR. {Ornith.) Nom du martin-pêcheur à Am-
boine. selon Forrest . pag. ]55. (Ch. D. )
SARROTRIE , Sarrotrium. [Entom.) Ul'igeT a distingué sous
ce nom un genre que M. Laireille avoit appelé Orthocère ; il
ne comprend encore qu'une espèce de petit coîéoptère qui
avoit été désignée improprement sous le nom d'hispa mutica.
Cetinsicte est hétéroméré. Nous l'avons rangé dans la famille
des ténébricoles ou lygophiles, près des opâtres, dont il offre
à peu près les mœurs , quoiqu'il en diffère beaucoup par la
forme , et surtout par le port des antennes , qui , dans le repos ,
sont dirigées en avant et parallèlement l'une à l'autre.
Le nom de sarrotrie est tiré du grec lupporpiov , qui sig*
nifie scopula, scopa setacea, un petit balai, un balai fait avec
des soies, et il a été donné à l'insecte à cause de la forme des
antennes, un peu en masse et garnies de petits poils. Le nom
donné d'abord par M. Latreille signifie corne dressée.
M. Illiger range à tort ce genre parmi les pentamérés, car
il n'a que quatre articles aux deux premières paires de pattes,
ce qu'avoit bien vu M. Latreille. D'ailleurs la description de
M. Illiger est complète.
Ce ger.re , caractérisé d'abord, comme tous les lygophiles, par
ïe$ élytres durs , non soudés , et par les antennes grenues , en
SAR 409
masse alongëe, peut l'être particulièrement par la forme du
corselet, qui est plat, de la largeur des élytres, et par ses an-
tennes, dont les articles sont velus.
Nous avons fait figurer ce genre sur la planche i3, n.° 5,
de l'atlas de ce Dictionnaire. Il sera facile de voir comme il
diffère des upides , qui ont le corselet cylindrique , plus
étroit que les élytres, et des trois autres genres, Ténébrion ,
Pédine et Opâtre, qui ont la tête beaucoup plus engagée et
plus petite que le corselet , qui est arrondi sur ses côtés et non
à bords droits.
La seule espèce connue est le Sarrotrie mltique , Sarrotrium
mitticum. Il est noirâtre, ses élytres sont striés; son corselet,
carré, présente dans sa longueur un sillon longitudinal. On
le trouve dans les trous des sables. II est assez commun au
printemps dans les bois de Romainville, près Paris. (CD.)
SARROUBÉ. (Erpét.) On appelle ainsi à Madagascar un
reptile qui a été observé vivant par Bruguière , et qui auroit
tous les caractères du famo - cantrata du même pays, excepté
la frange et le pouce qui lui manqueroit aux pieds de de-
vant. (Voyez Gecko, Ptyodactyle et Uroflate. )
De Lacépède a classé parmi les salamandres cet animal,
qui n'a aucune arme dangereuse, et qui vit d'insectes. On le
rencontre surtout au moment de la pluie et plus souvent
la nuit que le jour. Sa taille est d'un pied environ. (H. C.)
SARSEPAREILLE. {Bot.) Voyez Salsepareille. ( L. D.)
SARSIR. (Ornith.) Ce mot, qui s'écrit aussi zezir, est le
nom hébreu de l'élourneau, que Gesner écrit sarsar, App.,
p. 765. (Ch. D.)
SART. {Bot.) Selon M. Bosc, on désigne ainsi, dans quel-
ques lieux, les accumulations des fucus et autres plantes
marines, opérées par le mouvement des vagues qui les re-
jettent sur les côtes. (Lem.)
SARTELLA. (Ornith.) Nom italien de la sarcelle ordinaire ,
anas querquedula, Linn. (Ch. D.)
SARU, SARUB. (Bot.) Voyez Saraub et Gopher. (J.)
SARVE. ( Ichthjyol. ) Un des noms du Rotengle. Voyez ce
mot. (H. C.)
SARZA DE MOYSE. {Bot.) Près de Guancabamba, dans le
Pérou, suivant M. Kunth, on nomme ainsi le colletia hor-
410 SAR
rida de Willdenow, genre de la famille des rhamnées. (J.)
SAKZILLO. [Bot.) Nom du seriana paniculafa de MM. de
Humboldt etKunth , dans la province de Carac.isana , faisant
partie de l'Amérique méridionale. A Parama de Paraca, les
mêmes auteurs citent celui de sarzilejo pour leur rhexia canes-
cens, (j.)
SAS. (Bot.) Le platane est ainsi nommé dans PÉgypte ,
suivant Forskal. (J.)
SASA. [Bot.) Nom syrien du lis, cité par Mentzel et Adanson.
C'est un des noms du bambou au Japon , suivant Kœmpfer.
(J.)
SASA. (Ornith.) Voyez Hoazin. (Ch. D.)
SASA NANTING. (Bot.) Nom japonois d'un houx, iZe.r
japonica de Thunberg. (J. )
SASAGI. ( Bot. ) Nom japonois du dolichos umbellatus,
Thunb. ( Lfm. )
SASALI. (Bot.) Ce nom brame du schageri cottam du Ma-
labar, avoit été préféré par Adanson à celui de microcos ,
donné par Linnaeus à cet arbre, dont il faisoit un genre,
qu'il a réuni ensuite au Grewia. (J. )
SASANKWA. [Bot.) Thunberg cite ce nom japonois de
son camellia sasanqua. ( J. )
SASAPIN. (Mamm.) On a quelquefois désigné par ce nom
les animaux du genre Sarigue ou Didelphe. ( Desm.)
SA-SASHEW. ( Ornith.) Nom d'une espèce de chevalier,
qui fréquente la baie d'Hudson. ( Ch. D.)
SASHAUN-SASHU. (Ornith.) Ce nom est donné, par les
habitans de la baie d'Hudson , à une hirondelle bleue , qui se
trouve aussi à la Louisiane, ( Ch. D. )
SASIN. (Ornith. ) Sonnini dit, au tome 53.^ de son édition
de BufTon , avoir tiré le nom de cette espèce d'oiseau-mouche ,
qui est le trochilus rufus , Linn., et le trochilus coUaris , Lath.,
de celui de sasineer sasin , qu'il porte à la baie de Nootka.
(Ch. D.)
SASJEBU. (Bot.) Nom japonois, cité par Thunberg, de
son vaccinium ciliatum , espèce d'airelle. (J. )
SASLOT. (Ornith.) On appelle ainsi, au Piémont, la sar-
celle commune , anas querquedula, Linn. ' Ch. D.)
SASSA. (Bot.) Ce genre de Bruce ^ adopté par Gmelin,
SAS 4M
n'est qu'une espèce de mimosa de Lînnseus. Willdenow, qui
a séparé le mimosa en cinq genres, rapporte le Sassa a YInga,
un de ces genres; (J. )
SASSA. (Bot.) Cette plante a été découverte par Bruce
dans l'Abyssinie. C'est une espèce de mimosa (acacia), inga
sassa, Willd. , que Ginelin, dans le Systema naturœ , présente
comme un genre particulier , sous le nom de Sassa gummi-
fera. D'après Bruce , cet arbre fournit une gomme très-légère,
qu'il pense être ïopocalbasum de Galien. Mise dans l'eau, elle
se gonfle, blanchit et perd sa viscosité. Elle ressemble beau-
coup , pour sa qualité, à la gomme adragante : on peut en
avaler sans danger. Elle sert aux marchands du pays à lustrer
les toiles bleues de Surate, lorsqu'elles leur viennent gâtées
de Moka. L'arbre qui la produit est au moins de la hauteur
de nos grands ormes; la gomme couvre presque tout le tronc
et les principales branches ; elle sort eu globules assez gros ,
qui pèsent quelquefois jusqu'à deux livres chacun, quoique
cette matière soit naturellement très -légère. L'écorce est
mince, d'un bleu blanchâtre; le bois blanc et très-dur; les
fleurs d'un rouge cramoisi; les filamens d'un rouge violet,
teints en pourpre à leur extrémité. Le fruit n'a point été ob-
servé. Stackhouse soupçonne que cette plante est le smirna de
Théophraste. (Poir.)
SASSA. [Ornith.) Le canard , anus, st nomme ainsi à Parme.
(Ch. D.)
SASSAF. (Bot.) Nom syrien , cité par Rauwolf et Daléchamps,
d'un saule, salix œgyptiaca , qui est le calaf ou ban des P-gyp-
tiens, suivant Prosper Alpin. Forskal donne le nom de safsaf
au saule en général, et plus particulièrement au salix hahy-
lonica , cité aussi plus haut sons le nom de safsaf. Le sassaf
haledj de Delile est le salix suhserrata de Willdenow. On
trouve encore dans Rauwolf le nom de sassaf, donné, soit
au peuplier blanc, soit au chalef, elœagnus. ( J.)
SASSAFRAS. (Bot.) Voyez LauK-ier sassafras. (J.)
SASSAJUOLO. (Om/f/i. ) Nom sons lequel Cetti , p. iSg et
snivautes, donne une assez longue description d'un pigeon
sauvage qui se trouve en Sardaigne , et qui probablement
est le même que le sassarolo des Bolonois , c'est-à-dire Yœnas
ou vinago. ( Ch. D.)
41^ SAS
SASSARESE. (Omith.) L'oiseau ainsi nommé en Sardaigne,
paroît, d'après ce qu'en Hit Cetti , être le vanneau ordinaire,
tringa vanellus, Linn.(CH. D.)
SASSAROLO. ( Ornilh. ) Voyez Sassajuolo. f Ch. D. )
SASSEBÉ. [Omith.) Cette espèce de perroquet ou papegay ,
qu'Oviédo a, le premier, indiquée sous le nom de xaxbès y
et qui se trouve particulièrement à la Jamaïque, est le psit^
tacus jawaicensis gutlure ruhro deBrisson, et le psitlacus colla-
rius de Linné et de Latham. (Ch. D.)
SASSEGNAT. [Omith.) Voyez Mégapode. (Ch. D.)
SASSIE, Sassia, [Bol.) Genre de plantes dicotylédones, à
fleurs complètes , polypétalées , de Voctandrie monogynie de
Linnaeus, offrant pour caractère essentiel: Un calice à qiXatre
folioles ouvertes, oblongues ; quatre pétales lancéolés; huit
étamines plus courtes que la corolle; les anthères arrondies;
un ovaire supérieur; un style plus court que le calice; un
stigmate ovale ; une capsule à deux loges , contenant deux
semences.
Sassie des teinturiers; Sassia linctoria , Molin. , Chili ^ edil.
galL, 117. Petite plante, dont les feuilles sont toutes radicales
et ovales. De leur centre s'élève une hampe nue , qui sup-
porte trois ou quatre fleurs couleur de pourpre. Cette plante
croît dans les campagnes, au Chili, où elle se montre après
les premières pluies de l'automne. Les habitans du pays em-
ploient ses fleurs pour colorer en pourpre une sorte de li-
queur spiritueuse , à laquelle elles donnent en même temps
une odeur agréable. Une seule fleur, quoique très-petite, et
rarement plus grosse que les fleurs du thym , peut colorer plus
de six livres de liqueur. Les ébénistes s'en servent aussi pour
donner aux boiseries une couleur agréable. Il paroît, d'après
ces faits , que le suc de cette plante pourroit être avantageu-
sement employé pour la teinture des laines, d'autant mieux
qu'il s'attache fortement aux draps, et qu'on ne peut l'enle-
ver que très-difficilement.
Sassie aux perdrix: Sassia perdicaria, Molin., loc. cit.; vul-
gairement Rima au Chili. Cette espèce diffère de la précé-
dente par ses feuilles en cœur, toutes radicales , et par ses
hampes terminées par une fleur d'un jaune doré. Cette plante
croît au Chili; elle fait, au commencement de l'automue ,
SAT 4i3
l'ornement des prairies, où elle se trouve en grande quantité.
Les habitans du pays lui ont donné le nomder(ma ou Jleur de
perdrix , parce que ces oiseaux l'aiment beaucoup. Dans le
même pays les noms d'Avril et de Mai sont pris de cette
plante. Avril porte le nom de unen-rimu (premier rimu) , et
Mai celui de inan-rimu (second rimu ). (PoiR.)
SASSIFRAGIA. (Bot.) Synonyme de sassafras dans plu-
sieurs ouvrages. Cet arbre est une espèce de laurier. (Lem.)
Sx\S60LljSr. (Min.) C'est le nom sous lequel Mascagni a
désigné l'acide borique natif, qui se trouve dans certaines
eaux chaudes et dans les j^ierres qui les environnent, en Tos-
cane et principalement à Sasso dans le Siennois.
On dit qu'il faut distinguer le sassolin de l'acide borique,
en ce que le premier est produit par la voie aqueuse, tan-
dis que le second est dû à une sublimation ignée. Nous ne
pensons pas que cette différence soit assez importante pour
faire donner deux noms différens à la même substance. Voyez
AciBE BORACIgOE. ( B. )
SASURIJ. (Bot.) On nomme ainsi à Amboine, suivant
Rumph, son pseudosantalum ambuinense, qui est Varalia um-
hellifera de M. de Lamarck. (J. )
SATxA.L. iConchjl.) Dénomination employée par Adanson
(Sénég., p. 204, pi. 14) pour désigner le spondylus gcedero-
pus ou une espèce très- voisine. (De B.)
SATAN ou COUXÏO. {Mamm.) Nom spécifique d'un singe
américain du genre Saki. Voyez ce mot. (Desm.)
SATANICLE. (Ornith.) C'est, d'après MM. Quoy et Gai-
mard , p. 147 de la partie zoologique du Voyage autour du
monde du capitaine Freycinct , le nom que les matelots
donnent à l'oiseau de tempête, procellaria pelagica , Linn.
(Ch. D.)
SATARIA. (Bot.) Nom ancien , donné par les Romains au
peucedanum , suivant Ruellius et Adanson. (J.)
SATELLITES. (Ash\) Planètes secondaires qui tournent
autour d'une planète principale : la lune est satellite de la
terre; Jupiter a quatre satellites, Saturne sept, Herschel ou
Uranus six. Voyez Système du monde. (L. C.)
SATHAR. {Bot.) Nom syrien, suivant Rauwolf, d'une sar-
riette, satureia capitata, qui est le hasce des Arabes. Mentzel
:4i4 SAT
récrit shatar, en citant Rauwolf, et il ajoute que c'est le
sahater des Arabes. (J.)
SATHERIUS. {Mamm.) Quelques naturalistes commenta-
teurs ont -voulu reconnoître dans le satherius d'Aristote, la
Marte zibeline. Voyez ce mot. (Desm.)
SATHYKION. {Mamm.) Le sathjrion d'Aristote étoit un
petit animal que BufTon pense devoir être le desman. (Desm.)
SATIACH, SATIECH, SEPULVEDA. (J5oO Noms persans
du Spicanard ou Naro indien ( voyez ces mots ) , cités par
Clusius et Mentzel. (J. )
*■ SATILHAS. {Bot.) Nom donné par les Portugais du Malabar ,
suivant Rhéede , au phjsalis flexuosa , espèce de coqueret.
(J.)
SATIN PALE DE PAULET {Bot.), Traité des champ., 2,
p. 2 58, pi. 114, fig. 3 — 4. Ce champignon est un agaricus
de trois pouces de hauteur, blanchâtre, à surface sèche,
unie et lisse comme du satin, dont il a le luisant; le mame-
lon, qui est au centre du chapeau, est petit, et le chapeau
est sujet à se fendre ; ses feuillets sont minces , très- serrés,
blanchâtres ; la tige ou stipe est d'un roux cendré. Ce cham-
pignorj fait partie de ceux que Paulet désigne par Mame-
lonnés pâles. (liEM.)
SATINÉE. {Bot.) La lunaire annuelle est ainsi nommée
quelquefois, selon M. Bosc. (Lem.)
SATIRAO. {Bot.) Les Portugais du Malabar donnent ce
nom au Kariil du Malabar. Voyez ce mot. ( J. )
SATO-DAKE. {Bot.) Nom japonois de la canne à sucre,
saccharum, cité par Kaempfer. ( J. )
SATO-IMO. {Bot.) Le gouet, arum esculentum, dont on
mange la racine et les tiges, porte au Japon, suivant Thunberg,
ce nom, qui signifie le gouet des villages. (J. )
SATORKIS. {Bot.) Nom donné par M. du Petit-Thouars
au genre Satyrium de la famille des orchidées. (Lem.)
SATSARI.(Bof.) Un des noms japonois, cités par Kaempfer,
pour Vazalea indica. (J.)
SATSIFOCO. ( Ichlhyol.) Nom japonois de TEspadon. Voyez
ce mot. (H. C.)
SATSURA-SAPO. {Bot.) Voyez Sabotin. (J.)
SATTUL. {Bot.) Voyez Sandori. (J.)
SAT 416
SATURATION. (Chim.) Ce mot est employé en chimie
suivant plusieurs acceptions frès- distinct es-
Suivant J'acception la plus ancienne, il signifie le terme
où un liquide cesse d'agir sur un corps solide qu'il est sus-
ceptible de diss(,iidre; par exemple, on dit que de l'eau est
saturée de sulfate de soude, de nitrate de potasse, de chlo-
rure de sodium , etc. , lorsqu'elle ne peut plus se charger de
sulfate de soude, de nitrate de potasse, de chlorure de so-
dium, etc., à la température où l'on opère.
Suivant une autre acception , le mot saturation indique
qu'un corps cesse de s'unira un autre, quel que soit d'aiileurs
l'état de la combinaison : on dit que l'acide phosphorique est
saturé de chaux, lorsqu'il cesse de s'unir à cette base; on dit
que le fer, le plomb, sont saturés d'oxigène, lorsqu'ils sont
à l'état de peroxides : or tous ces composés sont solides.
Suivant une troisième acception , le mot saturation indique
les différentes proportions suivant lesquelles deux corps sont
susceptibles de se combiner; ainsi on dit le premier de«rré
le second degré.... de saturation, pour indiquer la pre-
mière proportion, la seconde proportion.... d'un corps qui
s'est uni à une certaine quantité d'un autre corps.
Enfin , il a encore une quatrième acception : il indique la
disparition des propriétés caractéristiques que des corps anta-
gonistes éprouvent par leur union mutuelle. On dit, par exem-
ple , que l'acide sulfurique sature les propriétés alcalines de
la potasse, ou que la potasse sature les propriétés acides de
l'acide sulfurique : en ce sens, saturation est synonyme de
neutralisation. ( Ch. )
SATUREIA. {Bot.) Nom latin du genre Sarriette. (L. D.)
SATURNE. {Chim.) Les alchimistes désignoient le plomb
par ce nom.
Le plomb , qui, en se combinant avec l'or, l'argent, le
cuivre, les prive de leurs propriétés caractéristiques, leur
sembloit mériter cette dénomination , qui faisoit allusion à
ce que la fable raconte de Saturne dévorant ses enfans. (Ch.)
SATURNIA. (Bot.) Maratti, botaniste italien, avoit fait
sous ce nom un genre de Vallium chamœmoly de Linnseus.
(J.)
SATURNINE. {Ichthyol.) Nom spécifique d'une couleuvre
4i6 SAï
dont il est question dans ce Dictionnaire, tome XI, p. 216.
(H.C.)
SATURNITE. (Min.) Forster a donné ce nom à la galène
ou plomb sulfuré épigène , qu'on appelle aussi plomb bleu,
BLaubleierz. Voyez Plomb. (B.)
SATYRA. [Entom.) M. Meigen a décrit sous ce nom et
comme un genre d'insectes diptères, plusieurs espèces de
DOLICHOPE. (C. D.)
SATYRE, Safyrus. [Entom.) C'est le nom donné à un genre
de papillon dans l'Encyclopédie. C'est aussi celui qu'a adopté
M. Godart, dans son Tableau méthodique des papillons de
France , qu'il a inscrit sous le n." 1 1 , et dont nous avons pré-
senté l'extrait à l'article Papillon, tom. XXXVII, pag. SSy ,
n." 28 et suiA^.
Geoffroy a nommé Satyre, l'espèce de papillon que Linnœus
appeloit mœra, et dont nous avons donné la description sous
le n." SC:) du genre Papillon. ( C. D.)
SATYRION; Satyrium, Swartz. (Bot.) Genre de plantes mo-
nocotylédones, de la famille des orchidées, Juss. , et de la gjnan-
drie monogjnie, Linn., qui présente pour principaux carac-
tères : Une corolle de six pétales irréguliers, dont cinq supé-
rieurs, à peu près égaux, plus ou moins connivens, et le sixième
inférieur ( nommé nectaire ou labelle ) entier ou lobé ,
tout-à-fait différent des autres, prolongé à sa base en deux
éperons ou cornes; une étamine consistant en une seule an-
thère adnéesous le stigmate à la partie supérieure du style;
un ovaire infère, surmonté d'un style terminé par un stig-
mate à deux lèvres; une capsule alongée, uniloculaire , à
trois côtes, s'ouvrant par ses angles et contenant des graines
menues, nombreuses.
Les satyrions sont des plantes herbacées, à racines tuber-
culeuses et vivaces; à feuilles entières, alternes, et à fleurs
disposées en épi terminal.
Le genre Safyyrium a éprouvé de grands changemens de^
puisqu'il a été établi par Linnapiis. Aucune des huit espèces
que cet auteur y avoit d'abord comprises, dans son Species
plantarum, n'en fait plus partie maintenant. Les Satjrium hir-
cinum , viride , nigrum , albiduin et pLantagineum sont devenus
des Orchisi le Satjrium epipogium a été placé dans le genre
SAT 4.7
Limodorum , et le Satyrium repens parmi les NeoUia; enfin , le
Satjrium capense a aussi perdu son premier nom pour passer
dans un autre genre. Ensuite, de vingt-deux espèces de sa-
tyrium, que Thunberg avoit trouvées au cap de Bonne-Espé-
rance, cinq seulement sont restées dans ce genre , et dix-sept
autres, sous les noms de Satjrium grandijlorum , S. bijidiim,
S. draconis, etc., ont été retirées par Svvartz du genre où Thun-
berg les avoit d'abord placées, et elles sont devenues les Disa
grandijlora , D. hijida, D. draconis, etc. Sept autres espèces,
que Linnœus fils avoit encore rangées parmi les Satjrium,
sont passées , d'après la réforme de Swartz , les unes dans les
Corj'cium , les autres dans les Limodorum.; un Satjrium macu-
latum de M. le professeur Desfontaines a été reporté dans les
Orchis ; et enfin , cinq espèces, que Svvariz lui-même avoit
classées, en 1788, dans les Satjrium, ont été, douze ans après,
changées de genre; cet auteur a fait de quatre d'entre elles
des JSeottia, et de la cinquième un Orchis. De cette manière,
sur quarante-huit espèces qui pourroient exister dans le genre
Satjrium, sans les différentes réformes qu'il a éprouvées, les
botanistes modernes n'en ont plus conservé que dix comme
lui appartenant réellement, et ces dix espèces sont exotiques.
Satyrion en capuchon : Satjrium cucuUatum, Swartz, Act,
Holm. , 1800, pag. 216; Orchis bicornis , Linn. , Sp., i33o. Sa
racine est formée d'un tubercule cordiforme, et, comme
dans les orchis , ce tubercule est double pendant que la plante
est en végétation. Sa tige est géniculée, rougeâtre, munie à
sa base de deux feuilles opposées, larges, cordiformes , ai-
guës; les caulinaires sont courtes, en forme de capuchon,
amplexicaules, engainantes à leur base et marquées de stries
purpurines. Ses fleurs sont jaunes, penchées, disposées en un
épi court. Les éperons sont longs et subulés. Cette plante
croit au cap de Bonne-Espérance.
Satyrion a bractées : Satjrium bracteatum , Thunb. Prodr.,
6 ; Willd. , Sp. , 4 , pag. 56. Sa racine est formée de deux
bulbes arrondies; elle produit une tige haute de six pouces,
garnie à sa base de feuilles ovales, nerveuses, tandis que
celles de sa partie moyenne sont ovales- oblongues. Ses fleurs
sont nombreuses, disposées en un épi serré, entremêlé de
bractées ovales, ouvertes, plus longues que les fleurs. Le
47' 27
41^ S AT
labelle est entier à son sommet, aigu , et les éperons sont trèâP-
courts, obtus. Cette espèce croît, ainsi que la précédente,
au cap de Bonne -Espérance. ( L. D.)
SATYRIUM. {Bot.) Ce nom a été donné par des auteurs
anciens à diverses espèces de la famille des orchidées, dont
un des genres l'a conservé. Daléchamps le cite aussi pour
une espèce de scilla et pour la dent-de-chien, erythronium
dens canis; Swertius pour un hœmanthes; Césalpin pour ïiris
tuberosa; Pona pour le phallus, espèce de champignon , auquel
sa forme a fait donner le nom françois de satyre. Voyez
Satyrion. (J. )
SATYRIUM. (Bot.) Matthiole désigne par satyrium erythro-
nium le phallus impudicus , Linn. Ce même champignon est le
type du genre Sat)rus de Ventenat. M. Bosc ramène à ce
genre les morilles qu'il a décrites dans les Mémoires de l'Aca-
démie de Berlin , et désignées par morilles rubiconde et du-
plicate. (Lem.)
SATYRUS. {Bot.) Voyez Phallus. (Lem.)
SATYRUS. {Mamm.) Cette dénomination a été donnée par
Linné à l'espèce de singe, nommée orang roux par les zoo-
logistes modernes. (Desm.)
SATYRUS. {Entom.) Fabricius a donné ce nom à un genre
de lépidoptères diurnes, démembré du grand genre Papilio
de Linné. Voyez l'article Papillon. (Desm.)
SAU-SARAl. {Ornith.) Espèce de canard d'Arabie , indiquée
par Forskal, Descrip. anim. , p. 5 , n.° 8. (Ch.D.)
SAUARSUCK. {Ornith.) Nom de la bécasse, scolopax rus-
ticola , Linn., en groënlandois. (Ch. D.)
SAUBILLANG ou GEESTREEPTE SAUBILLANG. (Ichth.)
Suivant Ruysch, les HoUandois donnent ces noms à un pois-
son des Indes, qui a la forme et la saveur de l'anguille, et
qui est long d'un pied. Il nous est difficile de le classer d'a-
près de si insuffisans documens. (H. C. )
SAUCANELLE. {Ichthyol.) Un des noms vulgaires de la
daurade, aurata vulgaris. Voyez Daurade. (H. C.)
SAUCH, CHOUCH. {Bot.) Noms arabes du fruit du pêcher,
cités par Daléchamps. (J. )
SAUCLET. {Ichthyol.) Un des noms de l'athérine sur le
littgral de la Méditerranée. Voyez Athérine. (H. C.)
SAU 419
SAUGE; Salvia, Linn. {Bot.) Genre de plantes dicotylé-
dones monopétales, de la famille des labiées, Juss. , et de
la diandrie monogynie, Linn., dont les principaux caractères
sont les suivans : Calice monophylle , presque campanule ,
strié, à deux lèvres, dont la supérieure souvent à trois dents
et l'inférieure bifide; corolle monopétale, tubulée inférieu-
rement, ayant son limbe partagé en deux lèvres, dont la
supérieure en voûte ou en faux et échancrée, et l'inférieure
découpée en trois lobes inégaux, le moyen étant plus grand
que les deux latéraux; deux étamines à filamens courts,
portant transversalement un filet, terminé à son extrémité
supérieure par une anthère fertile, et, iuférieurement , par
une anthère stérile; un ovaire à quatre lobes, surmonté d'un
style filiforme , terminé par un stigmate bifide.
Les sauges sont des plantes herbacées ou des arbustes à feuilles
opposées, dont les fleurs sont également opposées, ou, le plus
souvent, verticillées, quelquefois axillaires , ordinairement
disposées en épis dans la partie supérieure des tiges et des
rameaux.
Ce genre est très - nombreux : on en compte plus de
deux cents espèces répandues dans les différentes parties du
monde.
Sauge officinale: Sa/t'fa qfficinalis , Linn., Spec, 34; Lois.,
Nouv. Duham. , C, page 77, tab. aS. Cette espèce est un
sous- arbrisseau , dont la tige est une souche ligneuse, di-
visée en rameaux nombreux, plus ou moins redressés, velus,
garnis de feuilles pétiolées, ovales -lancéolées, ridées; fine-
ment crénelées, d'un vert grisâtre en dessus, pubescentes et
blanchâtres en dessous. Ses fleurs sont bleuâtres , disposées
par six à huit en verticilles formant un épi interrompu et
terminal. Cette sauge croît dans le Midi de la France et
dans une grande partie de l'Europe australe. On en distingue
deux variétés principales: l'une, plus élevée et à plus grandes
feuilles, appelée grande sauge; l'autre, pluspeîite dans toutes
ses parties, est dite petite sauge.
Ces deux plantes ont une odeur aromatique , forte et
agréable. Leur saveur est amère, chaude, piquante, et a
quelque rapport avec celle du camphre. On les emploie in-
différemment l'une pour l'autre.
420 SAU
La sauge étoit autrefois 1res- estimée en médecine. Les an-
ciens lui avoient attribué de grandes vertus, et c'est ce qui
lui avoit A'alu le nom de salvia, évidemment dérivé de saJ-
^cre, sauver. C'est aussi parce qu'on la croyoit propre a re-
médier à un grand nombre de maux qui affligent l'espèce
humaine, que les rédacteurs de l'école de Salerne paroissent
s'étonner que l'homme puisse mourir en possédant la sauge :
Cur moriatur homo , cui sali>ia crescit in liorto ?
Contra vim mortis non est viedicamen in hortis.
De toutes les labiées aromatiques , la sauge est..une de
celles dont la propriété stimulante est la plus marquée. Prise
à l'intérieur, elle agit éminemment comme tonique, sto-
machique et cordiale. On l'a conseillée dans l'apoplexie, les
afTections comateuses, la paralysie , l'épilepsie, les maladies
hystériques, les menstrues difficiles, les indigestions, les dé-
bilités de l'estomac, les flatuosités , les affections catarrhales
atoniques et toutes cellec qui paroissent exiger l'action des
fortiiians. Les parties dont on fait ordinairement usage sont
les feuilles préparées en infusion aqueuse ou vineuse.
La sauge est assez souvent employée comme assaisonnement,
surtout dans les pays du Midi. Ainsi, les Provençaux aiment
beaucoup cette plante; ils en mettent dans la plupart de
leurs alimens , et ils préparent avec ses feuilles une infusion
qui, pour beaucoup de personnes, remplace le thé. On dit
aussi que les Chinois estiment et recherchent beaucoup la
sauge , et qu'ils sont étonnés que , possédant une si excellente
plante, les Européens viennent de si loin chercher leur thé;
et dans l'échange qu'ils font de celui-ci contre la sauge, on
assure même qu ils donnent volontiers deux à trois caisses
du premier pour s"en procurer une de la seconde.
Sauge pommifère ; Sa/vm pomzyènx, lAnn. ,Spec., 34. La tige
de cette espèce est ligneuse, haute de deux à trois pieds,
divisée en rameaux opposés, redressés, quadrangulaires, garnis
de feuilles lancéolées, très- ridées, finement crénelées et un
peu ondulées en leurs bords, légèrement cotonneuses et
cendrées en dessus, chargées en dessous d'un duvet épais et
blanchâtre. Les fleurs sont grandes, bleuâtres, disposées par
SAU 421
verticilles rapprochés en épi plus ou moins serré. Cette es-
pèce croît dans l'ile de Crète et dans le Levant. On la cul-
tive au Jardin du Roi à Paris. Dans les pays où elle vient na-
turellement, elle produit, par la piqûre d'un insecte, des
excroissances charnues, grosses comme des cerises, et dont
l'intérieur est une sorte de pulpe transparente comme de
la gelée. Ces excroissances, qui sont des espèces de galles,
se vendent dans les marchés du Levant, et on les mange
après les avoir fait confire.
Sauge vERTicar.nE ; Salvia verticillata , Linn,, Spec, 01. Sa
racine est annuelle et produit une tige velue, haute d'un
pied et demi, garnie de feuilles pétiolées , crénelées, en
cœur à leur base, et quelquefois munies d'une petite oreil-
lette de chaque côté. Ses fleurs sont bleues ou violettes ,
disposées par verticilles, trente ensemble et au-delà; leur
style est très - saillant , incliné sur la lèvre inférieure. Cette
espèce croit en Alsace, en Suisse, en Allemagne, en Italie;
elle a aussi été trouvée aux environs de Paris.
Sacce variable: Salvici variabilis ; N, salvia clandestina,
Linn., Spec, 36; Salvia verhenaca, Linn., Spec, 55; Salvia
prœcox, Savi, Flor. Pis., 1 , page 22 [non Vahl). Je ne crois
pas me tromper en réunissant ici , non comme variétés dis-
tinctes, mais comme la même plante qui se modifie de di-
verses manières, plusieurs espèces regardées précédemment
comme différentes.
Cette sauge, en la considérant comme ne formant qu'une
seule et même espèce, a une tige droite, velue, haut de six
à quinze pouces et même plus. Ses feuilles inférieures sont
pétiolées, ovales -oblongues, ridées, tantôt simplement bor-
dées de grandes dents ou de crénelures, tantôt plus ou moins
profondément découpées en lobes opposés et eux-mêmes
crénelés. Ses feuilles supérieures sont sessiics, presque en
cœur. Ses fleurs, bleues, quelquefois blanches, verticillées
six ensemble, sont disposées en un long épi. Leur calice est
très-velu, campanule, beaucoup plus large que le tube de
la corolle, partagé en deux lèvres, dont la supérieure ar-
rondie, à trois dents peu sensibles, et Pinférieure à deux
grandes dents aiguè's. La corolle est presque glabre, dépourvue
de glandes , tantôt une fois plus longue que le calice ou même
42. SAU
davantage, à deux lèvres bien ouvertes, et tantôt presque ca-
chée dans le calice ou à peine plus longue que lui , à deux lèvres
à peine ouvertes et peu distinctes. Le style est toujours peu
ou point saillant hors de la corolle. Toutes ces différences,
quoiqu'elles paroissent être très - grandes , ne sont nullement
constantes, et elles se rencontrent quelquefois sur le même
pied à des époques différentes de l'année. Cette espèce est
commune dans les prés secs etmontueux du Midi de la France
et de l'Europe; elle fleurit depuis le mois de Mars jusqu'à
la fin de l'été.
Sauge des très; Salvia pratensis, Linn. , Spec. , 35; Bull.,
Herb., tab. Sôy. Sa racine est vivace : elle produit une tige
quadrangulaire, velue, haute d'un pied à un pied et demi ,
garnie de feuilles, dont les inférieures sont pétiolées , oblon-
gues, plus ou moins en cœur à leur base, ridées, simplement
crénelées, ou incisées en lobes eux-mêmes crénelés. Ses
fleurs sont d'un bleu foncé, quelquefois d'un bleu clair, ra-
rement blanches ou roses, verticillées cinq à six ensemble.
La lèvre supérieure de la corolle est très- grande, courbée
en faucille et parsemée de glandes visqueuses. Celte plante
est commune dans les prés secs et sur les bords des champs,
en France et dans le reste de l'Europe : elle a des propriétés
analogues à celles de la sauge officinale et elle peut jusqu'à
■un certain point la remplacer dans les pays du Nord ; mais
son infusion est moins agréable. Les chèvres et les moutons
la mangent; mais son odeur forte fait qu'elle déplaît aux
autres bestiaux.
Sauge glutineuse ou Sauge de montagne; Sahia glulinosa,
Linn,, Spec, 07. Sa racine, qui est vivace, produit une tige
velue, haute de deux pieds, garnie de feuilles pétiolées,
cordiforuaes, presque sagittées, très-aiguës, dentées, à peu
près glabres. Ses fleurs sont jaunâtres, très- grandes , vis-
queuses, verticillt es environ six ensemble, formant un long
épi. Leur calice a la lèvre supérieure entière , et il est moitié
plus court que le tube de la corolle. Cette espèce croit dans
les prés montueux en France et dans plusieurs autres parties
de l'Europe. Les Tyroliens emploient , contre la coqueluche,
son infusion mêlée avec du lait.
Sauge sciAflÉE , vulgairement Orvale , Sclarée , Toute-bonne.
SAU 423
Sa tige est très- velue, presque laineuse, haute de deux pieds,
garnie de feuilles cordiformes , pétiolécs, chagrinées, créne-
lées. Ses fleurs sont d'un bleu clair, grandes, verticillées à
peu près six ensemble, environnées de bractées concaves, co-
lorées, acumiuées et plus grandes que le calice, qui est ù
quatre dents , terminées par une pointe dure et sétacée.
Cette plante croît en France, en Italie, en Espagne, etc.;
elle a une odeur très- forte et très- pénétrante. Infusée dans
le vin blanc, elle lui donne un faux goût de vin muscat
et le rend très-enivrant. Dans quelques cantons du Nord on
l'emploie dans la fabrication de la bierre pour remplacer le
houblon. Ses propriétés sont analogues à celles de la sauge
officinale.
Sauge laineuse; Salvia œthiopis, Linn., Spec, 59; Jacq.,
FI. aust. , tab. 211. Sa tige est laineuse, ainsi que toute la
plante, haute d'un pied et demi à deux pieds, très-rameuse,
garnie de feuilles ovales- oblongues , sinuées ou laciniées en
leurs bords. Ses fleurs sont blanches, verticillées quatre à
six ensemble, environnées de deux bractées concaves, termi-
nées par une pointe acérée et recourbée. Les calices sont à
cinq dents et chargés d'un coton très-épais. Cette espèce croît
dans les lieux secs et chauds du Midi de la France et de l'Eu-
rope : elle est bisannuelle.
Sauge dorée; Salvia aurea, Linn., Spcc, 58. La fige de
cette espèce est ligneuse et forme un arbrisseau haut de cinq
à six pieds et même plus, divisé en rameaux opposés, garnis
de feuilles ovales ou arrondies, assez petites, brièvement
pétiolées, entières ou un peu sinuées en leurs bords, char-
gées, sur leurs deux faces, d'un duvet court et serré, qui leur
donne une teinte cendrée. Les fleurs sont grandes, d'une belle
couleur jaune d'or, disposées en verticilles peu garnis et formant
des épis courts à l'extrémité des rameaux ; les divisions de
leur calice sont très •• obtuses. Cette sauge croît au cap de
Bonne -Espérance ; on la cultive au Jardin du Roi.
Sauge d'Afrique; Sal^ia africana, Linn., Spec, 58. Sa
tige est ligneuse, haute de cinq à six pieds, divisée en ra-
meaux nombreux, opposés, effilés, à peine quadrangulaires,
pubescens, garnis de feuilles ovales, aiguës, sessiles, légère-
ment dentées, ridées en dessus, cotonneuses et blanchâtres
424 SAU
en dessous; les inférieures portées sur de courts pétioles, et
les supérieures sessiles. Ses fleurs sont violettes ou d'un bleu
foncé, assez grandes, disposées, au sommet des rameaux, en
épis nombreux, formant dans leur ensemble une espèce de
panicule. Cette sauge est originaire du cap de Bonne-Es-
pérance; on la cultive au Jardin du Roi, où elle fleurit en
Juillet et Août.
Sauge paniculée; Sahia paniculata, Linn., Mant., 26 et 5i i.
Cette plante a quelque ressemblance avec la précédente ; mais
elle en diffère par ses feuilles ovales- cunéiformes, rétrécies
en pétiole à leur base, dentées seulement au sommet, et
vertes des deux côtés; par ses fleurs plus grandes, d'un bleu
clair, disposées en épis plus nombreux, formant une pani-
cule plus ample; enfin par ses calices moins velus, un peu
glanduleux et aigus. Elle a été apportée du cap de Bonne-
Espérance; on la cultive au Jardin du Roi.
Sauge des Canaries; Salvia canariensis , Linn., Spec. , 58.
Sa tige est ligneuse, haute de quatre à cinq pieds, divisée
en rameaux opposés, garnis de feuilles oblongues, triangu-
laires, hastées à leur base, un peu ridées en dessus, fine-
ment crénelées, vertes des deux côtés, portés sur des pétioles
très-cotonneux. Ses fleurs, bleuâtres, accompagnées de brac-
tées ovales-lancéolées, souvent colorées, sont disposées sur
des épis opposés, formant, par leur rapprochement au som-
met des rameaux une belle panicule terminale. Leur calice
est à deux lèvres très- ouvertes, dont la supérieure très-
large, à peine échancrée , et finférieure à deux lobes. Cette
plante est indigène des lies Canaries : on la cultive au Jardin
du Roi.
Sauge léonuroïde; Salvia leonuroides, Lam., Illust., vol. 1 ,
page 7 1 , n.° 3 1 2 , t. 20 , fig. 3. Ses tiges sont ligneuses , hautes
de cinq à six pieds, divisées en rameaux opposés, garnis de
feuilles cordiformes , pétiolées, persistantes, glabres, légère-
ment dentées en leurs bords, d'un vert foncé en dessus et
d'un vert cendré en dessous. Ses fleurs sont axillaires, verti-
cillées cinq à six ensemble et brièvement pétiolées; leur ca-
lice est glabre, à deux lèvres, dont la supérieure entière
et acuminée ; leur corolle est grande, d'une belle couleur
écarlate, à lèvre supérieure droite et velue. Cette espèce est
s AU 425
originaire du Pérou , d'où ses graines furent envoyées au
Jardin du Roi par Dombeyj et où elle est cultivée depuis ce
temps. Elle fleurit pendant une grande partie de l'été.
Sauge jéclatante : SaLia splendens, Spreng. , Sjst. veget., i ,
page 57; Salvia colorans , Hortulan. Sa tige est un peu li-
gneuse à sa base, herbacée dans le reste de son étendue,
haute de trois à quatre pieds, divisée en rameaux nom-
breux, opposés, garnis de feuilles ovales, aiguës, dentées,
assez longuement pétiolées et d'un vert gai. Ses fleurs sont
d'un superbe rouge écarlate, opposées, pédonculées et dis-
posées, au nombre de trente et plus , en une belle grappe
terminale. Chaque fleur est accompagnée d'une bractée très-
caduque, colorée comme le calice et du même rouge que
la corolle. Cette belle plante est originaire du Brésil ; on
la cultive dans les jardins depuis quatre à cinq ans, et ou
la tient dans la serre chaude pour la conserver pendant l'hiver.
Elle se multiplie de boutures, qui reprennent facilement quand
elles sont faites au printemps sur couche et sous châssis ou
sous cloches. Ces boutures, quand elles ont bien repris, peu-
vent être mises en pleine terre au commencement de Juin,
et dans le courant de l'été elles forment des tiges de trois
à quatre pieds de hauteur, qui, pendant toute la belle
saison, produisent de superbes grappes de fleurs.
Sauge écarlate; Salvia coccinea , Linn. , Suppl., 88. Ses
tiges sont hautes de trois à quatre pieds, ligneuses dans leur
partie inférieure , divisées en rameaux opposés, quadrangu-
laires, pubescens , garnis de feuilles cordiformes , aiguës,
pétiolées, dentées, légèrement pubescentes en dessus, pres-
que cotonneuses en dessous. Ses fleurs sont d'un beau rouge
écarlate , pédonculées , verticillées six à huit ensemble et
disposées, au sommet des rameaux, en longs épis simples. Cette
espèce croît naturellement dans la Floride; on la cultive
pour l'ornement des jardins. ( L. D.)
SAUGE AMÈRE. {Bot.) C'est une espèce de germandrée.
(L. D.)
SAUGE EN ARBRE. {Bot.) Nom vulgaire de la phlomide
frutescente. ( L. D.)
SAUGE DES BOIS, SAUGE SAUVAGE. {Bot.) On donne
vulgairement ces noms à la germandrée des bois. ( L. D.)
4^^ SAU
SAUGE DE JÉRUSALEM. (Bot.) C'est la pulmonaire offi-
cinale. ( L. D.)
SAUI-JALA. (Ornith.) Ce merle doré de Madagascar est
le turdus saui-jala, Luth. (Ch. D.)
SAUKL {Ornith. ) Ce nom russe a été donné à un canard
de Sibérie. C'est le même que le canard à longue queue de
Terre-Neuve. (Ch. D.)
SAUL et SOL. {Bot.) Sur les côtes d'Islande on donnoit ce
nom anciennement à une plante marine, \e fucus palmalus , L.
{delesseria palmala , Lx.\ mentionnée sous ce nom dans les vieux
auteurs qui ont écrit sur cette ile dès le dixième siècle. Elle
servoit de nourriture dans les temps de disette ; cependant on
lui attribuoit de mauvaises qualités, si l'on en croit l'histoire
de la fille d'Egille (homme puissant en Islande au dixième
siècle), qui, désirant vaincre la résolutir./i qu'avoit prise son
père de se laisser mourir, feignit aussi de vouloir mettre un
terme à ses jours en mangeant du saul ; résolution qu'Egille
prit aussitôt : mais sa tille , au lieu de lui donner du bouillon
fait avec cette plante, lui fit avaler du lait, et le sauva ainsi.
(Lem.)
SAULAR. (Ornith.) Cet oiseau, qui étoit la pie-grièche
noire du Bengale d'Edwards, de Brisson et de Buffon , a été
depuis placé parmi les mainates : c'est le gracula saularis ,
Linn. (Ch. D.)
SAULE; Salix, Linn. {Bot. ) Genre de plantes dicotylé-
dones apétales, de la famille des amentacées , Juss. , dont quel-
ques auteurs font le type d'une famille particulière , sous le
nom de salicinées , et qui, dans le Système sexuel, appartient
à la dioecie diandrie. Dans ce genre les fleurs sont unisexuelles,
placées sur des individus dififérens et disposées en chatons
chargées d'écaillés imbriquées. Chaque fleur mâle, prise sé-
parément , est composée d'une écaille de forme variable ,
servant de calice, et de deux étamines (quelquefois d'une
seulement ou de trois à sept ) à filamens filiformes, plus longs
que l'écaillé, insérés à sa base et terminés par des anthères à
deux ou quatre loges. Les fleurs femelles présentent une
écaille comme dans les mâles, et un ovaire ovale-conique,
surmonté d'un style court , quelquefois nul , terminé par deux
Stigmates souvent bifides. Le fruit est une capsule ovale-
SAU 427
oblongue, rétrécie dans sa partie supérieure , à une seule
loge s'ouvrant en deux valves, et contenant plusieurs petites
graines environnées à leur base par une aigrette de poils
simples.
Les saules sont des arbres ou des arbustes à feuilles al-
ternes, dont les fleurs, petites et peu remarquables par leur
couleur, sont disposées en chatons ordinairement axillaires.
Leurs espèces sont nombreuses, puisque quelques auteurs
en comptent plus de deux cents; mais les difficultés de
toute nature qui se rencontrent pour bien déterminer ces
plantes , font que , jusqu'à présent , toutes les espèces indi-
quées dans les catalogues ne sont point encore complètement
décrites ni convenablement caractérisées dans les ouvrages
généraux ou particuliers. Ainsi , je n'ai guère trouvé dans les
livres que j'ai consultés que cent vingt à cent trente espèces
plus ou moins clairement décrites. De ces cent trente et quel-
ques saules , environ quatre-vingt-dix sont indiqués comme
croissant naturellement en Europe: trente, comme apparte-
nant à l'Amérique, soit méridionale, soit septentrionale, et
douze , seulement, comme se trouvant en Asie ou en Afrique;
aucun , jusqu'à présent , n'a été trouvé dans la Nouvelle-Hol-
lande. Cette distribution très-inégale des saules dans les dif-
férentes parties du monde doit paroitre étonnante, et je ne
doute pas que, par la suite des temps, lorsque les botanistes
auront porté plus d'attention sur les espèces de ce genre qui
peuvent exister en Asie , en Afrique et en Amérique , il se
trouvera, dansées différentes parties du monde, un bien plus
grand nombre de saules , tandis qu'au contraire leur nom-
bre réel diminuera peut-être en Europe, parce qu'on re-
connoitra que certaines espèces des contrées du Nord sont
les mêmes que celles de la France, de l'Allemagne, etc.,
seulement modifiées par le changement de climat.
Les difficultés que l'on rencontre dans l'étude des saules,
viennent, premièrement, de ce que, dans ce genre, les es-
pèces sont presque toutes dioiques, et qu'on ne rencontre
pas toujours facilement les fleurs mâles d'une espèce, après
en avoir trouvé les femelles, ou celles-ci, lorsque l'on a déjà
les premières. Secondement , les fleurs naissent souvent avant
les feuilles, et c'est un autre embarras pour se procurer les
42S S AU
dernières. Troisièmement , on ne sait point encore jusqu'à
quel point les espèces voisines les unes des autres sont suscep-
tibles ou non d'être fécondées par d'autres que par leur propre
mâle ; et , si cette fécondation a lieu , ne peut-elle pas donner
naissance à des hybrides ou à des espèces intermédiaires ,
qui , en rendant moins saillans les passages entre les véritables
espèces, font, par cela même, que leur étude devient beau-
coup plus difficile ? Quatrièmement, les différens auteurs qui
ont parlé des saules, ont souvent décrit les mêmes espèces sous
des noms différens, ou donné le même nom à des plantes es-
sentiellement dissemblables; ce qui fait qu'on rencontre à
chaque pas des difficultés presque insurmontables pour établir
une concordance exacte entre les divers auteurs. Quelques
botanistes collecteui\s se sont appliqués à faire des collections
de saules, qu'ils ont répandues: ce travail eût pu devenir très-
utile , s'il eût été bien fait; mais ces collecteurs n'ont souvent
cherché qu'à multiplier les espèces pour avoir plus d'échan-
tillons ; et l'un d'eux a fabriqué plus de cinquante espèces
avec une seule, en prenant pour caractère les moindres mo-
difications qu'il a pu observer , soit dans le port , soit dans
les feuilles, soit dans les chatons, etc. Cinquièmement, enfin,
les saules varient tellement, d'après la nature du sol et de
l'exposition , que souvent la même espèce devient mécon-
noissable, quand elle est prise dans deux cantons qui diffè-
rent entre eux par la nature du sol et du climat.
Quoique la culture puisse et doive modifier plusieurs es-
pèces , je crois cependant que ce seroit le seul moyen de
pouvoir porter quelque clarté dans un genre qui offre tant
de difficultés dans le diagnostic des espèces. Mais aucun genre
peut-être n'est, en général, aussi négligé dans les jardins de
botanique et dans les établissemens publics, quoique sa culture
ne présente, d'ailleurs , aucune difficulté; ainsi jusqu'à pré-
sent le Jardin du Roi à Paris n'a jamais offert qu'un assez
petit nombre de saules, et ce n'est que depuis que M. Bosc
y a été nommé professeur d'agriculture, qu'il a cherché à
réunir dans cet établissement un plus grand nombre d'espèces
que celles qu'on y voyoit autrefois. Mais cette collection de
saules est encore trop nouvelle , et n"est d'ailleurs point en-
core rangée méthodiquement, de sorte que ce n'est que dans
s AU 4^9
quelques années qu'elle pourra servir à l'étude. Ayant déjà
senti toutes les difficultés qu'il y avoit à bien caractériser les
espèces de ce genre, lorsque je fis mon Flora gallica , je
ne tardai pas à recueillir, pour en faire la plantation,
tous les saules que je pus me procurer vivans, et, dès l'an-
née 1811, je commençai cette collection; mais malheureu-
sement, ne pouvant la faire cultiver sous mes yeux , et étant
obligé de la faire planter à vingt lieues de Paris, après
avoir reçu, de différentes parties de la France, du Piémont,
des Alpes de la Suisse, de l'Allemagne, de la Belgique,
etc., cinq à six cents pieds de saules différens, je suis à
peine plus avancé aujourd'hui qu'il y a seize ans, lorsque j'ai
commencé ma collection , parce que le défaut d'intelligence
de la part des gens de la campagne , auxquels j'avois été
forcé de confier mes plantes, m'a bientôt fait perdre les es-
pèces les plus rares et les plus précieuses. Je me vois donc
encore obligé de remettre à une autre époque un travail com-
plet sur ce genre, et je me bornerai maintenant à établir
d'une manière plus positive le diagnostic des espèces que je
mentionnerai ici, et à les classer d'après Tordre qui m'a
semblé le plus naturel, c'est-à-dire d'après les rapports de
ressemblance que ces espèces m'ont paru avoir entre elles.
^ Ovaires glabres ; ai^hres ou arbrisseaux lai peu
élevés.
Saule blanc; Salix alba , Linn., Sp. , 1449. Sa tige s'élève
à trente ou quarante pieds, et son tronc, revêtu d'une écorce
grisâtre, crevassée, peut acquérir six à huit pieds de cir-
conférence. Ses jeunes rameaux sont rougeàtres ou d'un vert
brunâtre, droits, garnis de feuilles lancéolées, brièvement
pétiolées , soyeuses et blanchâtres des deux côtés , surfout dans
leur jeunesse. Les fleurs naissent en même temps que les
feuilles, et viennent le long des rameaux de l'année précé-
dente sur des pédoncules feuilles à leur base. Les écailles des
mâles sont oblongues, en grande partie pubescentcs ; celles
des femelles sont oblongues-lancéolées, obtuses ou à peine
aiguës, pubescentes dans leur moitié inférieure, portées sur
un axe velu. Les ovaires sont pédicellés , surmontés d'un style
43o S AU
très-court. Cet arbre est commun en France et dans une partie
de l'Europe, dans les prairies un peu humides et sur le bord
des eaux.
Saule osier , vulgairement Osier jaune ; Salix vitellina ,
Linn., Sp., 1442. Cette espèce a le port de la précédente ,
mais elle en diffère par plusieurs caractères. Ses rameaux
sont toujours d'un jaune plus ou moins foncé; ses feuilles sont
étroites-lancéolées, glabres; les fleurs viennent en même
temps que les feuilles; mais le pédoncule commun qui porte
les fleurs femelles, est glabre. Cet arbre croît dans les mêmes
lieux que le saule blanc.
Saule fragile; Salix fragilis , Linn., Sp.. i443. Pour le port
et la hauteur, ce saule ne diffère pas des deux précédens. Ses
rameaux sont brunâtres ou un peu rougeàtres, et ils cassent
avec la plus grande facilité près de leur insertion sur les
branches. Les feuilles sont lancéolées, dentées, glabres , pé-
tiolées , et elles se développent en même temps que les fleurs.
Les écailles des mâles sont ovales , ciliées, portées sur un axe
très-pubescent. Le pédoncule commun qui porte les fleurs
femelles, n'est que légèrement pubescent , chargé d'écaillés
oblongues, ciliées, tronquées ou échancrées. Cette espèce se
trouve dans les mêmes localités que les deux précédentes.
Saule a feuilles aiguës ; Salix acutifolia, "WiUd. , Spec, 4,
pag. 699. Cette espèce est un arbre de vingt à vingt- cinq
pieds de hauteur, dont les rameaux sont recouverts d'une
écorce d'un violet noirâtre, et à la surface de laquelle se
trouve une poussière glauque, très-menue. Ses feuilles sont
lancéolées , étroites, aiguës, dentées et glanduleuses en leurs
bords, glabres dans mes échantillons, tandis que, selon "Will-
denow, elles sont recouvertes de poils couchés et blanchâtres.
Ses fleurs naissent avant les feuilles; les mâles, les seules que
je connoisse, forment des chatons compactes, cylindriques,
longs de quinze à dix-huit lignes, et leurs écailles sont ovales-
lancéolées , chargées de longs poils soyeux. Cet arbre est ori-
ginaire des contrées voisines de la mer Caspienne.
Saule a feuilles d'amandier; Salix amygdalina ^ Linn., Sp.,
443. C'est un arbre de vingt à vingt-cinq pieds de hauteur,
lorsqu'on le laisse croître en liberté; ses rameaux, rougeàtres
ou jaunâtres, sont garnis de feuilles oblongues-lancéolées, gla-
SAIT 43ï
bres, et d'un beau vert en dessus, glauques en dessous, bor-
dées de nombreuses dents aiguë.. Ses fleurs naissent en même
temps que les feuilles; les niàles i'orment des chatons cylin-
driques, longs de deux pouces, dont les écailles sont ovales-
cunéiformes, velues, surtout en leur partie inférieure, et
portent trois étamines. Cette espèce croît en France, en An-
gleterre et dans plusieurs parties de l'Europe, dans les lieux
humides et sur les bords des eaux.
Sadle de Babylone , vulgairement Saule pleureur, Salix
lalylonica, I>inn., Sp., i4Zi3' Sa tige s'élève à la hauteur de
vingt à vingt-cinq pieds, en se divisant en branches étalées,
presque horizontales, divisées en longs rameaux grêles , pen-
dans, très-glabres, verdâtres, garnis de feuilles étroites-lan-
céolées, d'un vert tendre en dessus, presque glauques en
dessous, finement dentées en leurs bords et glabres sur leurs
deux faces. Ses fleurs sont disposées en chatons grêles, lâches,
pubescens, jaunâtres; leurs écailles sont lancéolées et glahres.
Cette espèce est originaire du Levant , et on la cultive au-
jourd'hui dans presque tous les jardins paysagers.
Saule a cinq étamines ; Salix peiitandia , Linn. , Sp. , 1442*
Cette espèce forme un arbrisseau de six à dix pieds de hau-
teur, dont les rameaux sont lisses, jaunâtres, garnis de feuilles
ovales-lancéolées, dentées, glanduleuses, qui se développent
en même temps que les fleurs. Les chatons mâles sont cylin-
driques , un peu épais , odorans; leur axe est velu , et chaque
fleur a ordinairement cinq à six étamines, ou sept au plus,
et quelquefois quaire seulement. Ce saule croit sur les bords
des eaux, en France , en Angleterre, en Allemagne et dans,
plusieurs autres parties de l'Europe.
Saule précoce: Salix prœcox , Willd., Sp., 4 , pag. 670 ;
Salix daphnoides , Vill. , Dauph. , 3, p. jGS. Sa tige s'élève à
trente ou quarante pieds et forme un bel arbre. Ses jeunes
rameaux sont ordinairement d'un rouge foncé; mais ils pa-
roissent d'un blanc bleuâtre ou cendré, parce qu'ils sont le
plus souvent recouverts d'une poussière très-fine et qui res-
semble, en quelque sorte, à celle qui recouvre certains fruits,
comme les raisins, les prunes, etc. Ses feuilles sont ovales-
lancéolées, dentées, chargées dans leurmilieu d'une nervure
4rès-prononcée. Les fleurs naissent avant les feuilles; les mâles
432 SAU
ont leurs écailles ovales, noirâtres, très-velues; celles des fe-
melles sont de même , et les ovaires se terminent par des
styles très-alongés. Cette espèce croit sur les bords des ri-
vières, en France, en Suisse, en Allemagne, en Italie, etc.
Saule a trois étamines ; Sn/j.r friandra , Linn., Sp., 1442.
Cette espèce ne m'a jamais paru être qu'un arbrisseau de huit
à dix pieds de hauteur, quoique quelques auteurs l'indiquent
comme un arbre susceptible de s'élever à trente pieds. Ses
rameaux sont d'un jaune grisâtre , très-lisses , et les plus
jeunes sont garnis de feuilles lancéolées, d'un vert gai, très-
luisantes, dentées, acuminées, pétiolées , munies à leur base
de deux stipules arrondies. Ces feuilles sont d'ailleurs très-
sujettes avarier; car, sur certains individus , on les trouve
ovales-lancéolées, sur d'autres, oblongues , et sur d'autres,
enfin , lancéolées-linéaires. Les fleurs se développent en même
temps que les feuilles: les chatons mâles sont grêles, à écailles
courtes, ovales ou arrondies, très-velues, garnies de trois éta-
mines. Ce saule croît naturellement sur les bords des rivières ,
en France, en Allemagne , en Suisse, etc.
Saule des rivages; Salix riparia, Willd. , Sp., 4 , p. 698.
Arbrisseau de huit à dix pieds de hauteur , dont les rameaux
sont effilés, garnis de feuilles lancéolées-linéaires, glabres en
dessus, cotonneuses et blanchâtres en dessous, entières ou à
peine dentées. Les fleurs, qui naissent avant les feuilles , ont
les écailles des chatons mâles ovales , glabres, ciliées, et celles
des chatons femelles ovales-oblongues , obtuses ou un peu
tronquées, presque glabres. Ce saule croit sur les bords des
rivières et des ruisseaux , dans les lieux montagneux en
France, en Autriche, en Hongrie, etc.
Saule amaniana ; Salix awaniana, Willd., 5p., 4, ?• 663.
Arbrisseau de douze à quinze pieds de hauteur, dont les ra-
meaux sont d'un rouge noirâtre dans l'âge adulte, pubescens
dans leur jeunesse, garnis de feuilles ovales, aiguës, dentées,
glabres en dessus, glauques en dessous , portées sur des pé-
tioles pubescens. Les fleurs , qui naissent avant le dévelop-
pement des feuilles, ont leurs chatons mâles ovales-oblongs ,
presque sessiles , à écailles ovales, brunâtres, velues ; les cha-
tons femelles ont leurs écailles de la même forme que dans
les mâles, et le style est bifide, ainsi que les stigmates.
s AU 433
*"*^ Ovaires glabres ; arbustes de quelques pouces de
hauteur ou n ayant jamais plusieurs pieds.
Saule herbacé: Salix herbacea, Linn. , Sp., 1445 ■ FL. Dan.
tab. 117. Cette espèce est la plus petite du genre; sa tige est
rampante, à peine ligneuse, longue de deux à quatre pou-
ces, divisée en quelques rameaux garnis d'un petit nombre
de feuilles ovales-arrondies , glabres, dentées. Ses fleurs ne se
développent qu'après les feuilles; les chatons femelles n'étant
composés que de cinq à six fleurs à écailles ovales, glabres,-
et les chatons mâles étant très- courts, à écailles ovales-arron-
dies, presque gLbres ou légèrement ciliées en leurs bords.
Cet arbuste croit sur les sommets des Alpes en France et sur
Jes autres montagnes alpines de l'Europe.
Saule a feuilles de serpolet ; Salix serpillifolia , "VViild. , 5p.,
4, p. 60. Ses tiges sont couchées, rampantes, ligneuses, lon-
gues de deux à quatre pouces, divisées en rameaux garnis
de feuilles ovales ou ovales-lancéolées, glabres, très-entières.
Ses fleurs se développent en même temps que les feuilles , ou
peu après. Les chatons mâles sont pauciflorcs , à écailles gla-
bres ; les chatons femelles ne sont composés que de quatre à
cinq fleurs à écailles ovales , très- glabres, et les ovaires por-
tent des stigmates sessiles. Cet arbuste croît sur les sommets
des Alpes, en France, en Suisse, en Italie, en Autriche, etc.
Saule émoussé; Salix retusa, Linn., Sp., 1446. Sa tige est
divisée, presque dès sa base , en rameaux couchés, rampans,
longs de quatre à dix pouces, garnis de feuilles ovales, très-
entières, obtuses ou souvent échancrées, parfaitement glabres.
Les chatons mâles, qui ne viennent qu'après que les feuilles
ont commencé à se développer, sont oblongs, à écailles ovales,
glabres ou légèrement ciliées, obtuses ou échancrées. Les
ovaires des chatons femelles sont surmontés d'un style court,
mais distinct et bifide. Cette espèce croît dans les mêmes lieux
que la précédente.
'^'^* Ovaires velus; arbustes ou arbrisseaux ayant depuis
quelques pouces jusqu'à trois pieds de hauteur.
Saule a feuilles de myrte ; Salix mjrsiniles , Linn. , Sp., 1445.
Sa tige est droite, haute d'un ou deux pieds, divisée en ra-
47. i8
iM S AU
nieaux rlivariqués, d'rin rouge brunâtre, glabres dans l'âge
adulte , plus ou moins velus dans leur j eunesse , garnis de feuilles
ovales-oblongues , brièveaient péliolées, longues d'un pouce
ou à peu près, dentées en scie, d'un vert gai des deux côtés,
quelquefois un peu glauques en dessous , parfaitement gla-
bres dans l'âge adulte, plus ou moins couvertes de poils dans
leur jeunesse. Ses fleurs, qui se développent en même temps
que les feuilles, ont leurs chatons mâles cylindriques, longs
d'un pouce, avec des écailles ovales, obtuses, noirâtres et
velues. Les ovaires sont très-velus , surmontés d'un style divisé
en deux stigmates alongés , à peine bifides. Ce saule croît
dans les Alpes de la France, de la Suisse, de l'Italie , de
l'Ecosse, de la Laponie, etc.
Saule myrtille; Salix mj/rtilloides , Linn. , 5p. , 1446. Sa
tige s'élève à deux ou trois pieds de haut, en se divisant en
rameaux brunâtres, glabres, étalés ou redressés, garnis de
feuilles ovales- oblongues , très-entières, aiguës, glauques eu
dessous. Ses fleurs viennent en même temps que les feuilles,
et les femelles sont réunies en petits chatons ovoïdes , longs
de quatre à six lignes, à écailles très-courtes, ovales-arron-
dies, roussàtres, presque glabres, et à ovaires coniques, très-
soyeux, surmontés d'un style terminé par deux stigmates assez
longs etsensiblement bifides. Cet arbrisseau croît sur les Alpes
du Dauphiné, de la Suisse, etc.
Saule soyeux; Salix sericea, Vill., Dauph., 5, pag. 782,
t. 5i ,fig. 27. Sa tige est haute d'un à deux pieds, divisée en
rameaux pubescens dans leur jeunesse, glabres et brunâtres
dans l'âge adulte, garnis de feuilles oblongues-lancéolées, très-
entières, couvertes des deux côtés de poils longs et soyeux
qui les rendent blanchâtres. Les fleurs viennent avec les
feuilles. Les chatons femelles sont cylindriques , longs d'un
pouce ou un peu plus, à écailles lancéolées, obtuses, velues,
et à ovaires ovalcs-oblongs, très-velus, chargés d'un style à deux
stigmates médiocrement alongés, à peine bifides. Ce saule
croît dans les Alpes , en France et en Suisse.
Saule des sables: Salix arenaria , Linn. ,Sp. , i447; FI. Dan.,
t. 197. Sa tige est haute de deux pieds ou environ, divisée
en rameaux d'un rouge brun , glabres dans l'âge un peu
avancé, couverts, dans leur jeunesse, de poils soyeux, et"
s AU 435
garnis de feuilles ovales- oblongues, ordinairement très- en-
tières , d'abord blanchâtres dans le commencement de leur
développement, enfin vertes et glabres, toujours couvertes
en dessous de poils soyeux, couchés, qui rendent leur face
inférieure toute blanche. Les fleurs viennent en même temps
que les feuilles; leurs chatons sont cylindriques, oblongs : les
femelles ayant leurs écailles noirâtres , velues, ovales, rélré-
cies en coin à leur base, et les ovaires étant très velus, sur-
montés d'un style divisé en deux stigmates alongés , bifides.
Cette espèce croit dans les Alpes de la France , de la Suisse,
de l'Autriche, de l'Ecosse , etc.
Saule des Pyrénées: Salix pjrenaica , Gouan , Illust. , 77;
Willd., Sp., 4, pag. 696. Sa tige est haute d'un pied ou un
peu plus, divisée, presque dès sa base, en rameaux étalés ou
presque couchés, jaunâtres, garnis de feuilles ovales , aiguës,
très-entières, brièvement pétiolées, chargées de poils des deux
côtés et surtout en dessous. Les chatons , qui ne naissent
qu'après le développement des feuilles , sont longs d'un pouce ,
et ils ont leurs écailles ovales, velues. Les ovaires sont ovales-
coniques, très-velus, surmontés d'un style divisé profondé-
ment et dont chaque division se termine par un stigmate
bifide. Cet arbuste croît naturellement dans les Pyrénées;
j'en ai aussi un échantillon des Alpes de la Suisse , qui ne me
paroît pas en différer.
Saule réticulé: Salix reticulata , Linn., Sp., 144^; FI. Dan.,
t. 212. Sa souche est ligneuse, divisée, dès sa base, en ra-
meaux étalés ou même couchés, longs de quatre à huit pouces,
rarement davantage, garnis, dans leur partie supérieure, de
feuilles ovales ou presque arrondies , très-entières , glabres
des deux côtés , vertes en dessus, glauques en dessous , et
chargées de veines nombreuses, disposées en réseau. Ses fleurs
naissent après les feuilles, et leurs chatons, portés sur de
longs pédoncules nus, ont leurs écailles ovales, en partie
glabres. Ce saule croit dans les Alpes, les Pyrénées et les
autres montagnes alpines de l'Europe.
Saule rampant; Salix repens , Linn., Sp., 1447. Sa tige est
divisée en rameaux nombreux, effilés, en partie couchés ,
longs de deux à trois pieds , pubescens, surtout dans leur jeu-
nesse , garnis de feuilles ovales ou ovales-oblongues , aiguës,
436 S AU
très-entières , glabres en dessus , un peu soyeuses et blaa-
châtres en dessons. Ses fleurs, qui naissent avant le dévelop-
pement des feuilles, ont leurs chatons màlcs longs de six à huit
lignes, et munis d'écaillés ovales, très-velues. Dans les cha-
tons femelles les capsules sont alongées, portées sur des pé-
dicelles plus longs que les écailles. Cet arbrisseau croit dans
les lieux sablonneux, en France, en Angleterre, en Alle-
magne, en Suède, etc. Je regarde comme extrêmement dou-
teux que le salix fusca et même les salix argentea et prostrala
soient réellement des espèces distinctes de celles-ci.
»ff-*f Ovaires velus; ai^bres ou arbrisseaux ayant plus
de trois à quatre pieds d'élévation.
Saule A feuilles de laurier: Salix laurina , Willd., Sp,, 4,
pag. 662 ; Smith , FI. Brit. , 3 . pag. 1048. Arbrisseau de dix à
douze pieds de hauteur, dont les rameaux sont brunâtres,
glabres, légèrement pubescens seulement dans leur jeunesse,
et garnis de feuilles ovales-oblongues, un peu aiguës, foible-
ment denticulées en leurs bords , glabres , luisantes et d'un
beau vert en dessus, glauques en dessous et chargées de quel-
ques poils courts, surtout dans leur jeunesse. Ses fleurs nais-
sent avant les feuilles; les femelles ont ks écailles de leurs
chatons ovales-obfuses , brunâtres, très-velues, plus courtes
ou h peine aussi longues que les pédicelles des capsules ; cel-
les-ci sont oblongucs-lancéolées. Les stigmates sont entiers ,
plus rarement bilides. Ce saule croit en France, en Angle-
terre et en Allemagne.
Saule marceau , vulgairement Marceau, Marsault ou Mal-
SAULT : Salix caprœa, Linn. , Spec. , 1448; FL Dan., tab. 245.
Arbre de vingt à vingt-cinq pieds, dont les branches sont
grisâtres dans l'âge avancé , et les jeunes rameaux brunâtres,
pubescens, garnis de feuilles assez grandes, ovales ou arron-
dies, quelqueftiis ovales-oblongues, glabres en dessus, blan-
châtres et cotonneuses en dessous, dentées et plus ou moins
ondulées en leurs bords, aiguës à leur sommet, souvent mu-
nies, à leur base, surtout sur les rameaux vigoureux, de
stipules arrondies. Ses fleurs se développent avant les feuilles;
les écailles de leurs chatons sont ovales, très-velues, de la
longueur des pédicelles des capsules: ces dernières sont alon-
SAU 437
gëes, ventrues inférieurement, surmontées d'un style court,
à sti<»mates le plus souvent entiers. Cet arbre est commun
dans les bois, en France, et dans la plus grande partie de
l'Europe.
Saule A oreillettes; Salix aurita , Linn.,5p. , 1446. Cette
espèce est un arbrisseau très-rameux , un peu moins élevé
quele précédent , divisé en rameaux étalés, d'un brun cendré,
velus dans leur jeunesse. Ses feuilles sont ovales, obtuses,
avec une pointe particulière, inégalement dentelées en leurs
bords, presque glabres en dessus, velues en dessous et char-
gées de veines nombreuses réticulées. Ses fleurs, soit mâles,
soit femelles, naissent quelque temps avant les feuilles, et
elles sont disposées en chatons courts , sessiles , ovales ou ova-
les-oblongs. Les écailles des femelles sont roussàtres, plus ou
moins velues , souvent obtuses , et les stigmates sont presque
sessiles, le plus souvent non divisés. Cet arbrisseau croît dans
Jes bois humides, en France et en Europe.
Saule acuminé; Salix acuminata , Smith , FI. Brit., n.° 1068.
Arbre de vingt pieds de hauteur ou environ, dont les jeunes
rameaux sont effilés, pubescens, garnis de feuilles lancéolées
ou ovales -oblongues , acuuiinées, plus ou moins ondulées,
dentées, principalement dans leur partie supérieure, lisses et
d'un vert gai en dessus, cotonneuses et chargées en dessous
de nombreuses nervures. Ses fleurs naissent avant les feuilles;
elles forment, dans les individus femelles, des chatons oblongs,
cylindriques, dont les écailles sont ovales , noirâtres , velues ;
les ovaires sont surmontés d'un style très-court, terminé par
deux stigmates ordinairement entiers. Ce saule croît dans les
lieux humides, en France, en Angleterre et en Allemagne.
Saule viminal, vulgairement Osier blanc; Salix viminalis ,
Linn., Sp. 1448. Arbre de quinze à vingt pieds, dont les
jeunes rameaux sont très-droits , très-effilés , revêtus d'un
duvet soyeux dans leur jeunesse, garnis de feuilles linéaires-
lancéolées, acuminées, très-entières en leurs bords, mais lé-
gèrement ondulées, vertes et glabres en dessus, soyeuses et
d'un blanc argenté en dessous, avec une nervure très-saillante.
Ses fleurs, qui se développent avant que les feuilles aient
commencé à paroitre, sont disposées en chatons cylindriques,
dont les écailles sont arrondies et très-velues. Les ovaires sont
458 '• S Ai;
surmontés dun style alongé, filiformf . à deux stigmates ai-
gus , menus et entiers. Il leur succède des capsules ovales-
oblongues et sessiles. Cette espèce se trouve communément
sur les bords des rivières en France et dans la plus grande
partie de l'Europe.
Saule uéi.ice; Salix hélix, Linn., Sp., 1444. Arbrisseau de
dix à douze pieds d'élévation , dont les rameaux sont très-ef-
filés, glabres, luisans, d'une couleur cendrée ou quelquefois
lin peu rougeàtre. Ses feuilles sont souvent opposées, plus rare-
ment alternes, linéaires-lancéolées, acuminées, glabres et d'un
vert gai en dessus , glauques en dessous. Ses fleurs , qui se déve-
loppent avant l'apparition des feuilles, forment des chatons
cylindriques , alongés et pédoncules. Chaque Heur mâle n'a
qu'une seule étamine; dans les femelles , les écailles sont oblon-
gues, et l'ovaire est ovoïde, sessile, surmonté d'un style fili-
forme, terminé par deux stigmates oblongs , échancrés. Ce
saule croît dans les lieux humides et aquatiques, en France,
en Suisse, en Angleterre, en Allemagne, etc.
Saule POURPaE , vulgairement Osier rouge; Salix purpurea ,
I,inn.,.Sp., 1444. Cette espèce a beaucoup de rapports avec
la précédente. Ses feuilles sont opposées ou alternes, oblon-
gues-lancéolées ou lancéolées-linéaires , le plus souvent en-
tières dans leur partie inférieure , légèrement dentées dans
la supérieure, glabres, luisantes et d'un beau vert en dessus,
plus ou moins glauques en dessous. Ses fleurs se développent
toujours avant qu'aucune feuille ait paru. Les mâles forment
des chatons cylindriques, sessiles, à écailles ovales, A'elues,
accompagnées d'une seule étamine , portant une anthère à
quatre lobes. Dans les chatons femelles l'ovaire est ovoïde-
oblopg, surmonté d'un style très-court, terminé par deux stig-
mates entiers. Ce saule croit dans les lieux humides et sur
les bords des eaux, en France, en Angleterre, en Alle-
magne , etc.
Saule ondulé; Salix undulala , W il\d. , Sp. , 4, p. Gi^. Sa
'tige s'élève à douze ou quinze pieds, en se divisant en ra-
meaux ellilés, pubescrns dans leur jeunesse, garnis de feuiîles
alternes-lancéolées ou linéaires-lancéolées, glabres et d'un
vert gai en dessus, dentées en scie et légèrement ondulées
>'n leurs bords. Ses f'eurs viennent en même temps que les
s AU 459
feuilles, et chacune des mâles a trois étamïnes; dans les fe-
melles les ovaires sont oblongs-lancéolés , pédicellés , pubes-
cens , surmontés d'un style terminé par deux stigmates pro-
fondément bifides. Ce saule croît sur les bords de la Seine ,
aux environs de Paris, et en Allemagne.
Les saules n'élèvent point majestueusement leur cîme ,
comme les pins, au-dessus de tous les arbres des forêts; leur
tronc n'acquiert jamais, comme celui du chêne et du châ-
taignier, cette grosseur prodigieuse qui est la suite de plu-
sieurs siècles d'existence. Dans les plus grands la (ige atteint
rarement à plus de quarante ou cinquante pieds de hauteur,
et le nombre des années de sa durée n'est guère plus consi-
dérable : et, d'ailleurs, quelques espèces seulement peuvent
être comptées au nombre des arbres; la plus grande quantité
des autres ne forme que des arbrisseaux, et quelques-unes,
enfin, ne sont que de foibles arbustes, au-dessus desquels
dominent beaucoup de simples plantes herbacées. Cependant,
quoique les saules paroissent, au premier coup d'œil , devoir
moins attirer notre attention que les grands arbres, au-des-
sous desquels il faut les placer, ils possèdent néanmoins en-
core assez de propriétés recoinm.indables pour être d'une
utilité journalière et pour que plusieurs de leurs espèces soient
cultivées avec avantage. C'est , de préférence , dans les lieux
frais et sur les bords des eaux que les saules croissent le plus
communément; mais quelques espèces viennent aussi dans
les terrains secs.
Le saule blanc est une des espèces les plus communes au
long des rivières, des fossés aquatiques et sur les bords des
prairies humides. On ne se donne jamais la peine de l'élever
de graines , parce que cela seroit beaucoup plus long que
de le planter de boutures, et que, de cette manière il re-
prend avec la plus grande facilité. Ces boutures , que l'on
nomme plançons, se font, dans la place même où l'on veut
que soient lis arbres, avec des branches de quatre à cinq
ans, qu'on réduit à huit ou dix pieds de hauteur et que l'on
plante, après les avoir aiguisées par le gros bout en bec de
flûte , et en les enfonçant tout simplement en terre, sans au-
cune préparation du terrain , lorsque celui-ci n'a que peu ou
point de pierres, qu'il n'est pas trop ferme, et qu'il est assez
440 S AU
facile à pénétrer, pour que le gros bout du plançon puisse y
entrer sans difficulté à quinze ou seize pouces de profondeur.
Lorsque le sol est trop dur pour que les boutures puissent
être faites avec autant de facilité, on prépare, à l'avance,
pour chacune d'elles , un trou , avec un pieu de fer, comme on
pourroit le faire avec un plantoir, et on y fiche ensuite le
plançon, en ayant soin de le bien assujettir en refoulant,
avec le pied ou avec le manche du pieu de fer, la terre des
bords du trou qui seroit trop écartée , ce qui contribue à
maintenir le plançon solidement planté. Mais ce qui l'assure
encore plus contre les ébranlemens que les vents ou les bes-
tiaux peuvent lui faire éprouver , et ce qui contribue par
conséquent beaucoup à en faciliter la reprise , c'est de faire
relever autour de sa base une certaine quantité de terre :
c'est ce qu'on appelle communément butter. I,e moment le
plus favorable pour mettre en place les plançons est la fin
de l'hiver ; cependant on peut aussi faire ces boutures plus
tôt, et même dès le commencement de Novembre. Le saule
blanc , planté de cette manière , reprend avec tant de facilité,
que sur cent plançons, placés ainsi le long d'une rivière ou
d'un fossé rempli d'eau , il n'en manque souvent pas un seul;
et, le plus ordinairement, lorsqu'il arrive à quelques-uns de
ne pas pousser, c'est qu'ils ont éprouvé quelque accident,
comme d'avoir été trop souvent ébranlés par des bestiaux ou
autrement. Lorsque les plançons ont repris, le seul soin
qu'ils demandent, c'est d'être débarrassés de tous les bour-
geons qui auront poussé dans la longueur de leur tige , en
n'en laissant que quatre à cinq à l'extrémité supérieure, des-
tinés à former la tête des arbres, si l'on veut en faire des tê-
tards , ou à prolonger leur tige , lorsqu'on veut, au contraire,
les faire croître seulement en hauteur.
Les saules à tête, ou les têtards, sont ceux dont on taille,
tous les trois ou quatre ans, toutes les branches, en les re-
tranchant à la hauteur que le plançon avoit primitivement.
La méthode de tondre ainsi le saule blanc est la plus gé-
néralement répandue, parce que cet arbre fournit, de cette
manière , une grande abondance de menu bois , qui est d'une
utilité journalière dans les campagnes, soit comme bois de
rhauffage, soit pour les gaules quon en retire, et qu'on peut
SAU 441
employer pour échalas à soutenir les vignes, ou à faire des
palissades , etc. Ces saules cultivés en têtards se pourrissent de
bonne heure par le cœur , et ils ne tardent pas à devenir en-
tièrement creux; mais cela ne les empêche pas de produire
encore une grande quantité de branches vigoureuses.
Pour élever le saule blanc sur une seule tige, on choisit ,
lorsqu'on doit le tailler pour la première fois, ce qu'il est
bon , dans tous les cas , de ne pas faire avant la cinquième
ou sixième année , afin que les arbres aient pris plus de ftirce ,
on choisit, dis-je, la branche la plus belle et la plus droite
parmi celles qu'on lui a laissé pousser, et on supprime toutes
les autres le plus près possible du tronc. Cette branche ré-
servée prolonge la tige , qui continue alors à s'élever, en hau-
teur et en ligne droite, jusqu'à quarante et même cinquante
pieds, surtout si , tous les quatre ans, on a le soin de faire
émonder toutes les branches qui poussent latéralement le
long de la tige , en ne réservant à chaque taille que quelques
branches du sommet.
La taille du saule blanc cultivé à haute tige ne fournit
pas autant de branches que celle de celui qui est en têtard ;
mais aussi , lorsqu'on abat l'arbre à l'âge de trente à trente-six
ans, il fournit un bois propre à divers usages, tandis que
celui du têtard , toujours plus ou moins pourri par le cœur,
n'est bon qu'à brûler.
Le bois du saule blanc est rougeàtre-pâlc ou un peu jau-
nâtre; il a le grain uni et homogène; il se coupe facilement
et se travaille bien, même au tour. Celui qui est sain peut
être employé à faire des solives bonnes pour les constructions
légères, des planches pour voliches et propres à des ouvrages
de menuiserie commune : on en fait aussi des douves, des
sabots, etc. Ce bois est très-léger; il ne pèse, sec, que vingt-
sept à vingt-huit livres par pied cube. Réduit en copeaux
alongés et en lanières aussi minces que possible, il peut ser-
vir à fabriquer des chapeaux qui imitent, en quelque sorte,
ceux faits avec de la paille. Les menues branches , comme
il a été dit plus haut, sont employées, dans les campagnes,
à chauffer les foyers, les fours; on peut aussi les faire
servir à cuire la chaux, le plâtre, la poterie, la tuile; les
branches assez grosses sont réservées pour gaules, échalas,
442 SAU
etc. Ce bois ou ses branches ne donnent en brûlant qu'une
chaleur médiocre, et Ja braise qui en provient se couvre
prompteinent de cendres, qui lui font perdre aussitôt sa vi-
vacité et son ardeur. Cependant son charbon peut être em-
ployé pour la fabrication de la poudre à canon , et c'est
avec celui d'une espèce de saule que les Arabes font la leur.
L'écorce de saule blanc est amère , astringente , et elle a
quelquefois, sans trop de désavantage , été substituée au quin-
quina pour la guérison des fièvres intermittentes. Au défaut
de celle de chêne , on peut faire servir cette écorce au tan-
nage des cuirs. En Russie on en prépare ainsi beaucoup avec
l'écorce du saule des sables, et on donne à ces cuirs l'odeur
forte qui leur est particulière avec une huile de bouleau, qui
sert en même temps à leur confection. On peut encore retirer
«ne teinture rougeàtre de l'écorce du saule blanc. En Tar-
tarie on fabrique des étoffes grossières avec le fil tiré d'un
saule peu différent de cette espèce , si ce n'est pas exacte-
ment la même. Au printemps les abeilles trouvent une abon-
dante pâture sur les nombreux chatons du saule blanc et des
autres espèces congénères. C'est à ce goût des abeilles pour
les fleurs des saules que Virgile fait allusion dans les vers
suivans :
Hyhlœis apibus Jlorem dejynsln salicli.
Ecl. 1 , V. 65.
ptiseuntur (apcs) et arhustn passitn ,
Et glaucas snlices , casiamejue , crocuvique ruhentcm.
Gcorg. 4 ) '*'• 182.
Enfin , les vaches et tous les bestiaux aiment les feuilles de
ce saule et les mangent avidement; c'est encore ce qu'on
retrouve dans le poète qui sut nous tracer de si charmans
tableaux de la nature champêtre.
nec , me pascenle , capellœ ,
Florentem cjiisiim et salices cnrpetis ornaras.
Ecl. I , V. 79.
Dulce salis htimor , depulsis arhulus Jiœdis ,
Lunla salix fœlo pecori
Ecl. 3, v. 83.
s AU 443
Le duvet qui enveloppe la base des graines du saule blanc
peii(, étant recueilli, servir à faire des coussins; mais on a es-
savé sans succès d'en faire des étoffes, parce qu'il est trop court.
Par la forme élégante et surtout par la teinte argentée de
son feuillage, qui tranche agréablement avec le vert de la
plupart de nos arbres, le saule blanc fait un effet agréable
dans les jardins paysagers; il est propre à ombrager les bords
des pièces d'eau; et si on le laisse surtout croître en toute
liberté, c'est alors qu'il présente un plus bel aspect. Mais,
en général , cet arbre ne se voit pas assez souvent dans les
grands jardins; ses nombreuses espèces congénères en parois-
sent même presque entièrement bannies, et cependant plu-
sieurs d'entre elles ont un très-joli feuillage. Telles sont par-
ticulièrement le saule osier-jaune, le saule précoce ou salix
daphnoides de Villars, le saule fragile, celui des rivages,
ceux à trois et à cinq étamines, celui à feuilles de laurier, le
niarsault, le saule pliant, l'hélice, le pourpre, etc.
Le saule fragile se plante autour des prairies et sur les bords
des rivières ou des ruisseaux aussi communément quelesaule
l)lanc ; on le traite de la même manière que ce dernier, et
ses propriétés, ainsi que ses usages, sont à peu près les mêmes.
Le saule précoce forme un arbre qui s'élève autant que les
deux précédens, ou qui paroît au moins en approcher beau-
coup. Jusqu'à présent il est très-peu répandu , et l'on ne
ronnoît guère en France que quelques cantons montagneux
du ci-devant Dauphiné dans lesquels il soit assez commun.
Villars dit qu'on lui donne, dans cette province, le nom de
saule noir. J'en possède plusieurs pieds à la campagne , les-
quels m'ont été envoyés de la Suisse , il y a douze à treize
ans, par M. Thomas, et que j'ai faits de boutures qui n'a-
voient alors que six à sept pouces de hauteur; ils forment au-
jourd'hui des arbres ayant plus de vingt pieds d'élévation.
Les jeunes rameaux de cette espèce sont très-fiexibles et
(rès-lians; ils m'ont paru propres à faire toute espèce de
liens, et ne pas le céder, sous ce rapport , à l'osier jaune ,
qui est le plus souple de tous les saules.
Le saule de Babylone , ])Ius vulgairement connu sans le
nom de saule pleureur ou encore sous celui de parasol du
grand -seigneur , nous a été apporté de l'Asie mineure en
444 SAU
Europe; mais , comme cet arbre se retrouve à la Chine , il est
à présumer qu'il croît naturellement dans une grande partie
de l'Asie, ou qu'originaire de la Chine, il se sera avec Iç
temps successivement répandu depuis cet empire jusque dans
les contrées voisines de la Méditerranée, d'où il a enfin passé
en Europe et jusque dans le Nord de l'Afrique; car M. Des-
fontaines l'a retrouvé ornant les jardins des habitans d'Alger,
comme les nôtres.
Seroit-ce à ses branches que les Israélites captifs à Baby-
îone ont suspendu leurs instrumens, en pleurant sur les sou-
venirs de Jérusalem :
Super Jlumina Babjlonis , illic seiUmus et Jleuimus , cum
recordaremur Sion.
In salices in medio ejus suspendintus organa nostra.
Psalm. i36, V. i et 2.
D'après le témoignage des missionnaires , le saule pleureur
est très -commun à la Chine, où on lui donne un nom qui
signifie saule che\'^lu , parce que ses rameaux , à la réserve
de quelques-uns des plus gros, sont déliés et pendans comme
une chevelure. Cet arbre est un de ceux que les Chinois aiment
à cultiver pour l'ornement de leurs parcs et jardins , et la plu-
part des lettrés non -seulement se plaisent à avoir des saules
chevelus dans leurs parterres, en face de leur cabinet d'é-
tude; mais encore c'est assis sous leur feuillage qu'ils respi-
rent la fraîcheur du matin pendant le printemps et l'été, ou
qu'ils se reposent le soir de la chaleur de la journée. C'est
là qu'ils méditent sur les affaires publiques, ou que, dans
leurs momens de loisir, ils célèbrent, le pinceau à la main,
la beauté de ces arbres dans des vers qui leur sont inspirés
par les charmes qu'ils goûtent sous leur ombrage , ou par
les idées aimables que leur vue leur fait éprouver. La rose
a été bien A^antée par nos poètes ; elle leur a inspiré un
grand nombre de vers depuis qu'Anacréon l'a chantée le pre-
mier : mais peut-être que tous les vers qui ont été faits dans
notre Europe pour cette reine des fleurs, n'égalent pas ceux
que les lettrés chinois ont faits en l'honneur des saules.
Les Chinois ont aussi chez eux d'autres saules, parmi les-
quels il y en a un qui s'élève très-haut et qui devient très-
SAU 445
gros; suivant la géographie de Moukden, il y a tels de ces
saules dont plusieurs houimes, en se donnant la main , pour-
* roicnt à peine embrasser le tronc. Les Chinois ont observé
que, quoique léger, poreux et sujet à la carie, quand il est
exposé à l'air libre , le bois de saule employé pour pilotis
dans l'eau se conservoit aussi long -temps que celui du bois
le plus dur; et à Pékin, ainsi que dans les campagneS) voi-
sines, c'est avec des pièces de bois tirées du tronc d'un gros
saule bien sain qu'on construit les rouets de tous les puits :
ces rouets, en terme d'architecture, sont la base sur laquelle
porte la maçonnerie , dont on forme les parois circulaires
des puits ; et ces premières assises en bois de saule se con-
servent aussi saines et subsistent aussi long -temps que les
nôtres, construites en bois de chêne.
Les Anglois paroissent avoir possédé le saule pleureur avant
nous; c'est, dit- on, en 1692 que cet arbre a été introduit
chtez eux, et il y a tout lieu de croire que nous ne l'gvions
pas encore vivant chez nous au temps de Tournefort, puis-
que cet auteur n'en a fait mention en lyoS , dans son Corol-
laire , que comme d'un arbre qu'il avoit trouvé dans le Le-
vant. Aussitôt qu'il eut paru dans les jardins françois, il ne
tarda pas à se répandre, surtout lorsque le goût des jardins
paysagers succéda à la régularité monotone dont on les dis-
tribuoit autrefois. Le saule pleureur, par ses rameaux molle-
ment inclinés vers la terre, produit avec la plupart des au-
tres arbres, dont la tête s'élève presque toujours plus ou
moins directement vers le ciel , un contraste frappant , qui non-
seulement a quelque chose de pittoresque, mais qui présente
encore un charme particulier.
Comme les autres espèces congénères, cet arbre se multi-
plie de boutures avec la plus grande facilité, et comme elles
il aime les terrains frais et humides; aussi c'est principalement
autour des lacs, des pièces d'eau, des petites rivières, qu'il
faut le planter. Cependant il subsiste assez bieji partout/
pourvu que le sol ne soit pas absolument sec; mais alors il
faut ne le placer à demeure que de boutures déjà enraci-
nées depuis deux à trois ans.
Pendant les premiers temps où Ton cultivoit le saule pleu-
reur, op ne le faisoit servir qu'à la décoration des jardins
446 S AU
paysagers ; mais d-epuîs trente à quarante ans , depuis surtout
que les cimetières ne sont plus autour des églises, et que les
signes religieux , presque les seuls connus de nos pères, y sont
devenus moins communs, le saule pleureur remplace souvent
la croix sur la tombe d'un père, d'une épouse, d'un enfant
chéri ou d'un ami, dont nous déplorons la perte. Dans le
plus joli jardin la vue de ce saule, toute gracieuse qu'elle
puisse être, ne semble avoir rien qui porte aux idées riantes ;
elle neparoît pouvoir inspirer que de douces rêveries ou même
des pensées mélancoliques ; mais près d'un tombeau , lors-
que sa tête s'incline sur une urne sépulcrale, et que ses longs
et souples rameaux l'entourent et l'enveloppent eu quelque
sorte de tous côtés en pendant jusqu'à terre, c'est l'emblème
de la douleur, c'est Timage du deuil. Le sombre cyprès lui-
même, consacré aux tombeaux depuis les temps les plus re-
culés, ne produit peut-être pas un effet aussi touchant. Qui
ne connoît ce saule pleureur ombrageant et entourant de ses
rameaux cette urne auprès de laquelle pleuroit la France en
deuil, et dans les contours desquels le peintre avoit trouvé
le secret de retracer les traits des victimes les plus augustes.
que la plus effroyable tyrannie avoit immolées, et dont elle
ne souffroit pas qu'on conservât ou qu'on reproduisît les
images.
Parmi les sauUs que leurs propriétés utiles rendent recom-
inandables, il faut surtout mettre au premier rang ceux aux-
quels on a donné particulièrement le nom d'osiers; ce sont
ceux qui, taillés tous les ans jusque sur la souche, produi-
sent, dans l'intervalle du printemps à l'automne, une grande
quantité de longs rameaux souples et plians, dont l'emploi
est si répandu en Europe pour les travaux d'agriculture, de
jardinage , et pour beaucoup d'ouvrages d'économie domes-
tique, qu'il seroit très-uiflicile de s'en passer, et que ce se-
roit un grand embarras de les remplacer par quelque autre
plante* Avec les longues pousses que les osiers fournissent
en abondance , on fait des liens pour toutes sortes de choses,
des corbeilles et des paniers légers, des claies, des vans pour
les grains, des hottes pour les vendanges, etc. Aussi la cul-
ture des saules pour en retirer de l'osier, est-elle d'une cer-
taiûe importance , et le rapport d'une oseraie (c'est ainsi
s A U /,47
qu'on naiiime un terrain planté en osier) surpasse toujours
de beaucoup , surtout dans les environs de Paris et des grandes
villes, ce que la même étendue de terre pourroit produire
en blé ou en toute autre culture.
Tous les saules ne donnent pas de bon osier, et l'on pré-
fère en général quatre à cinq espèces que l'expérience a dé-
montré avoir les rameaux plus souples, plus lians et plus dif-
ticiles à rompre que les autres : tels sont le saule-osier jaune,
appelé encore bois jaune et amarinier ; le saule à feuilles
d'amandier, vulgairement l'osier rouge ou Tosier franc; le
saule pliant ou osier blanc, osier vert et encore osier noir ;
le saule hélice, connu dans quelques cantons sous le nom
d'osier bleu , et le saule pourpre , désigné quelquefois , ainsi
que le saule à feuillesd'amandier, sous le nom de saule rouge.
Tous ces osiers ne sont pas également bons : les deux pre-
miers sont les plus lians et les meilleurs; employés verts avec
leur écorce , ou quand ils sont secs, après avoir trempé
quelque temps dans l'eau , leurs gros rameaux sont excellens
pour faire des harts de toute espèce, et les plus grêles ou
les brindilles, pour attacher les vignes aux échalas, pour fixer
sur les treillages les arbres fruitiers en espalier, ou pour
attacher d'une manière quelconque les arbrisseaux qu'on
cultive pour l'ornement des jardins. Les osiers sont encore
d'une utilité indispensable pour les tonneliers, qui se servent
de leurs brins fendus en deux ou en quatre, selon leur
grosseur, pour lier les cercles des tonneaux, des cuves, etc»
Les osiers se plantent de boutures faites avec les gros bouts
des jets d'une année, coupés à la longueur de quinze à seize
pouces. Pour en former une oseraie , on choisit un terrain
convenable; le meilleur est un sol profond, gras et humide;
les îles situées dans le lit des fleuves et des rivières sont excel-
lentes pour cela, et on le fait préparer soit en pratiquant le
défoncement à quinze ou dix-huit pouces de profondeur, soit
en lui faisant seulement donner un profond labour à la char-
rue , et à la fin de l'hiver ou dès le mois de Février, si le
temps est doux et favorable , on y plante les boutures par
rangées et en quinconce , en mettant trois à quatre pieds
d'intervalle en tout sens entre chaque plant. Si le terrain a
été bien défoncé , qu'il soit bien meuble et qu'il soit dépourvu
448 SAU
de pierres qui puissent blesser les boutures en les enfonçant ,
comme sont la plupart des terrains d'alluvion et beaucoup de
terres sablonneuses, on peut se contenter de ficher tout sim-
plement les boutures à la main ou en s'aidant d'un plantoir,
avec lequel on leur fait d'avance un trou suffisamment pro-
fond, et on les enfonce de manière à n'en laisser passer que
trois à quatre pouces hors de terre. Mais lorsque le terrain
n'a pas été labouré assez profondément, ou que même il ne
l'a pas été du tout, il faut pour chaque bouture ouvrir un
trou avec une pioche.
Il seroit inutile, à la fin de la première année de la plan-
tation, de couper les brindilles que les boutures ont données ;
parce qu'elles sont à peine propres à quelque chose; mais si
on ne le faisoit pas, la coupe de la seconde année ne seroit
bonne qu'à brûler, parce qu'elle se composeroit de brins
trop rameux pour être employés à aucune espèce de travail ;
tandis que lorsqu'on a retranché, à la fin de la première
année , toutes les pousses quelque foibles qu'elles fussent ,
celles qui leur succèdent, forment déjà des Jefs bien droits,
de cinq à six pitds de hauteur et propres à faire toutes sortes
de liens. Enfin, la coupe de la troisième année commence
déjà à être un peu productive, et d'année en annéfe elle le
■deviendra toujours davantage. Dans un bon fond , une oseraie
peut pendant vingt-cinq à trente ans donner chaque année
des produits qui n'ont que très-peu à redouter les diverses
influences atmosphériques qui agissent si souvent sur les au-
tres récoltes.
C'est à la fin de l'hiver qu'il faut faire la coupe des osiers,
parce qu'alors leur bois a acquis toute la consistance dont il
^st susceptible. Les pousses d'une oseraie qui est dans un bon
fond s'élèvent souvent à huit ou dix pieds et même plus, de-
puis le printemps jusqu'à l'automne. On les coupe avec une
forte serpette , à quelques lignes seulement du tronc, et à
peu près comme on fait sur les têtards des saules ordinaires.
La plus grande partie de l'osier jaune et de l'osier rouge
s'emploie avec son écorce , ce qui lui donne plus de force;
et ces deux osiers servent principalement pour les divers tra-
vaux d'agriculture et de jardinage. Mais l'osier ayant besoin
d'être écorcé pour la plupart des ouvrages de vannerie , on pré-
SAU 449
fére à tous les autres le saule pliant ; non parce que ses brins
sont plus souples et plus lians que ceux des deux autres, qui
au contraire l'emportent sur lui sous ce rapport, mais parce
que ses jets sont beaucoup plus unis, non garnis de rameaux
secondaires ou de brindilles qui nuisent à l'écorcement, ou
qui , lorsqu'on les a enlevés avec une serpette bien tranchante ,
produisent toujours de petits nœuds qui rendent cette partie
du rameau moins lisse et plus fragile.
Ce n'est que lorsque l'osier est en sève qu'il est facile à
écorcer ; mais comme il faut toujours le couper avant ce
temps, les vanniers qui doivent l'employer, ou ceux qui veu-
lent le préparer pour le leur vendre, réunissent les brins à
peu près de la même grandeur par grosses bottes dont ils en-
foncent la base et qu'ils rangent, les unes près des autres,
dans un fossé rempli d'eau , ou dans un endroit préparé
exprès, dans le voisinage d'une rivière, et où ils puissent
faire arriver et tenir constamment de l'eau à la hauteur
d'environ un pied. Dans le courant du mois de Mai, un peu
plus tôt ou un peu plus tard, suivant le climat, on retire
cet osier dans le moment où la sève commence à en déve-
lopper les bourgeons , et l'écorce en est enlevée au moyea
d'une sorte de màchelière fort simple , faite avec un mor-
ceau de bois dur, communément du chêne. Les ouvriers ou
les ouvrières, car le plus souvent ce sont des femmes qui
s'occupent de ce travail, tiennent, étant assis, la màchelière
fixée par le bas entre leurs pieds et leurs genoux, ils la con-
tiennent par le haut avec une main', et de l'autre ils pren-
nent un brin d'osier qu'ils passent successivement dans toute
sa longueur à travers l'ouverture de leur instrument , dont
ils serrent en même temps les côtés avec la première main ,
tandis qu'avec la seconde ils tirent le brin d'osier, dont la
plas grande partie de l'écorce se trouve ainsi facilement dé-
tachée, et dont un enfant achève de le débarrasser.
L'osier, ainsi écorcé et blanchi, est laissé quelque temps à
l'air, jusqu'à ce qu'il soit suffisamment sec j ensuite il est réuni
en grosses bottes et serré ou mis en vente, et lorsque les
vanniers vealentle mettre en œuvre, ils le font tremper pen-
dant vingt-quatre heures dans l'eau, ce qui lui redonne assez
de souplesse pour être travaillé.
47- 29
45o S AU
Les oserales faites dans les terrains frais, ou qui sont dans
le voisinage des eaux et des rivières, donnent toujours de
plus beaux jets que celles plantées dans les terrains secs, et
ces jets sont plus convenables pour les divers ouvrages de
vannerie. Cependant l'osier bleu et les deux osiers rouges
viennent encore assez bien dans les terrains un peu secs et
élevés pour qu'on puisse les y planter avec quelque avantage,
quand on n'a pas d'ailleurs à sa disposition la première na-
ture de terrain, celle qui convient réellement le mieux à
tous les osiers. Au reste, je crois qu'il seroit à désirer qu'on
fit quelques expériences sur la ténacité, l'élasticité, la sou-
plesse et le liant des diverses espèces de saules qu'on emploie
journellement comme osier, et sur les espèces moins généra-
lement connues , qui ne sont usitées que dans quelques loca-
lités particulières. Le saule précoce et le saule à feuilles ai-
guës, par exemple , mériteroient , je crois, d'être introduits
dans les oseraies.
Le saule marceau ou le marsault a l'avantage de venir dans
toutes sortes de terrains, et de donner partout des produits
avantageux. 11 croit avec beaucoup de rapidité, puisque coupé
du pied il fait quelquefois, dès la première année, des jets
de dix à douze pieds de hauteur. Cependant il n'acquiert
jamais plus de vingt-cinq à trente pieds d'élévation, parce
qu'il ne s'élève pas ordinairement sur un seul tronc et qu'il
donne presque toujours beaucoup de tiges collatérales. Son
bois est blanchâtre et quelquefois tirant sur la couleur de
chair. 11 pèse sec quarante-une à quarante- deux livres par
pied cube. 11 se travaille facilement et prend bien le poli;
mais les menuisiers l'emploient peu, parce que, comme c'est
dans ses premières années qu'il croît avec ie plus de ra-
pidité, on trouve plus d'avantage à le couper souvent pour
faire des échalas, des cercles, des fagots, qu'à le laisser ac-
quérir assez de grosseur pour en faire des planches. Cultivé
seul en taillis, on peut pour ces divers usages le mettre en
coupe réglée tous les six à huit ans. Taillé en têtard comme
le saule blanc et le saule fragile, il peut, de même que ces
arbres, être émondé tous les quatre ans.
Son bois donne un feu clair, mais qui ne produit pas
beaucoup de chaleur et qui est de peu de durée. On s'en sert
SAU 45i
principalement dans les campagnes pour chauffer les fours
et pour cuire la chaux, le plâtre, la tuile, etc. Son char-
bon est léger et peut servir pour la fabrication de la poudre
à canon.
L'écorce du marceau a quelquefois été donnée en méde-
cine comme succédanée du quinquina , et quelques médecins
ont même prétendu qu'elle avoit des propriétés fébrifuges
égales à celles de ce dernier, ou même qu'elle l'emportoit sur
lui. Dans les usages économiques ordinaires, cette écorce peut
être employée à t mner les cuirs. Ses jeunes pousses servent
dans quelques cantons à faire des corbeilles, des paniers et
autres ustensiles de vannerie commune.
Les chatons mâles des fleurs de cet arbre se développent
dès la lin de l'hiver, aussitôt après la cessation des gelées et
après la fonte des neiges, et sous ce rapport ils sont pré-
cieux pour les abeilles, dans une saison où l'on ne trouve
encore que très- peu de fleurs épanouies. Enfin ses feuilles
sont du goût de tous les bestiaux, qui les mangent même
avec avidité. Les chèvres surtout les recherchent encore plus
que tous les autres animaux herbivores, et c'est de là sans
doute que ce saule a été nommé salix caprcea. Dans quel-
ques cantons on le cultive exprès pour en donner la dé-
pouille aux vaches, aux chevaux, etc.
Sous tous ces rapports le saule marsault mérite l'attention
des cultivateurs; il devroit être plus répandu et il pourroit
l'être autant qu'on le voudroit, puisqu'il a l'avantage dç n'être
pas délicat, et même, comme il a déjà été dit, de venir pres-
que également bien dans les terrains de la nature la plus
opposée , dans Us plus secs comme dans les plus humides.
Le marsault se multiplie facilement de graines, et, si le
semis est fait dans un bon terrain, le jeune plant aura dès
la première année huit à dix pouces de hauteur; mais ce
moyen de multiplication étant le plus lent et le plus dispen-
dieux, on ne le met que fort rarement en pratique. On pré-
fère planter cet arbre de boutures, en faire des marcottes,
ou arracher les vieux pieds et les diviser en autant d'éclats
qu'il est possible , ayant chacun un peu de racines. On peut
même diviser leurs grosses racines elles-mêmes par tronçons
coupés à la longueur de six à huit pouces , et en ayant soin ,
45^ SAU
en les plantant, de laisser le plus gros bout à fleur de terre,
chacun de ces tronçons formera un pied dans l'année même.
Comme le marsault entre en sève de très-bonne heure et
qu'il est souvent en fleur dès la fin «le Février ou dans les
premiers jours de Mars , il vaut mieux le planter en No-
vembre et Décembre, ou en Janvier, lorsque le temps est
favorable, que d'attendre plus tard , surtout si le sol auquel
on le destine est sec de sa nature ou très- exposé au soleil.
Dans un terrain humide j'en ai fait, jusqu'en Mai et Juin,
des boutures, qui ont bien réussi.
Le saule marceau est très-sujet à varier, selon la nature du
sol dans lequel il croît. 11 est plus élevé ou plus bas; ses
feuilles sont arrondies ou oblongues, obtuses ou aiguës, d'un
vert plus foncé ou plus clair, etc. , d'où plusieurs botanistes
en ont pris occasion de le diviser en plusieurs espèces, mais
qui manquent véritablement de caractères assez prononcés
et surtout assez constans.
Ce qui vient d'être dit du saule marceau est en grande
partie applicable au saule à oreillettes et au saule acuminé,
qui ont beaucoup de rapports avec lui, et qui sont quelque-
fois assez difficiles à bien distinguer de quelques-unes de ses
variétés. (L. D.)
SAULE MARIN, Salix marina. (Zoeplvyt,) On trouve dans
quelques anciens auteurs, et entre autres dans Jean et Gas-
pard Bauhin, cette dénomination employée en latin pour
désigner une espèce de gorgone, que Pallas rapporte avec
doute à son Gorgonia aeerata, le G. pinnata de M. de La-
marck. (DeB.)
SAULET. ( Ornith. ) Un des noms vulgaires du moineau fri-
quet, fringilla montana, Linn. (Ch. D.)
SAULORER. (Ormt/i.) C'est, en Prusse, le rossignol de
muraille , motacilla phœnicurus, Linn. ( Ch. D.)
SAULX. {Bot.) Nom vulgaire des saules. (L. D.)
SAUMERIO. (Bot.) Dans la vallée de Quito on donne ce
nom au croton coriaceus de la Flore équinoxiale. On trouve
encore dans les manuscrits de Joseph de Jussieu sur quelques
plantes du Pérou, le mjrosperum peruifemum , sous les noms de
Saumerio et QuiNA-yuiNA. Voyez ce dernier mot. (J.)
SAUMON et SALMONE. {Ichthjol.) Voyez Truite. (H. C.>
s AU 455
SAUMONEAU. (Ichthyol.) Nom vulgaire du jeane saumon.
Voyez Truite. (H. C.)
SAUMONELLE. [Ichthjol.) Dans plusieurs ports de mer on
«Jonne ce nom aux petits poissons, dont on se sert comme
d'appât pour la pêche à la ligne. (H. C.)
SAUNEEU {Chasse.) Ce nom a été donné à une chasse aux
alouettes avec des collets tramans. (Ch.D.)
SAUNES BLANCHES. {Bot.) Daléchamps cite ce nom
françois ancien pour la lampsanc. (J.)
SAUNO-GARRI. {Bot.) Garidel cite sous ce nom provençal
un chiendent paniculé, dont le genre n'est pas assez déter-
miné. (J. )
SAUPE. {Ichtliyol.) Nom spécifique d'ua Bogue, que nous
avons décrit à la page 8 du Supplément du tome V de ce.
Dictionnaire. (H. C.)
SAUPUDEN. {Bot.) Voyez Sambequier. (J.)
SAUQUÈNE. {Ichthjol.) Voyez Saucanelle. (H. C.)
SAUR-^NDER. {Ornith.) Nom norwégien de la petite
sarcelle, anas crecca. La sarcelle ordinaire est appelée saur-
and. (Ch.D.)
SAURAUIA. {Bot.) Genre de plantes dicotylédones, de
la famille des ternstrcemiées, et de la polyandrie p enta gy nie ,
caractérisé ainsi : Calice à cinq divisions obtuses; corolle en
roue , à cinq divisions, ou presque à cinq pétales arrondis ; éta-
mines nombreuses, courtes, velues à leur base, épipétales;
ovaire supérieur, pentagone, portant cinq styles persistansj
capsule à cinq valves et à cinq loges polyspermes; graines len-
tiformes, attachées à un placenta commun pentagone, plon-
gées dans une matière spongieuse.
Ce genre a été fondé par Willdenow, pour y placer un
arbre élevé (S. excelsa, IVilld., Curt., Spreng. , Sysl. veget.,
2, pag. 6i3), qui croit à la Nouvelle- Grenade dans l'Amé-
rique méridionale. Cet arbre est caractérisé par ses feuilles
ovales-oblongues , un peu pointues , très-entières sur les bords ,
rudes en dessus, et ayant en dessous leurs veines velues; et
par ses fleurs en paniculé trichotome , alongée , velue.
Ce genre a été depuis augmenté par M. De Candolle de
onze nouvelles espèces toutes exotiques, savoir: deux du
Mexique, sept de Java, une du Népaul dans l'Inde, et «ne
454 S AU
des Moluques. Ce sont tous des arbres à feuilles ovales- ob-
longues ou elliptiques, rarement un peu en cœur, et à fleurs
pédonculées , aggrégées ou fasciculées , paniculées ou en
grappes. Ce genre forme une division distincte dans la fa-
mille des ternstrœmiées , selon M. De Candolle. (Lem.)
SAURE , Sauras. {Ichthjol.) Nom d'un genre de poissons
de la famille des dermoptéres de M. Duméril , et de celle
des salmones , parmi les malacoptérygiens abdominaux de
M. Cuvier.
Ce genre , établi par ce dernier savant , offre les carac-
tères suivans :
Bouche à rexlrémilé du museau; ventre arrondi; catopes ab-
dominaux; dents longues, très -pointues le long des deux mâ-
choires, des os palatins et sur toute la langue; vomer sans dénis ;
huit ou neuf et souvent douze ou quinze rayons aux ouïes; pre-
mière dorsale derrière les catopes , qui sont grands ; grandes écailles
sur les joues, le corps et les opercules.
On peut distinguer les Saures des Eperlans, qui ont des
dents au vomer et qui n'offrent que huit rayons aux ouïes ;
des CoRÉGONEs et des Argentines, qui n'ont point de dents;
des AuLOPEs, dont les catopes sont presque thoraciques; des
Haiis, des Serrasalmes et des Piabuques, qui ont le ventre
caréné et dentelé en scie. (Voyez ces divers noms de genres,
et Dermoptéres et Salmones.)
Parmi les espèces de ce genre nous citerons :
Le Saure ordinaire : Saurus vulgaris , N. ; Salmo saurus,
Linnœus. Nageoire caudale fourchue; un enfoncement au-
dessus des yeux; ouverture de la bouche très^longue et se
terminant fort en arrière des yeux; tête, corps et queue
trés-alongés; dents fortes; un seul orifice à chaque narine.
Ce poisson, toujours maigre et dont la chair est insipide,
a le dos d'un vert mêlé de bleu et de noir, avec des bandes
transversales étroites, irrégulières, sinueuses et roussâtres ;
la première nageoire dorsale coupée de raies de la même
teinte; les nageoires pectorales rayées également de rous-
sâtre et tachetées de brun; une ligne longitudinale bleuâtre
et chargée de taches rondes et bleues, de chaque côté du
corps et de la queue; le ventre et le dessous de la queue ar*
gentés et brillons.
SAU 455
On pêche ce poisson dans les eaux de l'archipel des Anr
tilles et sur les côtes de l'Arabie. Il paroît habiter aussi la
Mëdilerranée ; mais l'identité des individus observes dans
ces diverses localités, n'est pas suffisamment prouvée. M.
Cuvier pense que celui de nos mers d'Europe est to'ut diËfé-
rent de celui qui a été décrit par Bloch (384 ).
Le TuMRiL : Saurus tunibil , N. ; Osmerus tumbil , Lacép. Na-
geoire caudale fourchue ; tête et opercules couvertes d'écaillés
semblables à celles du dos ; mâchoire inférieure plus avancée
que la supérieure; museau pointu; nageoires dorsale et anale
falciformes; côtés jaunes; ventre nacré; bandes transversales
d'un jaune mêlé de rouge; nageoires bleues, à base jaune.
De la mer qui baigne le Malabar.
Le Saure galonné : Saurus lemniscatus, N. ; Osmerus lem-
niscatus, Lacép. Nageoire caudale fourchue ; tête comprimée
et déprimée; yeux rapprochés et très-saillans ; teinte générale
jaune ; cinq ou six raies longitudinales bleues de chaque côté :
nageoire adipeuse claviforme; dix ou douze bandes trans-
versales brunes ; tête couleur de chair avec de petites taches
rouges et bleues; nageoire anale bleue avec une bordure
jaune.
Plumier a observé ce poisson dans la mer des Antilles.
M. Cuvier rapporte encore à ce genre le salmo fœtens de
Bloch, le salm«^ne varié de Lacépède et l'osmère à bandes
de M. Risso. (H. C. )
SAUREL, SAURELLE. (fcJi^oZ.) Noms du caranx tra-
chure. Voyez Caranx. ( H C. )
SAURIENS. [Erpét.) M. Alexandre Brongniart , le premier,
a donné ce nom à un ordre des reptiles, qui comprend les
animaux désignés par Linnœus sous l'appellation collective
d'Amphibia reptilia, et qu'il est facile de distinguer dans la
classe des vertébrés à certains caractères non équivoques et
à des signes communs tirés de leur conformation et de leuss
habitudes.
Le mot sauriens est d'origine grecque. II dérive de cctvpoç,
nom par lequel Aristote , avec tous ses compatriotes, dési-
gnoit le lézard.
L'ordre des sauriens qu'ont adopté MM. G. Cuvier et Du-
méril, ainsi que la plupart des erpétologistes modernes (voyez
456 SAU
Erpétologie), esl très --naturel. Ses caractères généraux sonf
les suivans.
Corps alongé , écailleux ou chagriné, sans carapace, quelque-
fois apode, mais le plus souvent à quatre et rarement à deux
pattes, dont les doigts sont garnis d\ingles crochus; des paupières
mohiles ; un tympan distinct; branches des mâclioires soudées et
armées de dents enchâssées; orijîce du cloaque en fente transver-
sale; cœur à deux oreillettes; des côtes et un sternum.
D'après l'étude de leurs caractères extérieurs, les reptiles
de l'ordre des Sauriens ont été, pour la plus grande com-
modité des zoologistes, groupés en trois familles, divisées
chacune, d'ailleurs, en plusieurs genres.
Les uûs ont la queue aplatie en dessus ou de côté : ce sont
les Uronectes.
D'autres ont la queue arrondie, conique, distincte: on
les appelle Edmérodes.
Enfin, il en est qui ont également la queue arrondie et
conique, mais chez eux cette partie n'est point distincte du
reste du corps: on leur donne le nom d'UROBÈNEs.
Un examen superficiel suffit habituellement pour distin-
guer immédiatement un Saurien de tout autre reptile. Ce-
pendant il est quelques sauriens auxquels, sans une certaine
attention, onpourroit trouverdes rapportsavec des espèces ap-
partenant à des genres plus ou moins éloignés. Si , par exemple,
les Sauriens s'éloignent des Ophidiens, par la présence des
membres et par l'existence de paupières mobiles: des Batra-
ciens, par le défaut de métamorphoses; des Chélqniens, par
la privation de carapace et par l'existence des dents; des
Poissons , par l'absence des branchies ; ils s'en rapprochent
néanmoins dans beaucoup de points. C'est ainsi que Vorveb
les lie aux premiers, la tortue serpentine aux troisièmes; que
les crocodiles et les dragonnes les rattachent aux seconds et aux
quatrièmes.
Il est donc indispensable à toute personne qui veut appro-»
fondir l'histoire de ces animaux, d'étudier avec soin leur or-
ganisation intérieure, et d'établir, à l'aide de celle-ci, les
points de comparaison propres à éclairer la théorie de leur
classification.
1," Pes organes de la Locomotion dans les Sauriens. Aucune
s AU 457
classe d'anîmaux peut-être ne présente , sous le point de vue de
la locomotion , des variétés et plus nombreuses et plus évidentes
que celle des sauriens, et il en devoit être ainsi, cela se
conçoit facilement, puisque aucune ne présente des espèces
aussi différentes sous le double rapport des habitudes et du
genre d'habitation.
Le séjour des uns semble fixé au milieu des eaux, et ceux-
là sont organisés pour la natation; les crocodiles, les caï-
mans, les gavials, peuvent être cités ici en preuve.
D'autres, comme le lézard vert, recherchent les terrains
secs et élevés, tandis que quelques-uns, comme le basilic ,
préfèrent le voisinage des lieux aquatiques.
Il en est qui habitent dans des creux de rochers, et d'au-
tres qui vivent au milieu des bois; certains, tels que les
iguanes, grimpent avec vitesse jusqu'à l'extrémité des bran-
ches, ou même, ainsi que les dragons, s'en élancent parfois
en volant, pour ainsi dire.
On en voit qui, tels que les anolis, courent avec la rapi-
dité d'un trait lancé par la main d'un vigoureux archer ;
quelques-uns, comme certains geckos, marchent pénible-
ment, semblent se traîner; et d'autres, enfin, dépourvus de
membres, rampent sur le sol de la même manière que les
serpens, et, comme eux encore, s'élancent dans l'atmosphère
à une hauteur plus ou moins considérable, en débandant,
à la façon d'un ressort, les replis multipliés de leur corps
alongé.
Les orvets offrent un exemple frappant de ce dernier mode
de locomotion.
Quoi qu'il en soit du genre de mouvemens que ces ani-
maux sont appelés à exercer, c'est surtout dans les climats
favorisés du soleil qu'ils s'en acquittent delà manière la plus
complète; on diroit que, pour l'entier développement de
leur force motile , ils ont besoin d'être animés par toute la
chaleur de l'atmosphère; aussi est-ce dans l'antique Egypte,
si rapprochée du tropique , sur les côtes brûlantes de l'Afrique,
sur les rives ardentes du Sénégal, du Nil et de la Gambie;
dans les solitudes intertropicales du Nouveau Monde; dans
les Archipels des Moluques et des Antilles, sans cesse échauf-
fés des feux de l'astre du jour, que le peuple U'ger des sau-
458 SAU
riens, dans toute la plénitude de sa vie. se fait remarquer
par la souplesse, l'agilité, ia force de ses mouvemens.
On diroit aussi qu'une atmosphère humide , qii'un sol
aquatique, qu'une surabondance quelconque d'eau est indis-
pensable à l'accomplissement normal de ceux-ci. L'Egypte,
que nous citions dans l'instant, et où , de toutes parts , les sau-
riens semblent surgir de terre , n'est pas seulement chaude ; un
fleuve immense , dans ses débordemens périodiques, la cou-
vre d'un limon humide : les savannes noyées de l'Amérique
méridionale, les plages inondées de l'Orénoque et du fleuve
des Amazones, les rivages des îles de l'Atlantique éqnotoriale ,
sont dans les mêmes conditions de température et d'humi-
dité ; des eaux chaudes semblent les baigner, et personne
n'ignore que les légions innombrables des lézards et autres
sauriens qui les habitent, jouissent d'une activité bien supé-
rieure à celle qui distingue les êtres de cette classe dans nos
contrées septentrionales.
A notre article Pvkptiles nous avons éludié les formes, les
connexions et les rapports de tous les organes du mouvement
dans les sauriens. Nous avons indiqué les particularités que
présentent leurs os et examiné en abrégé l'action spéciale de
leurs muscles.
Poursuivant ici notre entreprise , nous allons maintenant
faire connoître l'effet qui résulte de l'action simultanée ou
successive de tous les organes de la locomotion, d;ins la pro-
duction des mouvemens généraux que ces animaux sont à
même d'exécuter.
Remarquons d'abord que les mouvemens de progression
des reptiles en général oflrent , à l'observateur qui veut s'en
rendre compte , des obstacles beaucoup plus difficiles à
vaincre que ceux qu'il rencontre dans l'explication de ce
qui se manifeste , sous ce rapport , dans les animaux ver-
tébrés des deux classes supérieures. Disons aussi que ce
genre de difficultés ne tient pas seulement à ce qu'on s'est
peu occupé d'approfondir cette matière, mais qu'il dépend
encore de Ténorme différence qui existe entre l'action du
système locomoteur ou de ses parties chez l'homme et
celle du même appareil organique chez les reptiles; diffé-
rence telle qu'on ne sauroit établir entre leurs mouvemens
s AU 459
ci les nôtres un rapprochement propre à ëclairer le sujet.
Parmi eux, la plupart des sauriens sont de véritables qua-
drupèdes, mais des quadrupèdes ovipares et, pour le mode
de station, bien différens des quadrupèdes vivipares de la
classe des mammifères. Leurs cuisses sont dirigées en dehors,
et les inflexions des pattes, chez eux, se font dans des sens
perpendiculaires au rachis , en sorte que le poids du corps
agit par un très-long levier et nuit ainsi au redressement du
genou, dont Tarticulation reste constamment pliée , ce qui
fait que le ventre traîne à terre entre les jambes.
On en peut dire autant , sous ce rapport , des membres
thoraciques.
Dans les quadrupèdes mammifères, au contraire, les jambes
se fléchissent en avant et en arrière , dans des plans à peu
près parallèles à l'épine et peu éloignées du plan moyen du
corps dans lequel agit la pesanteur.
Quand les sauriens de la famille des urobènes, qui n'ont
que deux membres ou qui même n'en ont point, se repo-
sent sur le sol, ils forment avec leur corps plusieurs ronds
au-dessus ou autour les uns des autres, et leur tête est élevée
au-dessus de ces circonvolutions.
Tel est le cas des orvets, des ophisaures , des chalcides,
des bipèdes en particulier.
Certains sauriens grimpent avec une merveilleuse facilité.
Sous ce rapport, le caméléon semble, parmi les reptiles,
aussi bien partagé que les quadrumanes parmi les mammi-
fères, et cela à cause de ses mains en tenaille et de sa queue
prenante.
Beaucoup marchent et courent avec une grande agilité.
Les lézards, les anolis, les geckos, les tupinambis, sont dans
ce cas.
Il en est qui nagent à l'aide de leurs membres et par le
moyen de leur queue.
Les crocodiles et les dragonnes peuvent être cités ici en
preuve.
D'autres, tels que les orvets et les ophisaures, rampent,
■par suite d'une impulsion du corps, en avant ou en arrière,
et par l'application alternative d'une ou de plusieurs de ses
parties inférieures contre le sol.
46o SAU
Les dragons , qui appartiennent à l'ordre des sauriens ,
sont les seuls reptiles qui possèdent la faculté de voler : ils
ont , pour cela , sur chaque flanc , entre les pieds , une large
membrane qui se développe en éventail et qui se plie au
gré de l'animal , à l'aide de rayons osseux articulés sur les
vertèbres du dos , et qui remplacent les six premières fausses-
côtes.
Tous les physiologistes s'accordent à regarder, chez les ani-
maux en général, la marche et la course comme deux actes
tellement liés l'un à l'autre, qu'il devient difficile d'établir
entre eux une distinction certaine. Les sauriens quadrupèdes
ne dérogent en rien à la règle commune sous ce rapport,
et, chez eux, il n'existe que très-peu de différence entre
courir et marcher d'une certaine manière, et leur course,
comme celle des mammifères, semble le plus communément
s'effectuer par le mécanisme compliqué de la marche et du
saut.
Lorsque, à l'aide d*uu mouvement alternatif des pieds , ces
animaux veulent transporter leur corps d'un endroit solide
dans un autre , il se passe des phénomènes diflérens, suivant
que ces pieds sont de pareille longueur ou présentent des
dimensions inégales; mais jamais, dans cette sorte de mou-
vement progressif, le corps ne se trouve entièrement sus-
pendu au-dessus du sol qui supporte les membres.
Dans tous les cas le corps de l'animal , dans son ensemble .
peut être comparé à un ressort à deux branches, dont l'une
est appuyée contre un obstacle résistant. Si ces branches,
après avoir été rapprochées par une force quelconque, sont
rendues à leur liberté primitive , la puissance de leur élasti-
cité tendra à les écarter; mais la branche appuyée contre
l'obstacle, ne pouvant le vaincre, transmet le mouvement,
qui se fait en entier dans le sens opposé, en sorte que le
centre de gravité du ressort s'écarte de l'obstacle avec une
vitesse plus ou moins grande.
Chez eux , comme chez les mammifères, les muscles fléchis-
seurs sont la force qui comprime le ressort ; les extenseurs
représentent l'élasticité qui en écarte les Irranches, et la ré-
sistance du sol ou de Teau est l'obstacle.
Tons les saurieHs dont les pieds ont une longueur à peu
SAU 461
près égale, marchent avec une grande vivacité; les lézards,
dont une espèce a reçu l'épithète de véloce, et une autre celle
d'agile, les améivas, les inonitors, les agames , les anolis et
plusieurs autres, sont dans ce cas. Chez eux, dans le mar-
cher le plus naturel, le corps se trouve en équilibre sur un
des pieds antérieurs et sur celui des pieds postérieurs opposé,
en sorte que le centre de gravité ne se meut point suivant'
une ligne droite, mais avance entre deux parallèles , dans l'in-
tervalle desquelles il décrit des obliques, qui vont de l'une à
l'autre en formant de véritables zigzags. Les impulsions com-
muniquées au tronc se contrebalancent réciproquement , et
celui-ci se meut dans la diagonale d'un parallélogramme,
dont il formeroit les côtés.
La rectitude de direction dans la marche est continuelle-
ment altérée chez ces sauriens, où l'on doit en outre tenir
compte de la largeur plus ou moins grande des pieds et du
degré variable d'écartement de ces parties, qui leur per-
mettent d'embrasser une base plus ou moins grande de sus-
tentation , ou qui s'accommodent plus ou moins bien aux
inégalités du sol.
Si les sauriens, tout en ayant les membres d'égales dimen-
sions, ne soutiennent qu'avec effort, sur des pieds trop petits
et trop foibles, un tronc lourd, pesant, trapu ou très-long,
ils ne marchent qu'avec lenteur, gêne et embarras.
Tels sont les crocodiles et les chalcides.
Quelques sauriens sautent fort lestement. Les iguanes et
les tupinambis nous serviront d'exemples.
Ceux d'entre ces animaux qui vivent dans l'eau, comme
les crocodiles et les dragonnes, nagent au moyen de leurs
pieds, qui sont pour eux ce que les rames sont pour un ba-
teau.
C'est ainsi que les mouvemens de tous genres des sauriens
contribuent à vivifier la scène du monde, soit sur la verdure
de la terre, soit au sein des fleuves rapides, des lacs tran-
quilles. Le lézard , qui semble dévorer l'espace dans sa course
rapide; le dragon, qui voltige de branche en branche et
s'élance vers les cieux ; la dragonne, qui se baigne dans le
cristal des fontaines et des ruisseaux limpides; l'orvet, qui
se glisse ; en ser^entaet, sous les feuilles sèches de nos taillis;
462 S AU
le gavial, qui fend les ondes avec la rapidité d'une flèche , nous
offrent certainement, dans leurs vives évolutions, un des spec-
tacles les plus variés et les plus intéressans de notre monde
sublunaire, où rien ne peut rester immobile, où la puis-
sance, le merveilleux de la nature, nous obligent à une ad-
miration continuelle et sans bornes.
2° Des Organes de la Sensibilité en général chez les Sauriens.
Nous avons déjà dit que ces organes sont excessivement va-
riables dans chacun des quatre grands ordres de la classe des
Reptiles, les Chéloniens, les Sauriens, les Ophidiens et les
Batraciens (voyez Reptiles). Nous rappellerons ici que les
Sauriens ont un aussi grand nombre de sens que les animaux
vertébrés les mieux conformés. Comme les mammifères et les
oiseaux, ils jouissent de cinq sens différens; tandis que dans
les poissons on voit déjà l'olfaction être remplacée très-pro-
bablement par une sorte de gustation ; que dans beaucoup de
gastéropodes la vue et l'ouïe, outre l'odorat , paroissent nuls;
que dans les acéphales et les helminthes il n'y a ni yeux, ni
oreilles, ni organes de l'olfaction et de la gustation recon-
nus évidemment; que dans les radiaires, actinies, méduses,
échinodermes , polypes, etc., toute la sensibilité semble bor-
née à une simple faculté de taction.
Mais, à l'exception de celui de la vue , les Sauriens ont tous
leurs sens si foibles , en comparaison de ceux des mammifères
et des oiseaux, qu'ils doivent percevoir un bien plus petit
nombre d'impressions , éprouver des sentimens intérieurs
moins forts et moins fréquens , ressentir un besoin moins sou-
vent renouvelé , et surtout moins parfaitement satisfait, de
communiquer avec le monde extérieur , et , par suite , offrir
à l'observation une froideur d'affections, et une apathie re-
marquables, un instinct mal déterminé, des intentions peu
décidées.
C'est, en effet, ce que l'on peut noter dans la généralité
de ces animaux.
C'est à cette réunion de causes, sous la dépendance immé-
diate d'une seule principale, qu'il convient de rattacher un
fait énoncé ci-devant par nous (voyez Reptiles); savoirs
que, chez les animaux dont nous écrivons l'histoire , l'irrita-
bilité musculaire est d'une énergie qui paroît hors de pro-
s AU /,G5
portion avec le peu de développement delà sensibilité, avec
le peu de délicatesse de la plupart des sens, avec le petit vo-
lume relatif de leur cerveau. La foiblesse des sens qui les
caractérise suffit probablement , en effet, pour amener dans
leur organisation intérieure des changemens tels que la ra-
pidité des mouvemens soit manifestement modérée, que la
force des frottemens soit sensiblement diminuée , que la cha-
leur interne, qui est en proportion du mouvement et de la
vie, décroisse de genre en genre, pour ainsi dire.
Si l'on joint à cela le peu d'abondance du sang chez les
reptiles, le temps considérable que cette humeur met à cir-
culer, sans passer par les poumons, qui, d'ailleurs , selon
quelques anatomistes , ne reçoivent jamais d'autre sang que
celui qui est nécessaire à leur nourriture , et peuvent être
ouverts, coupés, lacérés, sans que la mort s'ensuive immé-
diatement, on concevra facilement comment, chaque année
et durant un temps déterminé, ces animaux tombent dans
un état de torpeur que rendent inévitable des circonstances
de température auxquelles paroissent insensibles et les Oiseaux
et les Mammifères.
Les causes internes se réunissent don.c aux causes externes
pour diminuer l'activité intérieure des Sauriens , pour ne
leur pas laisser même, pendant telle ou telle saison, le bru-
tal instinct, les penchans physiques, qu'ils écoutent ou qu'ils
suivent habituellement, l'exercice intérieur de leurs sens et
du sentiment, l'appétit grossier des alimens, le besoin si im-
périeux du rapprochement des sexes, et pour les faire tomber
dans un état de sommeil et d'engourdissement prolongé , vé-
ritable image de la mort, comme chez les marmottes, les
loirs, les chauve-souris, les hérissons et les hirondelles.
Chez eux aussi, par conséquent, la sensibilité peut, sans
de graves inconvéniens, être émoussée et perdre beaucoup
de sa délicatesse, sans que l'activité des fonctions de la vie
intérieure en soit notablement ralentie, et cela d'après l'exa-
men des faits cités plus haut par nous à ce sujet. ( Voyez
Reptiles. )
Moins sensibles, moins animés par des passions vives, moins
agités au dedans, moins agissans à l'extérieur, en général ,
bien inis à l'abri des violens dangers , devant peu redouter
4P4 SAU
lesaccidens, les Sauriens peuvent être, sans pour cela perdre
aussitôt la vie, privés de pattes , de queue et d'autres parties
importantes, et même les recouvrer, les reproduire plus tard.
Un phénomène si extraordinaire suffit pour démontrer com-
bien les différentes parties de ces êtres sont peu dépendantes
les unes des autres; comment leur système nerveux constitue
un ensemble, dont les diverses pièces sont moins liées entre
elles que dans les mammifères et les oiseaux; comment, ani-
més par une moindre chaleur, ils ont, sur le sol brûlant
qu'ils habitent, en général, moins besoin de boire que les
animaux de ces deux classes.
La lenteur delà circulation, la basse température du sang
de ces reptiles, tout en servant à expliquer comment ils ne
perdent point la vie au moment même où ils sont privés de
leur tête , s'accordent aussi très-bien avec la facilité qu'ont
ces animaux de supporter de longs jeûnes ; facilité telle ,
qu'on a vu des crocodiles passer plus d'un an sans prendre
aucune nourriture.
Mais , s'ils ont le pouvoir de résister à des coups qui ne
portent que sur certains points de leur corps, à des lésions
locales , ils succombent promptement aux efforts des causes
extérieures qui attaquent l'ensemble de leur économie avec
énergie et constance : leurs facultés internes réagissant avec
trop peu d'activité. C'est ainsi qu'une atmosphère plutôt froide
que tempérée les rend immédiatement foibles et malades , et
même les tue souvent. Aussi voit-on les crocodiles gigantes-
ques , les iguanes, les basilics et toutes les races à grande
taille de la famille des Sauriens, ne fréquenter, tant dans
l'ancien que dans le nouveau continent , que les zones tor-
rides, animer leurs fleuves, leurs savannes nayées , leurs forêts
humides et chaudes, leurs sables brûlans. C'est là que ces
grandes espèces semblent confinées, et si quelques-unes d'en-
tre elles habitent aussi des contrées plus ou moins éloignées
de l'équateur, leurs dimensions deviennent progressivement
de plus en plus petites, et elles sont de moins en moins nom-
breuses en individus.
Le peu d'énergie de l'appareil de la Sensibilité chez les
Sauriens empêche les individus d'une même espèce de former
jamais une vraie société, quoique souvent on puisse les trou-
SAU 465
ver réunis en troupes plus ou moins nombreuses. Aucun
ouvrage, aucune chasse , aucune guerre qui paroissent con-
cerîés, ne résultent, comme l'a dit de Lacépède , de leur
attroupement. Jamais ils ne se construisent d'asyle ; et lors-
qu'ils en choisissent un sur des rivages, dans des rochers ,
dans des trous d'arbres, ce n'est point, ajoute ce grand his-
torien de la Nature, une habitation commode qu'ils prépa-
rent pour un certain nombre d'individus réunis, c'est une
retraite purement individuelle , où ils ne veulent que se ca-
cher , et à laquelle ils ne changent rien.
Si quelques-uns chassent ou pèchent ensemble, c'est qu'ils
sont simultanément entraînés parle même besoin, attirés par
le même appât; s'ils se défendent en commun , ce n'est que
parce qu'ils sont attaqués ensemble.
Malgré leur férocité indomptable, pour ainsi dire, malgré
leur stupidité décourageante , beaucoup de ces reptiles sont
cependant susceptibles dêtre apprivoisés et rendus familiers.
Les prêtres de Memphis , disent les anciens historiens ,
élevoient dans une sorte de domesticité des crocodiles, qu'ils
promenoient en public dans certaines cérémonies religieuses.
Au rapport de La Brue , cité dans l'Histoire générale des
Voyages , il paroit aussi que , dans la rivière de San Domingo ,
près les côtes occidentales de l'Afrique, les Nègres prennent
soin de nourrir les crocodiles, qui deviennent tellement fa-
miliers , qu'ils sont le jouet et la monture des enfans.
L'encéphale n'occupe , dans les Sauriens , qu'une petite,
partie de la cavité du crâne, en sorte que la ligure et l'é-
tendue de celle-ci ne sauroient être un indicateur exact de
la forme et du volume de l'organe qu'elle renferme.
Il se termine , du reste , comme chez tous les autres rep-
tiles et animaux vertébrés en général, en haut et en avant,
par les lobes olfactifs et par les hémisphères cérébraux; mais,
ainsi que l'encéphale dvS poissons , il est privé de décussa-
lions ou commissures générales, quoiqu'il se place beaucoup
au-dessus de lui par la prédominance de l'organe qui repré-
sente le cerveau, prédominance telle, que les autres parties
de la masse encéphalique semblent n'avoir plus de relations
les unes avec les autres que par son intermède, et y sont liées
bien plus intimement que ne le sont les divers lobes entre eux.
47' 5o
466 8 AU
En général, toutes ses parties sont lisses et sans circonvo-
lutions.
Il est difficile d'établir ici, d'une manière comparative, la
proportion de son poids, relativement au poids total du corps,
parce que celui du premier reste à peu près le même, tan-
dis que celui du dernier varie suivant une foule de circons-
tances, et quelquefois du simple au double, selon qu'on
examine un sujet maigre ou gras.
Cependant on peut affirmer que son volume est, absolu-
ment parlant , énormément plus petit que celui de l'encé-
phale des animaux à sang chaud, c'est-à-dire des mammifères
et des oiseaux.
La dure-mère, dépourvue de toute espèce de replis falci-
formes et autres , est constamment adhérente à la face interne
du crâne , et se trouve séparée de l'encéphale par une pulpe
muqueuse plus ou moins solide.
L'arachnoïde est remplacée par une cellulosité lâche, qui
renferme cette sorte de pulpe gélatineuse.
La pie-mère , comme dans les autres animaux vertébrés,
est formée par un réseau vasculaire des plus compliqués et
des plus délicats.
Les hémisphères du cerveau sont placés en avant des cou-
ches optiques et ne les recouvrent point. Leur existence est
évidente, et il n'est nullement permis de les confondre avec
telle ou telle autre partie de la masse encéphalique, comme ,
plus d'une fois, on l'a fait pour les poissons.
Leur forme la plus ordinaire se rapproche de celle d'un,
triangle dont la base seroit tournée en arrière , ainsi que cela
a lieu dans les oiseaux.
Tout-à-fait isolés l'un de l'autre, par leur partie supérieure,
à cause de l'absence du corps calleux et de la voûte , ils
viennent s'attacher par leur base sur les pédoncules cérébraux.
Les hémisphères du cerveau des sauriens, comme de celui
des autres reptiles, plus parfaits que ceux des poissons, tant
osseux que chondroptérygiens , sont moins variables dans
leur forme que chez ces derniers animaux.
Dans le caméléon ils forment un ovale et se fixent ou
s'assujettissent par leur base aux pédoncules cérébraux. Ils
ressemblent l^eaucoup à ce qu'ils sont chez les oiseaux.
SAU 467
Leur intérieur est, comme à l'ordinaire, creusé par un
ventricule , dans lequel est un tubercule hémisphérique ,
dont une portion représente le corps strié.
La lame, de substance cérébrale, qui les constitue, après
avoir recouvert ce tubercule hémisphérique, se réfléchit au-
dessous de lui, et, se dirigeant en dedans, vient fixer l'hé-
misphère au-devant de la couche optique, à peu prés comme
chez les oiseaux : elle est d'un blanc mat. Chacun d'eux est
pyriforme et présente sa grosse extrémité arrondie en arrière,
tandis que la petite se prolonge insensiblement dans le pé-
dicule olfactif, comme on le voit dans le lézard vert , le lé-
zard gris, l'orvet, etc.
Dans les crocodiles et dans le caïman à museau de brochet
la lame qui les constitue se comporte comme dans les Tor-
tues.
Chez les uns, comme chez les autres, elle est blanche.
Dans les tupinambis les hémisphères cérébraux sont plus
globuleux et moins alongés que dans les reptiles précédens.
Chez les Sauriens, en général, de même que dans les pois-
sons, les lobes cérébraux sont précédés d'un lobule olfactif,
qui tantôt, ainsi que cela se voit dans le crocodile à museau
de brochet, est sessile , et tantôt, ainsi que cela existe dans
la plupart des autres sauriens, est pédicellé et tenu à dis-
tance.
A l'exception des crocodiles , du caïman à lunettes et du
caméléon , où le volume de ces organes est fort petit, les Sau-
riens, chez lesquels le lobe olfactif est, pour ainsi dire, con-
fondu avec le lobe cérébral, ont les lobes cérébraux les plus
développés; tandis que chez ceux qui ont le lobe olfactif
supporté par un pédoncule , on trouve les lobes cérébraux
très-petits, alongés, comme fusiformes, ou plus ou moins
globuleux et arrondis.
Le pédicule du lobule olfactif de ces reptiles est plus ou
moins gros; il ressemble à celui des poissons chondroptéry-
giens, mais jamais, comme cela a lieu dans les poissons os-
seux, il n'a la figure d'un ruban aplati.
M. le docteur Serres , chef des travaux anatomiques de
l'Administration des hôpitaux et hospices de Paris, a me-
suré les dimensions des lobes cérébraux chez plusieurs rep-
^G3 S AU
tiles. Voici le résultat de ses observations sur les Sauriens :
Diamètre Diamètre
antéro-postérieur. Iransverse.
Mètres. Mètres.
Crocodile du Nil 0,00800 .... o,oo5oo
Caïman à lunettes 0,00700 .... o,oo/,oo
Caïman à museau de brochet .... 0,02100 .... 0,01100
Lézard gris o,oo5oo .... 0,00275
— vert o,oo35o .... 0,00260
Tupinambis 0,00400 .... o,oo3oo
Caméléon ordinaire 0,00600 .... o,oo353
Orvet o,oo25o .... 0,00200
Les circonvolutions du cerveau ; le corps calleux ; le sep-
tum lucidum; le trîgone cérébral ou la voûte à trois piliers ;
le corps frangé et la corne d'Ammon ou pied d'hippocampe ,
manquent dans l'encéphale des Sauriens, comme chez les
autres reptiles.
Lorsque dans les Sauriens qui appartiennent aux familles
supérieures de l'ordre, dans les crocodiles en particulier,
on vient à ouvrir le ventricule de l'hémisphère , on le trouve,
ainsi que chez les oiseaux, presque comblé par un tuber-
cule considérable, solide, d'un gris blanchâtre, entièrement
libre dans la partie interne, où un sillon longitudinal le par-
tage en deux portions, une supérieure et une inférieure;
cette dernière formant un croissant, dont la concavité em-
brasse les rayons médullaires, émanés de la couche optique.
Ce tubercule est également libre par sa face supérieure, et
n'adhère au corps de l'hémisphère que par sa base et sa face
externe. Au-dessus de lui on aperçoit un second tubercule,
plus considérable, plus étendu en avant, en haut et en ar-
rière, et le recouvrant en quelque sorte.
Le tubercule hémisphérique de ces reptiles est donc , comme
le dit M. Serres, composé du corps strié et de la masse grise
qui l'enveloppe communément, et qui correspond au demi-
centre ovale des mammifères.
C'est donc, et par celui-ci et par le corps strié lui-même,
que le ventricule de l'hémisphère se trouve rempli.
s AU /,69
Chez le (upinambis et le caméléon le tubercule du demi-
centre ovale est comme atrophié; mais le corps strié, quoi-
que très-réduit dans son volume, est plus nettement dessiné
que chez les crocodiles et les caïmans.
Dans les genres suivans le tubercule du demi-centre ovale
diminue, et le ventricule devient de plus en plus libre.
Chez les lézards, entre autres, on ne trouve déjà plus que
le corps strié, formant un petit croissant autour des radia-
tions de la couche optique.
Chez les Sauriens, où. sans être recouvertes par eux, elles
sont situées en arrière des hémisphères, les couches optiques
sont, en général, plus restreintes que dans les oiseaux, et
même elles sont fort petites dans les lézards en particulier,
où elles occupent l'angle rentrant formé par l'entrecroisement
des nerfs optiques.
Dans le caméléon elles sont plus volumineuses et plus ar-
rondies.
Chez les crocodiles et les caïmans elles forment un globe
saillant en arrière des nerfs optiques et en avant de la moelle
alongée.
Dans ces espèces de Sauriens, leur volume est propor-
tionné à celui des lobules olfactifs.
Chez les crocodiles, et surtout dans le caïman à museau de
brochet, elles représentent une vésicule membraneuse , dont
la cavité communique en haut dans le troisième ventricule
et en bas dans la tige pituitaire. Les parois de cette vési-
cule sont formées de deux lames médullaires, dans l'inter-
valle desquelles se trouve logée une certaine quantité de
substance corticale ou grise.
En outre, chez plusieurs lézards, on trouve deux petites
vésicules blanchâtres, situées en arrière de ces couches, et
que Malacarne a prises pour les éminences mamillaires.
Située en avant de la couche optique et sans connexion
avec elle, la bandelette demi-circulaire est interposée comme
une cloison entre celle-ci et le corps strié, chez les Sau-
riens.
Les ventricules latéraux du cerveau se dilatent beaucoup
dans les mêmes animaux, où, cependant, leur plancher porte
des tubercules qui en diminuent beaucoup la capacité.
47« SAU
Leur soupirail est pratiqué sur la face in(erne du lobe
cérébral et en arrière, immédiatement en avant et un peu
au côté externe de la couche optique, en arriére de la com-
missure antérieure.
Cette disposition se remarque chez tous les Sauriens, où
cet orifice est une ouverture étroite , tandis que chez les
Batraciens et les Ophidiens, il est beaucoup plus large, ce
qui tient à la différence de volume du noyau central.
En avant , les ventricules se continuent dans la cavité du
lobule olfactif.
Ils se réfléchissent en arrière au pourtour de la portion
non adhérente du tubercule hémisphérique.
Les cavités digitales semblent ne point exister.
Les plexus choroïdes sont riches en vaisseaux et bien dé-
veloppés.
Dans la plupart des Sauriens les pédoncules du conarium
sont fins , déliés et foiblement assujettis.
La cammissure postérieure manque dans la presque-géné-
ralité des Sauriens, ou il n'y existe qu'en rudiment, et géné-
ralement dans les lacertiens.
Le Conarium ou Glande pinéale existe dans les Sauriens
comme dans tous les autres animaux vertébrés sans ex-
ception , malgré les assertions contraires de Sténon et de
Haller.
Il est bien plus apparent chez eux que chez les poissons.
Situé en arrière des hémisphères cérébraux et sur le ren-
flement des couches optiques, dont ses pédoncules dépassent
quelquefois les limites, il est, chez l'orvet, d'une extrême
ténuité, tandis que dans les lézards il offre un peu plus de
volume.
Chez le caméléon et le tupinambis il est très- prononcé
et dans les crocodiles il paroît d'un volume considérable,
comparativement à la masse totale de l'encéphale.
Chez le caïman à museau de brochet il est plus fort
encore.
Dans l'orvet, les lézards, les tupinambis, les crocodiles,
il est de forme alongée et un peu biiurquée en devant.
Dans le caïman à museau de brochet il est divisé Jusqu'à
son sommet.
s AU 471
Quand il existe un rudiment de commissure postérieure,
cette prétendue glande n'a avec lui aucun rapport.
C'est ce qui arrive le plus évidemment du monde pour les
erocodiles et pour le caïman à museau de brochet, comme
l'a observé le docteur Serres.
Chez les mammifères et les oiseaux on remarque dans le
troisième ventricule la commissure molle et grise des couches
optiques.
Dans les crocodiles et les caïmans, cette commissure existe
aussi, et est plus marquée que chez les oiseaux, et située plus
bas que dans les mammifères.
La Commissure antérieure se rencontre chez presque tous les
Sauriens; elle devient plus prononcée chez U^s lézards que
chez les autres.
Dans les crocodiles et les caïmans elle est située en avant
de la couche optique et dans le sillon qui la sépare du corps
strié; à droite et à gauche elle pénètre dans le tubercule
hémisphérique, et s'y perd presque aussitôt.
Le Corps pituitaire ou ÏHjpophjse cérébrale est impaire dans
les Sauriens, comme dans les mammifères, les oiseaux, et les
autres reptiles.
Il est en général d'un fort petit volume et d'une teinte
grise.
Le cervelet des Sauriens, très- petit et aplati, a la figure
d'un segment de cercle plus ou moins triangulaire.
Les nerfs olfactifs de ces reptiles, comme dans les autres
animaux de leur classe et dans les oiseaux, proviennent d'un
lobule placé à l'extrémité antérieure des hémisphères.
Nous avons parlé de l'origine de leurs nerfs optiques au
mot Reptiles. (Voyez aussi Sens et Système nerveux.)
Celle de leurs autres nerfs ne présente rien de parti-
culier.
3." Des Organes des Sensations spéciales dans les Sauriens. Tous
les Sauriens ont deux yeux placés à droite et à gauche de
la tête, assez saillans et assez gros, relativement au volume
de leur corps.
Ces yeux sont mobiles et logés dans des orbites.
Constamment ils sont pourvus de paupières, qui varient
en nombre, en figure, en direction et en mobilité.
472 S AU
Dans les crocodiles, on compte trois paupières, deux ho-
rizontales et une verticale. Les deux premières se ferment
exactement et ont un renflement à leur bord , mais sans aucun
cil. La troisième, demi-transparente, se meut d'avant en ar-
rière et peut couvrir tout l'œil. Elle n'a qu'un seul muscle,
qui remplace le pyramidal des oiseaux, et qui, de même
fixé à la partie postérieure du globe vers le bas, tourne au-
tour du nerf optique, repasse sous l'œil et jette son tendon
dans cette paupière.
Les lézards ordinaires ont pour paupières une sorte de
voile circulaire, tendu au-devant de l'orbite, et percé d'une
fente horizontale que ferme un sphincter, et que dilatent un
muscle élévateur et un muscle abaisseur. La partie inférieure
de ce voile a un disque cartilagineux, lisse, rond, comme
celui des oiseaux. On trouve en outre , chez ces reptiles ,
un rudiment de troisième paupière , mais sans muscle propre.
Chez le caméléon cette troisième paupière manque to-
talement, et la fente du voile est si petite qu'on voit à peine
la pupille au travers.
Le gecko n'a point de paupière mobile, et son œil n'est
protégé que par un léger rebord de la peau.
Le scinque paroît être dans le même cas.
On ne sait encore rien de positif sur l'appareil lacrymal des
Sauriens.
La sclérotique des lézards et du caméléon renferme des
lames osseuses, comme celle des oiseaux; mais ces lames n'en
forment point le disque antérieur et n'en entourent que la
partie latérale.
Le crocodile a des procès- ciliaires très-beaux et très-pro-
noncés, qui se terminent chacun par un angle rectiligne
presque droit.
Les lézards en sont dépourvus.
L'iris des Sauriens tient un peu à celui des poissons par
les teintes métalliques dont il brille. Celui du crocodile offre
un réseau vasculaire des plus beaux.
Ce dernier reptile aune pupille semblable à celle du chat,
tandis que cette ouverture est arrondie dans le caméléon et
dans les lézards , et rhomboïdale chez le gecko.
En général, dans tous les animaux de cet ordre la pupille
SAU 475
est susceptible de contraction et de dilatation, de manière à
recevoir la quantité de lumière nécessaire. Aussi peuvent-ils
tout à la fois distinguer les objets au milieu de l'obscurité
des nuits et au sein des flots de lumière versés dans l'atmo-
sphère par le soleil le plus brillant.
Le nerf optique, chez les Sauriens, traverse les membranes
de l'œil directement et par un trou rond, comme dans la
plupart des mammifères. Il forme en dedans un petit tuber-
cule, des bords duquel naît la rétine.
L'humeur vitrée de ces animaux n'offre rien de particulier
à noter.
Il en est de même de leur cristallin et de leur humeur
aqueuse.
Le globe de l'œil, chez le crocodile, est maintenu dans
l'orbite au moyen des six muscles ordinaires, disposés comme
dans les poissons, et, de plus, par quatre petits muscles qui
embrassent de près le nerf optique et s'épanouissent sur la
sclérotique, après avoir été comme bridés parle muscle de
la troisième paupière.
L'organe de la vision est, d'ailleurs, fort actif dans les Sau-
riens. Habitant la plupart, comme l'a remarqué de Lacé-
pède , les rivages des mers et les bords des fleuves de la zone
torride , oîi le soleil n'est presque jamais voilé par les nuages
et où les rayons lumineux sont réfléchis sans cesse par les
lames d'eau et le sable des rives, il faut que leurs yeux soient
assez forts pour n'être pas altérés et bientôt détruits par les
flots de lumière qui les inondent.
Ainsi que les autres reptiles, les Sauriens ont un organe
d'audition composé d'un sac vestibulaire, d'un vestige de li-
maçon et de trois canaux demi-circulaires; mais aucun d'eux
ne présente de pavillon pour l'oreille. Le crocodile seul offre
quelque apparence d'un méat auditif externe , parce que la
peau forme une sorte de couvercle épaissi au-dessus de son
tympan. C'est là ce qui peut expliquer le passage d'Hérodote,
où il est dit que les Égyptiens suspendoient des bijoux aux
oreilles des crocodiles.
Leur labyrinthe osseux serre de près le membraneux et le
revêt partout d'une lame mince et dure.
Dans les lézards et le caméléon, la caisse du tympan, mem-
474 S AU
braneuse en arrière et en dessous , communique avec le fond
du palais par un canal large et court.
Dans le crocodile, cette caisse, située vers le haut du
crâne, peut se diviser en deux parties; une externe, très-
évasée et fermée en dehors par le tympan et par la peau,
et une interne, séparée de la première par un étranglement
et à laquelle aboutissent les deux fenêtres et quelques ca-
vités analogues aux cellules mastoïdiennes de l'homme, quoi-
que beaucoup plus grandes.
Une de ces cavités est placée entre les canaux demi - cir-
culaires, tandis qu'une autre se dirige en arrière et en
dehors.
Il n'existe qu'un seul osselet de l'ouïe, lequel est simple et
offre une tige mince , dure, et une platine ovale ou trian-
gulaire. Cet osselet s'attache au tympan dans les lézards, et
plus spécialement encore dans le crocodile, par une branche
cartilagineuse. Chez ce dernier la platine a la figure d'une
ellipse aiongée, dont le grand axe est longitudinal, tandis
que chez le caméléon, où la tige cartilagineuse se perd dans
les chairs , elle ressemble au pavillon d'une trompette.
Cet osselet paroît généralement dépourvu de muscles;
ce qui est surtout évident pour le caméléon.
L'appareil de l'audition est donc peu parfait dans les Sau-
riens; aussi ces animaux ne paroissent-ils pas avoir l'ouïe bien
fine et sont-ils muets, ou ne font-ils entendre que des sons
rauques, confus et désagréables.
Il en est de même du sens de l'olfaction, dont, en eux,
les organes paroissent encore plus incomplets.
Chez la plupart de ces animaux , etsurtout dans le crocodile,
les fosses nasales se continuent en un tuyau long et étroit jus-
que sous le trou occipital. Leur ouverture regarde le ciel et
n'est entourée que par les os intermaxillaires seulement.
Quelques lézards cependant ont les narines ouvertes, pres-
que comme celles des oiseaux, c'est-à-dire, en dehors sur
le museau et en dedans au milieu du palais.
Aucun Saurien n'a les os de la face creusés par des sinus
en communication avec les fosses nasales.
On ne sait rien de bien positif sur les lames saillantes qui
peuvent exister chez eux dans l'intérieur de celles-ci.
SAU 47»
La membrane pituitaire est entièrement garnie d'un rets
de vaisseaux noirâtres.
La plupart des Sauriens ont leurs narines extérieures mu-
nies de quelques couches charnues , qui peuvent en dilater
ou en rétrécir l'entrée.
Les crocodiles sont ceux qui ont ces espèces de muscles les
plus rapprochés.
Les tupiiiambis, les caméléons et les stellions , sont ceux
où ils sont le plus écartés.
Le sens du goût est, dans la plupart des animaux dont
nous écrivons ici l'histoire générale, très-foible et peut-être
encore moins développé que celui de l'odorat.
La langue du plus grand nombre des Sauriens, en effet,
quoique singulièrement extensible et mobile, est terminée
par deux longues pointes qui sont demi-cartilagineuses et
cornées, et, quoique molle et humide, sa surface est lisse.
Chez les crocodiles même elle est tellement fixée de près
par les bords et par la pointe, qu'elle paroît manquer, ce
qu'une opinion généralement admise anciennement , paroissoit
avoir consacré en principe. Elle est, du reste, couverte de
papilles représentant des rides superficielles.
Dans l'orvet elle est plate, seulement fendue par le bout
et non extensible.
Chez les stellions et les iguanes elle est charnue et mobile ,
au contraire, comme celle des mammifères, et ne diffère
de celle des scinques et des geckos, qu'en ce qu'elle n'est
point échancrée parle bout. Elle est, d'ailleurs, chez eux,
couverte d'un velouté bien marqué.
Le caméléon a une langue cylindrique, qui peut s'alonger
considérablement par un mécanisme analogue à celui qui
met en mouvement la langue des pics. Ses papilles forment
des rides transverses, profondes, serrées et très-régulières.
A l'égard du toucher, on doit le regarder comme bien ob-
tus dans ces animaux, puisqu'il ne peut, chez eux, donner
lieu qu'à un petit nombre d'impressions distinctes, et cela
en raison des écailles dures, des couvertures osseuses, des
boucliers solides, qui recouvrent et protègent toute la sur-
face de leur corps, de l'épiderme de corne qui les enveloppe
de toutes parts, et qui, entièrement desséché, tombe au
^-6 SAU
moins une fois tous les ans, au printemps, d'une seule pièce
et sous la forme d'un fourreau, ou de squames sèches, ra-
cornies, fanées et incolores.
Plusieurs ont. d'ailleurs, les doigts réunis de manière à ne
pouvoir être appliqués qu'avec peine à la surface des corps,
et si quelques-uns d'entre eux ont des doigts très-longs et isolés
les uns des autres, le dessous même de ces doigts est garni
d'écaillés assez épaisses pour ôter presque toute sensibilité à
cette partie.
Ces doigts sont au nombre de cinq, de diverses longueurs
dans les véritables lézards. Les crocodiles les ont palmés, du
moins aux pieds de derrière. Les geckos les ont revêtus en
dessous d'écaillés imbriquées.
Chea le caméléon ils sont réunis par la peau jusqu'aux on-
gles en deux parties, qui font la pince.
Dans les seps et les chalcides ils ne sont qu'au nombre de
trois.
La queue du caméléon peut, jusqu'à un certain point, être
comparée aux doigts , sous le rapport de l'exercice du sens
du toucher.
Le corps muqueux qui existe sous l'épiderme a des cou-
leurs très- vives et très -variées chez les sauriens, qui sont,
du reste, privés de tissu papillaire partout ailleurs que sous
les pattes.
Dans le caméléon les papilles des pattes sont très-grosses
et mamelonnées.
Le derme ou cuir est fort tenace, intimement adhérent
aux muscles et d'une épaisseur variable.
Dans beaucoup d'espèces on voit sous chaque cuisse une
rangée très -régulière de petits pores, d'où sort une humeur
visqueuse.
Les véritables lézards présentent cette disposition.
Les ongles des sauriens n'offrent aucune particularité à
noter.
Les écailles des crocodiles sont osseuses, imbriquées, dis-
posées par bandes comme chez les tatous, carrelées entre elles
comme dans les ostracions, et surmontées dans le sens de leur
longueur d'une arête ou ligne saillante.
Dans les lézards et dans le plus grand nombre des autres
s AU 477
sauriens, les écailles ne sont que de petites plaques ou com-
partimens de la peau, entre lesquels s'enfonce et se moule
l'épiderme, et qui présente quatre, cinq ou six côtés, une
carène longitudinale , une lame saillante ou même une épine.
Les scinques et les orvets ont de véritables écailles, qui'
à la manière de celles des poissons, sont placées en recouvre-
ment les unes sur les autres. Elles sont plates et ressemblent
à de petits ongles.
Dans les iguanes, des écailles très-saillantes et aplaties se
redressent de manière à former, par leur réunion sur le dos,
une crête dentée ou pectinée, haute d'un pouce et plus.
Sous le ventre des lézards, des tupinambis et des croco-
diles, on observe des plaques carrées, lisses, carrelées et ran-
gées en long et en travers.
4." Des Organes de la Nutrition dans les Sauriens. Ces reptiles
qui se nourrissent de chair vivante, de petits quadrupèdes
d'oiseaux, de mollusques, de vers, d'insectes, qui ne boivent
point et qui ne sauroient sucer, digèrent lentement et man-
gent rarement, surtout dans la saison froide, en sorte que
si quelques-uns d'entre eux, tels que les crocodiles, détrui-
sent beaucoup , cela tient évidemment à la grande masse
qu'ils ont à entretenir. Un repas leur suflBt souvent pour
plusieurs jours, et l'on a vu des crocodiles rester plusieurs
mois sans prendre de nourriture, malgré la voracité qui les
caractérise.
Dans notre article Reptii.es nous avons fait connoître, avec
des détails suffisamment étendus, tout ce qui concerne la
forme, la composition, les dimensions, la solidité des mâ-
choires, le nombre, le volume, la position, le mode d'im-
plantation des dents des sauriens. Nous ne reviendrons point
ici sur cette matière, et nous continuerons immédiatement
la description de leurs organes de la digestion.
Par une conséquence nécessaire du défaut de mastication
chez ces animaux les glandes salivaires dévoient constituer un
appareil moins important dans leur organisation que dans celle
des mammifères.
Dans quelques-uns d'entre eux la langue est composée eu
grande partie d'une masse glanduleuse épaisse, formée d'une
foule de petits tuyaux réunis par leur base et qui se séparent
47« SAU
vers la surface de l'organe. Ce sont autant de papilles quî
hérissent cette surface ou qui la rendent veloutée lorsqu'elles
sont très -fines. Les côtés de la masse sont percés d'une mul-
titude de pertuis qui donnent passage à l'humeur sécrétée par
la glande elle-même.
On observe spécialement cette disposition dans les geckos
à tête plate, dans le scinque schneidérien et dans l'iguane.
Dans les tupinambis cette glande paroît être remplacée par
deux autres, alongées, granuleuses, situées sous la peau le
Jong de la face externe des branches de la mâchoire infé-
rieure, et dont l'humeur est versée au côté externe des dents
de la même mâchoire. Elles sont, de ce côté, immédiate-
ment recouvertes par la membrane palatine.
L'os hyoïde, chez les sauriens, n'est ordinairement que
cartilagineux, et a toutes ses parties très-grêles, alongées et
soudées ensemble.
Le corps de celui des crocodiles, cependant, conserve la
figure d'un large bouclier, et, en cela, ressemble beaucoup
à celui des chéloniens : il est cartilagineux et porte les deux
cornes articulées à peu près au milieu de ses côtés, etparois-
sant formées de deux portions soudées ensemble au moyen
d'une espèce de coude qu'elles présentent en arrière.
Dans l'iguane ce même corps de l'os hyoïde n'est, pour
ainsi dire, que la réunion des sept cornes qui forment le car-
tilage hyoïde. Il y en a une en avant qui se porte sous la
langue , sans s'y fixer. Les six autres sont en arrière. Les deux
inférieures sont les plus longues; elles sont contiguës, un peu
courbées en arc, et s'introduisent dans le goitre sans donner
attache à des muscles ou à des ligamens. Les quatre qui
restent, sont les vraies cornes du cartilage hyoïde. Deux se
portent d'abord en arrière, puis en haut, pour gagner l'occi-
put. Celles qui leur sont postérieures sont recourbées en ar-
rière et en haut, de manière à leur rester à peu près paral-
lèles.
Les mêmes cornes du goitre se trouvent encore dans les
scinques, les agames et les dragons. Dans le dragon rayé leur
extrémité tient au fond du grand sac qui forme le goitre
et doit le tirer en dedans lorsque la langue sort de la
bouche.
SAU 475
Dans le gecko à tête plate on ne trouve que deux cornes
hyoïdes, lesquelles sont analogues à celles des oiseaux.
Dans le caméléon il en existe quatre, dont deux sont droites
et dirigées obliquement en avant, tandis que les deux pos-
térieures remontent derrière la tête. Le corps se prolonge
jusque vers le tiers antérieur de la langue, et est cylindrique
et grêle.
On compte également quatre cornes dans les lézards et les
tupinambis. Les antérieures sont formées de deux pièces,
soudées ensemble ou mobiles l'une sur l'autre, dont la pre-
mière est dirigée en avant et dont la seconde se porte en
arrière et se recourbe sur l'occiput.
Ces diverses pièces sont mises en jeu par les analogues des
muscles mylo- hyoïdiens, sterno- hyoïdiens, omo- hyoïdiens,
qui sont souvent très-considérables, génio-hyoïdiens etcérato-
maxilliens.
Les muscles stylo-hyoïdiens manquent totalement.
Dans les sauriens la langue est en général susceptible de
s'alonger considérablement , et le mécanisme qui produit ce
mouvement, lié intimement à l'acte de la déglutition , est lui-
même inséparable de celui des diverses pièces de l'appareil
hyoïdien.
La langue, en effet, chez eux, est mue par trois paires
de muscles qui prennent leur point fixe sur ce dernier ou
sur l'arc du menton, et par un muscle propre qui ne tient
qu'à elle.
La première paire paroît l'analogue des hyo-glosses de
l'homme, et compose avec les génio-glosses droits, qui for-
ment la seconde paire et qui naissent du bord inférieur de
l'arc du menton , la base de la langue , dans laquelle viennent
se confondre les fibres du muscle propre.
Dans les lézards et les tupinambis ces muscles hyo-glosses
sont fort longs et cylindriques.
Il existe aussi dans les sauriens des génio-glosses trans-
verses , qui s'attachent aussi à l'arc du menton , qui sont larges
et courts et qui manquent dans le caméléon, de uiênie que
les génio-glosses droits.
Le muscle propre ne se trouve que dans les sauriens dont
la langue est alongeable par elle-même et est composé de
'iSo SAU
fibres annulaires. Dans le gecko à tête plate il est antérieu-
rement divisé en six ou huit petites branches, qui se réunis-
sent, vers le tiers moyen de la langue, en deux ventres , puis
en un seul tronc de chaque côté , avant de se jeter dans la
base de la langue.
Dans le caméléon , dont la langue offre un mécanisme
tout-à-fait spécial, les muscles hyo-glo5ses sont fixés à tout
le bord antérieur des cornes postérieures de l'hyoïde et s'in-
sèrent à la moitié postérieure du fourreau de la langue, qui
se regrimpe par son moyen.
Chez le même reptile le muscle annulaire ou propre est
fort épais et forme un cylindre charnu, qui enveloppe les
trois quarts antérieurs de la partie de l'os hyoïde qui pénétre
dans la langue. En avant il est fendu sur les côtés et divisé
en deux languettes.
Chez lui encore le fourreau membraneux , qui enveloppe la
langue, est mû par un muscle rétracteur qui applique son
bout à l'extrémité du muscle annulaire.
Ainsi donc , dans ce reptile singulier , quand la partie de
la langue qui se regrimpe est froncée et raccourcie par Thyo-
glosse et que l'hyoïde est porté en arrière par les sterno-
hyoïdiens et cératoïdiens, le muscle rétracteur maintient le
bout du fourreau en rapport avec les parties ci- dessus dé-
signées.
Lorsque au contraire l'os hyoïde est porté en avant par le
muscle annulaire, qui pousse en outre le fourreau dans le
même sens, les portions postérieures du rétracteur tirent en
avant le fourreau et le déplissent.
L'épiglotte manque chez la plupart des sauriens : l'iguane
ordinaire et le scinque schneidérien en présentent seuls une
apparence; les crocodiles n'en ont qu'un rudiment.
Il en est de même du voile du palais.
Cependant, dans le gecko à tête plate, il existe une sorte
de valvule immobile sur les ouvertures postérieures des na-
rines, et chez le crocodile on retrouve quelque chose d'ana-
logue au voile du palais.
Dans le dernier reptile les ouvertures postérieures des na-
rines, très- reculées, forment un trou arrondi au fond de la
voûte du palais, dont la membrane se détache pour des-
s AU 48t
cendre sur ses côtés en s'élargissant jusqu'à la base de la
langue.
Le pharynx des sauriens n'est que légèrement plus large
que l'œsophage: aucun muscle n'est destiné à le mouvoir ou
à lui faire changer de forme.
La membrane muqueuse qui le tapisse présente de nom-
breux plis longitudinaux.
L'œsophage des Sauriens n'offre rien de bien remarquable.
Son diamètre seulement est très- grand relativement à l'esto-
mac, et il paroit fort dilatable.
Leur estomac est presque généralement sans cul-de-sac, de
forme ovale £t fort alongé : ses parois sont ordinairement
minces et transparentes, comme celles du canal intestinal.
Sa membrane musculeuse est fort peu sensible, du moins
dans une portion de son étendue.
Le pylore, communément sans valvule, n'est indiqué que
par un simple rétrécissement, par une plus grande épaisseur
dans les parois, et par quelques différences de structure.
La forme de l'estomac varie, du reste, beaucoup.
Dans le crocodile ce viscère a une figure globuleuse ef
offre, très- près du cardia et en dessous, un petit cul-de-
sac, qui s'ouvre dans l'intestin par un fort petit orifice et dont
la cavité est séparée de la grande par une sorte de détroit.
Cette dernière, comme le remarque M. Cuvier, est consé-
quemment un grand cul-dc-sac : ses parois sont remarqua-
blement épaisses. La membrane interne y forme de longues
rides, qui serpentent à la manière des circonvolutions céré-
brales.
L'estomac de l'iguane est ovoïde et fort alongé, sans cour-
bure ; il semble formé par l'œsophage, qui se dilate insensi-
blement en descendant, en sorte qu'on ne peut assigner la
place du cardia que par la cessation des plis longitudinaux
qui caractérisent l'œsophage. Avant de se terminer au pylore ,
le viscère se recourbe un peu, se rétrécit tout à coup et
acquiert plus d'épaisseur et d'opacité dans ses parois.
Celui du sauve-garde constitue un long boyau courbé eu
un cercle presque complet.
Dans le caméléon l'estomac commence par un petit ren-
flement , prend une forme cylindrique et alongée,.se re^
47. 0 1
48a SAU
courbe sur îui-même, se rëtrécit beaucoup avant de se ter-
miner, et forme une sorte de petit boyau , dont la membrane
interne présente des plis longitudinaux.
Dans le dragon il est pyriforme : sa grosse extrémité ré-
pond au cardia.
Proportionnellement au corps, le canal intestinal des sau-
riens est très-court: dans le crocodile du Nil, par exemple, la
longueur du corps par rapport à celle du canal intestinal
est :: 1 : 3,3 ; dans le gavial :: i : j,i ;dans le caméléon:: i : 1,7 ,
dans le gecko à gouttelettes :: 1 : i,3; dans le lézard gris
:: 1,3: 1. Cette brièveté dépend évidemment du genre d'ali-
mens dont se nourrissent ces reptiles.
Généralement leur canal intestinal n'offre aucune espèce
d'appendice propre à indiquer une division en petits et en
gros intestins.
Le plus ordinairement on voit chez eux un intestin long
et grêle , qui s'insère à l'extrémité d'un intestin gros et court,
dans la cavité duquel il se prolonge le plus souvent en forme
de valvule par un rebord circulaire.
Les parois du gros intestin sont presque toujours plus fortes,
plus épaisses que celles de l'intestin grêle.
La forme et les dimensions de ce canal varient beaucoup ,
suivant les espèces.
Le crocodile du Nil a un intestin grêle divisé naturelle-
ment en deux portions; l'une, plus dilatée, à parois plus
minces , courbée quatre fois de manière à former autant de
coudes permanens; l'autre, plus serrée, à parois plus épaisses,
renferme, entre ses membranes muqueuse et charnue, une
couche de follicules glanduleux, semblable à une pulpe gri-
sâtre et demi-transparente. La membrane interne de cette
seconde portion offre des zigzags longitudinaux , réunis par de
petits plis transversaux en un réseau fin, qui, dans le gros
intestin, se change en plis irréguliers, constituant une sorte
de velouté.
Chez le même reptile le gros intestin est cylindrique;
dans le gavial, au contraire, il est pyriforme.
Dans les lézards le gros intestin est cylindrique et plus large
que l'intestin grêle, qui, après s'être courbé en avant dès le py-
lore , se replie en arrière , et va en serpentant jusqu'au rectum.
SAU 483
Chez le caméléon l'inteslin grêle n'est pas moins large que
l'estomac dans la plus grande partie de son étendue; mais il
se resserre beaucoup vers sa terminaison, et n'est point séparé
du gros par une valvule : sa membrane muqueuse est hérissée
de plis longitudinaux, ondulés, à bord frangé, qui disparoissent
à quelque distance du gros intestin, dont l'intérieur est lisse
et sans plis.
Dans le dragon le canal intestinal décrit, de l'estomac à
l'anus, deux circonvolutions et demie : son commencement
ne se distingue de l'estomac que par plus de ténuité dans ses
parois.
Celui de l'iguane est transparent, et va, en se rétrécissant,
depuis le pylore jusqu'à l'insertion de l'intestin grêle dans le
gros intestin, qui est alongé et partagé par un étranglement
en deux moitiés cylindriques, dont la surface interne est lisse
et sans plis, à l'exception du commencement, où l'on observe
environ six valvules transversales , mais non circulaires.
On trouve aussi chez ce dernier saurien un véritable cœcum,
aussi large que long, à parois boursouflés, distinct par la plus
grande épaisseur de ses parois et par une cloison qui le sépare
du rectum, et ne laisse aux matières fécales qu'un passage fort
étroit.
Dans la plupart des sauriens l'anus n'est qu'une fente trans-
versale, placée sous l'origine de la queue, et conduisant dans
le cloaque, sorte de réservoir commun des fluides ou des
produits de la génération , de l'urine et des excrémens solides.
Cet orifice a chez eux d'ailleurs deux lèvres, dont l'une se
meut contre l'autre et ferme l'ouverture à la manière d'un
couvercle à charnière.
Les muscles qui meuvent ces lèvres sont en général fort
compliqués : on peut très-bien les observer sur l'iguane , où
ils ont été décrits en particulier par M. Cuvier, et où ils
peuvent servir de type.
Chez cet animal c'est la lèvre postérieure de l'anus qui est
mobile; elle est bordée par un anneau musculeux , sur Itquel
la peau se redouble, et dont les: extrémités vont s'attacher
dans l'angle que fait la cuisse avec la queue.
Il applique cette lèvre contre l'antérieure, et forme l'anus»
Quatre autres muscles rendent cette ouverture béante, en
484 S AU
ramenant la même lèvre en arrière ; ils sont fixés à ses angles.
Les deux internes se rapprochent l'un de Tautre à mesure
qu'ils se portent en arrière, deviennent contigus, et s'insèrent
sous la ligne moyenne de la portion caudale de la colonne
rachidienne; les deux externes remontent obliquement sur les
côtés de la queue, et s'élendent plus loin que les premiers.
Il existe aussi chez l'iguane un cinquième muscle de chaque
cô(é, fixé par son bord antérieur à l'arcade du pubis, se chan-
geant sur le côté correspondant du cloaque en un tendon très-
fort , qui s'unit aux adducteurs de la cuisse, et embrassant
avec son congénère l'extrémité du rectum et le cloaque lui-
même , qu'il doit fortement presser du bas en haut.
Deux petits muscles, enfin , qui vont du pli de la cuisse vers
la commissure du cloaque, servent à Touvrir, tandis qu'il est
soulevé par un releveur analogue à celui des mammifères.
Dans un grand nombre de sauriens, dans les lézards, les
geckos, les dragons, les iguanes, en particulier, le foie, de
ligure variée, ne forme qu'une seule masse, plate ou convexe
en dessous, concave en dessus.
Le bord libre de cette glande a dans les dragons deux échan-
crures, qui le partagent en trois lobules, dont le droit se
prolonge en une sorte de queue.
Dans les geckos il n'a qu'une échancrure , et la partie droite
est également plus '^tendue que la gauche.
Dans l'iguane ordinaire elle se prolonge en un long appen-
dice.
Dans les crocodiles et les caméléons le foie est bilobé.
Le tronc commun du canal hépatique est chez les sauriens
ordinairement séparé du cystique comme dans les oiseaux, et
ne s'insère pas avec ce dernier dans le canal intestinal.
Dans le crocodile il fournit quelquefois une branche à la
vésicule.
Dans le même animal la vésicule du fiel est placée sous le
lobe droit du foie.
Chez lui, et chez les autres sauriens en général, ce réservoir
est ovoïde. Dans l'iguau': cependant il se rapproche de la
forme cylindrique.
La bile contenue dans la vésicule est d'ordinaire très-verte,
très-amère et même très-àcre.
SAU 485
Le pancréas est fort irrégulier, et situé à droite de l'origine
du canal digestif. Celui du crocodile du Nil est partagé en
lobes, et est parcouru par deux canaux distincts.
La rate du lézard vert et celle du caméléon forment un are
de cercle marqué.
Celle du crocodile est recouverte par Testomac.
Dans les sauriens en général elle est alongée.
Leur mésentère est assez développé. Le prolongement de ce
repli, qui se porte au gros intestin, vient de la colonne ver-
tébrale.
Il n'y a point de mésocolon transverse, ni d'épiploons pro-
prement di(s.
On a reconnu des vaisseaux lymphatiques dans plusieurs de
ces reptiles. Les ganglions du même système que ces vaisseaux
n'ont point été découverts.
Les reins sont très-reculés dans la cavité abdominale cliez
les lézards .- ils sont collés dans le bassin, sous le sacrum, et
s'enfoncent même jusque sous la queue. Ils sont ovoïdes et
plus ou moins aplatis. Chez les crocodiles, au moins pendant
les premiers âges, ils sont lobules.
Dans ces derniers les uretères sont courts, gros et à parois
très-épaisses.
Chez tous les sauriens ils se terminent dans le cloaque im-
inédiatement, sans Tintermédiaire de la vessie.
L'accroissement des sauriens est assez lent, parce que
ces animaux vivent long-temjis, et que l'engourdissement,
auquel ils sont sujets durant l'hiver, semble suspendre leur
vie. Avec le temps, certaines espèces, comme les iguanes,
et surtout les crocodiles , atteignent une taille considé-
rable.
Les sauriens vivent en général très-longtemps; l'âge avancé
auquel ils peuvent parvenir ne doit pas étonner dans des ani-
maux à sang froid, qui transpirent à peine, qui se passent
facilement de nourriture, et qui réparent aisément les pertes
qu'ils éprouvent.
5.° Des Organes de la Circulation dans les Sauriens. Personne
n'ignofe que les physiologistes entendent par le mot de cir-
culation le mouvement progressif et déterminé auquel sont
assujettis, dans les vaisseaux qui les contiennent, les divers
486 SAU
fluides qui entrent dans la composition des corps vivans .
comme le chyle, la lymphe, le sang.
Dans l'homme et dans les animaux vertébrés les plus com-
pliqués, la circulation est une fonction des plus importantes,
par laquelle le sang, parti du ventricule gauche du cœur,
se répand , par les artères , dans tout le corps, chemine dans
le système capillaire , passe dans les veines, revient au cœur ,
entre dans l'oreillette droite de cet organe, puis dans le ven-
tricule correspondant, qui l'envoie, à son tour, dans l'artère
pulmonaire, pour être distribué dans les poumons, d'oii il
sort par les veines pulmonaires pour se rendre dans l'oreil-
lette et le ventricule gauches, et en partir de nouveau.
Dans ce trajet le sang décrit évidemment un double cercle:
l'un dans les poumons, l'autre dans tout le corps.
Il n'en est point de même chez les reptiles en général , et
chez les sauriens en particulier.
Chez tous ces animaux , en effet , le cœur se trouve dis-
posé de manière qu'à chaque contraction il n'envoie dans le
poumon qu'une portion du sang qu'il a reçu des diverses
parties du corps, et que le reste de ce fluide retourne aux
organes sans avoir passé par le poumon et sans avoir éprouvé
l'influence de la respiration.
La circulation pulmonaire des sauriens n'est donc qu'une
fraction de la grande circulation ; fraction plus ou moins
forte, suivant les genres, et produisant des effets plus ou
moins marqués.
Il résulte de là que l'action de l'oxigène sur le sang est
moindre que dans les mammifères et les oiseaux, et que, si
ia quantité de respiration de ceux-ci, où tout le sang est
obligé de passer par le poumon , avant de retourner aux au-
tres organes, est exprimée par l'unité, on ne pourra expri-
mer la quantité de respiration des sauriens que par une
fraction de cette unité, d'autant plus petite , que la portion
de sang qui se rend au poumon à chaque contraction du
cœur, sera moindre.
De là aussi, moins de force dans les mouvemens, moins
de finesse dans l'exercice des sens, moins de rapidité dans
la digestion , moins de violence dans les passions ; de là l'inac-
tion , la stupidité apparente , les habitudes communément
SAU 487
paresseuses, la température froide, l'engourdissement hiver-
nal, qui caractérisent les sauriens en général.
Remarquons aussi que les sauriens n'ont que peu de sang
en comparaison des mammifères et des oiseaux : Hasselquist,
qui, en lyôi , a disséqué un crocodile au Grand Kaire , rap-
porte que le fluide qui s'écoula de la grande artère étoit en
fort petite quantité.
Chez les reptiles de cet ordre, au reste, les organes de
la circulation offrent d'assez grandes différences.
Dans les crocodiles, en particulier, le péricarde adhère,
comme chez les chéloniens, au péritoine, qui revêt la con-
vexité du foie, et sa pointe tient par un cordon tendineux
très- fort au sommet du cœur. Extrêmement fort et comme
fibreux à l'extérieur, il est contenu entre les deux lobes du
foie et entre les deux poumons à la fois.
Chez l'iguane le péricarde est situé fort loin du foie, sous
l'origine des poumons et à la partie la plus avancée du tho-
rax. Sa forme est celle d'un cône à sommet alongé.
La première membrane de cette espèce de sac est épaisse,
fibreuse et consistante.
La seconde est mince, transparente et séreuse.
Dans le crocodile le péricarde renferme évidemment une
humeur séreuse.
Le cœur a deux oreillettes et un seul ventricule. Il a les
mêmes rapports, les mêmes connexions que le péricarde
avec les organes voisins : son volume est en général petit.
Dans le crocodile, ses oreillettes, un peu moins grandes
que dans les tortues, ont des parois épaisses et sont aff'er-
mies par de robustes colonnes charnues, dirigées en divers
sens.
Dans l'iguane elles n'offrent rien de particulier.
Le sinus des veines caves s'ouvre dans une sorte de ré-
servoir qui communique dans l'oreillette droite par une em-
bouchure en forme de fente et bordée de deux valvules.
Le ventricule du cœur présente, chez le crocodile, unç
forme ovale et des parois très -épaisses. Sa cavité est divisée
en trois loges , communiquant entre elles par plusieurs ori-
iices, mais donnant cependant au sang qu'elles reçoivent un©
marche déterminée.
488 S AU
L'une de ces loges est inférieure et droite; roreillette du
même côté y verse, par une large ouverture bordée de deux
valvules, le sang qu'elle reçoit des veines du corps.
Du côté gauche de la même loge , et toujours en avant, se
trouve l'embouchure de l'aorte gauche descendante, et der-
rière elle un orifice qui conduit dans la plus petite des trois
loges, placée à la partie moyenne de la base du cœur, et
dans laquelle s'ouvre le tronc commun des artères pulmo-
naires.
Une dernière loge, supérieure et gauche, est séparée des
deux précédentes par des cloisons perforées , et reçoit de
l'oreillette gauche le sang des veines pulmonaires par une
embouchure bordée à droite d'une valvule membraneuse , à
droite de laquelle encore s'ouvre le tronc commun de l'aorte
descendante droite , des carotides et des axillaires.
Dans l'iguane le ventricule du cœur n'a que deux loges;
une droite, qui constitue proprement le ventricule, et une
gauche et supérieure , qui semble n'être qu'un sinus de la
première : c'est dans celle-ci que s'ouvrent l'oreillette pul-
monaire et l'aorte descendante droite; puis, plus bas, l'ar-
tère pulmonaire et l'aorte descendante gauche.
Il n'y a point de loge pulmonaire.
L'intérieur de toiife la cavité est garni de colonnes char-
nues, dont les ramifications sont détachées.
L'oreillette gauche du cœur du caméléon est remarquable
par ses dimensions de beaucoup supérieures à celles de la
droite , fort développée déjà elle-même.
C'est dans cette oreillette que, chez les sauriens, vient
s'ouvrir par un seul oritice le sinus commun des veines pul-
monaires, lequel est bordé d'une valvule charnue en forme
de croissant.
Les mouvemens du cœur sont très - énergiques dans ces
reptiles.
Chez, le crocodile le sang qui afflue de l'oreillette droite
dans la luge du même côté, passe à la fois dans l'aorte des-
cendante gauche, dans la loge pulmonaire, qui le chasse
par l'artère du même nom dans la loge supérieure et gauche,
enfin, en filtrant à travers les trous des cloisons. L'oreillette
gauche pousse dans cette dernière loge le sang qu'elle a reçu
s AU 'lôv
des veines pulmonaires et qui passe bientôt dans le tronc com-
mun de l'aorte descendante droite, des carotides et des axil-
laires, et en partie dans les deux autres loges.
Chez ce saurien le sang pulmonaire ne se mélange donc
pas aussi intimement avec celui du corps que dans les ché-
loniens.
Et, en effet, les carotides et les axillairfs portent aux par-
ties antérieures, les iliaques aux membres postérieurs, un
sang qui vient presque en totalité immédiatement des pou-
mons . tandis qu'une portion de celui qui prend son cours
par l'aorte gauche , pour aller aux viscères, vient de la loge
droite et de l'oreillette du même côté, et n'a pu conséquem-
ment traverser les organes de la respiration pour y être mo-
dilié par l'air.
En général, au reste, chez les sauriens, le cœur, excité
par un sang moins souvent animé, renouvelé, revivifié pour
ainsi dire par l'air atmosphérique qui pénètre dans les pou-
mons, n'exécute ses mouvemens de diastole et de systole
que d'une manière lente et parfois presque insensible. Le
sang a , en conséquence , chez eux , un cours beaucoup moins
rapide que dans les mammiféjres et surtout que dans les
oiseaux.
Leurs veines pulmonaires sont réunies en un seul tronc au
moment où elles atteignent le cœur.
Il existe aussi chez eux deux aortes postérieures , une gauche
et une droite.
Les Sauriens, comme les autres reptiles, offrent plusieurs
phénomènes, que la physiologie de nos jours ne sauroit en-
core expliquer facilement. Pendant un fort long temps ils
peuvent se passer de nourriture, et, durant l'hiver , ils sont
plongés dans un état d'engourdissement beaucoup plus pro-
fond que celui qui caractérise le sommeil hivernal des mam-
mifères. Voilà deux faits sur lesquels notre curiosité , à l'é-
gard de ces animaux, n'est point encore complètement satis-
faite. Jusqu'aux recherches publiées par M. L. Jacobson, de
l'académie de Copenhague, nous n'étions que peu éclairés sur
ces deux facultés des reptiles; rien ne nous démontroit de
quelle disposition de leur organisation elles peuvent dépendre.
D'après des recherches particulières, le savant anatomiste
490 SAU
danois que nous venons de citer, a reconnu qu'il existe
dans les reptiles une manière d'être spéciale de certains
vaisseaux, qui constitue un système veineux particulier.
La nature a établi ce système dans tous les leptiles d'une
manière plus ou moins marquée ; on en trouve les rudimens
dans les tortues et les crocodiles; mais il n'est complètement
d'éveloppée que cfcz les autres Sauriens, les Oihidiens et
les Batraciens, tant anoures qu'urodèles.
Il est composé des reines des membres abdominaux, des reines
■pelviennes ou caudales, des veines rénales postérieures , des veines
de l'oviducte, d'une grande partie des veines de la peau, de
celles des muscles de l'abdomen, et de celles de certains or-
ganes particuliers aux reptiles.
Ces veines se combinent et forment un ou plusieurs troncs,
qui vont se rendre , ou dans la veine-porte, ou dans le foie,
ou, enfin, et dans le foie et dans la veine -porte.
Ce qui distingue spécialement ce système, c'est qu'on voit
en lui une partie des veines des organes de la locomotion et
de la peau aller se distribuer dans le foie; ce dont on n'a
aucun autre exemple parmi les animaux vertébrés.
Certains organes spéciaux semblent liés à ce système vei-
neux d'une manière particulière, et sont regardés par M.
Jacobson comme propres à sécréîer et à garder un suc nutritif
destiné à être résorbé dans les mois rigoureux de la mauvaise
saison, lors du sommeil hivernal.
Ces organes sont formés de deux sacs membraneux et vas-
culeux, qui sont situés à la partie inférieure du bas-ventre,
entre les muscles et le péritoine.
Chez les Ophidif.xs , où avant M. Jacobson ils avoient été
dcj.à observés, quoique décrits incomplélement , ils consti-
tueu* deux corps graisseux , qui occupent la paroi antérieure
de l'abdomen et reçoivent leurs artères de l'aorte même, tan-
disque Icsveinesquien naissent font partie du systèmeindiqué.
Dans les Sauriens ces mêmes organes sont plus petits et
situés plus bas : ils semblent aussi n'être développés qu'à une
certaine époque de la vie.
Quoi qu'il en soit, le S3'stème veineux dont il s'agit, et dont
j'ai vérifié la disposition dans le lézard en particulier, varie
beaucoup.
SAU 491
Pour le composer, toutes les veines des muscles et de la
peau des extrémités pelviennes entrent par différentes ou-
vertures dans la cavité du bassin , et s'y réunissent en deux
troncs, qui, de chaque côté, vont se joindre à la veine rénale
postérieure , laquelle est particulière aux reptiles , com-
mence dans le rein par des racines qui n'ont aucune com-
munication avec celles des autres veines rénales, et, accom-
pagnant le nerf sciatique, se porte le long du bord externe
du rein, et en recevant dans son trajet les veines de l'oviducte
et les sous-cutanées dorsales, jusqu'à la cavité du bassin, où
elle se réunit avec le tronc formé par les veines crurales,
pour se porter à la face inférieure de l'abdomen, et recevoir
le sang des veines vésicales.
Ce tronc principal rampe ainsi jusqu'à la partie antérieure
de l'abdomen, reçoit les veines des muscles des parois de
cette cavité, et se porte entre les grands lobes du foie, pour
se joindre à la veine-porte.
On observe seulement quelques variations provenant de la
situation des reins, de la grandeur des veines caudales et de
l'étendue de la paroi inférieure de l'abdomen. Les veines de
îa partie supérieure des muscles de cette région forment un
tronc séparé, qui va directement au foie.
Dans les crocodiles on trouve à la jiartie antérieure du bas-
ventre deux de ces troncs veineux qui se portent au foie.
Il en est de même dans les caïmans.
6.° Des Organes de la Respiration dans les Sauriens. En général
les poumons de ces reptiles, toujours au nombre de deux,
sont moins étendus le long du dos que dans les chélo-
niens. Dans le caméléon et le marbré ils sont divisés en lon-
gues appendices coniques , qui arrivent jusqu'au bassin ,
se plaçant entre les viscères , et augmentant de beaucoup le
volume de l'animal, lorsque celui-ci les remplit entière-
ment d'air.
Les bronches sont fort courtes dans la plupart des sauriens,
et dans le lézard vert même la trachée-artère, parvenue au
sommet des deux poumons réunis , s'ouvre dans chacun par
un large orifice. Dans le crocodile ce même conduit fibro-
cartilagineux se recourbe d'arrière en avant, se divise en
bronches, qui se portent de même en avant, pour reprendre
492 SAU
ensuite leur direction d'avant en arrière, en restant quelque
temps accolées l'une à l'autre.
Généralement les canaux aériens de ces reptiles sont formés
d'anneaux fibro-cartilagineux complets. Le crocodile du Nil,
où la trachée-artère présente, non loin du larynx, un inter-
valle membraneux, et le caméléon, où le même conduit offre
des anneaux incomplets dans le voisinage de sa bifurcation ,
font seuls exception à cette règle générale.
I,es poumons chez eux n'ont point la structure vasculcuse
propre à ceux des mammifères et des oiseaux.
Ils constituent dans la plupart des espèces deux sacs, dont
la forme et la grandeur relatives varient beaucoup, et dont les
parois intérieures sont divisées par des feuillets membraneux
en cellules polygonales, danslesquelles d'autres feuillets, moins
élevés, forment des cellules plus petites, assez comparables à
celles qui se voient dans le second estomac des mammifères
ruminans. Ces cellules sont ordinairement plus petites, plus
nombreuses et plus profondes dans la partie antérieure du sac
pulmonaire que dans le reste de son étendue, et surtout que
dans les appendices qui le terminent en arrière, où l'on n'a-
perçoit plus qu'un réseau à mailles lâches et extrêmement
iines. (Voyez Respiration.)
Chez ces reptiles, en général, les mouvemens d'inspiration
et d'expiration, bien loin d'être fréquens et réguliers, sont
souvent suspendus pendant très- longtemps et par des inter-
valles fort inégaux.
Les sayriens manquent, avons-nous dit déjà, d'épiglotte et
de voile du palais : leur larynx se compose de pièces analo-
gues à celles du larynx sypérieur des oiseaux ; ils n'offrent
aucune trace de hirynx inférieur.
La charpente cartilagineuse du larynx dans le crocodile est
formée de cinq pièces : la glotte est purement membraneuse;
il n'existe ni ventricules ni rubans vocaux.
Dans l'iguane la glotte est fort courte, de mêmç que dans
les tupinambis et les lézards.
Le caméléon porte un petit sac membraneux, qui s'ouvre
en dessous, entre la plaque inférieure du larynx et le pre-
mier anneau de la trachée-artère.
On ne retrouve cette disposition ni dans l'iguane ni dans le
SAU 493
dragon, malgré la présence d'un goitre chez ces animaux.
Les sauriens manquent de voix pour la plupart : les croco-
diles et les geckos seuls poussent un cri assez remarquable ;
les autres n'ont qu'un sifflement sourd.
7." Des Organes de la Génération dans les Sauriens. Tous les sau-
riens s'accouplent, produisent des œufs, dont l'enveloppe est
calcaire ou coriace, et les déposent dans le sable ou dans la
terre, sans jamais les couver. L'arJeur du soleil et la chaleur
de l'almosphère les font éclore. Ces œufs varient, sous le rap-
port de leur grosseur, selon les espèces, beaucoup plus que
ceux des oiseaux.
Chez les mâles les testicules sont dans la cavité abdominale
collés en avant de la face inférieure des reins : leur substance
est composée de faisceaux fins , cylindriques et facilement
séparables.
L'épididyme forme chez les lézards en particulier un corps
détaché, gros, de figure pyramidale, plus long que le testi-
cule, et évidemment composé des replis du canal déférent,
qui, trés-flexueux, va s'ouvrir dans le cloaque.
Il n'existe chez les sauriens ni vésicules séminales ni vésicules
accessoires.
La plupart des mâles ont chacun deux verges courtes ,
cylindriques, hérissées d'épines. Le crocodile néanaioins n'ea
offre qu'une seule.
Les femelles manquent de clitoris.
Elles ont chacune deux ovaires, ordinairement plus étendus
que ceux des oiseaux, et où les œufs prennent un accroisse-
ment très-grand. Voyez Erpétologie, Eumérodes, Lézard, Rep-
tiles, Urobènes. (h. C.)
SAURIENS. (Fos5.) Voyez Reptiles fossiles. (D. F.)
SAURIGEN. (Bot.) Nom arabe de l'hermidate, cité par
Mentzel. (J.)
SAURION. ( Bot. ) Daléchamps cite ce nom ancien de la
moutarde. (J. )
SAURITE. {Erpét.) Nom spécifique d'une couleuvre, décrite
dans ce Dictionnaire, tome XI, pag. 20S. (H. C.)
SAURITIS. {Bot.) Un des noms grecs anciens donnés au
mouron, anagallis, suivant Ruellius. (J.)
SAUROTHECA. ( Ornjf/i. ) Nom générique, formé du grec
494 S AU
par M. VieiUof, pour le Tacco , espèce de coua, dont il est
parlé dans ce Dictionnaire à l'article du Coucou , tom. XI ,
pag. i36. (Ch. D. )
SAURURUS. [Bot.) Ce nom avoit été donné d'abord par
Plumier à plusieurs plantes des Antilles, réunies maintenant
au piper. Linnaeus l'a consacré au genre qui est le type de
la famille des saururées. Son Saururus nalans est devenu VApo-
nogeton monostachjum dans la même famille. Voyez Lézar-
DELLE. (J. )
SAURUS. (Tchthjol.) Voyez Saure. (H. C.)
SAUSEB. (Bot.) Voyez Sub^sib. (J.)
SAUSSUREE, Saussurea. (Bot.) Ce genre de plantes, pro-
posé en 1810, par M. De Candolle , dans le tome 16 des An-
nales du Muséum d'histoire naturelle, et dédié par lui aux
célèbres Saussure, père et fils, appartient à l'ordre des Synan-
thérées, et à notre tribu naturelle des Carlinées. Voici ses
caractères, tels que nous les avons observés sur des échan-
tillons secs des Saussurea alpina et salicifolia.
Calathide subcylindracée , incouronnée, équaliflore , plu-
jriflore, régulariflore, androgynlflore. Périclinesubcylindracé ,
inférieur aux fleurs; formé de squames régulièrement imbri-
quées, appliquées, «ivales , coriaces, toutes absolument pri-
vées d'appendice; les intérieures longues, étroites, subsca-
rieuses. Clinaiilhe plan, garni de fimbrilles filiformes- lami-
nées, subulées. libres ou quelquefois un peu entregreffées à
la base. Ovaire oblong, glabre ; aigrette double: l'extérieure
(plusoumoins nianiftste) courle, composée de squamellules
unisériées, filiformes, barbellulées; l'intérieure longue , com-
posée de squamellules unisériées, égales, plus ou moins en-
tregreffées à la base , filiformes-laminées, cornées, barbées.
Étamines à filets très-glabres, à anthères pourvues de longs
appendices apicilaires aigus , et de longs appendices basilaires
barbus ou laineux. Style à deux stigmatophores longs, libres,
presque continus ou à peine articulés sur lui.
Le genre Saussurea diflere de notre Theodorea par les squa-
mes du péricline, qui sont toutes absolument privées d'ap-
pendice. Les Saussurées sont des plantes herbacées , à feuilles
entières, ou plus souvent pinnatifides , non épineuses, à ca-
lathides corymbées , petites, composées de fleurs purpurines.
SAU 495
La plupart sont indigènes de la Sibérie , et notamment des
terrains salés de ce pays. Deux espèces, plus anciennement
et plus généralement connues, se trouvent sur les Alpes de
France, et doivent seules être décrites ici.
Saussurée des Alpes: Saussurea alpina, Decand., Ann. du
Mus., tom. 16, pag. 198; FI. fr. , tom. 5, pag. 466 ; Serratula
alpina, Linn. , 5p. p/. , pag. 1145. C'est une plante herbacée,
à racine vivace , à tige courte, droite, simple; à feuilles
presque glabres en dessus, velues en dessous, entières ou lé-
gèrement dentées, les radicales ovales-lancéolées, étrécies en
pétiole vers la base, les supérieures oblongues- lancéolées .
sessiles; les calathides , très-peu nombreuses, forment un
petit corymbe au sommet de la tige ; le péricline est velu ,
grisâtre; les corolles sont purpurines. On trouve cette plante
au sommet des Alpes du Dauphiné et de la Provence, ainsi
que dans les Pyrénées.
Saussurée DiscoLORE : Saussurea discolor , Decand., /oc. cit.;
Serratula discolor ,^\iUd., Sp.pL, tom. 3 , pag. 1641. Celle-ci,
qu'on trouve sur les hautes sommités des Alpes du Dauphiné ,
est beaucoup plus rare que la précédente, avec laquelle on
Fa confondue, mais dont elle est bien distincte; sa tige est
un peu plus élevée , et porte un corymbe terminal de cala*-
thides un peu plus nombreuses; ses feuilles, presque «labres
en dessus, sont chargées en dessous d'un duvet cotonneux,
parfaitement blanc ; elles sont fortement dentées, souvent
anguleuses: les radicales pétiolées, ovales, échancrées en
cœur ou presque en fer de flèche; les caulinaires sessiles,
ovales-lancéolées.
Nous avons observé, dans Fherbier de M. de Jussieu, une
plante qui y étoit étiquetée Saussurea multijlora , Decand.,
mais dont la calathide nous a offert les caractères sulvans:
Calathide oblongue , incouronnée, équaliflore, pluriflore ,
régulariflore, androgyniQore? Péricline oblong, à peu près
égal aux fleurs, formé desquames régulièrement imbriquées,
appliquées , absolument privées d'appendices : les extérieures
plus courtes, ovales, uninervées, à bords scarieux et colorés;
les intérieures plus longues, oblongues-lancéolées, scarieuses
et colorées supérieurement. Clinanthe plan, garni de fim-
brilles nombreuses, inégales, filiformes-laminées, subulées.
496 SAU
Ovaire court, tëtragone, glabre, ayant un bourrelet apicilaire
coroniforme, denticulé; aigrette composée de squamellules
inégales, plurisériées , filiformes, barbellulées. Corolle à limbe
plus long que le tube, parsemé de glandes, un peu obrin-
gent , ayant les incisions un peu inégales. Étauiines à filet
glabre, mais offrant quelques rudimens de papilles avortées;
anthères libres ou à peine cohérentes, ayant les loges très-
courtes, garnies de pollen, les appendices basilaires nuls ,
l'appendice apicilaire extrêmement long, linéaire, presque
aigu au sommet. Style à deux stigmatophores entièrement
libres.
Les squames intermédiaires du péricline , parsemées de pe-
tites gl.ndes jaunâtres, ont une grosse nervure brune, et
les bordb violets, comme ciliés par de longs poils laineux ou
aranéeux. La calathide contient environ douze fleurs.
11 est évident que cette plante n'appartient point au genre
Savssurea, mais bien au Serralula des botanistes, que nous
avons divisé en trois sous-genres, nommés Klasea, Serratula ,
Maslrucium (voyez tom. XLI , pag. 5 lo ). Mais elle semble ne
se rapporter exactement à aucun des trois, et pourroit exiger
la création d'un quatrième sous-genre. Cependant, comme
il seroit possible que les calathides observées par nous fussent
mâles par imperfection du stigmate ou de l'ovaire, et qu'ainsi
la plante en question fût dioïque, nous l'attribuons provisoi-
rement auvrai Serratula, avec lequel elle a beaucoup de rap-
ports, et nous la nommons Serratula tincta, à cause de son
péricline teint d'une couleur violette ou purpurine. Remar-
quez que, dans la Serratula tinctoria , qui est le type de ce
sous-genre , l'appendice des squames du péricline est extrê-
mement petit et d'une substance molle , en sorte qu'il dis-
paroit , ou cesse d'être sensible, sur les calathides âgées ou
sèches; ce qui n'a point lieu dans les Klasea, où l'appendice
des squames est bien plus manifeste , roide et persistant.
Quant au Mastrucium, dont la calathide est couronnée, ra-
diée, notre plante ne peut pas lui appartenir.
La Saussurea runcinata, décrite et figurée dans le Mémoire
de M. De CandoUc, est-elle une vraie Saussui-ea ? JNous en
doutons beaucoup, et nous sommes tenté de croire que c'est
une espèce de Serralula, d'après la figure dessinée par M.
s AU 497
Turpin. En effet, l'aigrette y paroit composée (fig. c,/, g)
de filets plutôt dentés ou ciliés que vraiment plumeux , dis-
posés sur plusieurs rangs, très-inégaux, graduellement plus
longs de dehors en dedans.
Le tableau méthodique des genres et sous-genres compo-
sant la tribu des Carlinées , n'ayant point été présenté dans
notre article sur cette tribu ( tom. VII , pag. 109) , où il au-
roit dû se trouver, nous l'insérons ici, comme un supplément
nécessaire, et qui ne pourroit pas être placé plus convena-
blement dans tout autre article ultérieur.
IL* Tribu. Les Carlinées {Carlineœ).
Cinarocephalarum gênera. Vaillant (1718) — Bern. Jussieu
( 1769. ined.) — A. L. Jussieu (1789) — Carduorum et Xeran-
themorum gênera. Adanson (1763) — Carduacearum gênera. L.
C.Richard (1801 ) in Marthe Cafal. p. 85 — H. Cassini (181 2 )
— Carduacearum et Labiatijloraruni gênera. De CandoUe (1810
et 1812) Ann. du Mus. v. 16 et 19 — Cinarocephalarum et
Chœnantophorarum gênera. Lagasca ( 1811 ) Amenid. natur. —
Carlineœ et Xeranthemeœ. H. Cassini (1814) — Carlineœ. H.
Cassini (1816) — Barnadesiarum , Vernoniacearum , et prohabi-
liter Carduacearum verarum atque Onoseridarum gênera. Kunth
(1820).
( Voyez les caractères de la tribu des Carlinées, tom. XX ,
pag. 357.)
Première Section.
Carlinées-Xéranthémées ( Carlineœ-Xeranthemeœ).
Caractères: Ovaire plus ou moins velu, rarement glabre.
Aigrette de squamellules paléiformes ou laminées , quelque-
fois accompagnées de squamelulles filiformes; rarement nulle.
Corolle glabre. Péricline diversifié.
1 . * Xeranthemum. = Xeranthemum. Tourn. ( 1 694 ) — Vaill.
(1718. benè) — Adans. — Gaertn. (1791) — Xeranthemi sp.
Linn. — Harrisonia. Neck. ( 1791 ).
2.* CHARDiNiA. = Xerarif?iemi sp. Tourn. (1703) — Linn.— ■
Willd. — Fers. — Chardinia. Desf. ( i 8 1 8 ) Mém. du Mus. v. 4-
— H. Cass. Dict. v. 8. p. i85.
3.* NiTEi/iuM.=: iVj>e//j/m, H. Cass. Dict. v. 35. p. 11.
47. 02
49^ SAU
4.*DicoMA. — Dicoma. H. Cass. Bull. Janv. 1817. p. 12.
Bull. Mars 1818. p. Z,;. Dict. v. i3. p. 194.
5. t ? Lachkospermum. = StœheUnœ sp. Thuiib. ( 1800) —
Lachnospermum. Willd. (1800) — H. Cass. Dict. v. 26. p. 5i.
— Serratulce sp. Poir.
6. "■ CorsiNiA. = Cardui sp. Marsch. ( 1808) — Cousinia. H.
Cass. Dict. (hic).
7. t Stob.ea. = Carlinoidis sp. Vaill. (1718) — Carlinœ sp.
Linn. — Arelina. "Neck. (1791) — Stobœa. Thunb. (iboo) —
Willd. — Pers. — Decand .
8. * Cardopatium. = Carthami sp. Tourn. ( 1703 ) -^ Linn.
( 1763 ) — Echinopsis sp. Linn. (1737) — Broiera. Willd. (i8o3.
pessiniè ) — ( Non Broiera. Spreng. (1 800 ) — Cardopatium. Juss.
( i8o5. sufiicienter) Ann. du Mus. v. 6. p. 324. Dict. v. 8. p.
80 — H. Cass. (1817) Dict. v. 7. p. gS. Dict. (hic) — Cardo-
patum. Pers. (1807)— Decand. (1810).
Seconde Section.
Carlinées-Prototypes ( Carlineœ-Archetypœ).
Caractères . Ovaire très-velu. Aigrette de squamellules fili-
formes 5 barbées. Corolle glabre. Péricline entouré de brac-
tées foliacées, ordinairement dentées-épineuses, qui tantôt
forment un, involucre distinct attaché à sa base , tantôt for-
ment les appendices de ses squames extérieures.
9. * Carlina. = Carlinœ sp. Tourn. — Vaill. — Linn. — Car-
Una. H. Cass. Dict, (hic).
10. * MiTiNA. = Car/inœ 5p. Tourn. — VailL — Linn. — Mitina,
Adans. ( 1763) — Scop. (1777) — H. Cass. Dict. (hic ).
1 1. * Carlowizia. — Carthami sp. Linn. fil. (1781 ) — Alha-
mus. Neck. (1791 ) — Carloivizia. Mœnch ( 1802) — Decand.
( 1810) — H. Cass. Dict. V. 7. p. 111. Bull. 1820. p. i23. Dict.
V. 25. p. 53.
12.* Cham^leow seuCHAMALiuM.= Carlinœ sp.TouTîi. (1700)
• — Cnici sp. Tourn. ( 1703 ) — Crocodilodis sp. Vaill. ( 1718 ) —
Atractjdis gummifera. Linn. — Acarnœ sp. Willd. (i8o5) —
CiVseUj'isp.Brotero ( 1804) — Chamœleon. H. Cass. Dict. (hic).
i5. * Acarna. = acarnœ 5p. C. Bauh.(i625) — Willd. (i8o3)
— Cnfci sp. TeurH. ( 1 700 ) — Cro.codilodis sp. Vaill. (1718) —
SAU 499
Atracljlis cancellata. Linn. — Cirseltii $p. Gaertn. (1791 ) —
Brot. ( 1804) — Acarna. H. Cass. Dict. (hic).
14. * Anactis. = ^nach'5. H. Cass. Dict. (hic).
i5.* Atractyus. — Cnici sp. Tourn. ( 1700) — Crocodilodis
sp. Vaill. ( 1718 ) — Atracljlis humilis. Linn. — Cirsellii sp.
Gœrtn. ( 1791 ) — AtractjUs. WiUd. ( i8o3 ) — H. Cass. Dict.
(hic).
i6. * Spadactis. = An? Atractjlis humilis, var. ^. Linn. Sp.
pL p. 1162 — Spadactis. H. Cass. Dict. ( hic ).
Troisième Section.
Carlinées-Barnadésiées ( Carlineœ-Barnadesieœ ).
. Caractères : Ovaire trés-velu. Aigrette de squamellules fili-
formes, barbées. Corolle velue. Péricline absolument dénué
de bractées foliacées , mais composé de squames uniformes ,
très-simples, plus ou moins piquantes au sommet.
17. t Barnadesia. = Barnadesia. Linn. fil. ( 1781 ) — Lag.
1 8. * Diacantha. — Bacasiœ sp. Ruiz et Pav. ( 1798 ) — Dia.-
cantha. Lag. ( 1811 ) — H. Cass. Dict. v. 1 3. p. 1 Sa.
ig. t Bacasia. = Bacasia. Ruiz et Pav. ( 1794) — Lag. (1811).
20. t Dasyphyllum. = Dasjph^llum. Kunth ( 1820 ).
21. *TuRPiKiA. = Turpinia. Bonpl. ( 1807) — Kunth. (1820).
22. * Chuquiraga. = Chuquiraga. Juss. ( 1789 ) — Bonpl.
( 1807 ) — Decand. — H. Cass. Dict. v. 9. p. 178 — Kunth —
Johannia. "Willd. ( i8o3 ) — Joannesia. Vêts. ( 1807 ).
Quatrième Section.
Carlinées-Stéhélinées ( Carlineœ-Stœhelineœ ).
Caractères : Ovaire ordinairement glabre , rarement velu.
Aigrette de squamellules filiforcies , barbées ou barbellu-
lées , rarement nues. Corolle glabre. Péricline ordinairement
inerme.
23. t GocHNATiA. = Gochnatia. Kunth ( 1820 ) — H. Cass.
Dict. V. 19. p. 149-
24. ^SiiFTiA.i^ Sh/f/a. Mik. — H. Cass. Dict. (hic).
2 5. * HiRTELLiNA. = StœhcUnœ sp. Decand. (1810) — HirteL-
lina. H. Cass. Dict. (hic).
5oo s AU
26. * Barbeluna. = Stœhelinœ sp. Decand. (1810) — Bar-
hellina. H. Cass. Dict. ( hic ).
27. * St^ehelina. = Stcçhelinœ sp. Decand. ( 1810) — Isotjpi ?
sp. Kunth (1820) — Stœhelina.H. Cass. Dict. (hic).
28. * Saussurea. = Serratulœ sp. Linn. — Cirsii sp. Gmel. —
An? Cephalonoplos. Neck. (1791) — Saussurea. Decand. (1810)
— H. Cass. Dict. (hic) — Heterotrichum. Marsch.
29. *Theodohea. = Cirait sp. Gmel. — Serratulœ sp. Linn. —
Saussureœ sp. Decand. (1810) — Theodorea. H. Cass. Bull. nov.
1818. p. 168.
Nous avions d'abord confondu , comme les autres bota-
nistes, les Carlinées avec les Centauriées , les Carduinées ,
les Échinopodées, en réunissant toutes ces plantes, sous le
titre commun de Carduacées. Mais, dans notre troisième Mé-
moire sur les Synanthérées, lu à l'Institut en Décembre 1814,
nous avons admis quatre tribus nommées Carduacées, Carli-
nées, Xéranthémées , Echinopsidées. Enfin, dansle quatrième
Mémoire, lu en Novembre 1816, nous avons séparé les Cen-
tauriées des Carduacées, et nous avons réuni les Xéranthémées
aux Carlinées.
MM. De CandoUe et Lagasca ont attribué quelques Carli-
nées à leurs Labiatiflores ou Chénantophores , parce qu'ils
n'ont pas eu le soin d'établir une distinction exacte entre la
corolle vraiment labiée et d'autres sortes de corolles qui n'en
ont que l'apparence.
La classification de M. Kunth, publiée en 1820, présente
une sous -section intitulée Barnadésies , composée des cinq
genres Barnadesia , Dasj'phAdlum , Chuquiraga, Gochnatia, Trip-
idium , et qui semble, au premier coup d'œil, correspondre à
notre tribu des Carlinées, établie et publiée bien antérieure-
ment. Mais ce botaniste n'ayant caractérisé aucune de ses sec-
tions et sous-sections, et n'ayant classé, suivant sa méthode,
que les genres décrits dans sa Flore de l'Amérique équi-
noxiale , il est impossible de mesurer exactement le degré
de correspondance qui doit exister entre les groupes qu'il
admet et ceux que nous avions précédemment établis. On peut
seulement entrevoir que nos Carlinées correspondent à une
partie des Barnadésies et des Vernoniacées de M. Kunth ,
et prolîablement aussi à une partie de ses Carduacées vraie*
SAU Soi
«■t de ses Onosërides: car le Triptilium, qu'il rapporte à ses
Barnadésies , est pour nous une Nassauviée ; le Turpinia ,
qu'il rapporte à ses Vernoniacées , est pour nous une Carli-
née; il rapproche les Stœhelina de son Isotjpus , lequel est
rangé parmi ses Onosérides; enfin, il est bien probable que
si M. Kunth s'étoit occupé des genres Carlina , Atractjlis , etc.,
il les auroit classés avec ses Carduacées vraies.
Notre tribu desCarlinées, quoique foiblement caractérisée,
est naturelle et suffisamment distincte. De tous les caractères
qui la distinguent des Centauriées et des Carduinées, le seul
qui soit exempt d'excepti«ns consiste dans la glabréité par-
faite des filets des étamines.
Cette tribu est fort intéressante à étudier, soit à raison des
affinités croisées qui l'attirent en sens contraires vers plusieurs
points différens de la série générale des Synanthérées, soit à
raison des singularités notables qu'elle offre souvent dans la
structure de presque toutes les parties de la fleur et de la
calalhide.
Les diverses modifications et les anomalies du style et du
stigmate des Carlinées mériteroient surtout un sérieux exa-
men , auquel nous ne pouvons pas nous livrer ici. Il eu est
une cependant sur laquelle nous devons attirer l'affention de
nos lecteurs, et que nous avions déjà signalée, en 1812, dans
notre premier Mémoire sur les Synanthérées , en décrivant le
style de la Carlina vulgaris ( voyez nos Opuscules Phytologiques,
tom. I.", pag. 110 ). Depuis, nous avons trouvé que cette
même structure existe dans toutes les Carlinées - Prototypes ,
et même dans quelques genres des autres sections de cette
tribu , par exemple, dans le vrai Xeranthemum. On la recon-
noît très-aisément sur les fleurs sèches, parce que l'article
inférieur se flétrit en séchant, et devient alors flasque, ridé,
sillonné, comme membraneux , très-flexible, tandis que l'ar-
ticle supérieur, plus court que l'inférieur, ne se flétrit point
du tout, mais reste lisse, plus ou moins coloré , roide, in-
flexible, ce qui le fait paroitre plus épais que l'article infé-
rieur. C'est ainsi que chez les Hélianlhées, le filet de l'éta-
mine se flétrit le plus souvent aussitôt après la fécondation ,
et avant l'article anthérifère. L'article supérieur du style des
Carlinées-Prototypes est probablement formé de la réunion
5o. SAU
intime des deujt stigmalophores , qui seroient entièrement
confondus ensemble et absolument privés de stigmate et de
collecteurs en leur partie inférieure , distincts seulement vers
le sommet, ^ui porte stigmate et collecteurs.
Nous avons placé la tribu des Carlinées entre celle des Lac-
fucées , qui la précède , et celle des Centauriées , qui la suit:
mais elle a aussi des rapports très-remarquables avec les Arc-
totidées, les Inulées , les Nassauviées, les Mutisiées. Son af-
finité avec les Inulées est surtout très-intime , et elle se ma-
nifeste bien clairement dans notre genre Pegolettia [voyez
tom. XXXVIII , pag. aS^). Cependant le rapprochement que
nous avons opéré entre les Carlinées et les Lactucées peut se
justifier par beaucoup de considérations. Bornons-nous ici à
faire remarquer que la corolle de plusieurs Carlinées diffère
peu de celle des Lactucées , et qu'il y a aussi des analogies
notables entre le style de certaines Carlinées et celui de cer-
taines Lactucées.
Nous divisons la tribu des Carlinées en quatre sections ,
qui nous paroissent naturelles, suffisamment distinctes, et
bien caractérisées.
Les vingt-neuf genres qui les composent devroient être ici
tous analysés successivement; mais craignant d'excéder les
bornes qui conviennent à un article de Dictionnaire, nous
allons nous réduire à quelques observations détachées sur
certains genres.
1. Le vrai genre Xerfln/hcmum commence notre série , parce
qu'il nous semble se lier assez bien avec le groupe des Cata-
nancées, ou Scorzonérées anomales, qui termine les Lactu-
cées. En effet, le Xeranthemum ressemble au genre Catanance
par le péricline scarieux , l'ovaire velu , Taigrette d'environ
cinq squamellules paléiforraes inférieu rement , iîliformes et
barbellulées supérieurement. Cependant le Xeranthemum se
rapproche du Carlina par la structure du style, et par les
squames intérieures du péricline , qui sont radiantes et colo-
rées. On pourroit donc renverser la série des Xéranthémées,
en la commençant par le genre Cardopatium, qui, ayant les co-
rolles palmées, de couleur bleue, et les calathides agglomé-
rées, se trouveroit assez convenablement placé immédiatement
à la suite du genre Cichorium , qui est le dernier des Lactucées.
s AU 5o3
4. Nous avons décrit le genre Dicojna( tom. XIII ,pag. 194)
sur un échantillon très-vieux et en mauvais état, qui se trou-
voit dans l'herbier de M. de Jussieu. Mais en 1825 , M. Gay
a. reçu du Sénégal plusieurs beaux échantillons de cette
plante, récemment recueillis sur les sables, près le lac de
Panié-Foul , à quatre lieues de Richardtoi, et il a eu la bonté
de nous en donner un , que nous nous empressâmes d'observer,
d'analyser et de décrire avec soin. Tous les caractères géné-
riques se trouvèrent exactement conformes à ceux de notre
ancienne description; mais la description spécifique étoit im-
parfaite, et elle a besoin, sur certains points, d'être rectifiée
et complétée de la manière suivante :
Dicoma tomentosa , H. Cass. Les feuilles , longues d'environ
dix lignes, larges d'environ deux lignes, sont obovales-oblon-
gues, étrécies en leur partie inférieure, qui est linéaire et
isubpétioliforme , arrondies au sommet, très-entières sur les
bords, plus ou moins blanches et tomenteuses sur les deux
faces, munies d'une forte nervure médiaire. Les calathides
sont en apparence latérales , et non terminales : chacune
d'elles est portée par un rameau pédonculiformc , très-court
et simple , tantôt nu , tantôt ponrvu d'une seule feuille ; mais
comme ce rameau- pédoncule est situé à l'opposite d'une
feuille, il faut en conclure que la calathide est réellement
terminale dans l'origine, et qu'elle devient ensuite latérale,
parce qu'un vrai rameau nait dans l'aisselle de la première
ou de la seconde feuille qui se trouve au-dessous de la cala-
thide, et que ce rameau semble être une prolongation de la
tige; selon que ce rameau naîtra de l'aissefie de la première
ou de la seconde feuille , le pédoncule sera nu ou muni d'une
feuille. Chaque calathide , haute d'environ six lignes, est
composée d'environ quatorze Heurs, à corolle jaunâtre très-
pâle; les poils de l'ovaire sont blancs.
6. Notre nouveau genre Cousinia présente les caractères
suivans :
Cousinia. Calathide incouronnée , équaliflore, pluriflore ,
obringentiflore, androgyniflore. Péricline à peu près égal aux
fleurs, ovoïde-oblong; formé de squames nombreuses, régu-
lièrement imbriquées, presque uniformes: les intermédiaires
appliquées, oblongues-lancéolces , coriaces, surmontées d'un
5o4 S AU
appendice inappliqué , long , étroit , subulé , triquètre , roide ,
terminé par une épine. Clinanthe plan, garni de fimbrilles
nombreuses, absolument libres jusqu'à la base, très-longues,
très-inégales, filiformes. Fruits comprimés bilatéralement,
anguleux, irrégulièrement subpentagones, obovoïdes, étrécis
à la base, un peu ridés, glabres, noirâtres; les extérieurs
obcomprimés ou irrégulièrement anguleux ; aréole basilaire
un peu oblique ; bourrelet apicilaire à peine distinct exté-
rieurement , mais saillant au-dessus de l'aréole apicilaire ,
épais, aminci au sommet, qui est ondulé ou sinué; plateau
nul ou non manifeste; péricarpe coriace, un peu dur, un
peu épais; aigrette courte, très-caduque, située en dedans du
bourrelet apicilaire , composée de squamellules subunisériées ,
inégales, libres, filiformes en apparence , mais réellement
laminées, membraneuses, blanchâtres, linéaires - subulées ,
barbellulées sur les deux bords latéraux, un peu tordues en
hélice. Corolles glabres; limbe plus long que le tube, obrin-
gent, à base coriace. Étamines à filets laminés, glabres; an-
thères très-longues ; loges longues ; appendices apicilaires
longs, cornés, entregreffés; appendices basilaires très-longs,
barbus ou plumeux. Style à deux stigmatophores longs ,
libres, non divergens, point du tout articulés sur le style,
pubescens en dehors comme la partie supérieure du style.
Cousinia carduiforwis , H. Cass. ( An ? Carduus orientalis ,
Marsch.) Plante herbacée; tige peu élevée, dressée, un peu
tortueuse, un peu ramifiée supérieurement, cylindrique,
striée, tomenteuse et blanche; feuilles peu distantes, alternes,
plus ou moins courtement décurrentes , coriaces, roides,
à face supérieure glabre, verte et luisante, à face inférieure
tomenteuse et blanche ; les feuilles inférieures plus grandes,
étrécies vers la base presque en forme de pétiole , oblongues-
lancéolées, presque pinnatifides, à divisions lancéolées , sé-
parées par de larges sinus, terminées par une longue épine ,
et accompagnées à la base de quelques grandes dents épineuses;
les feuilles supérieures graduellement plus petites , absolument
sessiles , obloiigues , profondément divisées sur les côtés en
grandes dents qui se terminent chacune par une épine , et
prolongées par la base sur la tige en décurrences ou ailes très-?
larges, mais qui ordinairement ne descendent pas jusqu'à l»
SAU 5o5
feuille suivante; calalhides hautes d'environ neuf lignes , ir-
régulièrement disposées, terminales^ sessiles , plus ou moins
rapprochées, souvent comme agglomérées, accompagnées de
bractées ou petites feuilles inégales et dissemblables; péricline
presque glabre, un peu scabre , comme parsemé de petites
glandes, d'abord vert, puis roussâtre et comme desséché ;
corolles d'un jaune pâle un peu verdàtre.
Nous avons fait cette description, générique et spécifique,
sur un échantillon sec , qui nous a été libéralement donné
par M. Gay , à qui il avoit été envoyé , avec plusieurs autres
de la même espèce , sous le nom de Carduus orienfalis, Marsch,
La description de Marschall {FI. taur. cauc. , v. 2 , p. 270)
paroît bien s'appliquer à notre plante, si ce n'est que l'au-
teur lui attribue des corolles purpurines.
Quoi qu'il en soit, cette plante n'est assurément point un
vrai Carduus, ni même une Carduinée; mais c'est un genre
nouveau et très^remarquable, de la tribu des Carlinées et de
la section des Xéranthémées , que nous dédions au célèbre
psychologiste Victor Cousin. M. R. Brown a démontré que
l'aigrette du vrai Calea n'est point pileuse ou capillaire,
comme on le croyoit avant lui, et comme elle paroît l'être
quand on l'examine légèrement et à l'œil nu. La même er-
reur a été commise à l'égard du Cousinia-. les squamellules
de son aigrette ne sont filiformes qu'en apparence ; ce sont
réellement des lames membraneuses très-étroites , qu'on re-
connoît aisément à l'aide d'un forte loupe. Remarquez d'ail-
leurs qu'elles ne sont barbellulées ou dentées que sur les
deux bords latéraux, et qu'elles se tordent un peu en hélice,
par l'effet de la sécheresse , comme les fimbrilles laminées et
membraneuses de beaucoup de clinanthes ; deux circonstances
qui n'auroient pas lieu, si elles étoient vraiment filiformes.
La structure du style est fort singulière, et semble s'éloigner
beaucoup du type de cette tribu pour se rapprocher en cer-
tains points de celui des Lactucées : cependant cette struc-
ture est très-analogue à celle que nous avons observée dans
le Chardinia, si ce n'est que le style de celui-ci est glabre, au
lieu d'être pubescent comme celui du Cousinia.
8. Notre description générique du Cardopalium , insérée
dans ce Dictionnaire ( j^m. VII , pag. c)3 1 , doit être ici rec-
«o6 SAU
tifîée et complétée conformément à de nouvelles observations,
que nous avons faites depuis la rédaction de cet article.
Cardopatium. Calathide incouronnée , subradiatiforme ,
pauciflore (huit ou neuf), palmatiflore , androgynitlore. Pé-
ricline inférieur aux fleurs (en faisant abstraction de ses ap-
pendices), ovoïde-oblong , formé de squames paucisériées ,
régulièrement imbriquées, appliquées, coriaces: les exté-
rieures et les intermédiaires oblongues, très-épaisses, bordées
vers le sommet de quelques épines , et surmontées d'un long
appendice arqué en dehors, épais, roide , subulé , terminé
par une épine, et accompagné, sur chaque côté de sa base,
de deux épines accouplées; les squames du rang intérieur
oblotigues-lancéolées , minces, moins coriaces, scarieuses et
un peu denticulées sur les bords, spinescentes au sommet.
Clinanthe petit, plan, garni de fimbrilles très-longues, iné-
gales, filiformes-laminées, membraneuses, entregreffées à la
base. Ovaire ( en fleuraison) cylindracé, tout hérissé de très-
longs poils fins appliqués; fruit mûr un peu comprimé, obo-
voïde, un peu aminci vers la base en une sorte de pied,
prolongé au sommet en un col très-manifeste, bien distinct ,
subcylindracé , long comme moitié de la partie séminifère,
beaucoup plus étroit, hispide comme elle ; aigrette (un peu
variable) presque aussi longue que le col du fruit, sur lequel
elle semble être articulée, composée de huit à dix squamel-
lules unisériées, ordinairement entregreffées à la base, sou-
vent inégales , irrégulières et dissemblables , toujours paléi-
formes , larges à la base , étrécies de bas en haut , pointues
au sommet , plus ou moins dentées irrégulièrement sur les
bords , membraneuses , diaphanes. Corolle un peu arquée
en dehors , à tube distinct du limbe et moins long que
lui; limbe palmé , c'est-à-dire divisé en cinq lanières par
autant d'incisions , doiit l'intérieure ( regardant le centre
de la calathide) est beaucoup plus profonde que les quatre
autres et descend presque jusqu'à la base du limbe ; la
partie indivise du limbe plus courte que ses lanières , un
peu urcéolée, un peu gibbeuse , épaisse et charnue à sa base;
les lanières longues, linéaires, droites, très-divergentes, ter-
minées par une corne ou callosité conique très-manifeste.
Étamines à filet libéré au sommet du tube delà corolle , et
SAU 5o7
parfaitement glabre; article anthérifère élargi et épaissi de
bas en haut, arrondi au sommet ; loges et connectif courts;
appendice apicilaire long, aigu; appendices basilaircs extrê-
mement longs, entregreffés et poUiniféres supérieurement ,
du reste libres, membraneux, subulés, hérissés de longs poils
tous redressés ou rebroussés de bas en haut, à l'exception d'un
pinceau terminal. Style glabre, terminé par un cône arrondi,
fendu au sommet en deux lobes courts, garni sur toute sa
surface externe de très -petits collecteurs papilliformes , et
entouré à sa base d'une zone de longs collecteurs pili-
formes.
9. Le vrai genre Carlina, qui a pour type la Carlina vul-
garis, ne se distingue du genre Mitina d'Adanson que par la
structure de son péricline, qu'il faut décrire de la manière
suivante :
Carlina. Péricline dowi/e. l'extérieur involucriforme, com-
posé de squames paucisériées , imbriquées , plus ou moins
courtes, épaisses, coriaces-charnues, simples, étrécies de bas
en haut, appliquées et même greffées plus ou moins com-
plètement par leur face interne sur la face externe du cli-
nanthe , chaque squame surmontée d'un grand appendice
étalé, bractéiforme, plus ou moins découpé en lanières épi-
neuses: le péricline intérieur formé de squames subunisériées,
à peu près égales, appliquées, linéaires, surmontées d'un long
appendice étalé, radiant, linéaire, aigu, scarieux , coloré.
(Tout le reste à peu près comme dans le genre Mitina.)
10. Le genre Mitina d'Adanson a pour type la Carlina la-
nata, sur laquelle nous avons observé les caractères génériques
suivans :
Mitina. Calathide incouronnée, équaliflore, multiflorc,
subrégulariflore , androgyniflore. Péricline frfp/e. l'extérieur
involucriforme, composé desquames subbiscriées, appliquées
et même plus ou moins greffées sur la face externe du cli-
nanthe , courtes, ovales, entières, épaisses, coriaces, sur-
montées d'un grand appendice étalé, bractéiforme, plus ou
moins découpé, épineux; le péricline intermédiaire formé
de squames plurisériées , régulièrement imbriquées , appli-
quées, ovales-lancéolées, entières, coriaces, surmontées d'un
petit appendice inappliqué, subulé , roide, piquant, spini-
So8 S AU
forme ; le pérîcline intérieur formé de squames subunisériéea,
égales, très-longues, très-étroites , linéaires , subraembraneu-
ses, uninervées, surmontées d'un long appendice étalé, ra-
diant, étroit, linéaire-lancéolé, aigu, un peu denté sur les
bords, scarieux, coloré. Clinanthe large, plan, garni de fim-
brilles très-supérieures aux fleurs , très-inégales , laminées,
coriaces et entregreffées inférieurement , libres et filiformes
supérieurement, les plus longues épaissies en massue au som-
met. Ovaires oblongs, subcylindracés , tout hérissés de longs
poils dressés, biapiculés; aréole basilaire non oblique, en-
tourée d'un petit bourrelet annulaire cartilagineux; aigrette
formée de dix faisceaux égaux, unisériés, contigus, libres ;
chaque faisceau composé d'environ quatre squamellules fili-
formes, longuement et finement barbées, libres supérieure-
ment, entregreffées inférieurement de manière à former par
leur réunion une lame largement linéaire. Corolles subrégu-
lières ou un peu obringentes , très-glabres, à cinq divisions,
ttamines à filet glabre, à anthère pourvue d'un long appen-
dice apicilaire aigu au sommet, et de longs appendices ba-
silaires plumeux. Stigmatophores bien distincts du style, assez
longs , hérissés de collecteurs piliformes très-courts , entre-
greffés complètement, à l'exception du sommet, qui est un
peu élargi en spatule , et qui a ses bords libres et divergens.
Nous avons remarqué que les élamines étoient bien moins
parfaites dans les fleurs extérieures. On prétend que cette
plante contient un suc rouge ; mais nous n'avons trouvé qu'un
sac blanc, presque laiteux , dans l'individu vivant et fleuri,
cultivé au Jardin du Roi, que nous avons observé au mois
d'Août.
La seule distinction générique ou sous-générique , qu'on
puisse établir entre les vraies Carlina et les Mitina , c'est que
îepéricline intermédiaire, très-manifeste et très-distinct dans
les Mitina, manque entièrement, ou plutAt presque entière-
ment, dansles vraies Carlina: mais comme celles-ci en offrent
toujours quelques vestiges plus ou moins confondus avec les
squames du péricline intérieur , on jugera probablement que
cette distinction est insuffisante. Si on l'admettoit , il faudroit
attribuer au genre ou sous-genre Mitina, non seulement la
Carlina lanata , mais encore les corymhosa et sulphurea.
SAU 5o9
11. Le genre Carlomzia^ originairement fondé sur le Car-
thamus salicifolius, et dont nous avons décrit une seconde es-
pèce sous le nom de Carlowizia corjmbosa (tom. XXV, p. 53).
est foiblement distinct des Carlina et Milina; car il n'en dif-
fère essentiellement que parce que les bractées formant son
involucre oupéricline extérieur sont entières et munies d'une
seule épine terminale, et en ce que l'appendice des squames
intérieures du vrai péricline est court , très-étroit, non coloré,
peu apparent. Cependant les Carlowizia semblent s'éloigner
beaucoup des Carlines par le port.
12. Notre genre Chamceleon a ^out iy^e V Atractylis gummi-
fera. Exactement intermédiaire entre les trois genres qui le
précèdent et les quatre genres qui le suivent, entre les Car-
lines et les Atractyles , il se distingue de tous par des diffé-
rences essentielles. Comme nous trouverons bientôt l'occasion
de le décrire dans un autre article, contentons-nous de dire
ici, 1." que le péricline du Chamceleon ressemble à celui des
Atractyles, parce que ses squames intérieures ne sont ni ra-
diantes ni colorées; 2.° que l'aigrette , étant formée de plu-
sieurs faisceaux composés chacun de plusieurs squamellules
entregreffées inférieurement, libres supérieurement , ne res-
semble point à celle des Atractyles, mais bien à celle des
Carlines, dont elle ne diffère que parce que ces faisceaux sont
disposés sur deux rangs; 3.° que la corolle est analogue, par
ses dimensions, sa forme et sa couleur, à celle des quatre
genres suivans , et s'éloigne ainsi des trois genres précédens;
4.° enfin que l'appendice apicilaire de l'anthère est tronqué
au sommet d'une manière très-remarquable. VAtraclylis mU'
crocephala, Desf. , que nous n'avons pas vue, est probablement
une seconde espèce du nouveau genre Chamœleon.
i3. Le genre Acarna, dont le vrai type est VAtractylis can-
cellata, a la calathide ordinairement composée de fleurs toutes
égales, uniformes, hermaphrodites et à corolle régulière. Ce-
pendant nous avons quelquefois trouvé sur ses bords environ
trois fleurs neutres, ayant l'ovaire et l'aigrette demi-avortés ,
la corolle à tube long renfermant des rudimens de style et
d'étamines, et à languette courte et étroite. Ainsi , selon nous ,
le véritable caractère distinctif du genre ou sous-genre y^carna
réside dans Iç péricline, dont les stjuames extérieures et in-
S^o ^ SAU
termédialres sont aiguës, à bordure scarieuse, prolongée au
sommet enune petite pointe molle , filiforme; et dont les
squames intérieures sont surmontées d'un très-long appendice
iien distinct, presque dressé ou à peine radiant, s'élevant
beaucoup plus haut que les fleurs, linéaire-subulé, scarieux ,
semi-diaphane, un peu coloré, cilié , asseï analogue à celui
des Carlin es.
14. Notre genre ou sous-genre Anactis, qui sera décrit ail-
leurs, est fondé sur une plante de Palestine, que nous avons
observée dans l'herbier de M. Gay, oîi elle est étiquetée ylfrac-
tjlis serratuloides, Sieher. V Anactis aie périciine absolument
semblable à celui du véritable Atracljlh , dont il ne se dis-
tingue génériquement que parce que sa calathide est composée
de fleurs toutes égales, uniformes, hermaphrodites et subré-
gulières.
i5. Le vrai genre Atractylh, ayant pour type VAtractjlis
humilis , doit , selon nous , être caractérisé , 1 ." par le périciine ,
dont toutes les squames sont tronquées au sommet, lequel
est surmonté d'un long appendice subulé, roide, piquant,
spiniforme ; 2." par la calathide subradiatiforme , composée
de fleurs toutes hermaphrodites, mais dont les extérieures sont
notablement plus longues , et à corolle palmée comme celle du
Cardopatium.
16. Notre genre ou sous-genre Spadac/is, qui sera décrit en
son lieu dans ce Dictionnaire, se distingue du précédent?
i.°par son périciine, dont les squames nesont point tronquées,
mais pourvues d'une bordure scarieuse irrégulièrement dé-
coupée supérieurement, et terminées par une épine plus ou
moins arquée en dedans ou presque crochue ; 2.° par sa ca-
lathide, qui est vraiment radiée, ayant une véritable cou-
ronne unisériée de fleurs neutres, à faux-ovaire aigrette,
mais excessivement court, évidemment semi-avorté et stérile,
à corx)lle notablement plus longue que celles du disque, li-
guliforme ou palmatiforme , découpée en cinq longues la-
nières, à étamines imparfaites, à style inclus. Il ne paroît pas
y avoir de périciine extérieur, ou d'involucre , suffisamment
distinct des feuilles qui garnissent le très-court support de la
calathide.
24. Nous avons observé, dans l'herbier de M. Gay , «a
SAU 6.1
échantillon de Stifiia, recueilli prés de Rio-Janeiro par M.
Gaiidichaud , mais incomplet et en mauvais état. Les feuilles
sont très-glabres sur les deux faces, ainsi que les rameaux; le
péricline est glabre, formé de squames régulièrement imbri-
quées, appliquées, coriaces, ovales, nullement piquantes,
mais au contraire très-obtuses et presque arrondies au som-
met, les intérieures oblongues; le clinanthe est planiuscule,
alvéolé ou profondément fovéolé , à réseau épais, arrondi,
parfaitement nu; l'ovaire est extrêmement long, grêle, sub-
cylindracéou un peu anguleux, parfaitement glabre, portant
un nectaire cylindracé, très-élevé, persistant; l'aigrette est
rousse , très-longue , composée de squamellules très nom-
breuses , très-inégales, plurisériées, très-adhérentes à l'ovaire,
parfaitement libres jusqu'à la base, filiformes, très-barbellu-
lées, les plus longues un peu épaissies au sommet. Nous re-
grettons'de n'avoir pas pu observer le style, les étamines ,
la corolle , dont cet échantillon n'oftroit aucun vestige: cela
nous laisse dans le doute sur la classification du Stiftia.Seroit-
ce une Vernoniée ? Quoi qu'il en soit, il nous semble qu'on
auroit tort de confondre le Stifiia avec le Gochnatia, qui s'en
distingue bien suffisamment par les squames aiguës et pi-
quantes de son péricline, et par ses ovaires courts et velus.
2 5. Notre genre ou sous-genre Hirtellina, fondé sur la Stœhe-
lina fruticosa , se distingue des deux suivans , i.° par l'ovaire
qui est tout couvert d'une couche épaisse de très-longs poils
un peu fourchus au sommet, et qui est muni d'un petit bour-
relet basilaire ; 2.° par l'aigrette formée de plusieurs faisceaux
subunisériés, libres, composés chacun de deux ou trois squa-
mellules inégales, filiformes, barbellulées , entregreffees in-
férieurement, libres supérieurement, les plus longues un peu
épaissies au sommet; 5.° par le clinanthe muni de fimbrilles
peu nombreuses, libres, presque filiformes; 4.° par la corolle
à tube plus court que le limbe.
26. Notre Barbeliina, fondé sur la Stœhelina arhorescens , se
distingue du précédent et du suivant, 1.* par l'ovaire très-
glabre et comprimé bilatéralement ; 2.° par l'aigrette formée
de plusieurs faisceaux unisériés, entregreffes à la base, com-
posés chacun de plusieurs squamellules inégales, filiformes-la-
minées, très-barbellulées sur les bords, entregreffées inféricu-
5i2 SAU
rement, libérées supérieurement à dififérentes hauteurs; 3."
par le clinanthe garni de fîmbrilles très-nombreuses , laminées,
entregreffées inférieurement; 4.° par la corolle à tube plus
court que le limbe.
27. Linné n'ayant admis, dans son Species planlarum , que
deux espèces de Stœhelina , lesquelles ne sont point du tout
congénères, et la première (gnaphaloides) ayant reçu de M.
De CandoUe le nouveau nom générique de Sjncarplia , quoi-
qu'elle fût l'espèce primitive du genre, il en résulte que la se-
conde espèce ( dubia) doit être maintenant considérée comme
le vrai type de ce genre Stœhelina , dont nous éliminons quel-
ques espèces admises postérieurement par Linné , et que nous
rapportons au Barhellina ou à VHirtellina.
Le vrai genre Stœhelina, ainsi fondé sur la Stœhelina dubia ^
se distingue des deux précédens, 1.° par l'ovaire très-glabre,
comprimé, un peu anguleux, muni d'un bourrelet apicilaire;
2° par l'aigrette très-longue , formée de plusieurs faisceaux
unisériés, entregreffés à la base, composés chacun de très-
nombreuses squamellules presque égales, filiformes, très-
fînes , absolument capillaires, nues ou pas sensiblement bar-
bellulées , entregreffées inférieurement, libérées supérieure-
ment à différentes hauteurs; 3.° par le clinanthe garni de
fîmbrilles laminées et entregreffées inférieurement; 4.° par la
corolle à tube plus long que le limbe.
M. Runth {ISov. gen. et spec, t. 4, p. 11 ) prétend que le
genre Stœhelina de Linné est voisin des Isotjpus et Onoseris ,
que son réceptacle est paléacé, que la Stœhelina dubia diffère
de toutes les autres espèces àt Stœhelina par l'aigrette pileuse,
et qu'elle doit probablement être rapportée au genre Isotypus.
Nous ne pouvons admettre aucune de ces quatre propositions.
D'abord, les Onoseris et Isof^pui sont des Mutisiées, tandis que
les Stœhelina sont des Carlinées, à l'exception de la St. gna-
phaloides, qui est une Inulée; en second lieu, les appendices
du clinanthe AcsStœhelina ne sont point de vraies squamelles,
mais des fîmbrilles entregreffées inférieurement et formant
ainsi des lames plus ou moins larges et toujours très-irrégu-«
lières, inégales et dissemblables, comme dans la plupart des
autres Carlinées; troisièmement, si l'on écarte, comme on le
doit. Ia5f. gnaphaloides, qui n'est point congénère, il est vrai
SAU 5.3
de dire que foutes les espèces de Stœhelina ont l'aigrette pi-
leuse et non plumeuse , aussi bien que celle nommée dubia ;
enfin , cette Stœhelina dubia nç peut , sous aucun rapport , être
associée génériquement à Vlsotjpus.
2g. Notre genre Theodorea diffère du Saussurea par le pé-
ricline dont les squames sont toutes ou la plupart surmontées
d'un appendice plus ou moins grand, étalé, large, arrondi,
scarieux, coloré, plus ou moins découpé sur ses bords. Nous
connoissons deux espèces de ce genre: i." Theodorea amara,
{Saussurea amara,Y)ecânA.) caractérisée par les feuilles oblon-
gues, entières ou découpées seulement sur les bords, et par
les appendices du péricline flabelli formes, nuls sur les squa-
mes des rangs les plus extérieurs ; 2." Theodorea pulchella (Saus-
surea pulchella, Fischer), caractérisée par les feuilles profon-
dément pinnatilides , à lanières étroites, distancées, et par
les squames du péricline, toutes surmontées d'un grand ap-
pendice orbiculaire, comme chiffonné, irrégulièrement den-
ticulé sur ses bords , et d'une belle couleur purpurine.
Ce genre Theodorea termine très- convenablement la série
des Carlinées, parce qu'il a des rapports notables par son pé-
ricline avec les Jacéinées (lom. XLIV, pag. 55), qui com-
mencent la tribu des Centauriées. ( H. Cass.)
SAUSSIIRIA. [Bot.) Mœnch a fait sous ce nom un genre du
nepeta multijida, espèce de cataire , parce que l'ouverture de
son calice est fermée et que la lèvre inférieure de la corolle
est entière. Le Saussurea de M. De Candolle, genre admis ,
est de la famille des cinarocéphales. (J. )
SAUSSLRITE. [Min.) On a proposé de désigner ainsi une
pierre qui n'est ni homogène ni cristallisée, et qui n'a par
conséquent aucun titre pour être considérée comme une es-
pèce. Nous avons dit ailleurs qu'il valoit mieux réserver le nom
du célèbre géologue auquel on a voulu consacrer cette espèce
très- incertaine, pour un minéral nouveau bien caractérisé.
Nous lavons fait connoitre à l'article Jade, sous le nom de
jade de Saussure. Voyez ce mot. (B.)
SAUT [chez les insectes]. { Entom.) C'est l'action de sau-
ter, ou le mouvement que font sur un corps qui leur résiste,
les pattes ou quelques autres parties du corps qui se débandent
fortement. La nature a emplo3'é des moyens très-variés de
/»7' 55
5i4 SAU
faire quitter le sol qui les supporte, aux insectes qui jouissent
de cette faculté. Le plus ordinairement ce sont les pattes, et
surtout les postérieures, qui produisent cet effet. Alors sou-
vent les cuisses sont renflées, comme on le voit dans les al-
tises, lessagres, les orchestes, les chalcides, les cicadelles ,
les psylles. Le plus ordinairement , les jambes et les cuisses
postérieures ont pris en même temps beaucoup de dévelop-
pement en longueur ; c'est le cas des gryllons, des sauterelles,
des puces. D'autres fois l'insecte saute par l'effet d'un ressort,
produit au moyen de l'élasticité d'une portion libre et pro-
longée du sternum , qui entre dans une pièce creuse de la poi-
trine; c'est le cas qui nous est présenté par les taupins, qui
sautent et qui s'élèvent dans l'air sans se servir des pattes, soit
qu'ils tombent sur le dos ou sur le ventre. D'autres, comme
les podures, déploient de longues soies roides, qui sont rete-
nues, comme par force, dans un sillon pratiqué sous toute la
longueur de l'abdomen. Quelques-uns, comme les machiles ,
agissent sur toute la longueur de l'abdomen , aux diverses sec-
lions duquel ils impriment une obliquité telle qu'ils en reçoi-
vent une direction prévue et dans le sens du mouvement qu'ils
veulent produire. Quelques larves , comme celle de la mouche
du fromage , courbent leur corps en cercle en se pinçant la
queue, qu'elles lâchent tout à coup , pour obtenir leur redres-
sement subit sur le corps qui les supporte et qui les lance avec
une sorte d'élasticité. Cette étude des divers moyens accordés
par la nature pour produire et faciliter les mouvemens des
insectes , est un objet de recherches très-curieuses, qui méri-
teroit d'être considéré d'une manière générale. (C. D.)
SAUTERELLE. {Entom.) Ce nomfrançois aétédonnéà des
espèces d'insectes fort différentes, de l'ordre des orthoptères et
de la même famille des grylloïdes ou grjdliformes, faciles à re-
connoître par le prodigieux alongementdes pattes postérieures,
qui leur donne la plus grande facilité pour sauter ou pour s'é-
lancer rapidement de la place qu'ils occupoient, en déban-
dant comme des ressorts les longs leviers qui constituent leurs
cuisses et leurs jambes. De là le nom de sauterelles, sous le-
quel on les a généralement désignés.
A la vérité , les espèces qui ont les antennes en soie ou en
fuseau aplati, ont été le plus souventdistinguées sous les noim
SAU 616
de gryllon, de courtiliére et de truxale. Cependant les locustes
ont été nommées sauterelles parGeoITroy, et nous avonscom-
mis la faute, à l'articli' Loctste, de renvoyei'k' lecfeurau mot
Sauterelle. Fonr réparer cette omission , nous trailerons ici du
genre Locuste; mais ce n'est pas la seuir difficulté que nous
ayons à vaincre, car le nom de sauterelle a été donné au
genre Criquet, que les auteurs latins ont désigné sous le nom
de grjllus, et que nous devions traduire en françois par gryllon.
Mais nos gryllons correspondent au gen:'e Acheta de Fabri-
cius, tandis que cet auteur a nommé Crjllus un genre qui
comprend les criquets de Geoffroy, qui sont les espèces appe-
lées vulgairement par les enfans sauterelles , et ce même
genre se trouve encore partagé en deux par Fabricius, qui a
nommé acridies les espèces dont le corselet se prolonge pour
recouvrir l'abdomen.
Voici en résumé la synonymie du genre Sauterelle, pour
lequel on pourra d'ailleurs consulter l'article Grylloïdes.
Les sauterelles de Geoffroy, à antennes en soie, qu'il nommoit
en latin locusia, vont être décrites ici sous le nom de Locuste.
Les criquets de Geoffroy , qu'il nommoit acridium en latin , et
qui ont été partagés en deux genres principaux par Fabricius,
Gryllus et Acridium , restent séparés. Le genre Acridie est con-
servé. Nous traiterons de celui de Grjllus sous le nom de Sau-
terelle.
Genre Locuste, Locusfa. Insectes caractérises par des an-
tennes en soie, très- longues; par une tête verticale encapu-
chonnée sous le corselet, et par le nombre des articles aux
tarses, qui est de quatre.
Toutes ces particularités servent parfaitement à distinguer
ce genre de tous ceux de la même famille des grylloïdes.
Ainsi dans les truxales les antennes sont comprimées , coniques -
ou en fuseau, c'est-à-dire plus larges au milieu. Elles sont en
fil dans les criquets ou sauterelles, les acridies et les tridac-
tyles; enfin, chez les courtillières et les gryllons les tarses n'ont
aussi que trois articles, quoique les antennes soient très-grêles
à leur extrémité libre.
Le nom de locusta est très-ancien : il a été employé par
Pline le naturaliste, liv. 11, chap. 29. On trouve même ce
5'6 SAU
passage dans un grand poè'te latin : Et excusso confidens crure
locusta. Moufet prétend que ce nom provient des lieux arides
et brûlés par le soleil que préfèrent ces insectes, à locis ustis.
Les locustes se nourrissent de feuilles de végétaux frais, sous
les trois états de larves, de nymphes agiles et d"insectes par-
faits. L'absence des ailes, la présence de leurs rudimens ou
l'existence des élytres et des ailes, caractérisent ces trois états.
Les mâles se distinguent le plus ordinairement par l'absence
d'un prolongement carré de l'abdomen , de forme variée , qui
est un véritable pondoir formé de lames séparables, entre
lesquelles glissent les œufs des femelles. Ces lames sont tantôt
droites sous la forme de sabre , tantôt courbées avec la con-
vexité en dessous, ayant la disposition de coutelas. Cet ins-
trument, qui est un pondoir et une sorte de tarière, sert à
l'insecte pour déposer dans la terre les œufs en masse, enve-
loppés d'unesorte de coque muqueuse , qui se dessèche et de-
vient une véritable membrane divisée en un grand nombre de
loges d'où sortent les petites larves. D'ailleurs, les mœurs de
ces insectes ne sont que très-imparfaitement connues.
M. Latreille £i constitué une famille avec les diverses espèces
de ce genre, tel qu'il a été décrit par Fabricius: il la désigne
sous le nom de locustaires. Quoiqu'il lui assigne pour carac-
tères d'avoir les élytres et les ailes en toit, plusieurs des in-
sectes qu'elle comprend ne portent jamais d'ailes, et d'au-
tres n'en ont que dans le sexe mâle seulement. 11 partage
cette famille en trois groupes : les Sauterelles et deux autres
genr.'^s, qui diffèrent par la force de la tête ou par celle des
antennes, et qu'il désigne à cause de cela sous les noms de
ConocéphaLe et de Pennicorne. Ces trois genres ont des élytres,
dans les deux sexes, sous l'état parfait. Le second groupe réu-
nit les espèces dont les màles sont ailés et chez lesquelles les
femelles, ou sont sans ailes, ou n'ont que des élytres en
forme d'écaillés voûtées: tel est le genre qu'il nomme Ani-
soptère. Enfin dans le troisième groupe, sous le nom d'Epiphi-
gère, les deux sexes sont sans ailes, quoiqu'ils aient quelque-
fois des élytres très- courts , concaves et voûtés.
Beaucoup d'espèces de ce genre ont les élytres plans, de
couleur plus ou moins verte, avec des nervures anastomosées
telles qu'ellessimulent celles des feuilles, et avec tant de simili-
"S AU 517'
turle apparente qu'on a désigné ces espèces traprès la forme et
l'analogie rie ces feuilles : telles sont les espèces dites ci tri feuille,
laurifeuille, niyrtifeuille, lilifeuille, etc.
Les espèces les plus ordinaires aux environs de Paris sont
les suivantes .-
1. La Locuste Ta Ès-VERiE , Locusta viridissiiua.
C'est la sauterelle à coutelas de Geoffroy, pi. 8 . fig. 3 , et
celle que nous avons fait représent r dans l'atlas de ce Dic-
tionnaire, pi. 24, n." 1 , qui est la femelle.
Car. Verte, à antennes plus longues que le corps; les ailes
et les élytres sont verts; les flancs au bord de Tabdoraen of-
frent des raies longitudinales blanches.
Le mâle n'a point d'oviscapte ; mais ses élytres présentent
à leur base un disque corné qui livre attache à une membrane
mince et tendue, que l'insecte fait vibrer, lorsqu'il produit c&
qu'on appelle le chant de la sauterelle. On trouve fort com-
munément cet insecte en automne dans les longues herbes des
lieux un peu humides, principalement dans ceux où crois-
sent les orties.
2. La Locuste verrucivore, Locusta verrucivora.
C'est la sauterelle à sabre de Geoff'roy.
Car. D'un vert pâle ; les élytres tachetés de brun et de
ilanchâtre ou de gris; abdomen à taches brunes.
Cette espèce est beaucoup plus grosse que la précédente,
quoique de même longueur. Elle acquiert le double en poids.
Le mâle est aussi privé du pondoir ou de la lame cornée et
courbée sur sa longueur. On lui donne le nom de ronge-ver-
rues, parce qu'on dit que les paysans lui font mordre les por-
reaux ou verrues dont ils sont attaqués, dans l'idée que cette
morsure, sur laquelle l'insecte dégorge une sorte de salive,
détruit ces excroissances sans retour.
On rencontre le plus ordinairement cette espèce dans les
champs cultivés, au milieu des blés.
5. La Locuste grise , Locusta grisea.
Car. Brune , élytres tachetés de brun et de cendré; pattes
verdàtres, corselet caréné en arrière.
Cette espèce, qui est de moitié plus petite que la verte , se
rencontre le plus ordinairement dans les prairies dont le sol
n'est pas trop humide.
5i8 SAU
On (rouve encore aux environs de Paris cinq ou six autres
petites espèces du même genre, telles que celles qui ont été
nommées Hlifolia^ hrach^ptera, Jlavescens ,fusca, varia, etc.
M. Latreille a décrit comme formant un genre distinct, l'es-
pèce suivante:
4. Locuste horte-selle, Locusta ephippiger.
Car. Corselet fortement excavé en forme de selle, relevé
en arr ère, et cachant des élytres voûtés sonores.
Cette espèce, qu'on nomme aussi porte-cymbales, est fort
commune dans les vignes et dans les haies. Elle fait entendre
un son très-monotone et plus ou moins rapide, suivant la
température, parle frottement qu'elle produit sur ses élytres.
Genre Sauterelle, Sautereai; ou Criquet: Gryllus de Linné;
Acridium d'Olivier et de Geoffroy.
Ce genre d'insectes orthoptères à cuisses postérieures lon-
gues et propres au saut, et qui appartient par conséquent à
la famille des grylloides, peut être ainsi caractérisé: Antennes
non en soie, mas en fil et renflées à l'extrémilé libre; cor-
selet non prolongé en arrière sur l'abdomen entre les élytres;
tarses à trois articles seulement.
Ces diverses notes suffisent pour faire distinguer les espèces
de ce genre de toutes celles de la même familli- : d'abord des
truxales , qui ont les antennes aplaties , dressées en avant
comme des oreilles: puis des locustes, des courtillières et des
gryllons, qui ont les antennes en soie de cochon, ou dijui-
nuant insensiblement de la base à la pointe; enfin, des acri-
dies et des pneumores , qui ont le corselet prolongé sur l'ab-
domen ; et des tridactyles, qui ont les tarses postérieurs garnis
d'appendices étroits qui simulent des doigts.
]Vous avons donné les étymologies des mots latins aux ar-
ticles AcRiDiE et Gryllon. Quant à celle de sautereau et de
sauterelle , qui est très-ancienne dans la langue françoise,
elle est due à la traduction des mots latins saltator ^ saltatrix.
Quant à celle de criquet, elle paroit être dérivée du mot an-
jgloïs cricket , employé par Moufet , dans son Théâtre des in-
sectes, pour indiquer le gryllon des champs, mais que Geof-
froy a nommé criquet.
Ce genre est très-nombreux en espèces étrangères et indi-
SAU • 5i9
gènes. Quelques-unes sont devenues un des plus grands (léaux
de ragriculture, parles migrations qu'elles opèrent en légions
innombrables que l'on désigne sous le nom de nuées de sau-
terelles, qui détruisent tonte la végétation dans les lieux où
elles se précipitent. On a été porté à étudier leurs mœurs,
afin de s'opposer à leur développement, de sorte que leur
histoire est parfaitement connue.
Tout le monde a vu les sauterelles. Leur corps alongé est
muni de deux très-longues pattes postérieures, à cuisses ren-
flées, que l'insecte est obligé de relever beaucoup pour faire
poser ses tarses sur la terre, et qui portent le plus souvent
les cuisses relevées verticalement sur le corps. Leur tête,
qui est grande, mais le plus souvent encapuchonnée dans le
corselet, présente plus de longueur dans le sens vertical.
Outre les deux yeux à réseau et très-grands, qui sont latéraux ,
on y voit, entre les antennes, trois stemmates ou yeux lisses,
disposés en triangle; leur bouche est garnie de deux fortes
mandibules, à bord interne tranchant et crénelé; les élytres
sont parallèles à l'abdomen , souvent plus longs: ils recouvrent
deux ailes plissées sur leur longueur, souvent colorées ou
teintes de couleurs diverses.
Les sauterelles, en raison de l'excessive longueur de leurs
pattes postérieures, qui sont par cela même disproportion-
nées avec les moyennes et les antérieures, dont la position est
très-près de la tête, ne peuvent que marcher mal et lente-
ment: aussi les pattes postérieures ne servent-elles réellement
qu'à déterminer la direction et la force du saut par lequel
l'insecte s'élance dans l'atmosphère pour y voler ou pour s'y
soutenir à l'aide de ses ailes membraneuses qui font l'office
de parachute.
Sous les trois états les sauterelles se nourrissent des feuilles
des végétaux, et principalement de celles des graminées; aussi
font-elles le plus grand tort aux prairies et aux céréales.
Les mâles, à l'époque delà fécondation , font entendre des
sons variés , qu'ils produisent le plus souvent en agitant vive-
ment leurs élytres, dont les côtes ou nervures saillantes s'ac-
crochent sur les épines ou sur les aspérités dont les jambes
postérieures de ces insectes sont hérissées. En outre, suivant
Olivier, ces insectes seroient doués d'une softe d'organe du
^^o ' s AU
d'inîTtrument à veut, qui consisteroit en une lame ou mem-
brane tendue sur une sorte de cercle corné, placée à l'ou-
verture d'une cavité aérienne correspondante à l'une des
principales trachées de l'abdomen.
Les sauterelh's , qui sont une plaie pour les agriculteurs
dans quelques climats , sont d'ailleurs d'une grande utilité
dans la nature; elles deviennent la proie et la principale
nourriture d'un grand nombre ci'oiseaux entomophages et de
beaucoup de mammifères. Des peuples les recueillen; pour s'en
nourrir; ils en font même des provisions: et ili sont nommés
à cause de cela acridophagcs. Nous voyons dans l'évangile selon
S.Matthieu, chap. 3, que S. Jean-Baptiste ( n faisoitsa nourri-
ture principale. Diodore de Sicile a donné des détails sur la
manière dtmt les Ethiopiens se les procurent et les conser-
vent pour s'en nourrir au besoin.
Les déserts de l'Arabie et de la Tartarie paroissent être les
lieux où se développent les races les plus nombreuses des sau-
terelles. A certaines époques de l'année elles paroissent s'é-
lever à une grande hauteur dans l'atmosphère, et , profitant
de la direction de certains vents, elles se trouvent entraînées
par une sorte de courant qui les porte vers l'Europe. On les
voit ainsi se précipiter en légions innombrables, qui ont l'ap-
parence de nuages et qui obscurcissent les lieux dont elles
s'approchent, en interceptant les rayons du soleil. L'air agité
■par leurs ailes ne tarde pas à faire entendre un bruit sourd,
qui devient l'effroi des habitans des terres où elles vont être
précipitées; car bientôt elles tombent comme une pluie d'o-
rage: les arbres sont dépouillés de leur feuillage et leurs
branches cèdent au poids qui les surcharge; tous les végétaux
sont anéantis et dévorés ; bientôt même , pour comble de
malheur et de désolation , leurs corps, fatigués de ce long
voyage ou froissés parla chute, forment des couches épaisses
sur la terre, çt de ces innombrables cadavres, qui s'altèrent
et se décomposent, s'exhale une odeur infecte qui devient la
cause de maladies pestilentielles et de toutes les calamités;
car souvent ces pluies de sauterelles deviennent la cause réelle
de la famine et de la peste. Ces malheurs ont souvent eu lieu
en Russie, en Pologne et même en Hongrie.
Nous ne pouvons, dans un ouvrage tel que celui-ci , donner
SAIT 521
«ne description compléie de ce genre. Nous venons de faire
connoitre quelques particularités qui peuvent intéresser le
lecteur. Il trouvera plus de détails sur les mœurs, en gé-
néral , aux articles Grylloïdes et Orthoptères, auxquels nous
le prions de recourir, pour ne pas nous répéter inutilement.
Nous décrirons seulement ici quelques espèces.
Nous en avons fait figurer deux sur les planches qui font
partie de l'atlas de ce Dictionnaire. La première, sur la planche
2S , n.° 1 , est la sauterelle émigrante. J.a seconde a été pré-
sentée comme exemple d'un insecte orthoptère, vu en dessus
et en dessous, sous les n."" 3 et 4 de la Sy.*' planche : c'est la
sauterelle ailes lieues.
i. Sauterelle émigrante, Gryllus migratorius.
C'est la première espèce que nous avons fait représenter
sur la planche citée plus haut. H paroit que c'est la sauterelle
de passage de Tartarie. Nous l'avons trouvée au mail de
Henri IV, à Fontainebleau.
Car. Brune; iéte et corselet à lignes longitudinales noires;
mandibules d'un bleu foncé; ailes inférieures transparentes ,
yerdàtres ; jambes rougeàtres.
Elle atteint plus de deux pouces de longueur.
2. Sauterelle linéole, Grjllus lineola.
Car. Brune ; corselet caréné, avec une ligne fauve sur le dos;
cuisses postérieures rouges en dedans; jambes bleues.
C'est une des grandes espèces de la France.
3. Sauterelle ailes BLEUES , Qrj'llus carulescens.
C'est la seconde espèce que nous avons fait figurer sur la
planche 69 déjà citée.
Car. D'un gris cendré, tacheté de brunâtre; ailes infé-
rieures bleues à la base, et à bord libre noir.
4.^ Sauterelle ailes rouges, Grjllus stridulus.
C'est celle que Geoffroy a décrite sous le n.° 3 , tome 1 ,
pag. 290.
Car. Cendrée; à élytres à 'deux bandes brunes inégales;
ailes inférieures rouges, avec le bord externe noir; cuisses
bleuâtres en dedans; jambes bleues.
On la trouve sur les coteaux exposés au midi , et surtout
dans les lieux plantés de vignes,
5. Sauterelle verdatre, Grjllus viridulus.
5^^ SAU
Car. Verte; élytres à bord externe blanc; une croix blanche
en X sur le corselet.
C'est une petite espèce très-commune dans nos prairies en
automne.
6. Sauterelle deux-goottes , Gryllus higuttidus.
Car. D'un gris cendré, à taches plus pùles; corselet à deux
lignes noirâtres croisées en sautoir.
On la trouve sur les coteaux les plus arides , parmi les
plantes desséchées, au milieu desquelles sa teinte grise la fait
confondre.
7. Saiterelle grosse, Gryllus grossus.
C'est le criquet ensanglanté, décrit par Geoffroy et figuré
planche 8 , n." 2.
Car. Elytres d'un vert jaunâtre , surtout au bord externe ;
à cuisses postérieures ronges eo dessous.
Cet insecte, qui est très-commun dans les prairies, varie
beaucoup pour la taille et les couleurs. (CD.)
SAUTERELLE. {Chasse. ) C'est un des pièges que l'on tend
aux petits oiseaux. Voyez Répenelle. (Ch. D.)
SAUTERELLE CHENILLE. [Entom.) Goedaert , dans sa
trente-neuvième expérience, nomme ainsi une chenille dont
il donne la figure, ainsi que celle du lépidoptère qu'elle pro-
duit; mais qu'il est impossible de reconnoitre d'après ses
dessins. M. Latreille croit que e^est un tenthrède ou mouche à
scie. (CD.)
SAUTERELLE ÉCUMEUSE. (Entom.) On a traduit ainsi le
nom que Swammcrdam a donné en hoUandois à la larve du
Cercoi'e ÉcrMEUx. Voyez tome VII de ce Dictionnaire , p. 444 ,
n." 3. (CD.)
SAUTERELLE DE MER. (Crust.) Ce nom vulgaire a été
donné à la squille mante. Voyez à l'article Malacostracés ,
tome XXVIII, page SSy. (Desm.)
SAUTERELLE - PUCE. (Entom.) Swammerdam s'est servi
d'une expression latine équivalente à celle-ci, pour désigner
la petite cicadelle ou tettigone, qui se trouve sur les som-
mités des tiges de luzerne, et qui y produit, par l'extrava-
sation de la sève , des masses d'écumes, au milieu de laquelle
vit sa larve. Voyez Cercope écumeox. (Desm.)
SAUTEUR. (Ichthjol.) On a donné ce nom h plusieurs
SAU 523
poissons de genres difTérens, au pomatome skib, qui est le
gaaterosteus saltatrix de Linnœus, au spare sauteur de Lacé-
pède, et au cyprin gonorhynque de Gronow. (Voyez Goko-
RHYNQUE, POiMATOME, SALARIAS Ct SpARE.)
Voyez aussi Ejcocet, Muge et ScOxMbéroïde. (H. C.)
SAUTEUR. {Ornith.) L'oiseau décrit sous ce nom dans
l'Ornithologie du Paraguay de d'Azara , n.° i38 , est le tan-
gara jacarini , et on lui a donné la dénomination de sauteur
à cause de l'habitude qu'il a de se placer à la rîme d'un petit
buisson, d'où il saute verticalement assez haut, et se laisse
ensuite retomber avec précipitation au même endroit. Le
nom latin de saltator a été appliqué génériquement par M.
Vieillot aux habias de l'auteur espagnol, ((-h. D.)
SAUTEUR A LA POITRINE. [Erpét.) Au rapport de Flac-
court, on donne ce nom au Gecko à tête plate de Madagas-
car, à cause de la propension qu'il a à s'élancer sur la poi-
trine des hommes qui l'approchent, et de la force avec la-
quelle il s'y cramponne. Voyez Gecko. ( H. C.)
SAUTEUR DE ROCHER. {Mamm.} Le Klippspringer (sau-
teur des rochers), espèce d'antilope du cap de Bonne-Espé-
rance, est ainsi nommé par les HoUandois qui habitent cette
colonie. (Desm.)
SAUTEURS [Orthoptères]. { Enfom. ) Nom sous lequel
nous avions désigné d'abord , dans les tableaux qui font suite
à l'anatomie comparée de M. Cuvier , tom. i , la famille des
grylloïdes. (G. D. )
SAUTO-OULAME. (Bot.) Garidel dit que le Chondrilla
juncea est ainsi nommé en Provence , parce que dans le fau-
chage cette plante résiste à l'action de la faux , nommée ou*
lame par les cultivateurs de ce pays. (J.)
SAUVAGEA. (Bot.) C'est le nom donné par Adanson au
genre Sauvagesja , Linn. Voyez ce mot. (Lem.)
SAUVAGEON. (Bot.) On donne ce nom aux arbres frui-
tiers provenant de graine et qui n'ont point été greffés. (L. D.)
SAUVAGES NIVELEURS. (Bof.) Famille de champignons
établie par Faulet , et qui rentre dans le genre Agaricus ,
Linn. Ces champignons se font remarquer par leur irrégula-
rité, parleur stipe fort , cylindrique , et parleur forme et leur
couleur; ils croissent solitaires; on les rencontre dans les bois:
524 SAU
ils ne paroisspnt point malfaisans. On en compte trois espèces:
la Feuille-morte, le Champignon cinq-parts ou a cinq lobes,
et la SoiiRis-KOsE. Voyez ces mots. ( Lem. )
SAUVA GESIA. (But.) Genre de plantes dicotylédones, à
fleurs complètes, polypéfalées, de la famille des violacées, de
la pentandrie mono^ynie de Linnaeus, offrant pour caractère
essentiel: Un calice persistant, à cinq folioles très-ouvertes;
cinq pétales égaux, étalés, caducs; cinq écailles placées au-
tour de l'ovaire , alternes avec les pétales, mais plus courtes,
persistantes, entourées de filets nombreux, dilatés au som-
met; cinq étaniines alternes avec les écailles; les filamens
courts, connivens avec la base des écailles; les anihères li^
néaires , à deux loges, s'ouvrant au sommet; un ovaire su-
périeur, trigone, uniloculaire , surmonté d'un style droit; le
stigmate obtus. Le fruit est une capsule recouverte par le
calice et les écailles, trigone, uniloculaire , à trois sillons,
s'ouvrant en trois valves à sa moitié supérieure; trois placen-
tas occupent la partie inférieure de la capsule qui répond
aux sillons; les semences sont nombreuses, disposées sur deux
rangs.
Sauvagesia redressé: Sauvagesia erecta , Linn., Spec; Jacq.,
Amer. , 77 , tab. 5 1 , fig. 3 , et edif. pict. , 2 , tab. 77 ; Sauvuge&ia
adima , Aubl., Guian., tab. 100, fig. a; Lamk. , III. gen. ,
fab. 140, fig. I , et fig. 2, var. Cette plante a des tiges ra-
meuses, filiformes, couchées, à cinq angles, d'un brun pour-
pre, longues de seize à dix-huit pouces; les rameaux alternes,
anguleux, redressés, glabres, verts. Les feuilles sont alter-
nes, à peine péliolées, oblongues, lancéolées, aiguës à leurs
deux extrémités, un peu denticulées à leurs bords , glabres à
leurs deux faces, plus pâles en dessous , longue s de huit à neuf
lignes, larges de deux ou trois lignes, munies à leur base de
deux stipules lancéolées, ciliées; les cils pinnatifides. Les pé-
doncules sont axiliaires , solitaires ou géminés , glabres, ca-
pillaires, uniflores, articulés .un peu au-dessus de leur base,
sans bractées , droits pendant la floraison , puis recourbés
avec les fruits. Le calice est glabre, persistant, à cinq fo-
lioles très-ouvertes, puis fermées sur le fruit, oblongues, con-
caves, très-aiguës, dont deux intérieures un peu plus étroites;
les cinq pétales sont alternes avec les folioles du calice >
SAU 5^5
ovales, en coin à leur base , aigus et réfléchis au sommet,
d'un blanc rougeàtre, un peu crénelés à leurs bords ; les
cinq écailles linéaires, oblongues, brunes, arrondies au som-
met, entourées de cils nombreux, dilatés au sommet et rou-
geàtrcs ; l'ovaire est oblong, ovale, sessile , glabre, ter-
miné par un style capillaire. La capsule est oblongue , tri-
goue, brune, glabre, membraneuse, longue d'environ trois
lignes; les semences elliptiques, un peu globuleuses, brunes,
de la grosseur d'une graine de pavot. Le sauyagesia adima d'Au-
blet a les feuilles un peu plus grandes et plus larges. Cette
plante croît dans la Guiane et autres contrées de l'Amérique
méridionale.
Sauvagesia FLUETTE; Sauvages'ia tenella , Lamk. , III. gen.;
Poir. , Enc. Cette plante a des tiges fort petites, hautes à peine
de quatre ou cinq pouces, droites, glabres , filiformes, très-^
simples, garnies de feuilles sessiles , alternes, glabres à leurs
deux faces, oblongues , étroites, aiguës, pourvues à leurs
bords de dents rares, munies dans leur aisselle de stipules
très-courtes, ciliées à leur contour. Les fleurs sont solitaires,
axillaires; les pédoncules presque sétacés. Cette plante croit
dans l'Amérique méridionale. (Poir.)
SAUVE- GARDES. (Erpét.) M. Cuvier a ainsi appelé le
troisième sous -genre du genre Monitor, parmi les sauriens
de la seconde famille, celle des lacertiens. On reconnoit les
animaux qui le composent aux caractères suivans :
Des dents maxillaires dentelées ; pas de dents palatines ; langue
mince, extensible et terminée en deux longs Jilets ; corps alongé;
cinq doigts a tous les pieds; tous ces doigts armés d'ongles, sé-
parés et inégaux; écailles disposées par bandes transversales sous le
ventre et autour de la queue ; celles du dos petites et sans carène;
une rangée de pores sous chaque cuisse.
On distinguera facilement les Sauvf.-gardks des Dragonnes ,
qui ont les écailles du dos carénées; des Monitors, dont les
dents sont aiguës et tranchantes; des Lézards, qui offrent des
dents palatines; des Iguanes, dont la langue n'est ni exten-
sible, ni terminée par deux filets ; des Crocodiles, qui n'ont
que quatre doigts aux pieds de derrière. (Voyez ces divers
noms de genres, et Sauriens, Eumérodes, Erpétologie, Uro-
i^ECTEs, Reptiles et Urobènes.)
526 S AU
Le sous -genre des Sauve - gardes a été lui-même partagé
en deux tribus, savoir :
1.° Celle des Sauve -gardes proprement dits, qui ont la
queue plus ou moins comprimée, et les écailles du ventre
plus long!! es que larges. Ils vivent au bord des eaux.
2.° Celle des Améivas, dont la queue est ronde e» garnie,
ainsi que le ventre , de rangées transversales d'écaillés car-
rées.
Parmi les espèces qu'il renferme, nous citerons:
Le Lézardet : Lacerta bicarinata , Linn. ; Tiipinamhis lacer-
tinus , Daudin. A l'exception de ses écailles dorsales, il est
assez semblable à la dragonne, quoique plus petit. Sa queue,
longue et comprimée, est relevée en dessus de trois ou quatre
carènes d'écaillés aiguës; sa tête est recouverte de grandes
plaques polygonales.
Il parvient à la taille d'environ un pied.
Suivant Linnseus, il habite l'Inde, et, selon Gmelin , les
îles de l'Amérique méridionale.
Le Sauve- GARDE d'Ami^rique; Lacerta teguixin, L. Piqueté
et tacheté de bleu sur un fond noir en dessus; bleuâtre ea
dessous; des bandes bleues et noires sur la queue; yeux gros
et saillans.
Ce saurien, qui habite le Brésil et la Guiane , et surtout
Cayenne et Surinam , et qui fréquente le bord des eaux et
les lieux inondés, parvient à la taille de six pieds.
Il court rapidement sur le sol, et se jette à l'eau quand il
est poursuivi. U plonge, mais sans nager cependant. Il ne
grimpe point aux arbres.
Il se nourrit dinsectes, de reptiles, de mollusques, d'œufs
d'oiseaux, de miel, et niche dans des trous, qu'il a l'art de
se creuser dans le sable.
On mange sa chair et ses œufs, qui sont oblongs et peu
nombreux. Selon Félix ^'A.LaTd , on croit au Paraguay que
les anneaux de sa queue peuvent préserver de la paralysie.
L'Améiva ; Lacerta ameiva, LiiintBus. Tête alongée , com-
primée par les cAtés et étroite en dessus; museau pointu y
queue plus longue que le corps, cylindrique, et couiposée
au moins de cent vingt vertii.illes d'écaillés très légèrement
carénées j d'un gris bleu en dessus; d'un bleu pâle en des-
SAV 527
SOUS; des taches blanches sur les flancs; taille d'un pied en-
viron.
Ce saurien se trouve communément à la Guiane et aux
Grandes Antilles. Il ne doit pas être confondu avec Vanolis
de Rochefort et de Ray, mais il paroît être le même ani-
mal que Vanolis de Surinam, décrit par Gronow, et que le
gros lézard moucheté d Edwards.
L'Améiva a traits NOIRS; Lacerta litterata , Daudin. Queue
longue, cylindrique, verticillée , très - pointue ; dessus du
corps d'un beau vert bleuâtre un peu foncé, et entièrement
varié de petits traits noirs, nombreux et irréguliers, disj osés
en travers sur des bandes un peu larges, ocellées ça et là de
petites taches blanches arrondies, seulement sur les flancs;
ventre d'un vert- bleuâtre très -clair; taille de dix -huit à
vingt pouces.
Daudin a fait, il est difficile de concevoir comment, de
ce saurien un habitant des contrées tempérées de l'Allemagne,
de la Hongrie, de la Prusse; c'est une erreur: il est, comme
l'a noté M. Cuvier, d'Amérique, (H. C.)
SAUVE- VIE. {Bot.) Ce nom est donné à une espèce de
fougère, très-commune, à cause des propriétés qu'on lui ac-
cordoit autrefois; c'est Vasplenium ruta niuraria (voyez Asple-
^'I0N, tom. III, p. 35). Cette fougère est plus connue sous
le nom de rue de muraille, ruia muraria, qu'elle doit à la
forme des découpures de ses frondes et à sa manière de croître
dans les fentes des murailles. (Lem.)
SAUVEUR. [Erpétol.) Voyez Monitor et Sauve- gardes.
(H. C.)
SAUVI. (Bot.) Nom provençal de la sauge ordinaire , cité
par Garirlel. (J. )
SAUXO. {Ornitfi.) Rousselot de Surgy, dans ses Mélanges
intéressans et curieux , tom. 4, p. 101 , dit que Toiseau qui
porte ce nom à la Chine, est remarquable par son chant. Sa
grosseur est celle d'une alouette , et son plumage , entière-
ment noir , est relevé par deux taches rondes et blanches
qu'il a sous les yeux. (Ch. D. )
SAUZE. ( Bot. ) Nom provençal du saule ordinaire , cité
par Garidel. (J.)
SAVACOU; Cancroma , Linn. (Ornîlh.) Cet oiseau, de
B-2S SAV
Tordre des échassiers, et qui a beaucoup de rapports avec les
hérons, se nomme aussi bcc-en-cuilLer, à cause de la forme par-
ticulière de son bec, dont les mandibules ressemblent à deux
cuillers appliquées Tune contre l'autre par le c6té concave.
Ces mandibules , très-larges, sont fortes et tranchantes; et la
supérieure, sur laquelle on voit deux rainures profondes ,
qui partent des narines , est terminée par une pointe ci"o-
chue, tandis que celle de l'inférieure est aiguë; les narines
sont obliques, longitudinales et couvertes d'une membrane;
la langue est très-courte , et il y a une poche membraneuse
sous la gorge; les trois doigts antérieurs, fort longs, sont unis
à leur base par une courte membrane , et le postérieur
touche à terre sur toute son étendue; les ongles sont étroits
et courts: les deuxième, troisième, quatrième et cinquième
rémiges sont les plus longues.
Le savacou , qui se trouve dans les parties chaudes et hu-
mides de l'Amérique méridionale , habite les savannes noyées,
etc. , se tient sur les arbres , le long des rivières où la marée
ne monte pas. Aussi, quoique son nom semble annoncer que
les crabes font sa principale nourriture, son éloignement ha-
bituel de la mer donne lieu de penser qu'elle lui est étran-
gère, et qu'il ne vit, au contraire , que de poissons, sur les-
quels, en effet, il se précipite à leur passage , en se relevant
aussitôt et sans s'arrêter sur l'eau. Dans sa marche , il a le
cou arqué , le dos voûté, et l'air aussi triste que le héron.
Lorsqu'il est pris et irrité , il fait craquer son bec , les
longues plumes du sommet de sa tête se dressent en forme de
capuchon , et il s'élance avec fureur sur l'objet qui excite sa
colère. Comme on a remarqué des diflérences dans le plu-
mage des divers individus, on a d'abord supposé , avec Bar-
rèrc et Brisson , qu'il y avoit plusieurs espèces de savacous,
et l'on trouve dans les planches enluminées de Buffon , n."'
38 et S69 , des figures, dont l'une, sous le nom de savacou
huppé de Cayenne , a plus de gris-roux que de gi'is-bleuàtre;
et l'autre, sous la dénomination de savacou de Cayenne, a tout
le manteau d'un gris-blanc bleuâtre , avec une petite zone
noire sur le haut du dos. Le premier paroit être le mâle et
le second la femelle.
Au reste j le savacou proprement dit, cancroma cochlearia,
SAV 529
Linn. et Lath. , est de la grosseur d'une poule et long de dix-
sept poupes. En général, son front, de couleur blanche, est
suivi d'une calotte noire , qui se change en une huppe longue
et flottante dans le mâle adulte ; son dos est souvent gris ou
brun et quelquefois noir; sa poitrine est blanche et son ventre
roux ; la mandibule supérieure est noirâtre et l'inférieure
blanchâtre ; le bas des jambes et les pieds sont d'un vert jau-
nâtre. Mais ce plumage éprouve des variations qui paroissent
dues à l'âge et au sexe. (Ch. D.)
SAVALLE. {Ichthfol.) A la Martinique on donne ce nom
au mégalope filamenteux. Voyez Mégalope. (H. C. )
SAVANA. ( Ornith, ) Cet oiseau , autrement nommé tyran
des savannes^ est le muscicapa tjrannus , Lath., et le tyrannus
savana, Vieill. ( Ch. D. )
SAVASTANA. {Bol.) Le genre de graminées, fait sous ce
nom par Schranck, est le Holcus odoratus de Linnaeus ou
Hierocloe du Flora sibirica de Gmelin , et paroit devoir être
réuni au Torresia de MM. R. Brown et de Beauvois. Le Ti-
louchina d'Aublet, genre de Melastomées, a été aussi nommé
Savastania par Scopoli et Necker. (J.)
SAVATELLES et ESCUDARDES. (BoL) Espèces de cham,
pignons ainsi désignées par Paulet, et décrites dans ce Diction-
naire à l'article Escudardes. L'une d'elles, lasavatelle-truffe ,
est placée parmi les bolets par M. Persoon et par M. Louis
Cordier (Guide de l'amateur de champignons, p. i32), qui
lui assignent le nom de boletus tuber. Voyez Escudarde et
SCUTIGER. (LeM.)
SAVENATA. (Bot.) Près de Turbaco, dans la Nouvelle-
Grenade, suivant M. Kunth^ on nomme ainsi son Neyrocar-
pum macrophjllum. Près de Cuma, son Nevrocarpum angusti-
folium est nommé Spadila. (J.)
SAVETIER. (Ichthjol.) Le bas-peuple des environs de
Paris désigne l'épinoche de nos ruisseaux par ce nom singu-
lier. Voyez Gastérostée. (H. C. )
SAVEUR. {Chim.) C'est la propriété qu'ont certains corps
d'agir sur l'organe du goût, et de produire en nous des sen-
sations qui ne peuvent être perçues que par lui. D'après
cette définition nous excluerons des saveurs celles qu'on a
appelées sayeur fraîche , save.ur chaude j saveur nauséabonde, et,
^7- 34
53o SAV
en général , les saveurs aromatiques. En effet , quand on in-
troduit un corps dans la bouche, trois sortes de sensations
peuvent être perçues en même temps : i ." des sensations
perçues par le Jact de la langue; 2.° des sensations perçues
par l'odorat; 3.° des sensations perçues par le goût.
Il est aisé de démontrer que les corps auxquels on a attri-
bué une saveur fraîche ou chaude, sont ceux qui produi-
sent du froid ou 6e la chaleur quand on les met en contact
avec l'eau : en effet, qu'on place ces corps sur une partie de
notre corps où la peaii est très- sensible et où elle est rendue
humide par l'humeur delà transpiration, qu'on les recouvre
d'an verre de montre, et l'on éprouvera bientôt après une
sensation de fraîcheur ou de chaleur. D'après ces résultats,
il sera tout simple que l'on éprouve ces Sensations lorsqu'on
mettra les mêmes corps dans la bouche, où ils seront en
contact avec l'humidité de la salive. Enfin la saveur fraîche
pourra encore être due à l'évaporalion du corps introduit
dans la bouche.
Quant aux sensations perçues par l'organe de l'odorat, il
sera facile de les séparer de celles perçues par le tact et par
le goût; il suffira de savoir qu'un corps odorant, introduit
dans la bouche, émet une certaine quantité de vapeur, dont
iine partie est entraînée par l'air, qui est expulsé continuel-
lement par les fosses nasales (voyez Odeur). Si donc on se
presse les narines pour empêcher la sortie de l'air par le
nez, on ne percevra plus que les sensations résultantes de
l'action du corps sur le tact et sur le goût de la langue.
Les corps qui ne sont pas capables d'altérer l'organe du
goût , considérés d'après les rapports précédens , peuvent
être distribués en quatre classes, ainsi que je l'ai dit dans
mes Considérations générales sur l'analyse organique et sur ses
applicationSé
1." Classe.
Corps qui nagissent que sur le tact de la langue.
Tels sont le cristal de roche , le saphir , la glace.
2.* Classe.
Corps qui nagissent que sur le tact de la langue et sur l'odorat.
Tels sont l'étain, le fer, le cuivre, etc.
SAV 55i
Ce qu'on a dit de leur saveur méfallique doit se rapporter
ù leur odeur 5 car , quand on les a mis dans la bouche , la sen-
sation appelée saveur, goût métallique, disparoit dès que les
narines sont pressées. Il faut remarquer que les sels de ces
métaux, à base de protoxide ou de deutoxide, ont l'odeur
qui est propre au métal qui les constitue à un plus haut
degré que le métal lui-même. (Voyez Odeur.)
3.^ Cl-ASSE.
Corps qui agissent sur le tact de la langue et sur le goût.
Tels sont le sucre, le chlorure de sodium pur. Lorsqu'on
les met dans la bouche, les sensations qu'ils causent ne sont
point modifiées dans le cas où les narines sont pressées.
4.*^ Classe.
Corps qui agissent sur le tact de la langue , sur le goût,
sur l'odorat.
Telles sont les huiles volatiles. Elles ont une saveur acre
ou bien amère et douceâtre, et une odeur très-variable. On
n'en perçoit que la saveur en se pressant les narines.
Telles sont encore les pastilles de menthe, les pastilles de
chocolat. Les narines étant pressées , après qu'elles ont été
introduites dans la bouche , on ne ressent plus que la sa-
veur du sucre. Si on cesse de se presser les narines, l'odeur
de la menthe, celle du cacao, redeviennent sensibles.
La cause qui provoque les nausées, lorsqu'on goûte de la
bile, de la manne, plusieurs sels métalliques, réside dans
l'émanation odorante de ces substances.
Les butirates, les sulfites, etc., qui, mis dans la bouche,
ont le goût du beurre, de ïacide sulfureux, ne doivent cette
propriété qu'à une petite quantité de ces acides, qu'ils laissent
échapper et qui agit sur l'odorat.
Le goût urineux qu'on a attribué aux bases alcalines fixes ,
n'appartient point à ces substances; il est dû à l'ammo-
niaque, qu'elles dégagent de la salive en réagissant sur les sels
ammoniacaux contenus dans ce fluide. (Ch.)
SAVI-JALA. {Ornith.) Voyez Saui-jala. (Desm.)
SAVIA. {Bol.) C'est le croton sessiUJlorum de Sv/artz , que
53. SAV
Willdcnow a converti en un genre qu'il a dédié à M. Savi ,
mais que des caractères trop peu important ne permettent
guère de conserver. Voyez Croton. ( Poir.)
SAVIGNYA. (Bof.) Genre de plantes dicotylédones, à fleurs
complètes, de la lamille des crucifères, de la télradjnamie sili-
culeuse de Linnaeus , offrant pour caractère essentiel: Un calice
dressé, à quatre folioles égales à leur base; quatre pétales en-
tiers ; six étamines tétradynames , libres et sans dents; un style
court ; une silique sessile , comprimée , plane , elliptique , sur-
nionté par le style persistant, aigu , presque tétragone : séparée
en deux loges par une cloison membraneuse, persistante; les
valves planes ; plusieurs semences presque imbriquées , à
large bordure, attachées à un placenta à peine saillant; les
cordons ombilicaux point appliqués contre la cloison.
Savignya d'Egypte: Sai/ignya œgjpliaca , Dec, Sjst. nat. ,
■2 , pag. 283 ; Lunaria parvijlora, Delil. , FI. y^gjpt., 19 , tab.
SS, iïg. 5. Cette plante a une racine grêle, simple, perpen-
diculaire, un peu dure: elle produit une tige droite, gla-
.brc , herbacée, longue de six à neuf pouces; garnie de ra-
meaux étalés. Les feuilles sont un peu charnues; les radicales
longues d'un pouce et demi , rétrécies en pétiole, ovales,
très-obtuses, presque en coin, à grosses dents inégales et ob-
tuses ; les feuilles caulinaires graduellement plus étroites; les
supérieures linéaires, entières, longues d'un pouce ; les fleurs
fort petites, disposées en grappes redressées , en corymbedans
leur jeunesse, puis alongées ; point de bractées; la corolle
d'un violet pâle; les pétales oblongs; une petite silique sessile,
ovale , longue de six lignes, large de trois lignes , renfermant
huit à dix semences planes, orbiculaires. Les cotylédons sont
plans et couchés , parallèles à la cloison ; la radicule supé-
rieure. Cette plante croît en Egypte, dans le sable, autour
des pyramides. (Poir.)
SAVINA. (Bot.) SelonTragus et Gesner, cités par C. Bauhin,
ce nom étoit donné au Ljcopodium complanatum, (J. )
SAVIMIER. (Bot.) Le traducteur de Daléchamps désigne
et figure sous ce nom françois la sabine, juniperus sahina.
(J.)
SAVO-CANDALO. {Bot.) Nom brame du fcari-taradeZ di*
Malabar; Bliizophora ejlindrica de Linnaeus. (J>)
SAV 533
SAVON DE BECŒUR. (Chim.) Préparation savonneuse
employ-ée pour préserver la peau des animaux empaillés de
l'action des insectes.
Pour faire le savon de Becœur , on fait dissoudre dans i
litre d'eau 75o gr. de sous-carbonate de potasse ; on y ajoute
2 kilog. de savon blanc, très -divisé; on expose les matières
à une douce chaleur, et on remue continuellement; on y
ajoute ensuite 2 kilog. d'acide arsenieux pulvérisé : quand
il est distribué bien également dans toute la masse, on y
verse 167 gr. de ch-aux vive, qu'on a préalablement réduîls
en une bouillie claire au moyen de l'eau ; on agite , et, enfin,
on y incorpore 3i6 gr. de camphre , qu'on a divisés au
moyen de Palcool. (Ch.)
SAVON BLANC. (Cbim.) On donne ce nom , en général ,
à un savon solide qui n'a point étt? marbré avec du sulfate
de fer, et. en particulier, au savon que l'on fait à Mar-
seille avec la soude et l'huile d'olive, et auquel on ne donne
pas de marbrure. (Ch.)
SAVON BOIS -MÈCHE. (Bot.) C'est une espèce de pitte,
agave fatida , que Ton nomme ainsi à Cayenne , suivant Ri-
chard. ( J. )
SAVON MÉDICINAL. {Chim.) Ce savon se prépare à froid
dans les pharmacies de la manière suivante : On mêle dans
un mortier de marbre une partie d'une lessive de soude
caustique, d'une densité de i,33, avec 2 parties d'huile d'a-
mandes douces; on agite, et quand le savon est gélatineux,
on le coule dans des moules. (Ch.)
SAVON DE MONTAGNE. [Min.) C'est une argile smectique
qui a la finesse du grain, la mollesse, le toucher doux et
gras, et même Péclat et la translucidité du savon. Voye? Ar^
GILE. (B.)
SAVON DE NAPLES. {Chim.) Ce savon est préparé, m'a-
t-on dit, avec la potasse et l'huile de palme. (Ch.)
SAVON NOIR, SAVON VERT. {Chim.) Ces savons sont
préparés avec la potasse et des huiles de graines. On fait du
savon noir avec de l'huile de chénevis ; on fait du savon
vert avec de l'huile de colza. (Ch.)
SAVON DE STARKEY, SAVON TARTAREUX. {Chim.)
On a donné ces noms à une matière que Starkey obtenoit en
534 SAV
abandonnant de l'huile de térébenthine et du sous-carbonate
de potasse sec à eux-mêmes dans un matras. Au bout de six
mois il enlevoit une matière blanchâtre , molle, qui étolt
à la surfare du mélange; celui-ci, abandonné à lui-même
pendant un certain temps, donnoit encore de nouvelles
matières molles. C'est cette matière qu'on a appelée savon
de Starkey. Mais il est évident que , s'il se produit une vé-
ritable combinaison entre l'alcali et la matière organique ,
qui sont mis en contact, ce n'est pas l'huile volatile qui en
est un des élémens , mais bien une substance qui provient
de l'altération que l'huile a subi de la part de l'air. (Ch.)
SAVON TRANSPARENT, (Chim.) On m'a assuré que l'on
prépare ce savon en faisant dissoudre du savon de suif dans
l'alcool, distillant la dissolution pour ne pas perdre l'alcool,
agitant le résidu sur le feu jusqu'à ce qu'il présente une
matière bien transparente, qui ne contienne plus que très-
peu d'eau , et, enfin , coulant cette matière dans des moules.
Ce savon doit sa transparence à ce que les trois sels qui le cons-
tituent, le stéarate, le margarate et l'oléate de soude, ont
éprouvé une sorte de fusion qui ne permet point aux stéa-
rate et au margarate de se séparer plus ou moins de l'oléate
par leur tendance à cristalliser, ainsi que cela arrive lors-
qu'un savon a été coulé, lorsqu'il retenoit encore beaucoup
d'eau. (Ch.)
SAVON DE VENISE. {Chim.) C'est du savon que l'on pré-
pare à Venise avec de l'huile d'olive, mais dans lequel on
laisse moins d'eau qu'il n'y en a dans le savon de Marseille,
(Ch.)
SAVON DES VERRIERS. {Min.) C'est le manganèse oxi-
dulé. (Lem.)
SAVON DE WINDSOR. {Chim.) C'est un savon de suif
et de soude auquel on a ajouté des corps aromatiques, des-
tinés à masquer l'odeur propre au savon de suif. C'est ordi-
nairement l'huile d'anis qu'on emploie à cet usage. (Ch.)
SAVONEITE DE MER. {Malacoz.) D'après ce qu'en dit
M. Bosc, dans le Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle ,
il paroit que les matelots désignent sous ce nom des amas
sphéroïdaux , formés d'un grand nombre de vésicules de la
grosseur d'un pois, de couleur jaune, qu'on trouve à la sur-
SAV 535
face de la mer Atlantique et dont les navigateurs font usage
pour se laver les mains.
Il paroît qu'on donne quelquefois le même nom, sur nos
côtes, à des masses d'œufs arrondies que la mer rejette sur
le rivage, et qui sont bien certainement des œufs de buccins
ou de pourpre , ce qui fait croire que les savonettes de mer de
haute -mer en sont également. (De B.)
SAVONIER, Sapindus. (Bol.) Genre de plantes dicotylé-
dones, à fleurs complètes, polypétalées , de la famille des
sapindées, deVoctandrie monogjnie de Linnœus, dont le carac-
tère essentiel consiste dans un calice à quatre ou cinq folioles
inégales; autant de pétales onguiculés, inégaux, insérés à la
base extérieure du disque; huit étamines insérées entre le
disque et l'ovaire; les filamens libres; un disque en anneau,
entourant l'ovaire, charnu, ondulé, pentagone; un ovaire
supérieur à trois coques; trois styles courts, connivens, un
peu épais; trois drupes connivens, dont souvent un ou deux
avortent; dans chaque loge un noyau, à deux loges mono-
spermes.
Savonier mousseux : Sapindus saponaria , Linn. , Spec. ;
Lamk. , lll. gen. , tab. 3o7 , fig. i ; Sloan. , Jam. , 2 , pag. 1 3 1 ;
Commel. , Hort., 1 , tab. 94; vulgairement Arbre a savon-
nettes ou Para-para. Grand arbre , dont le tronc se divise , à
quelques pieds de terre, en plusieurs grosses branches étalées,
et en rameaux glabres , cylindriques , d'un brun grisâtre ,
parsemés de petites taches ovales et blanchâtres. Le bois est
blanc, gommeux, d'une odeur et d'une saveur approchant
de la résine copal. Les feuilles sont alternes, ailées, fort am-
ples, sans impaire, composées de quatre ou cinq paires de
folioles presque opposées, sessiles , ovales-oblongues, aiguës,
un peu obliques, très-entières, luisantes, d'un vert gai, pâles
en dessous, longues de trois à quatre pouces et plus, vei-
nées, réticulées. Le pétiole muni d'une aile courte, mem-
braneuse. Les fleurs sont disposées en panicules terminales,
très-rameuses, droites, oblongues, légèrement tomenteuses,
munies de bractées petites, subulées, pubescentes. Le calice
a cinq folioles un peu pubescentes, d'un blanc verdâtre ,
oblongues, concaves, inégales, arrondies au sommet; les deux
(extérieures une fois plus courtes; la corolle petite; cinq pé-
536 SAV •
laies presque égaux , ovales, obtus, blanchâtres, velus à leurs
bords, à peine de la longueur du calice; huit étamines pla-
tées entre le disque et la base de l'ovaire: les filamens velus
et soyeux. Les fruits sont pendans , de la grosseur d'une ce-
rise, globuleux, luisans , d'un roux jaunâtre , contenant sous
leur écorce une pulpe jaunâtre , gluante, Irès-amère, adhé-
rente à un noyau noirâtre, arrondi, dans lequel est renfer-
mée une amande presque aussi savoureuse que la noisette.
La liqueur visqueuse qui découle de ces fruits les a fait nom-
mer par les Espagnols cerises gommeuses. Cette plante croît
aux Antilles et sur le bord du fleuve des Amazones.
Les habitans des Antilles se servent de la racine et surfout
des fruits de cet arbre, pour produire sur le linge un effet
analogue à celui du savon. On met quelques-uns de ses fruits
dans de l'eau chaude, et l'on en savonne les étoffes végétales.
L'eau devient blanchâtre, très-mousseuse, et nettoie fort bien ;
mais on doit éviter l'usage trop fréquent de ce savon , qui, à
la longue, gâte et brûle le linge. Les fruits se fondent peu à
peu dans l'eau, jusqu'à ce qu'il n'y demeure plus rien que
les noyaux, qui sont très-durs et qui, étant percés , servent à
faire des grains de chapelets, aussi noirs et même plus luisans
et plus beaux que ceux d'ébène. On les appelle pommes de
savon. On prétend que la liqueur gluante des fruits a la pro-
priété d'arrêter les pertes de sang et même la fièvre. On les
recommande dans les pâles couleurs.
Savonier RUDE : Sapindus rigida yVahl , Symb, -^yViïld. , Sp. , i ,
p. 470; Lamk., lll. gen. , tab. Boy, fig. 2 et 4 ; Gaertn., De/ruci.,
tab. 70; Pluken., Alm., tah. 217, fig. 7. Cet arbre est pourvu
de rameaux glabres, cylindriques , de couleur cendrée, mar-
qués souvent de petites taches ou de tubercules ovales; il n'y
a point d'épines. Les feuilles sont alternes, pétiolées, ailées
sans impaire, composées de trois à quatre paires de folioles
opposées, un peu pédicellées, ovales, oblongues, lancéolées,
glabres, entières, acuminées, luisantes en dessus, puhescentes
en dessous, longues d'environ trois pouces sur un et plus
de large , veinées , réticulées ; les pétioles pubescens. Les
ileurs sont petites , disposées en une grappe terminale , ra-
meuse, paniculée, longue d'environ un pied; les rameaux
étalés; les pédopcules courts, épais, garnis de petites bractées
8AV 537
caduques. Le calice est un peu velu; les pétales glabres,
concaves, arrondis; l'ovaire glabre et ovale ; trois drupes,
dont deux avortent très -souvent : ils sont globuleux, char-
nus, de la grosseur d'une petite cerise, très-glabres. Cette
plante croît à l'ile Bourbon.
Savonieb a FEUifLEs DE LAURIER : Sapïndus laurifoUa, Vahl,
Sjnib,; ^^'\i\à., Spec; Sapindus trifolialus , Linn. , Flor. ZejL,
n." 6o3 ; Poerensis seu Vercoc poelongi , Rhéede, Malab., l\ ,
tab. 19; vulgairement Manii'Ongon. Les rameaux de cet arbre
sont glabres, cylindriques, striés, un peu pubescens à leur
sommet; les feuilles pétiolées , alternes, ailées, composées
ordinairement de trois paires de folioles sans impaire, pédi-
cellées , presque opposées, longues d'environ quatre ou cinq
pouces, larges de deux, ovales, oblongues , obtuses, glabres,
entières. Les fleurs sont disposées en une panicule touffue,
terminale; ses ramifications courtes, nombreuses, inégales,
un peu pubescentes, munies de bractées courtes et ovales. Le
calice est à cinq petites folioles ovales, arrondies; la corolle
blanche; les cinq pétales oblongs , velus, onguiculés, renflés
à leur sommet, garnis à leurs bords d'un duvet tomenteux,
très -blanc; les filamens velus; les fruits fort petits, velus,
globuleux. Cette plante croit dans les Indes orientales, sur
la côte de Coromandel. Les fruits servent à blanchir les soies
et les toiles.
Savonier a feuilles échancrées; Sapindus emarglnata , Vahl,
Symh.; Willd., Spec. Cet arbre a des rameaux glabres, cy-
lindriques, de couleur cendrée, delà grosseur du petit doigt;
les feuilles alternes, pétiolées, ailées sans impaire, à quatre
ou six folioles un peu pédicellées, opposées ou alternes, lon-
gues de deux ou trois pouces; les folioles inférieures plus pe-
tites , oblongues, un peu vétrécies à leur base , échancrées
et obtuses au sommet, entières, glabres, coriaces, velues en
dessous. Les fleurs sont disposées en un ample panicule ter-
minal; les ramifications nombreuses, pubescentes, garnies à
leur base de petites bractées ovales; le calice est pubescent,
à cinq folioles ovales, concaves; cinq pétales oblongs, velus
en dehors, un peu plus longs que le calice, munis à leurs
bords d'un duvet tomenteux, très-blanc ; les filamens velus,
fiu nombre de huit, de la longueur de la corolle. Le fruit
538 SAV
consiste en trois drupes un peu turbines ou globuleux, cou-
verts de poils épais et jaunâtres .-ils renferment des semences
noirâtres.
Savonier rouillé : Sapindas rubiginosa, Willd., .Sp.;Roxb.,
Corom., 1 , tab. 62. Cet arbre s'élève à une hauteur assez con-
sidérable. Ses rameaux sont droits et nombreux; les feuilles
alternes, fort amples, ailées; les folioles oblongues, lancéo-
lées, aiguës, entières, velues en dessous, opposées, un peu
pédicellées, au nombre de huit à dix. Les fleurs sont réunies
en une panicule droite, terminale, étalée; les ramifications
simples, élancées; le calice court, à quatre folioles ovales,
obtuses. La corolle est glabre, petite, à quatre pétales obtus;
le style presque de moitié plus court que les filamens des
étamines; un ovaire à trois lobes, auquel succèdent trois
drupes monospermes, dont deux avortent bien souvent. Cette
plante croit sur les montagnes, à la côte de Coromandel.
Savonier arborescent : Sapindus arborescens , Aubl. , Guian.,
1, tab. iSg; vulgairement Maca- a?a-ipou des Galibis. Cet
arbre s'élève à la hauteur de huit à dix pieds sur un tronc
de neuf pouces de diamètre. Le bois est blanchâtre; l'écorce
raboteuse et cendrée : il pousse à son sommet quelques
branches noueuses et ramifiées. Les feuilles sont alternes,
pétiolées, composées de trois paires de folioles lisses, coriaces,
ovales, glabres, vertes à leurs deux faces, entières, aiguës ,
longues d'environ six pouces sur deux de large. Les fleurs
sont réunies en grappes axillaires : elles produisent des fruits
composés de trois drupes ovoïdes, de couleur rouge , pédi-
cellés, conservant à leur base un calice à quatre folioles ai-
guës. Cet arbre croît à Cayenne , dans les forets qui bordent
la crique des Galibis.
Savonier a quatre folioles ; Sapindi/s tetraphylla , Vahl ,
Symb., 3, pag. 54. Cette plante a des rameaux glabres, cy-
lindriques, de couleur cendrée. Les feuilles sont pétiolées,
alternes, ailées sans impaire, composées de quatre folioles
médiocrement pédicellées; les deux inférieures alternes, les
deux supérieures opposées, longues de trois pouces, lancéo-
lées, oblongues, un peu obtuses, entières, très-glabres, d'un
vert pâle, veinées, point rétrécies à leur base. Les fleurs
sont réunies en une panicule composée de plusieurs grappe»
SAV 53g
simples, droites, longues de trois à quatre pouces; les pé-
doncules blanchâtres, striés, presque anguleux, hérissés d'as-
pérités ou de petites dents par la chute des pédicelles; ceux-ci
sont très -courts, munis à leur base de bractées ovales, fort
petites. Le calice est soyeux , luisant, à cinq folioles ovales,
arrondies; la corolle glabre; cinq pétales plus longs que le
calice; les filamcns des étamines velus, au nombre de huit.
Cette plante croît dans les Indes orientales.
Savonier frutescent; Sapiadusfrutescens,Auhl., Guian., i,
tab. i58. Cet arbrisseau a une tige droite, simple, haute de
sept à huit pieds sur deux pouces de diamètre. Le bois est
cassant, blanchâtre ; l'écorce cendrée et raboteuse. Les feuilles
sont alternes, pétiolées , ailées, composées de sept à huit
paires de folioles sans impaire, ovales, lancéolées, presque
alternes, lisses, coriaces, luisantes, entières, acuminées, lon-
gues de huit ou dix pouces , larges de trois , médiocrement pé-
dicellées. Les fleurs sont disposées en grappes axillaires; elles
produisent des drupes secs, coriaces, d'un beau rouge, sphé-
riques , marqués d'un sillon à un de leur côté , par lequel elles
s'ouvrent en deux parties et renferment une semence lui-
sante, noire, enveloppée d'une membrane; l'intérieur des
drupes jaunâtre. Cette plante croît à Cayenne , sur le bord
des terrains défrichés, ainsi que dans les grandes forêts de
la Guiane.
Savonier du Sénégal; Sapindus senegalensis , Poir. , Encycl.
Cette espèce est munie de rameaux droits, effilés, pubescens
et rouilles dans leur jeunesse. Les feuilles sont amples, al-
ternes, rapprochées, composées de deux à quatre paires de
folioles très -glabres, les unes larges, ovales, obtuses, d'au-
tres plus étroites, lancéolées, rétrécies à leur base, un peu
acuminées au sommet, d'un vert cendré ou un peu glauque
en dessus, plus pâles en dessous, entières; les nervures sail-
Lmtes des deux côtés, confluentes à leur sommet; l'inter-
valle rempli par des nervures en réseau; les pétioles glabres,
ou un peu pubescens; le fruit ovale, globuleux, de la gros-
seur d'une fraise. Cette plante a été découverte au Sénéga^
par Adanson et M. Geoffroy. (Pom.)
SAVONIÈRE. (Bot.) Chôme! rite sous ce nom la saponaire.
(J.)
540 SAV
SAVONS. (Chim.) On a donné le nom de savons à des com-
binaisons de potasse ou d^ soude avec les acides stéarique ,
iiiargarique et oléique. On les prépare en soumettant des
corps gras, essentiellement formés de stéarines et d'oléine,
au contact de la potasse ou de la soude caustique.
Les savons du commerce diffèrent surtout les uns des
autres, i.° par leur degré de dureté ou de mollesse; 2° par
leur odeur.
Nous allons les envisager sous ces deux rapports, ainsi
que nous l'avons fait dans notre ouvrage sur les corps gras
d'origine animale. '
A. Des savojis considérés sous le rapport de
leur degré de dureté ou de mollesse.
On appelle savons durs, ceux qu'on obtient en saponifiant
par la soude l'huile d'olive et surtout les graisses animales;
rt savons mous, ceux qu'on obtient en saponifiant par la
potasse les huiles de graines, en général, et les huiles ani-
males plus ou moins fluides.
Quand on cherche en quoi consiste la propriété qu'ont
les savons d'être durs ou mous, on trouve que ces propriétés
dépendent de la manière dont les savons agissent sur l'eau.
En effet , les savons durs perdent la plus grande partie de
k'ur eau de fabrication par l'exposition à l'air, et quand ils
l'ont perdue, ils ne se dissolvent que lentement dans l'eau
froide , et sans s'y délayer. Les savons mous , au contraire ,
îie peuvent jamais être séchés par leur exposition à l'air,
ft l'eau qu'ils retiennent les rend mous ou gélatineux, et si,
après les avoir séchés au moyen de la chaleur, on les met
dans l'eau froide, ils sont dissous par ce liquide ou ils s'y
délaient plus ou moins.
En recherchant pourquoi un savon est plus ou moins so-
luble dans l'eau, on en trouve les causes, 1.° dans la na-
ture de la base alcaline ; 2° dans celle de la matière grasse qui
est vnie a cette hase.
i RecTierches chimiques sur les corps gras d'origine animale. 4
Paris- chez Lcvrault, i823.
SAV 5/,i
a) L'influence de la hase alcaline est démontrée par les ex-
périences suivantes : que l'on saponifie deux quanlilés d'un
même corps gras, l'une par la potasse, et l'autre par la soude,
et on observera constamment que le savon de soude est moins
soluble que celui de potasse.
b) Injluence de la matière grasse. Si la base alcaline seule
avoit de l'influence pour constituer les savons durs ou mous,
il en résulteroit que tous les corps gras, saponifiés par la po-
tasse, donneroient des savons mous, tandis qu'ils en donne-
roient de durs quand ils le seroient par la soude : or c'est
ce qui n'arrive pas, car l'huile d'olive, et surtout les graisses
animales peu fusibles, donnent avec la soude des savons qui
sont beaucoup plus durs que les savons d'huile de graines
et d'huile animales à base de soude; et, en second lieu, ces
mêmes huiles forment avec la potasse des savons beaucoup
plus mous que ne le sont les savons d'huile d'olive et de
graisses animales peu fusibles à base de potasse. Ces résul-
tats sont évidens, lorsqu'on considère l'action de l'eau froide
sur les savons ou plutôt sur les sels que les acides sléarique,
oléique et margarique forment avec la soude et la potasse.
Le stéarate de soude peut être considéré comme le type
des savons durs. 11 ne paroît pas éprouver d'action de la
part de dix fois son poids d'eau. Le stéarate de potasse pro-
duit un mucilage épais avec la même proportion d'eau.
L'oléate de soude est soluble dans lo fois son poids d'eau.
L'oléate de potasse forme une gelée avec le double de son
poids du même liquide, et une dissolution avec 4 fois son
poids. Il est assez déliquescent pour que 100 parties absor-
bent, dans une atmosphère saturée de vapeur d'eau à la tem-
pérature de 12"^, 16:2 parties de ce liquide.
Les combinaisons de l'acide margarique avec la soude et
la potasse ne diffèrent de celles de l'acide stéarique avec les
mêmes bases , qu'en ce que l'eau exerce une action plus forte
sur les premières combinaisons que sur les secondes.
Les stéarates, les margarates, les oléates de potasse qu de
soude peuvent s'unir ensemble en toutes sortes de proportions.
Avec ces notions et les résultats suivans il sera facile d'ex-
pliquer les différences que présentent les savons sous le rap-
port de la solidité ou de la mollesse.
h^ SAV
1." Les savons de graisse humaine, d'huiles végétales,
sont formés d'oléate et de margarate, unis en des propor-
tions très -variables. On remarque en outre que les savons
sont d'autant plus mous qu'ils contiennent plus d'oléate, et,
conséquemment moins de margarate.
Les savons de graisse de mouton, de bœuf et de porc, le
savon de beurre, abstraction faite des sels odorans qu'ils
peuvent contenir, sont formés, non -seulement de marga-
rate et d'oléate, comme les précédens, mais encore de stéa-
rate. L'on observe que la dureté est d'autant plus grande
que le stéarate est plus abondant par rapport à l'oléate.
Les stéarines donnant principalement dans la saponifica-
tion les acides stéarique et margarique, et l'oléine donnant
l'acide oléique, il s'ensuit :
1.° Que, d'après la proportion des stéarines à l'oléine,
dans les corps gras saponifiables, proportion qu'on peut con-
clure du degré de fusibilité de ces substances , il est possible
de prévoir le degré de dureté ou de mollesse des savons que
ces corps produiront ;
2." Qu'il est facile d"imiter un savon donné, en prenant
des stéarines et de l'oléine dans des proportions telles que
les acides stéarique, margarique et oléique, qu'elles sont
susceptibles de former par l'action des alcalis, soient entre
eux dans le même rapport que celui où ces acides se trou-
vent dans le savon qu'on se propose d'imiter. Ainsi , en ajou-
tant à des huiles qui ne donneroient que des savons mous
avec la soude, des corps abondans en stéarines, tels que la
cire du mjrica cerifera , beaucoup de substances qu'on a ap-
pelées beurres végétaux, on peut imiter le savon d'huile d'o-
live ; savon qui ne diffère bien essentiellement des savons
d'huiles de graines qu'en ce qu'il contient moins d'acide
oléique.
Ces résultats, déduits de mes expériences, furent con-
signés dès i8i6 dans un dépôt que je fis à l'Académie des
sciences.
B. Des savons considérés sous le rapport de l'odeur.
Les savons sont \noàore$, comme ceux de graisse humaine,
de graisse de porc, ou od.oran% , comme ceux de beurre;
SAV 545
«l'huile de dauphin, de suif. Les odeurs des savons sont dues
H des principes absolument distincts des acides stéarique,
margarique et oléique,- car,
1.° D'une part, en décomposant ces savons, dissous dans
l'eau par l'acide tartrique ou phosphorique, et en soumet-
tant à la distillation les liquides aqueux filtrés, on observe :
i) que le produit provenu du savon de beurre, contient
des acides butirique, caproïque et caprique ; 2) que le pro-
duit du savon d'huile de dauphin contient de l'acide phocé-
nique ; 3) que le produit du savon de suif contient de l'a-
cide hircique. (Voyez Phocénique [Acide] ).
2.° D'une autre part, en lavant suffisamment le« acides
stéarique, margarique et oléique, provenant des savons odo-
rans, on finit par amener ces acides à un tel état de pureté,
qu'en les unissant à la potasse et à la soude, ils forment des
savons inodores.
Analyse du savon par l'eau.
En délayant les savons supposés formés d'oléate, de stéarate
et de margarate, dans l'eau froide, on dissout : 1.° l'oléate j
2.° une portion de stéarate et de margarate; 5." l'alcali, pro-
venant de la réduction en sursel de Vautre portion de stéa-
rate et de margarate. Le bi- stéarate et le bi- margarate de
cette portion se déposent à l'état d'une matière nacrée, re-
tenant presque toujours un peu de suroléate.
Quand on opère avec les savons à base de soude, il faut
employer plus d'eau que quand on opère avec les savons à
base de potasse. Celui-ci doit donc être préféré quand on
veut réduire un savon en bi-margarate , et en bi-stéarate pour
se procurer les acides gras qui constituent les savons.
Lorsque le dépôt de ces sursels est bien séparé du liquide,
on décante celui-ci, et on lave le dépôt avec de l'eau, puis
on le met sur un filtre à égoutter ; quand il est sec, on le
dissout dans l'alcool bouillant. On obtient par le refroidisse-
ment un précipité dans lequel il y a une proportion plus
forte de bi-stéarate, relativement au bi-margarate, que
le dépôt qui a été traité, par la raison que le bi-stéarate
e6t encore plus soluble que le bi-margarate. On conçoit d'a-
près cela qu'en réitérant la dissolution du dépôt dans l'ai-
544 SAV
cool bouillant, on finisse par obtenir du bi-stéarate. Par ce
moyen j'ai obtenu un acide stéarique, fusible à 70 , des ma-
tières nacrées, des savons de suif de bœuf et de mouton, et
du savon de graisse de porc.
Quant à Tacide oléique, on le trouve dans le liquide d"où
la matière nacrée s'est déposée; mais, comme il est mêlé de
stéarate et de margarate, il faut neutraliser l'alcali en excès,
et abandonner la liqueur à elle-même, jusqu'à ce qu'il ne
se dépose jjIus de matière nacrée.
Quand on est arrivé à ce résultat, on décompose l'oléate
par l'acide hydrochlorique ; on abandonne l'acide oléique à
des températures de plus en plus basses, en ayant soin de
le séparer chaque fois par la pression des cristaux qui s'y
forment , et cela jusqu'à ce qu'on ait un produit fluide
à 4 degrés au-dessous de zéro.
Quand on traite le savon de graisse humaine par l'eau,
on obtient les mêmes résultats que précédemment, avec
cetle différence que la matière nacrée n'est composée que
de bi-margarate et d'un peu de suroléate, qu'on en sépare
au moyen de l'alcool et de la cristallisation opérée par le
refroidissement. C'est donc ce savon qu'on doit employer
de préférence pour obtenir l'acide margarique.
Les acides stéarique et margarique se séparent de la po-
tasse au moyen de l'acide hydrochlorique.
Action de l'alcool sur les savo?is.
Lorsqu'on soumet à l'action de l'alcool froid du savon
réduit en poudre, on dissout la plus grande partie de l'o-
léate et très-peu de margarate et de stéarate. Si , après avoir
fait deux traitemens à froid , on traite le résidu par l'alcool
l)ouilIant, on obtiendra par refroidissement un dépôt formé
de stéarate et de margarate; si on rétière la dissolution et la
cristallisation de ce dépôt, on finit par obtenir du stéarate.
Quant à l'oléate, on le séparera de l'alcool; on le dé-
composera par l'acide hydrochlorique; on exposera l'acide
oléique à une température de plus en plus basse, et on ob-
tiendra par ce moyen de l'acide oléique, encore fluide, à 4
degrés au-dessous de zéro. (Ch.)
SAV .^5
SAVONS ACIDES. (Chim.) Tant qu'on a ignoré la véritable
composition des savons, les différences qui existent entre les
acides stéarique, margarique, oléique et les corps gras formés
de stéarines et d'oléine d'où ils proviennent, on a pu croire
que la dénomination de sai>ons acides pouvoit être appliquée
aux graisses, aux huiles fixes, et même aux huiles volatiles
qu'on traitoit par des acides énergiques, tels que l'acide sul-
furique concentré, et qui sembloient acquérir par là, sinon
la propriété de se dissoudre dans l'eau , au moins celle de
s'y délayer, ou de faire plus facilement une émulsion qu'a-
vant d'avoir été soumises au contact de l'acide. Mais aujour-
d'hui, que la nature des savons alcalins est parfaitement con-
nue, que leur composition est rapportée à de véritables es-
pèces de sels, on ne peut donner le nom de savons acides
aux matières résultantes de l'action des acides énergiques sur
des corps gras. En eifet, parmi les corps gras qu'on a soumis
à l'action des acides, il y en a qui sont trop différens les uns
des autres pour qu'on soit fondé à en conclure qu'ils doivent
donner des produits, sinon identiques, au moins analogues
par l'action d'un même acide; en second lieu, dans les re-
cherches que j'ai faites sur les produits de l'action de l'acide
sulfurique concentré sur les corps gras formés de stéarines et
d'oléine', on voit qu'il y a un trop grand nombre de subs-
tances distinctes produites simultanément, et que ces subs-
tances sont bien loin de former, avec l'acide sulfurique, des
composés définis, comme le sont les savons alcalins.
D'après ces considérations et d'après cette règle que nous
1 I,a graisse de porc, formée de stéarines et d'oléine, traitée par
un poids d'acide sulfurique concentré égal au sien, m'a donné:
1." De l'acide sulfo- adipique ;
2." Une substance douceâtre qui a les plus granJi rapports avec la
gljcérine ;
3.° De l'acide stéarique;
4/ De l'acide margarique;
5.° De l'acide oléique ;
6." Une substance organique unie probablement à de l'acide hypo'
sulfurique.
La stéarine de mouton , soumise au même traitement, a donne les
mêmes produits.
47. 35
546 SkV
nous sommes prescrites, de ne donner des noms distincts qu'a,
des corps sinjples ou à des substances qui ont le caractère
des composes définis, nous rejetterons l'expression de savons
acides de la nomenclature scientifique. (Ch.)
SAVONS ALCALINS. (Chim.) En général, la dénomination
de savons alcalins ne s'applique guère qu'aux savons dépotasse,
de soude et d'ammoniaque, quoique l'on mette la baryte,
la strontiane, la chaux et la magnésie au nombre des alcalis;
cela tient à ce que les trois premiers alcalis sont les seules
bases salifiables qui forment des savons solubles dans l'eau , et
que sous ce rapport leurs savons diffèrent absolument des sa-
vons de baryte, de strontiane, de chaux et de magnésie. (Ch.)
SAVONS DURS ET SAVONS MOUS. (Chim.) Voyez Savons.
(Ch.)
SAVONS METALLIQUES, SAVONS TERREUX. {Chim.)
Tant qu'on a distingué les terres des oxides métalliques ,
il a été tout naturel de donner le nom de savons terreux aux
savons résultant de l'union des corps gras saponifiés avec les
bases salifiables appelées terres, et le nom de savons métal-
liques aux savons résultant de l'union de ce ces mêmes corps
gras avec les oxides métalliques.
Quoique la baryte, la strontiane, la chaux et la magnésie
soient comptées parmi les alcalis, cependant on a considéré
plus généralement ces savons comme des savons terreux, que
comme des savons alcalins; et cela, parce que les savons de
baryte, de strontiane, de chaux et de magnésie sont inso-
lubles dans l'eau , comme le sont les savons terreux. (Ch.)
SAVONULES. (Chim.) Dans la Nouvelle nomenclature chi-
mique on avoit proposé ce nom pour désigner les combinai-
sons que l'on supposoit pouvoir être produites par les alcalis
et les huiles volatiles. On n'a jamais compté qu'un seul savo-
nule , le savon de Starlcey ; mais cette matière ne peut être
considérée comme un composé d'alcali et d'huile volatile de
térébenthine. Voyez Savon de Starkey. (Ch.)
SAVORF.E. (Bot.) Un des noms françois anciens de la sar-
riette. (J. )
SAV-ORRE. {OrnitJi.) Nom norwégien , qui s'écrit aussi
soe-orre, du petit grèbe huppé de Buffou , coljmhus auritus^
Linn. (Ch. D.)
SAX 547
SAWARAGI. (Bot.) Un des noms japonois du thuja dola-
Irata, cité par Thiinberg. (J. )
SAWKI. (Ornitli.) Buffon rapporte ce mot kamtschadale
au canard à longue queue de Terre-Neuve , et l'auteur des
articles d'ornithologie, dans le Nouveau Dictionnaire d'his-
toire naturelle , dit que le mot saAi est le nom sibérien d'un
petit canard à bec bleu. ( Ch. D.)
SAXATILES [Plantes]. (Bot.) Croissant sur les rochers
isolés; exemples : aira Jlexuosa , sedum , iheris saxatilis , etc.
( Mass. )
SAXICAVE, Saxicaya. {Maîacoz.) Genre d'acéphales con-
chylifères, de la famille des pyloridés, établi par M. Fleu-
riau de Bellevue , et qui renferme des coquilles térébrantes ou
qui vivent dans l'intérieur des rochers, des madrépores, etc.;
voici les caractères que M. de Blainville lui a assignés, en
considérant l'animal et la coquille : Animal alongé, subcylin-
drique: manteau fermé de toutes parts, prolongé en arrière
par deux tubes longs , épais, à peine séparés extérieurement,
et percé inférieureraent et en avant par un orifice arrondi
pour le passage d'un pied très -petit et canaliculé; bouche
très - grand e ; appendices labiaux petits; lames branchiales
libres; la paire externe beaucoup plus courte que l'interne.
Coquille épaisse, épidermée , un peu irrégulière, alongée ,
cylindroïde, obtuse aux deux extrémités; sommets peu mar-
qués; charnière édentule ou avec une très-petite dent rudi-
mentaire ; ligament extérieur assez bombé; deux impressions
arrondies, assez peu éloignées pour les muscles adducteurs;
deux ou trois autres irrégulières pour les muscles rétracteurs
des tubes, sans trace d'impression palléale.
Toutes les saxicaves , ainsi que l'indique le nom de ce genre ,
vivent dans les pierres calcaires, qu'elles creusent probable-
ment comme les autres bivalves lithodomes ou térébrantes,
soit à l'aide d'un fluide acide , comme le pense M. Fleuriau
de Bellevue, soit à l'aide d'un mouvement de rotation , dont
l'action est facilitée par le ramollissement préalable de la
partie de la pierre en contact avec le pied de l'animal , comme
le croit M. de Blainville. (Voyez le mot Lithophages, où cette
question a été discutée.)
Les saxicaves sont toujours assez petites, et conslamment
548 SAX
blanches sous l'ëpidermc. On en connoît de toutes les mers;
mais il est assez souvent difficile de les distinguer , parce que
les coquilles paroissent oflFrir beaucoup de variations. Voici
les espèces caraclérisées par M. de Lamarck.
La Saxicave ridée : Saxicava rugosa, de Lamk., tom. 5,
p. 5oi . n.° 1 ; Mj'tilus rugosus, Linn., Syst. nat., 12, p. ii56;
Pennant , Zool. brit. , 4, pi. 63, fig. 72. Coquille rugueuse,
ovale, obtuse aux deux extrémités, striée grossièrement et
irrégulièrement dans sa longueur.
De l'océan du Nord, des mers Britanniques.
La S. gallicane; 5. gallicana , de Lamk., loc. cit., n.° 2.
Coquille ovale -oblongue, un peu prolongée et tronquée en
arrière , striée assez irrégulièrement dans sa longueur.
Des côtes de La Rochelle, de la Manche, aux environs de
Cherbourg, de Saint- Valéry , de Dieppe, dans les rochers
calcaires, dans le têt des grosses huîtres.
Quoique M. de Lamarck pense que cette coquille doit être
distinguée de la précédente, parce qu'elle est moins grande,
moins renflée qu'elle , plus tronquée en arriére, je doute un
peu que ces différences suffisent pour en former une espèce.
La S. PHOLADiNE : S. pholadis , de Lamk., loc. cit., p. 5o2 ,
n.° 3 ; Mjytilus pholadis, Gmel.; Mull. , Zool. Dan. , 3 , tab. 87,
fig. 1 — 3. Coquille oblongue, plus obtuse en avant qu'en
arrière, grossièrement rugueuse par des stries longitudinales;
d'un pouce un quart de long sur un demi-pouce de haut.
Cette coquille, dont l'animal porte un véritable byssus et
diffère par conséquent beaucoup de celui des saxicaves , est
le type du genre B^ ssomye de M. Cuvier, genre que nous
avons adopté (voyez à l'article Mollpsques, notre Gênera). Il
paroît d'ailleurs qu'elle ne perce pas les pierres à la manière
des véritables saxicaves, comme on le trouve rapporté par
Gmelin et par M. de Lamarck, et qu'elle vit dans les inters-
tices, dans les fissures des roches, à la manière des moules.
Quelquefois elle est pour ainsi dire saisie par l'accroissement
du miliépore polymorphe, mais elle ne le perce pas. Dans ce
dernier cas Othon Fabricius fait l'observation que l'animal
n'a plus de byssus. M. Cuvier a fait la même observation pour
les moules lithodomes.
La S. ADSTB.ALE ; S. aiisfraUs , de Lamk., loc. cit., n.° 4 ;
SAX ■ 549
MacLracrassa, Féron, Lesueur. Coquille ovale, renflée, striée
dans sa longueur, avec une côte oblique indiquée du corselet
à la partie postérieure.
Sur les bords de l'île aux Kanguroos dans l'Australasie.
C'est de cette espèce que j'ai tiré les caractères du genre.
Elle est réellement assez difficile à distinguer de la saxicave
commune dans nos mers; car la sorte de côte que M. de La-
marck fait entrer dans sa caractéristique , se trouve bien sou-
vent, pour ne pas dire toujours, dans la saxicave ridée.
La Saxicave vénériforme; S. veneriformis , de Lamk. , l. c,
n.° 5. Coquille bien plus grande que les précédentes, oblon"
gue, avec des stries longitudinales variables.
Sa patrie est inconnue; elle existe dans la collection du
Muséum.
M. de Lamarck ajoute que le mytilus rugosus de Schroëter,
Einl. in die Conch. , 3 , p. 4-! g, tab. g, fig. i4 , lui paroît aussi
appartenir à ce genre. Cela est possible; mais il est fort diffi-
cile d'assurer si c'est une espèce distincte. (De B.)
SAXICAVE. (Foss.) Des coquilles de ce genre ont été trou-
vées dans des couches antérieures à la craie; mais, comme
elles ne s'y sont pas trouvées dans un état de pétrification ,
on II est pas assuré dans quelle époque elles ont vécu; et on
en a rencontré un plus grand nombre d'espèces dans les
couches qui sont plus nouvelles que cette substance.
Saxicave de Grignon : Saxicava grignonensis , Desh., Descr.
des coq. foss. des env. de Paris, tom. i.*', pag. 64, pi. IX,
fîg. 10 et 19. Coquille ovale, bossue, assez profonde, sub-
sinueuse, couverte de stries transverses irrégulières, prove-
nant de ses accroissemens, bâillante aux deux bouts, portant
une dent cardinale , a crochets saillans et un peu cordiformes.
Quoique les coquilles de cette espèce ne se rencontrent pas
dans des pierres, M. Deshayes pense qu'elles doivent entrer dans
le genre Saxicave , parce qu'elles en ont le faciès et la char-
nière , et que souvent elles ont pris la forme irrégulière de la
cavité qui les confenoit. Nous avons trouvé de ces coquilles
dans des univalves , où on peut croire qu'elles ont vécu et
pris leur accroissement, et où elles ont été tellement gênées
par la columelle , que souvent elles portent un sinus consi-
dérable au bord inférieur. Longueur, plus de quatre lignes;
55o SAX
largeur , huit lignes. Fossile de Grignon , département de
Seine -et -Oise, dans le calcaire grossier. Nous avions cru que
cette espèce pourroit appartenir au genre Pétricole, et nous
l'avons présentée dans le tome XXXIX , pag. 243, de ce Dic-
tionnaire , sous le nom de Pétritole variable ; mais nous pen-
sons avec M. Deshayes qu'elle doit plutôt entrer dans le genre
Saxicave.
Saxicave MODiOLiNE ; Saricava moàioluia , Desh., loc. cit.,
:iSème pi., fig. 27, 28 et 29. Coquille ovale , transverse, mince ,
fragile, couverte de fines stries longitudinales, portant une
seule dent sur chaque valve, et à sommets saillans. Cette
espèce a Taspect d'une modiole; mais sa charnière doit la
faire ranger dans les saxicaves. Longueur, deux lignes; lar-
geur, quatre lignes. On la trouve dans les pierres à Valmon-
dois, département de Seine- et-Oise.
Saxicave nacrée; Saxicava mars^aritacea , Desh., loc. cit.,
même pi., fig. 22, 25 et 24. Coquille ovale -déprimée, très-
mince et très - fragile , couverte de stries transverses irrégu-
lières, provenant de ses accroissemens, bâillante; à valves
profondes et nacrées intérieurement; la charnière présente
d'un côté une dent irrégulière pyramidale, qui est reçue du
côté opposé dans une fossette cardinale. Longueur, plus de
deux lignes; largeur, plus de cinq lignes. On trouve cette
espèce à Valmondois, dans des pierres, dont il est difficile
de la retirer, à cause de sa fragilité.
Saxicave aplatie; Saxicava depressa , Desh., loc. cit., même
pi., fig. 20 et 21. Coquille arrondie, comprimée, nacrée,
bâillante aux deux bouts, couverte de stries transverses irré-
gulières, provenant de ses accroissemens et portant une seule
dent à la charnière. Cette espèce a de très-grands rapports
avec la saxicave nacrée; mais elle est plus déprimée, plus
mince , plus fragile, plus large. Ses crochets sont à peine sail-
lans. M. Deshayes a cru que ces raisons suffiroient pour la
faire regarder comme une espèce particulière. Longueur,
cinq lignes; largeur, six lignes. On la trouve avec la précé-
dente, mais elle est plus rare.
Saxicave vaginoide; Saxicava vaginoides, Desh., loc. cit.,
même pi., fig. 26 et 26. Coquille ovale-alongée , presque cy-
lindrique, marquée poslérieuremeut de fines stries peu régu-
SAX 55i
liéres et transversales, mince, à crochets apparens. La lame
cardinale, presque nulle, ne présente qu'une seul dent ru-
diuientaire. Longueur, deux lignes; largeur, plus de quatre
lignes. M- Deshayes a découvert cette espèce à Acy , dépar-
tement de rOise, en cassant des polypiers trouvés dans la
couche du grès marin supérieur.
Saxicave anatine; Saxicai'a analina , de Bast. , Mém. géol.
sur les env. de Bordeaux, pag. 92. Coquille transversalement
striée, très-variable dans ses formes, quelquefois bâillante,
portant une dent calleuse sur une valve, et sur l'autre une
dent lamelleuse. On trouve cette espèce à Saucats, près de
Bordeaux, dans des trous qu'elle a faits dans le calcaire d'eau
douce.
Saxicave alongée ; Saxicava elongata, Def. Cette espèce est
très -variée dans ses formes; quelques individus n'ont que
deux lignes de longueur , sursept lignes de largeur; mais d'au-
tres ont une forme plus raccourcie et plus large. Le bout an-
térieur est pointu; l'extérieur des valves est fort irrégulier et
on ne voit aucune dent à la charnière. Des coquilles de cette
espèce ont été découvertes par Faujas dans des trous formés
dans un bloc de pierre calcaire, qui contenoit des ammonites
et des nautiles. Ce bloc a été trouvé à une profondeur de
soixante pieds , dans la commune de Cliou , canton de Loriol ,
département de la Drôme. Il étoit percé par ces coquilles,
dans lesquelles on en a trouvé une, ou quelquefois deux
autres du genre Clotho. Il est extrêmement probable que les
saxicaves seules avoient la faculté de faire ces trous, dans
lesquels venoient se placer les autres, soit en parasites ou
après la mort des saxicaves. Ces trous, qui sont formés dans
une pierre très- dure des couches anciennes, sont très- cer-
tainement d'une époque j)lus nouvelle que ces couches; mais
il est ditticile de savoir à laquelle ils peuvent appartenir.
Saxicava rugosa ^ So\v. , Min. conch., lom. 5, pag. 101,
pi. 466. M. Sovverby a cru pouvoir rapporter à l'espèce que
M. de Lamarck a nommée saxicave ridée, et qui vit dans les
mers Britanniques, celle qu'on a trouvée dans le crag de
SuHolken Angleterre; mais, d'après la figure ci-dessus citée,
.nous pensons qu'elle a peu de rapports avec celle qu'on trouve
à l'état vivant sur les côtes de Weymouth et que nous avons
55. SAX
sous les yeux. Celle-ci est beaucoup plus longue; elle n'a
aucune dent à la charnière et ne porte aucune trace d'épines
comme celle qui est à l'éiat fossile.
M. Brongniart a trouvé à Uddevalla-Gotheborg un dépôt de
coquilles de genres et d'espèces analogues à ceux des côtes
voisines, dans lequel s'est trouvé une saxicave qui se rap-
porte peut-être à la saxicava veaeriforinis de Lamarck. Elle
est ovale aux deux bouts, sans dents à la charnière et cou-
verte de stries transversales assez régulières. Sa longueur est de
huit lignes , et sa largeur d'un pouce et demi. Ce dépôt se
trouA^e à trois cents pieds au-dessus du niveau actuel de la
mer: mais ces coquilles ne peuvent être regardées comme
celles qu'on rencontre dans les couches de la terre. On peut
penser qu'une révolution locale les auroit élevées à cette hau-
teur. (D. F.)
SAXICOLA. {Oniilh.) Nom latin des traquets. (Ch. D.)
SAXIFRAGA. (Bot.) Ce nom a été donné par divers au-
teurs à plusieurs plantes qui croissent sur les murailles ou
au milieu des pierres, qu'elles paroissent avoir brisé ou di-
visé pour sortir hors de terre. Il a été conservé à un genre
qui est le type de la famille des saxifragées, et dont plusieurs
espèces croissent sur les murs et dans des terrains pierreux.
On Fa donné pour la même raison au siLene saxifraga, au
gjpsophila saxifraga, au pimpinella saxifraga, à des asplenium,
desseseli,k un cluysosplenium , un saponaria , un liguslinuw , un
scleranthus , un arenaria, et à plusieurs autres. (J.)
SAXIFRAGE; Saxifraga, Linn. [Bot.) Genre de plantes di-
cotylédones polypétales, qui a donné son nom à la famille des
saxifragées, Juss, , et qui, dans le Système sexuel , appartient
à la décandrie digynie. Il offre pour caractères : Un calice per-
sistant, à cinq divisions plus ou moins profondes; une co-
rolle de cinq pélales ; dix étamines à filamens subulés, ter-
minés par des anthères arrondies; un ovaire supère et libre,
ou demi-infère, ou tout-à-fait infère, et plus ou moins
adhérent avec le calice , surmonté de deux styles courts,
terminés par des stigmates obtus ; une capsule ovale, à une
seule loge terminée par deux pointes, qui sont les styles per-
sistans, s'ouvrant en deux valves par sa partie supérieure,
et contenant des graines petites et nombreuses.
SAX 555
Les saxifrages sont des plantes herbacées , à feuilles en-
tières ou découpées , souvent alternes et rassemblées à la
base ou dans la partie inférieure des tiges, rarement oppo-
sées sur celles-ci , et dont les fleurs sont le plus ordinaire-
ment disposées en grappe ou en panicule d'un aspect agréable.
Le nom qu'elles portent leur vient de ce qu'un grand nombre
d'entre elle& croît dans les fentes des rochers. On en connoît
aujourd'hui environ cent cinquante espèces, dont à peu près
la moitié est naturelle à l'Europe.
'"^ Ovaire supère ; feuilles alternes.
Saxifrage a feuilles charnues ; Saxifraga crassifolia , Linn.,
Sp., Sj3. Sa racine est épaisse, horizontale, vivace ; elle pro-
duit six à huit grandes feuilles ovales, un peu charnues, co-
riaces, glabres, d'un vert foncé, pétiolées, étalées sur la terre
et bordées de quelques dents irrégulières. Du milieu d'elles
s'élève une tige cylindrique , glabre , simple dans la plus
grande partie de sa longueur, partagée , dans sa partie supé-
rieure , en plusieurs ramifications , sur lesquelles sont portées
des fleurs nombreuses, assez grandes, d'une couleur purpu-
rine claire, et formant , dans leur ensemble, une belle pani-
cule. Cette espèce est originaire des montagnes de la Sibérie.
On la cultive, depuis une soixantaine d'années, pour l'orne-
ment des Jardins, où elle fleurit à la fin de Mars ou au com-
mencement d'yVvril. Elle n'est pas difficile sur le terrain ,
pourvu qu'il soit frais et ombragé. Les Russes emploient
la décoction de ses feuilles, comme astringente, dans la
diarrhée.
Saxifrage sarmentedse; Saxifraga sarmentosa , Linn. fils,
SuppL, 240. Ses racines sont fibreuses, vivaces; elles produi-
sent plusieurs feuilles radicales , arrondies , échancrées en
cœur à leur base , bordées de larges crénelures et portées sur
de longs pétioles velus: elles produisent aussi de longs ra-
meaux sarmenteux , couchés, prenant racine de distance en
distance. Du milieu des feuilles s'élève une tige droite, haute
de di.K à douze pouces, nue, très-rameuse dans sa partie su-
périeure, chargée de fleurs nombreuses, disposées en pani-
cule, et remarquables parce que deux de leurs j.étales sont
beaucotip plus grands que les autres : ces fleurs sont blanches.
554 SAX
tachetées de rouge. Cette saxifrage est originaire de la Chine
et du Japon: on la cultive dans les jardins de botanique.
Saxifrage a feiilles rondes; Sa.vifraga roliindifolia , Linn. ,
Sp., 676. Sa racine est vivace , fibreuse; elle produit une
tige droite, haute de six à douze pouces, garnie de feuilles
arrondies, très-échancrées en cœur à leur base, portées sur
de longs pétioles, et bordées de grandes dents le flus souvent
aiguës. Ses ileurs sont blanches, marquées de points rouges,
disposées en une panicule lâche et terminale. Cette espèce
croit dans les lieux ombragés dis Alpes, des Cévennes, des
montagnes d'Auvergne, des Pyrénées, en Suisse, etc.
Saxifrage mignonette ; Sa.rifraga geum , Linn., Sp., 674.
Ses feuilles sont arrondies ou un peu ovales , glabres , un peu
coriaces, bordées de crénelures arrondies et cartilagineuses,
portées sur des pétioles élargis, velus, et étalées en rosette
à la base des tiges: celles-ci sont droites, grêles, rougeà-
tres, nues, rameuses dans leur partie supérieure. Ses fleurs
sont disposées en une panicule plus ou moins garnie , petites ,
tout-à-fait blanches selon la plupart des auteurs, mais élé-
gamrment tachetées de points rouges et jaunes dans tous les
échantillons que nous avons vus dans les jardins, oii cette
plante est souvent cultivée. Elle croit naturellement dans les
lieux couverts des Alpes et des Pyrénées.
Saxifrage a feuilles de le u gain thème; Saxifraga leucanthemi-
folia, Lapeyr. , Fl.desPyr. , p. 49, t. 26. Sa racine estvivace,
formée de nombreuses fibres menues, noirâtres ; elle produit
une tige divisée en un grand nombre de rameaux , et souvent
dès sa base qui est garnie de douze à quinze feuilles ou
plus, oblongues, velues, rétrécies inférieurement en un long
pétiole , et bordées de quelques grandes dents écartées. Les
fleurs sont disposées, à Fextrémité des rameaux , sur des pé-
doncules rameux, et forment, dans leur ensemble, une
large panicule; leurs pétales sont blancs , inégaux; les trois
plus grands étant marqués d'une tache jaunâtre. Cette plante
croît dans les lieux couverts et humides des Pyrénées; elle
a aussi été trouvée sur la Lozère, dans les Cévennes.
Saxifrage étoilée ; Saxifraga stellaris, Linn., Sp., 572. Sa
racine est fibreuse, vivace; elle produit plusieurs feuilles
oblongues , spatulées , glabres ou légèrement pubescentes ,
SA\ 555
bordées, dans leur partie supérieure, de quelques grandes
dents aiguës, et ordinairement rapprochées en rosettes à la
base des tiges: celles-ci sont droites, hautes de quatre à huit
pouces , nues dans leur partie inférieure , divisées , dans leur
moitié supérieure, en rameaux presque dichotomes et un
peu paniculés , dont les dernières ramifications portent de
petites fleurs blanches, marquées de taches rougeâtres , et
dont le calice est réfléchi après la floraison. Cette plante croît
sur les montagnes alpines de l'Europe et de l'Asie ; on la
trouve, en France, dans les lieux humides et sur les bords
des ruisseaux des Alpes, des Pyrénées, des montagnes d'Au-
vergne et des Vosges,
Saxifrage apre; Saxifraga aspera, Linn., Sp. , 576. Ses ra-
cines sont vivaces; elles donnent naissance k plusieurs tiges
ordinairement couchées à leur base , redressées dans leur
partie supérieure, garnies, dans toute leur longueur, de
feuilles linéaires, sessiles , acuminées , bordées de quelques
cils roides. Ces tiges varient depuis deux pouces de hauteur
jusqu'à six, et se terminent , dans le premier cas , par une à
deux fleurs blanches, et dans le second, par quatre à six.
Cette espèce croît sur les hautes montagnes de rEiirope;
on la trouve , en France , sur les rochers des Alpes et des
Pyrénées.
'"'■'■■ Ovaij^e setni-infèî^e ; feuilles entières et opposées.
Saxifrage écrasée; Saxifraga retu^a , Gouan , Illust. , 28,
tab. 18 , fig. 1. Ses tiges sont nombreuses, étalées en gazon,
longues de deux à trois pouces, garnies, dans toute leur lon-
gueur , de feuilles ovales, triangulaires en dessous, à demi-
recourbées , glabres, à peine ciliées à leur base, très-rappro-
chées les unes des autres et imbriquées sur quatre rangs.
Les tiges qui portent les fleurs sont hautes d'un à deux
pouces , presque nues , et ces dernières sont purpurines ,
disposées en une petite tête, au nombre de deux à quatre
ensemble, et même plus; leurs pétales ne sont que de peu
de chose plus grands que les calices. Cette plante croit sur
les rochers ombragés et près des neiges, dans les Alpes et les
Pyrénées.
Saxifrage a feuilles opposées ; Saxifraga opposilifolia , Linn.,
556 SAX
Sp., 675. Cette espèce a le port de la précédente; mais elle
en diffère par plusieurs caractères très-tranchés. Ses feuilles
sont plus alongées, non à demi recourbées, comme écrasées,
et ciliées dans toute leur circonférence ; elles ne sont oppo-
sées que dans le bas des tiges, alternes, au contraire, sur les
rameaux floraux, qui se terminent par une seule fleur, dont
les pétales sont deux fois plus grands que le calice. Elle croît
sur les hautes montagnes de l'Europe et de l'Amérique sep-
tentrionale; on la trouve, en France, dans les Alpe&.et les
Pyrénées.
''''* Oi^aire infère; feuilles entières ou seulement
dentées et alternes.
Saxifrage androsace ; Saxifraga androsacea , Linn. , Sp, ^
671. Sa racine est vivace, fibreuse ; elle produit un faisceau
ou une roselte de feuilles nombreuses, ovales-oblongues, lé-
gèrement pubescentes, rétrécics en pétiole à leur base, en-
tières ou quelquefois munies de deux à trois dents vers leur
sommet. Du milieu de ces feuilles s'élèvent une ou plusieurs
tiges grêles , hautes d'un à trois pouces, garnies d'une à deux
petites feuilles sessiles, rarement plus, et terminées par une
à trois fleurs blanches, à pétales obtus, environ deux fois
plus longs que le calice. Cette plante croît sur les montagnes
alpines de l'Europe, entre les fentes des rochers et près des
neiges; elle est commune, en France, dans les Alpes et les
Pyrénées.
Saxifrage a feuilles planes : Saxifraga planifoli a , Lapeyr. , FI.
des Pyr. , p. 5i ; Saxifraga muscoides, Ail. , FI. Ped. , n.° 1628 ,
tab. 61 , fig. 2. Sa racine est une petite souche, qui donne
naissance à plusieurs tiges courtes, étalées en gazon , garnies
de feuilles serrées, imbriquées, ovales-oblongues, légèrement
pubescentes et comme ciliées en leurs bords. Du sommet de
chacune de ces tiges s'élève un rameau grêle , haut d'un à trois
pouces au plus, garni de quelques feuilles écartées, et ter-
miné par une à cinq fleurs d'un blauc jaunâtre , à pétales
ovales, presque deux fois plus longs que le calice qui est
pubescent. Cette plante croît sur les rochers humides , près
des neiges , dans les montagnes alpines de l'Europe.
SAX 557
Saxifrage FAUX-AÏzoo^' ; Saxifraga aizoides , I.inn. , 5p., 676.
Sa racine est fibreuse, vivace ; elle produit plusieurs tiges
simples . couchées à leur base . garnies de feuilles nombreu-
ses, sessiles, linéaires-I.iTicéolées , glabres , plus ou moins ci-
liées eu leurs bords. Ces tiges, longues en tout de cinq à huit
pouces, sont terminées, dans leur partie supérieure, par
trois à dix fleurs pédonculées , alternes , disposées en une
sorte de grappe, et d'une couleur jaune, avec des taches plus
foncées. Cette plante croit sur les bords des ruisseaux, dans
les Alpes, les Pyrénées et les autres montagnes alpines de
l'Europe.
Saxifrage ELEUATaE ; Saxifraga cœsia , Linn. . Spec, 67 1. Sa
racine est une petite souche ligneuse, qui donne naissance à
plusieurs touffes courtes, étalées et ramassées en gazon, for-
mées de beaucoup de feuilles ovales-oblongues , épaisses, re-
courbées, ciliées dans leur partie inférieure, glabres dans le
reste de leur étendue, d'une couleur glauque , et chargées de
quelques petites lames écailleuses ; ces feuilles sont rappro-
chées , serrées en rosettes, du milieu desquelles s'élèvent
des tiges droites , grêles , presque nues, hautes de deux à
trois pouces , et terminées par deux à cinq fleurs blanches.
Cette plante croît sur les sommets des Alpes, des Pyrénées et
des hautes montagnes de l'Europe.
Saxifrage changée: Sarifraga mutata , Linn., Sp. , 670;
Jacq. , 7c. rar. , 3 , t. 466. Sa racine, qui est vivace , produit
une rosette de feuilles oblongues , coriaces, ciliées en leurs
bords dans leur partie inférieure, et chargées , dans la supé-
rieure, de quelques dents membraneuses ou cartilagineuses.
Du milieu de ces feuilles , qui sont très-nombreuses, s'élève
une tige de huit à quinze pouces de hauteur, hérissée de poils
glanduleux, garnie de feuilles cunéiformes, alternes, et ter-
minée par une panicule lâche , composée de fleurs d'un jaune
orangé, à pétales linéaires. Cette espèce croit dans les Alpes
de la Savoie , de la Suisse , etc. , et dans les Pyrénées.
Saxifrage a longues feuilles; Saxifraga longifolia, Lapeyr. ,
FI. desPyr., p. 26, t. 11. Ses feuilles radicales sont linéaires,
longues de deux à quatre pouces, très-étroites, coriaces,
d'un vert glauque, presque entières, ou bordées de dents car-
tilagineuses et de petits points écailleux blanchâtres , étalées
558 SAX
et disposées en une large rosette, du milieu de laquelle s'é-
lève une tige droite , haute d'un à deux pieds et plus, sou-
vent rameuse dès sa base. Cette tige, les feuilles caulinaires
et les calices sont chargés de poils glanduleux à leur sommet.
Ses fleurs sont blanches , ponctuées de rouge vers la base des
pétales, très-nombreuses, disposées, dans la partie supérieure
des rameaux , sur des pédoncules rameux , et formant , dans
leur ensemble, une vaste et magnifique panicule. Cette plante
croît dans les fentes des rochers, dans les Pyrénées, les Alpes
et quelques autres des plus hautes montagnes de l'Europe.
Saxifrage pyramidale; Saxifraga pyramidalis , Lapeyr. , FI.
des Pyr. , p. 32. Cette espèce a le même port que la précé-
dente et lui ressemble. Jusqu'à un certain point, beaucoup;
mais elle en diffère constamment par ses feuilles oblongues et
non linéaires, et par ses pétales plus étroits. Sa panicule de
fleurs est en général pyramidale, tandis que dans la précé-
dente elle est presque égale dans toute sa longueur. Cette
Lelle saxifrage croît naturellement dans les mêmes lieux que
la précédente. On la cultive dans les jardins, et la grandeur
de sa panicule saugmente encore par la culture ; elle acquiert
quelquefois trois jîieds de hauteur et porte au moins deux
mille fleurs.
>^»^r>t■ Qi^aire Infère; feuilles lobées ou découpées j,
alternes.
Saxifrage granulée : Saxifraga granulata , Linn., Sp. , 676 ;
FI. Dan., t. 614. Sa racine est composée de plusieurs petits
tubercules arrondis , garnis de fibres menues; elle produit
une tige droite , légèrement pubescente , haute de huit à
quinze pouces, garnie inférieurement de feuilles réniformes,
pétiolées, bordées de larges crénelures arrondies; les feuilles
supérieures sont sessiles ou presque sessiles , découpées en
cinq ou en trois lobes, et les dernières même tout-à-fait en-
tières. Les fleurs sont blanches , assez grandes, terminales.
Cette plante croît naturellement dans les pâturages et sur les
bords des bois, en France et en d'autres contrées de l'Europe.
Saxifrage a trois doigts ; Saxifraga tridactjlites , Linn. ,
Sp. , 678. Sa racine est fibreuse, annuelle j elle produit une
SAX 559
tige droite, plus ou moins rameuse, haute de deux à quatre
'pouces, garnie de feuilles oblongues , rétrécies en coin à leur
base , pour la plupart découpées en trois lobes dans leur partie
supérieure. Ses fleurs sont blanches, petites, axillaires et
terminales , solitaires sur des pédoncules assez longs. Cette
plante est commune sur les murs des campagnes, sur les toits
rustiques et dans les lieux sablonneux , en France et en
Europe.
Saxifrage AQUATiouE : Saxifraga aquatica , Lapeyr. , FI. des
Pyr. , p. 63 , t. 28 et 29 ; Saxifraga ascendens , Willd. , 5p. , 2 ,
p. 655. Sa tige est droite, à peine couchée à sa base, cylin-
drique, pubescente , haute d'un à deux pieds, garnie, sur-
tout inférieurement , de beaucoup de feuilles pétiolées, dé-
coupées en cinq ou sept lobes dentés ou même incisés a leur
sommet ; les feuilles supérieures sont portées sur de plus
courts pétioles ou même sessiles , et le nombre de leurs lobes
et de leurs découpures diminue de manière que les dernières
sont quelquefois entières. Les fleurs sont blanches, assez
grandes , disposées, dans les aisselles des feuilles supérieures,
de manière à former une panicule ou un corymbe. Cette es-
pèce croit sur les bords des ruisseaux dans les Pyrénées.
Saxifrage a feuilles de eugle ; Saxifraga ajugœfolia, Linn.,
Sp., 678. Ses tiges sont couchées, longues de trois à quatre
pouces, garnies de feuilles cunéiformes , rapprochées les unes
des autres, glabres, partagées à leur sommet en trois à cinq
lobes lancéolés, comme digités. Ses fleurs sont blanches, por-
tées , au nombre de une à trois, dans la partie supérieure
de petits rameaux redressés, hauts de deux a trois pouces
et presque nus, ou chargés seulement de quelques feuilles
simples. Cette espèce croit dans les lieux humides et rocail-
leux des Pyrénées et des autres monlagnes alpines de l'Europe.
Saxifrage mousse; Saxifraga muscoides , Willd., Sp., 2, p.
€56. Sa racine produit plusieurs touffes épaisses, réunies en
gazon et composées de feuilles nombreuses, oblongues-cunéi-
formes , découpées à leur sommet en trois lobes alongés et
obtus. Du milieu de ces rosettes de feuilles s'élèvent des tiges
grêles, hautes de deux pouces ou environ, nues ou garnies
d'une à deux feuilles simples, e; terminées par une à cinq
fleurs jaunâtres , petites , rapprochées les uues des autres.
56o SAX
Cette plante croit sur les rochers , dans les Alpes, les Pyré-
nées et les hautes montagnes de l'Europe. ( L. D. )
SAXIFRAGE DES ANGLOIS ou DES PRÉS. {Bot.) Nom
vulgaire du peucédane silaijs. (L. D. )
SAXIFRAGE DORÉE. (Bo^) Nom vulgaire de la dorine à
feuilles opposées. Voyez Cresson doré. (L. D.)
SAXIFRAGE MARITIME. (Bot.) Nom vulgaire de la ba-
cile maritime. ( L. D.)
SAXIFRAGE PIMPRENELLE. {Bot. ) C'est le boucage à
feuilles de pimprenelle. (L. D. )
SAXIFRAGE PYRAMIDALE. {Bot.) La joubarbe porte ce
nom dans quelques cantons., ( L. D. )
SAXIFR ÂGÉES. {Bol.) Cette famille de plantes, à laquelle
la saxifrage donne son nom, appartient à la classe des péri-
pétalées ou dicotylédones polypétales, à étamines portées sur
le calice. Elle présente les caractères suivans :
Calice d'une seule pièce, tantôt adhérent à Povaire , tan-
tôt non adhérent, divisé cà son limbe en quatre ou cinq par-
ties, au-dessous desquelles sont insérés alternativement au-
tant de pétales égaux ( plus rarement nuls ). Étamines en
nombre égal , alternes avec les pétales et insérées au calice , ou
plus souvent en nombre double. Ovaire simple, adhérent ou
non adhérent au calice, surmonté ordinairement de deux
styles et de deux stigmates. Fruit ordinairement capsulaire et
polysperme et biloculaire , s'ouA^rant par le haut rà moitié en
deux valves, dont les bords rentrans forment la cloison , appli-
quée contre un réceptacle ou placentaire central, chargé dans
son milieu de graines menues. Embryon très-petit, cylindri-
que, placé dans la partie supérieure : d'un périsperme charnu,
à lobes courts, à radicule dirigée vers l'ombilic de la graine et
ordinairement descendante. Tiges herbacées. Feuilles alternes
ou opposées, simples ou lobées, quelquefois un peu épaisses.
Inflorescence non uniforme.
On réunit dans cette famille les genres Heucliera, Saxifraga,
dont quelques espèces ont été détachées par M. Haworth
pour former ses genres Micranthus , Robertsonia, Mircopda-
lum, qui n'ont pas encore été admis; Mitella, Tiarella , Do-
natia de Forster, rapporté ici par M. de Saint-Hilaire (Mém.
du Mus., 2 , 1x9); Astilbe de M. Hamilton, jugé genre de saxi-
SAX ssi
fragces par M. Don. Le Chrysosplenium , qui a beaucoup d'afli-
nité avec cette famille et que nous avions placé dans une se-
conde section, diffère des genres précédens par sa capsule
uniloculaire , le placentaire non élevé et occupant seulement
le fond de la loge avec les graines dont il est chargé.
Nous avions laissé r^io.ra près du Chrysosplenium et des saxi-
frages comme il étoit dans lesOrdines naturales de Linnœus et
dans le Jardin de Trianon , en observant seulement qu'il avoit
le port du Panax trifolium , genre de la famille des araliacées.
Un examen plus attentif nous a fait reconnoitre que cette
affinité dans le port étoit confirmée par la réunion d'autres
caractères, tels qu'un ovaire infère à quatre ou cinq loges,
surmonté d'autant de stvles; un fruit charnu , dont les graines,
solitaires dans chaque loge, sont pendantes, attachées à son
sommet; un embryon périspermé, court, presque cylindri-
que , à radicule montante. A la vérité l'^doia diffère par l'ab-
sence d'une corolle et par des étamines insérées au limbe du
calice en nombre double de celui de ses divisions. Si ce limbe
du calice étoit regardé comme une corolle monopéfale etsta-
minifère, admise par Linnasus et dauti'es auteurs , ce genre
différeroit encore en ce point des araliacées, qui ont plu-
sieurs pétales alternes , avec autant d'étamines insérées im-
médiatement sur l'ovaire. Il conviendra donc d'examiner de
nouveau l'^do-rasur un individu vivant , de déterminer la na-
ture de cette enveloppe florale et l'attache des étamines rela-
tivement à ses divisions, pour reconnoitre sa véritable place
dans l'ordre naturel.
VHjdrangea, laissé primitivement à la suite des saxifragées,
mais différant par ses tiges ligneuses à feuilles toujours oppo-
sées, a quelque affinité avec le Viburnum -par son port et les
fleurs neutres de quelques-unes de ses espèces, qui ont déter-
miné plusieurs auteurs modernes à lui réunir l'Horfensia , placé
d'abord prés du Viburnum , et dont toutes les fleurs sont sté-
riles. Mais le Viburnum a une corolle monopétale et un fruit
uniloculaire, monosperme; ÏHjdrangea est polypétale, avec
un fruit biloculaire polysperrae. La véritable affinité de ce
dernier n'est donc pas encore bien déterminée, et un nouvel
examen devient nécessaire. Nous avions laissé primitivement
à la fin des saxifragées le f'Veinmannia et le Cunonia, con-
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formes dans les organes de la fructification, mais très-diffe-
rens par le port, par les tiges ligneuses plus ou moins éle-
vées, par les feuilles toujours opposées, avec une stipule in-
termédiaire, pennées avec impaire ou plus rarement simples.
M. Brown , déferniiné par ces différences, en a fait sa nou-
velle famille des Cunoniacées (voyez ce mot), à laquelle il
a ajouté trois autres genres plus récens. Quoique leur ovaire
soit toujours non adhérent, et de plus dans le TVeinwannia,
entouré d'un disque non mentionné dans les vraies saxifra-
gécs , M. Kunth n'a pas cru ces distinctions suffisantes, ainsi
que celles étrangères à la fructification , pour conserver cette
famille dont il fait une simple section des saxifragées. De
nouvelles observations sont nécessaires pour porter un juge-
ment définitif. (J.)
SAYA. {Ornith.) Nom du manucode chez les Papous de la
Nouvelle-Guinée. ( Ch. D. )
SAYACOU. {Ornith.) Cet oiseau du Brésil est le tanagra
sayacu de Linné et de Latham , dont Buffon a contracté le
nom en syacou. (Ch. D.)
SAYAN. {Ornith.) Ce nom est donné à l'hirondelle salan-
gane par les habitans des Philippines. ( Ch. D.)
SAYORU. {Bot.) Nom japonois du seau de Salomon, poly-
gonatum , suivant Thunberg. (J. )
SAYOU. {Ornilh.) L'auteur des Mélanges intéressons et cu-
rieux dit, tom. 4, p. loi , que l'oiseau ainsi appelé en Chine,
et qui est trois fois plus grand que le rossignol d'Europe ,
mais de la même couleur, a une voix si sonore, si forte, et
dont les modulations sont si agréables , qu'il semble avoir
appris la musique. (Ch. D.)
SAYRE. {Bot.) Dans la province de Los Pastos, faisant
partie de l'Amérique méridionale, on nomme ainsi le nico-
tiana pulmonarioides de M. Kunth. (J. )
FIN nn QUARANTE-SEl'TIEME VOLUME.
STRASBOURG, de l'imprimerie de F. G. LevraulTj, inipr. du Bo».
OUVRAGES NOUVEAUX
Que l'on trouve chez les mêmes libraires à Strasbourg et à Paris.
CATHÉDRALE DE STRASBOURG, dessinée diaprés nature, et
lithographice par M. Chaput, ex - olficier du génie marilîme ,
ancien élève de l'école polytechnique, avec un texte historique
et descripiif par M. J. G. Schweigujedser.
La description détaillée et spéciale de cette cathédrale est des-
tii^e à faire suite aux Antiquités de l'Alsace, dont le cadre n'a
pas permis de donner à cet important monument tout le dévelop-
pement dont il est susceptible. Elle formera trois livraisons in-
folio sur même papier que les Antiquités.
La I,'* livraison paraît, les a autres suivront de près.
VOYAGE PITTORESQUE DA!\S LE BRÉSIL ^ par Mai/rice
RccEKDAS, publié par Ergelmans et Comp."
L'exécution des lithographies sera conOée h MM. Villeneuve,
Jolj, Deroy, Bichebois, Maurin , Zv.inger, Adam, Rugeudas ,
Gr.din, Vigneron, et autres artistes disiiogius.
L'ouvrage entier se composera de vingt livraisons, chacune de
cinq planches in-folio, imprimées sur demi - feuille de papier
Jésus vélin superflu , de vingt pouces de haut sur quatorze de large ,
et environ deux feuilles de texte.
11 sera divisé en quatre parties :
La première, composée de six livraisons, contiendra les vues
ou pnjsages ;
La seconde , composée de quatre livraisons , contiendra les
costumes et portraits des Nègres et des Indiens ;
La troisième, composée de cinq livraisons, contiendra les mœurs
et usages des Indiens e^ des Européens ^
La quatrième, composte de cinq livraisons , contiendra les mœurs
et usages des Wègres.
La première livraison est en vente. Il paraîtra alternativement
une livraison de chaque partie.
LETfiiES SUR LA SUISSE, accompagnées de vues dessinées
d'après nature et lithographiées par Villekedve. Quatrième
partie — Lac de Genève. \
Cette partie sera composée de 6 livraisons, contenant chacune
4 planches et une vignette, avec plusieurs feuilles de texte; la
première livraison paraît.
La i." partie, l'OiiERLAKD BERNOIS, est composée de 6 livraisons,
La 2^ rEvÈCHÉ DE Basle, 4 livrai, ons.
La 3.' le Lac des quatre Castors, G livraisons.
Sous presse.
HISTOIRE CRITIQUE DU GNOSTICISME, et de son influence
sur les sectes religieuses A philosophiques des six premiers
siècles de l'ère chrétienne j ouvrage couronné par l'Institut;
par M. J. Maiter; a vol. in-S."
LA GUZLA, Choix de poésies illyriques recueillie..^ dans la Dal-
matie^ la Bosnie, la Croatie et THerzégovine ; i vol. gr. in-
E